Description de la Chine (La Haye)/Dynasties/Dixième Dynastie, Leang

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Scheuerleer (Tome Premierp. 384-387).


DIXIÈME DYNASTIE


NOMMÉE LEANG


Qui compte quatre empereurs dans l’espace de cinquante-cinq ans.


KAO TSOU VOU TI. Premier empereur.
A régné quarante-huit ans.


Siao yuen, que tant de crimes avaient porté sur le trône impérial, prit le nom de Kao tsou vou ti. Il descendait de la famille de Siao ho, qui était très ancienne. Il ne laissait pas d’avoir de grandes qualités : il était actif, laborieux, et vigilant ; il voulait que toutes les affaires passassent par ses mains, et il les expédiait avec une promptitude surprenante ; il s’était rendu habile dans presque toutes les sciences, et surtout dans l’art militaire. Il était dur à lui-même, et il porta l’épargne, à ce qu’on assure, jusqu’à se servir pendant trois ans du même bonnet.

L’attachement qu’il eut dans la suite aux rêveries des bonzes, alla si loin, qu’il négligea entièrement les affaires de l’État, et que même il se fit bonze. Il porta un édit, par lequel il défendait qu’on tuât des bœufs ou des moutons, même pour les sacrifices, ordonnant qu’on offrît de la farine au lieu de ces animaux.

L’année quinzième de son règne, il assiégea la ville de Cheou yang, de la province de Chan si. Le siège dura dix ans, et il n’est pas croyable combien il y périt d’hommes soit dans les eaux, soit par le fer, ou par la faim.

C’est en ce temps-là qu’arriva l’entière décadence de l’empire du nord appelé Guei. Cette vaste domination fut partagée entre deux souverains, l’un de la partie orientale, et l’autre de la partie occidentale. Elle passa ensuite au roi de Tsi et de Tcheou. L’impératrice du nord appelée Hou, fit bâtir un monastère d’une si vaste étendue, qu’on y pouvait loger mille bonzes : elle lui donna le nom de Yong tching, c’est-à-dire, paix perpétuelle.

Il y avait vingt-six ans que l’empereur gouvernait ses États avec assez de succès, lorsque la fantaisie lui prit de quitter sa cour et d’aller habiter dans un temple de bonzes, où la tête rasée, et sous un vêtement grossier, il ne vivait que d’herbes et de riz. Les Grands de l’empire allèrent le chercher dans sa solitude, et le ramenèrent malgré lui dans son palais ; mais ils ne gagnèrent rien sur son esprit, et il continua d’y vivre à la manière des bonzes.

Selon les principes de la métempsycose, enseignée par les bonzes, il n’osait pas condamner les criminels à la mort que méritaient leurs crimes. Cette impunité augmenta la licence, et produisit une infinité de meurtres et de brigandages.

Le colao de l’empire, nommé Kien ouen, au désespoir d’être au service d’un usurpateur, se refusa toute nourriture, et se laissa mourir de faim ; genre de mort qui est assez commun parmi les Chinois.

Quand la nouvelle de cette mort vint aux oreilles de l’empereur : N’est-ce pas du Ciel, s’écria-t-il, que je tiens ma couronne ? En suis-je redevable aux Grands de l’empire ? quelle raison a donc pu porter ce misérable à se donner la mort ?

Heou king, qui était roi de Ho nan, et vassal de l’empereur, leva tout à coup l’étendard de la révolte, et se rendit maître de Nan king. On se saisit de l’empereur, qui parut devant son vainqueur avec une contenance ferme et assurée, sans donner le moindre signe d’émotion.

Le rebelle, quoique naturellement féroce, eut de la peine à soutenir les regards de son maître, et il fut si troublé, que la sueur coula de son visage : Je ne l’aurais pas cru, s’écria-t-il, qu'il fût si difficile de résister à une puissance que le Ciel a établie.

Il n’osa point tremper ses mains dans le sang de ce vieillard, il se contenta de le faire mourir peu à peu, en lui retranchant chaque jour quelque chose de ses aliments.

On fît en ce temps-là de grands éloges de la piété filiale d’un jeune homme âgé de quinze ans, nommé Kie fuen. Son père avait été condamné à avoir la tête tranchée, pour plusieurs crimes qu’il avait commis durant sa magistrature. Kie fuen n’en fut pas plutôt informé, qu’il alla se jeter aux pieds du prince, et le conjura, avec larmes, d’accepter l’offre qu’il faisait de mourir à la place de son père. On questionna beaucoup le jeune homme, pour savoir si c’était sérieusement et de son propre mouvement qu’il parlait de la sorte. Quand on se fut assuré de la sincérité de ses sentiments, en considération d’une marque si éclatante de sa tendresse, on accorda la grâce au père, et on récompensa le fils d’un titre d’honneur : mais il refusa constamment cette distinction, et la raison qu’il apporta de son refus, c’est que le titre dont il serait honoré, rappellerait sans celle le souvenir de la faute de son père.


Cycle XLIX. Année de J. C. 544.

Un peu de miel que demanda Kao tsou vou ti pour adoucir l’amertume qu’il sentait au gosier, lui ayant été refusé, il mourut tout à coup âgé de quatre-vingt-six ans, la sixième année de ce nouveau cycle. Kien ven ti son troisième fils lui succéda.


KIEN VEN TI. Second empereur.120
A régné trois ans.


Heou king ne laissa pas longtemps cet empereur sur le trône. Il se saisit de sa personne la seconde année de son règne, et l’ayant fait mourir, il prit le titre d’empereur ; mais à peine le conserva-t-il une année. Kien ven ti avait quarante-neuf ans quand il fut tué. Il eut pour successeur Yuen ti, septième fils du fondateur de la dynastie.


YUEN TI. Troisième empereur.
A régné trois ans.


Tchin pa sien, qui était en même temps souverain d’un petit État, et colao de l’empire, alla combattre Heou king, tailla son armée en pièces et lui fit couper la tête. Ce colao se révolta à son tour, et alla assiéger Nan king ou résidait l’empereur, qui ne s’occupait que des rêveries de la secte de Lao kiun, dont il était follement entêté.

Au bruit de cette révolte, il prit les armes, et fit le tour des murailles de la ville. Mais voyant que tout était désespéré, il brisa son épée, et fit brûler sa bibliothèque, qui était de cent quarante mille volumes, s’écriant que c’en était fait désormais, et des sciences, et de l’art militaire.

Le rebelle se rendit maître de la ville, et Tuen ti ayant monté un cheval blanc, alla se livrer entre les mains du vainqueur, dont il fut tué à l’âge de quarante-sept ans. King ti son neuvième fils lui succéda.


KING TI. Quatrième empereur.
A régné deux ans.


Ce fut l’année 13e du cycle que ce prince se vit élevé à la dignité impériale ; mais il ne s’y maintint que deux ans ; le meurtrier de son père le fit mourir pareillement, il n’était âgé que de seize ans lorsqu’il fut tué.

Avec ce prince la dynastie de Leang fut éteinte ; et Tchin pa sien qui devint le fondateur de la dynastie de Tchin, se rendit maître de l’empire. Il prit le nom de Kao tsou vou ti.

La même année, l’empereur de cette partie du nord appelée Tcheou, fit brûler tous les temples des bonzes et les idoles.