Correspondance de Voltaire/1767/Lettre 6711

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Correspondance : année 1767GarnierŒuvres complètes de Voltaire, tome 45 (p. 81).
6711. — À M. LE RICHE.
2 février.

Quand trente pieds de neige le permettront, monsieur, et qu’on sera sûr de tromper les argus, ce paquet, qu’on attend depuis si longtemps, partira. Puisque vous avez sauvé Fantet[1], je me flatte que vous le sauverez encore : votre ouvrage ne restera pas imparfait. L’aventure de Le Clerc[2] me pénètre de douleur. Faut-il donc que les jésuites aient encore le pouvoir de nuire, et qu’il reste du venin mortel dans les tronçons de cette vipère écrasée !

L’affaire dont vous avez été instruit[3] était cent fois plus épineuse que celle de Le Clerc ; mais heureusement on a des amis, et des amis philosophes, jusque dans le conseil. Les commis seront réprimandés, et on rendra l’argent ; ils seront punis pour avoir fait leur infâme devoir.

Il y a quelquefois une justice qui s’élève au-dessus de la justice, mais je vous assure que ce n’est pas sans peine. Je me flatte que Le Clerc aura des amis à Paris. Il y a des gens qui pensent et qui sentent, quoiqu’on veuille étouffer le sentiment et la pensée. J’emploie, monsieur, ces deux facultés qui restent à mon faible corps pour vous dire combien je vous aime, et combien je désire de vous voir.

  1. Voyez tome XLIV, page 410.
  2. C’était un libraire de Nancy qu’on était allé arrêter en janvier 1767, et qu’on amena à la Bastille. Il était en correspondance avec Cramer de Genève, Grasset de Lausanne, etc. On saisit cette correspondance, et une grande quantité de livres. (B.)
  3. L’affaire Le Jeune.