Description d’un parler irlandais de Kerry/5-6

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Cinquième partie, chapitre VI. Les formes composées du verbe ; temps et aspect.


CHAPITRE VI
LES FORMES COMPOSÉES DU VERBE ; TEMPS ET ASPECT

§ 201. A côté de la série des formes simples (que nous désignerons comme formes I) le verbe possède diverses séries de formes composées, se ramenant à deux types : formes composées du verbe d’existence et du substantif veibal, régi par une préposition (formes II) ; formes composées du verbe d’existence et de l’adjectif verbal (formes III).

A côté du paradigme de buelʹəmʹ « je frappe » (§ 172) on aura ainsi :

1º un paradigme formé par le verbe d’existence suivi du substantif verbal régi par la préposition eg : tɑ:mʹ e buələ (táim ag bualadh) « je suis en train de frapper », bʹimʹ e buələ (bím ag bualadh) « je suis (habituellement) en train de frapper », vʹi:nʹ e buələ, et ainsi de suite, jusqu’au nom verbal vʹeh e buələ (bheith ag bualadh) « être en train de frapper » ; noter əd iərəgʹ (ad iarraidh) « en essayant, à essayer », plutôt que eg iərəgʹ (ag iarraidh).

A côté de ces formes exprimant le développement de l’action (aspect cursif), vu activement, on a une série exprimant ce même développement vu passivement, du point de vue de l’objet : tá an lampa ar crochadh « la lampe est en train de pendre, pendue » ; ou (par un tour qui sert de passif au tour táim ag déanamh « je suis en train de faire ») tá rud ghá dhéanamh agam « une chose est en train d’être faite par moi ».

2º un paradigme formé par le verbe d’existence suivi de l’adjectif verbal : tɑ:mʹ tɑkəhə (táim tagtha) « je suis venu », tɑ:mʹ buelʹtʹə (táim buailte) « je suis frappé », et ainsi de suite, ces formes exprimant le procès envisagé dans son résultat (aspect résultatif ou « extensif »).

§ 202. Le système repose ainsi essentiellement sur une opposition à trois termes : buailim, táim ag bualadh, táim buailte, exprimant trois aspects du procès, que nous désignerons comme « tensif », « cursif » et « extensif », le procès étant envisagé respectivement du point initial, d’un point intermédiaire, ou du point final de son développement.

L’importance prépondérante de ces trois aspects fondamentaux n’exclut pas, d’ailleurs, la notation de nuances variées, la langue pouvant créer en nombre indéterminé, sur le même principe que la série II (1º), des séries formées avec d’autres prépositions. On aura ainsi : táim chun é dhéanamh « je suis pour le faire, je vais le faire », táim ar tí é dhéanamh « je suis sur le point de le faire », táim tréis a dhéanta ou tréis é dhéanamh « je viens de le faire », tá sé le déanamh « c’est à faire », etc. : vʹi: ʃe er tʹi: ʃo:lə (bhí sé ar tí seóladh) « il était sur le point de mettre à la voile » ; tɑ:mʹ χʷinʹ ʃgʹi:αl ə i:nʹʃənʹtʹ (táim chun scéal a innsint) « je vais raconter une histoire », etc.

D’autre part, le verbe d’existence possédant un présent d’habitude, les formes composées possèdent au présent une opposition sémelfactif-itératif, opposition qui, grâce à la spécialisation au sens itératif de l’imparfait, se retrouve au passé (mais non pas au futur) et se superpose à l’opposition ternaire qui domine le système.

Voyons maintenant comment se traduisent ces oppositions aux différents temps du verbe.

§ 203. Présent. Le présent I, simple, exprime :

1º le présent intemporel, de généralité ou d’habitude ; c’est la forme qu’on a dans les proverbes : nʹi dʹinʹtʹər tʹigʹ gɑn tʹαŋgə (ní deintear tigh gan teanga) « on ne fait pas de maison sans langue (= la parole est le premier de tous les instruments) » ; ə tʹe vʹi:n ɑmu: fuərən ə χʷidʹ (an té bhíonn amuigh fuarann a chuid) « qui est dehors, sa part refroidit » ; on voit que le présent d’habitude du verbe d’existence correspond pour l’aspect au présent simple des autres verbes.

Exprimant l’habitude : nʹi jinʹən tu è:nʹ nʹi: ə gʹαrt (ní dheineann tu aon nidh i gceart) « tu ne fais (jamais) rien de bien ».

2º Après mɑ: (má) « si » on a le présent simple pour exprimer l’éventualité, soit que la supposition se rapporte à l’avenir, ou à une époque indéterminée ou hypothétique, tandis qu’on a le présent II lorsque la supposition se rapporte au moment actuel : má théigheann tu chun pósadh gan chuire, beir leat stóilín chun suidhe « si tu vas à une noce sans être invité, apporte un escabeau pour t’asseoir » ; mais má tá sé ag teacht « s’il est en train de venir (actuellement) ». En revanche, c’est le futur que l’on a lorsque l’hypothèse se rapporte à un avenir bien déterminé : Peig., p. 35 : Níl, mara bhfaighead óm’athair é « Je ne l’ai pas, à moins que je ne l’obtienne de mon père », mais, quelques lignes plus loin (p. 36) avec valeur d’éventualité : sin í díreach an cheist... má gheibhim na huibhe « c’est justement là la question... si j’obtiens les œufs ».

3º C’est le présent I que l’on a comme présent historique ; Peig. p. 20 : tagann sé chugham i leith, agus beireann sé ar láimh orm « il s’approche de moi et me prend la main ».

§ 204. 4º Les verbes exprimant une opération intellectuelle, une perception sensorielle, une impression ou une démarche mentale, ou l’expression parlée de cette démarche (affirmation, négation, interrogation, refus, promesse, etc.), un rapport logique, enfin, s’emploient au présent simple avec valeur de présent actuel. Il en va de même de tous verbes pris dans une acception mentale même alors que ces verbes, pris au sens propre et désignant un procès matériel, requerraient le présent II ; klœʃəmʹ (cloisim) « j’entends » ; krʹedəmʹ (creidim) « je crois » ; dʹerʹəmʹ lʹαt go (deirim leat go) « je te dis que » ; ɑdvʷi:mʹ ən mʹe:d ʃinʹ (admhuighim an méid sin) « je reconnais le fait » ; brαhəmʹ uemʹ e (braithim uaim é) « j’en sens le manque » ; tαnʹhi:n ʃe lʹum (taithnigheann sé liom) « cela me plait » ; kʷirʹən tu u:ntəs, ɑ:həs, orəm (cuireann tú iongantas, áthas, orm) « tu m’étonnes, me fais plaisir » ; fɑ:gən sɑn go (fágann san go...) « il en résulte que », etc.

Le fait que le présent I a ici la valeur d’actualité, n’exclut pas au besoin l’emploi du présent II de ces verbes, soit qu’il s’agisse d’exprimer une activité ou une attitude mentale se prolongeant durant un certain temps, soit qu’il s’agisse de désigner le procès matériel par quoi s’exprime une démarche intellectuelle, comme dans les verbes signifiant « dire » ; ainsi dans un conte populaire :

« tá san bpaca seanndraoi a innseann dont gach aon nidh » — « Cad atá se ag rádh anois leat ? » arsa fear an tighe ; « Deir sé », arsa Clás beag, « go bhfuil... » etc. « Il y a dans le sac un magicien qui me dit (présent d’habitude) toute chose ». « Qu’est-ce qu’il est en train de te dire maintenant ? », dit le maître de maison. « Il me dit », dit le petit Clas, « qu’il y a... » etc.

On voit que le présent simple, tensif, exprime la généralité, l’éventualité, le procès en dehors de toute limitation temporelle mais non l’actualité, sauf lorsque le procès en question est d’ordre mental.

§ 205. Le présent II est un présent actuel, exprimant l’action en progrès, à peu près comme fait le présent anglais du type I am eating : tɑ:mʹ eg ihə (táim ag ithe) « je mange, je suis en train de manger » ; imʹi:n kʷidʹ vαh di:nʹə go mʹerʹikʹə tɑ: ʃiəd eg imʹαχt go tʹuv tʹuv (Imthigheann cuid mhaith daoine go Meiriceá. Tá siad ag imtheacht go tiubh) « Beaucoup de Ils s’en vont gens s’en vont (en général) en Amérique. (actuellement) en foules ». On voit dans cet exemple l’opposition des deux présents, de généralité et d’actualité.

Ce présent cursif est plus expressif, du fait qu’il nous place au centre du procès, que le présent tensif I ; aussi peut-on l’avoir, même pour les verbes dont il a été question § 204, chaque fois qu’il y a insistance : tɑ:mʹ eg iərə ən ɑχʷinʹi: ʃo ort (táim ag iarradh an athchuinge seo ort) « je te supplie de m’accorder cette requête », plus pressant que iərəmʹ ort e (iarraim ort é) « je te le demande ».

Nous avons vu que le paradigme ne comporte pas de flexion passive. Pour le présent tensif le besoin ne s’en fait pas sentir ; au contraire le procès cursif se prète aussi bien à être exprimé du point de vue de l’objet intéressé par le procès que du point de vue de l’agent. Le parler dispose pour cela de deux tours :

1º une forme composée du substantif verbal précédé de la préposition er (ar) : cad tá ar siubhal acu ? « qu’est-ce qu’ils ont en train ? » litt. « Qu’est-ce qui est à marcher à eux ? », en face de táim ag siubhal « je suis en train de marcher » ;

2º symétriquement au tour « actif » táim ag baint mhóna « je suis en train d’extraire de la tourbe » on a un tour « passif » tɑ: mu:nʹ əgɑm ɑ: bʷinʹtʹ (ta móin agam dhá baint) « la tourbe est en train d’être extraite par moi », l’objet affecté par le procès étant ici le sujet du verbe. On dira indifféremment kɑd tɑ:n tu e dʹi:αnəv (Cad tánn tu ag déanamh) « qu’est-ce que tu es en train de faire » ou bien kɑt tɑ: əgɑt ɑ: ji:αnəv (cad tá agat dhá dhéanamh) « qu’est-ce qui est en train d’être fait par toi » ; il est à noter que les jeunes générations préfèrent systématiquement le tour actif, négligeant la distinction de sens que permet l’opposition des deux tours.

§ 206. Le présent III, extensif, formé de l’adjectif verbal, exprime l’état actuel résultant d’un procès antérieur. C’est un véritable verbe d’état. On le trouve aussi bien dans le verbe intransitif que dans le verbe transitif : tɑ:mʹ dœltə (táim dulta) « je suis allé » ; tɑ: ʃe tɑkəhə (tá se tagtha) « il est arrivé » ; tɑ: ʃe litʹə χʷinʹ ən o:lʹ (tá sé luighte chun an óil) « il est porté sur la boisson » ; tɑ: ʃe eirʹəh o sgœlʹ (ta se eirighthe ó scoil) « il est sorti de l’école ». Lorsque le verbe est transitif, le sujet du présent III, objet affecté par le procès, coïncide normalement avec le complément du présent I. C’est en ce sens que l’on a pu parler de la valeur « passive » du présent extensif. Mais, en fait, il y a des cas où l’élément affecté par le procès est l’agent et non l’objet ; le sujet du présent I reste alors sujet du présent III ; ainsi, en face de fuerʹ ʃe bɑ:s (fuair sé bás) « il mourut », tɑ: ʃe fɑχtə bɑ:s (tá sé faghta bás) « il est mort », tour caractéristique du parler, et en accord avec la valeur de ces formes.

La forme extensive peut être accompagnée, comme tout verbe ou locution verbale exprimant un état, comme aussi la forme cursive, d’un complément d’agent, introduit d’ordinaire par la préposition eg (ag) : tɑ:mʹ krɑ:tʹ əgɑt (táim cráidhte agat) « je suis contrarié par toi, de ton fait », comme tɑ:mʹ bɑur əgɑt (táim bodhar agat) « je suis sourd de ton fait », « tu m’assourdis » (et non « tu m’as assourdi »). Lorsque l’agent est un agent naturel il est introduit par la préposition lʹe : tɑ:mʹ kɑilʹtʹə lʹəʃ ən okərəs (táim caillte leis an ocras) « je suis péri de faim ».

§ 207. Le présent de généralité du verbe d’existence, pris avec valeur itérative, forme des présents II et III qui superposent les aspects cursifs et extensifs, respectivement, l’aspect itératif ; d’où les présents des types : bím ag bualadh « je suis (habituellement) en train de frapper », bím buailte « je suis (habituellement) frappé ».

§ 208. Impératif. La forme I est la plus fréquente, comme il est naturel à un mode qui a pour but de déclencher une action et où par conséquent l’accent est normalement placé sur la production du procès et non sur son développement : du:n ə dorəs (dún an doras) « ferme la porte » ; tɑr ə lʹαh er ə mo:rd ɑgəs ih də jinʹe:r (tar i leith ar an mbórd agus ith do dhinnéar) « viens a table et mange ton diner ». On a la forme II lorsqu’il y a lieu d’insister sur la continuation du procès, soit qu’on ordonne de poursuivre une action, ou qu’on interdise de s’y obstiner : ná bí ag rith i ndiaidh an chapaill ná fanfaidh leat « ne cours pas (= ne t’obstine pas à courir) après le cheval qui ne l’attendra pas », bí ag leigheamh « continue à lire ».

On a la forme III principalement lorsqu’il est stipulé un délai avant lequel l’action doit être exécutée : bʹi:χ nə ba kru:tʹ əgɑt nuerʹ ə hukəd hɑr nαʃ (bíodh na ba crúidhte agat nuair a thiocfad thar n‑ais) « aie trait les vaches quand je reviendrai. »

§ 209. Prétérit. Le prétérit I peut équivaloir à un passé défini, à un passé indéfini, et (la succession relative des temps n’étant pas explicitement exprimée), à un passé antérieur ou à un plus-que-parfait français. C’est dire qu’il exprime un fait passé, que celui-ci soit situé à un moment précis du passé (temps narratif) ou considéré, sans autre précision, comme antérieur au moment où l’on parle, ou qu’il soit antérieur à un autre fait lui-même passé : Peig, p. 78 : do bhuaileamair an comhgar... nuair a chuadhas... taidhbhsigheadh dom..., etc. nous prîmes le raccourci,... lorsque j’arrivai... il me sembla..., etc. » is mʹnʹik ə χuələ (is minic a chuala) « j’ai souvent entendu dire » ; R. C., 49, 424 : áit nár shiubhal duine ná daonaidhe riamh roime-sin « (le héros arrive dans une vallée déserte) lieu qu’aucun être humain n’avait jamais parcouru auparavant » ; B. O., II, 378 : bhí sí sásta gabháil leis go h‑aon rud nuair a thuig sí cad a dhein sí « Elle se résigna à tout supporter, lorsqu’elle eut compris ce qu’elle avait fait ».

Le prétérit I des verbes cités § 204 peut exprimer la contemporanéité, comme ferait, dans les autres verbes, le prétérit II (voir plus bas). Le fait est parallèle à ce qui se produit pour le présent : vʹrʹαhəs go, çαpəs go (bhraitheas go, cheapas go) « je sentais, je pensais que... ».

Le prétérit du verbe d’existence correspond pour l’aspect à la fois au prétérit I tensif et au prétérit II cursif des autres verbes : on l’aura donc aussi bien avec la valeur de l’imparfait français (contemporanéité) qu’avec la valeur du prétérit : bhí rí i n‑Eirinn fadó « il y avait jadis un roi en Irlande » ; p. 193 : nuair a fuair sé bás má bhí Máire brónach, bhí sí sásta « quand il mourut, si Marie fut chagrine, elle fut (aussi) contente ».

§ 210. Le prétérit II, cursif, exprime le développement du procès et la contemporanéité dans le passé. Il correspond donc sensiblement à l’imparfait français : Peig, p. 78 (suite du passage cité § 209) bhí a lán ceisteanna agam d’á gcur ar m’athair i rith na slighe « je posais une masse de questions à mon père chemin faisant » ; vʹi: ən i:hə e tʹαχt nuerʹə vuelʹ ʃe ə dorəs əʃtʹαχ (bhí an oidhche ag teacht nuair a bhuail sé an doras isteach) « la nuit tombait lorsqu’il entra ».

§ 211. Le prétérit III, extensif, exprime un état résultant, à un moment donné du passé, d’un procès antérieur. Aussi est-il souvent traduit par un passé antérieur ou par un plus-que-parfait français : R. C., 49, 427 : nuair a bhí a sháth don bhfeóil ithte aige, do shin sé siar « lorsqu’il eut mangé son content de viande, il s’étendit ». La forme n’exprime pourtant pas par elle-même l’antériorité dans le temps, mais l’aspect résultatif, comme il apparaît dans les cas où un point de repère chronologique permet de faire le départ entre le résultat d’une action et cette action antérieure : nuair a bhíodar ag itheadh bhí an paca curtha fe’n mbórd aige « pendant qu’ils mangeaient le paquet se trouvait sous la table, où il l’avait placé » (litt. « le paquet était placé sous la table, de son fait ») ; traduire par « il avait placé le paquet sous la table » ferait faux sens.

§ 212. Imparfait. L’imparfait est spécialisé au sens itératif, l’aspect cursif dans le passé et la contemporanéité étant exprimés par le prétérit II. L’imparfait correspond donc pour l’aspect au présent d’habitude. L’aspect itératif pouvant se superposer à l’aspect cursif ou extensif, on a, à côté de l’imparfait I, simple, des imparfaits II et III ; les trois formes se trouvent rapprochées dans un passage comme Peig, p. 27 : bhínn ag dul ar scoil gach lá... is annamh lá a bhíodh mo cheachta i n‑easnamh orm, mar bhímíss ag gabháil dóibh mar a thagaimis le n‑a chéile istoidhche. I dtigh Jim a bhímís bailighthe « J’allais à l’école (imparfait II) chaque jour... il m’arrivait rarement de ne pas savoir mes leçons car nous les étudiions (imparfait II) quand nous nous réunissions (imparfait I) le soir. C’est dans la maison de Jim que nous étions réunis (imparfait III). »

§ 213. La même opposition ternaire se retrouve au futur et au futur secondaire (temporel ou modal), où elle ne pose pas de questions spéciales.

Elle se retrouve également dans le substantif verbal. Noter qu’après les verbes signifiant « se mettre à, commencer à » on a d’ordinaire le substantif verbal II, d’aspect cursif : R. C. 49, 412 : do thosnuigh sí ar a bheith ag meabhaluigh, agus sé deireadh si « elle se mit à miauler, et voilà ce qu’elle disait » ; en dehors de ce cas : vʹi:dər χun vʹeh eg fαrʹə er ən ʃαndinʹə ʃo ɑ: ǥo: (bhíodar chun bheith ag faire ar an seanduine seo dhá dhoghadh) « ils s’apprêtaient à regarder brûler le vieil homme ».

L’adjectif verbal, exprimant l’état résultant d’un procès, ne peut être qu’extensif, « résultatif ». Cela n’entraîne pas qu’il soit toujours passif, l’adjectif verbal pouvant exprimer l’état dans lequel se trouve le sujet, et non l’objet, du procès, à la suite de ce procès ; cf. § 206 : tá sé faghta bás, de même Peig, 40 : dá mbeadh sí fágtha an tigh litt. « si elle était quittée la maison ». Dans quelques exemples l’adjectif verbal a une valeur faclitive : tɑ: nə stoki: tɑni: bʹerʹəhə (tá na stocaí tanaidhe beirighthe) « les bas fins sont brûlants (litt. « bouillis »), brûlent les pieds » ; rœd krɑ:tʹ iʃα ən grɑ: (rud cráidhte iseadh an grádh) « l’amour est une chose tourmentante ».