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Cours d’agriculture (Rozier)/BOUFFISSURE

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Hôtel Serpente (Tome secondp. 399-401).


BOUFFISSURE, Médecine vétérinaire. Symptôme de différentes maladies que les animaux éprouvent ; c’est une tuméfaction des tégumens par l’air. Ces symptômes sont dûs, ou à des causes extérieures, ou à des causes intérieures.

Des causes extérieures. L’animal peut être bouffi, ou à la suite d’une morsure ou piqûre d’une bête venimeuse, (voyez ces mots) ou lorsqu’une plaie pénètre dans la cavité de la poitrine, par exemple par la fracture d’une côte, lorsque l’extrémité de la côte cassée touche le poumon ; ou enfin, lorsque pour guérir d’un écart, de la fourbure, du mal de cerf, &c. les ignorans font une incision à la peau, & introduisent dans l’ouverture un chalumeau ou un soufflet, & poussent de l’air, à peu près comme le boucher l’exécute avant d’écorcher un bœuf ou un mouton. Il n’est pas possible d’imaginer une pratique plus vicieuse.

Si la côte cassée porte sur le poumon, le plus court est de vendre l’animal au boucher, & si c’est un cheval, une mule, &c. de les tuer. On dépenseroit inutilement son argent à les faire traiter. Dans l’autre cas, il faut se hâter de donner issue à l’air soufflé, par des scarifications à la peau, & avec la main de pousser légèrement l’air vers ces issues, & aussitôt après de faire baigner l’animal dans l’eau la plus froide, & même d’appliquer de la glace sur les parties les plus tuméfiées.

Des causes intérieures. Elles sont toutes très-graves : la première marche à la suite d’une dyssenterie longue & opiniâtre. La bouffissure, ou tuméfaction se manifeste peu à peu sur le dos & sur les lombes ; & lorsque l’on comprime la partie affectée, l’animal éprouve de la douleur ; on entend & on sent un petit craquement sous les doigts. Cette tuméfaction est une preuve que la dyssenterie a épuisé les forces de l’animal, que sa substance tend à une décomposition générale, puisque l’air principe s’en dégage, ainsi que des fluides. Il est très-rare, dans cette circonstance, de rappeler l’animal à la santé. Dès qu’on s’apperçoit de cette maladie, il est indispensable de le séquestrer, de le séparer des autres animaux de son espèce, parce que cette dyssenterie est presque toujours épidémique. La prudence & l’intérêt du propriétaire exigent, que tout le fumier de l’écurie où étoit l’animal avant sa séparation des autres, soit enlevé avec soin, l’écurie bien balayée, les auges, les râteliers, les cordes, en un mot, tout ce qui lui a servi, lavé à plusieurs reprises, frotté, ratissé, & enfin pour la dernière fois, lavé avec du vinaigre très-fort. Quant à l’animal malade, il est indispensable de l’enterrer dans une fosse très-profonde, & de le recouvrir de plusieurs pieds de terre. Ceux qui alors vendent la bête malade aux bouchers, sont dans le cas, ainsi que l’acheteur, d’être punis sévérement par les Juges des lieux qui doivent veiller à la santé du citoyen ; toute grace en faveur des coupables est un crime encore plus grand contre la société. Sans une sévérité des plus rigoureuses, on risque de faire périr tous les bestiaux d’une province. (Voyez le mot Épizootie)

Le paysan souvent écrasé par la perte de son bétail cherche à profiter de la peau, écorche l’animal, & de la même main, va panser ceux qui restent dans l’écurie. L’expérience lui prouvera bientôt combien cette parcimonie lui sera fatale ; successivement tout son bétail périra pour la valeur d’une peau. Quelle économie ! Ce n’est pas tout, cette même peau peut encore donner lieu à l’épizootie par-tout où elle sera transportée : c’est par attouchement & non par l’air que le mal se propage, il en est des maladies des animaux comme de la peste, que des mesures sages & prudentes circonscrivent dans un lieu.

La seconde cause intérieure de la bouffissure vient de la dépravation des humeurs ; on la nomme venin dormant. Voici comme M. Vitet s’explique dans son excellent ouvrage intitulé, Médecine vétérinaire. Le défaut d’appétit, la sécheresse de la langue, la tuméfaction du dos & des lombes, le bruit qui se fait entendre lorsqu’on touche la partie tuméfiée, sont les premiers symptômes qu’éprouve l’animal ; ensuite il perd entièrement l’appétit, les tégumens se gonflent considérablement, même jusqu’à effacer les creux que l’on voit aux flancs, & à rendre un son lorsqu’on les frappe, semblable à celui que donne un cuir tendu.

Le bœuf & le mouton téguent : quelquefois il sort par le fondement une espèce d’écume accompagnée d’une fréquente déjection ; alors les bouviers donnent le nom de venin hâté à cette maladie. La mauvaise qualité de l’air, des plantes, du terrain, particulièrement les grandes chaleurs & le défaut de boisson, pattent pour les principes les plus fréquens du venin hâté, auquel le bœuf est plus exposé que le cheval.

La première indication à remplir est la diminution du sang par la saignée à la veine jugulaire, plus ou moins réitérée selon l’âge, le tempérament & l’espèce de sujet, selon la constitution de l’air, la nature du sol & le genre de vie. L’eau qui doit servir de boisson sera animée par des plantes aromatiques, telles que les feuilles d’absinthe, les plantes amères, les fleurs de camomille romaine, &c. Lorsque la langue est sèche, & que les humeurs paroissent tendre vers la putridité, ajoutez à l’eau destinée pour boisson, une once de nitre, ou demi-once de crême de tartre, ou simplement du vinaigre, jusqu’à ce que l’eau ait acquis une agréable acidité ; c’est dans les cas où il y a chaleur. Gardez-vous de purger l’animal, de le faire saliver, de lui donner de l’urine pour boisson, de le faire suer dans les orties, c’est à-dire, de le placer dans une fosse, où on le couvre de feuilles, & ensuite de fumier, excepté la tête pour le laisser respirer. Ce remède, quoiqu’avantageux dans une infinité de cas, ne sert ici qu’à augmenter la dépravation des humeurs. Je n’approuve point le breuvage composé d’une pinte d’eau-de-vie, où l’on aura fait macérer quatre gousses d’ail pour faire suer l’animal. Il échauffe beaucoup, rarement fait suer, malgré les couvertures les plus chaudes. Si l’indication est d’augmenter les forces, les fonctions vitales, & de déterminer la sueur, je préférerois une infusion d’absinthe & de suie de cheminée, chacune à la dose de quatre onces sur trois livres de vin, parce que le vin est moins capable d’exciter l’inflammation des viscères, que l’eau-de-vie.