Description de la Chine (La Haye)/Dynasties/Quinzième Dynastie, Heou tang

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Scheuerleer (Tome Premierp. 412-414).


QUINZIÈME DYNASTIE
NOMMÉE HEOU TANG


Qui compte quatre empereurs dans l’espace de treize ans


TCHOUANG TSONG. Premier empereur.
A régné trois ans.


Il avait hérité de l’humeur martiale de son père, et s’était endurci dès sa plus tendre jeunesse aux fatigues de la guerre. Dans toutes ses campagnes il couchait sur la terre, et de crainte de s’ensevelir dans un trop long sommeil, il avait une cloche suspendue à son col pour l’éveiller.

Ce prince aurait mérité d’être mis au rang des héros de sa nation, s’il n’avait pas terni la gloire de ses premières années par la mollesse, par l’oisiveté, et par l’amour des spectacles. Non seulement il se plaisait à faire représenter des comédies ; mais il s’abaissait jusqu’à y jouer lui-même son personnage, pour procurer un frivole divertissement aux reines et à ses petites filles.

Il s’occupa de tant d’autres amusements, si peu dignes de la majesté impériale, qu’il devint un objet de mépris pour tous ses sujets. Il fut d’ailleurs d’une avarice si sordide, qu’ayant ses coffres remplis d’or et d’argent, il ne pouvait se résoudre à les ouvrir pour le soulagement de ses peuples.

Enfin quelques mouvements de sédition s’étant élevés parmi les soldats, il fut frappé d’une flèche, dont il mourut la vingt-deuxième année du cycle, à l’âge de trente-cinq ans. On ne sait si le coup lui fut porté de dessein prémédité, ou si ce fut un effet du hasard. Ming tsong fut élu empereur par les Grands de l’empire.


MING TSONG. Second empereur.
A régné huit ans.


Le père du feu empereur avait adopté Ming tsong, quoiqu’il fût né hors de l’empire. Ce prince s’était toujours acquis une estime générale, et il répondit parfaitement au choix qu’on avait fait de lui. On loue principalement sa libéralité, sa modération, son amour de la paix, et la singulière affection qu’il avait pour ses peuples.

Quoiqu’il n’eût aucune teinture des lettres, il donna de continuelles marques de son estime pour les savants. Ce fut sous son règne que l’imprimerie fut inventée.

Les écrivains chinois louent encore sa piété et sa modestie : ils assurent que les soirs il brûlait des parfums à l’honneur du seigneur du Ciel, et qu’il implorait son secours en ces termes : « Je suis né barbare, et dans un pays de barbares : cependant au milieu des troubles, dont cet empire était agité, on a jeté les yeux sur moi pour le gouverner ; je ne souhaite qu’une seule chose, c’est que la céleste Majesté daigne bien veiller à ma conduite, et qu’elle m’envoie des hommes sages et expérimentés, dont les conseils puissent m’aider à ne faire aucune faute dans l’administration de cet État. »

En effet, il eut toujours dans son palais un grand nombre de gens sages et éclairés. C’est en les consultant, et en suivant leurs avis, qu’il fit plusieurs excellents règlements, et entr’autres celui d’exclure les eunuques de tout emploi public.

Les mêmes écrivains attribuent à la piété de ce prince la naissance de l’homme illustre, qui deviendra dans la suite le fondateur de la dix-neuvième dynastie : la paix profonde, dont on jouit tandis qu’il fut sur le trône ; et l’abondance qui régna dans toutes les provinces de l’empire.

Parmi les grands hommes que ce prince avait à sa cour, et dont il suivait les conseils, on parle avec grand éloge d’un de ses colao nommé Fong tao, qui était très éclairé, et très intègre. Il avait accoutumé de dire qu’il fallait gouverner un État avec la même attention, et les mêmes précautions, qu’on manie un cheval. « J’ai souvent voyagé à cheval, disait-il, dans des pays de montagnes très rudes, et tout à fait scabreux ; il ne m’y est jamais arrivé aucun accident, par l’attention que j’avais de tenir la bride haute ; au lieu que dans de belles plaines toutes unies, où ne croyant pas la même attention nécessaire, je lâchais la bride à mon cheval, je suis quelquefois tombé, avec danger de me blesser. Il en est de même du gouvernement d’un État : lorsqu’il est le plus florissant, un prince ne doit jamais rien relâcher de sa vigilance et de son attention. »

Ming tsong mourut âgé de soixante-sept ans, la trentième année du cycle, et laissa la couronne à son fils Ming tsong.


MING TSONG II. Troisième empereur.
A régné un an.


A peine ce prince eût-il mis le pied sur le trône, que Che king tang, gendre du défunt empereur, vint avec une armée de cinquante mille hommes que lui avaient fourni les peuples du Leao tong, et s’étant rendu maître du palais, renversa Ming tsong du trône, et lui ôta la vie.

Ce prince fut tué à l’âge de quarante-cinq ans. Il eut pour successeur Fi ti son fils adoptif, qui s’appelait auparavant Lo vang.


FI TI. Quatrième empereur.
A régné un an.


Ce prince n’était pas en état de résister au meurtrier de son père. Il s’enfuit dans une ville nommée Guei tcheou et ne s’y trouvant pas en sûreté, il se renferma avec sa famille et ce qu’il avait de plus précieux dans un palais, où il mit le feu, et où il fut consumé par les flammes. Che king tang devint empereur par l’extinction de cette dynastie, et prit le nom de Kao tsou.