Description de la Chine (La Haye)/De la Province de Ho nan

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Scheuerleer (Tome Premierp. 207-211).


SEPTIÈME PROVINCE
DE L'EMPIRE DE LA CHINE.


HO NAN


La douceur du climat, et la fertilité des terres, fait regarder cette province comme une contrée délicieuse. C’est pourquoi elle est nommée par les Chinois Tong hoa, la fleur du milieu, parce qu’elle est presque au milieu de la Chine.

Elle est bornée au nord par les provinces de Pe tche li et de Chan si ; au couchant par celle de Chen si ; au midi par celle de Hou quang ; et au levant par celle de Chan tong. D’ailleurs elle est baignée par le fleuve Hoang ho.

Outre les forts, les châteaux, les villes où il y a garnison, elle contient huit fou, ou villes du premier ordre, et 102 villes, tant du second, que du troisième ordre.

Les Chinois prétendent que c’est dans cette province que Fo hi, le premier fondateur de leur monarchie, avait établi sa cour. Quelques-uns de leurs auteurs, disent qu’il commença à régner 2952 ans avant la venue de Jésus-Christ. Si leur opinion était véritable, elle confirmerait la chronologie des Septante.

Les anciens empereurs, attirés par la beauté et la fertilité du pays, y ont aussi fixé leur séjour. En effet, l’air y est tempéré et fort sain. Tout ce qu’on y peut souhaiter, s’y trouve, froment, riz, pâturages, grand nombre de bestiaux, oranges de toutes les espèces, grenades, et toutes les sortes de fruits qu’on trouve en Europe, et le tout en si grande abondance, qu’ils coûtent très peu de chose, jusque-là que pour un sol on aura trois livres de farine.

Tout y est campagne, excepté du côté de l’occident, où il se trouve des montagnes couvertes de forêts. Mais du côté de l’orient, la terre est cultivée avec tant de soin, que quand on y voyage, il semble qu’on se promène dans un vaste jardin. Aussi les Chinois l’appellent-ils communément le jardin de la Chine, de même que nous appelons la Touraine, le jardin de la France.

Elle est d’ailleurs tellement arrosée de ruisseaux, de sources, et de rivières, que pour l’agrément il n’y a point de pays qui lui soit comparable. Il est étonnant ce qu’elle fournit de blé, de riz, de soie, et d’étoffes pour tribut.

Ce qu’elle a encore de singulier, c’est un lac qui attire quantité d’ouvriers à soie, parce que son eau a la vertu de donner à la soie un lustre inimitable.

Dans une de ses villes nommée Nan yang, on trouve une espèce de serpent, dont la peau est marquée de petites taches blanches : les médecins chinois la font tremper dans une fiole pleine de vin, et s’en servent ensuite comme d’un bon remède pour la paralysie.


Première ville et capitale de la province.
CAI FONG FOU


C’est une grande ville, riche, et peuplée, située dans un beau pays, au milieu d’une plaine bien cultivée, et fort étendue, à deux lieues et demie du fleuve Hoang ho ; ce qu’elle a d’incommode, c’est qu’elle est placée dans un lieu fort bas, en sorte que les eaux du fleuve sont plus hautes que la ville.

Pour parer aux inondations, on a construit de grandes digues de la longueur de plus de trente lieues. Cette situation a été autrefois la cause de sa ruine ; ce fut l’an 1642 que cette ville fut assiégée par les rebelles. Après une vigoureuse résistance des assiégés, qui se défendirent durant six mois contre plus de cent mille hommes, l’unique ressource que le commandant des troupes, qui venait à son secours, crut qu’il lui restait, fut de rompre les digues de la grande rivière de Hoang ho, afin d’inonder la campagne. Cette inondation fut si prompte et si violente, que la ville fut submergée, et trois cent mille habitants se trouvèrent enveloppés dans ses eaux.

Le père Roderic de Figueredo, Portugais, qui avait jeté les premiers fondements de l’église de Cai fong, et qui depuis vingt ans la gouvernait avec un grand zèle, ne voulut jamais quitter son troupeau au milieu de ce danger ; il refusa constamment les offres des mandarins, qui le pressaient d’entrer dans leurs barques, et de se retirer avec eux hors de la ville, et il sacrifia sa vie au salut et à la consolation des chrétiens, qu’il confessa, et qu’il exhorta à finir saintement leur vie.

Il paraît que Cai fong avait alors trois lieues de circuit. On l’a rétablie depuis ce malheur, mais non pas assez bien, pour qu’elle puisse tenir son rang parmi les belles villes de la Chine. Son ressort est fort étendu, et contient quatre villes du second ordre, et trente du troisième.


KOUE TE FOU. Seconde ville.


Cette ville est située dans une vaste plaine, et au milieu de deux belles rivières. Son ressort contient sept villes, dont une est du second ordre, et les six autres sont du troisième. Ces villes sont riches et bien peuplées. Le pays est plat, et bien cultivé. On n’y voit aucune montagne. L’air y est très pur, et le terroir fertile en toutes sortes de grains et de fruits ; il y a entr’autres quantité d’orangers et de grenadiers.


TCHANG TE FOU. Troisième ville.


C’est dans la partie la plus septentrionale de la province, laquelle est fort resserrée par les provinces de Pe tche li et de Chan si, qu’est bâtie la ville de Tchang te fou. Ce pays, qui n’est pas d’une grande étendue, est arrosé de plusieurs rivières, lesquelles rendent son terroir gras et fertile. On pêche diverses sortes de poissons dans ces rivières, mais un entre les autres, qui ressemble au crocodile, et qui a cela de singulier, que si l’on brûle de sa graisse, il n’est presque pas possible d’éteindre la flamme, jusqu’à ce que la graisse soit consumée.

Ses montagnes, qui ne sont pas fort élevées, fournissent des pierres d’aimant, et différentes espèces d’absinthe. Il y a une des ces montagnes si raide, et d’un accès si difficile, que dans les temps de guerre, les habitants s’y réfugient, et y sont dans un asile sûr : ils trouvent sur son sommet une campagne fort étendue, où ils peuvent demeurer tout le temps qu’ils veulent, pour se dérober à l’avarice et aux violences des soldats. Cette ville compte dans son ressort une ville du second ordre, et six du troisième.


OUEI KIUN FOU. Quatrième ville.


Cette ville, qui est bâtie sur les bords d’une rivière, est dans un pays sablonneux, et dont les terres sont moins fertiles que les autres terres de la province. Elle n’a que six villes du troisième ordre dans son ressort, qui n’est pas d’une grande étendue, parce qu’il se trouve resserré, de même que le territoire de Tchang te fou, par les provinces de Pe tche li, et de Chan si. Du côté de cette dernière province il y a quelques montagnes, le reste est un pays plat et assez bien cultivé.


HOAI KING FOU. Cinquième ville.


Le territoire de cette ville est d’une très petite étendue ; elle est bordée au septentrion de montagnes, qui la séparent de la province de Chan si, et au midi elle a le grand fleuve Hoang ho ; aussi ne compte-t-elle que six villes du troisième ordre dans sa dépendance.

L’air y est doux et très sain, et le terroir également fertile produit en abondance tout ce qui est nécessaire à la vie. On y trouve des simples et des plantes médicinales en si grande quantité, qu’on en fournit abondamment la province.


HONAN FOU. Sixième ville.


Cette ville, qui porte le nom de la province, est placée au milieu des montagnes, et entre trois rivières. Les Chinois croyaient autrefois qu’elle était le centre de la terre, parce qu’elle est au milieu de leur empire. Les montagnes, dont elle est environnée n’empêchent pas que son terroir ne soit abondant et fertile. Elle est fort grande, fort peuplée, et son ressort est très étendu, car il contient une ville du second ordre, et 13 du troisième.

Une de ces villes, nommée Teng fong hien, est célèbre par la tour qu’y éleva le fameux Tcheou kong, où il avait accoutumé d’observer les astres. On y voit encore un instrument dont il se servait pour prendre l’ombre du midi, afin de connaître l’élévation du pôle, et de faire ses observations astronomiques. Il vivait plus de mille ans avant la naissance de Jésus-Christ, et les Chinois prétendent qu’il a été l’inventeur de la boussole.


NAN YANG FOU. Septième ville.


Le pays qui environne cette ville est fort beau, mais elle est située sur une assez petite rivière ; quoiqu’il soit d’une très grande étendue, il est d’une fertilité surprenante. Les vivres y sont dans une telle abondance, qu’on les a au plus vil prix, et que des armées nombreuses y ont demeuré un temps considérable, sans nuire à la subsistance des habitants.

La ville n’est ni grande, ni riche, ni fort peuplée. Elle est entourée de montagnes ; on tire de quelques-unes des pierres d’azur. On y trouve aussi en plusieurs endroits de ces sortes de serpents marqués de petites taches, dont j’ai déjà parlé, et que les médecins chinois emploient pour guérir de la paralysie. Elle a une vaste juridiction qui s’étend sur deux villes du second ordre, et sur six autres villes du troisième.


YU NING FOU. Huitième ville.


Cette ville est bâtie sur les bords de la rivière Yu ho. Tout le pays qui est de son ressort, et qui est fort étendu, est partie plat, et partie couvert de montagnes, surtout au nord et au midi, mais en même temps il est arrosé de plusieurs rivières qui fertilisent les terres, et qui les rendent abondantes en toutes sortes de grains et de fruits. Deux villes du second ordre, et douze du troisième dépendent de sa juridiction.