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Cours d’agriculture (Rozier)/ANÉMONE

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Hôtel Serpente (Tome premierp. 532-539).


ANEMONE. Il ne sera question dans cet article, que de celles cultivées par les fleuristes, & aux mots Hépatique, Coquelourde, &c. nous parlerons séparément de ces plantes que les botanistes ont classées parmi les anemones. Voici l’ordre de cet article :

I. Description de l’Anemone des Jardins.
II. En quoi consiste la beauté de cette plante, suivant l’opinion des Fleuristes ?
III. Des différentes familles d’Anemones, d’après leur manière de classer.
IV. Du Terrain qui leur convient.
V. Des Semis.
VI. De la culture des Anemones qui doivent fleurir.
VII. De l’époque où il convient de les arracher de terre, & de la manière de conserver les pattes.


I. Description de l’anemone. M. Tournefort range cette plante dans la septième section de la sixième classe, qui comprend les herbes à fleurs polypétales régulières, dont le pistil devient un fruit, composé de plusieurs semences disposées en manière de tête. Il la nomme, anemone hortensis latifolia. M. le chevalier Von Linné la place dans la polyandrie polyginie, & l’appelle également anemone hortensis. Il y a encore l’anémone à bouquet ou à couronne, qui est l’anemone coronaria de M. Linné. Telles sont les deux espèces d’où est provenue cette étonnante variété d’anemones cultivées dans les jardins. Dans la première, les feuilles sont découpées en manière de doigt, & les découpures larges ; dans la seconde, au contraire, les feuilles sont composées de trois autres petites feuilles découpées en plusieurs segmens. Du milieu de ces feuilles qui partent de sa racine, & qui sont rangées circulairement, s’élève une tige. À peu près aux deux tiers de sa hauteur, on trouve de nouvelles feuilles servant d’enveloppe ou de calice à la fleur avant son développement ; la fleur s’élance ensuite d’entre ces feuilles, & termine le sommet de la tige. La fleur n’a point de calice, en quoi elle diffère sur-tout des renoncules. Cette fleur, dans les anemones simples, est composée de cinq & quelquefois de six pétales arrondis, & pour l’ordinaire un peu pointus à leur sommet. Le milieu de la fleur est garni d’une proéminence arrondie sur laquelle sont implantées les étamines supportées par de courts pédicules.

On lit dans la Maison Rustique, que les anemones furent apportées des Indes : cependant, celle nommée anemone hortensis par les botanistes, est indigène sur les bords du Rhin & en Italie. L’anemone coronaria l’est dans les environs de Constantinople, dans l’orient. « M. Bachelier, continue l’auteur de cet ouvrage, les apporta vers l’an 1660 : les amateurs qui visitèrent son jardin, furent surpris de leur beauté, & leurs instances auprès de M. Bachelier ne purent l’engager à partager ses richesses alors uniques. Un conseiller vint le voir, lorsque la graine des anemones étoit entièrement mûre. Il y alla en robe de drap de palais, & prescrivit à son laquais de la laisser traîner. Quand ces messieurs furent vers les anemones, on mit la conversation sur la plante qui attachoit la vue ailleurs ; alors le conseiller, d’un tour de robe, effleura quelques têtes d’anemones, & elles laissèrent leur graine attachée à la robe. Le laquais instruit reprit aussi-tôt la queue de la robe, & la graine fut cachée dans les replis. Elle fut semée, & le conseiller moins jaloux que M. Bachelier, fit part à d’autres amateurs du produit de sa supercherie. C’est par ce moyen que cette plante s’est multipliée en France. »

II. En quoi consiste la beauté de l’anemone ? Ce seroit s’attirer une guerre ouverte de la part des fleuristes, si on disoit que ce qu’ils appellent perfection dans cette fleur, est une beauté de convention. Ainsi, admettons avec eux ce genre de beauté, & parlons leur langage.

La racine tubéreuse, c’est-à-dire charnue, est nommée par eux patte. Le principal tubercule est accompagné de plusieurs petits tubercules, & chacun séparé du tronc principal, forme une nouvelle patte, en état, suivant sa grosseur, de donner une fleur l’année suivante, ou deux ans après. Ces petits tubercules sont désignés sous le nom de cuisse.

La tige doit être proportionnée à la grosseur de la fleur, être droite & ne pencher ni d’un côté ni d’un autre.

L’enveloppe qui sert de calice à la fleur avant son épanouissement, est appelée fane ; elle doit être relevée, bien découpée, bien frisée, & plus elle est basse sur la tige, plus elle est parfaite, parce que cela suppose une belle & vigoureuse végétation.

Chaque partie de la fleur a son nom propre. Les pétales ou feuilles de la fleur sont le manteau, & le bas du manteau, la culotte. Les soins prodigués & la culture soutenue ont métamorphosé cette fleur naturellement simple en fleur double ou semi-double : c’est-à-dire, que dans la première, les organes de la génération, destinés à la réproduction de la plante par les graines, ont été convertis en feuilles, moins grandes, à la vérité, que celles du manteau, mais tellement multipliées, qu’elles remplissent tout l’intérieur de la fleur. Dans les fleurs semi-doubles, on distingue plus ou moins les organes de la génération, les étamines, & les pistils. Les petites feuilles du milieu de la fleur, sont nommées panne ou pluche, & les plus étroites béquillon, à cause de leur ressemblance assez grossière avec le bec d’un oiseau. Le mot fraise ou cordon de l’anemone, signifie la classe des feuilles disposées entre la pluche & le manteau ; la partie centrale de la fleur est appelée cordon des graines. Tels sont en général les mots techniques & adoptés par les fleuristes.

On reconnoît pour belle fleur, celle dont le coloris est brillant, les panaches bien prononcés ; & toute fleur dont la couleur est lavée ou terne, est rejetée comme indigne de figurer chez un fleuriste. Les panachées tiennent le premier rang, & les couleurs pures leur sont inférieures ; cependant celles dont la couleur est bizarre ont un grand mérite.

Le second attribut d’une belle anemone est d’être grosse, bien coiffée & bien pommée ; la pluche fait le dôme, & les béquillons sont nombreux, arrondis par le bout, & larges ; le manteau doit surpasser en hauteur la pluche & les béquillons. Si son cordon a de grandes feuilles, si ses couleurs tranchent net avec celles de la pluche, c’est un vrai mérite ajouté aux autres. Toutes ces perfections réunies ne font pas supporter le défaut impardonnable des béquillons s’ils sont étroits & pointus. Ce n’est plus qu’un chardon, disent les fleuristes ; il faut, sans miséricorde, expulser du parterre cette fleur indigne d’y paroître.

On dit qu’une fleur se vide, lorsque le milieu de la fleur se dégarnit. Les anemones dont le cordon est fin ne se vident pas.

Les couleurs de la fleur produite par une patte d’un an ou deux ans, ne sont pas toujours les mêmes ; elles varient & annoncent ce qu’elles seront à la troisième année : malgré cela, on peut dire que les couleurs & les panaches ne sont jamais parfaitement égaux. La saison contribue beaucoup à leur bigarrure & à leur beauté.

III. Des familles des anemones. La première comprend les anemones à fleurs simples, désignées par les jardiniers sous le nom de pavot. La couleur distingue les autres classes des fleurs doubles. Les fleurs cramoisies & rouges forment le premier ordre ; les rouges, panachées de blanc & de pourpre, le second ; les agathes, panachées de rouge & de blanc, le troisième ; les roses panachées de blanc, le quatrième ; les bleues, le cinquième ; les bleues clair, mêlées de blanc, le sixième ; la couleur pourpre, le septième ; enfin, les bizarres en couleur, le huitième. Ce dernier ordre peut encore se sous-diviser suivant la bigarrure de la fleur.

La culture a tellement fait varier cette plante, que si un amateur desiroit posséder tous les individus de chaque variété, leur nombre excéderoit trois cents, & chaque jour il augmenteroit. La nomenclature change beaucoup d’un pays à un autre ; cependant les fleuristes de profession s’accordent entr’eux assez bien pour les dénominations. Ceux de Hollande, & sur-tout de Harlem, donnent le ton à tous ceux d’Europe.

IV. Du terrain qui convient à l’anemone. Toute terre n’est pas propre à cette plante, sans quoi elle ne tarde pas à diminuer de beauté ; enfin, à force de dégradations, elle revient à son premier état de simplicité. Tout fumier employé dans le mélange avec la terre, doit être exactement consommé, autrement il seroit plus nuisible que profitable. La terre la meilleure est celle qui reste la plus divisée, sans s’amonceler ou se réduire en motte par la pluie. Il est difficile d’en trouver de pareille ; il faut donc que l’art vienne au secours du fleuriste. Pour cet effet, il fait enlever des gazons sur une partie de prairie, amoncelle des feuilles, en bannit absolument celles des noyers, recherche des fumiers bien pourris, & du tout compose une masse de terre pour s’en servir pendant l’année suivante, ou dix-huit mois après. Tous les deux mois au plus tard, cette terre est passée à la claie & rigoureusement épierrée ; enfin elle ne peut servir que lorsque tous les végétaux & les parties de fumier sont entiérement réduits en terreau. Le fumier de vache bien pailleux est préférable à celui du cheval, & sur-tout à celui de mouton, de poule, de pigeon, &c.

Il convient d’enlever à la profondeur d’un demi-pied au moins, la terre de la plate-bande ou table destinée pour l’anemone, parce qu’elle aime la terre neuve. On travaille à la bêche (Voyez ce mot) la couche inférieure de terre sur une profondeur de huit à dix pouces, & ce creux recouvert avec le terreau préparé, est mis de niveau avec la surface du sol voisin. Il convient d’observer, que si dans le moment du remplissage on se contentoit de niveler ces deux terrains, le premier s’affaisseroit nécessairement à la profondeur de douze à dix-huit lignes : la prudence exige donc que le terrain de la table excède l’autre en hauteur relative à l’affaissement qu’il éprouvera.

Quelques auteurs conseillent de placer sous la couche de terreau des plâtras, des planches ou des fagots, afin de donner de l’écoulement aux eaux, & prévenir l’humidité que l’anemone craint beaucoup. Si la terre n’est pas glaiseuse, trop argileuse, la précaution est inutile. Du bon sable noir, sur l’épaisseur d’un pied, produiroit un effet pareil, & serviroit, pour les années suivantes, au mélange avec la terre neuve & le fumier consommé. Les racines des plantes s’en trouveront mieux que sur des fagots, & on ne craindra pas l’affaissement des terres ; & par lui, le trop grand affaissement des pattes.

Avant de faire les couches, il est essentiel d’observer quelle sera leur exposition. Celle du plein midi presse trop la végétation, & mange, pour se servir du langage de l’art, les boutons des fleurs. Il faut donc une exposition tempérée, sur-tout dans les pays chauds, & que dans cette exposition, l’air y agisse librement.

V. Des semis. Tout fleuriste jaloux de se procurer des espèces nouvelles, ou de renouveler celles qui ont dégénéré, marque les pieds dont la fleur simple offre des espérances, soit pour sa forme, soit à cause de la vivacité ou la bigarrure de sa couleur ; & rejette toutes les anemones simples, blanches ou pointues, ou de couleurs ternes.

Lorsque la graine est parfaitement mûre, il est tems de la cueillir. Sa maturité se manifeste, lorsque cette graine, chargée de duvet, est prête à se séparer de la tête. On la cueille à l’ardeur du soleil, & aussitôt on la transporte dans un endroit sec, à l’abri de l’humidité de l’atmosphère & du vent ; & lorsqu’elle paroît bien sèche, il faut la renfermer dans une boîte pour attendre la saison convenable au semis. Dans nos provinces septentrionales, le mois d’Août est l’époque assez communément suivie pour semer, & dans les méridionales, on est à tems en Septembre ; cependant, s’il est possible de garantir les jeunes plantes des effets des trop fortes chaleurs, on gagnera beaucoup en se hâtant de semer ; la patte aura acquis beaucoup plus de force & plus de volume avant l’hiver, enfin sera plus belle, plus vigoureuse au printems suivant.

La manière de semer n’est pas indifférente. Toute terre dont la préparation s’éloignera de celle dont on a parlé ci-dessus, ne vaut absolument rien pour la pépinière. 1º. Les graines périront en terre, si elle est trop compacte, ou si le fumier n’est pas pourri & très-consommé. 2º. De l’excellence de la terre, dépend la beauté de la fleur qu’on attend. Cependant, malgré ces précautions, il arrive quelquefois qu’une planche entière, conduite avec soin, ne produit que des anemones simples, & ordinairement plus belles que celles dont la semence a été tirée. Les amateurs ont employé plusieurs moyens mécaniques, afin d’obtenir une plus grande quantité de fleurs doubles ; d’autres ont consulté les phases de la lune, &c. & ces tentatives ont été aussi infructueuses les unes que les autres. Tant que l’homme ignorera le secret de la nature, & comment il est possible de rendre neutre une graine lors de sa végétation, on perdra beaucoup de tems en expériences : cependant ce qu’on nomme hasard sert quelquefois utilement, & une planche fournira plusieurs fleurs doubles, tandis que la planche voisine, toutes les circonstances étant égales, ne donnera que des fleurs simples. Il faut beaucoup semer, bien choisir la graine, en avoir le plus grand soin dans la pépinière, & attendre patiemment le résultat.

Le terrain de la planche destinée au semis, sera parfaitement émietté & nivelé.

Comme la graine de l’anemone est renfermée dans un duvet ou bourre, il seroit difficile de la semer également dans cet état, & la graine seroit amoncelée dans une place, & la place voisine seroit vide. Jetez cette graine dans un vase, afin que la bourre s’imbibe d’eau ; retirez-la, & jetez-la dans un autre vase garni avec du sable très-sec & très-fin. Alors maniez & remaniez ce sable, afin de détacher la graine de sa bourre. Lorsqu’elle sera bien nettoyée, semez également, & recouvrez le tout avec de la terre semblable à celle du dessous : cinq ou six lignes de terre suffisent pour recouvrir la semence. On sème dans le mois d’Août, & quelques-uns au printems : l’ardeur du soleil desséche promptement la superficie de la terre, pénètre jusqu’à la graine, & la fait périr. On évitera cet accident fâcheux, en recouvrant le semis avec de la paille longue, & cette paille sert encore à empêcher que les arrosemens ne tapent trop la terre : s’ils sont trop fréquens, la graine pourrira. Quinze ou dix-huit jours après le semis, la paille sera enlevée, parce que la terre a eu le tems de s’affaisser au point où elle restera toujours. La graine ne lève souvent qu’après un mois ou six semaines.

Il est essentiel de nettoyer souvent les planches des herbes parasites, & de ne pas attendre qu’elles aient acquis une certaine grosseur ; autrement, en les arrachant, leurs racines entremêlées avec celles des anemones, ou les briseroient, ou entraîneroient toute la jeune plante.

Pendant la gelée, les plantes seront couvertes avec des paillassons, & les paillassons enlevés dès qu’elles cesseront. Ne vous fiez pas aux beaux jours d’hiver ; souvent les nuits en sont fâcheuses.

Lorsqu’au printems suivant, la fane sera complétement desséchée, il est tems de tirer les tubercules de terre ; ils seront alors gros comme des pois ; & après les avoir laissés pendant plusieurs jours dans un lieu sec & à l’ombre, on les met dans des boîtes.

VI. De la culture de l’anemone. Plus il a fallu de soins, de travaux & de patience pour métamorphoser l’anemone simple en anemone double, pour lui faire acquérir les couleurs brillantes dont elle est décorée, plus elle demande d’attention de la part du fleuriste, afin qu’elle ne dégénère point.

Tracez sur la longueur des planches que vous voulez planter, des sillons de six pouces de distance ; croisez par des sillons égaux cette même planche, & à leur réunion se trouve le point où la patte doit être mise en terre. Ce moyen bien simple assure la beauté du coup d’œil, & donne l’espace nécessaire d’une plante à une autre.

Tenez entre les trois premiers doigts de la main la patte ; enfoncez-les environ à trois pouces de profondeur ; écartez les doigts, la patte sera mise en place ; & toute la planche étant ainsi plantée, passez légérement le râteau par-dessus afin de remplir les trous.

Observez, en tenant dans vos doigts la patte, de ne point casser de cuisse, & de placer par-dessus l’endroit d’où l’œil doit sortir. Les cuisses rompues, ou les autres petites pattes qui ne sont pas dans le cas de donner des fleurs, seront plantées à quatre pouces de distance seulement.

Il est inutile de mettre les pattes dans l’eau avant de les planter. Cette coutume des jardiniers est abusive ; il vaut mieux arroser quelques jours après la plantation, à moins que la terre préparée ne soit absolument sèche. Pour peu qu’elle ait d’humidité, elle se communique à la patte ; la patte s’enfle par progression, & n’est pas dans le cas de pourrir. Les paillassons deviennent nécessaires contre les rigueurs de l’hiver, & sur-tout pour les garantir de la trop grande quantité de pluie qui tombe ordinairement dans cette saison.

Les amateurs pressés de jouir, plantent au mois de Juin, au mois d’Août : le tems ordinaire est la fin de Septembre ; & le fleuriste prudent conserve une partie de ses pattes pour les planter en Février, tems auquel on ne craint plus l’excessive rigueur de la saison. Les curieux du premier ordre ont des châssis (voyez ce mot) vitrés, & bravent les intempéries de l’air.

Toute feuille fanée ou pourrie sera sévérement coupée : la même loi s’exécutera pour les boutons à fleur qui se présentent mal ; & afin d’avoir une fleur plus belle & mieux nourrie, on n’en laissera subsister qu’une sur le même pied.

Il est impossible de prescrire les jours où il faut arroser ; c’est la saison qui le décide. Il vaut mieux arroser peu à la fois, & arroser plus souvent.

La beauté d’une planche d’anemone dépend de la variété des couleurs de chaque fleur. Le fleuriste aura donc attention de marquer par des petits piquets numérotés chaque pied, afin de conserver l’année suivante la même symétrie dans les couleurs, ou pour la perfectionner, si elle est alors défectueuse : plusieurs fleurs semblables en couleur, placées les unes près des autres, défigurent une planche.

La pluie & l’ardeur du soleil, depuis dix heures du matin jusqu’à trois ou quatre de l’après-midi, hâtent trop la fleuraison, & on jouit trop peu de tems d’une fleur qui a exigé des soins si multipliés. Recourez alors aux paillassons ou aux tentes ; mais enlevez-les dès que le soleil aura perdu de sa force. Alors les fleurs dureront beaucoup plus long-tems, & la jouissance prolongée vous dédommagera de vos peines.

VII. Du tems d’arracher les anemones. Lorsque la fane se desséche, elle avertit le fleuriste qu’il est tems de la tirer de terre ; & lorsqu’elle est parfaitement desséchée, le moment est venu. Si on la sort de terre plutôt, il reste dans la patte une humidité superflue qui fermente, & la conduit à la pourriture : on auroit tort d’attendre plus long-tems.

Il ne faut point arroser la plante, du moment que la fane commence à dessécher, & on aura alors plus de facilité à dépouiller la patte d’une terre inutile qui feroit l’office d’éponge dans la suite. Pour dépouiller complétement la planche, on commencera par un bout, & on creusera avec le petit piochon pour mettre à découvert la première patte, & successivement, on continuera la tranchée jusqu’à l’autre extrémité de la planche. Les soins à avoir en enlevant les pattes, sont, 1º. de ne les point meurtrir avec le fer ; 2º. de ne casser aucune cuisse ; 3º. de visiter chaque patte, & d’enlever proprement avec un instrument tranchant une portion spongieuse qui se trouve, ou à l’extrémité d’une cuisse & plus souvent dans le milieu de la patte. Cette portion conservée avec l’anemone la fait souvent pourrir, lorsqu’on la met en terre l’année suivante. 4º. Il arrive quelquefois que les insectes attaquent la substance intérieure de la patte, & il s’y forme une espèce de chancre qui la rongeroit successivement dans tout son entier. Cette pourriture doit être enlevée jusqu’au vif. 5º. Détachez de la patte toutes les radicules qui y tiennent encore, ainsi que les particules de terre. 6º. Placez les pattes sur des claies, & tenez-les dans un lieu sec où règne un courant d’air. 7º. Enfin, lors de leur complette dessiccation, renfermez-les dans des boîtes, &, ce qui vaut encore mieux, dans des sacs de toile suspendus au plancher. Si on les conserve dans cet état pendant deux ans, l’expérience a prouvé que les fleurs seront plus hautes en couleur, & mieux nourries. Chaque année le nombre des tubercules augmente autour du tubercule principal ; c’est la voie dont la nature se sert pour multiplier cette plante, quoiqu’elle se multiplie de graine. Lorsque la patte est considérable, on partage ces tubercules, & l’on prend garde de ne pas briser les cuisses, ni d’endommager le tronc principal.