Description de la Chine (La Haye)/Dynasties/Sixième Dynastie, Heou han

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Scheuerleer (Tome Premierp. 370-372).


SIXIÈME DYNASTIE


NOMMÉE HEOU HAN


c’est-à-dire, famille des HAN postérieure,
qui a eu deux empereurs dans l’espace de quarante-quatre ans.


TCHAO LIE VANG. Premier empereur.
A régné trois ans.


Tchao lie vang qui s’appelait auparavant Lieou pi, était un des descendants de King ti, quatrième empereur de la dynastie précédente. Ce prince était d’une très haute taille, et avait un air de grandeur et de majesté, qui attirait le respect. Son courage répondait à son air ; il parlait peu, et dans tous les événements heureux ou malheureux y son esprit fut toujours égal.

Lorsqu’il se vit prêt de mourir, il parla ainsi à ceux qui l’environnaient : « Lorsqu’on a une fois atteint l’âge de cinquante ans, on ne peut pas se plaindre au Ciel de la brièveté de la vie, j’aurais donc grand tort de m’en plaindre, puisque j’en ai plus de soixante. »

Il fit ensuite approcher son fils, auquel il destinait sa couronne, et son premier ministre nommé Co leang ; puis adressant la parole à celui-ci : « Si mon fils, lui dit-il, refuse d’avoir la déférence qu’il doit à vos sages conseils, faites-le descendre du trône, et régnez à sa place. » et tournant ensuite du côté de son fils : « Quelque légère que vous paraisse une faute, lui dit-il, donnez-vous bien de garde de la commettre, et quelque peu importante que vous paroisse une action vertueuse, ne négligez pas de la faire. Il n’y a que la vertu qui mérite notre attention et nos poursuites : j’en ai eu trop peu pour vous servir de modèle : mais soyez docile aux avis de Co leang vous trouverez en lui un second père. »

Ce prince mourut à l’âge de soixante-trois ans la quarantième année du cycle, après avoir nommé son fils Heou ti pour lui succéder.


HEOU TI. Second empereur.
A régné quarante-un ans.


Tandis que le premier ministre vécut, Heou ti marcha constamment sur les traces de son père. Il tint sa cour à Tching tou capitale de la province de Se tchuen. Il y avait alors trois souverains de la famille de Guei dans les provinces septentrionales, et dans les méridionales : la famille de Hou tenait sa cour à Nan king.

La famille de Guei, la plus puissante des trois, n’a subsisté que quarante-six ans, et a été éteinte par un des généraux de son armée, dont le fils deviendra le fondateur de la dynastie suivante. La famille de Ou a compté quatre rois dans l’espace de cinquante-neuf ans.

Ces différentes souverainetés ne pouvaient manquer de causer plusieurs guerres. Dans une de ces guerres l’empereur perdit deux généraux de grande réputation, savoir Tchang si et Quang yu. Ce dernier fut mis dans la suite au nombre des idoles, et révéré comme le Mars de la Chine.

Il restait encore le fameux Co leang, mais qui eut souvent du dessous dans les combats qu’il livra au roi de Guei. Ce général était estimé par le rare talent qu’il avait de faire en présence de l’ennemi, des retraites aussi glorieuses et aussi honorables, que s’il eût remporté la victoire.

Le roi de Guei était devenu si puissant, qu’il se crut en état de subjuguer les rois de Han et de Ou, qui s’étaient ligués ensemble. Il se mit en marche à ce dessein avec une armée formidable. Il s’était déjà approché du grand fleuve Yang tse kiang qu’il lui fallait traverser, lorsque voyant ses vagues enflées et écumantes, — Sans doute, s’écria-t-il, ce sont-là les bornes que le Ciel a mis à la cupidité des mortels, et à l’instant il retourna sur ses pas.


Cycle XLIV. Année de J. C. 244.

Song tchao, à qui le Roi de Guei avait confié le commandement de ses armées, s’enfla de ses victoires, et abusant de l’empire qu’il s’était acquis sur les troupes, il les souleva contre leur prince légitime : on vit donc ce sujet rebelle en venir aux mains avec son maître. Ses armes eurent plus de succès qu’il ne devait s’en promettre, et il se vit en état de tout entreprendre, et de porter ses vues jusqu’au trône.

Le fils de Heou ti, voyant les affaires presque désespérées, alla trouver son père : « Il n’y a point à délibérer, lui dit-il, c’est ici un moment décisif, il vous faut, ou vaincre, ou mourir les armes à la main et la couronne sur la tête. » L’empereur ne goûta point ce conseil, et refusa de combattre.

Alors ce fils désolé de voir si peu de courage dans l’âme de son père, se retira dans la salle de ses ancêtres défunts, et là outré de désespoir, il tua sa femme, et se tua ensuite lui même.

L’année quarantième du cycle l’armée impériale fut taillée en pièces, et le palais abandonné au pillage : le lâche empereur alla lui même se livrer entre les mains du vainqueur, qui lui donna une petite souveraineté, où il traîna pendant sept ans les restes honteux d’une vie obscure et méprisée. Il y mourut âgé de soixante-cinq ans.