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Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments/Germain-l’Auxerrois (place Saint-)

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Germain-l’Auxerrois (place Saint-).

Située en face du grand portail de l’église du même nom. Les numéros impairs, dont le dernier est 43, continuent la série de la rue des Prêtres ; les numéros pairs, dont le dernier est 24, continuent la série de la rue Chilpéric. — 4e arrondissement, quartier du Louvre.

Cette place faisait anciennement partie du cloître Saint-Germain-l’Auxerrois, et en portait la dénomination. — Arrêt du conseil. « Versailles, 13 novembre 1784. Le roi étant en son conseil a ordonné et ordonne qu’à compter du 1er juillet 1783, et jusqu’à ce qu’il en ait été autrement ordonné, le chapitre Notre-Dame de Paris sera employé dans l’état du domaine de la généralité de Paris, qui sera arrêté pour la présente année 1784, et dans les suivantes pour une rente de 815 septiers de bled-froment, mesure de Paris, payable néanmoins en argent, d’après les apprécis du marché de la d. ville, pour lui tenir lieu des loyers des onze maisons, ainsi que des places et échoppes dont est question, et qui doivent entrer dans la formation d’une place, ordonnée être construite devant la colonnade du Louvre, etc… Ordonne sa majesté, qu’au moyen de l’emploi ci-dessus, le chapitre de Paris sera tenu d’abandonner la libre possession et jouissance des d. maisons, places et échoppes, sauf et sans préjudice à arrangement définitif, à prendre avec lui pour l’acquisition des d. maisons et de la directe qui peut lui appartenir dans le cloître Saint-Germain-l’Auxerrois ; et seront sur le présent arrêt toutes lettres-patentes nécessaires expédiées. Signé Hue de Miroménil et de Calonne. » (Archives du royaume). Il n’existe pas d’alignement arrêté pour la place Saint-Germain-l’Auxerrois. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).

Les maisons dont il est question dans l’arrêt que nous venons de reproduire en partie, furent bientôt démolies. Elles occupaient l’emplacement d’un vaste hôtel connu sous le nom de maison du Doyenné. L’hôtel du Doyenné faisait le coin d’un passage qui conduisait du cloître Saint-Germain-l’Auxerrois à la place du Louvre. Dans cette propriété mourut Gabrielle d’Estrées, duchesse de Beaufort, et maîtresse du roi Henri IV. La duchesse avait passé une partie du carême à Fontainebleau. La politique et la bienséance forcèrent Henri IV à éloigner sa maîtresse pendant les cérémonies de Pâques ; il l’avait priée de retourner à Paris, et il la reconduisit lui-même jusqu’à Melun. « Ces deux amants, dit Sully, sembloient avoir un pressentiment qu’ils ne se reverroient plus ; il s’accablaient de caresses, les larmes aux yeux, et se parloient comme si c’eût été pour la dernière fois. La duchesse recommandoit au roi ses enfants et ses domestiques. Ce prince l’écoutoit et s’attendrissoit sans pouvoir la rassurer. Ils prenoient congé l’un de l’autre, et aussitôt ils se rappeloient, s’embrassaient et ne pouvoient se séparer. » Gabrielle vint loger chez Zamet ; c’était un Italien fort riche, qui s’intéressait dans toutes sortes de spéculations. Il s’était qualifié dans le contrat de mariage de sa fille : Seigneur suzerain de dix-sept cent mille écus. Son caractère plaisant, spirituel et enjoué l’avait rendu agréable à Henri IV. La duchesse fut accueillie par son hôte avec toutes sortes d’égards et de prévenances. Se promenant dans le jardin de ce financier, après avoir mangé un citron, Gabrielle se sentit tout à-coup un feu dans le gosier, et des douleurs si aiguës dans l’estomac, qu’elle s’écria « Qu’on m’ôte de cette maison, je suis empoisonnée. » On la transporta dans son hôtel du Doyenné. Son mal redoubla ; elle éprouva des crises, des convulsions si terribles qu’on ne pouvait regarder sans effroi cette tête si belle quelques heures auparavant. Elle expira la veille de Pâques 1599, vers les 7 heures du matin. On ouvrit son corps et l’on trouva son enfant mort. Henri IV fit prendre le deuil à toute la cour, le porta la première semaine en violet et la seconde en noir. Zamet fut accusé de la mort de Gabrielle ; il était sujet du duc de Florence, et l’on avait déjà parlé du mariage de Henri IV avec Marie de Médicis. « On empoisonna cette favorite, dit un écrivain contemporain, parce que le roi étoit déterminé à l’épouser, et vu les troubles qui en seroient advenus, ce fut un service qu’on rendit à ce prince et à l’État. » — « Cela peut être, observe Saint-Foix, mais on conviendra que de pareils services sont plus infâmes que ceux du bourreau. La plupart des historiens, ajoute le même écrivain, n’attribuent cette mort si frappante qu’aux effets d’une grossesse malheureuse. »