Correspondance de Voltaire/1767/Lettre 6713

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Correspondance : année 1767GarnierŒuvres complètes de Voltaire, tome 45 (p. 83-84).
6713. — À M. LE MARQUIS DE FLORIAN.
2 février.

Je reçois un billet bien consolant de Mehemet-Saïd-effendi[1], dont le rosier soit toujours fleuri, et dont Dieu perpétue les félicités ! Ce petit rayon de lumière a dissipé beaucoup de brouillards. Nous ne savons point encore de détails, mais nous sommes tranquilles, et nous ne l’étions point. Ce Turc est un habile homme ; il est expéditif. Le mufti devrait bien employer des hommes de son espèce, il y en a peu. Nous l’embrassons tendrement.

J’ai reçu une lettre très-sage et très-bien écrite de ce jeune infortuné Morival[2]. Il est cadet, il est vrai, mais il est engagé. Les cadets n’ont pas plus de liberté que les soldats. Je ferai ce que je pourrai auprès de son maître ; mais je connais le terrain, rien n’est plus difficile que d’obtenir une distinction ; et il est impossible d’obtenir un congé.

Le père est un homme bien odieux, dans toutes les règles : c’était lui qu’on devait punir ; ce sont les vices du cœur, et non des étourderies de jeunesse, qui méritent l’exécration publique. Mon indignation est aussi forte que les premiers jours. Heureusement le maître[3] de ce jeune homme pense comme moi sur cet article. Nous verrons ce qu’on en pourra tirer. Ce maître, comme vous savez, m’écrit depuis quelque temps les lettres les plus tendres ; vous voyez qu’il ne faut ni compter sur rien, ni désespérer de rien.

Nous avons toujours la guerre et la neige, mais nous sommes délivrés de la famine. Mes paquets étaient faits, mais je reste dans mon lit.

P. S. Voyez, pour l’intelligence de cette lettre, la note dans mon petit commentaire sur l’aventure de la sœur du capitaine Thurot.

  1. Cette expression désigne l’abbé Mignot ; voyez lettre 6676.
  2. Voyez n° 6671.
  3. Frédéric II.