Description de la Chine (La Haye)/De la Nation des Lo los

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Scheuerleer (Tome Premierp. 65-66).


DE LA NATION DES LO LOS


La nation des Lo los dominait dans le Yun nan et était gouvernée par différents souverains : les Chinois après y avoir construit quelques forts et quelques villes dans de petites plaines qui étaient incultes, et avoir livré quelques combats, prirent le parti de s’attacher ces peuples, en donnant à leurs seigneurs à perpétuité les sceaux et tous les honneurs des mandarins chinois avec les titres de tchi fou, de tchi tcheou etc. à condition néanmoins qu’ils reconnaîtraient l’empereur, et qu’ils dépendraient du gouverneur de la province dans les affaires ordinaires, de la même manière que dépendent les mandarins chinois du même rang ; que d’ailleurs ils recevraient de l’empereur l’investiture de leurs terres, où ils ne pourraient exercer aucune juridiction, qu’ils n’eussent reçu son agrément, l’empereur s’engageant de son côté à investir le plus proche héritier.

Les Lo los sont aussi bien faits que les Chinois, et plus endurcis à la fatigue. Leur langue est différente de la langue chinoise : ils ont une manière d’écrire qui paraît être la même que celle des bonzes de Pegou et d’Ava. Ceux-ci se sont insinués chez les plus riches et les plus puissants des Lo los y qui sont dans la partie occidentale d’Yun nan, et y ont bâti de grands temples d’une structure bien différente de la chinoise. Les cérémonies, les prières et tout le culte sacré est le même que dans le Pegou.

Les seigneurs Lo los sont les maîtres absolus de leurs sujets, et ont droit de les punir, même de mort, sans attendre la réponse du viceroi, encore moins de la cour. Aussi sont-ils servis avec un empressement et un zèle incroyable.

Chacun regarde comme une fortune d’être admis à servir dans le palais. Ce nom convient mieux à ces édifices, qu’à tant de tribunaux chinois, qu’on appelle ainsi dans quelques relations, quoique pour la plupart ils soient mal entretenus et peu habitables. Les Lo los qui regardent la salle où ils donnent audience, et tous les autres appartements, comme leur bien, ont soin de les tenir en bon état, et de les embellir.

Outre les officiers de leur maison, et d’autres qui servent par quartier, ils ont des capitaines qui commandent la milice de tout le pays. Une partie de cette milice consiste en cavalerie, l’autre est composée de piétons, qui sont armés de flèches, de lances, et souvent de mousquets.

Quoique les chevaux d’Yun nan, de même que ceux de Se tchuen soient les plus petits de la Chine, ils n’en sont pas moins estimés ; car non seulement ils sont d’une belle couleur et bien proportionnés, mais encore ils sont forts, vifs, et assez dociles.

Il faut qu’il y ait des mines de fer et de cuivre dans les montagnes de leur ressort, car ce sont eux-mêmes qui fabriquent leurs armes. Les Chinois leur en portent quelquefois, et l’on en trouve qui ont soin de s’insinuer dans les maisons de ces seigneurs, et de s’enrichir aux dépens de leurs sujets.

Du reste le Pays est abondant en toutes sortes de denrées, et a des mines d’or et d’argent. L’habit du Peuple Lo lo consiste en un caleçon, une veste de toile qui ne passe pas les genoux, et un chapeau de paille ou de rotin  ; il a les jambes nües et ne porte que des sandales.

Les seigneurs portent l’habit tartare de satin ou de damas. Les dames au-dessus d’une longue robe qui va jusqu’aux pieds, portent un petit manteau qui ne leur pend que jusqu’à la ceinture. C’est ainsi qu’elles montent à cheval, même dans les visites qu’elles rendent accompagnées de leurs Suivantes pareillement à cheval, et de domestiques à pied.