Cours d’agriculture (Rozier)/POURPIER

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Hôtel Serpente (Tome huitièmep. 289-291).


POURPIER. Tournefort le place dans la première section de la quatrième classe, qui comprend les herbes à fleurs, à plusieurs pièces, régulières & en rose, dont le pistil devient un fruit à une seule loge qui s’ouvre transversalement en deux parties. Il l’appelle portulans latifolia, sive sativa. Von-Linné le classe dans la dodécandrie monogynie & il le nomme portulans oleracea.

Fleur ; en rose, à cinq pétales, droits, obtus, plus grands que le calice qui est petit, divisé en deux & posé sur le germe.

Fruit ; capsule couverte, ovale, à une seule loge, remplie de petites semences brunes.

Feuilles ; en forme de coin, grasses, charnues, luisantes.

Racine ; simple, peu fibreuse.

Port ; tiges de la longueur d’un pied environ, arrondies, lisses, luisantes, tendres, quelques-unes couchées sur terre ; la fleur naît des aisselles des feuilles, seule à seule ; les feuilles sont alternativement placées.

Lieu ; les terrains gras, les jardins ; la plante est annuelle & fleurit en mai, juin & juillet. Je crois que la première graine de cette plante nous a été apportée de l’Inde.

Propriétés économiques. Le pourpier ordinaire a produit une variété que l’on appelle pourpier doré ; elle est due à la culture. Si on la néglige, si on la sème dans un mauvais terrain, elle revient après une ou deux années à son premier état, & constitue ce que les jardiniers appellent pourpier vert, qui résiste mieux aux intempéries des saisons que le doré ; mais l’un & l’autre ne peuvent supporter le froid au degré de la glace ; d’où l’on doit conclure que l’un & l’autre ne doivent être semés que lorsque la saison est décidée pour chaque canton & qu’on n’y craint plus les gelées tardives.

Les amateurs sèment le pourpier vert sous cloche, & même sur couche, & par le moyen des paillassons & des soins ordinaires que l’on donne aux couches, (consultez ce mot) ils le garantissent du froid. Comme la racine est très-mince & presque sans corps dans le commencement, la graine demande à être semée sur du bon terreau, & nullement enterrée, mais simplement pressée légèrement avec la main contre le terreau. On la sème fort épais & on lui donne le soleil autant que la saison le permet. Dès que la plante a deux feuilles un peu formées, on la coupe & elle sert à décorer les salades dans les villes où l’argent est assez abondant pour dédommager le cultivateur des peines qu’il a prises.

La fin d’avril ou le commencement de mai est en général pour la France l’époque à laquelle on sème les deux pourpiers en pleine terre, & dans plusieurs cantons l’on choisit encore les expositions les plus méridionales & contre un mur. La petitesse de la graine & la ténuité de la racine indiquent l’espèce de terre qui lui convient le mieux. On doit donc choisir le terreau le plus consommé & en mettre quelque peu sur la place que doivent occuper l’un & l’autre pourpier. Comme le pourpier doré est plus agréable à la vue, on ne cultive guères que celui-là. Ses tiges sont plus longues, ses feuilles plus larges & mieux nourries : lorsqu’on a laissé grainer, mûrir & pourrir sur place une ou deux plantes de ces pourpiers, il est presqu’inutile de les resemer l’année suivante. Les plantes pullulent de par tout, & sont aussi bonnes que si on les avoit semées exprès. On est étonné de voir quelquefois qu’un pourpier dont les tiges disposées en rond occupent souvent près de deux pieds de diamètre, ne tienne à la terre que par une racine très-déliée. La raison en est simple, c’est qu’à l’exemple de toutes les plantes grasses, celle-ci se nourrit plus des sucs répandus dans l’atmosphère, que de ceux qu’elle tire de la terre. Il en est ainsi de toutes les espèces de pourpiers en arbres & autres, que les curieux conservent dans les serres chaudes, & dont nous ne parlerons pas, parce qu’elles sont étrangères à notre objet.

Dans les mois de juin & de juillet, on sème de nouveau le pourpier doré afin de l’avoir plus tendre jusqu’aux gelées. Ces plantes ne demandent point ou presque point d’irrigation, pour peu que le climat soit pluvieux. En effet, si on les arrose le soir ou le matin, le pourpier doré perd de sa couleur le devient plus ou moins vert. L’arrosement du midi ne lui nuit pas, parce que la chaleur du soleil a bientôt dissipé l’humidité superflue. Quelques auteurs recommandent de mouiller le pourpier pendant tous les jours de l’été ; en suivant cette méthode, on a du pourpier fort tendre, mais très-aqueux & sans saveur. Il est inutile de la diminuer, car la plante est déjà fade par elle-même, ainsi la saveur est sacrifiée au coup d’œil. Semer plus souvent, semez épais le pourpier doré, & vous aurez toujours des plantes tendres. Il convient d’arracher de terre quelques-unes des plantes qui ont le mieux poussé au premier printemps. Lorsqu’on s’aperçoit que leur végétation est ralentie & que la graine est mûre, alors on l’étend sur un drap, on hâte sa dessiccation au gros soleil, enfin on sépare la graine que l’on porte dans un lieu sec, où elle se conserve bonne à semer pendant six ou huit ans.

Propriétés médicinales. Cette plante est aqueuse, fade, nitreuse ; la semence a une saveur un peu dessiccative ; la plante est rafraîchissante & diurétique. Les feuilles & particulièrement le suc exprimé, calment la soif produite par de violens exercices, la soif fébrile, la soif produite par des matières âcres ; elles nourrissent très-peu & se digèrent avec assez de promptitude ; elles diminuent la chaleur du corps & des urines ; elles ont quelquefois modéré le vomissement bilieux, la diarrhée bilieuse, le scorbut, l’inflammation des voies urinaires : sous forme de cataplasme, elles appairent la chaleur des tumeurs phlegmoneuses, elles les répercutent légèrement. Le sirop de pourpier ne diffère point en vertus du suc exprimé des feuilles. L’eau distillée des feuilles de pourpier est moins efficace que l’eau filtrée des rivières quelconques. Les semences de pourpier ne font mourir aucune espèce des vers contenus dans les premières voies.