Dictionnaire de Trévoux/6e édition, 1771/Tome 1/211-220

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Fascicules du tome 1
pages 201 à 210

Dictionnaire de Trévoux, 1771
Tome 1, pages 211 à 220

pages 221 à 230


& Alba fucetis ou fucentis, parce qu’elle étoit voisine du lac Fucin, aujourd’hui Lago di Celano.

☞ ALBIAS. Petite ville de France, dans le Querci, partagée en deux par la rivière d’Aveyrou.

ALBICANTE. s. f. Terme de Fleuriste. C’est une espèce d’anémone, dont les grandes feuilles sont d’un blanc sale ; sa peluche est blanche, à l’extrémité couleur de rose : en Bretagne on la nomme Carnée. Albicans Anemone.

ALBICORE. s. m. C’est un poisson qu’on trouve dans la mer océane, beaucoup plus grand que le maquereau, auquel il ressemble d’ailleurs par le goût & par la couleur. Les Albicores que l’on tuoit, étoient la plûpart aussi grands que des Thons ; desorte que deux matelots avoient de la peine à en tirer un dans le bord. Wicquefort. Quelques anciennes relations écrivent albocores, & appellent albocorets les jeunes albocores. Elles disent que ce poisson est blanc, parce qu’il n’a point d’écailles ; qu’il a le ventre tout blanc & mou, avec des ailerons jaunes, qu’on voit reluire de loin sous l’eau ; qu’il est plus grand que les Bonites, auxquelles il ressemble ; qu’on en a pris de cinq pieds de long, & gros comme un homme ; que sa chair est maigre & farineuse, & moins délicate que la Dorade ; que sa peau est tendre, & qu’il n’a qu’une seule arête traversante. Il fait la chasse aux poissons volans qui se trouvent dans cette mer-là.

ALBIGEOIS, OISE. s. m. & f. Albigensis. Qui est d’Albi. Anciennement on disoit Albienses, & non pas Albigenses. On appelle aussi de ce nom tous ceux qui sont du territoire d’Albi, dont nous allons parler.

Albigeois, s. m. Albiensis, ou Albigensis ager. Le pays dont Albi est la capitale. La rivière d’Agouste le sépare presque entièrement du reste du Languedoc. Le Rouergue & le Querci le bornent de l’autre côté. Castres en Albigeois & Albi sont les principales villes de l’Albigeois.

Albigeois, oise. s. m. & f. Nom d’hérétiques qui s’éleverent au XIIe siècle dans le Languedoc, aux environs de Toulouse, & sur-tout dans l’Albigeois, d’où ils prirent leur nom. Ils s’appelerent encore Pétrobusiens, Arnaudistes, Cathares, Piffres, Patarins, Tisserans, Bons-Hommes, Publicains, Passagiens, ou Passagers, &c. Les Albigeois étoient de vrais Manichéens. C’est de la Bulgarie que l’erreur prit son cours vers les différentes parties de l’Europe ; d’abord en Allemagne, puis en Italie, & de-là dans la Provence & le Languedoc. La Bulgarie avoit été infectée par les Pauliciens d’Arménie, & les Pauliciens descendoient des anciens Manichéens. Pierre de Bruys, Provençal, esprit inquiet & visionnaire, passe pour avoir été le premier qui porta une erreur si monstrueuse dans le Languedoc vers l’an 1126. Il fut brûlé à S. Gilles 20 ans après qu’il eut commencé de dogmatiser. Le plus considérable de ses partisans fut un Moine, nommé Henri, hérésiarque, d’autant plus dangereux, que ses manières étoient plus insinuantes que celles de son maître. Les Albigeois, qui sembloient n’attaquer que le culte extérieur de l’Eglise & les Sacremens, cachoient dans un silence impénétrable des dogmes horribles. Ils posoient pour fondement de leur système, qu’il y avoit deux Dieux, l’un infiniment bon, l’autre infiniment méchant. Ils disoient que ces Dieux n’avoient pas créé la matière ; qu’elle étoit comme eux un être nécessaire ; que le Dieu bon avoit fait un monde invisible, & que le méchant avoit formé celui que nous voyons ; que chaque Dieu avoit ses femmes & ses enfans ; que le diable étoit fils du Dieu méchant, & Jésus-Christ fils du Dieu bon ; que l’un de ces Dieux ne pouvoit faire que du bien dans son monde, & que l’autre ne pouvoir faire que du mal dans le sien ; qu’ils avoient tous deux une égale puissance, pour se former mutuellement des obstacles dans l’exécution de leurs desseins ; & que par une nécessité fatale, qui suivoit de cette égalité de pouvoir, le bien & le mal étoient mêlés par-tout. La Providence, selon eux, n’étoit qu’une impression nécessaire, qui joignoit le bien & le mal dans presque tous les êtres inférieurs aux Dieux. Ils croyoient que l’ancien Testament étoit la parole & la loi du Dieu méchant, & le nouveau l’ouvrage du Dieu bon ; tous dogmes Manichéens, desquels les Albigeois tiroient des conséquences abominables pour la pratique & pour les mœurs. Ils avoient une Hiérarchie composée de Prêtres, de Diacres, & d’Evêques, et leur pape tenoit son siége en Bulgarie. Les Calvinistes, pour trouver à leur secte une origine plus ancienne, prennent les Albigeois pour leurs prédécesseurs & leurs peres. Vers le commencement du XIIIe siècle, sous le pontificat d’Innocent IIIe, & sous le règne de Philippe Auguste, l’hérésie des Albigeois devint si puissante, que les Catholiques ne virent plus d’autre remède efficace à lui opposer, que celui d’une Croisade. Les Religieux de Cîteaux formerent le projet de cette sainte ligue. Les Albigeois furent condamnes en 1180 au Concile de Latran. Philippe Auguste en sollicita l’exécution auprès du S. Siége ; & le Pape, en qualité de Pere commun des Fidèles, leva le premier l’étendard de la Croix. Elle fut publiée en 1210. Le fameux Comte de Montfort-l’Amaury en fut le chef. Louis VIII, Roi de France, fit aux Albigeois une guerre qui ne finit qu’en 1228. La paix fut suivie en 1229, de l’établissement de l’Inquisition contre ces hérétiques à Toulouse. Depuis ce temps les Albigeois s’affoiblirent peu à peu, & furent enfin entièrement détruits, à la réserve de quelques-uns qui se joignirent aux Vaudois, & dans la suite à Zuingle, qu’ils reconnurent pour le Réformateur de leur secte, & ensuite à Calvin, dont les disciplines donnerent aux églises des Albigeois la forme de celle de Genève. Les Albigeois prirent les noms de Cathares, ou Puritains.

On trouve bien des choses concernant l’histoire des Albigeois dans les ouvrages de Saint Bernard, sur-tout dans ses lettres ; dans Jean-Paul Perrin, Histoire des Vaudois, & dans l’Histoire des Comtes de Toulouse par Castel. Roger de Hoveden, dans ses Annales d’Angleterre, a conservé des pièces très-curieuses sur ce qui concerne les Albigeois avant le temps de la Croisade. Pierre de Vaucernay, Religieux de Cîteaux, témoin oculaire de la plûpart des grandes actions de Simon de Montfort, a écrit l’Histoire des Albigeois d’un style simple, mais d’une manière fort animée contre leurs abominations. La Chronique de Robert, Moine d’Auxerre, renferme des particularités considérables sur les Albigeois du Nivernois. Reinier, d’abord Evêque des Albigeois, & ensuite Dominicain, prend l’hérésie des Albigeois par le fond, & donne de grandes lumières pour l’intelligence de leurs dogmes. Vincent de Beauvais, la Chronique d’Alberic Abbé d’un Monastère près de Liége, Guillaume de Puy-Laurent, Aumônier de Raymond VII, Comte de Toulouse, & Luc Evêque de Tuy, ont aussi très-bien écrit sur la même matière. M. Bossuet en parle dans ses Variations. Le P. Langlois, Jésuite, imprima en 1703 une Histoire très-exacte des Croisades contre les Albigeois

Autrefois on disoit & on écrivoit Aubigeois & Aubegeois, soit qu’on parlât du canton de Languedoc, soit qu’on parlât des hérétiques qui ont tiré leur nom de ce canton. 

En cel temps fu d’Aubijois, sires, 
Simon le Comte de Monfort. Guiart.

 

Et dans l’Ordéne de Chevalerie de Hue de Tabarie. MS. 

Ja li bon durer ne porroient 
Se che n’est fors de Sarazins. 
D’Aubejois & de Barbarins.

☞ ALBINOS. Nom que les Portugais donnent à des Maures blancs, qui ont les cheveux blonds, les yeux bleus, le visage & le corps si blanc, qu’on les prendroit de loin pour des Anglois ou des Hollandois. Mais de près la blancheur de leur teint n’est point naturelle ; elle est pâle & livide, comme celle d’un lépreux. Les Nègres les regardent comme des monstres, & ne leur permettent pas de multiplier. Ainsi ils viennent d’un pere ou d’une mere Nègres. Vossius croit que ces Maures blancs sont de vrais lépreux, & que cette blancheur n’est autre chose que l’effet d’une maladie qui leur desseche la peau. Il croit même que tous les Nègres seroient sujets à cette lèpre, s’ils n’avoient soin de la prévenir, en se frottant tous les jours le corps d’huile, de graisse, ou de suif ; ces frictions humectant la peau, non-seulement leur conserve la santé, mais elle augmente encore la noirceur de leur teint, qui est chez eux le suprême degré de beauté. Comme ces Maures ont la vue foible pendant le jour, les Nègres leurs ennemis les attaquent en plein midi, & n’ont pas de peine à les mettre en fuite ; mais ces Albinos s’en vengent la nuit, & pillent alors les Nègres avec la même facilité.

☞ Les Portugais & les Hollandois disent qu’ils ont vu de ces Maures blancs non-seulement en Afrique, mais encore aux Indes, dans l’île Borneo & dans la nouvelle Guinée.

ALBION. Albion. Ancien nom de l’île de la Grande-Bretagne. On en rapporte plusieurs raisons. Les uns disent que ce nom vient d’ὀλϐιος, heureux. La plus commune opinion est, qu’elle fut ainsi nommée, à cause de ces rochers blancs, ou des falaises qui paroissent sur ses côtes. Si cela est, il ne faut pas dire pour cela que ce mot soit latin d’albus, blanc ; mais plutôt Celtique, venant de l’hébreu לבן, laban, qui signifie blanc ; & que l’a ajouté au commencement est l’article ח, a. D’autres le tirent d’Albion, fils de Neptune ; car si l’on en croit les Histoires fabuleuses d’Angleterre, Albion fut de la postérité de Cham, fils de ce Neptune, que Moyse, Gen. X. 13, appelle Naphtuhim. Il équipa une Flotte sur laquelle il parcourut l’Océan, & vint s’établir dans l’île de la Grande-Bretagne, qui s’appeloit alors Samothée, trois cens ans après que Samothès y eut mené les premières colonies, quelque temps après le déluge. Albion ne régna que sept ans dans cette île ; il fut défait dans une bataille, & tué avec son frere Bergion, par Hercule l’Egyptien leur cousin, qui vengea sur eux la mort d’Osiris leur aïeul commun, que ces barbares avoient massacré. La bataille se donna à l’embouchure du Rhône, où, dit-on, les deux Flottes se rencontrerent. M. Hume, qui est le dernier Historien Anglois, n’a point cru de pareilles fables.

La nouvelle Albion est une partie de l’Amérique septentrionale, découverte autrefois sous le règne d’Elisabeth par Drak en 1578. Elle est voisine du Mexique d’un côté, & de l’autre de la Floride. Les Anglois l’ont abandonnée, ce qui fait qu’elle est peu connue jusqu’ici.

ALBIQUE. s. f. Terme de Droguiste. C’est une espèce de craie, ou terre blanchâtre, grasse & visqueuse, qui ressemble en quelque sorte à la terre lemnienne ou sigillée. On a découvert depuis peu une terre auprès de Blois, ayant à peu-près la même qualité que celle qu’on apporte de Lemnos. Ce mot vient du latin, albus, blanc.

☞ ALBOGALERUS. s m. Terme d’Histoire ancienne. C’est le nom que Festus donne au bonnet des Flamines Diales ou des Flamines de Jupiter. Il étoit fait de la peau d’une victime blanche, avec une pointe faite d’une branche d’olivier : il ne leur étoit permis de le quitter que dans la maison.

ALBOGUES. s. m. pl. Ce sont deux instrumens de cuivre en manière de chandeliers, qu’on frappe l’un contre l’autre par le vide, pour en tirer un son qui ne déplaît pas, & qui s’accommode bien avec la cornemuse & le petit tambour. Ce nom-là est morisque. Hist. de Dom Quichotte, t. 4. ch. 67. p. 485.

☞ ALBORA. s. m. Espèce de gale ou de lèpre, qui est, dit Paracelse, une complication de dartres farineuses, du serpigo & de la lèpre.

ALBORNOZ. s. m. Quelques-uns disent Bornoze, mais mal ; il faut dire Albornoz, masculin. Mot Espagnol ; c’est une sorte de manteau à capuce qui est fait de poil de chèvre, & tout d’une pièce. Les Maures, les Turcs, & les Chevaliers de Malte, s’en servent, lorsqu’ils vont au camp pendant le mauvais temps. Pallium cucullatum.

ALBOUR, ou AULBOUR. s. m. Daléchamp, Histoire des Plantes, 88. I 'vol. Alburnum, ou Saburnum. Arbre qu’on a appelé Faux Ebénier, à cause que son bois acquiert en vieillissant & en se séchant une couleur noirâtre. Il croît communément dans les Alpes, & ressemble à l’Anagyris, ou bois puant. L’écorce de son bois est d’un vert cendré. Ses feuilles sont au nombre de trois attachées à une même queue ; elles ont chacune deux pouces de long sur un pouce de large ; elles paroissent argentées lorsqu’elles sont nouvelles, mais ensuite elles deviennent d’un vert de mer, & un peu pâles en dessous. Ses fleurs sont jaunes, légumineuses, ramassées en un assez gros épi, qui pend de la longueur d’un demi pied. A ces fleurs succedent des gousses composées de deux cosses, qui renferment des semences taillées en rein. On a nommé cet arbre Cytisus Alpinus, flore racemoso, pendulo. Inst. R. Herb. & on en a remarqué deux espèces qui varient par leurs feuilles, plus larges, ou plus étroites. Son écorce, ses feuilles, ses fleurs & ses fruits sont vomitifs & laxatifs, comme l’a remarqué Daléchamp.

☞ ALBRAN. s. m. Jeune canard sauvage. Anaticula fluviatilis. On l’appelle ainsi jusqu’en Octobre, auquel temps il devient canardeau, & un mois après on l’appelle canard ou oiseau de rivière. Ménage dit que ce mot vient du grec ἁλίϐρενθος, canne de mer. Quelques-uns écrivent allez mal Albrent, Alebran, Halbran & Halebran.

☞ ALBOURG ou ALBORG. Ville de Danemark, dans le nord Jutland, dans le diocèse de même nom. Cet Evêché est suffragant de l’Archevêché de Lunden.

ALBRENER. v. n. Terme de Fauconnerie. Chasser aux albrans. Anaticulas venari. Nous avons albrené pendant deux jours.

ALBRENÉ, ÉE. adj. Terme de Fauconnerie. Il se dit d’un oiseau de proie qui a perdu, entièrement ou en partie, son pennage, Illisus, fractus, diffractus.

On le dit en style de Rabelais, de ce qui est en mauvais état. Un homme albrené ; armée albrenée. Rabelais a dit dans l’Apologue de l’âne & du roussin : te voilà tout albrené.

ALBRENT. Voyez Albran.

ALBRESE. Village de France. Abrisellum. Il est en Bretagne, dans le diocèse de Rennes, & près de la Guierche. Ce village s’appeloit autrefois Arbrissel. Ce fut la patrie de Robert d’Arbrissel, fondateur de l’Ordre de Fontevrault, qui prit de-là son nom.

ALBRET. Leporetum, Lepretum, Albretum. Ville de Gascogne, capitale du pays dont on va parler.

Albret. Pagum Leporetanum, Loporetanus ager, ou tractus. Pays de Gascone, dans les landes de Bourdeaux, & dans le diocèse de Bazas. Le Pays d’Albret, possédé long-temps par des Seigneurs, auxquels il donnoit son nom, fut érigé en duché en 1556 par Henri II, pour Antoine de Bourbon, Roi de Navarre, & Jeanne d’Albret son épouse.

Ce mot vient du latin Leporetum, qu’on a donné apparemment à ce pays, à cause de la quantité de lièvres qui s’y trouvoient.

ALBS. s. m. Voyez Alba.

ALBUGINÉE. adj. f. Terme d’Anatomie, qui signifie Blanche. Albugineus, albuginea, um. Il se dit d’une tunique de l’œil. La tunique albuginée, est ce qu’on appelle communément le blanc de l’œil, & qui paroît sur toute la convexité antérieure du globe, depuis la cornée transparente jusqu’à la rencontre, pour ainsi dire, de cette convexité avec la convexité postérieure. Elle est principalement formée par l’extension tendineuse de quatre muscles. Cette extension est très-adhérente à la sclérotique, & la fait paroître là tout-à-fait blanche & luisante, au lieu qu’ailleurs elle n’est que blanchâtre & terne. Elle est très-mince vers le bord de la cornée, & elle se termine très-uniformément, & devient comme effacée par la cornée. Winslow.

ALBUGINEUX, EUSE. adj. Terme d’Anatomie, qu’on donne à la tunique qui couvre immédiatemment le testicule, & qu’on appelle ainsi, parce qu’elle est blanche. Albidus.

On donne aussi ce nom à une des humeurs de l’œil, qui s’appelle autrement, l’Humeur aqueuse.

ALBUGO. s. f. Terme d’Oculiste. Mot latin qui signifie blancheur, & dont les Oculistes se servent en notre langue. Albugo. Maladie des yeux. L’albugo est une espèce de tache qui vient à la cornée transparente, causée par un suc blanchâtre, qui s’arrête dans la substance de cette membrane. L’infiltration s’en fait peu à peu, & devient enfin quelquefois si considérable, qu’elle couvre entièrement la cornée transparente, d’où il arrive que le malade ne distingue plus les objets. S. Yves. Plusieurs confondent cette maladie avec l’abcès ; mais l’abcès est toujours accompagné d’inflammation & de douleurs. Id. Pour empêcher l’augmentation de ce mal, il faut faire une diète exacte, faisant usage tous les matins d’une eau de veau altérée avec des herbes rafraîchissantes, ou à son défaut d’une chopine de petit lait mêlée avec une once de sirop violat, & pendant la journée on prendra quelques bouillons à l’ordinaire, & des potages dans l’intervalle.

On observera ce régime pendant les cinq ou six premiers jours, après quoi on permettra au malade de manger quelque morceaux de pain sans viande, usant pour boisson ordinaire d’une tisane simple. On mettra pour cela en usage des saignées du bras, du pied, ou de la gorge selon le besoin. On pourra même employer le bain domestique aussi-bien que les emplâtres vésicatoires appliqués à la nuque du cou, que l’on entretiendra quelque temps.

On guérira le mal déjà formé par l’usage des topiques spiritueux & résolutifs, tels que l’infusion d’anis & de fenouil dans de bonne eau-de-vie, dont on versera une cuillerée dans les eaux distillées d’eufraise, de fenouil & de plantin, deux cuillerées de chacune ; évitant soigneusement les eaux vitrioliques, comme très-pernicieuses & propres à faire dégénérer cette maladie en abcès ou en ulcère.

Lorsque l’inflammation est passée, une eau ophthalmique achève d’éclaircir parfaitement la vue, en en faisant couler plusieurs fois le jour quelques gouttes dans l’œil sur l’endroit de la blancheur. Le malade voit pour l’ordinaire très distinctement les objets dans l’espace de six semaines. Si le mal devient rebelle aux remèdes indiqués, & qu’il paroisse quelque vaisseau sanguin sur la conjonctive, qui soit variqueux, on ne fait point difficulté de le couper. Id.

ALBUM. s. m. Terme purement latin, qui a été francisé par l’usage, faute d’autre, qui signifie la même chose en françois. On y joint ordinairement le mot amicorum. Album amicorum. C’est le nom qu’on a donné à un petit registre ou livret que les savans portent avec eux en voyage. Lorsqu’ils se trouvent dans quelques villes, ils vont visiter les savans du pays, & ils leur présentent leur Album amicorum & les prient d’y écrire quelque chose, afin d’avoir de l’écriture de leur main. Ce qu’on écrit sur l’album est ordinairement sa devise, ou quelque sentence, ou quelque chose d’obligeant pour celui qui présente l’album. Ménage dit que Sorbière ayant présenté son album à Vossius, celui-ci le prit & le feuilletant pour voir les différentes sentences des savans, il y trouva celle de Grotius en grec, dont le sens étoit qu’il faut apprendre les belles lettres, mais qu’il faut que celui qui les apprend ait du jugement. Le mot d’album en latin est neutre, mais en tant que francisé il est masculin.

☞ ALBUMINEUX. adj. Suc albumineux, dans l’économie animale, est une espèce d’huile fort fixe, tenace, glaireuse & peu inflammable, qui forme le sang & les lymphes des animaux. Ses propriétés sont assez semblables a celles du blanc d’œuf, ce qui lui a fait donner le nom de Suc Albumineux.

ALBUNÉE. s. f. Albunea. Déesse qui avoir un temple à Tibur, ou Tivoli. Quelques Auteurs disent que c’étoit la Nymphe qui présidoit aux eaux minérales de Tivoli. D’autres la prennent pour la dixième Svbille, appelée Tiburtine, c’est-à-dire, de Tibur ; & d’autres la confondent avec Ino, fille d’Athamas.

☞ ALBUQUERQUE. Ville d’Espagne, dans le royaume de Léon, & dans la province d’Estramadure, sur les Frontières de Portugal.

ALBURNE. s. m. Alburnus. C’étoit le nom d’une montagne de la Lucanie. On en fit ensuite un Dieu ; ou plutôt on donna le même nom au Dieu de cette montagne ; & Tertulien, dans son Apologétique, ch. 5, & dans son premier Livre contre Marcion, ch. 18, nous apprend que c’étoit M. Emilius Metellus qui introduisit ce nouveau Dieu.

ALBUS. s. m. Petite monnoie de Cologne, qui vaut douze deniers ou deux creustzers. Il faut 78 albus pour la richedale, valant 60 sous de France.

ALC.

☞ ALCAÇAR CEGUER, ou ZEGUER, ou ALCAÇAR MAZMODA, ou CAZAR-EZAGHIR. Ville d’Afrique, dans le Royaume de Fez, à mi-chemin de la Ville de Ceuta & de celle de Tanger, vis-à-vis de Terif.

Alcaçar dosal, Salacia, ou Alcarium Salinarum. Petite Ville de Portugal, dans l’Estramadure, aux confins de l’Alantajo, sur la rivière de Cadaon, à huit lieues de Sétubal. On y fait du sel fort blanc.

Alcaçar-Quivir, ou Alcaçar-d’Albusquerim. Ville d’Afrique, dans la Province d’Asgar, au Royaume de Fez, avec un beau château. On lui a donné le nom d’Alcaça-Quivir, qui signifie, grand palais, pour le distinguer d’Alcacar Ceguer, qui veut dire le petit.

ALCADE. s. m. Judex, Prætor. C’est le nom d’un Juge Espagnol. Les Espagnols ont pris ce nom des Maures. Voyez Alcaïde. On trouve dans les Dictionnaires Espagnols, dont quelques-uns sont fort reçus, Alcalde, au lieu d’Alcade.

Alcade de Justice. C’est un Juge, un Prévôt. Alcade de la Cour ou de la Maison Royale, c’est ce que nous appelons Grand-Prévôt de l’Hôtel. F. Rolland commença à jouir de l’Office d’Alcade Major, & étant arrivé à S. Dominique avec ses gens, il y arriva d’autres Alcades qui étoient-là. De la Cost. Traduct. de Herrera. Alcadie, en Espagnol alcadia, c’est la charge de ce Magistrat. Prætura. On trouve aussi, & l’on dit alacide & alcaïdia, comme le prononcent les Maures. Diégo Torrès, dans sa Relation ou Histoire des Chérifs, dit que les puînés du Roi de Maroc, ses frères & ses parens, sont au nombre des principaux alcaïdes ; que ce Roi a un Alcaïde qui a charge de commander aux Ministres de la Justice, & de faire les exécutions secrètes, comme d’arrêter quelque Alcaïde, ou Seigneur ; qu’il y a un autre Alcaïde, qui est comme Maître des cérémonies ; un autre qui a l’Office de Grand-Ecuyer ; un Alcaïde des chameaux, qui a soin de les faire panser, &c. Un autre qui est comme pourvoyeur général ; Alcaïde des Cetaires, qui sont les laquais, ou valets de pied : un Alcaïde qui commande à 50 hommes de cheval, nommés Almaharèques, qui sont comme des Sergens, qui commandent de la part du Roi aux Alcaïdes & Gentils-hommes, ce qu’ils doivent faire ; & qu’il y a un Alcaïde du charroi, qui a charge de dresser, plier, porter les tentes du Roi.

ALCAHEST. s. m. Est un nom arbitraire, qui n’est dérivé d’aucune langue, & que Paracelse a forgé pour exprimer, à ce que prétend Van-Helmon, un menstrue ou dissolvant universel. Dict. de James. ☞ Les Alchimistes se servent communément de ce mot, pour désigner cette matière propre à dissoudre, non-seulement les métaux, mais encore tous les corps de la nature.

ALCAÏDE. s. m. Judex, Prætor, Civitatis Rector, Gubernator. Juge & Gouverneur d’une ville, dans la Barbarie ; car on ne le dit que de ceux de ce pays-là. La Juridiction de l’Alcaïde est souveraine, tant au civil qu’au criminel, & les amendes lui appartiennent. On trouve aussi dans quelques Dictionnaires Espagnols Alcalde dans le même sen, ainsi que je l’ai dit.

Ce mot vient de l’article al, du verbe arabe אקד Kad, & Akad, qui signifie gouverner, régir, administrer, être gouverneur. Son participe est Kaid, dont on a fait aussi un nom appellatif, qui chez les Arabes signifie Gouverneur, Chef, Préteur, Président, Juge, petit Roi. Voyez Alcade.

ALCAÏQUE. adj. Terme de Poësie grecque & latine. Les vers Alcaïques sont des vers lyriques, composés de quatre pieds & une césure ; le premier est spondée ou ïambe ; le second ïambe ; ensuite vient la césure, puis deux dactyles ; le dernier peut être un amphimacre. Tels sont ceux-ci dans Horace. Liv. II, Od. 3.

Omnes eodem cogimur : omnium 
Versatur urna : seriùs, ociùs
Sors exitura.

On appelle encore alcaïques, des vers d’une autre mesure, composés de deux dactyles & de deux trochées, comme celui de la même Ode.

Exilium impositura cymbæ.

Une Ode alcaïque est composée de strophes, dont chacune comprend quatre vers. Les deux premiers sont deux vers alcaïques de la première espèce. Le troisième est un ïambe dimètre hypercatalectique, c’est-à-dire, de quatre pieds & une syllabe.

Sors exitura & nos in æternum.

Le quatrième est alcaïque de la seconde espèce. Voici la strophe alcaïque entière.

Omnes eodem cogimur ; omnium 
Versatur urna : seriùs, ociùs
Sors exitura, & nos in æternum. 
Exilium impositura cymbæ.

Ces deux espèces de vers s’appellent alcaïques dactyliques. Il y en a une autre espèce qu’on nomme simplement alcaïques, & qui sont composés de quatre pieds, dont le premier est un épitrite, le second & le troisième deux choriambes, le quatrième un bacchius.

Cur timet fla | vum Tiberim | tangere ? cur | olivum.

Le Poëte Alcée, Alcæus y inventa ces espèces de vers ; c’est pour cela qu’on les appela alcaïques, de son nom.

ALCALA. Nom de plusieurs villes d’Espagne. La première & la plus célèbre est Alcala de Henarez dans la Nouvelle Castille. Complutum. Alcala est fameuse par son Université fondée en 1517 par le Cardinal Ximenès, & par la Polyglotte que ce Prélat y fit imprimer en 1515. On l’appelle Carpetanorum urbs.

ALCALA DE GUADIRA. Henipa. Petite ville d’Andalousie.

ALCALA-REAL, ou ROYALE. Alcala Regalis, est aussi dans l’Andalousie sur les frontières du royaume de Grenade.

☞ ALCALESCENCE. s. f. Terme dont on se sert en Médecine, pour exprimer la putréfaction qui est produite dans certaines substances par les alcalis. La chair des animaux est disposée à l’alcalescence.

☞ ALCALESCENT, ENTE. adj. Terme de Médecine, par lequel on désigne une chose qui tend à la fermentation alcaline, qui commence à devenir alcaline.

☞ ALCALI ou ALKALI. s. m. L’Acad. suit la première orthographe. Terme de Chimie & de Physique. Salerutus, elicitus. Ce nom a été donné premièrement par les Arabes au sel qu’on tire des cendres d’une plante, qu’ils appellent Kali, & les François Soude : & parce que ce sel fermente avec une liqueur acide, on a depuis donné ce même nom à tous les sels lixiviels des plantes, c’est-à-dire, qu’on tire par la lotion de leurs cendres, & qu’on appelle fixes. On l’a aussi donné à tous les sels volatils, & à toutes les matières terrestres qui fermentent avec les acides. ☞ Ainsi l’on distingue deux sortes d’alcalis ; l’alcali fixe, ainsi nommé, parce que l’action du feu le fond sans le dissiper ; & le volatil, ainsi nommé, parce que la moindre chaleur le dissipe ou le volatilise. Ce dernier se tire des animaux. Les sels alcalis fixes impriment sur la langue une sensation semblable à celle d’une brûlure. C’est pour cela qu’on les nomme quelquefois caustiques. On les nomme aussi lixiviels, parce qu’on les retire des cendres des plantes en les lavant. Tous les alcalis ont la propriété de changer en vert la couleur bleue des fleurs ; en quoi ils différent des acides, auxquels d’ailleurs ils s’unissent avec effervescence, & de cette union il résulte différens sels neutres, suivant les différens acides joints avec les alcalis. Tachenius, Swalve, & quelques autres Chimistes, ont prétendu que le sel alcali, & l’acide, étoient les seuls principes de toutes choses ; & ils ont voulu expliquer par leur moyen tout ce qu’il y a de plus difficile dans la nature ; mais ce qu’ils ont avancé a paru si défectueux & si absurde, qu’ils ont trouvé peu de sectateurs. On peut cependant s’en servir, pour expliquer quelques phénomènes particuliers.

☞ On entend proprement par alcalis, des corps poreux & spongieux dans lesquels, comme dans autant d’espèces de gaines, vont se loger des corps roides, longs, pointus & tranchans, que l’on nomme acides.

ALCALIN ou ALKALIN, INE. adj. m. & f. Qui appartient aux Alcalis. Ce terme s’aplique aux substances qui ont quelques-unes des propriétés des alcalis. Substance, terre alcaline. Alkalinus, a, um, Volatilis, e. L’expérience est contre le sentiment commun que nous avons de la chaux, qui est que la chaux éteinte est, pour ainsi dire, la tête morte de la chaux vive, comme ayant dissipé & perdu sa principale partie alcaline, que l’on suppose être volatile. Homberg, Acad. D. S. 1700. Mém. p. 68.

ALCALISATION, ou ALKALISATION. s. f. Alcalisatio. C’est l’action d’imprégner quelque chose, comme de l’esprit de vin, d’un sel alcali. ☞ L’alcalisation de l’esprit de vin s’opère en le mettant en digestion sur de l’alcali. En dissolvant une petite quantité de ce sel, il acquiert des propriétés alcalines.

ALCALISER. v. a. Tirer le sel de tous les végétaux & minéraux après leur calcination par le moyen de la lessive ; c’est-à-dire, en versant dessus de l’eau plusieurs fois qui s’impregne de leur sel. Sales cruere, elicere.

☞ C’est dégager par l’action du feu d’un sel neutre la partie acide qui y étoit contenue, de manière qu’il ne reste plus que la partie alcaline.

ALCALISÉ, ÉE. part.

☞ ALCAMO. Alcamus. Ville de Sicile, dans la vallée de Mazare, au pied du mont Bonifati, à seize milles de Palerme.

ALCANA. s. f. Drogue qui sert à la teinture, qui vient d’Egypte & de quelques autres endroits du Levant. Les Botanistes appellent Ligustrum ægyptiacum, ou Troëne d’Egypte, la plante qui produit cette teinture. La couleur qu’on tire de ses feuilles, est rouge ou jaune, suivant qu’on la prépare ; jaune, si on la fait tremper dans l’eau : & rouge, si on la fait infuser dans du vinaigre, du citron, ou de l’eau d’alun. Quelques-uns donnent ce nom à la Silaria. Il y en a aussi qui le donnent à la colle de poisson.

ALCANCALI. s. m. C’est un antidote à qui les Italiens donnent ce nom. Il est bon pour les fièvres ardentes, simples ou doubles-tierces, continues, la fièvre nommée lipyrie, l’hémitritée, en un mot toutes sortes de fièvres. Dict. de James.

☞ ALCANITZ. Alcanitium. Petite ville d’Espagne, en Arragon, avec un château, sur la rivière de Guadelope, à peu de distance des frontières de Catalogne.

☞ ALCANIZES. Alcanitium. Petite ville d’Espagne, dans le royaume de Léon, proche la frontière de Portugal, avec un bon château.

ALCANNA. s. m. Arbre qui est médiocrement élevé, dont le bois est blanchâtre, assez dur, & dont les branches sortent par paire du tronc, & en soutiennent d’autres. Celles-ci sont revêtues de feuilles qui gardent le même ordre, qui sont assez étroitement serrées, & ne vont pas jusqu’à la fin de la branche, qui se termine toujours par une épine longue, assez foible. Ses feuilles sont d’un vert jaunâtre, & ont la figure d’un fer de pique, plus larges vers la pointe qu’en approchant de la queue ; elles ont deux pouces & quelques lignes de longueur, sur onze lignes de largeur, & ce sont les plus grandes. Ses fleurs naissent en forme de bouquet, à l’aisselle des branches : chaque fleur est composée de quatre ou cinq pétales, d’un pourpre sale, disposées en rose autour du pistil, & soutenue par un calice d’une seule pièce découpée jusqu’à la base ; son pédicule est assez court & assez délié. Huit étamines blanches, disposées deux à deux, portant des sommets fort petits, environnent le pistil, qui devient une baie du volume de celle du genévrier. Cette baie contient, sous une écorce cassante, un nombre prodigieux de semences triangulaires & un peu pyramidales. Plusieurs Auteurs de botanique ont confondu cet arbre avec le Troëne ou avec le Filaria. Prosper Alpin nous a donné le premier la description de l’Alcanna dans son Traité des Plantes d’Egypte, p. 44. La figure qu’il en donne n’est pas exacte, comme l’a fort bien remarqué Veslingius, pag. 16. On peut avoir recours à l’Hortus Malabaricus, vol. i, pag. 37, où l’on verra une branche de cet arbre très-bien dessinée sous le nom de Mail-anschi ; sa description est très-correcte. Cet arbre vient donc dans les Indes aussi-bien qu’en Egypte, où il est appellé Elle-hanne, & Alcanna, par les Médecins. On a cru que c’étoit le Cyprus de Pline, & qu’il devoit se rapporter au genre du Troëne, mais mal à propos, comme on le peut voir à l’article de Troëne. Les feuilles de l’Alcanna sont fort astringentes ; on en fait un grand trafic au Caire après les avoir réduites en poudre, qu’on nomme Archenda, de laquelle les femmes se servent pour se teindre les oncles & les cheveux en jaune doré. Cette même poudre jetée dans de l’eau chaude est un remède dont on use pour supprimer la trop grande sueur des pieds, en les y baignant, & en y appliquant le marc. Les Transactions philosophiques, Tom. 2, pag. 645, disent que l’Alcanna est la feuille d’une plante, qui, quand elle est trempée pendant une nuit dans du vin, rougit les cloux.

☞ Nous continuerons d’appeler Alcanna, l’arbre dont on vient de parler, malgré le reproche qu’on nous fait dans le nouveau Vocabulaire, de donner gratuitement à l’arbre le nom de la poudre qu’on tire de ses feuilles. Bien d’autres que nous lui ont donné ce nom ; & nous ne voyons pas pourquoi nous nous en rapporterions gratuitement à la décision des Vocabulistes.

ALCANTARA. Norba Cæsarea Turobrica, ou Pons Trajanus. Ville de Portugal, dans l’Estramadure, sur le Tage.

ALCANTARA. Ordre militaire d’Espagne. La ville d’Alcantara ayant été reprise sur les Maures par Alphonse IX en 1212, il la confia à la garde des Chevaliers de Calatrava. Deux ans après elle fut remise aux Chevaliers du Poirier. C’étoit un Ordre de Chevaliers institué en 1170, par Gomey Fernand, & approuvé par le Pape Alexandre III, sous la règle de S. Benoît. Alors ils changerent de nom, & prirent celui de la ville d’Alcantara, dont ils étoient en possession. Après la défaite des Maures, & la prise de Grenade, la Maîtrise de l’Ordre d’Alcantara, & celle de l’Ordre de Calatrava, furent réunies à la couronne de Castille par Ferdinand & Isabelle. En 1540, les Chevaliers d’Alcantara demanderent la permission de se marier ; & elle leur fut accordée. Le Pere Andrea Mendo, Jésuite, dans son Traité latin des Ordres militaires, place l’époque de l’institution de cet Ordre à l’an 1156. Barbosa, Somm. Decis. Apostol. collect. à l’an 1176. Les Chroniques de l’Ordre disent que Ferdinand, Roi de Léon, de Castille, des Asturies, & de l’Estramadure, le prit sous sa protection en 1176, l’année suivante Alexandre II l’approuva. Lucius III leur donna la règle de S. Benoît l’an 1184. En 1218, Nugnez Fernand leur donna Alcantara, & ils en prirent le nom. Outre les Auteurs cités, voyez Joseph Michieli Thesoro militar de Cavaleria. Caramuel Theolog. reg. P. IX, Soranzo, l’Idea del Cavaliere. Franc. Menenio dans ses délices des Ordres de Chevalerie. Bernardo Justiniani Hist. de gl. Ordini militari. Ch. 29, Miræus Orig. Ord. equest. Liv. I, ch. IX. Mais Mariana dit que ce fut Alphonse, Roi de Léon, qui, en 1213, donna Alcantara aux Chevaliers de Calatrava. Le Licentié Franc. de Radès, & le Licentié Franc. Caro de Torrès, qui ont fait des Histoires de cet Ordre, disent l’un & l’autre qu’il s’appela d’abord l’Ordre de S. Julien del Pereyro, du nom du lieu où il fut institué, dans l’évêché de Ciudad Rodrigo ; qu’il est de l’Ordre de Cîteaux, & qu’il a la règle de S. Benoît ; qu’on ne sait point précisément en quelle année il fut établi ; mais il fut approuvé par Alexandre III en 1177, qu’il est certain que l’année précédente il subsistoit déjà, parce que l’année 1214 de l’ère de César, qui est la 1176 de J. C. Ferdinand, Roi de Léon & de Galice, leur accorda un privilége ; & que l’année de cette ère 1256, c’est-à-dire, l’an 1218 de J. C. le Grand-Maître de Calatrava la céda à l’Ordre del Pereyro, qui commença à s’appeler l’Ordre d’Alcantara.

☞ ALCARAZ. Alcaratium. Petite ville d’Espagne, dans la nouvele Castille, sur la Guardamena, sur une montagne, avec un Château assez fort.

☞ ALCATHÉES. Fêtes qu’on célébroit en l’honneur d’Alcathoüs, fils de Pelops. Soupçonné d’avoir participé au meurtre de son frere, il se retira à Mégare où il délivra la contrée d’un lion terrible qui la ravageoit. Le Roi lui donna sa fille en mariage. Il régna après lui, & fut mis au rang des héros. On célébroit des fêtes annuelles en son honneur, qu’on nomma de son nom Alcathéas.

ALCATRACE. s. m. Petit oiseau qui se trouve sur l’Océan des Indes, vers le 16e degré de latitude, & les côtes d’Arabie. Wicquefort. Plus bas le même Auteur le nomme Alcatras.

ALCATRAZ. s. m. Poisson que l’on trouve dans la mer des Indes, vers le 15e degré de latitude septentrionale. Ce nom est Espagnol. Wicquefort.

ALCAVALA. s. f. Droit de Douane que l’on paye en Espagne, & dans l’Amérique Espagnole.

☞ ALCAUDETE. Petite ville d’Espagne, dans l’Andalousie, dans le royaume de Cordoue, entre Cordoue & Jaën.

ALCE. s. f. Animal dont il est parlé dans les Auteurs Latins, sous le nom d’Alce, Alces, ou d’Alcis, & que l’on ne connoît point. Quelques Savans veulent que ce soit une espèce de biche ; d’autres un âne sauvage ; d’autres un élan, &c. Il y en avoit dans la forêt noire, ou Hercinie. Capitolin rapporte que Gordien, entre plusieurs autres bêtes, en avoit fait venir à Rome dix de cette espèce ; & que Philippe s’en servit dans les jeux séculaires qu’il donna. On trouve au reste, sur les médailles de Philippe le fils, un animal singulier, avec ces mots, Sæculares augg. que M. Sanheim croit être une Alce. M. Réger est de même sentiment. T. II. p. 731.

ALCÉE. s. f. Espèce de mauve sauvage qui ne différe de la mauve commune, que parce que les feuilles de l’alcée sont plus grandes & découpées plus profondément ; aussi toute la plante est-elle un peu plus grande. Au reste elles se ressemblent fort, & ont les mêmes qualités. Voyez Mauve.

☞ ALCHAH. Ville d’Asie, dans la Transoxiane, sur le Sihon. On la nomme aussi Tachkunt.

☞ ALCHAMARUM. Ville d’Arabie, près du fleuve Ormannus, sur une montagne.

ALCHIMELECH. s. m. Mélilot Egyptien. Cette plante croît & s’étend à terre ; elle est fort petite ; elle serpente lentement : il ne lui arrive presque jamais de s’élever. Ses feuilles ressemblent à celles du trefle ; elles sont seulement un peu plus petites. Quant à ses fleurs, elles sont petites, en grand nombre, oblongues, croissant les unes contre les autres ; de la couleur du safran, d’une odeur fort douce. Il leur succede quelques gousses obliques, qui contiennent une très-petite semence de figure ronde, de couleur noirâtre, tirant sur le rouge, qui a une saveur amère & astringente, & qui n’est pas entièrement privée d’odeur.

☞ ALCHIMIE. s. f. Quelques-uns écrivent Alchymie.. Ce mot est synonyme de Chimie, n’étant composé que de l’article al, emprunté des Arabes, & du mot Chimie. Cependant l’usage l’a consacré à ce qu’on appelle autrement Science ou Philosophie hermétique ; c’est-à dire, à cette partie de la Chimie qui s’occupe à perfectionner & transmuer les métaux. Chimia. C’est un art qui apprend à dissoudre tous les corps naturels, & à les résoudre dans leurs principes. Elle enseigne à séparer les substances utiles de chaque mixte d’avec les inutiles. L’Alchimie n’est décriée qu’à cause qu’il y a plusieurs ignorans, charlatans, & chercheurs de pierre philosophale, qui se vantent de savoir l’Alchimie, pour attraper des dupes, & des avares. Nicode dérive ce mot du Grec χυμὸς, suc, à cause que la Chimie extrait le suc des plantes & des animaux ; ou de χέειν, fondre, parce qu’elle donne le moyen de mettre les choses les plus solides en fusion. Guichard prétend qu’il vient de l’Hébreu מוק, & מקק, qui signifient dissoudre, liquéfier ; par inversion, de ces radicales s’est fait en Grec χύμι, Fundo, & de-là χυμὸς. Libanius & Savot le dérivent d’un certain Alchimus qui faisoit de faux or ; Ménart, après Bochart, de l’Arabe chema, & de l’article al, qui signifie l’art occulte. Saumaise dit qu’il vient d’un certain Chymes, ou Chemos, fort estimé des Grecs, comme le premier inventeur de la Chimie. D’autres disent qu’il vient de Chamia ou Chemia, nom ancien de l’Egypte, d’où cette science fut portée en Grèce. Mais ce qui paroît assez probable, c’est que ce met est grec, & veut dire, salis fusio, ou fonte de sels, de ἁλς, sal, & χέω, fundo ; c’est le sentiment de Quercetanus, Liv. I. De Priscor. Medicina, c. 11, car une des principales opérations de la Chimie se fait sur les sels. Quoique le mot d’Alchimie & celui de Chimie signifient la même chose, les Chimistes pourtant se servent particulièrement de celui d’Alchimie, pour exprimer, la Chimie la plus sublime, & la partie qui enseigne la transmutation des métaux. Selon le jargon des Adeptes ou souffleurs du premier ordre, al n’est pas là un article Arabique ; mais il signifie une vertu merveilleuse. M. Harris, qui distingue l’Alchimie de la Chimie, dit que la vraie définition de l’Alchimie est celle-ci, Ars sine arte, cujus principium est mentiri, medium laborare, & finis mendicare : c’est-à-dire, un art sans art, dont le commencement est de mentir, le milieu de travailler, & la fin de mendier. Un Alchimiste réduit à l’Hôpital (c’est Pénote) avoit coutume de dire, qu’il ne souhaitoit rien à ses plus mortels ennemis, qu’un peu de goût pour l’Alchimie. L’Alchimie est une agréable folie, qui a ruiné insensiblement les plus riches maisons de l’Europe, dans l’espérance de pouvoir trouver par le secours de l’art, ce qui ne peut être opéré que par la nature. C’est pour cela que Rome bannit autrefois ceux qui se mêloient de cette profession, & qu’ensuite les sacrés Canons les ont foudroyés de leurs censures. Geber, Morienus Romanus, Raymond-Lulle, Arnaud de Villeneuve, se sont vantés d’avoir réussi dans cet art mystérieux. Dioclétien fit brûler tous les livres qui traitoient de cette matière ; César en fit de même. Agrippa, de vanitate scientiarum. C. 110. DesRoc.

Jean Léon l’Africain, Description de l’Afrique, p. 3, dit, qu’il y a beaucoup d’Alchimistes à Fez ; qu’ils s’assemblent ordinairement le soir dans la grande Mosquée, pour y disputer de leur art ; qu’ils ont beaucoup d’Auteurs qui en ont écrit ; que les principaux sont un Grec renégat, dont l’ouvrage est intitulé Geber ; un Secrétaire du Sultan de Bagdet, dont l’ouvrage a pour titre Artogrehi ; un ouvrage en vers, ou cantiques, composé par Mugairibi, qui étoit de Grenade, & qui passe pour avoir excellé dans cet art. Il ajoute, que ces Alchimistes, qui sont les plus sottes gens du monde, & qui sentent le plus mauvais, sont de deux sortes : les uns, qui cherchent la pierre philosophale, ou une matière qui imite tous les métaux ; & les autres qui cherchent la multiplication de ces mêmes métaux, en les mêlant les uns avec les autres.

Jean, surnommé l’Alchimiste, céda l’Electorat de Brandebourg à ses freres, vers le milieu du XVe siècle.

Quelques-uns, au rapport du P. Kirker, Oed. Æg. T. II. p. 389, disent que le premier inventeur de l’Alchimie est Mercure Trismégiste. Les Egyptiens, dit ce Pere, l’appellent Sagesse hermétique. Voyez ce qu’il dit en cet endroit & pag. suiv. de l’Alchimie de ces peuples.

On appelle, or & argent d’Alchimie, un mélange de ces métaux avec d’autres métaux imparfaits. Les faux monnoyeurs se servent d’or ou d’argent d’Alchimie, qui ne résistent point au feu, & qui ne souffrent point la coupelle.

On dit proverbialement, faire l’Alchimie avec les dents, lorsqu’on remplit sa bourse par l’épargne de sa bouche. D’autres appliquent ce proverbe à Midas, qui convertissoit en or tout ce qu’il buvoit & mangeoit, duquel on peut dire proprement, qu’il faisoit l’Alchimie avec les dents.

ALCHIMILLE. s. f. Plante que l’on appelle autrement Pied de Lion. Elle ressemble à la mauve par ses feuilles, qui sont toutefois plus dures, plus retirées, & comparties en angles dentelés tout à l’entour ; desorte que quand on étend une de ses feuilles, on lui voit la figure d’une étoile, ce qui lui a fait donner le nom de Stella, & de Stellaria.

ALCHIMIQUE. adj. m. & f. Chimicus, Alchimicus, a, um. Qui appartient à la Chimie ou Alchimie. M. Manget. Médecin du feu Roi de Prusse, a donné une Bibliothèque alchimique.

ALCHIMISTE, ou CHIMISTE. subst. & adj. Celui qui fait la Chimie, qui l’enseigne, ou qui en fait les opérations. Chimicus, Chimiæ peritus. Quand on met ce mot tout seul, on dit plutôt Alchimiste, & alors il est substantif. Quand on le joint avec quelque autre pour épithète, on dit plutôt Chimiste. Un Médecin Chimiste. On a obligation aux Alchimistes de la découverte des plus beaux secrets de la nature, de la fonte & de la préparation des métaux. Le mot d’Alchimistes se dit particulièrement de celui qui s’applique à la transmutation des métaux.

ALCHOLLEA. s. f. Espèce d’aliment fort ordinaire parmi les Maures. Il est composé de bœuf, de mouton, ou de chair de chameau ; mais sur-tout de bœuf, qu’ils coupent en longs morceaux, qu’ils salent & qu’ils laissent mariner pendant 24 heures. Voyez-en la préparation dans le Dict. de James.

ALCIDE. s. m. Alcides. C’est un des noms donnés à Hercule pour marquer sa force, du grec ἀλϰὴ, force ; ou parce qu’il étoit petit fils d’Alcée.

ALCIDON. s. m. Terme de Fleuriste. C’est le nom d’une des espèces des œillets piquetés.

☞ ALCIPO. Halysia. Petite ville de Grece, dans la Livadie, dans le quartier qu’on appelle la petite Grece, près de Natalico.

☞ ALCIS. Terme de Mythologie. C’est un des noms sous lesquels les Macédoniens révéroient la déesse Minerve.

ALCITHOÉ. s. f. Femme de Thébes, qui, pour avoir méprisé les Orgies de Bacchus, fut changée en chouette. Voyez Ovide, Mét. l. 4. fab. i.

ALCMAER. Alcmaria. Ville des Provinces-Unies, à 22°, 1’, 33", de longitude, & 51°, 13’, 30", de latitude. Cassini.

ALCMANIEN. Terme de Poësie latine. C’est une épithète que l’on donne à une espèce de vers composés de trois dactyles & une césure, comme :

Munera lætitiamque Dei.

☞ Ces vers sont ainsi appelés du nom d’Alcman, Poëte lyrique, qui employoit souvent cette mesure dans ses Poësies galantes.

☞ ALCOBACA. Abbaye célébre de l’Ordre de S. Benoît, en Portugal, dans l’Estramadure, bâtie par le Roi Alphonse I. C’est la sépulture de la plûpart des Rois de Portugal.

Alcobaca. Petite ville de Portugal, sur une montagne, auprès de l’Abbaye de même nom.

☞ ALCOHOL. Voyez Alkool.

☞ ALCOHOLADES. Peuple de l’Amérique méridionale, dans la Terre ferme, dans le gouvernement de Venezuela. Ils sont riches en or.

ALCONA, ou ALCONE. s. f. Fausse divinité des Anciens. Alcona. Elle présidoit aux voyages aussi-bien qu’Adonéa.

Ce mot peut venir d’ἀλϰὴ, robur, force, parce qu’il faut de la force, il faut être robuste pour voyager.

ALCOOL. Voyez Alkool.

ALCOR. s. m. Petite étoile dans le milieu de la queue de Grande-Ourse. Cours de Mathématiques de Wolf.

ALCORAN. s. m. Alcoranus, Coranus. Ce mot qui est arabe, signifie la même chose en cette langue, que celui de hammikra en hébreu, c’est-à-dire, Lecture, ou Collection ; car le verbe arabe קרא a les mêmes significations que le verbe latin legere, & se prend non-seulement pour lire, mais encore pour cueillir, recueillir, ramasser. Mais quoique l’Alcoran puisse être appelé Collection, parce que c’est le ramas, ou la collection de tous les préceptes de Mahomet & de sa loi, il paroît plus vraisemblable que c’est dans le premier sens qu’on a pris ce nom, & qu’on le lui a donné pour faire entendre que c’est la lecture, ou le livre de lecture par excellence. Mahomet, qui a été le singe des Juifs & des Chrétiens, a emprunté d’eux, & a donné à son livre les mêmes noms qu’ils donnent à la Bible, voulant marquer par là que son Alcoran n’étoit pas moins divin que la Bible. Aussi l’appelle-t-il quelquefois Alkitab, comme les Juifs disent הכתוב, c’est-à-dire, l’Ecriture, comme nous disons en grec τὰ βιϐλία, & en latin Biblia, c’est-à-dire, le livre par excellence ; il lui donne le nom de Livre de Dieu, pour montrer qu’il l’a reçu de Dieu. Les Mahométans l’appellent encore אל פר קאן, alphorkan, du verbe פרק, pharaca, qui signifie distinguer, ou parce que ce livre distingue, selon eux, le vrai du faux, & ce qui est permis de ce qui ne l’est pas, ainsi que Marraci l’a prétendu ; ou peut être parce qu’il contient les chapitres de la loi, ou de Mahomet, & dans le sens que les Hébreux donnent à quelques livres le nom de פרקים ; Parakim Capita, ou Capitula ; par exemple, אבות ,פרקי Capita Patrum, Majorum ; אליעזר ,פר קיר Capitula R. Eliezer. Car Alphorkan est aussi en arabe le pluriel du nom פרק phark, ou alphark, qui signifie la même chose que l’hébreu פרק perck. Enfin, ils appellent encore l’Alcoran Alzechr, avertissement, ou plutôt, si l’on peut ainsi parler, remembrance, parce qu’il fait remémorer, c’est-à-dire, qu’il conserve ou rappelle la mémoire de la loi. Il est divisé en Surates, c’est a-dite, en Sections, ou Chapitres, & chaque Section, ou Surate, est divisée en petits versets, qui sont la plûpart écrits d’un style fort coupé, & qui approche plus des vers que de la prose. Les Mahométans ont chez eux, aussi-bien que les Juifs, une espèce de Massorettes, qui ont compté le nombre des versets, des mots, & même de toutes les lettres qui sont dans l’Alcoran.

Nous croyons communément que Mahomet est l’Auteur de ce Livre, & qu’un Moine nommé Sergius, l’a composé avec lui. Mais les Mahométans croient comme un article de foi, qu’il n’a point été composé par leur faux Prophète, qui a été, disent-ils, un homme sans littérature. Ils sont persuadés que comme Dieu a donné la loi à Moyse, l’Evangile à Jesus-Christ, & d’autres Livres sacrés aux autres Prophètes ; de même il a donné l’Alcoran à Mahomet ; & qu’il s’est servi pour cela du ministère de l’Ange Gabriel, qui ne l’a néanmoins communiqué que peu à peu, par versets, & en différens lieux, pendant l’espace de 23 ans. C’est ce qui fait que tout cet ouvrage est sans ordre, parce que Mahomet, ou plutôt son Copiste, ayant mis ces versets dans une boîte, sans aucun ordre, & avec confusion, il n’a pas été possible de les remettre dans leur premier ordre, quelque soin que les Docteurs Mahométans aient pris pour le trouver. Ces 23 années, qu’on suppose que l’Ange Gabriel employa pour donner l’Alcoran entier à Mahomet, sont d’une merveilleuse utilité à ses Sectateurs. Car elles leur servent de dénouement pour répondre à ceux qui leur opposent les contradictions manifestes dont ce Livre est rempli. Ils disent que c’est Dieu même qui est l’auteur de ces contradictions, parce qu’il a révoqué dans la suite du temps plusieurs préceptes qu’il avoit d’abord donnés, la nécessité des choses le demandant ainsi. Ils ont même marqué dans leurs Commentaires les versets de l’Alcoran que Dieu a révoqués & abrogés.

M. d’Herbelot croit que ce qu’il y a de plus vraisemblable touchant la composition de l’Alcoran, est que plusieurs Evêques, Prêtres, Moines, & autres gens ayant été relégués par les Empereurs dans les déserts de l’Arabie & de l’Egypte, après que les hérésies des Nestoriens, des Eutychiens, & des Monothélites eurent été condamnées par les Conciles œcuméniques, il s’en trouva d’assez méchans pour fournir à Mahomet les Mémoires peu fidèles & mal conçus de l’ancien & du nouveau Testament, dont il a prétendu couvrir ses impostures. Les Juifs qui s’étoient fort répandus dans l’Arabie y ont contribué aussi de leur côté ; & ce n’est pas sans raison qu’ils se vantent que douze de leurs principaux Docteurs ont été les Auteurs de ce Livre détestable, dans la vûe de confondre les Chrétiens sur l’étendue de la Religion. L’Alcoran est plein de sentimens erronés des hérétiques dont on a parlé, ce qui confirme la conjecture.

On remarquera que cet Alcoran n’étoit du temps de Mahomet qu’en des feuilles séparées, qui ne faisoient point un corps de Livre. Ce fut Aboubécre son successeur qui ramassa ces feuilles dispersées, & en fit un volume, qu’il donna à garder à Haphsa veuve de Mahomet, pour servir d’original. Comme il se trouva de la variété entre les exemplaires de ce Livre, qui furent répandus en diverses provinces, Othman, successeur d’Aboubécre, les fit ramasser, & donna ordre qu’on fît plusieurs copies de l’Alcoran sur l’exemplaire de Haphsa ; l’on supprima en même temps tous les autres qui n’y étoient point conformes. Cette révision cependant, quelque exacte qu’elle fût, n’a pas empêché qu’il ne se trouve encore aujourd’hui de la diversité entre les exemplaires de ce Livre ; & elle consiste principalement dans les points voyelles, qui n’étoient peint encore en usage au temps de Mahomet & de ses successeurs. Ils y ont été ajoutés dans la suite, pour en fixer la lecture, de la même manière que les Massorettes des Juifs ont ajouté ces sortes de points voyelles au texte hébreu de l’Ecriture : & comme ceux-ci ont eu des critiques qui ont marqué les véritables leçons de leur texte, il se trouve aussi parmi les Mahométans des Ecrivains qui ont composé des Livres touchant la véritable lecture de l’Alcoran.

Il y a sept éditions principales de l’Alcoran ; deux faites à Médine, une à la Mecque, une à Coufa, une autre à Balsora, une en Syrie, & une que l’on appelle Commune, ou Vulgate. La première de ces éditions contient six mille versets ; les autres la surpassent de 200 jusqu’à 236. Mais elles sont toutes égales quant au nombre des mots & des lettres, car dans tous les exemplaires de ce Livre on compte 77639 mots, & 323015 lettres.

Cet ouvrage a été d’abord divisé en petits versets : en quoi ils ont suivi les Grecs & les Latins, qui ont nommé ces sortes de versets σίχους, Lineas, versiculos ; & quoiqu’ils aient différentes éditions, où le nombre de ces versets est marqué différemment, cette variété est de nulle importance ; car tous les exemplaires de l’Alcoran conviennent pour le nombre des mots & des lettres ; & à l’égard de la division des Surates, ou Chapitres, elle est assez nouvelle. Les Mahométans le partagent communément en 60 sections ; & chaque section se récite en différens temps, & en diverses occasions, dans les Mosquées, où ils ont des gens gagés pour faire cette lecture.

Il y a un si grand nombre de Commentateurs & d’Interprètes sur l’Alcoran, que l’on pourroit faire un gros volume des seuls titres de leurs Livres. Ben Oschair en a fait une histoire assez ample, intitulée, Tarikh Ben Oschair. Tous ces Commentaires portent en général le titre de Taffir. Les principaux sont Reidhaori Thaalebi, Zamalchischari, & Bacai.

Comme l’usage de l’impression n’est point chez les Mahométans, & qu’elle y est au contraire défendue par les loix de l’Etat, il n’est pas surprenant qu’on n’en ait vû aucune édition jusqu’à ces derniers temps. Il en a paru une à Hambourg in-4°. en 1694, où il n’y a que le texte arabe. Le P. Maracci, Professeur en langue arabe dans le Collége de Rome, l’a fait imprimer à Padoue in-folio en 1698, avec une version latine, à laquelle il a travaillé pendant 40 ans. Il l’a accompagnée de notes prises des Docteurs Mahométans ; & il réfute en même temps la doctrine de l’Alcoran, dont il fait voir les faussetés assez au long dans un ouvrage séparé qu’il a mis à la tête de son édition, sous le titre de Prodrome.

Outre l’Alcoran, qui est le principal fondement de la religion des Mahométans, ils ont un autre Livre qui renferme leurs traditions, auquel ils ont donné le nom de Sonna. Voyez le mot Sonna. Voyez aussi le mot Mahométisme.

L’Alcoran a été traduit en François par André du Ryer, Sieur de Maillezais.

L’Auteur des Remarques sur le voyage du P. Jérôme Dandini, Jésuite, au Mont Liban, rapporte que les Mahométans ont une Théologie positive appuyée sur l’Alcoran, & sur la tradition, & une autre Scholastique sur la raison ; qu’ils ont leurs Casuistes, & une espèce de Droit Canon, où ils distinguent ce qui est de droit divin d’avec ce qui est de droit positif. Ils ont aussi des espèces de Bénéficiers, de Chapelains, d’Aumôniers, & de Chanoines, qui lisent chaque jour un Chapitre de l’Alcoran dans la Mosquée, & qui ont des Prébendes pour cela. Le Hatib de la Mosquée est proprement ce que nous appelons le Curé d’une Paroisse ; & les Scheis sont les Prédicateurs qui tiennent devant eux l’Alcoran ouvert, & qui en lisent quelque verset pour leur servir de texte. Voyez d’Herbelot au mot Alcoran. M. Joly, dans son Voyage de Munster, dit qu’un docte personnage de ses amis appeloit l’apologie pour Messire Henri-Louis Chastaignier de la Rochepozai, Evêque de Poitiers, contre ceux qui disent qu’il est défendu aux Ecclésiastiques de prendre les armes en cas de nécessité, l’Alcoran de l’Evêque de Poitiers. De Vig. Mar.

Alcoran. s. m. ou Alcorane. s. f. Turris fanorum mahummedanicorum. Les Perses appellent aussi Alcoran une espèce de tours ou clochers étroits & hauts, accompagnés en dehors de deux ou trois galeries les unes sur les autres, d’où leurs Moravites, qui sont une espèce de leurs Prêtres, font leurs prières à haute voix, trois fois le jour, & cela avec un ton fort clair & grave, en faisant le tour de la balustrade, ou galerie, afin d’être mieux entendus par-tout. Wicquefort, Ambass. de Figuer. Le même Auteur dit plus bas Alcorane au féminin, & en fait une espèce d’adjectif. On voyoit 27 colonnes posées sur leurs bases, & si hautes, que les Perses & les Arabes les appellent Alcoranes, qui sont certaines tours hautes, & menues, dont ils ornent leurs principales Mosquées. Id.

ALCORANISTE. s. & adj. Qui est attaché aux fables débitées dans l’Alcoran. Alcoranis fabulis fidem adhibens. Les Alcoranistes, gens attachés aux fables débitées par leur faux Prophète, croient qu’il y a une montagne appelée Caph, qui entoure tout le globe de la terre & de l’eau, & qui borne de tous côtés son hémisphère. D’Herb. Bien des Mahométans ne sont point Alcoranistes.

ALCORE. s. f. Espèce de pierre parsemée de petites taches qui ressemblent à de l’argent. Dict. de James.

ALCOVE. s. f. Les Architectes le font masculin : mais dans l’usage ordinaire il est féminin. C’est la partie d’une chambre qui en est séparée par une estrade, & par quelques colonnes, ou ornemens d’Architecture ; on y place d’ordinaire le lit ou des siéges, comme dans un lieu retiré.

Dans le réduit obscur d’une Alcove enfoncée,
S’élève un lit de plume à grands frais amassée.

Boil.

Nos Cabanes, Segrais, ne sont point magnifiques :
Nous dédaignons l’orgueil des Alcoves dorés,
Nous possédons des bois, des musettes rustiques,
Des moutons & des prés.

Un homme n’est point heureux s’il n’a la goutte dans une magnifique Alcove. Balz. Le mot est venu de l’Espagnol alcoba ; & les Espagnols l’ont pris de l’Arabe elkhaub, où il signifie seulement un cabinet, ou le lieu où l’on dort ; ou d’elcobat, qui signifie tabernaculum. Gousset prétend que ce sont les Arabes qui ont porté ce nom en Espagne ; qu’il est composé de l’article Arabe al, & de l’Hébreu עבת qui, selon lui, ne signifie pas lupanar, comme on l’interprète ordinairement, mais un lieu dans une tente à mettre le lit. Quelques lits des Turcs sont enfermés dans des armoires, comme ceux des Chartreux, qui sont de véritables alcoves. Du Loir. Voyage du Levant, p. 70.

☞ ALCOYTIN. Petite Ville de Portugal, dans l’Algaroe, sur une colline, à sept lieues de Tavira.

☞ ALCREBIT. s. m. Instrument de fer qui garnit une ouverture faite à la partie postérieure du fourneau à fondre les mines. Il sert à recevoir le canon du soufflet ; desorte que le bout du soufflet ne déborde point dans le fourneau.

☞ ALCUDIA, ou ALCUDY. Petite ville de l’île de Majorque, avec un assez bon port, à une lieue de Puglienza.

☞ Le Cap d’Alcudy est une pointe fort haute & escarpée, qui sépare la baie d’Alcudy de celle de Puglienza.

ALCYON. s. m. Espèce d’oiseau de mer, de la grosseur d’une caille, au plumage bleu, vert & rouge, qui couve sous l’eau, & parmi les roseaux. Alcyon, ou Alcedo. Belon dit que l’Alcyon est un oiseau de mer, qui fait son nid parmi les roseaux ; qu’il a le corps de couleur rousse & enfumée, le bec tranchant, & les jambes & les pieds cendrés. Quelques-uns l’appellent Martinet, ou oiseau de Saint Martin, & sur-tout en Normandie ; ou Martinet pêcheur : & en quelques lieux on le nomme Drapier. Les Naturalistes disent que la mer est calme quand les alcyons font leurs nids. Voyez plus bas Alcyonien.

On rencontre sur le Bosphore de Thrace de petits oiseaux que quelques-uns du pays veulent persuader être des alcyons : mais on n’en trouve jamais de nids, quoiqu’il y ait souvent bonace sur cette mer ; & tous les jours de l’été qui sont sereins, on les voit par bandes remonter le Bosphore quand le soleil se couche. Leur plumage est tout blanc : leur vol est bas, mais très-rapide, & les Turcs prennent plaisir à le leur faire précipiter encore davantage, en leur criant par plusieurs fois ce mot Kyl, qui veut dire Teigneux. Du Loir, Voyage du Levant, p. 75.

On appelle encore alcyons, certaines plantes marines qui ont quelque rapport aux éponges. Les alcyons sont composés de filamens semblables à ceux de la grosse filace de chanvre, couverts d’une espèce d’écorce toute percée, mais dont l’œil a de la peine à appercevoir les trous sans le secours du microscope. La matière des alcyons est toujours la même, mais la forme en varie de toutes les manières. Voyez Alcyonium.

ALCYONE. s. f. Terme de Mythologie. Fille d’Eole ou de Neptune qui épousa le Roi Ceyx. Ce Prince ayant fait naufrage en revenant de consulter l’Oracle d’Apollon, Alcyone en eut tant de douleur, qu’elle se précipita dans la même mer & dans le même endroit où elle vit flotter le corps de son mari. Les Dieux touchés d’une action si généreuse ne la voulurent pas laisser sans récompense, & métamorphoserent ces deux époux en alcyons, oiseaux de mer qui ne se séparent jamais, & qui s’entreportent même lorsque la lassitude ou le mauvais temps leur ôte la force de voler. Ovide, Mét. lib. II.

ALCYONÉE. s. f. Un des plus redoutables Géans qui attaquerent Jupiter.

☞ ALCYONIEN, ENNE. adj. Qui appartient aux Alcyons, qui concerne les Alcyons. Alcedonius. Il n’a d’usage que dans cette phrase, jours alcyoniens, jours pendant lesquels les alcyons font leurs nids, couvent leurs œufs. Ces jours sont sept jours avant le solstice d’hiver, & sept jours après, pendant lesquels les Poëtes ont feint que la mer étoit calme & tranquille. Cet espace de temps s’appelle alcedonia, orum. neutre pl.

ALCYONIUM. s. m. Nom d’un genre de plante marine, dont les espèces sont spongieuses, & quelquefois pierreuses ; mais presque toujours informes. Imperatus en décrit quatre à cinq espèces. M. de Tournefort en rapporte une douzaine ; mais les dernières qu’il nomme vermiculées doivent être exclues de ce genre, parce que ce sont des dépouilles d’espèce de vers de mer, de même que le Tubularea purpurea. On croit que ce nom a été donné à ce genre de plante, à cause que quelques-unes de ces espèces ont été trouvées dans les endroits où l’alcyon avoit fait son nid, ou parce qu’on a prétendu que cet oiseau s’en servoit pour faire son nid.

☞ On est aujourd’hui bien revenu du préjugé où l’on croit, par rapport à l’alcyonium & à plusieurs autres productions que l’on regardoit comme autant de plantes marines. Les observations de M. Peyssonel nous ont appris que la plûpart de ces substances sont produites par des insectes de mer, assez semblables aux polypes.

ALD.

ALDE. s. m. Aldus. Nom propre. Le plus connu qui l’ait porté est Alde Manuce, fameux Imprimeur au commencement du XVIe siècle, & l’un des premiers restaurateurs des belles lettres en Europe. On l’appelle souvent Alde. Il y a des éditions d’Alde qui sont fort recherchées. M. Chasselain écrit S. Ald dans son Martyrol. 10 Janvier, p. 156 & 163.

ALDEBARAM. s. m. Terme d’Astronomie. Etoile qu’on appelle autrement l’Œil du Taureau. Oculus Tauri. C’est une étoile fixe de la première grandeur, qui est située à la tête de la constellation, ou du signe du Taureau. Ce mot est arabe. Raphelange interprète בראן λαμπαδίας.

ALDEBERT. Nom d’homme. Voyez Albert.

ALDÉE. s. f. Terme de Relation qui signifie une espèce de village, où il n’y a que quatre ou cinq maisons, mais qui sont si longues, que chacune peut contenir sept à huit cens personnes. Moréri dit que les habitans du Brésil qui se font attachés aux Portugais, demeurent dans des Aldées.

☞ ALDENAER. Petite ville d’Allemagne, dans l’Electorat de Cologne, sur l’Aar, qui la traverse, au-dessus de Sauffenberg.

☞ ALDENBOURG. Ancienne ville de la Wagrie. Voyez Altenbourg.

☞ ALDENBOURG. Ville de Turinge. Voyez Altenbourg.

ALDERMAN. s. m. Mot anglois, qui est connu en France, à cause du commerce & du voisinage du pays. L’Alderman est un Officier municipal. Il y a des Aldermans dans toutes les villes municipales, qui en composent le conseil commun. Chaque corps de métier en fournit un certain nombre. Ce sont eux qui règlent tout ce qui appartient à la police. Ils se mêlent aussi quelquefois des affaires civiles & criminelles, mais fort rarement, & seulement en certains cas. C’est d’entre eux que l’on choisit les Maires & les Echevins des villes, lesquels, après leur mairie & leur échevinage, retournent dans les corps des Aldermans, dont ils étoient comme les Commissaires. Spelman ne décide point quelle a été autrefois cette dignité ; mais il croit en général qu’elle appartenoit à des Juges. Il y a eu aussi des Aldermans des Marchands, des Aldermans de l’Hôpital, &c. Ce mot vient d’alder, mot saxon, qui signifie senior & mann, qui signifie homo, & il est ancien. Dans les Acta Sanct. Febr. T. I, p. 910. Le P. Henschenius rapporte un édit de S. Ina Roi des Saxons occidentaux, dans lequel on trouve deux fois ce mot. Aldermannorum meorum & seniorum, & sapientum regni mei, &c. Et nulli Aldermanno, vel alicui de toto regimine nostro, conscripta liceat abolere judicia. Henschenius remarque que dans une autre édition ces Aldermans sont appelles Senatores, Sénateurs. On trouve que dans les siècles postérieurs au lieu d’Alderman on a dit Justicier, Justiciarius, dans Matthieu Paris. Spelman dit que ce fut sous les Rois Normands, qu’au lieu d’Alderman que les Saxons avoient introduit, on dit Justicier. Thomas, Moine d’Ely, dans la vie de Sainte Etheldrède interprète Alderman par Prince, ou Comte. Egelwinus qui cognominatus est Alderman, quod intelligitur Princeps, sive Comes.

ALDEVET. Célébre monastère de la Congrégation de Clervaux. Le monastère d’Aldevet, appelé vulgairement Camp, fut fondé dans le XIIe siècle par Arnaud I, que S. Bernard appelle dans une de ses lettres une ferme Colonne de l’Ordre, & qu’il fit premier Abbé de Morimond. Arnaud ayant été appelé à Cologne par son frere Frédéric, qui en étoit Archevêque, par les libéralités de ce Prélat il bâtit le monastère d’Aldevet, qui dans la suite en a produit plusieurs, dont il reste encore plus de soixante & dix en Allemagne & en Pologne, Voyez le P. Héliot. T. V. p. 371, 372.

ALDIN, INE. adj. Terme d’Imprimerie pour exprimer les lettres italiques, & qu’on appelle Lettres aldines. On ne se sert guère de ce terme qu’au féminin, quoiqu’on pût aussi-bien dire un caractère aldin, qu’un caractère italique, mais il n’est pas en usage. A l’égard de la lettre aldine, elle tire son nom d’Alde Manuce qui s’en est servi le premier. Ce fameux Imprimeur ne se servoit presque point d’autre caractère ; il le préféroit au romain, parce qu’il imite mieux l’écriture, & qu’il est plus pressé ; mais comme il fatigue la vue, on l’a abandonné, de façon qu’on ne se sert plus guère aujourd’hui de la lettre aldine, que pour les mots & les citations qu’on veut distinguer. On estime l’exactitude des éditions des deux freres Sébastien & François Griff. Sébastien employoit presque toujours la lettre aldine, & François se servoit le plus souvent du caractère romain. Journ. des Sav. Mars 1725, après M. Maittère.

ALDOBRANDINE. (la Noce) C’est un morceau de peinture antique, une Frise qu’on a trouvée dans les ruines de Rome, & qu’on a transportée dans la vigne aldobrandine, avec la partie du mur sur laquelle elle étoit peinte. Cette Frise représente une noce ; la Mariée est assise sur le bord du lit ; elle penche la tête & fait la dolente & la difficile, ce sont les termes de Misson, pendant qu’une Matrone la console d’un air riant, l’instruit, la persuade, & lui fait entendre raison. L’Epoux couronné de lierre & tout deshabillé, est assis auprès du lit avec un air hardi, & dans l’impatience sans doute que son épouse ait achevé toutes ses simagrées. Quatre ou cinq servantes préparent en divers endroits des bains & des parfums aromatiques ; & une musicienne joue de la lyre, pendant qu’une autre chante apparemment quelque épithalame. Cette peinture s’est assez bien conservée. Dict. de Peint. et d’Arch.

ALE.

☞ ALE. Royaume d’Afrique, dans le pays des Nègres. Il est séparé de celui de Juala par la rivière qu’on appelle Rio de la grace, & confine à celle de Gambea. Les habitans sont idolâtres. Ils adorent la nouvelle Lune.

☞ ALEA. Surnom de Minerve, qui lui fut donné par Aleus, Roi d’Arcadie. Il y avoit à Alea, ville d’Arcadie, un temple dédié à Minerve Aléenne, dont Aleus avoit été le fondateur de même que de la ville. Voyez Diodore de Sic. liv. 4.

ALÉAUME. s. m. Nom d’homme. Adelelmus. S. Aléaume, que les Espagnols appellent S. Elesme, ou S. Lesme, de la Chaise-Dieu où il étoit Moine, fut attiré en Espagne par la Reine Constance, femme d’Alfonse VI, Roi de Castille & de Léon, & il mourut vers l’an 1100. Ce nom s’est formé du latin Adelelmus, Adelelme, Adlelme, Alelme, Alaume, Aléaume. Les familles qui portent ce nom, l’ont reçu de quelqu’un de leurs ancêtres qui s’appeloit Adelesme. Mariette, qui a écrit sa vie en Espagnol, le fait natif de Lyon ; mais il étoit de Loudun ; Voyez les notes de M. Chasselain, 30 Janv. p. 464 & 465.

ALECÉ. s. m. Rivière du royaume de Naples. Alex, Halex. Elle arrose la Calabre ultérieure, & tombe dans la mer de Sicile, près de Régio.

ALECTON. s. f. Alecto. Une des trois Furies, sœur de Tisiphone & de Mégère, & fille de l’Achéron & de la Nuit. Ce nom est formé de l’α privatif, & du verbe λήγω, je cesse ; & signifie celle qui ne cesse point de persécuter & de nuire ; ou comme d’autres veulent, parce que la cupidité est insatiable, & ne cesse jamais de désirer. Voyez au mot Furies.

ALECTORIENNE. s. f. C’est une pierre qui se trouve quelquefois dans l’estomac ou dans le foie des vieux coqs, d’où elle tire son nom. Alectria, Alectoria. Car Άλέϰτωρ, est un mot grec, qui signifie Coq. Elle est ordinairement de la figure & de la grosseur d’un lupin. Elle excède rarement la grosseur d’une fève. Sa couleur est tantôt cendrée, & tantôt brune. Elle est quelquefois parsemée de veines rouges. On lui attribue beaucoup de propriétés, la plûpart sont fabuleuses.

ALECTOROLOPHOS. s. m. Christa Galli. Crête de coq. Cette plante a ses feuilles ressemblantes à la crête d’un coq. Sa tige est foible, & sa semence de couleur noire. Il y en a deux espèces, l’une mâle, l’autre femelle, qui n’ont aucune propriété médicinale.

ALECTOROMANTIE, ou ALECTRYOMANTIE. s. f. Alectryomantia , Alectoromantia. Divination par le moyen d’un coq, L’Alectryomantie étoit en usage parmi les Grecs. Voici comment elle se pratiquoit. On traçoit un cercle sur la terre ; on le partageoit ensuite en 24 petites cases, ou espaces ; dans chacune de ces cases on écrivoit une lettre de l’alphabet ; sur chacune de ces lettres on mettoit un grain de blé ; cela fait, on prenoit un coq, & on le mettoit dans ce cercle. On remarquoit quels grains il mangeoit, & quelles étoient les lettres de ces cases où ces grains avoient été placés ; on faisoit un mot de ces lettres, & l’on croyoit que ce mot apprenoit la chose que l’on vouloit savoir. C’est par cet art d’Alectryomantie que le Sophiste Libanius & Jamblique chercherent ce qu’ils crurent avoir trouvé, quel seroit le successeur de l’Empereur Valens. Car le coq ayant mangé les grains qui étoient sur les lettres Θ, Ε, Ο, Δ, ils ne douterent point que le successeur de Valens ne fut Théodore. Ils se tromperent, ce fut Théodose. C’est Socrate, Sozomène, Cedrenus, & Zonaras, qui nous ont conservé ces particularités. Voyez le P. Kirker Œd. Ægypt. T. II. p. 472 & 473. Ce mot vient d’ἀλέϰτωρ, ou ἀλεϰτρυὼν, qui signifie un coq, & μαντεία, divination.

ALECTRYON. s. m. Jeune favori de Mars, & le confident de ses amours. Ayant été mis un jour en sentinelle, tandis que le Dieu étoit avec Vénus, il s’endormit, & laissa surprendre les deux amans par Vulcain, qui les enveloppa dans des filets imperceptibles, & assembla tous les Dieux pour être témoins de l’aventure. Mars irrité de la négligence d’Alectryon, le métamorphosa en un oiseau de son nom, c’est-à-dire, en coq.

☞ ALÉES. adj. pl. f. Fêtes qu’on célébroit en Arcadie, en l’honneur de Minerve, surnommée Alea, par Aleus.

ALÉGE. s. m. Voyez. Allége.

☞ ALÉGRE. adj. de t. g. Terme relatif à une certaine disposition à la gaieté. Agile, dispos & gai. Alacer, ou Alacris. Il n’est pas du style noble ; mais il trouve place dans le familier. Jeune homme toujours alégre. Il est sain & alégre. A se sauver de nous, Dieu sait s’il est alégre. Racin. Nicod dérive ce mot de alacer, qui a été fait de adacer, qui signifie, qui ne pleure point, qui a toujours l’œil riant. Festus le dérive de alis alacer.

☞ ALÉGRE. Ville de France, en Auvergne, dans l’Election de Brioude, Généralité de Riom, avec titre de Marquisat.

ALÉGREMENT. adv. D’une manière alégre. Alacriter, & mieux, alacrè. Il est allé à ce voyage alégrement. Les soldats le suivirent alégrement, lorsqu’ils le virent à pied marcher à leur tête. Ablanc. Ce mot commence à vieillir ; & on diroit plutôt, les soldats le suivirent avec joie, avec ardeur.

☞ ALÉGRESSE. s. f. Terme relatif à la démonstration de la joie. C’est proprement une joie qui éclate au dehors, qui s’annonce avec une vivacité. Alacritas. Il reçut cette nouvelle avec une grande alégresse. Il convient mieux quand il s’agit d’une joie publique. Ce Prince fut témoin de l’alégresse publique ; il fut reçu avec grande alégresse de ses sujets, avec plusieurs cris d’alégresse. Venez, louons le Seigneur avec alégresse. Port-R. On appelle les sept alégresses, certaines prières adressées à la Sainte Vierge, dans lesquelles on exprime les sept différens sujets de joie qu’elle a eue pendant sa vie. Ce mot est dérivé d’alégre, alacer, parce que dans cette joie on saute, on danse, on montre son agilité.

ALEHEURE. Vieux mot qui veut dire, allure, galop, Borel. Incessus, cursus celer.

ALEINS. Vieux mot, qui veut dire aussitôt.

Vers li s’en vet aleins qu’il puet. Percev.

☞ ALEM, ou ALEN. Petite ville d’Allemagne, dans la Westphalie, dans le haut diocèse de Munster, sur la rivière de Werse, entre Beckem & Drenftewort.

ALEMANDE. s. f. Autrefois ce mot vouloit dire Amande, fruit ; ce qui a fait croire à quelques-uns que les amandes nous sont venues d’Allemagne.

ALEMBIC. Voyez Alambic.

ALEMBIQUER. Voyez Alambiquer.

☞ ALEMBROTH. s. m. Mot Chaldéen dont se servent les Alchimistes, pour signifier la clef de l’art. Trouvez cette clef, vous n’avez plus rien à chercher.

Alembroth, signifie aussi sel fondant ; & comme les sels les plus fondans sont les alcalis, Alembroth est un sel alcali qui sert à la fusion des métaux.

☞ ALEM-DAGHI. C’est ainsi que les Turcs nomment l’Olympe, montagne de la Thessalie. Ce mot signifie Mont du Ciel.

ALEMDAR. s. m. Terme de Relation. Nom d’un Officier de la Porte Ottomane. Vexillifer. C’est le deuxième Officier des Emirs, qui sont de la race de Mahomet. C’est lui qui porte l’étendard vert de Mahomet, lorsque le Grand Seigneur paroît dans quelque cérémonie publique. A. D. S. M. Le mot d’Alemdar est composé des deux mots Alem & Dar, dont le premier signifie étendard, & le second avoir, tenir. Ricaut.

ALÉMONE. s. f. Déesse que la superstition romaine, dit Tertullien, avoit inventée, & à laquelle elle attribuoit le soin de nourrir les enfans dans le sein de leurs meres. Tert. de Anim. C. 37. C’est de-là que lui venoit son nom, de alere, nourrir. Voyez aussi Lilio Gyraldi, De Diis Gent.

ALENÇON. Alenconium. Ville de France, dans la Normandie, sur la Sarte, avec titre de duché, & bailliage. Alençon fut érigée en duché en 1414. Alençon est à 17°. 30’, 3” , de longitude, & à 48°, 29’, 0”. Tables Astron. de M. de la Hire.

ALENÇONNOIS, OISE. adj. Qui est d’Alençon. Alenconiensis, e.

ALENCONTRE. adv. On doit écrire A L’ENCONTRE. Qui se dit de ce qui est contraire. Contrà. Si vous êtes de cet avis, je ne vais pas alencontre ; je ne dis rien alencontre. On disoit autrefois au Palais : Je plaide pour un tel, alencontre d’un tel. Aujourd’hui, quoique le style du Palais soit le style des barbarismes ; on dit, pour un tel, contre un tel.

☞ ALENDIN. Ville d’Afrique, dans la province d’Hascore, dans une vallée, à une lieue d’Almédine. On l’appelle aussi Elmedin.

ALÊNE. s. f. Pointe d’acier enmanchée, qui sert à plusieurs artisans, comme aux Bourreliers, Cordonniers, Malletiers, Savetiers, &c. pour percer le cuir & y passer du fil, afin d’en attacher plusieurs pièces ensemble. Subula.

Ce mot vient de l’Espagnol, alesna, que Covarruvias & Ménage disent avoit été fait du latin, à lædendo, ou de l’arabe alesenna, fait de la racine sanna, qui signifie rendre pointu. D’autres le dérivent à linea, parce qu’il sert à faire passer le fil que les ouvriers appellent ligneul ; & prétendent qu’on a dit autrefois aleigne, & aligne.

On dit proverbialement d’un poltron qui souffre qu’on lui fasse des insultes, qu’il se laisseroit donner cent coups d’alêne dans les fesses, plutôt que de se battre.

ALÉNÉE. s. f. Il se trouve dans Marot pour halénée, souffle. Halitus.

Et d’un accord & tout d’une alénée,

Ont appelé.&c.
Marot
.

C’est-à-dire, tout d’une voix.


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