Cours d’agriculture (Rozier)/LAITUE sauvage

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Hôtel Serpente (Tome sixièmep. 207-223).


Rozier - Cours d’agriculture, tome 6, pl. 4, laitue sauvage.png

LAITUE sauvage. (Voyez planche IV, page 122.) Tournefort & Von Linné la placent dans la même classe que la plante précédente. Le premier la nomme lactuca silvestris costa spinosa, & le second lactuca virosa.

Fleur B. Offre un des demi-fleurons donc la fleur totale est composée. Ces demi-fleurons hermaphrodites reposent sur un réceptacle nud, au fond d’une enveloppe commune, représentée en D. Le pistil C occupe le centre du tube ; il est composé d’un ovaire, d’un stile, dont la longueur égale celle du tube, comme on le voit en B, & de deux stigmates recourbés en arc.

Fruit E. Succède à chaque demi-fleuron ; l’aigrette qui le couronne est soutenue par un pédicule assez long, qui adhère à la semence, sans faire corps avec elle. Les semences F sont représentées dépouillées de leurs aigrettes ; elles sont ovales, comprimées & pointues.

Feuilles. Oblongues, étroites, garnies de poils, armées d’épines le long de leur côte qui est blanchâtre. Il y a une variété, à feuilles très-découpées.

Racine A. Plus courte, plus petite que celle des laitues cultivées.

Port. Tige rameuse, blanchâtre, plus grêle, plus sèche que celle de la laitue cultivée, souvent épineuse ; les fleurs sont rassemblées au sommet, & les feuilles alternativement placées sur les tiges.

Lieu. Le bord des chemins, les murailles ; fleurit en mai ou juin, suivant les climats. La plante est annuelle.

Propriété. Elle est très-laiteuse, un peu amère, plus apéritive & plus détersive que la laitue cultivée, & ses propriétés sont les mêmes. Je vais les décrire, afin de ne pas y revenir lorsque je traiterai des laitues cultivées. Les feuilles appaisent la soif fébrile, dit M. Vitet, la soif occasionnée par de violens exercices ; elles tempèrent la chaleur de tout le corps, particulièrement des intestins, des voies urinaires & des ardeurs d’urine. Les feuilles apprêtées en salade, offrent une nourriture agréable, rafraîchissante & capable de s’opposer à la tendance des humeurs vers la putridité. Les cataplasmes de laitues cuites sont très-émolliens. L’eau distillée de la plante, que l’on conserve & que l’on vend dans les boutiques, n’a pas plus d’efficacité que l’eau simple de rivière ou de fontaine.

Un métayer économe fait rassembler avec soin les feuilles de laitues qu’on enlève, en nettoyant la plante destinée à devenir son aliment & celui des valets de la métairie. Il arrose ces feuilles avec un peu de vinaigre, les saupoudre légèrement de sel, & les donne, pendant les grandes chaleurs, à ses bœufs & à ses chevaux qui en sont très-friands. Il peut encore y ajouter de l’huile ; cette préparation réveille l’appétit de ces animaux, les rafraîchit & prévient la putridité.


CHAPITRE PREMIER.

Des laitues cultivées.


Le nombre des variétés de cette plante est prodigieux & s’accroît chaque jour, parce que les laitues ne sont point des espèces premières, mais des espèces jardinières, (Voyez ce mot) susceptibles de perfection ou de détérioration, suivant le climat, le sol & la culture qu’on leur donne. La plus grande partie est composée d’espèces hybrides. (Voyez ce mot,) & leur mélange tient à d’autres mélanges antérieurs des étamines, (Voyez ce mot.) Ainsi, plus on ira & plus on multipliera encore les espèces jardinières, surtout si on n’a pas le plus grand soin de planter à part, & dans des planches éloignées, chaque espèce jardinière. Je crois que l’on pourroit avancer, sans commettre une hérésie botanique, que la laitue sauvage est le type premier des laitues cultivées, & qu’elle doivent leur perfection simplement à la culture. Les botanistes, Von Linné, par exemple, qui est celui qui a réduit les espèces à un plus petit nombre, distingue la laitue cultivée par ses feuilles arrondies, & par ses fleurs disposées en corymbe, tandis que celles de la laitue sauvage sont pointues & presque placées horizontalement. Je demande si ces caractères sont assez constans, & s’ils suffisent pour déterminer les espèces. On n’étudie point assez la dégénérescence de nos espèces jardinières. On va en juger. Sur un mur fort épais, le vent ou les oiseaux portèrent une graine de laitue pommée ; elle y végéta, produisit une plante, & des fleurs, dont la graine venue en maturité se sema d’elle-même sur ce mur. Afin d’empêcher les oiseaux & sur-tout les chardonnerets, qui en sont très-friands, de la dévorer, j’aidai la chute de la graine, déjà beaucoup plus petite que celle de la première, & je la fis recouvrir de terre à la hauteur de deux ou trois lignes. L’année suivante, nouvelles plantes, fleurs, graines, & la même opération ; mais à cette seconde année toutes les parties de la plante étoient singulièrement dégénérées & la sécheresse y contribua beaucoup ; enfin, à la troisième année, les feuilles s’allongèrent, devinrent pointues & chargées de cils ou poils très-approchans de ceux de la laitue sauvage ; les feuilles perdirent leur forme de coquille ou de nacelle, devinrent plates & presque horisontales. Je ne sçais ce qu’il en sera cette année. Ce fait est de peu d’importance pour le cultivateur ou pour le jardinier ; mais je le rapporte afin de mettre les amateurs dans le cas d’étudier & de suivre le perfectionnement & la dégénérescence des espèces jardinières.

Je ne puis décidément assurer de quelle espèce pommée étoit la graine qui a produit la laitue dont je viens de parler, parce que le lieu où elle végéta, & la chaleur du pays lui firent bientôt perdre sa forme. Cependant je crois qu’elle appartenoit à la Gênes.

Les botanistes réduisent à une seule espèce la laitue cultivée des jardins, qu’ils appellent lactuca sativa, & ils regardent comme de simples variétés les laitues pommées & les laitues crépues. Ils ont raison dans le fond, puisque si leur culture est négligée pendant plusieurs années de suite, & si le sol est mauvais, elles dégénéreront & redeviendront ce qu’elles étoient dans leur première origine. Leur perfectionnement est donc l’ouvrage de l’industrie, de la patience, des soins, du soleil & du climat. On peut s’assurer de ce fait en Hollande, où les laitues sont monstrueuses pour la grosseur, & presque toutes les espèces de pommées, beaucoup plus grosses qu’en France.

On ne connoît pas le pays natal d’où on a tiré la première laitue des jardins ; ce qui me porte encore à penser que son véritable type est la laitue sauvage, que j’ai décrite & fait graver exprès. Au surplus, je propose cette idée comme un simple problème à résoudre. Ce qu’il y a de constant, c’est que la graine des laitues, transportée dans les quatre parties du monde, y réussit très-bien, & que même certaines espèces s’y perfectionnent. L’expérience prouve que les unes réussissent mieux que les autres, suivant les climats de notre royaume. La vraie richesse du cultivateur consiste à les connoître & à choisir les meilleures & celles qui exigent le moins de soin. L’amateur, au contraire, aime le nombre & la diversité, il peut contenter son goût, car aucune plante des jardins n’a plus multiplié ses espèces jardinières que la laitue.

On peut diviser ces espèces suivant le temps où elles doivent être semées, par conséquent en laitues d’hiver, & en laitues d’été. Le second genre de division, est de partir des espèces premières, & de placer ensuite celles qui s’en rapprochent. Cette méthode seroit plus curieuse qu’utile, & laisseroit beaucoup d’incertitude sur la filiation de ces espèces. Enfin, la troisième, qui est à préférer, est la division simple en laitues pommées & en laitues à longues feuilles ou chicons, vulgairement appelles laitues romaines.


Section Première.

Des laitues pommées.


Il est difficile d’établir un ordre bien méthodique pour classer les laitues ; cependant les voici rapprochées par leur couleur. La lettre B indique que la graine est blanche ; la couleur noire de la graine est désignée par une N.


Laitues pommées d’un verd foncé.


Impériale ou laitue d’Autriche, ou grosse allemande B… La cocasse B… La Versailles B… Pomme de Berlin N… Grosse rouge N… jeune rouge ou petite rouge N… Coquille N… Passion B…


Laitues blondes ou mouchetées de jaune.


Grosse blonde B… George blonde B… Bapaume N… Gênes blonde B… Italie N… Hollande ou laitue brune N… Paresseuse B… Royale B… Perpignane B… Petite crêpe ou petite noire N… Grosse crêpe ou crêpe blanche B… Aubervilliers B… Gotte B… Dauphine N… Bagnolet B… La vissée N.


Laitues flagellées ou tachées de rouge.


Sanguine ou flagellée N… Bergop-zoom… N… Palatine N… Sans-pareille B… La mousseronne B,


Laitues curieuses.


Frisée à feuille de chicorée N… ; Laitue-épinard B… Laitue épinard N.


Laitues allongées ou chicots.


Romaine rouge N… Romaine flagellée N… Chicon vert N… Chicon gris B… Chicon blanc B… Chicon hatif B… Alfange B.

L’impériale ou laitue d’Autriche ou grosse allemandeLactuca amplissimo folio glabro pallide viridi, capite flavo maximo, semine albo[1]. M. Descombes l’appelle la reine des laitues : elle mérite ce nom par sa grosseur monstrueuse, sur-tout en Hollande ; sa pomme est très-serrée, & sa saveur est douce & sucrée lorsque le terrein & le climat lui conviennent. Dans les provinces du nord elle demande à être semée de bonne heure & sur couche, si on veut en recueillir la graine qui est blanche, en forme de navette, sillonnée, pointue à son extrémité, & légèrement tronquée à sa base. Cette laitue reste longtemps à faire sa pomme, & monte très-difficilement. On peut la replanter jusqu’à la fin de juillet dans les provinces méridionales ; après ce temps elle ne pomme plus ; & dans celles du nord, le commencement de juin est la dernière époque de la replantation. Les premières feuilles basses & extérieures de cette laitue sont très-grandes, lisses, d’un verd pâle & terne, & souvent il sort de leurs aisselles des drageons qu’il faut retrancher. Sa pomme est de couleur jaune, & le véritable temps de la manger est le printemps. On la replante à quatorze ou quinze pouces de distance, en tout sens. Pendant les grandes chaleurs si on arrose trop souvent, la plante se fond. De toutes les espèces de laitues, c’est celle que l’on doit préférer dans les provinces méridionales, parce qu’elle craint moins la sécheresse que les autres, & sur tout parce qu’elle monte difficilement[2].

La laitue cocasseLactuca multi folia è viridi sub rubescente, tumide crispatas capite majore, semine albo. Sa graine est blanche, plus alongée, plus pointue que celle de la précédente, & ses sillons moins caractérisés. Elle aime un terrein léger, substantiel & bien terrauté, & beaucoup d’arrosemens. Elle est un peu amère, & médiocrement tendre ; cependant les jardiniers paroissent la préférer à toute autre pour l’été, parce que sa pomme est grosse & se soutient long-temps en cet état avant de monter en graine ; il faut même fendre la pomme afin que la tige s’élance d’entre les feuilles découpées, fleurisse & graine. Ses feuilles extérieures sont de couleur verte-foncée, luisantes & très-cloquetées. Si on la seme en août elle passe très-bien l’hiver en pleine terre, sur-tout dans les provinces méridionales. Elle réussit mal dans les terreins forts & tenaces. Dans les provinces du nord, si on veut en avoir la graine, on doit l’élever sur couche.

La versailles paroît être, au rapport de l’auteur du nouveau la Quintinie, une variété de la cocasse ; elle est, ajoute-t-il, de même grandeur & à peu-près de même qualité ; la tête est un peu applatie, moins amère, moins garnie de feuilles, se soutenant aussi long-temps dans les chaleurs, & montant aussi difficilement en graines ; elle est blanche. Ses feuilles sont d’un verd plus clair sans mélange de roux. Elle demande le même terrein & la même culture ; elle supporte mieux les fortes gelées. M. Descombes, auteur très-estimé de l’école du jardin potager, regarde la versailles comme une espèce bien différente de la cocasse. La feuille de la première est d’un verd plus clair sans aucune teinte de rousseur ; sa pomme plus applatie ; ses feuilles moins entassées les unes sur les autres. Sans vouloir décider la question, je crois qu’on doit la regarder comme une variété de la précédente, & que le sol, la culture, l’exposition & souvent l’hybridicité des semences, (Voyez ce mot), doivent singulièrement métamorphoser les espèces jardinières. (Voyez ce mot.) Il faut la semer en février dans les provinces du midi.

Laitue batavia ou laitue de SilésieLactuca amplissimo folio crispo, late viridi, per lymbos rubescente, capite maxima, semine albo. Dans les provinces du midi, on donne mal-à propos le nom de silésie à la laitue sanguine. Ce n’est pas celle dont il s’agit dans cet article. Voici ce que l’estimable auteur de la nouvelle maison rustique dit de cette espèce. Cette laitue, pour laquelle on n’a pas encore trouvé de terrein propre, demande a être souvent & abondamment mouillée le soir & le matin, & jamais dans les heures de la grande chaleur. Elle pomme rarement après le mois d’août, parce que les saisons fraîches lui sont contraires. Quoique sa pomme, qui se forme en deux mois & demi, ne soit pas très-pleine, ni très-blanche, & qu’elle soit un peu amère quand elle a cru dans les terres fortes, elle est si tendre, si cassante, si délicate, qu’elle peut passer pour une des meilleures laitues. Elle est une des trois plus grosses. Ses feuilles un peu alongées sont très-frisées, très-grandes, d’un verd très-clair, presque blond, un peu teintes de rouge sur les bords qui sont très dentelés ou légèrement découpés. Sa graine est blanche. Il faut la placer à quinze ou seize pouces de distance. Elle a une variété qu’on nomme laitue-choux de Batavia, ou mieux batavia brune, qui n’en diffère que par sa couleur de verd-foncé. Elle est excellente, elle s’accommode de tous les terreins, pomme mieux & est plus ferme. Elle mérite la préférence sur la batavia & sur la plupart des laitues.

M. Descombes, dans l’École du jardin potager, dit que la première est grosse comme un petit choux. Il a été assez heureux sans doute pour trouver le terrein qui lui convient. Elle réussit très bien dans le climat que j’habite. Il faut la semer dans le mois de janvier, derrière un bon abri.

La laitue-pomme de BerlinLactuca amplissimo folio dilutè viridi, per lymbos sub rubescente, capite maximo, semine nigro. On peut la regarder comme inconnue dans les provinces du midi, & on ne la trouve que chez les amateurs. On doit la semer dès les premiers jours de janvier, afin de l’avoir dans sa perfection au printemps ; parce qu’elle monte facilement. De toutes les laitues, c’est la plus volumineuse quand elle se trouve dans un sol convenable. Sa pomme n’est jamais bien serrée, mais elle blanchit très-bien. Elle est douce, tendre & cassante ; un verd tendre colore ses feuilles, & de légères teintes de rouge décorent leurs bords. Sa graine est noire, ou plutôt d’un brun-foncé, petite, pointue par les deux bouts, mais beaucoup plus par le supérieur. Dans les provinces du nord on peut la cueillir au printemps & en automne.

Laitue grosse rougeLactuca rotundifolia nigra viridis atro-rubente colore obsoleta, majore capite aureo semine nigro. Sa graine noire, ressemble beaucoup à la précédente ; cependant elle est un peu plus étroite, plus alongée & un peu moins grosse. Il faut convenir que les expressions manquent lorsqu’il s’agit de décrire & de spécifier des différences sensibles à l’œil armé d’une loupe, & qu’il est très-difficile d’assigner à la vue simple ; c’est pourquoi le cultivateur doit être très-attentif à mettre des étiquettes fixes sur les graines qu’il renferme. La moindre confusion le met dans l’impossibilité de reconnoître les espèces d’une manière positive.

Elle se plaît dans les terreins gras & fertiles, y pomme très-bien & y dure longtemps. Si le sol ne lui convient pas, c’est-à-dire, s’il est maigre, sabloneux, elle est dure & réussit mal. Elle demande, dans les provinces du midi, à être semée en février. Sa semence est noire, ses feuilles arrondies, très-peu frisées, d’un verd rembruni, d’un gros rouge. Sa pomme est grosse, d’un jaune orangé & tendre. Cette laitue demande à être multipliée dans les provinces du midi, elle est cependant regardée par-tout comme une des meilleures.

Jeune rouge ou petite rouge. Lactuca rotundifolia dilute viridis è rubro varia flavo capite parvo, semine nigro. À semer en février ou plus tard dans les provinces du midi, & se cueille au printemps, & en automne dans celle du nord, où l’on doit l’avancer par le secours des couches, attendu qu elle pomme lentement, & reste longtemps dans cet état avant de monter. Elle est douce & tendre, jaune dans le cœur. Les feuilles extérieures sont d’un verd tendre, fouettées de rouge, rondes, & presqu’unies. Sa graine est noire.

Laitue coquille. Lactuca rotundifolia è viridi subflava, capite parvo, semine albo. De toutes les laitues, celle-ci résiste le mieux aux rigueurs de l’hiver, ainsi que la suivante. C’est un mérite, j’en conviens, mais il est bien diminué par sa qualité dure & amère : comme tous les jardiniers n’ont pas la facilité ou les moyens de se procurer des couches, des cloches, &c. elle ne doit pas être rejetée. Dans les provinces du midi elle demande à être semée en janvier, & dans celles du nord, dans le courant du mois d’août, afin de la replanter en octobre, derrière de bons abris. Sa pomme est petite, ses feuilles un peu jaunes, bien arrondies, grandes, peu frisées, unies par leur bord ; la graine est blanche. Il y a une variété de celle-ci qui ne diffère que par la graine qui est noire.

Laitue-passion. Lactuca folio crispo viridi, capite parvo, semine albo. Même mérite & mêmes défauts que la précédente ; sa pomme un peu moindre dans le nord, plus grosse au midi. Sa feuille verte, cloquetée ; sa graine blanche.

Grosse blondeLactuca flava, capite majore, semine albo. Son nom indique sa couleur & son volume. Sa feuille est grande, très-cloquetée, unie par les bords. Sa tête se forme promptement, elle est assez serrée, & dure peu, parce qu’elle monte vite. Sa graine est blanche. Dans les provinces du midi il faut la semer une des premières. Dans le nord on la cueille au printemps & à l’automne, & on la seme à deux époques différentes. M. Thoin, du jardin du Roi, à Paris, a eu la bonté de me faire parvenir une collection très-étendue de graines de laitues & de plusieurs autres plantes potagères. Je suis charmé de trouver ici l’occasion de lui témoigner publiquement ma reconnoissance. Il s’est trouvé dans le nombre des paquets de laitue, un intitulé : grosse blonde, de l’isle de Rhé. J’en ai semé la graine qui est noire ; j’ose croire que les plantes qui en sont provenues, sont une simple variété de la grosse blonde ordinaire.

La george-blondeLactuca è viridi flava, paululùm crispa, capite majore, femine albo, exige d’être semée en janvier dans les provinces du midi, parce qu’elle monte très-vîte à l’approche des grandes chaleurs de ces climats. On la cueille au printemps, & en automne dans le nord. Elle demande une terre meuble & substantielle. Feuilles grandes, un peu frisées, d’un verd-blond, & cassantes. Pomme grosse, serrée, un peu applatie ; sa graine blanche. Quoique dans le nord on puisse la semer sur couche, elle ne pomme que lorsqu’elle est repiquée.

La grosse george, bonne variété de la précédente. Elle en diffère, en ce que dans le nord on la seme sur couche & sous cloche où elle pomme très-bien. Elle aime l’air & les fréquens arrosemens. Sa pomme est un peu plus grosse que celle de la george blonde, & comme celle-ci, elle monte facilement. Dans le midi, il faut la semer comme la précédente.

La bapaume. Lactuca flava, capite magno, semine nigro. Sans doute ainsi nommée du lieu donç on l’a tirée, très-peu connue dans le midi, sinon par quelques amateurs. On l’y seme en janvier, février & mars. On risque dans ce dernier mois de la voir monter. Le grand mérite de cette laitue pour le nord, est de venir dans toutes les saisons. Feuilles blondes ; pomme grosse, un peu vuide au sommet, serrée par le bas ; graine noire ; elle est de médiocre qualité.

La gênes blonde, Lactuca è viridi flava, parvo capite albo leviter turbinato, femine albo. Dans le midi on la seme en janvier, ainsi que ses deux variétés dont on parlera ci-après, Feuille lisse, blonde ; pomme blanche, pointue, de médiocre grosseur ; sans amertume ; semence blanche ; monte facilement.

La gênes verte. Feuille verte, frisée ; pomme dure & jaune, plus grosse que la précédente graine blanche. Semée en janvier au midi, on la cueille au printemps, & à l’automne au nord. Elle demande peu, d’eau & d’être souvent serfouie.

La gênes rousse. Feuille frisée ; rousse, marquetée en brun ; pomme jaune, tendre & bien remplie ; semence noire. Passe fort bien l’hiver au midi, où on la seme en août & en janvier ; réussit dans toutes les saisons dans le nord, excepté en été.

L’italieLactuca tenui folio dilutè viridi per lymbos rubra, parvo capite flavo, femine nigro. Cette espèce est très-avantageuse pour les provinces du midi, parce qu’elle exige peu d’eau pour les arrosemens. Le. second avantage est de ne pas être difficile pour le choix du terrein, & de subsister longtemps pommée avant de monter. On l’y seme au mois de janvier. Elle réussit en toutes saisons dans les provinces du nord. Feuilles fines, unies sur les bords, colorées en rouge, d’un verd tendre ; pomme serrée, de médiocre grosseur, jaune, tendre, d’un goût parfait ; semence noire. Il y a peu de meilleures laitues.

De Hollande ou laitue bruneLactuca fusco viridis, magno capite flavo, semine nigro. On lui reproche d’être un peu dure. Elle est utile pour les provinces du midi où on la seme en février ; elle y soutient assez bien les chaleurs ; pomme très-bien & monte tard. Feuilles lisses, unies, d’un verd-brun & mat à l’extérieur. Pomme grosse, ferme, bien pleine & jaune ; semence noire.

La paresseuseLactuca multi solia crispa saturè viridis, cupite magno ; semen alnum ; maturare pigra. D’une grande ressource dans les provinces du midi. On lui donne le nom de paresseuse, parce qu’elle monte difficilement & tard. On l’y seme en février, elle résiste très-bien aux chaleurs & à la sécheresse. Elle est amère & un peu dure. Dans le nord on doit l’avancer sur couche, pour la faire grainer. Feuilles unies sur les bords, très-nombreuses, crispées, les extérieures d’un gros verd ; pomme grosse, ferme, bien pleine ; semence blanche.

La royaleLactuca pulchrè & splendidè viridis, capite magno, semine albo. Excellente laitue, presque inconnue au midi du royaume, doit y être semée en janvier : elle demande beaucoup d’eau. Feuilles extérieures d’un beau verd, un peu cloquetées & luisantes, plus blondes que celles de l’Italie ; pomme bien formée, tendre, douce, & dure longtemps ; semence blanche.

La perpignane ou laitue à grosses côtes. Lactuca piano folio viridi, crasso pediculo, slavo capite majore, semine albo. Originaire du pied des Pyrennées ou elle réussit très-bien, ainsi que dans les autres provinces du midi. On l’y seme en janvier ; elle craint les terreins humides, résiste aux chaleurs & à la sécheresse, mûrit difficilement-dans les provinces du nord, si on n’aide les semences & si on ne les avance par la couche. On en distingue deux espèces, l’une verte & l’autre mouchetée de taches jaunes. La perpignane verte est facile à distinguer des autres laitues par ses feuilles unies, lisses & à grosses côtes ; par sa pomme qui est très-grosse & jaune, rendre & douce ; sa graine est blanche… La mouchetée de jaune est la variété de la première. La côte de ses feuilles est un peu moins forte.

La petite crêpe ou petite noire…. Lactuca crispa è viridi fusslava, capite minimo, semine nigro. Dans les provinces du midi on peut la semer en janvier, février & mars. Les dernières semées courent grand risque de monter, si les chaleurs sont précoces ; mais cette laitue passe très-bien l’hiver. Dans le nord elle n’est réellement bonne à cueillir qu’au printemps ; car celle qui vient sur couche pendant l’hiver, n’a presqu’aucun goût. C’est une très-petite laitue à feuilles d’un verd-jaunâtre, frisées, dentelées & arrondies ; pomme petite ; semence noire. Dans le nord on la seme au mois d’août en pleine terre & contre des abris ; au commencement d’octobre sur couche ; enfin, également sur couche en décembre jusqu’en mars.

La grosse crêpe… est une variété de la précédente, mais une variété perfectionnée ; sa pomme a presque le double de grosseur. Il y a encore une variété, de crête, appellée la ronde, ou crêpe blanche, ou printanière, ou courte, donc la pomme est un peu plus grosse que celles des deux précédentes. Feuille blonde, presque lisse. On préfère celle-ci pour mettre sous cloche ; elle a peu besoin d’air, & elle monte facilement en graine.

On choisit par préférence la graine de la première & de la seconde crêpe pour les petites laitues à couper ; pommées dans les provinces de [intérieur du royaume. Salade de carême, dont oh entoure le thon & le saumon.

Laubervilliers, inconnue dans les provinces du midi. Très-petite laitue, ses feuilles basses, lisses, d’un gros verd ; sa pomme très-petite, jaune & fort tendre ; sa graine blanche. Elle réussit très-bien dans le nord pendant le printemps & dans l’été ; sa pomme se soutient assez long-temps.

La gotte, caractérisée par sa graine blanche & fort courte ; c’est une des meilleures à semer sous châssis dans le nord, depuis octobre jusqu’en février ; les moindres chaleurs la font monter : inconnue au midi de la France.

La dauphine ou laitue printanière, & une des meilleures laitues. On la reconnoît aisément aux drageons qui s’élancent d’entre les aisselles de ses basses feuilles, & qu’on doit sévèrement retrancher. Elle demande beaucoup d’eau & souvent, & réussit dans toute sorte de sols… Elle est hâtive, grosse ; sa pomme plate, serrée ; sa semence noire ; inconnue dans les provinces du midi. On devroit l’y semer à la fin de décembre ou au commencement de janvier.

La sanguine ou la flagellée. Très-agréable pour la vue, pas aussi recherchée pour le goût. Feuilles unies par leurs bords, d’un gros verd, tiquetées ou sillonnées par des veines rouges, & quelquefois entièrement rouges. Le cœur est blond, veiné d’un beau rouge ; sa pomme de médiocre grosseur ; sa semence noire. Il y a une variété à semence blanche, dont toutes les couleurs sont plus claires. Elle monte dès qu’elle sent les fortes chaleurs, & ne réussit qu’au printemps. Elle demande une terre douce, & doit être semée en décembre & janvier dans les provinces du midi.

La berg-op-zoom, peu connue au midi de la France, où elle réussiroit bien, parce qu’elle vient vite, monte difficilement, & ne craint pas l’hiver. Feuilles rondes, unies par le bord, d’un verd-brun, fortement lavées de rouge-brun sur tous les endroits frappés du soleil ; pomme petite, ferme, bien arrondie ; semence noire.

La palatine diffère de la précédente par ses teintes de rouge moins fortes, & par sa pomme un tiers plus grosse.

La sans-pareille, feuilles d’un verd très-clair tirant sur le blond, finement dentelées, lavées de rouge sur les bords ; de moyenne grosseur ; semence blanche.

La mousseronne. Feuilles très-frisées, crispées, dentelées, d’un verd-clair, fortement teintes de rouge sur les bords ; pomme petite & tendre ; semence blanche.

Laitue frisée à feuille de chicorée. Je l’ai semée, je ne la connois pas encore : sa graine est noire.

Laitue-épinard. Il y en a deux espèces, l’une à graine blanche & l’autre à graine noire. L’une & l’autre ont les feuilles lâches, peu serrées, peu cloquées, arrondies ; poussent des drageons entre les aisselles des feuilles. Elles sont peu volumineuses. On ne conserve ces espèces dans le nord que par simple curiosité, ou comme laitues à couper, parce qu’en automne on en a beaucoup d’autres. Il n’en est pas ainsi dans les provinces du midi, j’avoue qu’elles me font grand plaisir après la Toussaint & au premier printemps ; j’ai alors une espèce qui a l’air de petite laitue pommée, ou plutôt qui commence à faire sa pomme : elle est assez agréable ; on l’appelle laitue épinard, parce qu’on la coupe comme des épinards, elle repousse jusqu’à ce qu’elle monte. L’impériale, la dauphine & ces deux dernières sont, je pense, les seules qui poussent des drageons. À ces laitues blondes on peut réunir les deux laitues suivantes : la bagnolet & la petite courte ; feuilles blondes, lisses, pomme grosse, jaune & ferme ; semence blanche, hâtive, elle pomme & monte facilement ; sous cloche, elle a moins besoin d’air que beaucoup d’autres, elle réussit bien en pleine terre, graine peu.

La vissée, laitue originaire d’Italie, en forme de vis, & ce qui l’a fait appeler vissée par M. Decombes, qui, le premier, a cultivé cette espèce en France. Feuilles extérieures d’un verd jaunâtre, frisées, cassantes ; l’ensemble des intérieures a la forme alongée d’un pain de sucre, terminé en pointe avec des enfoncemens & des élévations, qui tournent de bas en haut à la manière des vis de pressoir ; sa graine est noire & peu abondante. Cette laitue est douce & tendre, c’est une bonne espèce à semer en janvier, février & mars, dans nos provinces du midi.

Je n’ai pas parlé de la laitue commune, & que j’aurois dû placer après la laitue sauvage ; elle est trop médiocre en qualité, & cette médiocrité la fait exclure des jardins. Je pense cependant que si la laitue sauvage est le type de toutes les espèces cultivées dans les jardins, la laitue commune tient le premier degré de perfectionnement : un amateur devroit s’occuper de cette filiation.

J’ai employé les dénominations reçues & adoptées par les meilleurs écrivains sur le jardinage. Il auroit été de la dernière impossibilité d’établir une synonymie pour les noms usités dans les provinces.


Section II.

Des laitues alongées, vulgairement nommées Chjcons.


M. l’abbé Nollin assigne trois caractères particuliers aux laitues romaines ou chicons, & qui les distinguent des laitues dont on vient de parler. 1°. La feuille est alongée, étroite à la base, large & ordinairement arrondie à son extrémité, presque lisse, n’étant frisée, ni froncée, ni cloquée, ou du moins l’étant peu. 2°. Aucune de ces feuilles ne s’étend horizontalement, mais toutes se soutiennent droites, se rapprochent les unes des autres, sans cependant se serrer ni former de tête compacte ; de sorte que la plupart des variétés ont besoin d’être liées comme la scariole, parce que les feuilles blanchissent & s’attendrissent. 3°. Elle est parfaitement douce, au lieu que les laitues pommées, les plus douces, ont une pointe d’amertume. Les chicons réussissent beaucoup mieux dans les provinces du midi que dans celles du nord ; ils y sont bien plus doux, & n’ont besoin ni de cloches, ni de couches.

Romaine rouge ou chicon rougeLactuca romana rubra, semine nigro. Feuilles extérieures teintes de rouge, les intérieures d’un beau jaune, & tendres ; la graine noire ; il craint l’humidité, & si la sécheresse est trop forte lorsqu’il est lié, il faut arroser la terre sans que l’eau aille sur la plante. On ne craint pas cet inconvénient, lorsqu’on arrose par irrigation. La terre forte est celle qui lui convient le mieux. On le seme en juillet & août dans le nord, derrière des abris ; il blanchit sans être lié, & fournit jusqu’aux premières gelées. Dans les provinces du midi on le seme en novembre, décembre, janvier, février & mars.

Chicon panaché, romaine flagellée. Lactuca romana rubro maculata, semine nigro. À semer de très-bonne heure dans les provinces du midi, afin de l’avoir au premier printemps, en avril & en mai ; les grandes chaleurs le font monter trop vite. La fin du printemps est sa saison dans le nord, & on doit l’y semer sur couche. Ses feuilles extérieures sont tachées de rouge, les intérieures jaunes, moins panachées en ronge ; les semences sont noires.

On doit regarder comme une simple variété de celui-ci, le chicon dont le cœur est encore plus tacheté de rouge ; mais il a l’avantage de se fermer & de blanchir sans le secours des liens ; sa graine est blanche. Cette variété tire son origine d’Angleterre elle craint les chaleurs de l’été & les fraîcheurs de L’automne ; sa saison est le printemps, & elle demande les mêmes soins que la précédente.

Chicon verdLactuca romana viridis, semine nigro. Feuilles plus longues que celles des autres chicons, bien arrondies & concaves à leur extrémité ; un peu froncées ; leur couleur est d’un verd foncé, la côte est blanche, la semence noire : cette espèce est la moins tendre, mais la plus grosse & la moins difficile sur le choix du sol & sur les saisons. On la sème dans les provinces du midi dans les mois de janvier, février & de mars, & à la fin d’août, pour la repiquer avant l’hiver à de bonnes expositions. Il en est de même dans le nord, à l’exception des couches pour les semailles d’hiver. Ordinairement il n’est pas nécessaire de la lier pour la faire blanchir. La bonne espèce doit être applatie sur son sommet ; si elle se termine en pointe, c’est un chicon dégénéré.

Chicon gris ou romaine griseLactuca romana sature viridis, semine albo. Hative au printemps, supporte l’hiver, plus douce que la précédente, & moins verte ; difficile sur le choix du terrein ; réussit mal en été & en automne dans le nord ; semence blanche : à semer de bonne heure dans les provinces du midi.

Chicon blond, ou romaine blondeLactuca romana, subflava, semine albo ; feuilles minces, unies, un peu pointues, d’un verd tirant sur le jaune ; côte blanche ; l’intérieur plein ; le sommet des feuilles obtus ; semence blanche ; chicon délicat, monte & fond facilement : il n’aime pas l’humidité. À semer comme les précédens.

Chicon hâtif, ou romaine hâtiveLactuca romana subflava, præcox, semine albo. Sa forme semblable à celle du précédent, & ses feuilles un peu pointues. La couleur des feuilles est moins lavée de jaune ; semence blanche. Il s’élève & se ferme bien sous cloche ; semé sur couche en octobre, il vient à son point en avril. Dans les provinces du midi, à semer en janvier.

Alfange chicon, si on peut l’appeller ainsi, tendre & délicat ; à feuilles lisses, fines, alongées, pointues, terminées en forme de langue de serpent ; leur couleur est d’un verd pâle, avec quelques ombres de taches rouges au sommet ; semence blanche ; monte & pourrit facilement.

La pourriture n’est pas à craindre pour les laitues pommées ni pour les chicons dans les provinces du midi, soit à raison de la sécheresse du climat, soit parce qu’on arrose par irrigation. Si les pluies cependant y sont très-abondantes & continues, ce qui est fort rare, ces laitues y pourrissent plutôt que dans le nord.


CHAPITRE II.

De la culture des laitues.


I. Provinces du midi. On a dû remarquer, en suivant l’énumération des espèces, l’époque à laquelle on doit les semer : on choisit à cet effet un lieu bien abrité ou par des murs, ou par des claies faites exprès ; la terre doit être fine, bien retraitée & travaillée ; ainsi préparée elle est prête à recevoir les semences des laitues à manger au printemps. S’il étoit possible de se procurer dans ces provinces des couches & des cloches, il conviendroit alors de semer en décembre, & même en novembre ; dans ce cas, on auroit des plans à lever & à mettre en pleine terre dès les mois de janvier & février. On courroit alors les risques d’en perdre beaucoup, moins par la rigueur du froid, que par l’impétuosité des vents qui occasionnent une forte évaporation dans la plante, & produisent sur elle le même effet que les fortes gelées. Il y a, ainsi qu’on l’a vu, des espèces qui résistent mieux les unes que les autres ; & qui, par cette raison, ont été nommées laitues d’hiver ; ces espèces doivent être semées à la fin d’août, en septembre & au commencement du mois d’octobre : peu à peu elles s’accoutument aux matinées fraîches, & sont déjà endurcies contre la rigueur de la saison lorsqu’on les replante à demeure pour passer l’hiver. Les autres, au contraire, ont été élevées délicatement, & la transition d’un lieu à un autre est plus ou moins funeste, à raison de la diversité de température ; cependant, à force de soins & avec de la paille longue, on garantit ces laitues d’été des intempéries de l’air, & on en jouit beaucoup plus tôt. Les cultivateurs ordinaires ne prendront pas ces peines trop minutieuses, & la vente de leurs primeurs ne les dédommageroit pas du temps qu’ils auroient perdu ; il vaut mieux attendre d’avoir chaque chose dans sa saison ; la saveur de la plante est délicate & à son point, & la dépense est alors moins considérable. Les amateurs & les gens riches peuvent satisfaire leur fantaisie. Si la saison devient âpre, de la paille longue, jetée sur les semis, les préserve du froid. Quelques jardiniers, afin de conserver la fraîcheur & d’empêcher l’évaporation de la terre, couvrent le sol, dès qu’il est semé, avec des feuilles d’artichaut, de choux, & la graine germe plus vite, & n’est pas enlevée par les chardonnerets, les pinçons & autres oiseaux qui en sont très-friands. Cette précaution est plus utile dans les semailles d’automne que dans celles d’hiver, parce que, dans le premier cas, cette saison a encore des jours fort chauds, & sur-tout parce qu’il seroit dangereux d’arroser trop tôt par irrigation ; alors l’eau affaisse trop la terre du sillon, quoiqu’elle ne le surmonte pas.

Les semailles d’hiver peuvent être faites en tables, en planches, attendu que dans cette saison la terre a très-rarement besoin d’être arrosée, on seme à la volée, en recouvrant le tout d’un peu de terre. Les semailles d’automne, au contraire, exigent que la terre soit déjà disposée en sillon tronqué, c’est-à-dire, que sa partie supérieure ne soit pas entièrement terminée par la terre tirée du fossé. (voyez la gravure du mot Irrigation.) Sur ce sillon plat, & à la partie où monte l’eau de l’irrigation, on seme à la volée, & avec la terre qu’on enlevé du fossé, on recouvre la graine, & on achève d’élever le sillon alors le fossé se trouve net, & assez profond pour recevoir l’eau lorsque le besoin le demande. Quelques jardiniers, le sillon une fois tout formé, se contentent, de chaque côté & à la hauteur où montera l’eau, de tracer avec le manche du râteau, ou tel autre morceau de bois, une ligne d’un pouce de profondeur, de la semer & de la recouvrir. Cette méthode est défectueuse, en ce que les graines sont alors trop accumulées & se nuisent ; d’ailleurs, si deux sillons, semés à la volée, suffisent, il en faudroit près de six, afin d’avoir le même nombre & la même quantité de bonnes laitues.

La graine de laitue germe assez facilement, celle de deux ans moins vite que celle de la première année ; il en est ainsi de la graine de trois ans, c’est à peu près le dernier terme jusqu’au quel on puisse la conserver. Plusieurs auteurs proposent différentes infusions pour la faire germer plus vite ; ces infusions sont inutiles. Ayez un terrein bien préparé, semez dans un temps convenable, voilà la meilleure recette.

La disposition des jardins par sillons seroit perdre beaucoup de terrein si on ne profitoit des deux côtés de l’ados du sillon ; le jardinier attentif plante d’un côté des laitues, tandis que de l’autre il a semé ou planté un autre herbage qui ne parviendra à son point de grosseur ou de maturité, que lorsque les laitues seront coupées. C’est ainsi que sont disposés les sillons entre les rangées des pois, dans les tables de cardons, d’oignons, de choux, de céleris, &c.

Si on le pouvoit, il vaudroit beaucoup mieux semer à demeure qu’en pépinière ; la transplantation retarde les progrès de la plante, qui en est moins belle. De toutes les erreurs, la plus absurde c’est le retranchement des racines ; je dis, au contraire : levez avec le plus grand nombre de racines possibles, & même avec la terre si elle est un peu mouillée, & plantez sans la déranger. Si vous avez beaucoup de laitues à transporter, si elles sont trop serrées dans les pépinières, & si la terre s’en détache, ayez un plat, un vase peu profond, plein d’eau, & rangez dans ce vase les laitues près les unes des autres, afin que les racines y trempent, & que la plante conserve sa fraîcheur ; replantez après le soleil couché, faites venir l’eau, & le lendemain, avant le soleil levé, couvrez chaque laitue avec une feuille qui sera enlevée le soir à la fraîcheur, & une autre sera également remise & enlevée le lendemain. Ces précautions paroîtront minutieuses aux jardiniers qui massacrent l’ouvrage ; mais en suivant leur méthode ordinaire, en plantant au gros soleil un plant déjà fané, en ne le couvrant pas les jours suivans, les feuilles languissent, sèchent, & les racines n’ont effectivement repris qu’après six ou huit jours ; tandis que par la manipulation que je propose, à peine se ressentent-elles de la transplantation : j’en réponds, d’après mon expérience. Dans les provinces du midi, les laitues exigent d’être plus souvent serfouies que dans celles du nord, parce que l’irrigation affaisse trop promptement la terre & la durcit. Un petit travail donné tous les quinze jours leur fait un grand bien, & encore plus si on remue toute la terre du sillon, comme il a été dit au mot Irrigation ; mais il faut pour lors que le sillon soit des deux côtés planté en laitues, car ce bouleversement de terre dérangeroit la plante voisine. Le meilleur arrosement dans l’été, est au soleil couchant.

Comme toutes les espèces de laitues ne donnent pas autant de graines les unes que les autres, & que plusieurs en donnent fort peu, le jardinier prévoyant destine un plus grand nombre de pieds à grainer ; dans chaque espèce il choisit & conserve les plus beaux pieds : c’est le seul moyen de n’avoir pas des semences dégénérées. Les espèces qui donnent le moins de graine sont la bapaume… l’italie… les crêpes… l’aubervillers… la vissée… la bagnolet.

Si on désire ne pas voir confondre ces espèces, ni devenir hybrides, (Voyez ce mot) il faut avoir l’attention la plus scrupuleuse de tenir éloignés, autant qu’il sera possible, les pieds des espèces destinées pour la graine. C’est par le mélange de la poussière des étamines d’une plante, portées sur une autre, que chaque année on voit naître cette multitude de variétés, presque aussi nombreuses qu’il existe de jardins.

II. Des provinces du nord. Ici le travail est plus assidu, plus minutieux, parce qu’il est mieux récompensé, & le prix des primeurs dédommage des peines & des soins, du moins à la proximité des grandes villes. Dans les campagnes, le fumier est trop cher, trop précieux, & mieux employé qu’à faire des couches, & la misère est trop grande pour faire les avances des cloches de verre. On en voit dans les jardins des Seigneurs, des gens aisés, & cet attirail n’obstrue pas l’étroite demeure du pauvre maraîcher ; il attend le retour de la belle saison, & profite des premiers beaux jours de mars ou d’avril, suivant le climat, pour semer ses laitues d’été. Après avoir préparé son terrein avec soin, il le seme de quinze en quinze jours il seme pendant tout le printemps & pendant tout l’été, suivant ses besoins & suivant les espèces. S’il devance le retour de la chaleur, il prend une peine inutile, l’air n’est pas assez chaud pour que la plante profite ; c’est perdre du temps, infructueusement. Lorsque les plans ont quatre ou cinq feuilles, il les enlève de la pépinière, les replante dans une terre bien préparée, à la distance proportionnée au volume que la plante acquerra, & il arrose aussi-tôt, & dans la suite aussi souvent que les plantes l’exigent. Les arrosemens d’avril & du printemps se font le matin & à midi, ceux de l’été à trois ou quatre heures de l’après-midi & le soir ; on employe les enfans à détruire les mauvaises herbes des tables, & à en serfouir la terre.

» Pour avoir de bonne heure des laitues au printemps, du premier au quinze mai, il faut, dit M. Nollin, dès le milieu du mois d’août, semer en bonne exposition les variétés qui passent l’hiver, telles que les crêpes, l’italie, la cocasse, la coquille, la passion, la romaine hâtive… À la fin d’octobre ou au commencement de novembre, on doit repiquer les plans sur des plattes bandes des espaliers au midi & au levant ; dans les fortes gelées, les couvrir de litière, paillassons & autres matières propres à les défendre, & qu’on retire dès que le temps s’adoucit. On laisse en pépinière le plant le plus foible ; s’il résiste à l’hiver, il fournit une autre plantation en mars. »

» En septembre & en octobre, on peut semer ces mêmes variétés sous cloche, sur des ados de terreau ou de terre meuble, mêlée avec du crotin ; trois semaines après, on repique le plant plus à l’aise sur d’autres ados pour y repasser l’hiver en pépinière, on couvre les cloches de litière dans les fortes gelées, & on les découvre dans le milieu du jour, & même on leur donne un peu d’air, à moins que le temps ne soit excessivement rude. Au commencement de février, on leur donne chaque jour plus d’air, on ôte entièrement les cloches pendant le jour & même pendant la nuit, si les gelées ne sont pas trop fortes, afin d’endurcir le plant. Lorsqu’il aura passé huit à dix jours sans cloches, & qu’il sera accoutumé au plein air, on le repiquera en plant en bonne exposition, entre le 15 février & le premier mars, si la température de la saison le permet. »

» Depuis la fin de septembre jusqu’au temps des premières laitues pommées, on seme tous les quinze jours de la graine de laitues crêpes, de Versailles, de george-blonde, &c., afin d’avoir pendant toute la saison rigoureuse de la petite laitue ou laitue à couper… Sur des couches de chaleur tempérée & couvertes de quatre à cinq pouces de terreau, on seme la graine assez claire & en petits rayons ou à la volée ; on la recouvre de très-peu de terreau, & on la presse fortement avec la main sur le terreau sans l’enterrer ; on couvre de cloches… Environ quinze jours après, lorsque le plant a deux bonnes feuilles, outre ses cotylédons, on coupe la plante. »

Pour avoir des laitues pommées pendant l’hiver, il faut, à la fin d’août, semer sur un ados de terreau, bien exposé, de la graine de petite crêpe, de crêpe ronde ou autre variété, qui résiste au froid & pomme sous cloche. Lorsque le plant est assez fort, on le repique en place sur des couches qui n’ont pas besoin d’être fort hautes ; il y pomme sous cloche en décembre.

À la fin d’octobre ou au commencement de novembre, on fait un autre semis sur couche. Lorsque le plant fait sa première feuille, on le repique plus à l’aise, & lorsqu’il est assez fort on le repique en place sur une couche neuve, pour qu’il pomme en janvier sous cloches ou sous châssis. Ce second semis & les suivans, ne sont ordinairement que des laitues-crêpes.

En décembre, janvier & février, on fait de nouveaux semis des mêmes laitues ; mais la rigueur de cette saison exige plus de soin. Il faut semer la graine fort clair sur une couche de chaleur tempérée, chargée de quatre pouces seulement de terreau. Dès que le plant commence sa première feuille, on doit le repiquer à un pouce de distance l’un de l’autre, sur une nouvelle couche, ou sur la même si elle conserve encore assez de chaleur. Lorsque sa quatrième ou cinquième couche est formée, il faut le transplanter sur une couche neuve, chargée de six bons pouces de terreau, ou mieux, de terre meuble & mêlée de terreau. Si c’est sous un châssis, on pique les pieds à cinq ou six pouces de distance en tout sens. Si c’est sous cloche, on peut en mettre sous chacune jusqu’à quinze pieds, & lorsqu’ils se serreront, on n’en laissera que quatre ou cinq, & le surplus sera repiqué sous d’autres cloches. Il est reconnu que les cloches neuves font périr le plant. Depuis que les graines sont semées jusqu’à ce que les laitues soient pommées, on ne peut être trop attentif à couvrir les cloches de grande litière ; à les borner pendant la nuit ; à augmenter les couvertures dans les grands froids ; à ajouter des paillassons par-dessus pendant les neiges & les grandes pluies ; à donner de l’air aux cloches ou aux châssis le plus souvent qu’il est possible, & toujours du côté opposé au vent ; à soutenir dans les couches, que l’on fait fort étroites dans cette saison, (Voyez le mot Couche) une chaleur modérée, & non un grand feu qui feroit fondre le plant. Lorsque les laitues commencent à tourner, c’est-à-dire à pommer, on doit retrancher les feuilles basses qui sont jaunes, & plomber, approcher & presser le terreau contre le pied. Dans les plants de laitue, faits dans l’hiver & dans le printemps, il faut choisir les pieds les plus gros & les plus pommés pour grainer ; il est nécessaire de ficher au pied de chacun, un échallas pour le marquer, & dans la suite pour soutenir la tige contre les vents ; on doit dégager le pied, surtout des grosses variétés, des feuilles jaunes, fanées, pourries, ou même trop nombreuses. Lorsque les aigrettes des graines commencent à paroître à l’extrémité des rameaux, il faut couper ou arracher les tiges ; les exposer pendant quelques jours au soleil, sur des draps ou dans un van, ensuite les secouer ou les battre légèrement, & ramasser la graine qui s’est détachée ; remettre les tiges au soleil pendant quelques jours, & les battre. La graine qui s’en détache est bien inférieure à la première, & ne doit être employée que pour faire de la laitue à couper. La graine de laitue peut se conserver quatre ans ; mais elle n’est très-bonne que la seconde année ; semée la première année, le plant monte facilement ; la troisième année une partie ne lève point, & la quatrième il ne lève que les graines parfaitement aoûtées, pourvu encore que la graine ait été tenue bien renfermée.


  1. Note de l’Éditeur. Je préviens que ces citations latines sont empruntées de l’Ouvrage intitule le Nouveau Laquintinie, & que je vais me servir de cet Ouvrage & de celui intitulé École du jardin potager, pour décrire la culture des laitues dans nos provinces du nord, très-différente de celle du midi.
  2. Lorsque j’indique une époque, par exemple, un mois pour semer, c’est en général ; je l’ai déjà dit & je le répète, il n’est pas possible d’établir une loi invariable ; chacun doit faire des essais, étudier son climat, sa position ; enfin, pour avoir une certitude, semer les mêmes graines à chaque mois de l’année, & observer attentivement la manière, d’être de l’atmosphère. À la fin de février ou au commencement du mois de mars, on doit semer dans les provinces du midi toutes les laitues d’été.