Cours d’agriculture (Rozier)/LAPEREAU. LAPIN. LAPINE

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Hôtel Serpente (Tome sixièmep. 229-230).


LAPEREAU. LAPIN. LAPINE. Le premier est le petit, le second le mâle adulte, & le troisième la femelle également adulte. Je ne décrirai point cet animal, il n’est malheureusement que trop connu des cultivateurs. Après la grêle, c’est un de leurs plus terribles fléaux. Je puis assurer, d’après ma propre expérience que dix lapins domestiques consomment autant d’herbe qu’une seule vache. Quelle doit donc être la consommation ? quels doivent donc être les dégâts qu’ils font dans les champs voisins d’une garenne ? Cet animal ronge, coupe, brise, plutôt pour avoir le plaisir de ronger, d’exercer ses dents, que de pourvoir à sa subsistance. J’ai vérifié le fait. Après avoir donné à des lapins, & en grande quantité, du son, de l’herbe fraîche, du foin sec, & trois fois plus qu’ils n’en auroient mangé dans la journée ; enfin, après qu’ils furent rassasiés outre mesure, je leur jetai un morceau d’une vieille poutre de sapin, & ils se mirent à la ronger. Le lapin détruit donc pour le plaisir de détruire. En effet, si on examine le local où les lapins sauvages établissent leurs terriers, on voit l’écorce de tous les jeunes arbres, rongée, & peu à peu ce local se dégarnit de bois. Que l’on examine également les champs des environs, & on les verra dévastés. En un mot, ces animaux sont un vrai fléau pour les campagnes. Combien d’auteurs cependant écrivent pour apprendre à multiplier les garennes, à entretenir les lapins, & à leur procurer une nourriture abondante aux dépens des cultivateurs ; sans doute qu’en prenant la plume ils n’ont considéré que le plaisir des seigneurs, & non les calamités des campagnes. Quant à moi, le vœu le plus ardent que je fais est de les voir détruire tous. (Voyez ce qui est dit au mot Garde-chasse, si on veut les multiplier, & au mot Garenne, si on veut les détruire.) Cet animal est sujet à la clavelée ou petite vérole, ainsi que le dit M. Astruc. Il suffit qu’il vienne pendant la nuit manger l’herbe déjà broutée par un troupeau attaqué de cette maladie. Puisse cette maladie, & plusieurs autres accumulées sur les lapins, en détruire l’espèce !