Description d’un parler irlandais de Kerry/5-3

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cinquième partie, chapitre III. Les désinences verbales.


CHAPITRE III
LES DESINENCES VERBALES

§ 166. Il y a quatre séries de désinences : désinences du présent, du prétérit, du futur (aussi au subjonctif), désinences secondaires (au présent et au futur secondaires, ainsi qu’à l’impératif, exception faite pour celui-ci des deuxièmes personnes et de l’impersonnel). Les désinences suffisent donc à caractériser les temps, là où le thème temporel n’est pas caractéristique, comme il arrive au prétérit quand l’initiale n’est pas sujette à mutations et au futur quand la consonne finale du radical est une sourde ou un ‑h‑ : lʹigʹəmʹ (leigim) « je laisse », prét. lʹigʹəs (leigeas) ; kαhəmʹ (caithim) « je dois », fut. kαhəd (caithfead).

A côté des formes à désinences personnelles, le parler connaît des formes à pronom sujet (la désinence étant alors, aux deux nombres et à toutes les personnes, celle de 3e pers. du sing.). La troisième personne du singulier n’a que la forme avec le pronom sujet ; celui-ci est omis dans les réponses : ər jinʹ ʃe e. jinʹ (ar dhein se é ? dhein) « l’a-t-il fait ? Oui ». L’impersonnel ne peut avoir, par définition, de pronom sujet. On a régulièrement la forme flexionnelle à la première personne du pluriel. Aux autres personnes les deux formes coexistent, la répartition et la fréquence relative en variant selon les temps, les personnes, les types de flexion et, dans une certaine mesure, les sujets parlants. Chez un même sujet, on peut observer des flottements, le choix étant plus ou moins libre, et souvent dicté par le rythme de la phrase. De façon générale, à la première personne du singulier la forme flexionnelle est régulière, sauf au futur, où l’on trouve fréquemment le pronom sujet. A la deuxième personne du singulier la forme personnelle est d’un usage constant au prétérit et aux temps secondaires, le pronom sujet prévaut au présent et à un moindre degré au futur : dʹi:αrfɑ: (déarfá), mais dʹerʹən tu (deireann tu) « tu dis » plus souvent que dʹerʹərʹ (deirir). A la deuxième personne du pluriel, on a partout le pronom sujet, sauf au prétérit, où la forme flexionnelle est régulière, et à l’impératif, où elle est fréquente. A la troisième personne du pluriel, on a normalement la désinence personnelle au prétérit et aux temps secondaires (y compris l’impératif), tandis que le pronom sujet tend à prévaloir au présent et au futur. Il arrive que les deux formes soient superposées : dʹerʹədʹ (deirid) « ils disent », plus souvent dʹerʹənʹ ʃiəd (deireann siad), parfois dʹerʹədʹ ʃiəd. Dans l’ensemble la prédominance des formes fléchies sur les formes à pronom sujet, qui caractérise le parler, est plus marquée au prétérit et aux temps secondaires qu’au présent et au futur.

Pour les formes avec insistance sur le sujet, dʹerʹəmʹʃə lʹαt (deirim-se leat) « je te dis, moi », etc., voir §§ 76 et 215.

§ 167. Formes. Nous donnons les désinences sous trois formes : 1º forme brève après radical de type A ; 2º forme brève après radical de type B ; 3º forme longue, combinée avec le suffixe ‑i:- de type C.

Désinences du présent.

Sg. 1. ‑əmʹ, ‑mʹ (‑im), ‑i:mʹ (‑ighim) ;
2. ‑ərʹ, ‑rʹ (‑ir), ‑i:rʹ (‑ighir) ;
3. ‑ən, ‑n (‑ann), ‑i:n (‑igheann), ‑n final pouvant être palatalisé par l’initiale des pronoms sujets ʃe, ʃi, ʃiəd, etc. Pour désinence zéro, cf. § 179.
Plur. 1. ‑əmʹi:dʹ ‑mʹi:dʹ (‑imíd), ‑i:mʹi:dʹ (‑ighimíd) ;
2. seulement forme à pronom sujet ;
3. ‑ədʹ, ‑dʹ (‑id), ‑i:dʹ (‑ighid).
Impers. ‑tər (‑tar) ou ‑tʹər (‑tear), ‑i:tʹər (‑ightear).

§ 168. Désinences du prétérit.

Sg. 1. ‑əs, ‑s (‑as), ‑i:s (‑igheas) ;
2. ‑əʃ, ‑ʃ (‑is), ‑i:ʃ (‑ighis) ; pour une désinence ‑i:ʃ dans des verbes irréguliers de flexion brève, voir §§ 187, 190 et 191 ;
3. zéro, ‑əgʹ (‑igh), suivi du pronom sujet. Pour le maintien de la désinence zéro dans des verbes passés à la flexion longue, voir § 164.
Plur. 1. ‑əmərʹ, ‑mərʹ (‑amair), ‑i:mərʹ (‑igheamair) ;
2. ‑əvərʹ, ‑vərʹ (‑abhair), ‑i:vərʹ (‑igheabhair) ;
3. ‑ədər, ‑dər (‑adar), ‑i:dər (‑igheadar).
Impers. ‑əχ, ‑χ (‑adh), ‑i:χ (‑igheadh). Pour la désinence ‑əs, ‑əhəs, prononcée par certains sujets ‑əhərs, voir § 179.

§ 169. Désinences du futur.

Nous faisons ici abstraction de l’h, qui appartient au thème. A l’impersonnel, le départ entre le thème et la désinence n’est pas possible.

Sg. 1. ‑əd (‑ad), ‑o:d (‑óchad).
2. ‑ərʹ (‑ir), ‑o:rʹ (‑óchair) ;
3. ‑əgʹ (‑idh), ‑o:gʹ (‑óchaidh), devant un substantif ou à la finale ; devant le pronom sujet le ‑gʹ tombe et la désinence est réduite à ‑ə, ‑o:.
Plur. 1. ‑əmʹi:dʹ (‑imíd), ‑o:mʹi:dʹ (‑óchaimíd), et ‑əm (‑am), ‑o:m (‑ócham). Cette désinence courte se rencontre, principalement chez des sujets âgés, dans divers verbes irréguliers et aussi, concurremment à ‑mʹi:dʹ, dans des verbes réguliers : maro:m (marbhócham) « nous tuerons » ;
2. Seulement forme à pronom sujet ;
3. ‑ədʹ (‑id), ‑o:dʹ (‑óchaid).
Impers. ‑fər (‑far, ‑fear), ‑o:fər (‑óchthar). L’f tend à être vélaire quelle que soit la qualité de la consonne finale du radical.

Les désinences du futur, ajoutées au thème du présent, forment la flexion du subjonctif.

§ 170. Désinences secondaires.

Nous n’indiquerons les désinences du futur secondaire que là où elles apparaissent confondues avec le thème, et partant différenciées des désinences du présent secondaire.

Sg. 1. ‑ənʹ, ‑nʹ (‑inn), ‑i:nʹ (‑ighinn) ; fut. sec. ‑o:nʹ (‑óchainn) ;
2. ‑tɑ: (‑tá), ‑tʹɑ: (‑teá), ‑i:tɑ: ou ‑i:tʹɑ: (‑ighteá) ; fut. sec. ‑fɑ: (‑fá, ‑feá), ‑o:fɑ: (‑óchtá) ; on a d’ordinaire ‑t- (ou ‑tʹ) dans cette désinence, et non ‑h‑, quelle que soit d’ailleurs la nature du phonème précédent. Par ailleurs il y a tendance à avoir ‑t- vélaire même après voyelle d’avant, d’où ‑i:tɑ: dʹrʹαgəri:tɑ: (d’fhreagruightá) « tu répondais », etc. ; mais χαtʹɑ: (chaithteá) « tu dépensais », jinʹtʹɑ: (dheinteá) « tu faisais » ; l’f du futur secondaire est toujours vélaire : hikʹfɑ: (thuigfeá) « tu comprendrais ».
3. ‑əχ, ‑χ (‑adh), ‑i:χ (‑igheadh) ; fut. sec. ‑o:χ (‑óchadh), avec pronom sujet.
Plur. 1. ‑əmʹiʃ:tʹ, ‑mʹi:ʃtʹ (‑imís), ‑i:mʹi:ʃtʹ (‑ighimís) ; fut. sec. ‑o:mʹi:ʃtʹ (‑óchaimís) ;
2. Seulement forme à pronom sujet ;
3. ‑ədʹi:ʃtʹ, ‑dʹi:ʃtʹ (‑idís), ‑i:dʹi:ʃtʹ (‑ighidís) ; fut. sec. ‑o:dʹi:ʃtʹ (‑óchaidís).
Impers, ‑ti:, ‑tʹi: (‑taoi, ‑tí), ‑i:tʹi:, ‑i:ti: (‑ightí). Il y a tendance à avoir la forme vélaire même après phonème palatal, et quelle que soit la forme du radical : dʹrʹαgəri:ti: (d’fhreagruightí) à côté de dʹrʹαgəri:tʹi: « on demandait » ; cf. sous Sg. 2. Fut. sec. ‑fʷi: (‑faoi, ‑fí), ‑ofʷi: (‑óchtaoi), avec f vélaire, quelle que soit la forme du radical : hikʹfʷi: (thuigfaoi) « on comprendrait », à côté de tikʹfʷi: (voir § 165) ; buelʹfʷi: (buailfaoi) « on frapperait », etc.

§ 171. L’impératif présente à la deuxième personne des deux nombres des désinences qui lui sont propres :

Sg. 2. zéro, ‑əgʹ (‑igh). Il arrive que la consonne finale soit palatale, dans des verbes qui ont une vélaire dans le reste de la flexion et, notamment, dans des verbes de lype A, 3º : αŋgəlʹ (ceangail) de αŋgəli:mʹ (ceangluighim) ; pour le maintien de la désinence brève, voir § 164.

Plur. 2. ‑i:gʹ (‑ighidh), aussi bien dans les verbes de flexion brève que dans les verbes de flexion longue : sgʷi:li:gʹ (scaoilighidh) en face du singulier sgʷi:lʹ (scaoil) « lâche ! », comme imʹi:gʹ (imthighidh) en face du singulier imʹigʹ (imthigh) « va-t’en ! », ɑbri:gʹ (abraighidh) « dites ! », etc.

L’impersonnel de l’impératif est semblable à l’impersonnel du présent (et du subjonctif).

Paradigmes des verbes réguliers.

§ 172. Type A, 1º. buelʹəmʹ (buailim) « je frappe ».

Présent sg. 1. buelʹəmʹ, 2. buelʹən tu, buelʹərʹ, 3. buelʹənʹ ʃe, ʃi ; Plur. 1. bueləmʹiːdʹ, 2. buelʹənʹ ʃivʹ, 3. buelʹənʹ ʃiəd, ou buelʹədʹ. Impers. buelʹtʹər, buelʹtər.

Imparfait. Sg. 1. vuelʹənʹ, 2. vuelʹtɑ:, 3. vuelʹəχ ʃe, ʃi ; Plur. 1. vuelʹəmʹi:ʃtʹ, 2. vuelʹəχ ʃivʹ, 3. vuelʹədʹi:ʃtʹ. Impersonnel buelʹtʹi: ou də vuelʹtʹi:.

Impératif : Sg 2. buelʹ, 3. buelʹəχ ʃe ; Plur. 1. buəlʹəmʹi:ʃtʹ ; 2. buelʹi:gʹ, buelʹəχ ʃivʹ, 3. buelʹədʹi:ʃtʹ. Impers. buelʹtʹər.

Subjonctif ; il n’y a pas lieu de donner un paradigme complet de ce mode, cf. § 159.

Prétérit. Sg. 1. vuelʹəs, 2. vuelʹəʃ, 3. vuelʹ ʃe ; Plur. 1. vuelʹəmərʹ, 2. vuelʹəvərʹ, 3. vuelʹədər. Impers. buelʹəχ.

Futur. Sg. 1. buelʹhəd, buelʹhə mʹe, 2. buelʹhərʹ ; buelʹhə tu, 3. buelʹhəgʹ, buelʹhə ʃe ; Plur. 1. buelʹhəm, buelʹhəmʹi:dʹ, 2. buelʹhə ʃivʹ, 3. buelʹhə ʃiəd, buelʹhədʹ. Impers. buelʹfʹər ou buelʹfər.

Futur secondaire. Sg. 1. vuelʹhənʹ, 2. vuelʹfɑ:, 3. vuelʹhəχ ʃe ; Plur. 1. vuelʹhəmʹi:ʃtʹ, 2. vuelʹhəχ ʃivʹ, 3. vuelʹhədʹi:ʃtʹ. Impers. buelʹfʷi: ou vuelʹfʷi:, do vuelfʷi:.

Substantif verbal : buələ ; Adjectif verbal : buelʹtʹə.

§ 173. Type A, 4º i:nʹʃəmʹ (innsim) « je dis ».

Présent. Sg. 1. i:nʹʃʹəmʹ, 2. i:nʹʃən tu, etc. Impers. i:nʹʃtər.

Prétérit. Sg. 1. dʹi:nʹʃəs, Sg. 2. dʹi:nʹʃəʃ, 3. dʹinʹiʃ ʃe ou dʹi:nʹʃ ʃe, (d’innis se ou d’inns se). Impers. i:nʹʃəχ ou dʹi:nʃəχ.

Impératif. Sg. 2. iˈnʹiʃ ou i:nʹʃ, etc.

Futur. Sg. 1. nʹo:səd, etc.

Futur sec. Sg. 1. nʹo:sənʹ. Sg. 2. nʹo:sfɑ:, etc.

Substantif verbal : i:nʹʃənʹtʹ. Adjectif verbal : i:nʹʃtʹə.

§ 174. Type C. αni:mʹ (ceannuighim) « j’achète ».

Présent. Sg. 1. αni:mʹ, etc.

Imparfait Sg. 1. çαnʹi:nʹ, 2. çαni:tʹɑ:, ou çαni:tɑ: 3. çαni:χ ʃe, etc. Impers. αni:tʹi: ou αni:ti:, aussi də çαni:ti:, də çαni:ti:.

Impératif. Sg. 2. αnəgʹ ; Plur. 2. αni:gʹ ou αni:χ ʃivʹ.

Prétérit. Sg. 1. çαni:s, 3. çαnəgʹ ʃe, Impers. αni:χ.

Futur. Sg. 1. αno:d, 2. αno:rʹ ou αno: tu, 3. αno:gʹ kʹαno: ʃe ; Plur. 1. αno:m, plus souvent αno:mʹi:dʹ, etc. ; Impers. αno:fər.

Futur secondaire. Sg. 1. çαno:nʹ, 2. çαno:fɑ:, etc. Impers. αno:fʷi:, də çαno:fʷi:.

Substantif verbal : kʹənɑχ. Adjectif verbal : αnəhə.