Cours d’agriculture (Rozier)/PIQÛRE

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Hôtel Serpente (Tome septièmep. 716-719).


PIQÛRE, Médecine rurale. Solution de continuité faite dans une partie molle, par un instrument piquant. Il n’est aucune partie du corps qui en soit à l’abri ; en général, quand les piqûres n’intéressent nullement les parties nerveuses ou tendineuses, elles ne tirent pas à conséquence & le mal qu’elles procurent est léger ; il n’en est pas de même, lorsqu’elles ont exercé leur action sur des parties douées d’une grande sensibilité ; elles occasionnent les symptômes les plus graves, tels qu’une douleur aiguë, l’inflammation de la partie offensée, souvent même cette inflammation s’étend sur les parties voisines, & excite à son tour le spasme & des convulsions ; la fièvre s’allume & l’étranglement de la partie la fait tomber en gangrène. C’est ce qui arrive dans la piqûre du tendon du muscle biceps, si, par des scarifications profondes, ou par d’autres moyens qu’on employé en pareil cas, on ne s’oppose point de bonne heure à tous les accidens qui doivent s’en suivre. Le panaris, le plus souvent ne reconnoît d’antre cause que la piqûre d’aiguille. Le gonflement de la main & du bras n’est souvent excité que par la piqûre d’une épingle ou d’une épine qui se sera attachée dans le creux de cette même main ; le séjour du sang dans le trajet de la division, peut donner lieu à des abcès.

On peut arrêter sur le champ les effets d’une piqûre d’aiguille au doigt, si elle n’intéresse aucune partie nerveuse, en le plongeant plusieurs fois dans de l’eau bouillante, ou en ayant le soin de bien exprimer, par une compression répétée & modérée, le sang que la solution de continuité fait couler. Les couturières qui éprouvent très-souvent de pareilles piqûres, n’employent pas d’autres moyens ; ce qui leur réussit très-bien, & leur permet de continuer leur travail journalier.

Dans les piqûres accompagnées d’accidens, il faut en venir à une incision ; mais avant de la pratiquer, on doit les combattre par la saignée, par l’application des cataplasmes émolliens, par des boissons adoucissantes & de fréquentes lotions tièdes ou autres remèdes usités en pareil cas ; mais comme on n’en obtient pas toujours du succès, on est alors forcé de recourir à la méthode proposée par les anciens ; elle consiste à brûler avec de l’huile de térébenthine bouillante toute l’étendue d’une plaie où un nerf avoit été piqué. Cette cautérisation fait cesser les accidens, comme on détruit la douleur des dents, en brûlant avec un fer rouge, le nerf qui est à découvert par la carie.

Nous avons parlé au mot morsure de ce que l’on appelle mal à propos piqûre de la vipère & de celle du serpent à sonnettes, il ne nous reste qu’à faire mention des accidens occasionnés par la piqûre de l’abeille, de la guêpe, du frelon, des cousins, des chenilles & des fourmis.

Leurs piqûres sont rarement dangereuses. Ce qui les envenime le plus souvent, c’est qu’on se gratte tout de suite, & qu’on y détermine l’inflammation & le gonflement.

Je ne connois pas de meilleur remède contre la piqûre de l’abeille, que de frotter sur le champ la partie piquée avec toute espèce d’herbe qui se présente sous la main, excepté l’ortie : je l’ai expérimenté souvent & toujours avec le plus grand succès ; mais l’huile d’olive chaude avec laquelle on frotte la partie affectée, est le remède le plus usité. Les uns veulent qu’on recouvre avec le miel ordinaire la partie malade, les autres y appliquent du persil pilé ou de la thériaque.

Le vinaigre réussit mieux contre la piqûre des cousins, ainsi que l’eau-de-vie ou les feuilles de rue ou de sauge écrasées & appliquées par dessus.

Buchan regarde l’alcali volatil fluor, comme le meilleur remède, sur-tout comme les émanations de l’acide volatil des fourmis, la piqûre des cousins, (consultez ce mot) des frelons, &c. il suffit, ajoute cet auteur, d’en appliquer aussi-tôt sur la partie piquée & d’en respirer la vapeur. On doit même en prendre dix à douze gouttes dans un verre d’eau, si l’on ressentoit du mal à la tête, immédiatement après s’être exposé à la vapeur d’une fourmilière.[1]


Piqûre. Médecine vétérinaire. Plaie faite par un clou à ferrer dans la sole charnue du pied du cheval. (Voyez Pied)

Le maréchal est sujet à piquer le cheval dans plusieurs occasions :

1°. Lorsque le fer est trop juste ou étampé trop gras, alors il pique la sole charnue ; si le clou entre trop en avant, il atteint la chair cannelée, il perce quelquefois de part en part, & l’on voit sortir le sang du côté de la muraille & du côté de la sole.

2°. Lorsque le fer est étampé trop maigre, s’il y a peu de corne, dans ce cas, le maréchal est obligé de puiser pour aller prendre la bonne corne ; la pointe du clou étant tournée du côté de la chair cannelée il la pique ; reconnoît que le cheval est piqué par le mouvement qu’il fait.

3°. Lorsque la pointe du clou n’a pas assez de force pour percer la corne en dehors, elle perce en dedans & blesse la chair cannelée.

4°. Lorsque le maréchal abandonne le clou & qu’il ne le conduit pas jusqu’à ce qu’il sente, par la résistance que présente la muraille externe, qu’il est prêt à sortir & qu’il a gagné la partie externe de la muraille.

5°. Lorsque le clou est pailleux, il forme deux lames, dont l’une entre quelquefois dans la chair cannelée, & l’autre sort en dehors.

6°. Lorsqu’en brochant on rencontre une louche qui est une portion d’un vieux clou ; cette souche renvoyé en dedans la pointe du clou qui pique la chair cannelée.

7°. Lorsqu’on met des cloux dans les vieux trous, & qu’on ne les conduit pas, on peut faire une fausse route & piquer le cheval.

8°. Lorsqu’en brochant un clou, la pointe rompt dans la muraille ; le reste du clou n’ayant point de pointe, & ne pouvant percer la muraille, il entre dans la chair cannelée. Le maréchal retire la partie supérieure du clou dont il laisse la partie inférieure, croyant qu’elle ne coude pas, cependant il est souvent trompé à cet égard, puisque l’extrémité presse la chair cannelée ; alors il doit tâcher d’arracher la partie du clou qui est dans le pied avec les tricoises ; s’il ne peut pas la pincer, il doit couper une partie de la muraille avec le rogne-pied, pour aller chercher cette portion du clou.

Traitement. La simple piqûre, lorsqu’on retire le clou sur le champ, est pour l’ordinaire sans danger. Si cependant dans la suite le cheval boite, s’il y a de la matière, il faut parer le pied, ouvrir jusqu’à la piqûre, mettre dans le trou de petites tentes imbibées d’essence de térébenthine, & appliquer sur la sole des cataplasmes émolliens.

Piqûre des insectes. La piqûre des abeilles, des guêpes, des cousins, des moucherons, &c., excite une grande phlogose chez les animaux ; mais cet engorgement n’est point dangereux, & se dissipe pour l’ordinaire au bout de deux ou trois jours ; l’huile, l’urine chaude, le vinaigre, sont très-propres à dissiper cet accident. Si les piqûres ne sont pas trop multipliées, il est inutile d’avoir recours à ces topiques ; l’eau fraîche seule suffit pour la faire disparoître ; mais quant à la piqûre ou morsure des animaux venimeux qui ont des suites funestes, tant par la qualité délétère du venin, que par la blessure des parties nerveuses ; Consultez l’article Morsure des Animaux, tome VI. M. T.


  1. Note de l’Éditeur. Je me suis très-bien trouvé, & à différentes fois, de l’application de la glace contre la piqûre des abeilles & des cousins. Quant aux abeilles, la première attention à avoir, c’est d’enlever le dard qu’elles laissent dans les chairs.