Description de la Chine (La Haye)/Dynasties/Huitième Dynastie, Song

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Scheuerleer (Tome Premierp. 379-382).


HUITIÈME DYNASTIE
NOMMÉE SONG,
qui compte huit empereurs dans l’espace de cinquante-neuf ans.


KAO TSOU VOU TI. Premier empereur.
A régné deux ans.


Ce nouvel empereur établit sa cour à Nan king, qui était sa patrie. Son air, son port, sa taille, enfin tout son extérieur, avait je ne sais quoi de noble et de majestueux : il joignait à un grand courage une égale modestie : elle éclatait surtout dans ses habillements, dans son train, et dans ses repas, où tout était frugal.

Cette dynastie, et les quatre suivantes, sont regardées comme de petites dynasties en comparaison des autres, parce qu’elles n’ont duré que très peu d’années. On les nomme Ou tai.

La Chine était encore partagée en deux empires, qui avaient chacun leur monarque, l’empire du nord, et l’empire du midi. C’est ce que les Chinois ont appelé Nan pe tchao.

L’année cinquante-neuvième du cycle Kao tsou vou ti mourut à l’âge de soixante-sept ans. Chao ti son fils aîné lui succéda.


Cycle XLVII. Année de J. C. 424.


CHAO TI. Second empereur.
A régné un an.


Quoique ce prince eut dix-sept ans lorsqu’il monta sur le trône, on s’aperçut bientôt que c’était un esprit peu solide, et qui n’aimait à s’occuper que de niaiseries et de bagatelles. Le colao, ou premier ministre nommé Tan tao tsi, lui ôta la couronne, et peu après le fit mourir. Il n’avait que dix-huit ans. Ven ti troisième fils du fondateur de cette nouvelle dynastie, fut son successeur.


VEN TI. Troisième empereur.
A régné trente ans.


On estime ce prince à cause de sa bonté naturelle, de sa modération, de son équité, et de la droiture admirable de son cœur. On n’eut à lui reprocher que sa trop grande affection pour les bonzes ; car il se déclara hautement leur protecteur. Il régla que les magistrats ne seraient point continués dans leurs emplois au-delà de six ans.

Après quelques autres règlements semblables pour le bien de ses peuples, il déclara la guerre à l’empereur du nord, dont la puissance augmentait chaque jour, et qui comptait déjà seize petits souverains qui lui étaient entièrement soumis. Ven ti perdit la première bataille qu’il livra à l’empereur du nord : mais dans la suite, par l’expérience et la bravoure de Tan tao tsi son colao, il remporta sur lui plusieurs victoires.

Ces grands succès, dont on était redevable au premier ministre, lui donnèrent beaucoup d’autorité et de crédit, et ce crédit rendit sa fidélité suspecte : l’empereur craignit un sujet devenu trop puissant : ainsi la mort qu’on lui procura, fut la récompense de ses services.

La nouvelle de la mort d’un si grand capitaine s’étant répandue dans la Chine, les septentrionaux reprirent courage, et entrèrent avec confiance dans les provinces méridionales, pour y renouveler la guerre avec plus de fureur que jamais.

Les troupes de Ven ti qui n’étaient plus commandées par cet habile général, furent défaites en différentes actions ; mais surtout l’année vingt-sixième de son règne, il se fit de part et d’autre un si horrible carnage, que les campagnes furent inondées fort au loin du sang chinois.

Tai vou ti, qui était l’empereur du nord, fit massacrer tous les bonzes de ses États, et réduisit en cendres tous leurs temples et leurs idoles.

L’année trentième du cycle Ven ti fut tué à l’âge de trente-cinq ans par son fils aîné. Ce parricide fut tué à son tour par son second frère nommé Vou ti, qui vengea aussitôt la mort de son père.


VOU TI. Quatrième empereur.
A régné onze ans.


Ce prince s’était fort adonné à l’étude des sciences chinoises, et il avait la réputation de savant ; il était aussi très habile à manier un cheval et à tirer de l’arc : c’est ce qui lui avait donné un goût extraordinaire pour la chasse. On le blâme d’avoir été prodigue, faisant ses largesses sans choix et sans raison. Sa conduite à l’égard de ceux qui approchaient le plus près de sa personne, était dure et peu convenable à leur rang, parce qu’il n’avait jamais su se contraindre, ni retenir sa langue, qui s’échappait souvent en traits mordants et satiriques.

Il mourut âgé de trente-cinq ans à la quarante-unième année du cycle. Fi ti son fils aîné lui succéda.


FI TI. Cinquième empereur.
A régné un an.


A peine fut-il sur le trône, qu’on s’aperçut de son naturel cruel et sanguinaire. Plusieurs innocents périrent par ses ordres, et il fut tué lui-même à la fin de la première année de son règne. Il eut pour successeur Ming ti onzième fils de Ven ti, troisième empereur de la présente dynastie.


MING TI. Sixième empereur.
A régné huit ans.


Aussi barbare et aussi féroce que son prédécesseur. Il fit mourir treize jeunes princes du sang, qui étaient ses neveux.

Comme il n’avait point d’enfants, il introduisit quelques hommes auprès de ses femmes, à dessein d’avoir un enfant mâle, de tuer aussitôt sa mère, et de donner l’enfant à l’impératrice, qui était stérile.

Il éleva à la première dignité de l’empire Siao tao tching, que l’ambition dévorait, et qui deviendra le meurtrier de deux empereurs pour se faire un chemin jusqu’au trône.

Ming ti n’avait que trente-quatre ans lorsqu’il mourut à la quarante-neuvième année du cycle. Tsang ngou vang son fils aîné lui succéda.


TSANG NGOU VANG. Septième empereur.
A régné quatre ans.


Le caractère dur et intraitable de ce prince, servit de prétexte à la trahison et à la perfidie de Siao tao tching ; il trempa ses mains dans le sang de son jeune maître, qui n’avait que quinze ans. Chun ti, troisième fils de Ming, fut mis à sa place.


CHUN TI. Huitième empereur.
A régné deux ans.


Ce jeune prince éprouva le même sort que son frère, et fut sacrifié à l’ambition de son premier ministre, qui le fit mourir la deuxième année de son règne, n’ayant que quatorze ans.

Ce fut par ce double parricide que Siao tao tching mit fin à la dynastie de Song et devint le fondateur d’une nouvelle dynastie appelée Tsi. Il régna sous le nom de Kao ti.