Dictionnaire de Trévoux/6e édition, 1771/Tome 1/201-210

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Fascicules du tome 1
pages 191 à 200

Dictionnaire de Trévoux, 1771
Tome 1, pages 201 à 210

pages 211 à 220



naît dans le duché de Bar, & se jette dans l’Oise, au-dessous de Noyon.

AISNÉ. Voyez Aîné.

AISO. Ancienne ville de Guipuscoa, en Espagne. Ocaso, Alarbe. Saint Sébastien a été bâti des ruines d’Aiso, qui en étoit à trois lieues.

AISON. Ville du Mogol, a 100°, 43’, 3" de longitude, & 42°, 30’, 0" de latitude nord. P. du Chatz.

AISSADE. Terme de Marine. Aissade de poupe, est l’endroit où la poupe commence à se rétrécir & où sont aussi les radiers.

☞ AISSANTES. s. f. pl. C’est la même chose qu’Aissi. Voyez ce mot.

AISSEAU, s. m. Qu’on nomme ordinairement Bardeau. Voyez Aissi.

☞ AISSELIER. s. m. Chez les Charpentiers, est une pièce de bois ou droite, ou arquée, terminée par deux tenons, dont l’un a la mortoise dans une des deux pièces de bois assemblées, de manière qu’elles forment un angle à l’endroit de leur assemblage, & dont l’autre tenon a sa mortoise dans l’autre de ces deux pièces de bois. Ainsi les deux pièces & l’aisselier forment un triangle dont l’aisselier est la base, & dont les parties supérieures des pièces assemblées forment les côtés. L’aisselier est employé pour fortifier l’assemblage des deux pièces.

☞ On donne aussi le nom d’aisselier aux bras d’une roue, lorsqu’ils excèdent la circonférence de la roue, de manière que la puissance appliquée à ce bras, fait mouvoir la roue plus facilement.

AISSELLE. s. f. Partie creuse du corps humain, qui est sous l’épaule, à la jointure du bras, & qui a ordinairement du poil. Ala. On l’appelle quelquefois le gousset. Les abcès qui se forment sous les aisselles, sont dangéreux, parce qu’il y a dans ces endroits de gros vaisseaux sanguins & lymphatiques & des cordons de nerfs, qui y forment des plexus considérables. Ce mot vient de ascella, qu’on a dit pour axilla. Ménage. D’autres le dérivent de ala, & axilla, qui sont la même chose, comme Cicéron lui-même l’a marqué, de même aussi mala & maxilla, palus & paxillus ; & d’axilla s’est fait dans la basse latinité ascella, que l’on trouve dans Grégoire de Tours, dans Baldricus, dans Césaire, dans la vie de saint Walbuge, par le Prêtre Volphard, & dans d’autres : d’ascella est venu aisselle : on trouve même dans la latinité barbare assella. Voyez les Acta Sanct. T. IV, du mois de Mai, p. 569, ch. 17. Et ainsi Catulle a dit d’un homme qui sentoit le gousset : Valle sub alarum trux habitare caper. Aisselle vient de plus loin, selon le P. Thomassin. Cet Auteur remonte jusqu’à l’hébreu assil, qui a pris en Italie la terminaison latine axilla, d’où l’on a fait aisselle.

Aisselle, en termes de Botanique, est l’espace compris entre les tiges des plantes, & leurs feuilles, soit que ces feuilles soient soutenues par une queue, ou qu’elles soient attachées par elles mêmes. Ainsi l’on dit, ces fleurs naissent dans les aisselles des feuilles ; c’est-à-dire, à la base des feuilles, ou de leurs pédicules.

Aisselle, se dit aussi en Jardinage des tiges qui sortent des côtés du maître brin, en se fourchant & se subdivisant en d’autres branches qui sont moindres.

On dit aisselle d’un four, pour désigner le tour de la voûte jusqu’environ les deux tiers ; le dessus se nomme Chapelle.

AISSETTE. s. f. C’est une sorte de petite hache dont les Vinaigriers & les Tonneliers se servent pour couper les faussets, & mettre & ôter les bondons. Ascia minor. On trouve dans la basse latinité, Ascibola.

AISSEUL. s. m. Aissieu. Marot.

AISSI. s. m. Petit ais, petite planche & fort mince, qui est faite comme une petite tuile, & qui sert à couvrir les maisons & les granges des paysans. Axiculus, assiculus. On l’appelle autrement Bardeau, ou Aisseau. Ce mot est un diminutif de ais, planche. Aissi, ais scié.

AISSIEU. s. m. L’Académie écrit essieu, & c’est l’orthographe la plus suivie. Ligne ou pièce de bois, ou de fer, qui traverse un globe par son centre, & sur lequel il est mobile. Axis. L’Aissieu du monde est invisible. L’aissieu de la sphère est la ligne droite qui passe par le centre de la terre, & aboutit aux deux pôles.

Il signifie aussi les pièces de bois ou de fer, sur lesquelles les roues, les poulies, les cylindres, les cônes, & toutes les pièces de machines qui se tournent en rond, sont mobiles. L’aissieu d’une charrette, d’une grue, d’une roue d’horloge, d’un cabestan , &c.

En termes de Marine, on appelle aissieu, deux pièces de bois que l’on attache à l’ancre pour faciliter le mouillage, & la faire tomber, de manière qu’elle morde le fond pour arrêter le vaisseau.

Aissieu, ou Axe. Terme d’Anatomie : c’est la troisième vertèbre ; ainsi nommée, parce qu’elle commence à former un corps sur lequel les deux premières vertèbres & la tête sont portées comme sur un aissieu. Dionis.

AISSIL. s. m. Vieux mot qui signifie vinaigre. Il se trouve dans les anciens statuts de la communauté des Vinaigriers.

AISSIN. s. m. Certaine mesure de froment, dont il est parlé dans les anciennes Ordonnances de la ville de Paris, qui ne marquent point combien elle contenoit. En latin Assinus, selon Du Cange.

AIST. Vieux mot, Troisième personne du subjonctif du verbe Aider. Voyez ce verbe.

AISTRE, selon Borel, est un vieux mot, qui signifie, vie, existence, être. Vita, existencia. Les Philosophes en style de l’école diroient τό, esse.

Tost vous faudroit clorre vostre aistre. Villon.

AIT.

AIT. Vieux mot, qui veut dire, force. Vis. Borel.

Si la par grand ait sachié. Perceval.

Ait, veut encore dire dans le vieux langage, Aide. Borel.

Qu’il ira se Dex li ait. Perceval.

De-là est venu cette manière de parler, ce m’ait Dieu, qui est un vieux serment, comme si l’on disoit, sic me Deus adjuvet.

Ait Acte est une ordonnance qui se met au bas des requêtes présentées par les parties, lorsqu’elles demandent acte de l’emploi qu’elles font d’icelles, par quelques écritures. Par exemple, dans une requête d’emploi pour griefs, l’appelant demande acte, que pour griefs, il emploie la présente requête, &c. Le rapporteur met au bas d’icelle, ait acte & soit signifié.

☞ AITIAT. Place forte du Royaume de Maroc, dans la province de Tedla, bâtie sur une petite colline, par ceux de Muçamoda.

AITIOLOGIE. s. f. Terme de Médecine, qui vient du grec. C’est la partie de la Médecine où l’on traite des différentes causes des maladies. Fernel a fait un beau traité de l’Aitiologie. Ce mot vient du grec αἰτία, cause, & de λογος, discours. Quelques-uns l’appellent Pathologie. Harr.

☞ AITONA, ou AYTONA. Château & Bourg d’Espagne, en Catalogne, sur la rivière de Segre, a une lieue de Lorida.

AITRE. s. m. Terme bas, dont le peuple se sert pour exprimer les appartemens, les pièces d’appartemens, les chambres & autres endroits d’une maison. Ce mot vient d’atrium, d’où l’on a formé astrum dans la basse latinité. On écrit communément êtres.

Aitre, se prend encore pour cour, dans la Bible. Atrium. Ce mot est très-vieux en ce sens. A Rouen on dit, l’Aitre de la cathédrale, pour exprimer ce qu’on appelle à Paris le Parvis. Descript. Geogr. & Hist. de la haute Norm. tom. 2, pag. 11.

AJU.
.

AÏVANSARI. Fauxbourg de Constantinople. Voyez Constantinople.

AJUBATIPITA. s. m. Arbisseau du Brésil, de la hauteur de cinq ou six palmes. Il porte un fruit noir, semblable aux amandes, dont on tire une huile de même couleur. Les sauvages se servent de cette huile, pour frotter les membres de ceux à qui quelque mal a ôté les forces.

AJUBITE. Voyez Jobites.

AJUDANT. s. m. Aide. Qui est sous un autre pour l’aider dans ses fonctions. Adjutor. On écrit aussi Adjudant, mais on ne prononce point le d. Nous ne nous servons de ce mot, qu’en parlant des affaires des pays étrangers. En ce qui regarde la France, nous disons, Aide. Aide de camp. Aide-Major. L’Ajudant général des gardes du corps du Roi d’Espagne. Gaz. 1724, p. 6. Le Pape a des Ajudans de chambre. En Suéde il y a des Ajudans du Roi. Le Baron de Scade, Capitaine dans le régiment du Grand-Maître de l’Ordre Teutonique, a été fait Ajudant général du Comte de Vehlen, Commandant en Chef des troupes de l’Empereur, dans les Pays-Bas. Gaz. 1726, p. 59. Les François disent Ajudant, ou Adjudant, en termes de Marine. Ajudant pilote, est un jeune Pilote qui n’a pas assez d’expérience pour qu’on lui confie toute la conduite du vaisseau, mais qui est avec le maître Pilote, ou Pilote en chef, & achève de s’instruire. On lui donne à faire les choses les plus aisées ; on lui fait faire son estime & son journal : on lui fait rendre compte de ses observations. Sur les vaisseaux du Roi, sur-tout en cas de guerre ou de voyage de long cours, il y a deux Pilotes royaux, & quatre ou cinq Ajudans Pilotes. Dans les pays étrangers. Ajudant ne signifie pas toujours, Aide de camp. M. Harris dit qu’Ajudant en Angleterre est un Officier de guerre, qui est la même chose qu’Aide-Major. Au féminin, on dit, Ajutante. Voyez ce mot. Voyez aussi Adjudant.

AIVIER. Voyez ÉVIER.

AJURATIBIRA. s. m. Arbrisseau du Brésil, qui porte un fruit rouge.

AJUF. s. m. Terme de Mythologie. Nom d’un Dieu chez les Romains Ajus. Parce qu’on entendit autrefois à Rome une voix qui sortoit du bois de Vesta, & que l’on crut que cette voix étoit surnaturelle & divine, les Romains imaginerent Un Dieu qu’ils nommerent Ajus, & lui consacrerent un autel à l’endroit d’où il leur parut que la voix étoit partie.

Ce mot fut formé du verbe aio, je dis, je parle. Voyez Aulu-Gelle, Noct. Attic. L. XVI, C. 10. Tite-Live, L. III, C. 30, 31, 32, & Cicéron, de Divin. L. I. Voyez Locutius : c’est la même Divinité.

AJUSTAGE. s. m. L’action d’ajuster. Il se dit en termes de Monnoyeur. L’alliage, l’ajustage & la marque se font chez les Malabars avec tant de facilité, de promptitude & de précision, que nos Monnoyeurs Européens ne pouvoient se le persuader sur la foi de qui que ce soit. Mercure.

AJUSTAGES ou AJUTAGES. s. m. pl. Terme de Fontainier. Ce sont des tuyaux de fer-blanc, ou de cuivre, qu’on met à l’ouverture d’un jet d’eau, pour faire des jets de différentes sortes, & en déterminer la grosseur en pluie, en nappe, en soleil, en verre, suivant la différente figure qu’ont les têtes de ces ajustages. Il y a des ajustages à tête d’arrosoir ; d’autres forment des fleurs-de-lys. Ce mot vient du primitif juste, justus.

AJUSTE. s. f. Terme de Marine. Nœud de deux cordes attachées l’une au bout de l’autre.

AJUSTEMENT. s. m. Action par laquelle on met une chose en état de perfection, par laquelle on la rend juste. Compositio. L’ajustement d’une balance, est le travail qu’on y fait pour la mettre en équilibre. L’ajustement d’un poids, d’une mesure.

Ajustement, est souvent employé comme synonyme de parure. Ornatus, munditia. Un peu d’ajustement sied bien à certaines femmes. Il y en a d’autres qui sont si belles qu’il ne leur faut point d’ajustement. Vos actions & votre ajustement ont un air de qualité qui enchante. Mol.

☞ On le dit dans le même sens en Peinture, non-seulement des draperies ou vêtemens de mode & de fantaisie, mais encore de la façon d’orner les figures.

☞ Ce mot est quelquefois employé dans le style familier, comme synonyme d’accommodement. Ainsi l’on dit chercher, trouver des ajustemens dans une affaire ; pour dire, des moyens, des tempéramens, des expédiens pour concilier deux personnes, pour accommoder une affaire, pour terminer un procès.

Ajustement, en termes de Monnoies, c’est ce qui se fait pour rendre les flans de monnoies du poids qu’ils doivent être ; l’action de les ajuster, de les limer, quand ils sont trop pesans, pour les réduire au juste poids qu’ils doivent avoir. Æquatio, ad legitimum pondus exactio.

☞ AJUSTER. v. a. Qui vient du latin justum facere, rendre juste. On le dit dans ce sens des poids & des mesures. On ajuste un boisseau, un minot, une balance sur l’étalon. On ajuste les poids. Æquare, ad legitimum pondus exigere.

Ajuster, signifie aussi, accommoder une chose de manière qu’elle convienne à une autre. Aptare, componere. On ajuste une pièce à une porte, une barre de fer à une fenêtre. On ajuste un couvercle à une boîte.

☞ C’est encore rendre une chose propre à servir selon sa destination, la mettre dans un état convenable pour bien faire son effet. On ajuste un ressort. On ajuste une arquebuse pour tirer.

Ajuster. Terme de Maître d’Armes. C’est porter justement son coup où l’on veut donner. Dirigere. Il fait bien ajuster son coup.

On dit en termes de Manége, ajuster un cheval ; pour dire, lui enseigner ses exercices. Ajuster un cheval sur les voltes à toutes sortes d’airs. Instruere, erudire.

On dit aussi en termes de Monnoie, Ajuster les flans ou les carreaux recuits. Rudes nummos ad legitimum pondus exigere. C’est les couper, les limer, pour leur donner le juste poids qu’ils doivent avoir quand ils sont trop pesans, & les rejeter quand ils sont trop légers. Le Prévôt distribue les flans aux ouvriers & aux tailleresses, pour les ajuster aux poids des espèces. Ils se servent de certains poids appelés déneraux, pour les peser ; & de limes en manière de rapes, avec des cannelures par angles entrans & sortans appelés escovennes, pour limer les plus pesans, jusqu’à ce qu’ils soient conformes aux déneraux. Boizard. Cela s’appelle Ajuster la brève, Voyez Brève.

Ajuster. Terme de Chasse. Les Chasseurs disent, il ajuste le gibier ; pour signifier, qu’il se prépare à le tirer juste, à ne point manquer son coup.

Ajuster. Terme de Bijoutier. Remplir les vides d’une pièce, tabatière, ou autre, de morceaux de pierres fines, de cailloux, de coquillages, &c. Et pour ainsi dire, la marqueter.

Ajuster, se dit aussi dans les Manufactures de soie, des lisses qui ne doivent être ni plus élevées, ni plus basses que l’ouvrage ne le comporte.

Ajuster, embellir par des ajustemens. Ornare, decorare. On ajuste une maison, un cabinet, un jardin. Cette maison est bien ajustée.

☞ En parlant de l’embellissement qui consiste dans la parure. On le dit particulièrement des femmes. Cette femme de chambre ne peut ajuster sa maîtresse à son gré. Les femmes sont des années à s’ajuster. Mulieres dum comuntur, annus est.

Ajuster. Terme de Fleuriste. Je viens d’ajuster un œillet. C’est en arranger les feuilles, de manière qu’au défaut de l’ordre naturel, elles se trouvent chacune si bien disposées, que l’œillet en est plus large, à cause de l’extrémité de leur cosse, qui a été un peu courbée. L’on s’applique à ce travail, lorsque cette fleur est toute épanoüie, & que les pétales ne sont pas placés dans un bel ordre. Lig. Floris alicujus folia eleganter disponere.

Ajuster. Ce mot se prend aussi ironiquement, pour maltraiter, mal accommoder. Malè habere, excipere. Moliére a ajusté de toutes pièces Messieurs les Médecins. Vous voilà ajusté comme il faut. Votre habit est bien ajusté ; le voilà tout couvert de boue. Expression familière.

Ajuster, avec le pronom personnel, signifie aussi, se mettre en posture, se préparer à faire quelque action d’adresse, comme pour tirer le mousquet, porter une botte, courre la bague. Componere se, Accingere se. S’ajuster sur les étriers. S’ajuster pour tirer au blanc, pour courre la bague, pour frapper la boule au mail.

Ajuster, se dit figurément en choses morales. Il y a long-temps que ces parens plaidoient ensemble ; enfin un ami les a ajustés, les a accommodés. Reducere, Revocare ad concordiam. On dit en ce sens populairement, Ajustez vos flûtes, à des musiciens dont les instrumens ne sont pas d’accord, ou à des gens qui ont ensemble quelque contestation, ou à une personne qui se prépare à faire quelque chose, ou qui l’avoit commencée sans être tout-à-fait préparé, & qui s’arrête faute de quelque disposition. On le dit au propre dans le premier cas, & par métaphore tirée de la musique dans les deux autres.

Il signifie encore, convenir de quelque condition. Pacisci, transigere. Ces deux Marchands se sont enfin ajustés pour entreprendre une telle manufacture, ils sont convenus de leurs conditions. On dit encore ajuster ; pour dire, concilier, faire convenir. Conciliare, componere. On ne sauroit ajuster ensemble Dieu & le monde. Arn. Comment ajustez-vous ensemble la dévotion & la coquetterie ? Comment ajustez-vous, comment conciliez-vous ces deux passages contraires ? Ces conjoints sont d’une humeur douce, ils s’ajustent bien ensemble.

On dit en ce même sens, cela s’ajuste mal au dessein que vous avez. Ablanc. Il faut que votre volonté s’ajuste à la sienne. Ce qui s’exprime par le verbe latin congruere. On dit aussi, s’ajuster au temps ; pour dire, s’accommoder au temps. Servire tempori. Il faut s’ajuster au temps. Mol.

On dit ajuster une pièce au théâtre, pour dire, la rendre propre au théâtre. On le dit aussi figurément, pour dire, raconter une chose, en la tournant à sa fantaisie, pour servir au dessein qu’on a. Il ajuste au théâtre tout ce qu’il dit, il tourne tout ce qu’il dit à sa fantaisie, suivant ses vues. Expression familière.

AJUSTE, ÉE. part. Il a la signification de son verbe.

On dit proverbialement & ironiquement qu’un homme a été bien ajusté, mal ajusté, qu’il a été ajusté comme il faut, ajusté de toutes pièces ; pour dire, qu’il a été fort maltraité ; soit en sa personne, soit en ses biens. Malè habitus, exceptus.

AJUSTEUR. s. m. Ouvrier pour les monnoies. C’est celui qui ajuste les flans, & les met au juste poids que doivent avoir les espèces, en limant ceux qui sont trop pesans, & rejetant ceux qui sont trop légers. Æquator, Exactor ad legitimum pondus. Les flans sont mis entre les mains du prévôt des ouvriers Ajusteurs, pour les faire ajuster. Boizard. Les fonctions de ces Ajusteurs ont été décrites au mot Ajuster. Les flans ajustés sont remis par le prévôt entre les mains du maître ; ensemble ceux qui ont été rebutés comme foibles, & les limailles, le tout poids pour poids comme il s’en étoit chargé ; ce qui s’appelle rendre la brève. Le maître paye dans la suite à ce prévôt deux sous pour marc d’or, & un sou pour marc d’argent, pour être distribué à ceux qui ont ajusté la brève. Boizard. Ce sont les droits des Ajusteurs.

AJUSTOIR. s. m. Petite balance où l’on pese, & où l’on ajuste les monnoies avant que de les marquer. Libra.

Ajustoir. Terme de Fontainier. C’est un petit tuyau, une espèce d’entonnoir renversé, que l’on met, que l’on adapte au bout d’un tuyau de fontaine, pour en diriger le jet comme l’on veut. Os ascititium, Bucca ascititia. Si une même quantité de quelque liqueur que ce soit, poussée par la même force dans un même tuyau, se présente successivement à des issues ou ajustoirs de différens diamètres, elle passera beaucoup plus vîte par l’ajustoir de moindre diamètre, que par celui du plus grand. Cela se voit très-sensiblement par les différens ajustoirs des fontaines jaillissantes. Dodart, Acad. des Sc. 1700. Mém. p. 219. La glotte est un ajustoir qui se diversifie lui-même à l’infini par la facilité qu’il a d’augmenter son diamètre & de le diminuer en tout degré. Id. p. 272. Si l’ajustoir est disposé desorte que l’eau s’éloigne de la perpendiculaire, alors elle ne s’éleve pas aussi haut que le réservoir d’où elle part.

AJUTAGE. s. m. Petit tuyau de cuivre monté à vis sur une souche de même métal, que l’on soude au tuyau de plomb d’une fontaine, pour en former le jet gros ou menu, selon l’ouverture qu’on lui donne. Ajutage est le même qu’Ajustoir.

AJUTANTE. s. f. C’est dans la Congrégation des Dimesses à Venise la seconde supérieure de la maison, & l’aide de la supérieure ; car Ajutante venant du latin adjutans ou adjuvans, veut dire, qui aide. Adjutans, Adjutrix. Outre la supérieure, ces filles élisent tous les ans deux Ajutantes ou majeures pour chaque maison, qui doivent avoir demeuré au moins trois ans dans la Congrégation, & qu’on appelle aussi Consultrices. P. Hélyot, T. VIII. p. 11.

AJUTOIRE. s. m. signifie la même chose qu’Ajutage, mais il est moins usité.

AIX.

AIX. Nom de plusieurs villes, formé du nom latin Aquæ, eaux.

Aix. Aquæ Gratianæ. Petite ville en Savoie, près du lac du Bourget. Cette ville est ancienne, & a titre de marquisat. Elle a des eaux minérales, où il va tous les ans bien du monde. Les bains d’Aix sont l’ouvrage des Romains. L’Empereur Gratien les fit réparer. De-là vient son nom latin.

Aix. Aquæ Sextiæ, Aquensis civitas. Ville archiépiscopale de France, capitale de Provence. Sa longitude est 26 degrés, 45’. Sa latitude 43 degrés, 31’, selon Hoffman ; mais selon MM. de l’Académie des Sciences, sa longitude est 23°, 15’, & sa latitude 43°, 3’. Cette ville, selon M. De la Hire, a de différence de son méridien à celui de Paris 0h, 12’, 48", orient, ou 3°, 12’, 0", ou 23°, 3’, 33" de longitude, & 43°, 31’, 20" de latitude. On dit que C. Sextius Calvinus, Consul Romain, en est le fondateur ; c’est-a-dire, qu’il y envoya une Colonie, après avoir vaincu les Saliens, qui habitoient ce pays, l’an 630 ou 631 de Rome, dans la 164 olympiade, 142 ans environ avant Jesus-Christ ; & que c’est du nom de ce Consul qu’elle a pris le sien. Nous avons une médaille de Vespasien, dont l’inscription Colonia Aquæ Sext. Leg. XXV. nous apprend que ce fut de la 25 légion que fut tirée la colonie qui fut envoyée à Aix. Il y avoit à Aix des bains chauds, qui l’ont fait appeler par Ausone, Baiæ Sextiæ, par allusion à Bayes proche de Naples. Solin dit, que de son temps, ces eaux avoient beaucoup perdu de leur force. Aix fut convertie à la foi par S. Maximin, qui en fut le premier Evêque. Depuis elle fut érigée en Archevêché, & dans les anciennes notices des Gaules elle est métropole de la seconde Narbonnoise. Louis XII y a mis un Parlement ; & Alexandre V y fonda une Université en 1409, que Henri IV rétablit en 1603.

Aix-la-Chapelle. Aquis-granum, ou Aquæ grani, selon Bollandas, T. I. p. 309. Ville Impériale dans le duché de Juliers, entre la Meuse & le Rhin, au 27e degré, 37 min. de longitude, & au 50e deg. 45 min. de latitude septentrionale. Les Allemands l’appellent Ach, & les Flamands Aken. Cette ville est fort ancienne, célébre par ses Thermes, dont elle a tiré son nom, Aquæ. On dit que Granus, frere de Néron, y découvrit ces eaux, s’y établit, & y bâtit une tour qui retient encore aujourd’hui son nom, aussi-bien que la ville même, Aquis-granum. C’est une fable, & ce Granus, frere de Néron, est un personnage de Roman. Je connais des Granius ; mais je ne crois pas que dans toute l’Histoire Romaine il y ait un Granus. Pour Néron, Suétone semble dire nettement que C. Domitius son pere, en mourant, ne laissa que lui d’enfans : Decessitque Pyrgis, morbo aquæ intercutis, sublato filio Nerone ex Agrippinâ Germanico genità. D’autres prétendent qu’elle a été bâtie par Serenius Granius ; mais tout ce que nous savons de ce Granius , c’est qu’il a été proconsul d’Asie sous Adrien, comme Eusébe le rapporte, Liv. IV. ch. 8 & 9, mais il l’appelle Granianus, & non pas Granius ; & nous ne savons pas si jamais il vint dans les Gaules. Aix-la-Chapelle fut le séjour ordinaire de Charlemagne, qui l’agrandit & l’embellit beaucoup. Il y mourut ; & l’on y voit encore son tombeau. L’on y conserve aussi son baudrier, son épée, & l’Evangile dont il se servoit écrit en lettres d’or. C’est à Aix-la-Chapelle que se devroit faire le couronnement de l’Empereur, selon la Bulle d’Or, & toutes ces choses y doivent être employées : les Magistrats d’Aix les envoient au lieu où il se fait.

Aix en Otte, ou en Ote. Aqua in Utta, ou Otta. Ville ou bourg de France, dans le Sénonois, située sur la petite rivière de Vannes, Venena, ou sur un ruisseau qui se jette dans la Vannes. Ce lieu étoit autrefois dans une forêt appelée Otta Sylva, d’où est venu le nom d’Aix en Otte. Je ne sais sur quoi fondé M. Corneille écrit Aix en Gotte. Je trouve par-tout ailleurs Aix en Otte, Sean en Otte, & jamais en Gotte ; & l’étymologie demande Otte, & non pas Gotte. Voyez M. de Valois, dans sa Notice de France. M. de Lille & l’Auteur du dénombrement du royaume de France écrivent Othe, & placent ce lieu en Champagne, dans la Généralité de Châlons, Election de Troyes.

Aix. Lieu de France, dans le Dauphiné, avec titre de Baronnie, auprès de Die. Il y a deux sources à deux pieds l’une de l’autre. L’eau de l’une est salée, & celle de l’autre est douce. Pig. de la For.

AIZ.

AIZOON. s. m. Plante aquatique faite comme l’aloès ordinaire. L’aizoon a, comme lui, des feuilles grasses & épineuses par les bords. Il s’éleve de leur milieu des espèces de tuyaux ou de gaînes disposées en pied d’écrevisse, qui en s’ouvrant laissent paroître des fleurs blanches à trois feuilles, ayant en leur milieu de petits poils jaunes. Ses racines font des fibres longues, rondes, blanches, ressemblantes à des vers. L’aizoon croît dans les marais & autres lieux aquatiques. On lui a donné le nom d’Aizoon, d’ἀεί, toujours, & de ζωόν, vivant, parce que cette plante est un sempervivum.

AIZU. Ville du Japon, sur la côte orientale de l’île de Niphon, capitale d’un petit royaume qui porte son nom. Aizum.

AKB.

☞ AKANCEAS, ou AKANSAS. Sauvages de l’Amérique septentrionale, à huit lieues de ceux qu’on appelle Cappa. Ces peuples n’ont point de culte déterminé. Ils révèrent une seule divinité qu’ils prétendent se manifester dans un animal, tel qu’il leur plaît de le choisir. C’est tantôt un bœuf, tantôt un chien, tantôt un orignac, ou quelqu’autre. Quand ce Dieu est mort, c’est un deuil universel qui dure jusqu’à ce qu’ils aient fait choix d’une nouvelle divinité.

☞ AKAS. Petite ville du Japon, fort agréable, avec un Château bien fortifié, à peu de distance de Swoia.

AKBAL. s. m. C’est le surnom général que les Arabes donnent à leurs Rois, comme celui de Pharaon à ceux d’Egypte, &c. Les Rois de l’Iémen, ou Arabie heureuse, portent celui de Toba.

Ce mot vient apparemment de קכל préposition Arabe, qui signifie Ante, Priùs ; ainsi אקכל Akbal, signifie, celui qui est devant les autres, le premier de l’Etat.

AKC.

AKCAAM. s. m. Terme de Relation. L’heure d’akcham chez les Turcs, c’est l’heure du soir. Vesper, Vesperæ. Les Turcs font une oraison à l’heure d’akcham. Du Loir. Voyage du Lev. p. 139.

AKE.

☞ AKENT. Petite ville de l’Ethiopie, à demi ruinée, sur la mer rouge, à quatre journées de la ville de Mancona, & à cinq de celle de Bacthi.

☞ AKERMAN. Ville de la Bessarabie. Voyez Bialogrod.

☞ AKHMIN. Voyez Ackemin.

AKERSUND. Île du Catégat. Akersunda. Elle est sur la côte méridionale de la Norwége, entre les villes de Fridéricstad & de Tousberg.

AKI.

AKILL. Nom de deux petites îles. Akilia. Elles sont sur la côte d’Irlande, vis-à-vis le comté de Hayo. Elles ne sont séparées que par un petit canal.

☞ AKIM. Pays d’Afrique, dans la Guinée, d’où l’on tire quantité d’or, & le meilleur qui se transporte de cette côte.

AKISSAR. Ville de l’Anatolie. Akissar, is. C’est l’ancienne Thyatyre. Thyatyra. On voit à Akissar une grande quantité de belles colonnes, les unes renversées ou rompues, les autres sur leurs piédestaux, & ornées de leurs chapitaux ; on y voit aussi une quantité prodigieuse d’inscriptions : on y voit des temples & des palais magnifiques à demi ruinés. Voyez le troisième Voyage du P. Lucas.

AKK.

AKKALAKKAS. s. m. C’est un insecte qui se trouve dans les îles de l’Amérique, voisines de la ligne. Les Portugais lui ont donné ce nom. Les Hollandais l’appellent Kakkerlakkie. Il est de la grosseur d’un escarbot. Lorsqu’il ne fait que de naître , & qu’il n’est pas encore plus gros qu’une fourmi, il se glisse dans les coffres & dans les armoires les mieux fermées, & ronge le linge & les habits. Neuhoff observe que cet insecte s’engendre dans les vaisseaux même nouvellement bâtis, lorsqu’ils passent sous la ligne, & qu’alors périssent absolument certains autres insectes, que la malpropreté des matelots n’y rend que trop communs ; mais que lorsque ces vaisseaux s’éloignent de la ligne, pour regagner les pays qui sont en deçà, ces derniers insectes pullulent de nouveau, & les Akkalakkas disparoissent entièrement. L’Akkalakkas s’attache à l’Ananas.

☞ AKMIN. Voyez Ackemin.

AKO.

AKOND. Terme de Relation. C’est le nom du troisième Pontife de Perse. Il est Officier de Justice, & est proprement le premier Lieutenant-Civil, qui connoît des causes des pupilles, des veuves, des contrats, & des autres matières civiles. Le Roi lui donne cinquante mille livres de pension annuelle, afin qu’il ne prenne rien des parties. C’est le Juge qui termine le plus de procès. Il est le chef de l’école du Droit, & il en donne des leçons à tous les Officiers subalternes de la loi. Il a aussi des substituts dans tous les Tribunaux du royaume, qui avec ceux du second Sadre, font tous les contrats. Au palais il a sa place au bas du sopha après le grand Sadre.

AKOUSMATE. Voyez Acousmate.

☞ AKROCZIN. Ville de Pologne, dans le Palatinat de Masovie, & du ressort de Warsovie, avec un Château assez fort.

☞ AKSA, ou ACZA. Rivière d’Asie, dans la Géorgie. Elle se jette dans la mer de Sala, vers la ville de Zitrach.

AL.

AL. Rivière de Prusse, que quelques-uns croient être le Guttalus de Pline ; mais d’autres ne sont pas de ce sentiment.

AL, ou EL, est l’article de la langue Arabe. Les noms de lieu en Espagne & en Portugal qui commencent par Al, ou El, comme Albarazin, Alcanisca, Alcantara, Alcarez, Almedina, ou Elmedina, sont des noms donnés à ces lieux par les Mores.

ALA.

ALABANDINE. Voyez ALMANDINE.

ALABARQUE. s. m. Chef des Juifs. Philon avoit un frere nommé Lysimaque, Alabarque, ou chef des Juifs.

ALABASTRIDE. Alabastris. Le pays d’Alabastra dans S. Epiphane.

ALABASTRITE. s. m. & f. Alabastrites. Habitant d’Alabastre.

Alabastrite, s. f. Alabastrites. Espèce de pierre d’albâtre, pierre gypseuse, dont on faisoit des boîtes pour des parfums. Cette pierre est tendre, prend facilement le poli, mais moins brillant que celui du marbre.

ALACHIR. Vieux mot, qui signifie, défaillir, selon Nicod, rapporté par Borel.

ALADELIAR. s. m. Nom de secte chez les Turcs. Les Schiites ou Schiaïtes se donnent ce nom, qui signifie en leur langue, Secte des Justes. Voyez d’Herbelot.

ALADULI. Contrée de l’Anatolie. Anadulia. Ce pays a au nord & au couchant les montagnes de l’Antitaurus, la Méditerranée au midi, & l’Euphrate & le mont Aman au levant. L’Aladuli a eu autrefois ses Rois particuliers. Sélim, Empereur Turc, s’en empara. Quelques-uns disent Aladule, d’autres Aladulie. Texeira l’appelle Aladolet & Zulkader. Les Turcs le nomment Dulgadir, ou Dulkadir.

ALAFA. s. f. Pension. Nous reçûmes de l’Empereur la pension nommée Alafa, pour la nourriture & le vêtement de huit personnes. Cette Alafa peut valoir par an cent florins d’or, suivant l’estimation des Marchands Génois ; & c’est ce que l’Empereur donne aux envoyés des Grands, à des guerriers, à des ouvriers de divers arts, & à d’autres personnes de diverses conditions. Fleury.

A LA FIN. adv. Enfin, après tout, après bien du temps, Tandem, Denique. Ce mot peut avoir sa place par-tout ; mais il est pourtant plus de la poësie, que de la prose ; principalement quand on l’emploie au milieu du vers. Cet homme m’a bien donné de la peine, mais à la fin j’en suis venu à bout.

On me dit qu’à la fin, toutes choses se changent.

Malh.

Mes flammes à la fin me vont réduire en cendres.

Gomb.

ALAGON. Petite ville d’Espagne. Allabona. Elle est en Arragon, sur la rivière du Xalon, un peu au-dessus de son confluent avec l’Ebre.

☞ ALAGON. Alabona. Petite ville d’Espagne, en Arragon, sur la rivière de Xalon.

ALAIBEGER. s. m. Terme de Relation, & de Milice Turque. Tribunus. Les Turcs appellent de ce nom les Colonels, qui commandent les Zaims & les Timariots, qui sont disposés par régimens. A. D. S. M.

☞ ALAIGNON, L’ALAGNON, ou LAGNON. Rivière d’Auvergne, qui a sa source dans la montagne de Lyouran, passe au pont de Vernet & à Massac, & va se mêler avec l’Allier, entre Brioude & Issoire. Elle est rapide & peu navigable.

☞ ALAINE. Rivière de France dans le Nivernois. Elle vient de Luzi, passe à Taiz, & se mêle avec l’Arron au-dessous de Cerci-la-Tour.

ALAIGRE. Voyez Alégre.

ALAIGREMENT. Voyez Alégrement.

ALAIGRESSE. Voyez Alégresse.

ALAIN. s. m. Alanus. Nom d’homme usité sur-tout en France & en Angleterre, depuis la conquête de Guillaume. Il y a trois Ducs & quatre Comtes de Bretagne qui ont porté le nom d’Alain qui est très-commun dans cette province, dit de Valois dans sa Notice de France, parce que Aëtius y envoya Eocharic leur Roi avec sa Cavalerie, pour retenir dans le devoir les peuples de l’Armorique, auxquels dans la suite les Alains se mêlerent, ne faisant plus qu’un peuple avec eux.

Alain, s. m. Alanus. Nom de peuple de la Sarmatie d’Europe. Josephe, qui parle des Alains dans son VIIe Liv. de la guerre des Juifs, dit qu’ils étoient Scythes ; & Ptolomée les place dans la partie de la Scythie, qui est en-deçà du mont Imaüs, & d’autres dans la partie qui est au-delà de la même montagne. Cependant Lucien, dans son Toxaris, & Lucain , dans sa Pharsale, Liv. X. v. 455, les distinguent des Scythes.

Quam non violasset Alanus,
Non Scytha, non fixo qui ludit in hospite Maurus.

Josephe dit qu’ils habitoient sur le Tanaïs, & sur le Palus Méotide. Claudien le dit aussi, Liv. I. contre Rufin ; & Procope, Liv. IV. de l’Histoire des Goths, dit que les Alains, nation libre & toujours alliée aux Perses contre les Romains & leurs autres ennemis, occupent tout ce qui s’étend depuis le mont Caucase jusqu’aux portes Caspiennes. Sidonius Apollinaris les appelle aussi les habitans du Caucase dans l’Ep. I. du IVe Liv. Caucasigenas Alanos. Josephe confirme ce que vient de rapporter Procope ; car au VIIe Liv. de la guerre des Juifs, il dit que sous Vespasien les Alains ayant obtenu passage du Roi des Hircaniens, ravagerent la Médie. Martial semble les placer dans la Sarmatie , Liv. Vn. Ep. 29, en leur donnant des chevaux Sarmates : Nec te Sarmatico transit Alanus equo. Et Pacat, qui en parle deux fois dans le Panégyrique de Théodose, les joint toujours aux Goths & aux Huns. Ammien-Marcellin prétend que les Alains sont ceux qu’on appeloit auparavant Massagétes. Les Alains qui avoient ravagé la Médie sous Vespasien, ravagerent l’Empire au commencement du Ve siècle ; & s’étant joints aux Vandales, aux Suéves, & aux Goths, ils pénétrerent jusque dans les Gaules, prirent Mayence, Vormes, Amiens, & plusieurs autres lieux, passerent en Espagne & jusque dans l’Afrique. On prétend que ce fut Stilicon qui les appela ; qu’alors ils avoient quitté le Tanaïs, & demeuroient sur le Danube. Ceux qui resterent dans la Gaule, se diviserent en deux bandes. L’une se plaça le long de la Loire, sous la conduite du Roi Eocharic ; & l’autre sur le Rhône, dans le territoire de Valence, sous Sangiban. Ce furent les premiers qu’Aëtius envoya dans l’Armorique. Lucien dit que les Alains parloient la même langue que les Scythes, qu’ils n’en différoient que par les cheveux qu’ils portoient courts. Procope dit que les Alains étoient Goths. Il y a dans le Turquestan une ville nommée Alan, qui donne son nom à une province, où sont les villes de Bilcan & de Caoubari. M. D’Herbelot croit qu’apparemment c’est de-là que sont sortis les Alains. Le P. Lobineau prétend que ce nom d’Alain est un nom propre fort usité en Bretagne dans tous les temps ; qu’il peut venir de l’ancien mot Breton Allan, expliqué par celui d’Extrà, ou dehors, dans le Dictionnaire de Davies ; & que dans ce sens il signifieroit étranger. Mais ce mot n’est en Bretagne que depuis qu’Aëtius y eut envoyé une armée d’Alains pour tenir ce peuple dans le devoir. Ils s’y établirent, & c’est de-là que ce nom y devint commun. Si c’étoit les Bretons ou Armoriques qui eussent donné ce nom aux Alains, comment Josephe, Lucain, Lucien, & tant d’autres, les nommeroient-ils ainsi avant que les Armoriques eussent jamais connu aucun Alain ? Voyez sur les Alains la Notice des Gaules de M. de Valois, & Grotius dans l’Histoire des Suéves, des Goths & des Vandales. Lucain appelle Alanie le pays des Alains.

☞ ALAIRAC, ou ALERAC. Castrum Alaraci. Village de France, dans le bas Languedoc, entre Narbonne & Carcassone.

ALAIS. s. m. C’est un oiseau de proie qui vient d’Orient, qui est propre pour voler les perdrix. Il y en a d’entretenus dans la fauconnerie du Roi. Quelques-uns les appelle Alethes, ou Véritables ; car ils sont en telle réputation, qu’on croit que rien ne leur échappe. Il en vient aussi de bons du Pérou.

Alais, que quelques-uns écrivent Alès, ou Alets. Alesia. Ville de France, dans le bas Languedoc, avec titre de Comté & Evéché. Elle est sur le Gardon, aux pieds des montagnes des Cévennes. Sa longitude est: 21°, 38’, 5". Sa latitude, 44°, 5’, 0". Acad. de Montp

ALAISE. Voyez ALÈSE.

Alaise. s. f. Terme de Menuiserie. C’est dans une porte collée & emboîtée, ou dans un panneau d’assemblage, la planche la plus étroite qui acheve de le remplir. Les panneaux d’un lambris doivent être assemblés sans Alaise pour être plus propres.

☞ ALAITEMENT, & mieux ALLAITEMENT, s. m. Action de donner à teter. Lactatio , lactatus. Il se dit aussi du temps pendant lequel une mère s’acquitte de ce devoir.

☞ ALAITER, ou ALLAITER, avec l’Acad. v. a. Donner la mammelle, nourrir de son lait. Lactare, mammas, uhera porrigere. Une bonne mere doit alaiter ses enfans. Remus & Romulus furent alaités par une louve. On appelle Madame la Nourrice, celle qui a alaité un Roi, ou un fils de France. Ce mot vient du latin allactare. Voyez Allaiter

ALAITÉ, ÉE. part. Lacte nutritus, pastus.

ALAMAGAN. Une des îles Mariannes. Alamaganum, Conceptionis insula. Sa latitude est 18", 20’. Elle a 6 lieues de circuit. Elle est à trois lieues & demie de Gugnan, d’autres la mettent à douze lieues de cette île. Son nom moderne est l’île de la Conception.

ALAMATOU. s. m. Fruit de l’île de Madagascar. Il ressemble à une prune noire, & il en a le goût. ☞ Il y en a une autre espèce qu’on appelle Alamatoue Issaïe, qui a le goût de la figue, & dont l’excès passe pour dangereux. 

ALAMBIC, s. m. Terme de Chimie. Vaisseau qui sert à distiller. Vas distillandis succis, Alambix. Dans sa signification étroite, c’est un vase rond, élevé en pointe vers le haut, & plus large vers le bas. Il a en dedans un rebord courbé & assez large pour recevoir les liqueurs ; ce rebord est percé pour laisser écouler la liqueur, laquelle sort par un long bec, ou tuyau, & tombe dans un autre vaisseau, qu’on appelle le récipient. Ce vase, ou alambic, est adapté à un vaisseau qu’on appelle la cucurbite, & dans lequel on met la liqueur qu’on veut distiller. La force du feu éleve de la liqueur contenue dans la cucurbite des vapeurs qui sont reçues dans l’alambic ; & là elles se condensent, soit par la froideur de l’air extérieur, soit par l’eau qu’on y applique extérieurement, & se convertissent en liqueur, laquelle s’écoule dans le récipient par le bec de l’alambic. Comme ce vaisseau ressemble un peu à une chapelle à l’antique, on l’appelle chape, chapelle, ou chapiteau. Quelquefois on met autour de ce chapiteau une espèce de bassin rempli d’eau fraîche, qui sert à condenser & à résoudre les vapeurs qui s’élevent de la cucurbite. Quelquefois le bec de l’alambic est joint & uni à un tuyau entortillé, qui, à cause de cela, s’appelle serpentin, & qui passe à travers un tonneau plein d’eau froide, & que l’on a soin de rafraîchir à mesure qu’elle s’échauffe. En ce cas on se sert plus communément d’une chape étamée, en forme de tête, qu’on appelle Tête de more, autour de laquelle il n’y a point de réfrigérant. Mais le mot alambic, dans sa signification plus étendue & plus générale, comprend toute la machine qui sert à distiller, c’est-à-dire, la cucurbite , le chapiteau , &c. Il y a différentes sortes d’alambics : un alambic ouvert, lequel est composé de deux pièces séparées ; la cucurbite, & le chapiteau : un alambic aveugle , composé d’un chapiteau posé, & scellé hermétiquement sur la cucurbite, &c. ☞ Il y a des alambics de cuivre, il y en a de verre, & d’autres de terre. Mettre une chose à l’alambic. Tirer à l’alambic, par l’alambic, passer par l’alambic.   On dit figurément, qu’une proposition, qu’une affaire a passé par l’alambic ; pour dire, qu’elle a été bien discutée, bien examinée, qu’on en a tiré toute la substance. Res diù multùmque agitata.   Ce mot vient de l’article arabe al, & du mot grec Ἂμβιξ, qui est une espèce de vaisseau de terre, dont parlent Athénée & Hésychius, Ménage, après Casaubon, & Vossius. Guichard tire outre cela Ἂμβιξ de l’Hébreu ; car, selon lui, il a été formé de אבוק,  qui est interprété Fistula, Canna per quam aqua fluit in balneum, c’est-à-dire, tuyau, canal par lequel l’eau se rend dans un bain ; Mais Mattheus Sylvaticus, dans ses Pandectes de Médecine, dit que ce mot est arabe, & signifie la partie supérieure du vaisseau distillatoire. Il a raison ; on le trouve dans Avicenne אלאגבוק alambic, pour signifier alambic, vaisseau distillatoire. Ce mot vient du verbe נבק, Nabaka, qui a la huitième conjugaison אנבק Inbaca, signifie eduxit, elicuit, il a tiré ; d’où se forme le nom אגבוק Anbic, ou Enbic, & avec l’article אלאגבוק, alanbic, ou alenbic, d’où nous avons fait alambic, en changeant l’n en m, sans rien changer au son, ni à la prononciation. C’est aussi le sentiment de M. d’Herbelot.

☞ ALAMBIQUER. v. a. Qui n’a d’usage qu’au figuré, dans ces phrases. Alambiquer l’esprit, s’alambiquer l’esprit. S’épuiser à force de réflexion, se fatiguer l’esprit par une trop grande application à des choses abstraites & trop rafinées. Ingenium torquere. La plûpart des questions épineuses ne sont bonnes qu’à alambiquer l’esprit par mille chimères. Scar. On dit aussi dans le même sens, s’alambiquer la cervelle. Alambiquer une opinion, une proposition, c’est la prendre ou la traiter trop subtilement, avec une métaphysique outrée. Mais alambiquer dans le sens de distiller, de tirer par l’alambic, ne se dit guère. 

ALAMBIQUÉ, ÉE. part. Il ne se dit que des questions, des pensées, des réflexions trop subtiles & trop rafinées. Subtilior. Discours alambiqué. Pensée alambiquée.

ALAMPENA. Terme de Relation. Ces deux mots veulent dire, ombre du monde, ou asyle assuré de toutes les Nations. C’est le surnom que les Persans donnent à leur Roi. Sanson.

ALAN. s. m. Terme de Vénerie. C’est un gros chien, ou espèce de dogue, qui est venu originairement d’Epire. Molossus. Il y en a de trois sortes : Alan genti, celui qui est de la taille d’un lévrier : Alan vautré, qui tire sur le mâtin, qui est bon à chasser aux ours & aux sangliers : & Alan de boucherie, qui sert à garder les maisons, & à conduire des bœufs. Ce mot est venu de l’Espagnol Alano. Les Anciens disoient aussi Alanus.

Alan. s. m. Rivière d’Angleterre. Alanus. Elle est dans la partie septentrionale du comté de Cornouailles, & se décharge dans la mer, à l’entrée du golfe de Bristol, au bourg de Padellow.

Alan. Province du Turquestan : elle comprend les villes d’Alan, de Bilcan & de Caoubari.

Alan. Ville d’Asie, dans la Perse, & dans la province de Turquestan. M. d’Herbelot dit que c’est peut-être de-là que sont venus originairement les Alains, que l’on dit être sortis d’une autre ville nommée Allan, pour se répandre dans les Gaules & dans l’Espagne.

Alan. Petite ville de France dans le Comingeois, avec un très-beau Château. Elle appartient à l’Evêque de Cominges.

☞ ALANA. Il y a une terre ainsi nommée, qui vient du pays d’Alana, nommée aujourd’hui Valachie. Elle est dure, brillante, & d’une couleur cendrée. On s’en sert au lieu de Tripoli pour polir l’or.   Alana. s. f. Espèce de craie ou de pierre tendre un peu rougeâtre, que l’on appelle autrement Tripoli.

☞ ALANCHE. Ville de France, en Auvergne, dans le duché de Mercoeur.

ALAND. Île de la mer Baltique. Alandia. Elle est à l’entrée du golfe de Bothnie, & fort près de celui de Finlande. Elle a titre de Comté, & dépend de la Suéde. Quelques-uns prétendent qu’Aland & les îles voisines sont nommées Eggiaford, & que ce sont celles que les Anciens appeloient Oones, & Oxianæ insulæ. D’autres soutiennent que ce sont celles d’Oesel & de Dagho.

ALANDRIANA. Ville de Grece. Alandria. Elle est dans l’Epire, près de la ville de Saporo & des montagnes de la Chimère.

☞ ALANGON. Ville de France, dans la Guienne. Le vrai nom est Langon. Voyez ce mot.

ALANGOURI, IE. adj. Qui est affaibli par une grande maladie ou affliction, laquelle oblige à mener une vie langoureuse. Extenuatus, languidus. Ce mot est vieux, & hors d’usage, quoique fort significatif.

ALANGUER. Petite ville de Portugal. Alanguera. Elle est dans l’Estramadure, proche du Tage, entre Lisbonne & Lesria. Elle donne son nom à un grand territoire qui renferme Lisbonne. On croit que c’est l’ancienne Jerabrica, que d’autres placent au village Pavos, à une lieue d’Alanguer.

☞ ALANIER. s. m. Dans quelques anciennes coutumes est le nom que l’on donnoit à ceux qui élevoient, pour la chasse, les dogues nommés Alans.

ALAQUE. s. f. Terme d’Architecture. Membre carré & plat, qui fait le fondement de la base des colonnes. On l’appelle aussi Plinthe ou Orlet. Plintus, quadra.

ALAQUECA. Pierre qui se trouve en petits fragmens polis en Balagate, dans les Indes : elle arrête le sang lorsqu’on l’applique extérieurement.

ALARBES. s. m. C’est, dit Marmol, le nom qu’on donne aux Arabes établis en Barbarie. Ce mot ne me paroît être autre chose que l’article al, & le nom arabe ; & qu’on a dit Alarabes, puis Alarbes, c’est-à-dire, les Arabes. Le Roi Sébastien, environné de soixante des plus hardis des ennemis, commanda à quelqu’un des siens de mettre un linge blanc au haut de sa lance, pour signe qu’il se vouloit rendre ; mais son malheur voulut que ceux qui l’entouroient, fussent Alarbes, qui croyant que c’étoit un signal pour appeler ses gens à son secours, se jeterent sur lui & le tuerent. Les Alarbes sont des voleurs qui vont en troupe dans la Barbarie, en Afrique, dit Nicolaï.

ALARCON. Petite ville d’Espagne. Illarco. Elle est dans la nouvelle Castille, sur la rivière de Xucar, au-dessous de Cuença. Quelques Géographes prennent Alarcon pour l’ancienne Lacuris, que d’autres placent à Loquera, bourg de la nouvelle Castille , aux confins du royaume de Murcie.

ALARD. s. m. Nom d’homme. Adelardus. Alard ou Adelard, à qui l’on donne la qualité de Comte de Flandre, établit & fonda vers l’an 1160 l’hôpital d’Aubrac, composé de clercs & de serviteurs pour les besoins spirituels & corporels des infirmes. Il y joignit des gens d’épée & des chevaliers, pour veiller à la garde de la maison, & purger le passage de la montagne d’Aubrac, à sept lieues de Rhodez, des voleurs & des assassins, & de tout ce qui en avoit rendu jusque-là les approches difficiles.

Ce mot s’est formé du Latin Adelardus. En retranchant d’abord la terminaison latine, on a fait Adelard, puis rendant l’e muet, & ensuite le retranchant aussi, Adlard, & par le changement du d en la lettre suivante, Allard ; puis l’usage l’a ôté, & il est resté Alard. Au reste, on ne prononce point le d final, lors même qu’il suit une voyelle, & il faut dire, Alar- a été le premier Dom ou supérieur général de l’hôpital d’Aubrac, & non pas Alar-d- a été, &c.

ALARES. s. m. Alares. Quelques auteurs prétendent que c’étoit le nom d’une nation de Pannonie. D’autres disent que c’étoit le nom d’une milice, ou d’une espèce de soldats ; qu’ils le tiroient du mot Ala, aile ; & les Dictionnaires attribuent ce sentiment à Ortelius. Le dernier éditeur du Moréri, qui a copié ceci du Dictionnaire d’Hofman, ajoute qu’ils tiroient leur nom d’ala, à cause de leur légéreté à combattre. Cependant Ortelius n’en dit mot dans son Dictionnaire géographique, & il prend au contraire les Alares pour un peuple de Pannonie. Cependant il me paroît plus probable que Alares n’est ni nom propre, ni nom de peuple ; mais un nom adjectif, qui signifie Cavaliers, parce que la cavalerie, chez les Romains, se jetoit sur les deux ailes de l’armée ; & on appeloit pour cela un corps de cavalerie ala. Tacite semble même conduire à ce sentiment, en ajoutant que ces prétendus Alares étoient la force de la cavalerie. Alares quoque Pannonios, robur equitatûs, in parte campi locat. Ç’a été le sentiment de M. de Harlay dans sa traduction françoise de Tacite, où il a dit : il enferma encore dans son camp la cavalerie légère des Pannoniens, qui étoit la meilleure qu’il eût. C’est aussi celui de Bernardo Davanzati dans sa traduction italienne. Il ne faut donc point prendre Alares pour un peuple, ni en faire un nom françois.

ALARGUER. v. n. Terme de marine. C’est se mettre au large, s’éloigner de la côte, ou de quelque vaisseau. In altum navim propellere.

Alarguer, dit le Dict. Encyc. signifie s’éloigner d’une côte où l’on craint d’échouer, de demeurer affalé ; mais il ne signifie pas avancer en mer, & prendre le large en sortant d’un port. La chaloupe s’est alarguée du navire.

Ce mot est tiré du latin Largus, qui signifie, Qui n’est point à l’étroit, large.

ALARME. s. f. Signal qu’on donne par des cris, ou par des instrumens de guerre, pour faire prendre les armes dans l’arrivée imprévue d’un ennemi. Conclamatio ad arma.

☞ On dit sonner, donner l’alarme. A l’approche, ou sur le bruit de l’approche de l’ennemi, on crioit autrefois à l’arme , à l’arme, au lieu de crier aux armes : & c’est de-là sans doute que s’est formé le mot d’alarme.

Alarme, se dit encore d’une émotion causée dans le camp, ou dans une ville assiégée à l’approche des ennemis. Pavor, trepidatio. On dit que l’alarme est au camp, que les ennemis donnent de fréquentes alarmes.

☞ Poste d’alarme. C’est un espace de terrain que le Quartier-Mestre général, ou le maréchal général des logis assigne à un régiment, pour y marcher en cas d’alarme. Dans une garnison, c’est le lieu où chaque régiment a ordre de venir se rendre dans des occasions ordinaires.

☞ Pièces d’alarme. C’est ordinairement quelques pièces de canon placées à la tête du camp, toujours prêtes à être tirées au premier commandement.

☞ Au figuré, ce mot désigne une frayeur subite. On prend souvent l’alarme bien légérement. Une alarme chaude. Une fausse alarme, sans sujet, sans fondement. Quelquefois il signifie inquiétude. Alors on l’emploie d’ordinaire au pluriel. Il étoit dans de continuelles alarmes de la perte de son procès. Cette femme étoit toujours en alarme pour son mari qui étoit à la guerre. Vous avez pris l’alarme bien légérement. Nous voyons finir nos alarmes. Mol. Tenir la pudeur en alarme. Id.

l’Alarme est un mouvement de l’ame occasionné par l’approche inattendue d’un danger apparent ou réel qu’on croyoit d’abord éloigné. L’effroi naît de ce qu’on voit; la terreur, de ce qu’on imagine ; l’alarme, de ce qu’on apprend ; la crainte, de ce qu’on fait ; l’épouvante de ce qu’on présume; la peur, de l’opinion qu’on a ; & l’appréhension, de ce qu’on attend. Voyez sous ces articles, les différences particulières de tous ces synonymes.

l’Alarme suppose une vue du danger : elle fait courir à la défense. La vue de l’ennemi nous alarme. On porte l’alarme au cœur.

☞ Corneille, dans sa tragédie de Rodogune, n’a pas fait attention à l’idée que présente ce mot, en disant, sur nos fiers ennemis, rejetons nos alarmes.

☞ L’expression est impropre, dit Voltaire. On ne rejette point des alarmes sur un autre, comme on rejette une faute , un soupçon, &c. Les alarmes sont dans les hommes, parmi les hommes, & non sur les hommes. La propriété des termes est toujours fondée en raison.

Alarme. Marot a fait ce nom masculin.

Ainsi tu scez combien par faux alarmes,
La mort a fait, pour toy , jeter des larmes.

Pour fausses alarmes.

ALARMER. v. a. Donner l’alarme, causer de l’émotion, de l’épouvante, se dit tant au propre qu’au figuré. Terrere, Terrorem injicere. L’approche des ennemis alarma tout le camp. Une si fâcheuse nouvelle alarma son amour. Scar.

Il trouble ma raison, alarme ma tendresse. La Suze.

L’amitié remplit & remue le cœur, sans le troubler & sans l’alarmer. Plusieurs le font venir du cri de guerre des Grecs, qui étoit ἀλαλή

On y joint le pronom personnel, s’alarmer, prendre l’épouvante. Trepidare, consternari. Un Général ne doit point s’alarmer sans de bons avis. Vous vous alarmez d’une nouvelle qui se trouvera peut-être fausse. A quoi bon cette délicatesse, qui s’alarme d’un mot nouveau, & qui ne peut souffrir la rencontre de deux voyelles ? Bouh.

ALARMÉ, ÉE. part. On est alarmé d’un danger qu’on craint.

ALARO. Rivière du royaume de Naples. Sagra. Elle est dans la Calabre ultérieure, sort du mont Apennin, & se décharge dans la mer Ionienne, au midi du bourg d’Arucito. C’est sur l’Alaro que les Locres remporterent une grande victoire sur les Crotoniates. 

ALASCHÉHIR. Ville d’Anatolie. Alascheira. Elle est dans le Germian. Quelques Auteurs la prennent pour l’ancienne Hyplus, ou Hypsopolis, ville de la grande Phrygie, & d’autres pour Philadelphie.

ALASTOR. s. m. Alastor. Nom d’un des quatre chevaux de Pluton, dans Claudien. De rapt. Pros. Liv. I. 

C’est aussi le nom propre de quelques hommes, & entre autres d’un des compagnons de Sarpedon, qui fut tué par Ulisse, & d’un des fils de Nestor. 

Ce nom est Grec, & signifie, incommode, qui fait du mal, nuisible. Il vient de l’α privatif, & du verbe λήθω, j’oublie, de sorte qu’Ἀλάστωρ est celui qui fait des maux si grands, qu’on ne les oublie jamais. 

Alastor, est encore quelquefois un nom appellatif de certains esprits malins, de démons qui ne cherchent qu’à nuire, qui causent des orages, des tempêtes, des pestes, &c. Plutarque les appelle Telchines Alasioras, que Thomas Morus traduit, malins esprits. Amyot a dit comme en grec Alastoras, & au singulier Alastor : les démons, que nous appelons Alastoras & Palamnaos ; c’est à-dire, poursuivans la punition & la vengeance de crimes si énormes, que la mémoire en dure à jamais. Amyot. Qu’est ce qu’Alastor ? Il ne faut pas croire que ce soit ce que quelques uns veulent dire, celui qui en temps de famine va épier ceux qui en leurs maisons meulent du blé, & qui le ravissent & emportent à force ; ains faut penser que Alastor soit celui qui a commis des maléfices ; alasta ; c’est-à-dire, non oubliables. Amyot, d’après Plutarque.

ALATERNE. s. m. Alaternus, ou Philyca. Arbrisseau ainsi appelé à cause que ses feuilles sont rangées alternativement le long de ses branches. Ses feuilles sont arrondies, quelquefois dentelées à leurs bords comme celles du chêne vert, d’un vert brun ; & elles ne tombent point pendant l’hiver. Ses fleurs sont vertes, d’une seule pièce, en entonnoir, dont le pavillon est découpé en cinq pointes. Le pistil qui s’élève du fond de ces fleurs devient, après qu’elles sont passées, une baie molle, remplie de trois semences arrondies sur le dos, & aplaties par les côtés. On connoît quatre espèces, ou variétés d’Alaterne ; l’une à feuille arrondie, entière & assez large ; l’autre à feuille plus petite & dentelée à ses bords ; la troisième, dont les feuilles sont panachées de blanc & de vert ; & la quatrième a ses feuilles jaunes & vertes. On le cultive pour le mettre en palissade, ou pour le tailler en boule. 

ALATERNOÏDE. s. m. Sorte d’alaterne, qui ne differe des autres, que parce que ses trois graines sont jointes ensemble, au lieu qu’on les voit séparées dans les autres, lorsque la membrane qui les enveloppe vient à s’ouvrir.

ALATOF, OLOTIF, ou ANAETOA. Alatofa. Grande chaîne de montagnes de Tartarie. Elle s’étend depuis la contrée de Pascaris, vers les sources du Jaïk, presque jusqu’à son embouchure, tout le long de sa rive orientale. Elle a divers noms en différens lieux. Dans le Pascaris on l’appelle Ocralsk, Oclotama, Ural, & Goberchte, c’est-à-dire, montagne de fer. Vis-à-vis du lac de Jaïk, on lui donne le nom de Saramana. Au midi de celle-ci on place la montagne propre d’Alatof, qui est la plus étendue : après en descendant toujours vers le midi, on met le Saut Bergen, c’est-à-dire, les montagnes de Sel, & enfin celle d’Urack. Voyez la carte de Vitsen, qui prend une partie de ces montagnes pour celles que les Anciens appeloient Rhamnici, ou Rhimnici montes.

ALATRI. Ville d’Italie. Alatrium, Aletrium, Alatrum. Elle est dans la Campagne de Rome, sur une petite colline environ à deux lieues au nord de Véroli. Alatri est fort ancien, & a un évêché suffragant du Pape.

ALAVA, ou ALABA. Petit pays d’Espagne. Alaba. Il a été de la Navarre, ensuite de la Biscaye : il est maintenant de la vieille Castille. Il s’étend le long de l’Ebre, & Victoria en est la capitale. 

Alava. Alaba. Ville des Anciens Celtibériens, qui aujourd’hui n’est qu’un village d’Arragon, situé sur la rivière de Xiloca, à cinq ou six lieues de la ville de Tervel.

☞ ALAUDA. Nom d’une Légion Romaine, que Jules César composa de Gaulois, qui avoit pour enseigne une alouette en casque, suivant l’usage des anciens Gaulois. Alaudarum Legio.

ALAUTA. Grande rivière de la Turquie, en Europe. Aluta. Elle a sa source dans les monts Krapacs, dans le nord de la Transsylvanie, près de la ville de Cziek ; elle entre dans la Moldavie, & se décharge dans le Danube, entre les villes de Widdin & de Nicopolis. 

Alauta. Ville de Moldavie, située sur la rivière Alauta. Aluta

ALB.

☞ ALB. Pays de montagnes, qui commence au nord du Danube, lorsqu’il sort de la vallée à laquelle il donne son nom. Il s’étend vers le nord est jusqu’à Albec. Mary s’est trompé d’après Baudrand, qu’il a copié, en disant que c’est une plaine ainsi nommée de l’ancienne ville Alba, Alp, ou Alb qui, dans la langue Celtique, signifie montagne.

☞ ALBA. Petite monnoie d’Allemagne, qui vaut à peu près seize deniers de France.

ALBADARA. s. m. C’est le nom que les Arabes donnent à l’os sésamoïde de la première phalange du gros orteil. Il est environ de la grosseur d’un pois. Voyez Dict. de James.

ALBAIN. s. m. Albanus. Habitant d’Albe-Longue. Les Albains soutinrent de grandes guerres, & furent enfin obligés de céder après le combat des trois Curiaces pour les Albains, & des trois Horaces pour les Romains.

ALBANIE. Albania. C’est le nom de plusieurs pays. Car 1° on a ainsi appelé une province d’Asie, située sur la mer Caspienne, qu’elle avoit à l’orient ; l’Ibérie à l’occident, & l’Atropatie au midi. On prétend qu’elle fut ainsi nommée à cause de la blancheur de ses habitans. L’auteur de l’Ambassade de Figueroa en Perse, prétend que la Géorgie orientale, ou Gurgistan, est l’ancienne Albania Asiatica. 2°. On appelle Albanie, la région de la Grèce, qu’on nommoit autrefois Epire, & qui étoit la partie occidentale de la Macédoine, & qui est aujourd’hui sous la domination du Turc. L’Albanie est fameuse par la valeur & l’adresse des gens de cheval qui en sortent. Les Albanois & les Turcs l’appellent Arnanth. 3°. On a donné quelquefois le nom d’Albanie à l’Ecosse, & encore à présent une province septentrionale de l’Ecosse s’appelle Albanie, & par les Ecossois, Briad Albain ; c’est-à-dire, la plus haute partie d’Ecosse, ou Drun Albain, le dos de l’Ecosse. C’est un pays rempli de montagnes fort blanches, d’où l’on prétend qu’il a pris ce nom. Albus en Latin signifie blanc. Les fils des Rois d’Ecosse ont souvent porté le nom de Ducs d’Albanie

Albanie. La mer d’Albanie. C’est la partie orientale du Golfe de Venise, sur les côtes de l’Albanie.

ALBANIN, ou BALBANIN. s. m. Nom d’une nation, qui prétend descendre des anciens Grecs, qui ont possédé l’Egypte depuis Alexandre, & qui n’a maintenant aucune demeure fixe, & subsiste seulement par les courses fréquentes qu’elle fait sur les Nubiens, & sur les Abissins. Les Albanins ont une langue tout-à-fait différente de celle des Arabes, des Cophtes & des Abissins. D’Herb.

ALBANO, ou MONTE ALBANO. Petite ville du royaume de Naples. Albanum. Elle est dans la Basilicate, entre la rivière d’Agri & celle de Salandrella, au nord de la ville de Tursi.

Albano. Ville de la Campagne de Rome. Albanum. Elle a titre de principauté & un évêché. Elle a été bâtie des ruines d’Albe-Longue. Sa longitude est de 30°, 21’, 83”. Cassini.

ALBANOIS, OISE. s. m. & f. & adj. Qui est d’Albanie. Il se dit 1°. De ceux qui habitent l’Albanie d’Asie. Comme les Ibériens, & les Albanois, habitent des lieux pleins de bois, aussi sont-ils plus endurcis à la peine & à la patience. De Harlay. 2°. Il se dit plus communément aujourd’hui des habitans de l’Albanie de Grèce, ou de l’Epire. Les soldats Albanois s’appellent Capelets. 3°. On a aussi appelé autrefois les Ecossois Albanois : & parce qu’ils étoient si grands voyageurs, que la coutume de voyager avoir passé dans eux en nature, comme dit Walafridus Strabo, dans la vie de S. Gal, Liv. II, chap. 47, on appela Albani, Albanois, tous les étrangers, d’où ensuite s’est formé, à ce que l’on prétend, en françois les noms d’Aubain & d’Aubaine.

Albanois, est aussi le nom qu’on donna dans le VIIIe siècle à des hérétiques qui renouvellerent les erreurs des Manichéens.

ALBANOISE. s. f. Terme de Fleuriste. L’Albanoise est une anémone toute blanche, avec un peu d’incarnat au fond des grandes feuilles, & de la peluche.

ALBANOPOLIS. Albanopolis. Ville capitale de l’Albanie de Grèce, & dont cette province a pris son nom, à ce que quelques-uns prétendent. On lui donne 46 d. de longitude, & 41 d. 6 m. de latitude. Cette ville est aux confins de la Macédoine, sur le Drin, au-dessus d’Ocrida.

ALBANY. Fort de l’Amérique septentrionale, nommé autrefois Fort d’Orange. Albania, Albania nova. Il est dans la nouvelle Yorc, vers la source du fleuve de Nord.

ALBARAZIN. Ville d’Arragon, en Espagne. Lobetum, Albarazinum. Elle est sur la rivière de Guadalaviar, au septentrion de Tervel. Albarazin a un évêché suffragant de Sarragoce.

☞ ALBARINE, ou ALBERINE. Rivière de France, dans le Bugey. Elle prend sa source entre les montagnes de Nantua, près de Brenod, & va se rendre dans l’Ain.

ALBÂTRE, ou ALABASTRA. Albastra. Ville d’Egypte, du côté de l’Arabie, & dans la partie orientale de ce royaume. Quelques-uns disent qu’elle est ainsi appelée, parce qu’elle est entourée de montagnes, où l’on trouve l’Albâtre. D’autres disent que de ces montagnes on en tiroit une pierre dont on faisoit des vases appelés Alabastri ; & que c’étoient des vases de senteurs, faits d’onix. Le Géographe Etienne met cette place dans la Phrygie, & cite Hérodote sur cela. Saumaise réfute ce sentiment, p. 558, sur Solin Ep. 240. Il dit qu’elle étoit dans la Thébaïde.

ALBÂTRE. s. m. Pierre de la nature du marbre, mais moins dure & plus transparente, remplie de veines diversement colorées. Alastrides, Onix. On en trouve de toutes sortes de couleurs. Il y en a qui est très-blanc & luisant ; c’est le plus commun : & d’autre qui est rouge comme du corail. Il y en a une sorte qu’on appelle Onix, parce que sa couleur est semblable à celle d’une autre pierre qu’on nomme proprement Onix, & qui en est bien différente. Le plus estimé vient d’Orient, & s’appelle Albâtre oriental. L’Albâtre est aisé à tailler. On en faits de petits vases, des statues & des colonnes. Albâtre chez les Anciens signifioit une boîte à parfums. Quelques-uns tirent ce mot du latin Albus, à cause de la blancheur de cette pierre : d’autres du grec Ἀλάϐαστρον, qu’ils tirent d’α privatif, & de λαμϐάνω, capio. Cette pierre est si unie, que les mains glissent dessus sans pouvoir s’y attacher. Il y a près de Marseille une carrière d’Albâtre de différentes couleurs. Il est si transparent, que par le poli très-parfait dont il est capable, on voit à plus de deux doigts dans son épaisseur l’agréable variété des couleurs dont il est embelli. Acad. des Sc. 1703, Hist. p. 17.

On dit figurément d’une femme fort blanche, qu’elle a la gorge d’albâtre, le teint d’albâtre, que c’est de l’albâtre animé.

Albâtre. Dans S. Math. chap. XXVI. 7, dans S. Marc, XVI, 3, & en S. Luc. VII, 37. Alabastrum, albatre, est pris pour un vase d’onguent précieux. Les Traducteurs de Port-Royal, ont cru, ou semblent avoir cru que ce vase étoit d’albâtre. Ce n’est pas le sentiment le plus reçu, ni le plus approuvé ; & d’habiles Interprêtes ont peine à croire qu’il se fût cassé si aisément que la femme de l’évangile le cassa, comme S. Marc le rapporte. Aussi M. Simon, qui dans le texte a traduit comme Port-Royal, un vase d’albâtre, avertit dans sa note, qu’on pourroit traduire autrement, un vase façon d’albâtre ; & que, comme on mettoit ordinairement ces sortes de liqueurs dans des boîtes ou vases d’albâtre, on donnoit ce nom à tous les vases où l’on en mettoit. C’est en effet le sentiment de Luc de Bruges, & d’autres Commentateurs. D’autres veulent qu’albâtre en ces endroits de l’écriture, signifie un vase fait d’une certaine manière, & d’une certaine forme, & sur-tout sans anses, d’où ils prétendent que son nom lui a été donné, διὰ τοῦ μὴ ἔχειν λαϐας ; de l’α privatif, & de λαϐὴ, anse. Saint Epiphane rend ce mot par un vase de verre, & l’auteur de l’étymologique l’a suivi, aussi bien qu’Erasme & l’Interprête arabe. Mais d’autres, avec beaucoup plus de raison, ce semble, prétendent qu’alabastrum en ces endroits signifie précisément en général, un vase de liqueur. Pollux même le rend souvent par μυρινὸν. Au IIe Liv. des Rois XXI, 13, quelques Interprêtes traduisent צרתה par ἀλάϐαστρον, & d’autres simplement par πυξον. Hesychius & Phavorinus interprêtent ἀλάϐαστρον, Cyathus olci, un pot d’huile. On trouve de ces prétendus vases d’albâtre qui sont de marbre, d’onix, d’or, d’argent, & d’autres métaux. Ainsi le P. Bouhours a très-bien traduit, quand il a dit en général : une femme s’approcha de lui avec un vase plein de liqueur odoriférante, &c.

Le P. Kirker, dans son Œdipus Ægypt. Tom. II, p. 188, dit qu’albâtre, alabastrum, est non-seulement un vase de liqueur précieuse, mais aussi une mesure égyptienne, qui contenoit 9 Koft, autre mesure, & 9 livres d’Egypte, c’est-à-dire, selon lui, 24 livres, ou 24 sextiers Romains. Si cela est vrai, ce ne fut pas ce vase-là que la femme dont il est parlé dans l’Evangile, rompit sur la tête de Notre-Seigneur.

☞ ALBATROSS. Albatroça maxima. Oiseau aquatique, fort commun au Cap de Bonne-Espérance. Il a le corps fort gros, & les ailes très-longues, lorsqu’elles sont étendues. Il y a près de dix pieds de distance entre l’extrémité de l’une des ailes & celle de l’autre. Cependant tous ces oiseaux ne sont pas de la même grandeur.

ALBAZARIN, ou ALBARAZIN. s. m. Sorte de laine d’Espagne.

ALBAZIN ou LABAZIN. Ville de la grande Tartarie. Albasinum, Labasinum. Elle est sur la rivière d’Amour ; dans la province de Dauria, vers le 122e degré de longitude, & le 52e de latitude nord. Le P. d’Avril Jésuite, dit qu’elle est à trois mois de chemin de Moscou, & à trois semaines de Pékin. La carte de M. Witsen la place de même. Albasin appartient aux Moscovites.

ALBE. Alba. nom de plusieurs villes.

Albe-longue. Alba longa. Ville ancienne d’Italie, bâtie par Ascanius fils d’Enée, environ 1100 ans avant Jésus-Christ : elle fut surnommée la Longue, parce qu’elle s’étendoit en long sur une montagne. Voyez Tite-Live, Liv. I, chap. 7. Denys d’Halicarnasse, Liv. I. Son nom lui vint de ce que l’on trouva en cet endroit une laie blanche, qui parut d’un bon augure. Voyez Juven. Sat. XII, v. 70.

Albe. Alba Pompeia. Ville épiscopale d’Italie, dans le Montferrat sur le Tanaro.

Albe-Royale. Alba Regia. Ville de la basse Hongrie. C’est dans cette ville que les Rois de Hongrie étoient couronnés & inhumés. C’est ce qui l’a fait surnommer Royale.

Albe-Grecque. C’est Belgrade.

Albe-Julie. C’est Wissembourg.

ALBE, ou ALVA DE TORMEZ. Ville du Royaume de Léon en Espagne. Alba. Elle est sur la rivière de Tormez, à quelques lieues de Salamanque.

ALBE, ou ALBETTE. Petit poisson de rivière qui ressemble à l’anchois. Sa tête est petite, ses yeux à proportion, & rouge, son dos est verdatre, son ventre blanc, avec deux lignes aux côtés ; il est apéritif. C’est le poisson qu’Auzone appelle Alburnus.

☞ ALBECK. Ville de Suabe, dans le territoire d’Ulm, sur une montagne, à un mille & demi de cette ville.

ALBEGNA. Rivière d’Italie Albiana, Amiana, Almiana. Elle prend sa source dans une montagne de même nom, au territoire de Sienne, traverse le petit Etat de gli Prefidü, & se décharge dans le golfe de Telamone & Orbitelle.

ALBEJED. Rivière du Zagathay, dans la grande Tartarie. Albejeda. Elle coule entre la rivière de Gehun & la ville de Samarkand.

ALBELDA. Bourg de la vieille Castille en Espagne, dans la contrée de Rioja sur la rivière d’Irégua.

ALBELL. Rivière du pays des Grisons. Albula. Elle coule dans la Ligue de la Maison de Dieu, & se joint au bas Rhin, entre le bourg de Tusis, & celui de Furstenaw.

ALBEMARLE. Quelques Géographes donnent ce nom à Aumale, ville du pays de Caux en Normandie. Ce n’est point l’usage : on dit toujours Aumale, & jamais Albemarle.

ALBEN. montagne de la Carniole, entre le lac de Czirnicz & le comté de Gorice. Albius, Albium, Albanum. On appelle aussi cette montagne, Monte del Corso, & elle a une mine de mercure au bourg d’Avedone. Elle prend son nom du bourg d’Alben situé sur cette montagne.

Alben, Alpis, est aussi une rivière qui sort de la montagne d’Alpen, & qui, selon quelques Auteurs, se jette dans la Save, & selon d’autres, dans le golfe de Venise, entre Laubach & Campo d’Istria.

ALBÉNAS. Nom qui se trouve dans Corneille pour Aubenas : c’est une faute. On dit toujours Aubenas.

ALBENGA, ou ALBENGUE. Albiga, ou Albinga, ou Albinganum, Alba inganum. Ville épiscopale, & port de mer de la république de Gênes. Albenga est une grande ville, mais déserte, parce qu’elle est mal saine. Elle est au 29e d. 30’de longit. & au 43e d. de latit.

☞ ALBERGAME de mer. s. m. Malum insanum. Zoophyte, que Rondelet a ainsi nommé, à cause de sa ressemblance avec l’espèce de pommes d’amour longues, auxquelles on a donné le nom d’Albergaine à Montpellier.

ALBERGE. s. f. Espèce de pêche précoce. La chair en est jaune, & ferme. Persicum, duracinum. La Quintinie ne dit pas simplement Alberge, mais Alberge-jaune. Il y a encore une pêche qu’on appelle Pavie alberge-jaune, ou le petit Pavie alberge-jaune. Ces pêches mûrissent à la fin de Juillet, ou au commencement d’Août, & n’ont pas grand mérite.

Alberge-rouge. Autre espèce de pêche. L’Alberge-rouge est une de nos meilleures pêches, par son goût vineux & relevé, si on la laisse bien mûrir ; autrement elle a la chair dure comme les autres pêches ; mais constamment elle demande plus de maturité qu’elles. Elle n’est que de la grosseur de la pêche de Troye, & lui ressemble assez ; mais elle est un peu plus colorée. Le seul défaut de cette pêche, c’est de n’être pas grosse. Id.

Alberge-violette. s. f. Autre espèce de pêche. La pêche Alberge-violette, & le petit Pavie Alberge-violet mûrissent vers la fin du mois d’Août, & sont fort bonnes. La Quint.

ALBERGEMENT, en Dauphiné, est ce qu’on appelle Bail emphytéotique dans nos Coutumes.

ALBERGER. Verbe qui est en usage en Dauphiné, pour dire, donner en emphytéose. Il vient de celui d’alpen, ou d’alpage, qui signifie un lieu qui n’est point labouré, & qui ne sert que de paquerage.

ALBERGIER. s. m. L’arbre qui porte les alberges.

☞ ALBERINE, & non ARBARINE. Rivière de France, dans le Bugey. Voyez Alabarine.

ALBERNUS. s. m. Espèce de Camelot qui vient du Levant par la voie de Marseille.

ALBERT. s. m. Albertus. Nom d’homme, formé d’Adelbertus, Adelbert ; car la même personne s’appelle quelquefois Adelbert, ou Albert, comme Adelbert, ou Albert, Comte de Bavière, sous l’Empereur Henri III, dans le XIe siècle, à qui cet Empereur donna l’Archevêché de Hambourg & de Brême, & qui dépouillé ensuite sous Henri IV de tous ses biens, par la brigue de Hannon, Archevêque de Cologne, & des autres Seigneurs, soutint avec tant de fermeté son exil & sa disgrace. Tel encore au XIIe siècle Adelbert, ou Albert, Abbé d’Hildesheim. Ainsi l’on a dit d’abord Adelbert, puis prononçant l’e muet, Adlbert ; & enfin, Albert. Il y a de l’apparence que c’est encore la même chose que Aldebert, qui s’est fait par la transposition d’une lettre ; & en effet cet Imposteur, qui parut en France dans le VIIIe siècle, & qui, en débitant ses visions ridicules, & affectant une dévotion singulière, parvint à la prêtrise & à l’épiscopat, fut ensuite déposé, & condamné dans le Concile de Soissons, de 744, se trouve nommé Aldebert, ou Adalbert, qui est la même chose qu’Adelbert.

Albert. Terme de Jardinier Fleuriste, c’est le nom qu’on donne à une anémone. Anemone Albertina, ou ab Alberto dicta. Il y en a une sorte qu’on appelle le Passe-Albert.

ALBERTINE. adj. f. Albertina stirps. Nom de la branche puînée de la maison de Saxe ; l’aînée s’appelle Ernestine. Elles ont tiré ces noms de leurs chefs, Ernest & Albert, fils de Frédéric le Paisible, Electeur de Saxe.

Albertine. s. f. Terme de Fleuriste. Espèce d’anémone. L’Albertine est de couleur de chair & incarnat ; quelques-uns la nomment Parangon, ou Passescala. C’est aussi le nom d’une Tulipe, qui a de petits traits pourpres par menus panaches, avec du gris de lin clair & du blanc.

ALBERTUS. s. m. Monnoie d’or frappée en Flandre pendant le gouvernement d’Albert Archiduc d’Autriche. Il est du poids de quatre deniers, au titre de vingt-un carats trois quarts. Sa valeur est d’environ huit livres de France, où néanmoins il n’est reçu qu’au marc dans les Hôtels des Monnoies, pour être fondu & converti en louis d’or.

ALBERZARIN. Sorte de laine d’Espagne, la même que l’Albazarin.

☞ ALBESAN. Albensis ager. Contrée d’Italie, dans le Montferrat, dans la partie qui fut cédée au Duc de Savoie par le Traité de Querasque en 1631.

ALBI. Albia, ou Albiga. Ville de France, dans le haut Languedoc, avec Archevêché, ci-devant Evêché suffragant de Bourges. Albi est une très-ancienne ville. On la met à 23 deg. 10 min. de longitude, & à 43°, 59’, de latitude. Selon M. Cassini, elle a 19°, 39’, 43" de longitude, & 43°, 55’, 20" de latitude. Et la grosse Tour de la même ville a 19° , 39’, 25" de longitude, & 43° 55’ 3" de latitude. Il est fait mention de cette ville dans Ptolomée, dans la Notice de l’Empire, & dans Grégoire de Tours. Sabin, Evêque d’Albi, assista & souscrivit au Concile d’Adge en 506. Albi est sur le Tarn.

☞ ALBI, ou ALBIE. Petite ville dans le duché de Savoie, sur le penchant d’une montagne, sur la rive gauche du Séran.

☞ Le Mandement d’Albi est un petit pays entre les lacs d’Annecy & du Bourget, borné au nord-ouest par le Mandement de Rumilli, à l’est par le Mandement de Châteauvieux, au midi & à l’ouest par les Mandemens de Chamberry & d’Aix.

Albi. Ville d’Italie, au royaume de Naples, dans l’Abruzze ultérieure, & dans le petit quartier de Marsi, connue des Ecrivains latins sous le nom d’Alba Marsorum, parce qu’elle étoit sur les frontières des Marses,


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