Cours d’agriculture (Rozier)/PHARMACIE

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PHARMACIE. C’est une science qui apprend à connoître, choisir, préparer, composer et conserver les médicamens.

Elle tient de l’histoire naturelle la connoissance de leurs caractères extérieurs ;

De la physique, des observations sur leurs propriétés et les phénomènes qu’ils présentent ;

De la chimie, les instrumens et les procédés par lesquels elle s’assure de leurs parties constituantes.

Toutes les substances qui, prises intérieurement ou appliquées extérieurement, produisent un effet salutaire, sont comptées au nombre des médicamens.

Ils sont simples ou composés :

Les premiers s’emploient seuls comme la nature les donne, ou préparés de manière à n’être altérés que le moins possible.

Les seconds sont des mélanges ou des combinaisons plus ou moins durables.

On les divise en médicamens officinaux, et en médicamens magistraux.

Les médicamens officinaux sont ainsi nommés, parce que confectionnés dans la saison favorable, d’après les formules écrites dans les dispensaires connus ou adoptés, ils peuvent être gardés pendant un certain temps.

Les autres sont ceux qui se préparent journellement et souvent au chevet du lit des malades, et qui doivent être employés sur-le-champ.

On les divise en médicamens internes et en médicamens externes ; mais cette division n’est pas exacte, puisque souvent un remède interne est employé extérieurement, et vice versâ.

Récolte, dessiccation et conservation des plantes.

Récolte. Le printemps invite à faire la récolte des plantes indigènes ; la liste de celles à employer dans les hospices ne doit pas être étendue : à peine en faut-il une centaine ; encore, il en est quelques unes dont il ne faut faire qu’une foible provision, tandis que d’autres doivent être recueillies avec surabondance ; il s’agit donc de calculer l’emploi de chacune d’elles, et de faire en sorte que ce calcul soit toujours la mesure de la collection. On se bornera à quelques conseils sur la manière d’y procéder.

Parmi les plantes médicinales les plus usitées, les unes se plaisent dans les bois, les autres dans les marais ; celles-ci dans les plaines, celles-là sur les montagnes ; il en est qui aiment la chaleur des sables de l’Afrique, d’autres le froid des roches de l’Islande et de la Laponie ; il en est encore qui croissent au fond et à la surface des eaux.

C’est dans ces lieux qui sont propres à chacune d’elles, qu’il faut, autant que possible, les faire ramasser, plutôt que dans les jardins où on les fait venir par artifice et où elles ne peuvent acquérir au même degré ni les principes qui les constituent, ni les propriétés qui doivent les caractériser.

Voici les règles générales établies pour la récolte, la dessiccation, et la conservation des plantes :

1°. Les fleurs. On doit les cueillir quand elles sont sur le point de s’épanouir, excepté les roses rouges qu’on demande en boutons.

2°. Les fruits. Ils doivent être pris dans leur parfaite maturité, à moins que leur principale vertu n’existe dans l’acerbe de leur suc, comme le fruit d’acacia.

3°. Les semences. On est dans l’usage de les récolter, lorsqu’elles sont parfaitement mûres, et peu de temps avant le moment où elles vont se répandre.

4°. Les feuilles. Il convient de les récolter lorsqu’elles sont bien développées, et qu’elles ont encore cette couleur verte, qui annonce qu’elles ne sont pas arrivées au terme complet de leur végétation.

5°. Les racines. Il faut les tirer de terre à l’automne, sauf quelques exceptions déterminées par la durée des plantes qui les fournissent, et par les lieux dans lesquels ces plantes germent, croissent et meurent.

6°. Les substances ligneuses. On préfère celles qui sont saines et proviennent de sujets ni trop jeunes, ni trop vieux.

7°. Les écorces. Il faut avoir soin de les enlever aux branches ou aux troncs, et choisir celles qui ne proviennent pas de sujets trop avancés en âge.

Dessiccation. Lorsqu’on veut conserver les plantes ou leurs parties, il est nécessaire d’en enlever l’eau de végétation, et de les dessécher.

On y réussit en les exposant, en raison de leur nature, à l’action de l’air atmosphérique, à la chaleur du soleil, à celle de l’étuve, ou à celle du four.

1°. Les plantes qui contiennent beaucoup d’humidité courroient les risques de subir une fermentation qui altéreroit leurs qualités, si on les soumettoit à une dessiccation lente. On la rend plus prompte en les plaçant sous des châssis de toiles au soleil, et quelquefois ensuite sur le dessus d’un four ayant quarante ou cinquante degrés.

2°. On se hâte moins pour les plantes peu abondantes en sucs aqueux, et surtout pour celles qui sont aromatiques ; on les sèche à l’ombre.

3°. On a soin d’envelopper de papier celles dont on veut dessécher les sommités, à cause de l’odeur et de la couleur, qui sont très-fugaces : telles sont les menthes, la petite centaurée, le millepertuis, etc.

4°. On traite les fleurs séparées de leurs tiges comme les feuilles ; dessiccation prompte pour celles qui sont aqueuses, telles que les fleurs de mauve, de lis, de pavot rouge ; dessiccation lente pour celles qui ont moins d’eau, comme la camomille.

5°. On emploie la dessiccation accélérée pour les écorces, les bois et les racines qui ne sont point aromatiques.

Quant aux racines, toutes sont lavées, nettoyées, et quelques unes ratissées, avant d’être soumises à l’opération qui doit les priver de leur humidité surabondante.

Les petites sont enfilées ; celles qui ont un cœur ligneux, on le leur enlève en les fendant longitudinalement ; celles qui sont charnues, sont coupées par tranches minces ; et celles qui sont bulbeuses, effeuillées, divisées par lanières ou transversalement.

6°. On étend dans un grenier bien aéré les semences émulsives, pourvues de leurs enveloppes, fussent-elles ligneuses, mais sans leurs parties charnues. On opère de même pour les semences farineuses, bien mûres et séparées de leurs baies.

On dessèche à l’étuve les semences mucilagineuses de coin ; par exemple, au soleil les autres graines inodores ; et à l’ombre celles qui sont aromatiques, ou douées d’un principe âcre et volatil.

7°. On obtient l’exsiccation de la plupart des fruits, en les exposant successivement et à plusieurs reprises à la chaleur ménagée d’un four et à celle du soleil ; aux uns, on conserve leur peau, (les prunes) on en dépouille les autres, (les pommes, les poires.)

8°. Il est des racines, comme celles des orchis, pour faire le salep, par exemple, qu’on enfile et qu’on plonge dans l’eau bouillante avant de les faire sécher.

Ce procédé, introduit dans l’économie domestique, pour la dessiccation des haricots verts, des fèves de marais, etc., nous procure l’avantage de manger, au milieu de l’hiver, ces légumes presque dans le même état de couleur et de saveur qu’ils avoient au moment où on les a séparés des plantes auxquelles ils appartenoient.

Conservation. La conservation des médicamens simples et composés est une opération que l’on doit ranger au nombre de celles qui sont les plus importantes de la pharmacie.

Quand on a employé toutes les précautions indiquées pour la dessiccation des racines, des feuilles, des fleurs et des semences, il convient de les secouer sur une toile, pour en séparer le sable, la terre et les œufs d’insectes qui pourroient s’y trouver mêlés ; il faut avoir soin de ne pas enfermer les plantes séchées à l’étuve, qu’elles ne soient parfaitement refroidies. Dans les officines de pharmacie, on a pour habitude de serrer les plantes dans des vases de verre ou dans des boîtes de bois peintes en dehors, et garnies intérieurement de papier collé avec de l’amidon, dans la préparation duquel on ajoute un peu de sulfate acide d’alumine et de potasse.

Ou avoit conseillé autrefois de chauffer légèrement les roses rouges, le coquelicot, dans une bassine pour détruire par la cuisson les œufs d’insectes qui les attaquent et les détruisent ; mais c’est avec modération qu’on doit mettre ce moyen en usage pour ne pas altérer la couleur des fleurs ; l’air et le crible sont préférables.

Il faut placer ces vases à l’abri du contact des rayons lumineux, dans un endroit sec et froid ; mais ces moyens étant impraticables dans certains établissemens et chez les herboristes, à cause des localités et de la multiplicité des vases que cette pratique entraîneroit, il faut les mettre dans des sacs, les isoler ou les attacher au plancher.

Il faut visiter de temps en temps certaines parties des plantes, et sur-tout les fleurs, qu’il est bon de passer quelquefois au crible ; les racines, feuilles, fleurs et graines, demandent à être renouvelées tous les deux ans ; dans le nombre, plusieurs l’exigent chaque année.

On n’obtient la conservation des minéraux qu’en les garantissant de l’action de l’humidité et du contact de l’air, à cause de la prompte oxigénation de la plupart d’entr’eux ; il faut, pour les oxides, qu’ils soient dans des vases qui ne laissent pas passer les rayons lumineux.

À l’égard des substances animales, usitées en médecine, il ne faut conserver dans les pharmacies que celles qui sont saines et entières dans des boîtes d’étain ou de bois revêtues intérieurement d’une feuille de métal laminé ; mais souvent elles sont détériorées, et le plus ordinairement falsifiées ; la plupart sont apportées sèches. Les cantharides sont presque les seules que le pharmacien devroit préparer lui-même, quand il est à portée de s’en procurer. (Parm.)