Dictionnaire de Trévoux/6e édition, 1771/Tome 1/321-330

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Fascicules du tome 1
pages 311 à 320

Dictionnaire de Trévoux, 1771
Tome 1, pages 321 à 330

pages 331 à 340



premiers siècles de l’Eglise. Cela paroît évidemment par l’Auteur des Questions attribuées à S. Justin, p. 56. par Origène, Liv. V. sur le ch. 6 de l’Epître aux Romains, qui dit, que c’est là une tradition apostolique ; par un Concile d’Afrique, où S. Cyprien rapporte, Epist. ad Fidum, qu’il fut décidé d’un consentement unanime de tous les Evêques, sans en excepter un seul, qu’il falloit baptiser les enfans immédiatement après leur naissance, & ne point attendre ; par le Concile de Milève, Can. 2. le Concile d’Autun, Can. 18. le second Concile de Mâcon, Can. 3, le Concile de Girone sous Hormisdas ; le Concile de Londres en 1237, Can. 3 ; le Concile de Vienne sous Clément V, le Concile de Trente, Sess. VII, Can. 12 & 13, Sess. V, Can. 4, par les Papes Siricius, Ep. ad Himer. Innocent I, dans son épître au Concile de Milève ; Clément V, de summâ Trinit. & fide Cath. Innocent III, Extra C. Majores de bapt. par S. Irénée Liv. II, ch. 39. S. Cyprien dans la lettre que j’ai citée ; l’Auteur du Livre de la Hiérarchie Ecclés. attribué à S. Denys, au dernier ch. S. Augustin Ep. 20 à S. Jérôme, où il dit que ce ne fut point un nouveau décret que celui de S. Cyprien, qu’il ne fit que conserver la foi de l’Eglise ; le même Saint, dans le Sermon 10 De verb. Dom. Liv. III. De peccator. mer. ch. I, 26. Liv. IV. De Bapt. ch. 23. S. Amb. Liv. De Mystico Pasch. ch. 5. S. Jérôme Dial. 3, contre les Pelag. l’Auteur du Liv. de la Vocat. des Gent. ch. 6. S. Grégoire Liv. I, Ep. 17, &c. De plus, les Catholiques tirent encore de l’Ecriture même des argumens très-forts contre les Anabaptistes ; car en premier lieu il est certain que les enfans sont capables du Royaume des Cieux, & qu’ils peuvent être sauvés : Jésus-Christ l’assure en S. Marc X, 14, & en S. Luc XVIII, 16. Il les fait approcher, les bénit. Cependant Jésus-Christ dit en S. Jean III, 5, qu’on ne peut entrer dans le Royaume de Dieu, qu’on ne soit baptisé. Il faut donc que les enfans qui peuvent y entrer, puissent être baptisés. Les Anabaptistes répondent, que ceux dont Jésus-Christ parle étoient déjà grands, puisqu’ils pouvoient venir à lui ; qu’ainsi ils étoient capables de faire un acte de foi. Mais cela est manifestement contraire à l’Ecriture, qui en S. Matthieu, & en S. Marc, les appelle παιδία, & en S. Luc βρέφη, de petits enfans. Et le même S. Luc dit, qu’on les apportoit à Jésus-Christ ; preuve qu’ils ne pouvoient encore marcher, & qu’ils n’étoient point aussi grands que les Anabaptistes le disent. En second lieu, le vénérable Pierre, Liv. I, Ep. 2, disputant contre les Pétrobusiens, tire un argument contre eux des paroles que S. Paul dans le ch. V de l’Ep. aux Rom. où il dit, que si par le péché d’un seul homme la mort a regné dans le monde ; à plus forte raison ceux qui recevront l’abondance de la grâce & du don de la justice, regneront dans la vie par le moyen d’un seul. Car, dit ce Docteur, parce que tous sont coupables par un seul, nous concluons, que les enfans sont coupables. Donc, parce que tous sont justifiés par un seul, nous devons conclure aussi que les enfans sont justifiés ; ce qui ne se peut faire sans le Baptême. Tout cela étant clair, il s’ensuit que les enfans peuvent avoir la foi requise pour recevoir le Baptême. Or cette foi ne peut être que, ou une foi actuelle, qui précède le Baptême, comme une disposition nécessaire à le recevoir ; ou une foi habituelle, qui suit le Baptême, & qui est un des effets qu’il produit. Les enfans ont suffisamment l’une & l’autre avant que de recevoir le Baptême : ils ont la foi actuelle, non par eux-mêmes, comme le dit faussement Luther, car ils ne sont pas capables de produire aucun acte, mais par d’autres, c’est-à-dire, leurs parrains & marraines, qui répondent pour eux. Et il n’y a rien dans cette disposition de Dieu, non-seulement que de très-miséricordieux, mais que de très-juste & de très-raisonnable ; car il est juste, que puisqu’ils n’ont péché que par la volonté d’autrui, ils puissent aussi être justifiés par la volonté d’autrui. 2°. Ils ont la foi habituelle ; car le Baptême produit en eux les habitudes de la foi, de l’espérance & de la charité. Ainsi ils croient comme ils ont péché : le défaut de foi ne peut donc les empêcher d’être baptisés ; & c’est en vain qu’on nous oppose le vers. 16 du ch. XVI de S. Marc. Voyez Bellarm. Liv. I. de Bapt. 8, 9, 10, &c.

Les Anabaptistes ont adopté plusieurs autres dogmes qui leur sont particuliers. Ils ont quelque chose de commun avec les anciens Gnostiques. Ils ne croient pas que Jésus-Christ ait tiré sa substance de la sainte Vierge ; & ils se fondent sur ces paroles du ch. I de S. Matth. vers. 20. Ce qui est conçu en elle vient du S. Esprit. Comme si la chair de Jésus-Christ étoit spirituelle, & de même essence que la substance de Dieu. Ils ont là-dessus, & sur plusieurs autres choses, une philosophie particulière, selon laquelle ils expliquent aussi le mystère de l’Incarnation. Ils font paroître au-dehors une grande modestie dans toutes leurs actions & dans leurs habits. Ils sont persuadés que dès cette vie on peut acquérir une pureté parfaite, & exempte de tout péché. On remarquera enfin, que Sixte de Sienne, qui réfute souvent les Anabaptistes dans sa Bibliothèque sainte, leur attribue plusieurs erreurs où ils ne sont point présentement.

Les Anabaptistes s’étant beaucoup multipliés, se diviserent en plusieurs sectes, à qui l’on donna les noms, ou de leurs Chefs, ou des erreurs particulières qu’ils ajouterent aux erreurs communes des Anabaptistes. Les principales de ces sectes sont les Muncériens, les Séparatistes, les Cantaristes, les Apostoliques, les Enthousiastes, les Silentes, ou Silentieux, les Adamites, les Géorgiens, les Libres ou indépendans, les Hutites, les Melchioristes, les Mennonites, les Bulchodiens, les Augustiniens, les Servétiens, les Denchiens, les Monastériens, les Libertins, les Déorélitiens, les Semperorantes, c’est-à-dire, prians toujours, les Polygamites, les Ambrosiens, les Clanculaires, les Manifestaires, les Baculaires, les Pacificateurs, les Pastoricides, les Sanguinaires, les Démoniaques, &c. Jovet. Il y a cependant de ces noms, qui sont plutôt de différentes épithètes données aux mêmes Hérétiques, que des noms de différentes sectes. Ceux de Moravie furent appellés Apostoliques, ou Nudipédales, c’est-à-dire, Pieds nus, Mennonites en Hollande & en d’autres endroits du Nord. Ils conservent le nom d’Anabaptistes en Angleterre. Hornbeck, dans sa Somme de Controverse, définit un Anabaptiste, un Socinien ignorant ; & un Socinien, un Anabaptiste plus instruit. Arnoldus Mezorius nous a donné une Histoire fort exacte des Anabaptistes en sept Livres. Historiæ Anabaptisticæ libri septem. Coloniæ, 1617.

ANABASIEN. s. m. Anabasius. Les Anabasiens étoient chez les Anciens, des courriers a cheval, ou en chariot. Saint Jérôme en parle sans son III Livre, contre Ruffin, ch. i. Voyez encore le Glossaire de Du Cange. Ce mot vient d’ἀναβάσις, adcensus, monté ; ainsi Anabasien est un courrier qui est monté, qui n’est pas à pied.

☞ ANABASSES. Voyez Annabasses

☞ ANABIBAZON. s. m. Nom qu’on donne en Astronomie à la queue du dragon, ou nœud méridional de la lune.

ANABLE. adj. m. & f. Habile, capable. C’est un vieux mot qui se trouve souvent dans les vieilles Chartes. Aptus, idoneus. On lit dans un ancien titre de l’an 1361. Le Roi Philippe de Valois est bien personne anable à donner bénéfices.

ANABROCHISME. s. m. Opération que l’on fait sur le poil des paupières qui offensent les yeux. Elle consiste à engager les poils qui sont de trop dans une espèce de nœud, au moyen d’une aiguille enfilée avec du fil fin en double, ou avec un cheveu, après avoir passé l’aiguille à travers la partie externe des paupières, près du poil. Celse fait mention de cette opération. Liv. VII, c. 7. De βρόχος, nœud coulant.

ANABROSIS. s. f. Terme de Médecine. Ce mot est grec. On entend par anabrosis la sortie du sang par l’ouverture de la veine corrodée. Anabrosis. On dit en grec ἀνάβρωσις, qui veut dire, erosio.

ANACALIFE. s. m. Insecte venimeux de l’île de Madagascar. Ses piqûres sont mortelles.

ANACALYPTERIE. s. f. Fête du Paganisme. Elle se célébroit le jour qu’il étoit permis à la nouvelle mariée d’ôter son voile, & de se laisser voir à tout le monde. Anacalypteria. Ce mot vient du grec ἀναϰαλύπτειν, découvrir. ☞ On appeloit aussi de ce nom les présens que les parens & les amis faisoient à la nouvelle mariée.

ANACAMPSEROS. s. m. Orpin, reprise, joubarde des vignes. Voyez ces mots. Cette plante est décrite dans le Dictionnaire de James.

☞ Pline fait mention d’une herbe magique, qu’il nomme Anacampseros, qui fait, dit-on, revenir l’amour qu’on a eu pour une personne. C’est bien dommage que cette herbe ne se trouve plus.

ANACAMPTIQUES, ou RÉFLECTOIRES. s. f. pl. Ce sont les courbes que produit une ligne ou un fond quelconque, vu par réflexion sur une ligne droite ou courbe, donnée de position avec l’œil sur un plan. Mém. de l’Acad. des Sc. 1740, p. 57.

ANACANDEL. s. m. Espèce de serpent. On le trouve dans l’île de Madagascar.

☞ ANACANDRIA. s. m. Nom d’un serpent qu’on trouve aux Indes, d’une force prodigieuse. Sa grosseur & sa longueur répondent à sa force. Il attaque les animaux les plus vigoureux, les suffoque, & leur suce le sang.

☞ ANACANDRIAN. s. m. C’est le nom que les habitans de l’île de Madagascar donnent à ceux qui sont descendus d’un Rohandrian, ou Prince blanc qui a dérogé, ou pris une femme, qui n’étoit ni de son rang, ni de son état. Ces Anacandrians, ainsi que les Rohandrians & les Ondzats, qui sont tous blancs, & les noirs divisés aussi en plusieurs peuples, habitent la province d’Anossi. Ils n’ont ni temple ni religion. Ils ont seulement coutume d’immoler quelques bêtes en certaines occasions. Ils offrent les premices des bêtes au diable & à Dieu, nommant le démon le premier : superstition qu’ils tiennent de leurs ancêtres qui étoient Mahométans, & de leurs docteurs, grands imposteurs.

ANACARDE. s. m. Anacardium. Semence qui ne diffère de celle de l’acajou que par sa figure, qui approche d’un cœur aplati. Elle vient à l’extrémité d’un fruit charnu ; l’écorce & l’amande de l’Anacarde sont tout-à-fait semblables par leurs effets, & par leur goût, à celles de l’acajou. Les plus gros anacardes n’ont pas un pouce de largeur & de longueur sur deux à trois lignes d’épaisseur. On a cru que l’arbre qui porte les anacardes pourroit bien être l’œpata du quatrième volume de l’Hortus Malabaricus ; mais la description du fruit de cet arbre ne convient point avec notre anacarde. On donne à cet arbre le nom de Biba. On employoit autrefois les anacardes dans la composition d’un électuaire recommandé pour les mémoires foibles. Confectio anacardina. Au défaut des anacardes, on prenoit les acajous, & dans quelques dispensaires on ne les a distingués que par le pays d’où ils nous sont apportés. On y nomme Anacardium orientale, le véritable anacarde, & Anacardium Occidentale, l’acajou. Jonston & Rai, Hist. Ces mots, anacarde, & anacardium, viennent du grec ἀνὰ, & ϰαρδία, cœur.

Anacarde. L’antidote d’anacarde, présent divin. Anacardios, Antidotus theodoretus. Voyez-en la préparation dans le Dictionnaire de James.

☞ ANACATHARSE. s. f. Terme de Médecine. Voy. l’art. suivant.

ANACATHARTIQUE. adj. Souvent employé substantivement. On appelle remèdes Anacathartiques, Anacathartica, ceux qui facilitent l’expectoration, qui évacuent les humeurs par les crachats. Tels sont les sirops de tussilage, de jujubes, de capillaire, d’althéa, d’érysimum, d’hyssope ; les tablettes de guimauve, le suc de réglisse, &c. Ce mot vient du verbe grec ϰαθαίρειν, purger, & de ἀνὰ, sursùm, par en haut ; d’où l’on a formé anacatharsis, expectoration, purgation par le haut.

ANACÉPHALÉOSE. s. f. Terme de Rhétorique. Anacephalæosis. Récapitulation, répétition courte & sommaire de ce que l’on a dit. Ce mot est grec, & vient d’ἀνὰ, qui dans la composition signifie retour & répétition, & ϰεφαλὴ, chef. Ainsi anacéphaléose signifie la répétition des principaux chefs d’un discours, & répond à notre mot récapitulation.

ANACHIMOUSI. s. m. Anachimusius, a. Peuples de l’île de Madagascar, du côté du levant, près de la source du Mananghare.

ANACHIS. s. m. Anachis. Terme de Mythologie. Nom d’un des Dieux Lares, ou des Dieux domestiques des Egyptiens ; ils en avoient quatre, Dymon, Tychis, Héros, & Anachis. Ils se persuadoient qu’aussi-tôt qu’un homme étoit né, ils en prenoient le soin. Gyrald. Syntagm. XV, croit que ces mots sont grecs & corrompus par les Egyptiens, & que ce n’est autre chose que Dynamis, Tyche, Eros, & Anaké ; c’est-à-dire, force, fortune, Amour, nécessité.

ANACHORÈTE. s. m. Prononcez Anacorète. Ermite, homme dévot, qui vit seul dans le désert, & qui ne s’est ainsi retiré du commerce des hommes, que pour avoir la liberté de tourner toutes ses pensées du côté de Dieu. Homo solitarius, Anachoreta, Eremita. Ces saints hommes se retiroient dans les solitudes, parce qu’ils prétendoient y rencontrer moins de sujets de tentation, & moins d’objets pour ébranler la vertu. Du Pin. Saint Antoine, Saint Hilarion, ont été des Anachorètes. Saint Paul Ermite a été le premier des Anachorètes. Ce mot vient du grec ἀναχωρέω, qui signifie, je me retire à l’écart, par opposition aux Cénobites, qui vivent en commun.

Leo Allatius, au Liv. III, chap. 8, de Cons. Eccles. Occid. & Orient, & après lui de Moni dans son Hist. des Religions du Levant, parlent assez au long des Anachorètes Grecs. Ce sont, disent-ils, des moines qui ne pouvant travailler ni supporter les autres charges du Monastère, veulent vivre dans le repos de la solitude. Ils achetent une cellule hors du Monastère avec un petit fonds dont ils puissent vivre ; & ils n’y vont qu’aux jours de Fêtes pour assister à l’Office, après lequel ils retournent à leurs cellules, où ils s’emploient à leurs affaires, n’ayant aucunes heures arrêtées pour la prière. Il se trouve néanmoins de ces Anachorètes qui sont hors de leurs Monastères avec le consentement de leur Abbé, pour mener une vie plus retirée, & pour s’appliquer davantage à la méditation. Le monastère leur envoie une fois ou deux le mois de quoi se nourrir, parce qu’ils ne possèdent ni fonds ni vignes. Mais ceux qui ne veulent point dépendre de l’Abbé, louent quelque vigne voisine de leur cellule, dont ils mangent le raisin ; il y en a qui vivent de figues ; d’autres vivent de cerises, ou de quelques fruits semblables : ils sèment des féves dans la saison. L’on en voit de plus qui gagnent leur vie à copier des livres. On donne à ces Anachorètes le nom d’Ascètes & d’Ermites.

Dandini, parlant dans son Voyage du Mont-Liban, des religieux Maronites, dit au chap. 23, que c’est un reste des anciens Ermites, qui vivoient séparés des hommes, & habitoient les déserts de la Syrie & de la Palestine. Ils sont retirés dans les endroits les plus cachés des montagnes, éloignés de tout commerce, & sous de grands rochers. Ils vivent de ce que la terre produit d’elle-même, ne mangent jamais de chair, même lorsqu’ils sont malades & en danger de mourir ; & pour ce qui est du vin, ils n’en boivent que très-rarement. Il faut consulter Cassien sur ces anciens Anachorètes.

Il y a aussi dans l’Occident des Anachorètes. Pierre Damien, qui étoit de l’Ordre des Ermites, en fait souvent l’éloge, comme étant les plus parfaits d’entre les Moines. Il n’a aucune estime pour les Moines Cénobites, c’est-à-dire, ceux qui vivent en communauté. Il les regarde comme des Moines qui sont bien éloignés de la perfection de la vie monastique. Nous les aimons, dit-il, comme l’on aime des ânes, ou des cerfs, parce qu’ils sont utiles pour le travail. Petr. Dam. Lib. VI. Epist. 12.

Saint Benoît, qui a été le principal Auteur des Moines qui sont dans l’Occident, a aussi eu dans son Ordre des Anachorètes. Il est permis par les Constitutions de cet Ordre, de quitter la Communauté pour vivre Anachorète, ou Solitaire ; ce qui s’appeloit de Claustrensi fieri Anachoretam ; c’est à dire, d’homme de cloître devenir Anachorète. Voici la description que Jérôme Acosta fait de ces Anachorètes de l’Ordre de S. Benoît, dans son Histoire de l’origine & du progrès des revenus ecclésiastiques, pag. 52. Ces Anachorètes, qui s’étoient retirés du monastère avec la permission de leur Abbé, alloient habiter quelques lieux du voisinage, & ils n’étoient pas si solitaires, qu’ils ne fussent visités souvent par le peuple, qui venoit se recommander à leurs prières. On leur faisoit de grandes aumônes, parce qu’ils étoient estimés plus saints que les autres. Ils recevoient toutes sortes de donations, soit en fonds de terre, soit en meubles. Quand ils étoient enrichis dans un lieu, ils alloient en un autre, où le peuple leur faisoit les mêmes charités. Le bien qu’ils acquéroient par ce moyen leur appartenoit ; & avant de mourir ils en disposoient en faveur du monastère d’où ils étoient sortis.

Acosta n’a rien avancé touchant ces Anachorètes, & les biens qu’ils acquéroient pour leurs monastères, qui ne soit appuyé sur les Cartulaires des abbayes : & en effet il produit la formule de la donation, qui est conçue en ces termes dans le célébre Cartulaire de Casevre, qu’on trouve présentement dans la Bibliothèque du Roi : Moi N. Prêtre & Moine d’un tel monastère, qui suis sorti avec la permission de l’Abbé, pour mener une vie plus retirée, je donne à mon Abbé N. pour le repos de mon ame, tous les biens que je possède, & que j’ai acquis avec sa permission. L’acte de la donation contenoit un dénombrement des biens, terres & églises que ces solitaires laissoient à leurs monastères ; & ils donnoient en même temps les actes des donations particulières, qu’on gardoit dans les archives avec les autres écritures.

ANACHOSTE. s. f. Étoffe de laine croisée. Dict. de l’Orthogr. Voyez Anacoste.

ANACHRONISME. s. m. Erreur qu’on fait dans la supputation des temps. Erratum contrà temporum rationem. Anachronismus. Les Poëtes sont sujets à faires des anachronismes, & cela est permis dans un poëme épique. Ce mot vient du grec ἀναχρονισμὸς, qui vient de χρόνος, tempus, temps, & de la préposition ἀνὰ, qui dans la composition signifie sursùm, suprà, retrorsùm. Ainsi anachronisme n’est pas en général une erreur dans la supputation des temps, mais en particulier l’erreur que l’on commet dans la chronologie, en remontant un événement, en le plaçant plutôt qu’il n’est véritablement arrivé, comme a fait Virgile, qui place Didon en Afrique au temps d’Enée, quoiqu’elle n’y soit venue que trois cens ans après la prise de Troie. Parachronisme, au contraire, est la faute que l’on fait en plaçant un événement plus tard qu’il ne doit être placé. ☞ Quoique dans l’usage ordinaire on ne fasse point cette distinction, elle n’en est pas moins réelle.

ANACLASTIQUE. s. f. Partie de l’optique qui considère la vision qui se fait par réfraction : ἀναϰλαστιϰὴ. On l’appelle aussi Dioptrique. Voyez ce mot.

ANACLASTIQUES, ou RÉFRACTOIRE. s. f. pl. Ce sont des courbes apparentes qui résultent d’un fond opaque, vu à travers un milieu réfringent. Mém. de l’Acad des Sc. 1740. p. 2.

ANACLÉTÈRES. s. pl. Anacleteria. Fête solennelle, instituée en l’honneur des Rois & des Princes, lorsqu’ils prenoient le gouvernement de leur Etat, & qu’on le déclaroit à leurs peuples, afin qu’ils les reconnussent pour Rois. Voyez Polybe. Ce mot vient d’ἀνὰ, & de ϰαλέω, voco, j’appelle, parce que durant les Anaclétères on alloit saluer le Prince, & on l’appeloit du nom de sa nouvelle dignité.

ANACOLLÉMATES. s. m. pl. Anacollemata. Remèdes qu’on applique sur le front pour arrêter les fluxions qui tombent sur les yeux. Ce mot est grec, ἀναϰολλήματα, glutinamenta, remèdes collans, propres à arrêter ce qui coule. Ces sortes de topiques appartiennent aux frontaux.

ANACOLUPPA. s. f. Plante dont il est parlé dans l’Hortus Malabaricus. Le suc de cette plante, avec un peu de poivre, passe pour un remède souverain dans l’épilepsie, & pour le seul antidote qu’il y ait contre la morsure du Cobra-Capella.

☞ ANACOLUTHE. s. f. Anacoluthum. Terme de Grammaire. Figure, espèce d’ellipse, par laquelle on sous-entend le corrélatif d’un mot exprimé. Comme quand on met en latin, tantùm sans quantùm : ou en françois quand on dit, il est où vous allez, au lieu de dire, là, dans le lieu où vous allez.

ANACONTI. s. m. Arbre de l’île de Madagascar. Ses feuilles ressembles à celles d’un poirier. Il porte un fruit long, d’où l’on tire un suc propre à faire cailler le lait.

ANACOSTE ou ANACHOSTE. s. f. Espèce d’étoffe de laine croisée, très-rase, fabriquée en manière de serge de Caen, mais moins couverte de poil, & de meilleure laine. Elle se fait à Leyde, en Hollande, à Bruges & à Arscot, dans les Pays-bas Autrichiens ; à Ypres, & aux environs dans la Flandre françoise. Cette étoffe a une aune de large, ainsi que les serges de Caen, & vingt aunes ou environ de long. Il s’en fabrique à Beauvais, en France.

ANACRÉONTIQUE. adj. m. & f. Terme de Poësie grecque & latine : qui est inventé par Anacréon, qui est à la manière, dans le goût d’Anacréon. Anacreonticus. Anacréon, Poëte de Teïos, qui vivoit plus de quatre cens ans avant Jésus-Christ, fut célébre par la délicatesse de son esprit, & par le tour fin, mais aisé & naturel de ses poësies. Il nous reste de lui des odes qu’il ne faut lire qu’avec précaution, à cause des sentimens de galanterie dont elles sont pleines. Elles sont pour la plupart composées en vers de sept syllabes, ou plutôt de trois pieds & demi, spondées & ïambes, ou quelquefois anapestes. C’est cette sorte de mesure qu’on appelle vers anacréontique. Une ode anacréontique est une ode composée de ces vers, ou dans le goût d’Anacréon.

M. de la Motte a donné ce titre à plusieurs odes qu’il a imitées de ce Poëte Grec ; & Mademoiselle de Malcrais de la Vigne, ou plutôt M. Des Forges Maillart, a nommé Poësie anacréontique, un dizain imprimé à la page 175 de ses poësies. Six autres petites pièces sont intitulées de même, page 192, 206, 210. M. de la Motte avertit, que dans ses odes anacréontiques il parle, toujours pour un autre, & qu’il ne fait qu’y jouer le personnage d’un Auteur, dont il envieroit beaucoup plus le tour & les expressions, que les sentimens.

ANACTE. s. m. Terme de Mythologie. Anax, Rex. Ce mot est grec, & signifie, Roi. Les Grecs le donnoient à des Rois qui s’étoient distingués par de belles actions, & qu’ils mettoient pour cela au nombre des Dieux.

☞ Ce nom, dit Moréti, étoit commun à trois anciens Dieux prétendus, qu’on disoit nés à Athènes, de Jupiter, l’un des premiers Rois du pays, & de Proserpine. Cicéron les nomme Tritopatreus, Eubuleus, Dionysius, & dit qu’ils furent aussi connus sous le nom de Dioscures, qui leur fut commun avec d’autres Dieux. Quelques-uns les confondent avec les Curètes, d’autres avec les Cabires. Ils avoient à Athènes un temple nommé Anacée, où l’on célébroit en leur honneur une fête de même nom. On doit s’en tenir à ce que dit Ciceron. On a eu tort de dire que Castor & Pollux étoient les Anactes qui avoient un temple à Athènes.

☞ ANACTES, étoit encore un nom d’honneur donné aux fils & aux freres des Rois de Chypre. Comme les Rois n’étoient occupés que de leurs plaisirs, les Anactes prenoient le soin du gouvernement. C’étoit à eux que les Gergines rendoient compte tous les jours de ce qui se passoit. Ils faisoient ensuite informer de la vérité de ces dénonciations par les Promalanges, & jugeoient sur leur rapport. Leurs femmes s’appeloient Anasses, & se faisoient servir par des femmes nommées Colacydes, instruites à leur épargner toutes sortes de fatigues & de soins.

ANACTÉES. s. f. pl. Fêtes en l’honneur des Anactes.

ANACUJE. s. m. & f. Nom propre de peuple. Anacujus, a. Les Anacujes sont dans le Brésil, dans l’Amérique méridionale, près le gouvernement de Sérégipe.

☞ ANADIPLOSE. s. f. Anadiplosis. Terme de grammaire. Figure qui se fait lorsqu’une proposition commence par le même mot par lequel la proposition précédente finit. Comme dans Virgile, sit Tytirus Orpheus, Orpheus in sylvis, &c. Addit se sociam, timidisque supervenit Ægle, Ægle Naiadum pulcherima.

☞ Ce mot est composé des mots grecs ἀνὰ, retro, & διπλόω, duplicio. Redoublement du même mot.

ANADROME. s. m. De δρεμω, ancien verbe grec, qui signifie, couler. Ce mot, dans le sens d’Hippocrate, signifie le transport des matières morbifiques qui causent les douleurs, des parties inférieures du corps humains, aux supérieures. Cet accident est toujours regardé comme un mauvais présage, parce que les humeurs âcres ne sauroient faire autant de mal lorsqu’elles se jettent sur les extrémités, que sur les viscères.

☞ ANADYOMÈNE. Nom d’un tableau de Venus sortant des eaux, peint par Apelle, & qu’Auguste fit placer dans le temple de César son pere adoptif. Ce mot est grec ἀναδυομένη, qui se leve, ou qui sort en se levant.

ANÆMASE. s. f. Terme de Médecine. Défaut de sang, maladie qui vient d’un manque de sang. Anæmasis. Quelques-uns ont dit Anæmie, mais mal. Voyez ce mot.

ANÆMIE. s. f. Terme de Médecine. Manquement de sang. Anæmasis. Cette maladie, qu’on appelle Anæmie, est une des plus négligées par les Médecins, & celle cependant qui demande le plus d’attention. Journal des S. 1722. p. 13. Il faut lire sur cela l’Introductio in Medicinam praticam de M. Michel Albert, Médecin de Hal. On y trouvera tous les remèdes qu’il convient d’employer pour réparer le sang qui manque.

Ce mot vient du grec αἷμα, sang, avec l’alpha privatif. Soit que ce soit M. Albert, ou le Journaliste qui a tiré ce mot du grec, on y a fait deux fautes : la première est d’écrire anémie, au lieu d’anæmie qu’il faut, comme il paroît par l’étymologie. La seconde est d’avoir dit anæmie. Il falloit dire anæmase ; car on n’a jamais dit en grec, & l’on ne peut nullement dire, selon l’analogie, ἀναιμια, pour signifier, défaut de sang. les Grecs ont appelé cette maladie ἀναίμασις ; & les François doivent faire anænase d’ἀναίμασις, comme protase de προτασις & base, de βάσις, emphase, de ἔμφασις, &c.

ANÆTIS. s. f. Anætis. Terme de Mythologie. Déesse honorée dans l’Orient. Selon Strabon, Liv. V. les Lydiens l’adoroient. Hérodote & Pausanias disent la même chose : mais Strabon dit qu’elle étoit sur tout honorée par les Arméniens. Les gens les plus distingués de la nation consacroient leurs filles à son service, & les prostituoient publiquement à son honneur. Après quoi ils les marioient ; & c’étoit à qui les auroit pour femmes. Dans la fête & les sacrifices qu’ils lui faisoient, ils s’enivroient tous, hommes & femmes, jusqu’à perdre tout sentiment ; parce que Cyrus, disoient-ils, ayant fait semblant de fuir & d’abandonner son camp où il laissoit beaucoup de vin, ceux qui célébroient les fêtes d’Anætis, qu’on appeloit Sacræ, y étant entrés s’enivrèrent, & furent tous tués par Cyrus. Voyez Strabon, Liv. XI. & XII. Plin. Liv. XXXIII. ch. 4, & Hermolaüs sur cet endroit de Pline. La première statue d’or solide qui ait jamais été faite, avant même qu’on en fît de bronze qui fussent solides, est celle du temple d’Anætis, au rapport de Pline à l’endroit que j’ai cité. On écrit aussi Anaitis & Anetis.

☞ ANASE. Voyez Ante.

ANAGALLIS. s. f. Plante qu’on appelle aussi Mouron. Anagallis. Voyez Mouron.

☞ ANAGARSKOY. Ville de la Tartarie Moscovite, dans la Province de Dauria, presque au midi de la partie orientale du lac Baykal. Baudrand & Corneille après Maty, écrivent Anagarskaye, mais mal, selon la Martinière.

☞ ANAGITIS. Voyez Bois-puant.

☞ ANAGLYPHE, ou ANAGLYPTE. s. m. Les Anciens nommoient Anaglypha ou Anaglypta, des ouvrages ciselés, taillés ou relevés en bosse, qui ont des figures de relief.

ANAGNIE. Ville de l’Etat de l’Eglise, en Italie. Anagnia. Elle est sur une montagne dans la Campagne de Rome. Nous disons en françois Anagnie, & non pas Anagni.

ANAGNOSTE. s. m. Lecteur. C’est le nom que les Romains donnoient à celui de leurs esclaves qui faisoit la lecture pendant leurs repas. Anagnostes. L’Empereur Claude mit les Anagnostes fort en crédit. Il en avoit toujours qui lisoient quelques livres sérieux. Les Seigneurs, à son exemple, vouloient avoir des Anagnostes ; les particuliers même en eurent aussi. Ce mot vient d’ἀναγνώστης, qui signifie Lecteur, celui à qui appartient la fonction de lire. Moréri parle des Anagnostes.

ANAGOGIE. s. f. Anagoge. Elévation de l’esprit aux choses célestes & éternelles ; pensée, explication par laquelle on éleve l’esprit à la considération de ces choses. Il y a des Commentaires de l’Ecriture, des discours entiers, qui sont des anagogies perpétuelles. Ce n’est point là le sens naturel de ce passage de l’Ecriture, c’est une anagogie. L’anagogie doit être fondée sur le sens littéral.

ANAGOGIES. s. f. pl. Fête qui se célébroit par les habitans d’Eryx, aujourd’hui Trapano, en Sicile, à l’honneur de Vénus, comme si elle fût partie pour aller en Libye, & dans laquelle on la prioit de retourner. Ἀναγωγὴ, signifie retour en grec.

ANAGOGIQUE. adj. m. & f. Mystérieux, qui élève l’esprit aux choses célestes & divines de la vie future & éternelle, dont jouissent les Saints dans le ciel ; car le terme anagogique n’emporte pas seulement une élévation à la connoissance des choses célestes & divines, mais des choses célestes & divines de la vie future, de celles qui se passent & se passeront dans l’éternité entre Dieu & les Saints. Ce mot ne se dit guère que par rapport aux sens différens de l’Ecriture. Le sens littéral est le sens naturel, & le premier. Le sens mystérieux est fondé sur le sens naturel, & se tire du sens naturel par analogie ou comparaison, par similitude, ou ressemblance d’une chose à l’autre, & se divise en plusieurs espèces. Car si les choses mystérieuses ou cachées que l’on tire par analogie & par ressemblance du sens littéral, regardent l’Eglise & les mystères de notre religion, c’est le sens allégorique : quand elles ont rapport aux mœurs, c’est le sens tropologique ; & quand elles regardent la vie future ou l’éternité, c’est le sens anagogique. Anagogicus. Voyez au mot Sens. Les interprètes de la Bible y trouvent des sens mystiques, anagogiques, tropologiques, & autres. Ce mot vient du grec, ἀναγωγὴ, qui signifie enlèvement, soulèvement ; & qui est formé de la préposition ἀνὰ, qui dans la composition signifie souvent sursùm, au-dessus, en-haut, & de ἀγωγή, ductio, conduite, qui vient de ἄγω, duco, je conduis. Ce sens conduit, élève l’ame à la connoissance des choses supérieures & célestes.

ANAGRAMMATISER. v. a. Faire l’anagramme d’un nom. Anagramma scribere, fingere. Le Poëte Daurat passoit pour un si grand devin en matière d’anagrammes, que des personnes illustres lui donnerent leur nom à anagrammatiser. Bail. On dit que Rabelais, pour se venger de Calvin qui avoit anagrammatisé son nom, trouva Jan Cul dans le nom de Calvin. S. Evr. Une des plus heureuses anagrammes, est celle qui fut faite sur le nom du meurtrier de Henri III. Roi de France. Il s’appeloit Frere Jacques Clément. L’anagramme, sans rien changer est, c’est l’enfer qui m’a créé. En voici encore d’autres fort heureuses pour le sens, & pour le rapport des lettres, Louis de Boucherat. L’anagramme est, est la bouche du Roi. M. de Boucherat étoit Chancelier de France, lorsque l’anagramme fut faite. Ces paroles, est vir qui adest, sont l’anagramme de celles-ci, que Pilate dit à Jesus-Christ, quid est véritas ? Cette anagramme est peut-être la plus belle qui ait jamais été faite, parce que les mots, qui sont comme la matière de l’anagramme sont une question, ou une interrogation ; & les mots de l’anagramme, qui sont composés des mêmes lettres, sont la réponse la plus juste & la plus vraie qu’on pût faire à la question, dans les circonstances où elle fut faite.

☞ ANAGRAMMATISÉ, ÉE. part.

ANAGRAMMATISTE. s. m. Qui a coutume de faire des anagrammes.Scriptor anagrammatum.

Ces mots viennent du grec ἀναγράφω, qui signifie écrire à rebours.

ANAGRAMME. s. f. Transposition de lettres de quelque nom, dont on fait tant de combinaisons, qu’à la fin on y trouve quelque autre mot & un autre sens. Anagramma, Anagrammatismus. Par exemple, l’anagramme de Galenus, c’est Angelus ; de Logica, c’est Caligo ; Lorraine, c’est Alérion : c’est pour cela que la Maison de Lorraine a pris des Alérions dans ses armes. Calvin, dans le titre de son Institution, imprimé à Strasbourg l’an 1539, se donna le nom d’Alcuin, qui est l’anagramme de celui de Calvin, se voulant faire honneur du nom de ce savant homme, dont Charlemagne se servit si utilement pour faire refleurir de son temps la doctrine & les belles-lettres en France. P. Dan.. Tom. III. pag. 668. Lycophron qui écrivoit sous Ptolomée Philadelphe Roi d’Egypte, environ 280 ans avant Jésus-Christ, excella non-seulement dans la poësie, mais encore dans l’art de faire des anagrammes, au rapport de Canteurus, dans ses Prolégomènes sur Lycophron, où il en rapporte deux assez heureuses de la façon de ce Poëte. La première sur le nom du Roi Ptolomée, Πτολεμαῖος, dont il faisoit ἀπὸ μέλὶτος, de miel ; comme pour dire que ce Prince étoit tout de miel ; c’est-à-dire plein de douceur & de bonté : la seconde est sur le nom de la Reine Arsinoé, en grec Ἀρσινόη, dont il avoit fait Ἴον Ἥρας, violette de Junon. Les Cabalistes aussi chez les Juifs font perpétuellement des anagrammes. La troisième partie de leur art, qu’ils appellent תמורה, themura, c’est-à-dire, changement, n’est autre chose que l’art de faire des anagrammes, ou de trouver dans un nom, des sens cachés & mystérieux, en produisant d’autres noms & d’autres phrases, par le changement, la transposition, & la différente combinaison des lettres du même mot. Ainsi de נח, qui sont les lettres du nom de Noé, ils font חן, qui signifie grâce ; de משיח, le Messie, ils font ימשח, qui veut dire il se réjouira. Ainsi nous ne sommes point les premiers qui aient fait des anagrammes. Nous ne savons point que les Latins en aient fait. Ils ont eu cependant quelqu’idée de la première espèce d’anagramme dont nous allons parler, comme il paroît par Aulugelle, Liv. XII. chap. 6.

Les anagrammes se font en deux manières ; car 1°. quelques-unes consistent seulement à diviser un mot en plusieurs mots. Ainsi l’énigme du Dieu Terminus qu’Aulugelle rapporte à l’endroit que j’ai cité, est fondée sur l’anagramme Terminus. Ainsi dans ce vers, que les enfans dans leurs jeux innocens se proposent quelquefois à expliquer,

Fursur edit pannum, panem quoque sustineamus ;

pour qu’il y ait du sens, il faut de sustineamus en faire trois mots, sus, tinea, mus. La seconde espèce d’anagrammes est de celles où l’on renverse, & l’on dispose autrement les lettres. Telles sont celles que nous avons rapportées ci-dessus ; & encore Roma, Maro, mora, amor : Julius, Livius ; Corpus, porcus, procus, spurco. Les meilleures anagrammes sont celles dans lesquelles il ne faut ni changer ni suppléer de lettres, comme dans celles que nous avons rapportées. Quelquefois on se donne la liberté d’en changer quelqu’une. Par exemple, dans celle qu’on fit sur Marie Stuart pendant sa prison, Maria Stuarta, Virtus armata, il faut changer un a en v. Colletet a dit contre les faiseurs d’Anagrammes :

Et sur le Parnasse nous tenons,
Que tous ces renverseurs de noms
On la cervelle renversée.

C’est Daurat, qui sous le règne de Charles IX. s’avisa le premier de faire des anagrammes. Il prétendoit qu’il en avoir trouvé le plan dans le Poëte Lycophron. Il mit les anagrammes tellement en vogue, que tout le monde s’en mêloit. L’Abbé Catelan a encore enchéri sur cela, & il inventa en 1680 une anagramme mathématique, par le moyen de laquelle il trouva que les huit lettres du nom du Roi Louis XIV. font, vrais Héros.

On appelle aussi quelquefois Anagramme numérique, ces vers dont les lettres numérales, c’est-à-dire, celles qui en chiffre romain servent à marquer les nombres, prises ensemble selon leur valeur numérique, ou comme des chiffres, désignent une époque. Tel est le distique de Claude Godart sur la naissance du Roi, qui arriva en 1638 le 5 Septembre, jour auquel se fait la conjonction de l’aigle & du cœur du lion.

eXorIens DelphIn aqVILæ CorDIsqVe LeonIs
CongressV, gaLLos spe, LætItlaqVe reseCIt.

ANAGRAMMER. v. a. Faire l’anagramme d’un nom. Saint Amant a employé ce mot dans son Poëte crotté, page 228 & 229 de ses œuvres, in-12. 1661.

J’ai vû qu’un sonnet acrostiche,
Anagrammé par l’hémistiche,
Aussi-bien que par les deux bouts,
Passoit pour miracle chez vous.

ANAGROS. s. m. Mesure pour les grains, dont on se sert en quelques villes d’Espagne, particulièrement à Séville. L’anagros contient un peu plus que la mine de Paris ; ensorte que 36 anagros font 19 septiers mesure de Paris.

ANAGYRIS. s. f. Plante qui est la même que le Bois-puant. Voyez Bois-puant. Anagyris.

ANAHARATH. Ancienne ville de la Tribu d’Issachar, dans la Terre-Sainte. Anaharath.

ANALABE. s. m. Analabus. Partie de l’habillement des Moines Grecs. L’analabe étoit dans l’Orient ce que le scapulaire est dans l’Occident. Saint Dorothée dit que l’analabe se porte sur les épaules en forme de croix. Ce mot vient d’ἀνὰ, super, dessus, & de λαμϐάνω, accipio, je prends, parce qu’on porte l’analabe sur les épaules.

☞ ANALECTE. s. m. On donnoit ce nom chez les Romains, aux esclaves qui avoient soin de ramasser ce qui étoit tombé d’un festin, & de balayer la salle où l’on mangeoit. Analecta, &c. On appeloit aussi Analecta, orum, les restes d’un repas qui demeurent sur une assiette, ou qui tombent sous la table.

ANALECTES. s. m. pl. signifie aussi Recueil, fragmens choisis d’un Auteur, & vient d’ἀναλέγω, colligo, je ramasse. Le Pere Mabillon a donné ce nom à un ouvrage en quatre volumes, qui contient différentes pièces qu’il a fait imprimer. Il y a aussi les Analectes grecs de D. Loppin in-4°. Chast.

ANALEME. s. m. Terme de Gnomonique. Projection orthographique de la sphère sur le colure des solstices, en supposant que son plan convient avec celui du méridien. Analemma. Ce mot paroît venir d’ἀναλαμβάνω, dans le sens de prendre entre ses mains, parce que la sphère représentée en plat, est beaucoup plus aisée à prendre entre ses mains, & plus commode, que si elle étoit de relief, comme elle doit être naturellement.

ANALEPSIE. s. f. Terme de Médecine. Recouvrement des forces après une maladie. Analepsis.

ANALEPTIQUE. adj. Souvent emploié substantivement. Restaurant, médicament propre à rétablir le corps consumé & atténué, ou par la longueur de quelque maladie, ou par le défaut de nourriture. Instaurativus. Remèdes analeptiques. Les analeptiques ne conviennent que dans la convalescence. Ce mot vient du grec, ἀναληπτιϰὸς, dérivé d’ἀναλαμβάνω qui signifie, rétablir, restaurer, refaire.

Analeptique. s. f. Partie de l’art de conserver sa santé, ou de l’hygiène. Analeptice. L’analeptique est l’art de conserver sa santé par les voies par lesquelles on l’avoit recouvrée étant malade. Harris. Voyez aussi Blanchard.

ANALOGIE. s. f. Terme dogmatique. Rapport ou proportion, ou convenance que quelques choses ont ensemble, quoique d’ailleurs différentes par des qualités qui leur sont propres. Comparatio, proportion, analogia. Le taureau terrestre, & le taureau céleste ne se ressemblent que par analogie. Les raisonnemens qui se font par analogie, servent à expliquer la chose, & ne la prouvent point. Ce mot est dérivé du grec ἀναλογια qui signifie la même chose.

Le mot d’analogie se dit aussi du langage, & c’est, selon Vaugelas, une conformité aux choses qui se trouvent déjà établies, sur laquelle on se fonde, comme sur un modèle, pour faire des mots, ou des phrases semblables aux mots ou aux phrases déjà établies. L’analogie éclaircit les doutes de la langue. L’usage est souvent contraire à l’analogie des mots.

En Géométrie l’analogie est une proportion, une similitude de raisons géométriques.

☞ Les Physiciens confondent ce mot avec celui de similitude, lorsqu’ils disent, par exemple, qu’il y a une vraie analogie entre les causes du tonnerres & celles des tremblemens de terre, cela signifie que les causes qui produisent les tonnerres dans l’atmosphère, sont semblables à celles qui produisent dans le sein de la terre, les secousses dont notre globe est de temps en temps agité.

ANALOGIQUE. adj. Qui a du rapport, de l’analogie. Analogicus. La métaphore doit être analogique. Termes analogiques. Figures analogiques.

ANALOGIQUEMENT. adv. Par proportion, par convenance. Per analogiam. Voyez Proportion.

ANALOGISME. s. m. Analogismus. Terme de Dialectique. ☞ Raisonnement par lequel on cherche des choses que l’on ne connoît pas par les rapports qu’elles peuvent avoir avec celles que l’on connoît. Comparaison des rapports & de l’analogie qu’il y a entre des choses diverses. Analogismus. Si la Médecine n’a pas marché d’un pas égal vers la perfection, il s’en faut prendre à la Chimie & à ses faux analogismes, &c. Journ. des Sav.

ANALOGUE. adj. m. & f. Qui a de l’analogie, du rapport, de la convenance. Analogus. Le pied de l’homme & le pied d’une montagne sont des termes analogues.

ANALYSE. s. f. Examen de quelque discours en proposition, en recherchant ses principes, sa construction, & en séparant & en développant les parties d’une chose qu’on ne connoissoit qu’en gros, pour les considérer à part & en détail, afin de connoître plus précisément la nature du tout. C’est, à proprement parler, la résolution, ou le développement d’un tout en ses parties. Analysis. Quand on démonte une machine, on en connoît toute l’analyse, & la construction. Quand on fait l’anatomie d’un animal, c’est une espèce d’analyse qui en fait connoître toutes les parties. Messieurs de l’Académie des Sciences ont entrepris de faire l’analyse de toutes les plantes suivant la méthode contenue dans leurs Mémoires rédigés par M. Dodard. Ce mot est grec ἀναλυσις, & signifie dissolution.

l’Analyse est la résolution des mixtes dans leurs principes, ou leurs parties simples, pour les considérer à part & en détail, afin d’avoir une connoissance plus exacte de la nature du tout. Il y a deux sortes d’analyses : la chimique, & la mécanique. L’analyse chimique est la résolution des mixtes par le moyen du feu, comme lorsqu’on tire & qu’on sépare de quelque substance par la distillation, l’esprit, l’eau, l’huile, le sel & la terre. L’analyse mécanique est une simple séparation des différentes parties d’un mixte, sans l’aide du feu.

Analyse, en termes d’Algèbre, se dit de la résolution de toutes sortes de problèmes. Il y a deux méthodes générales pour rechercher toutes les vérités dans les Mathématiques : la synthèse & l’analyse. L’analyse propre est la démonstration, ou la considération des conséquences qu’on tire d’une proposition supposée, jusqu’à ce qu’on parvienne à une vérité connue, par le moyen de laquelle on puisse donner la solution du problème. L’analyse consiste plus dans le jugement & dans l’adresse de l’esprit, que dans les règles particulières, lorsqu’on s’en sert par la pure Géométrie, comme faisoient les Anciens. Mais à présent on s’en sert par l’Algèbre, qui est une règle assurée pour parvenir à la fin que l’on se propose. Voyez les Œuvres de François Viété, qui a excellé en cette science ; celles de Willis Anglois, & les deux volumes du P. Raynaud de l’Oratoire.

Analyse, dans les écoles, est la méthode qu’on suit pour découvrir la vérité. Par cette méthode on passe du plus composé au plus simple, au lieu que dans la synthèse on va du plus simple au plus composé.

Analyse, en littérature, se dit d’un extrait fidèle d’un ouvrage, d’un livre, tels qu’en doivent donner les Journalistes.

Analyse, se dit encore de la table des principaux articles d’un discours continu, disposés dans leur ordre naturel, & dans la liaison qu’on entre elles les matières.

☞ Faire l’analyse d’un discours, c’est le réduire dans ses parties principales, pour en mieux connoître l’ordre & la suite.

ANALYSER. v. a. Ce mot est employé avec succès dans plusieurs ouvrages, pour dire, faire l’analyse. Il faut analyser toutes choses, & ne pas juger du fond d’une dispute par la chaleur des esprits & par le ton de la voix des contendans. Mem. de Trév. Juin 1725. Ce sont là les objets que M. de Mairan entreprend de regarder de très-près, & d’analyser autant qu’il est possible. Nov. 1725. Ceux qui se déclarent contre le Bureau Typographique, ne sont que de simples Latinistes, très-indifférens sur le bien & le mieux, & la plûpart incapables d’analyser les idées, & de suivre avec honneur le moindre raisonnement. Mer. Juin 1732. La Musique est un de ces plaisirs intimes dont il faut jouir avec transport, sans analyser froidement ses causes. Gresset.

☞ ANALYSÉ, ÉE. part. Il a les mêmes significations que le verbe.

ANALYSTE. s. m. Terme de Mathématique. Mathématicien, Géomètre dans l’Analyse, qui résout les problèmes de Géométrie par la Géométrie des infiniment petits. Analysta. La science secrète des illustres Analystes du temps. M. Leibnitz, M. Newton, MM. Bernouilli, M. le Marquis de l’Hôpital, M. Varignon, sont de ces illustres Analystes.

ANALYTIQUE. adj. Qui tient de l’analyse, qui a rapport à l’analyse. Analytica. Pour être bien éclairci de la vérité d’un problème, la meilleur voie est l’analytique. Méthode analytique. Calculs analytiques. Examen analytique.

ANALYTIQUEMENT. adv. D’une manière analytique. Analyticè. En Algèbre & en Géométrie on procède analytiquement ; on remonte jusqu’aux principes.

☞ ANAMALLU. s. m. Arbrisseau légumineux du Brésil. Il a des épines dont les naturels du pays se servent pour se percer les oreilles.

ANAMELECH. s. m. Nom d’un des Dieux des Samaritains, sur-tout de ceux qui étoient venus de Sépharvaïm, où il étoit adoré avec Adramelech. On brûloit des enfans en l’honneur d’Adamelech, & d’Anamelech, IVe Liv. des Rois, XVII. 31. Selden prétend que c’est le même que Moloch. Synt. i. ch. 6.

☞ ANAMNETIQUES. adj. Médicamens propres à fortifier ou à réparer la mémoire.

☞ ANAMORPHOSE. s. f. Terme de Peinture & de Perspective. Se dit d’une projection monstrueuse, ou d’une représentation défigurée de quelque image, qui est faite sur un plan ou sur une surface courbe, & qui néanmoins, à un certain point de vue, paroît régulière & faite avec de justes proportions. On appelle ainsi, dit l’Acad. un tableau qui vu d’une certaine distance, représente certains objets, & représente toute autre chose, vu d’une autre distance.

ANANAS. s. m. Ananas, Nux pinea Indica. Plante qu’on cultive dans les Indes à cause de la bonté de ses fruits. Ses racines sont noirâtres, menues, fibreuses, branchues, & ramassées à leur collet, d’où partent quelques feuilles disposées en rond, de la figure & de la consistance de celles du roseau, longues d’un ou de deux pieds, larges de deux pouces, pliées en gouttière, pointues par leur bout, dentelées sur leurs bords, de telle sorte qu’elles en deviennent comme épineuses, tantôt lavées d’un peu de pourpre, tantôt toutes teintes d’un vert pâle. Du milieu de ces feuilles s’éleve une tige, haute plus ou moins, le plus souvent de deux pieds, & épaisse d’un pouce, garnie de feuilles pareilles à celles du bas, mais plus courtes, & terminées par un fruit qu’on nomme Ananas. Il est très-petit d’abord, & les feuilles qui le couronnent, sont teintes d’une si vive couleur de feu, qu’on diroit que c’est un bouton de rose presqu’épanoui ; mais peu à peu il grossit ; & ses fleurs placées sur des embryons, ou tubercules charnus, augmentent sa beauté par leur couleur bleue ; ce qui fait un mélange de rouge & de bleu charmant. Chaque fleur est un tuyau d’une seule pièce, long d’un demi pouce, découpé en trois parties ; le tubercule qui le soutient, est charnu, succulent, & renferme plusieurs semences aplaties, roussâtres, plus petites que des lentilles, & enveloppées par une membrane. Le fruit de l’ananas est composé de plusieurs de ces tubercules, unis & ramassés très-étroitement ensemble. Il est le plus souvent jaunâtre, & gros comme un petit melon, & c’est l’ananas ordinaire. Quelquefois il est plus petit & plus arrondi, & on l’appelle la Pomme de reinette : quelquefois il est fort gros, pyramidal, jaune, & on le nomme Ananas en pain de sucre. On cultive encore dans les îles Antilles une autre espèce d’ananas, qui se distingue aisément du précédent par ses feuilles, qui ne sont poins rudes & épineuses sur les bords. On appelle cette dernière espèce l’Ananas pitte. Il faut encore remarquer que les feuilles qui couronnent le fruit, perdent, à mesure que le fruit grossit, la belle couleur rouge qu’elles avoient d’abord, & que peu à peu elles deviennent vertes. Ce fruit a une odeur & un goût si agréable, qu’on le regarde comme le plus excellent fruit des Indes. On le croit si peu malfaisant, qu’on en fait manger aux malades ; on en confit une grande quantité qu’on transporte en Europe. Dapper dit que les ananas viennent aussi très-bien à la côte d’Afrique, & qu’on a grand soin de les cultiver ; mais qu’il n’est pas sain d’en manger beaucoup, parce qu’ils sont trop chauds. Il n’y a presque point de voyageur qui n’en ait parlé.

Voyez-en la description dans le Dictionnaire des Drogues de Lémery, pag. 41 & 42. Voyez-en aussi la figure dans la première planche à la fin du même Dict. fig. 10, & dans le second Tome du Spectacle de la Nature, p. 211 & 212, où l’on rapporte ce fait singulier. Il y a quelques années que le Roi donna à M. le Normand, Directeur du Potager de Versailles, deux œilletons d’ananas, & lui en recommanda la culture, quoiqu’ils fussent presque desséchés & sans racine. Le cœur en étoit bon : ils reprirent. Le fruit qui en provint, ne put parvenir à sa maturité. Mais deux œilletons sauvés de la pourriture & risqués de nouveau, donnerent en 1733 deux fruits d’une beauté qui attira bien des curieux. L’assiduité de la culture, & un automne favorable les amenerent à une parfaite maturité. Le Roi lui-même fit l’essai d’un de ces fruits le 28 Décembre, & le trouva très-bon. Toutes les personnes à qui Sa Majesté jugea à propos d’envoyer une portion de ces fruits pour consulter les différens goûts, trouverent unanimement ces ananas très-mûrs, d’une chair douce & extrêmement fondante, relevée par une pointe d’acide, & accompagnée d’un parfum aussi agréable que celui de la fraise. L’ananas l’emporte à mon goût sur tous les autres fruits. Il est, dit-on, fiévreux, quand on en mange beaucoup. Abbé de Choisy.

L’ananas vient originairement du Brésil : c’est son pays natal. On a transplanté l’ananas dans le Mexique, où il produit d’excellens fruits, dans les Antilles, dans l’île de Cayenne, dans les Indes Orientales, à la Chine, dans l’île de Ceylan, dans plusieurs contrées d’Afrique, comme en Guinée, au Cap de Bonne Espérance : & même en Europe, dans quelques jardins de Hollande & d’Allemagne, & dans le Jardin du Roi, à Paris, où on l’a cultivé avec succès. Aujourd’hui on le cultive dans toutes nos serres chaudes. Paul Amman, dans la description du jardin de Bosius, a confondu l’ananas avec une plante nommée Anona. C’est une faute. Il ne faut pas non plus la confondre avec la banane. Ces plantes produisent des fruits très-différens.

Il y a des ananas domestiques, il y en a de sauvages. L’ananas à chair blanche est ovale & des plus gros. Il a jusqu’à dix pouces de diamètre, & seize de hauteur. La peau en est jaunâtre. Son odeur approche de celle du coing, quoique plus agréable. La saveur n’y répond pas, & le suc de ce fruit blesse les dents, & fait saigner les gencives. L’ananas à chair jaune est de figure conique, très-gros, & semblable aux pommes de pin. Il l’emporte sur le précédent pour le goût ; mais il tire aussi du sang des gencives, si l’on en mange avec excès. Le petit ananas à chair dorée & de figure ovale, est le meilleur de tous. Il a l’odeur & la saveur de la pomme de reinette, avec cette différence, qu’il fond dans la bouche comme la pêche.

Il y a cinq différentes espèces d’ananas sauvages, qui s’accordent toutes en ce point, qu’elles sont absolument dépourvues de cette touffe de feuilles qui couronne l’ananas domestique.

Les fleurs de l’ananas naissent sur le fruit ; elles ont trois feuilles d’un bleu foncé, garnies d’étamines & d’un pistil. Le fruit dépouillé de ses feuilles qui le couvrent, à peu près comme un artichaud, est de figure conique ; il a dans son milieu une espèce de noyau ligneux, ou de cœur, qui le traverse de bas en haut, & qui paroît n’être qu’un alongement de la tige. Ce noyau est environné d’une pulpe succulente, partagée en plusieurs cellules, & enveloppée d’une chair plus ferme, qui en est comme l’écorce, & dans laquelle sont renfermées les graines.

Le suc de l’ananas passe pour un excellent cordial, propre à réparer les forces dans les indispositions qui viennent d’épuisement. On doit s’en abstenir dans les fièvres, dont il augmente l’ardeur, & particulièrement dans celles qui accompagnent les plaies & les ulcères. L’ananas est un puissant diurétique ; ainsi il doit être donné avec ménagement dans toutes les occasions où il y auroit à craindre qu’il ne chariât trop sur les reins & sur leurs dépendances. Le meilleur moyen de le corriger en pareil cas, est de le tenir quelque temps en digestion au bain-marie. Cette vertu diurétique réside aussi dans les feuilles, qui purgent les eaux des hydropiques. On tire de l’ananas par la distillation, un esprit ardent qui renferme toutes les propriétés de ce fruit, mais on ne se doit servir qu’avec beaucoup de précaution.

La manière la plus ordinaire de préparer ce fruit, est de le couper par tranches, qu’on arrose de vin d’Espagne, où on les laisse tremper pendant quelque temps, & qu’on assaisonne de sucre & de cannelle. Au défaut de vin, on les fait macérer dans l’eau, pour en corriger l’âcreté. L’ananas se pourrit aisément. Pour le conserver, on le réduit en confitures ou séches ou liquides. On en prépare aussi une sorte de vin que Rochefort & Pomey comparent à la Malvoisie.

l’Ananas encore vert est pernicieux ; il agace les dents, il excorie la langue, le palais & le gosier ; il fait avorter les femmes grosses. L’ananas, quoique mûr, est contraire aux tempéramens biblieux, aux fébricitans, & à ceux qui sont malades de quelque inflammation. Il excite le crachement de sang, sur tout aux phtisiques, auxquels par conséquent il ne convient pas : il cause la dyssenterie. Voyez Mich. Frid. Lochneri Commentatio de Ananasâ, sive Nuce pinea Indica.

Le Colibri s’attache à l’ananas, & en tire les matériaux dont il construit son nid.

Ananas, s. m. se prend quelquefois pour le fruit de la plante d’ananas. Cet ananas n’agace point les dents. Voyez l’histoire naturelle des Antilles de M. Lonvillers de Poincy, Chap. X. art. 6 & celle du P. du Tertre, Traité III. ch. 2 & l’Ambassade de la Compagnie des Indes Hollandoise à la Chine. Part. II. pag. 91.

ANANIE. Ville de la tribu de Benjamin au temps d’Esdras. Anania.

ANANTHOCYCLE. s. m. Vaillant appelle cette plante Couronne effleurée. Ce mot est composé de l’α privatif, de ἄνθος, fleur, & de ϰύϰλος, cercle ; parce que la fleur de ce genre est bordée ou couronnée d’un ou de plusieurs rangs circulaires d’ovaires destitués de fleurons.

☞ ANAPAVOMÉNÉ. s. f. Nom d’une fontaine de Dodone, dans la Molossie, province d’Epire, en Grèce. Pline parle ainsi de cette fontaine singulière. Il y a au Temple de Jupiter à Dodone, une fontaine dont l’eau est si froide, qu’elle éteint d’abord les flambeaux allumés : elle les allume néanmoins, si on les rapproche lorsqu’ils sont éteints. On voit la même fontaine presque tarie sur le midi ; & c’est pour cela qu’on lui a donné le nom d’Anapavoméné, du grec ἀναπαυομένη qui cesse. Elle croît ensuite peu-à-peu jusqu’à minuit, & recommence à diminuer, sans qu’on puisse savoir quelle peut être la cause de ce changement. Il est bien plus difficile d’expliquer comment les mêmes eaux peuvent éteindre & allumer un flambeau. Les nouveaux Vocabulistes ont cru dire quelque chose de bien merveilleux à ce sujet, en faisant observer que cette fontaine étoit douée d’un esprit de contradiction.

ANAPESTE. s. m. Terme de Prosodie grecque & latine. Anapertus. C’est un pied de vers composé de deux brèves & une longue, comme legerent.

ANAPESTIQUE. adj. Qui se dit d’un vers particulièrement composé d’anapestes. Versus ex anapestis constans. Les vers anapestiques ont été en vogue chez les Romains.

Ce mot d’anapeste vient d’ἀναπαίω, qui en grec signifie contrà ferire, rendre le coup. Ce pied est contraire au dactyle.

☞ ANAPHONESE. s. f. Exercice par le chant, contribuant, dit-on, à fortifier les organes qui servent à la production de la voix, à augmenter la chaleur, & à atténuer les fluides. Encyc.

☞ ANAPHORE. s. f. Anaphora. Voyez Répétition.

☞ ANAPLEROSE. s. f. Terme de Médecine. Action de remplir. Partie de la Médecine qui a pour objet la reproduction des parties.

ANAPLÉROTIQUE. adj. Se dit des médicamens qui servent à faire revenir la chair à la place d’un ulcère, à le remplir de chair. Ce mot est grec d’ἀναπληροῦν, remplir.

ANAPODARI. Petite rivière de l’île de Candie. Anapodarius, anciennement Cataractus. Elle a sa source près de Castel-Bonifacio, & se décharge dans la mer du côté du midi, entre Castel-Girapetra & le cap de Matala.

ANAPODOPHYLLON. s. m. Pied de canard, ou Pomum Maiale. Pomme de Mai, dont voici les caractères : le calice de la fleur n’est que d’une seule feuille, & les fleurs de six. Le pédicule de ces dernières sort de la tige de la feuille. Le fruit a la figure d’une urne, qui contient plusieurs semences rondes & dentelées. Cette plante nous est venue de l’Amérique, & elle est appelée par quelques-uns des habitans Bitorte noire, & par d’autres Pomme de Mai, parce que son fruit est presque mûr dans ce mois, & qu’il est d’une forme ovale, & semblable en quelque sorte à une petite pomme : D’anas, canard, ποῦς, pied, & φύλλον, feuille.

ANAPPES. Bourg de la Flandre Walone. Anapium. Il est sur la rivière de Marque, une lieue au-dessus de la ville de Lille.

ANAPUYA. Pays de l’Amérique méridionale. Anapuya. C’est une partie du gouvernement de Venezuela, située vers les sources de la rivière de Buria ou Bariquecem. Cette province ne se trouve point sur les cartes modernes.

ANARCHIE. s. f. Etat qui n’a point de Chef véritable, ou plutôt qui n’en a point du tout, & où chacun vit à sa fantaisie, sans aucun respect pour les lois, & sans aucune forme de gouvernement. Natio carens Principe, Anarchia. Personne n’aime l’Anarchie, que ceux qui font impunément leurs affaires dans le désordre, & dans la confusion. Il est impossible que les particuliers conservent leur vie & leurs biens, quand l’Etat est en Anarchie. Le Gend. La démocratie pure dégénère souvent en Anarchie.

ANARCHIQUE. adj. Qui est sans gouvernement, & dans l’Anarchie. Anarchon, qui caret Principe. Un Etat anarchique devient bientôt la proie de ses ennemis.

Ce mot vient de l’α privatif, & de ἀρχὴ, principauté.

ANARGYRE. Qui est sans argent, qui ne prend point d’argent. Ce mot est grec, & composé de l’α privatif, & d’ἄργυρος, argent. Anargyre est une épithète que l’on donne à S. Côme & à S. Damien, parce qu’ils ne prenoient point d’argent de leurs malades. Chast.

ANASARQUE. s. f. Terme de Médecine. Espèce d’hydropisie dans laquelle l’eau est répandue dans toutes les chairs. Τὸ ἀνὰ σάρϰα. Le malade fut attaqué d’une anasarque & d’une diarrhée qu’on eut beaucoup de peine à guérir. De la Roche, Mém. Lit. de la Gr. Br. Un pauvre paysan d’environ vingt ans, fut attaqué d’une anasarque, qui ayant commencé aux jambes, monta aux cuisses, & enfin jusqu’au scrotum. On perça cette partie à deux diverses fois, & l’on en fit sortir quatre pintes d’eau. Après la seconde évacuation, les cuisses devinrent plus molles. Au bout de trois ou quatre jours, l’Auteur ayant apperçu une mortification à la racine du scrotum, il la fit suppurer ; & après en avoir tiré la matière corrompue, ce jeune homme fut parfaitement guéri. Ib. Un homme de soixante ans fut attaqué d’abord d’un hydrocèle, & ensuite d’une anasarque aux cuisses & aux jambes. Enfin, les eaux s’écoulerent à la cheville du pied ; & quoiqu’il ne fût pas possible de guérir l’ulcère, le malade ne laissa pas de vivre encore deux ans ; & même il ne mourut point de cette maladie. Id.

Cette hydropisie est appelée autrement Aqua intercus, Leucophlegmatia. C’est une tumeur ou enflure œdémateuse de toute l’habitude du corps, qui retient l’impression du doigt, & qui est accompagnée de langueur, de pâleur, de difficulté de respirer, & d’autres symptômes qui dénotent la cachexie. Elle est causée par une lymphe qui séjourne dans les cellules du corps graisseux. Anasarca est un mot grec composé de ἀνὰ, inter, & σάρξ, ϰός, caro ; comme si l’on disoit, eau entre les chairs ; parce qu’il semble que la chair en soit imbibée, ou qu’elle est entre la chair & la peau ; ce qui fait qu’on nomme aussi cette maladie Aqua inter cutem, ou Aqua intercus, eau entre la peau, à cause que l’eau est dans le corps adipeux, entre la peau & la chair, & que la peau même en paroît abreuvée.

☞ ANASSES. s. f. Voyez au mot Anacte.

☞ ANASTAMIA. Ville assez considérable du Japon, dans le voisinage de celle de Sarunga, sur la côte méridionale de Niphon. On y fait un grand commerce de toutes sortes de bois.

☞ ANASTASE. s. f. Terme de Médecine. Transport des humeurs qu’on a détournées d’une partie sur une autre.

ANASTOMATIQUE. adj. Anastomaticus, vim habens aperiendi. Terme de Médecine, qui se dit des remèdes qui ont la force d’ouvrir, & de dilater les orifices des vaisseaux, & qui par ce moyen font que le sang circule plus aisément.

ANASTOMOSE. s. f. Terme d’Anatomie. Jonction de deux vaisseaux qui se fait par leurs extrémités ; ☞ embouchure d’un autre vaisseau, d’une veine dans une autre veine, d’une artère dans une artère, ou d’une artère dans une veine, dont la communication devient réciproque. Anastomosis. La circulation du sang dans les fœtus se fait par les anastomoses de la veine cave avec la veine pulmonaire, & de l’artère pulmonaire avec l’aorte. Ce mot est grec, & signifie la rencontre de deux bouches, qui donnent la communication à deux vaisseaux. Il vient du verbe ἀναστομόω, qui signifie, j’ouvre, je débouche. Georges Frédéric Francus de Frankenau, Médecin à Copenhaque, imprima en 1705 un ouvrage ample & savant, intitulé, Anastomosis retecta.

Anastomose, se dit, ou s’est dit autrefois, de l’ouverture d’une veine, qui cause un crachement de sang. Voyez Celse, Liv. IV. c. 4. ☞ & de même de l’ouverture de l’orifice des autres vaisseaux qui ne peuvent retenir les liqueurs qu’ils contiennent.

S’ANASTOMOSER. v. récip. Terme d’Anatomie & de Médecine, qui se dit des vaisseaux du corps animal, & signifie, se joindre par les extrémités, s’emboucher, s’aboucher l’un dans l’autre, ou l’un avec l’autre. Jungi, conjungi, copulari. Toutes les ramifications d’artères, qui sont répandues dans la substance du cœur, sont accompagnées d’autant de ramifications de veines qui s’anastomosent & s’abouchent ensemble. Journ. des Sav. 1717. p. 277.

ANASTOMOTIQUE. s. m. Médicament qui ouvre par son acrimonie les orifices des vaisseaux, & en fait sortir le sang. Quod venarum ostia aperiendi vim habet.

☞ ANASTROPHE. s. f. Vice de construction, dans lequel on tombe par des inversions contre l’usage. Vitium inversionis, dit Quintilien.

ANATAHAN. Nom d’une des îles Mariannes, nommée par les Espagnols, Saint Joachim. Anatahanum, Joachimonesus. Sa latitude est à 17°, 20’. Elle a vingt lieues de tour. Elle est distance de trente lieues de Saïpan. Elle est pleine de montagnes. On l’appelle aussi l’île de Saint Joachim. Moralez, Jés.

ANATE, ou ATTOLE. s. f. Sorte de teinture rouge qui se trouve aux Indes Orientales. Elle se fait d’une fleur rouge qui croît sur des arbrisseaux de sept ou huit pieds de haut. On la jette, comme l’indigo, dans des cuves ou des citernes faites exprès ; avec cette différence, qu’on n’emploie que la fleur, qu’on effeuille comme on fait les roses ; & lorsqu’elle est pourrie, & qu’a force de l’agiter, elle est réduite à une substance épaisse & liquide, on la laisse sécher au soleil, & on en forme des rouleaux ou tourtereaux.

ANATHÉMATISER. v. a. Excommunier, retrancher de la société de l’Eglise. Arcere aliquem ab Ecclesiâ, A societate piorum secludere. L’Eglise anathématise les Hérétiques. Il se dit non-seulement des personnes, mais encore des sentimens, des opinions, de la doctrine. Le Concile de Trente a anathématisé la doctrine de ceux qui disent que le libre arbitre ne peut résister à la grâce. Comment osez-vous soutenir des opinions tant de fois anathématisées par l’Eglise ?

Anathématiser, se dit figurément, & dans le style simple, pour maudire. Detestari, execrari. Combien de fois m’a-t-il pris envie d’anathématiser vignes & vendanges ? Patr.

ANATHÉMATISÉ, ÉE. part.

ANATHÉMATISME. s. m. Canon ou condamnation qui porte anathème. Baronius dit que le Pape Damase condamna l’erreur des Chiliastes, dans le Concile qu’il tint contre Appollinaire en 373 ; mais il n’en n’est pas parlé dans les anathématismes de ce Concile, rapportés par S. Grégoire de Nazianze, & par Théodoret. Moréri, au mot Chiliastes.

ANATHÈME. s. m. Excommunication, qui se dit proprement chez les Auteurs ecclésiastiques, de celle qui est faite par un Evêque, par le Pape, ou par un Concile, avec exécrations & malédictions, qu’on ne prononce que contre ceux qui ont commis quelques grand crime, ou qui sont incorrigibles : & en cela il differe de la simple excommunication, qui défend seulement l’entrée de l’Eglise, & la communion avec les Fidèles ; au lieu que l’anathème sépare du corps de la société & du commerce des Fidèles. Anathema, detestatio, execratio. On a fulminé anathème contre cet hérétique relaps. Il y a deux sortes d’anathèmes, les uns judiciaires, les autres abjuratoires. Les judiciaires ne peuvent être faits que par personnes fondées en juridiction. Les abjuratoires le peuvent être même par des Laïques : comme quand quelqu’un revient de l’hérésie à l’Eglise Catholique, on lui fait toujours anathématiser l’hérésie qu’il abjure : mais ces anathèmes ne sont que simples exécutions, & applications des anathèmes. Ainsi le mot d’anathématiser hors des cas judiciaires, ne veut dire autre chose, sinon, abjurer, abhorrer, tenir pour anathématisé. Ces opiniâtres furent frappés d’un anathème éternel, dont ils furent plutôt abattus que convertis. Boss.

Anathème, se prend aussi figurément pour des exclusions & des malédictions prononcées par des particuliers qui chassent ou qui détestent quelqu’un.

Loin de ceux à qui du mal l’apparence douteuse,
A fait contre un ami coupable ou malheureux,
Lancer d’un saint mépris l’anathème orgueilleux.

Anathème, se dit aussi de celui qui est excommunié par le Pape, par un Evêque, ou par un Concile. A piorum societate seclusus. Si quelqu’un soutient que les causes de mariage n’appartiennent point aux Ecclésiastiques, qu’il soit anathème, dit le Concile.

Anathème, se dit encore figurément d’un homme qui s’est rendu l horreur de tous les gens de bien, & avec lequel personne ne peut avoir de commerce. Il est l’anathème de tout le monde. Ils ont mieux aimé abandonner la religion de leurs peres, passer pour des anathèmes dans le monde, que de relâcher d’un sentiment erroné & nouveau dont ils étoient préoccupés. Bourdal. Exhort. II, p. 392.

Le plûpart des Ecrivains Grecs distinguent anathème écrit avec un e bref, ἀναθεμα, d’anathème écrit avec un e long, ἀναθημα. Pollux, dans son Lexicon, l’écrit de cette dernière manière, & il dit qu’il signifie pour l’ordinaire les dons qui étoient dédiées aux Dieux ; ☞ les présens qu’on suspend dans les temples, soit à l’occasion d’un vœu, soit des dépouilles des ennemis. Hésychius confirme cette interprétation dans son Dictionnaire, où il explique le mot d’anathème par celui d’ornemens, parce que ces dons étoient comme des ornemens dans les temples. Saumaise appuie dans ses exercitations sur Pline, cette distinction du mot d’anathème écrit différemment ; mais Bèze la rejette dans son Commentaire sur le ch. 9 de l’Epître aux Romains, v. 3, où S. Paul souhaite d’être anathème pour ses freres. De quelque manière qu’on écrive ce mot, il a différentes significations. Il se prend en bonne part, & en mauvaise part.

A l’égard du mot d’anathème dans ce passage de S. Paul, où il est écrit avec un e bref, il se prend en mauvaise part. On est cependant fort partagé sur l’explication des paroles de l’Apôtre, pour savoir en quel sens il souhaite d’être anathème. Messieurs de Port-Royal ont traduit : J’eusse désiré devenir moi-même anathème, & être séparé de Jésus-Christ pour mes Freres. Ils ont conservé le mot d’anathème, & l’ont en même temps expliqué par celui d’être séparé, conformément aux Commentateurs Grecs, qui lui ont donné ce sens, à cause de la particule ἀπὸ qui est dans le grec, auquel répond le latin de notre Vulgate, où il y a à Christo. M. Simon a traduit ce même passage de Saint Paul de cette manière ; je souhaiterois d’être anathème à cause de Jésus-Christ pour mes Freres. Il remarque en même temps dans sa note, que dans toute l’écriture, quand ce mot se prend en mauvaise part, il ne signifie autre chose, qu’être dévoué, être traité comme un scélérat, être exterminé. En effet, S. Jérôme a suivi ce sens-là. A l’égard de la préposition grecque ἀπὸ, & de la latine à, M. Simon ajoute qu’on la doit prendre en ce lieu-ci pour propter, parce qu’elle a quelquefois cette signification dans la langue hébraïque. Cet hébraïsme, qui n’a point été connu à S. Chrysostôme & aux autres Commentateurs Grecs, apport un grand éclaircissement aux paroles de S. Paul. Voyez sur l’anathème, Baronius à l’an de Jésus-Christ 57, n. 169. M. de Laubespine, Liv. II de ses Observ. ch. 4 ; le P. Petau dans ses notes sur Julien, ch. 13, 14, 15, 16. Saumaise sur Solin ; Filesac sur Vincent de Lerins, Lindenbroch, &c.

ANATHOTH. Ville Lévitique de la tribu de Benjamin. Anathoth. Jérémie étoit de la ville d’Anatoth. Les paroles de Jérémie, fils d’Helcias, l’un des Prêtres qui demeuroient à Anathoth, dans la terre de Benjamin. Jerem. I. i.

ANATIFÈRE. adj. m. & f. Terme de Lithologie. Conque anatifère. Ce mot vient des deux latins anas, canard, & de ferre, porter ; c’est-à-dire, coquille qui porte un canard.

ANATOCISME. s. m. Anatocismus, Usurarum renovatio, usurarum usura, Fœnoris fœnus. Conversion des intérêts en principal. C’est un contrat usuraire, lorsque des intérêts d’un principal, on en a fait un contrat de constitution ; ou bien lorsque l’on joint les intérêts au principal, & que dans un même billet, ou autre acte, on comprend les intérêts avec le principal. Il n’est point d’usure plus défendue, ni plus criante que l’anatocisme, parce qu’il n’en est point qui ruine plus sûrement & plus vîte les familles. L’anatocisme est défendu sévérement dans le Droit Romain Liv. VIII, God. de usuris. Il est aussi très-expressément défendu en France. L’Ordonnance du Roi, donnée à Saint Germain au mois de Mars 1679, parle ainsi, Tit. VI, art. 2. Les Négocians & Marchands, & aucun autre, ne pourront prendre l’intérêt d’intérêt sous quelque prétexte que ce soit. Et encore, Défendons aux Négocians & Marchands, & à tous autres, de comprendre l’intérêt avec le principal dans les lettres ou billets de change, ou autres actes. M. Domat a remarqué à ce sujet, Liv. III des Lois Civil. Tit. I, n. 10, qu’il faut prendre garde de ne pas confondre avec les intérêts des deniers, les revenus d’une autre nature, comme le prix d’un bail à ferme, les loyers d’une maison, & les autres semblables. Car ces sortes de revenus sont, dit-il, différens des intérêts, en ce que les intérêts ne sont pas un revenu naturel, & ne sont de la part du débiteur, qu’une peine que la loi lui impose pour son retardement, & de la part du créancier un dédommagement de la perte qu’il souffre de n’être pas payé ; au lieu que le prix des fruits & des loyers, est un revenu naturel, qui de la part du débiteur est la valeur d’une jouissance dont il a profité, & de la part du créancier un bien effectif, qui en ses mains fait un capital comme ses autres biens. Ainsi, conclut-il, le débiteur d’un bail à ferme, ou des loyers d’une maison, en doit justement les intérêts depuis la demande. C’est ce que l’on entend quand on dit que l’anatocisme est toléré pour les fermages.

Il ajoute dans ses notes : les rentes constituées à prix d’argent sont d’une autre nature qu’un loyer, ou le prix d’un bail. Car ces rentes ne sont pas des fruits d’un fond, & n’ont pour principal qu’une somme de denier qui a fait le prix de l’acquisition de la rente. Ainsi les arrérages de ces rentes ne peuvent jamais produire d’intérêts, ni s’accumuler avec le principal, pour faire un capital, dont le débiteur puisse devoir de nouveaux intérêts. Cependant l’anatocisme est aujourd’hui toléré pour les arrérages des rentes foncières ; & on l’exige après avoir obtenu une sentence pour cela. Quant aux Mineurs, il dit au v. 13, que la règle qui défend les intérêts des intérêts n’empêche pas qu’ils ne puissent exiger légitimement de leurs tuteurs non-seulement les intérêts des sommes provenues des intérêts, que les débiteurs du mineur ont payés au tuteur, mais même les intérêts des intérêts des sommes que le tuteur lui-même pourroit devoir en son nom ; car, dit-il, tous ces intérêts entre les mains des tuteurs sont des capitaux, dont leur charge les oblige de faire un emploi. Il en apporte la raison, Liv. II, Tit. 1, sect. 3, v. 24, dans ses notes. Si le tuteur, dit-il, se trouve débiteur en son nom envers son mineur, il sera tenu de comprendre dans le fonds qui proviendra des revenus, les intérêts de ce qu’il devra lui-même. Car il a dû en faire le payement, & il en est de même à son égard que s’il les avoit reçus d’un autre débiteur. A semetipso exigere eum oportuit. lege 36, ff. de Neg. gest. Ainsi dans ces cas l’anatocisme n’est pas défendu.

Ce mot est grec, & Cicéron s’en est servi en latin ; il vient d’ἀνα, préposition qui dans la composition signifie, répétition, rénovation, duplication, & de τόκος, qui veut dire usure. Ainsi anatocisme est, usure de l’usure, intérêt de l’intérêt.

ANATOILE. s. f. Nom de femme, Anatolia. Sainte Anatoile, que nos Auteurs modernes nomment vulgairement Sainte Anatolie, & que l’on trouve aussi nommée Callisthène, étoit Romaine de naissance. Baill.

ANATOLE. s. m. Anantolius. Nom d’homme, qui signifie, qui se lève ou qui est levé, d’ἀνατέλλω ; quelques Auteurs de Dictionnaires disent Anatole ; mais l’usage le plus commun, pour ne pas dire général, est de conserver en François le mot latin. Anatolius, Patriarche de Constantinople au Ve siècle, fut fort opposé au Pape S. Léon.

ANATOLICO. Bourg de Grèce, situé dans le Despotat. Anatolicum. Il est à l’entrée du golfe de Lépante, & au couchant de la ville de Lépante, bâti dans les lagunes, ou marais, à peu près comme Venise.

ANATOLIE. Anatolia. Nom que les Grecs ont donné à l’Asie mineure. Ἀνατόλη dans leur langue signifie, levant, orient. L’Asie mineure est à l’orient de la Grèce, c’est de-là que lui vient ce nom. Les Turcs prononcent Anadoli. Quelques-uns disent Natolie par corruption ; car le vulgaire entendant l’Anatolie, a cru que la étoit l’article, & Natolie le nom entier, au lieu que l’A est du nom, & que celui de l’article est mangé, comme dans l’Angleterre. C’est ainsi que quelques-uns disent la Pouille, au lieu de l’Apouille, d’Appulia. Dès l’an 1050 Cultumise s’étoit fait reconnoître pour Souverain de la plus grande partie de l’Asie mineure, ou de l’Anatolie, & il avoit établi le siége de sa domination à Jornium. De Vertot, Hist. de Malte.

Anatolie. s. f. Nom propre. Voyez Anatoile.

☞ ANATOMIE. s. f. C’est ainsi qu’on appelle la dissection du corps, ou de quelque partie du corps d’un animal, de même que l’art de disséquer le corps humain, ou celui d’un animal, pour connoître par ce moyen la situation, la forme, les fonctions des parties qui le composent. Anatome, dissectio, confectio, Ars dissecandi corpora. Ceux qui ont écrit de l’Anatomie chez les Anciens sont, Hipocrate, Démocrite, Aristote, Erasistrate, Galien, Avicenne, Hérophile, & plusieurs autres, qui en avoient parfaitement connu la nécessité, & qui la regardoient comme la plus importante partie de la Médecine, sans laquelle il nétoit pas possible de connoître l’usage des parties du corps humain, ni par conséquent les causes des maladies. Cependant elle avoit été entièrement abandonnée pendant plusieurs siècles, & ce n’a été que dans le seizième qu’elle a commencé à se rétablir. La dissection du corps humain a passé pour un sacrilège jusqu’à François I, & on voit une consultation que fit faire l’Empereur Charles V, aux Théologiens de Salamanque, pour savoir si en conscience on pouvoit disséquer un corps pour en connoître la structure. Le Gendre. Vesale, Médecin Flamand, mort en 1564, est le premier qui ait débrouillé ce qu’on appelle Anatomie. Id. Ceux qui y ont le plus contribué sont, Carpus, Jacques Sylvius, Charles Etienne, Vesale, Fernel, Columbus, Fallope, Eustathius, Fabrice d’Aquapendente, Paré, Du Laurens, Casserius, Gaspar Bauhin, Hofman, Riolan, &c. Mais ceux qui sont venus depuis, l’ont beaucoup perfectionnée, & l’ont enrichie d’un grand nombre de belles découvertes. Aselius découvrit les veines lactées en 1622. Le célébre Harvée publia son admirable découverte de la circulation du sang, en 1628, que le P. Faber, Jésuite, avoit cependant enseignée avant lui. Pecquet découvrit le réservoir du chyle, & les conduits thoraciques en 1651. Olaüs Rudbek, Suédois, & Thomas Bartholin, trouverent les vaisseaux lymphatiques en 1650 & 1651. Warthon trouva en 1655 les conduits salivaires inférieurs. Stenon découvrit les conduits salivaires supérieurs, ceux du palais, des narines & des yeux en 1661. Il travailla aussi sur les muscles, & sur d’autres parties avec beaucoup de succès. Wirsungus, en 1642, découvrit le conduit du pancréas. Willis, qui est venu depuis, a donné l’Anatomie du cerveau & des nerfs, d’une manière beaucoup plus exacte qu’on n’avoit fait avant lui ; il avoit pourtant omis plusieurs choses considérables, qui ont été depuis remarquées par Vieussens, célébre Médecin de Montpellier, & qui a aussi composé un excellent traité du cerveau & des nerfs. Glisson a traité du foie ; Wharton, des glandes ; Graaf, du suc pancréatique, & des parties de la génération, tant des


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