Dictionnaire de Trévoux/6e édition, 1771/Tome 1/471-480

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Fascicules du tome 1
pages 461 à 470

Dictionnaire de Trévoux, 1771
Tome 1, pages 471 à 480

pages 481 à 490



Josephe, Philon & plusieurs Commentateurs la divisent en quatre étages, dont le plus bas étoit destiné au lest, & à recevoir les immondices de l’arche. Dans chacun de ces étages il y avoit différens compartimens séparés par des cloisons, & destinés pour différentes espèces d’animaux, ou pour les fourrages & munitions nécessaires. Drexélius en dinstingue 300, le P. Fournier 333, l’Anonyme, Auteur des questions sur la Genèse, 400. Buteo, Temporarius, Arias Montanus, Hostus, & un grand nombre d’autres, en mettent autant qu’il y avoit de différentes espèces d’animaux. Pelletier n’en met que 72, c’est-à-dire, 36 pour les oiseaux, & il appelle ceux-ci volières, & 36 qu’il nomme etables, pour tous les autres animaux. Il croit que les autres multiplioient trop le nombre ; car si on divise 300, 333 & 400 par 8 personnes qui étoient dans l’arche, chaque personne auroit eu tous les jours 37, 41 ou 50 étables ou volières à nettoyer, ou à fournir de provisions, ce qui lui paroît impossible. Cependant si avec les cellules on ne multiplie pas les animaux, cette raison ne paroît pas bien forte ; car il n’est pas plus difficile, & peut-être moins difficile d’avoir soin d’un certain nombre d’animaux dans 400 ou 300 loges, que d’avoir soin du même nombre dans 72 loges. Quoi qu’il en soit, il trouve que 36 de ces loges dans chaque étage, 18 de chaque côte suffisent. Il donne à celles du second étage, dans lesquelles il place les animaux terrestres, 15 coudées 4/9 de long, 17 de large & 8 de hauteur, c’est-à-dire, selon lui, plus de 28 pieds & demi de long, plus de 13 & demi de haut, mesure de Paris. Au troisième étage il place les 36 volières de même, 18 de chaque côté, & leur donne à chacune 4 coudées 4/9 de long, 6 de large, & 4 de hauteur, c’est-à-dire, plus de 24 pieds de long, plus de 9 pieds & demi de large, & plus de 6 pieds & demie de haut. Il trouve encore de quoi placer un grand réservoir d’eau, & tous les magasins nécessaires, & prouve par là non-seulement qu’il n’y a rien d’incroyable dans ce que l’écriture nous rapporte de l’arche & du déluge, mais même que rien n’est plus croyable, & plus sensiblement vrai. Suellius dit que l’arche en sa longueur & largeur occupoit plus d’un demi-arpent. Cunius & un Géomètre nommé Buteo, ont aussi supputé les dimensions de l’arche, afin de montrer qu’elle pouvoit contenir tout ce qu’il étoit nécessaire d’y enfermer. Voyez encore Pererius Jesuite, dans ses Commentaires sur la Genèse, Arias Montanus, dans son Apparat de la Bible de Philippe II. Le P. Kirker, Jésuite, a fait aussi un Traité de l’arche intitulé Arca Noé, où il explique aussi les dimensions de l’arche, la hauteur & la division qu’on y peut faire de différentes étables, magasins & autres lieux nécessaires ; il montre comment tous les animaux, dont il est parlé dans la Genèse, ch. 7 purent tenir très-commodément, avec les vivres & fourrages qui leur étoient nécessaires pour un an.

On dit figurément des Hérétiques & Schismatiques, qu’ils sont hors de l’arche ; pour dire, qu’ils sont hors du vaisseau, hors de la communion de l’Eglise. On a comparé l’Eglise à l’arche, hors de laquelle il n’y a point de vie. Nicol.

On appelle aussi figurément arche, un lieu de retraite. Ainsi Colletet a dit figurément :

Viens me voir en mon fauxbourg,
Où vrai Patriarche
Contre les flots de la Cour
J’ai bâti mon arche.

On dit proverbialement d’une maison où il y a plusieurs ménages, que c’est l’arche de Noé, où il y a toutes sortes de bêtes. On dit la même chose d’un lieu où il y a plusieurs personnes différentes d’âge, de condition, de mœurs, de langage, &c.

Arche, signifie aussi le coffre où furent enfermées les deux tables de pierre, où Dieu avoit gravé ses commandemens, qui furent donnés à Moyse sur la montagne, & qui furent en grande vénération chez les Hébreux, chez lesquels elle fit plusieurs miracles. On l’appela l’arche d’alliance. L’arche fut prise par les Philistins, & renvoyée avec plusieurs présens. L’arche fut mise d’abord sous le Tabernacle, puis dans le Sanctuaire du Temple. L’arche, selon Josephe, étoit longue de cinq paumes, large de trois, & haute de même. Son bois dedans & dehors étoit revêtu de lames d’or, avec des gonds d’or. Sur la couverture de l’arche, qu’on appelait propitiatoire, il y avoit deux figures posées, appelées Chérub, qui sont des animaux ayant des ailes d’une nouvelle espèce de figure, & telles qu’on n’en vit jamais de semblables : mais Moyse en avoit vu la figure au Thrône de Dieu. Génebrard dit que les Rabbins prétendent que c’étoit la figure de jouvenceaux portant des ailes, comme le Liv. II, chap. 3 des Paralipomènes le démontre assez clairement. Aujourd’hui les Juifs ont encore dans leurs synagogues une espèce d’arche, ou d’armoire, dans laquelle ils conservent les Livres sacrés.

Les Juifs appellent cette arche, ou armoire, Aron. Léon de Modéne, Rabbin de Venise, en fait la description au Liv. I, ch. 10 des coutumes & cérémonies de ceux de sa nation, où il dit : Les Juifs ont dans chaque synagogue du côté d’Orient une arche, ou armoire, qu’ils nomment Aron, en mémoire de l’arche d’alliance qui étoit dans le Temple. Ils enferment dedans les cinq Livres de Moyse, écrits à la main sur du velin avec de l’encre faite exprès, &c. Il est parlé dans saint Epiphane & dans saint Jean de Damas, de l’Aron des synagogues. Quelques Auteurs ont confondu ce mot, qui signifie arche dans la langue hébraïque, avec le nom d’Aaron, frere de Moyse ; Tertullien appelle cette arche, armarium Judaicum, l’armoire des Juifs, d’où est venue cette expression, être dans l’armoire de la synagogue ; pour dire, être dans le rang des Livres divins & canoniques. Quelques Théologiens qui n’ont point su ce que c’étoit que l’Aron, ou l’arche des synagogues, ont avancé d’étranges choses touchant cette arche : Scaliger même, tout habile critique qu’il étoit, n’a point entendu le passage de saint Epiphane, où il est parlé de l’Aron. Voyez le mot Apocriphe.

Arche. Terme de Verrerie. Dans les Verreries, les arches sont les arcades ou ouvertures du four, dans lesquelles on met le verre recuire.

Arche de Noé. Terme de Conchyliologie. Nom que l’on donne à une espèce de coquillage marin. Arca Noé, concha. Deux petites arches de Noé coloriées. Cette espèce est rare à trouver coloriée, & conditionnée. Gersaint.

Arche, en termes de Marine, est la boëte de menuiserie qui couvre la pompe ; afin qu’elle ne soit point offensée.

l’Arche de Delft. On appela de ce nom sur la fin du XVI siècle, un vaisseau construit à Delft, parce que, comme l’arche de Noé, il marchoit sans voiles & sans rames, par le moyen des roues cachées au-dedans, que douze hommes faisoient incessamment tourner, & dont le mouvement causoit celui du vaisseau. Larrey. Tom. II, pag. 288.

Arche de triomphe, ou Archi-triomphante. s. f. Terme de Fleuriste. Sorte d’œillet. C’est un pourpre enfoncé sur un blanc passable ; son panache est gros : sa fleur ronde & large ; sa plante délicate, abondante en marcottes, & facile à prendre racines ; elle est sujette aux taches blanches, comme à une espèce de gale qui s’attache à ses fannes : elle vient de Lille.

Arche, terme de Manège. C’est une partie du mors. Il ne faut point se servir de martingale attachée aux arches du mors. Newg. C’est travailler les chevaux à faux, de le faire avec de fausses rênes attachées aux arches du mors : si vous les tirez, cela lâche la gourmette ; ainsi le cheval ne sera jamais bien affermi par ce moyen. Id.

Arche. Voyez Arc. Rivière de Savoye.

ARCHÉAL. adj. m. & f. Terme de Chimie & de l’art Hermétique. Ce qui est de l’archée, ou ce qui appartient à l’archée ; c’est-à-dire, au feu que les Chimistes & les Philosophes Hermétiques croient être au centre de la terre. Maladie archéale. Idées archéales. Voyez Archée.

ARCHECAPELAIN. s. m. Vieux mot. Chancelier, selon Ragueau.

ARCHÉE. s. f. Terme de Chimie. C’est ainsi que les Chimistes appellent le feu qu’ils s’imaginent être au centre de la terre pour cuire les métaux, & les minéraux, & pour être le principe de la vie des végétaux. Quelques-uns entendent par ce mot, un certain esprit universel, répandu par-tout, & qui est la cause de tous les effets de la nature. D’autres l’appellent l’ame du monde ; d’autres le Vulcain, ou la chaleur de la terre. Ils disent que tous les corps ont quelque portion de cette archée ; & que lorsqu’elle est corrompue, elle produit les maladies qu’ils nomment archéales. Ils lui attribuent aussi les idées qu’ils appellent, à cause de cela, archéales. Voyez Basile Valentin, Paracelse & Vanhelmont.

Ce mot vient apparemment d’ἀρχή, principe, parce que ce feu, principe par excellence, est la cause de tous les effets de la nature.

ARCHEGAYE. Machine de guerre dont on se servoit autrefois, & qu’on jettoit sur les ennemis. Borel.

ARCHÉGÉTE. s. m. Nom d’Apollon, sous lequel il avoit un autel & un culte dans l’île de Naxe. Archegetes. Sur des monnoies de cette île on voit une tête d’Apollon avec ce surnom. On donnoit à Hercule le même titre dans l’île de Malthe, où son culte avoit été apporté de Tyr. Ce mot signifie, Prince, Chef, Conducteur. Du grec Ἄρχων, princeps, & ἡγέομαι, duco.

ARCHELET. s. m. Petit arc. Borel. C’est comme l’on voit, un diminutif d’arc, & d’archet.

Archelet. Petit archet dont les Orfévres, Horlogers & Serruriers se fervent pour les ouvrages de tour les plus légers.

Archelet. C’est aussi, en termes de Pêcheurs, une branche de saule pliée en rond, qui s’attache avec de la lignette autour de l’ouverture du verveux pour l’avaler ; c’est-à-dire, pour le tenir ouvert.

ARCHER. s. m. Celui qui porte un arc, & qui en tire. Saqittarius. C’étoit autrefois une espèce de milice dont on se servoit à la guerre. Maintenant elle n’est plus en usage qu’en Orient, & chez les peuples barbares. Les Turcs ont encore des compagnies d’archers dans leurs troupes. Il y a des bourgeois en plusieurs villes qui s’exercent à tirer de l’arc, & du mousquet, & de qui on peut dire : il y avoit tant d’archers qui disputoient le prix, & tant de mousquetaires.

Ce mot vient d’Arcuarius, ou plutôt de arquis, que l’on a dit dans la basse latinité. On trouve arquites pour des gens armés d’arcs, ou portans des arcs, dans les actes de S. Marcel rapportés par Bollandus, Tom. II, p. 14. On trouve aussi Archerius dans S. Antonin. Varron a dit que ce mot d’archer signifioit anciennement un brigand. M. Sarafin, dans sa Dissertation sur les Echecs, lui donne la même signification ; les Jurisconsultes entrent dans le même sentiment. L. Nec diu Cod. de pœn. Autrefois on disoit archier pour archer.

Et sans les bons archiers du bon pays Anglois.
Chron. de Bert. du Guesc.

Nos Auteurs qui ont traité de la Noblesse disent, que les archers de la garde du Roi étoient nobles. Les archers de la garde du P. de Savoye, sont regardés comme tels. Deroch. Voyez au mot Arme, quelles étoient les armes des archers en 1424.

On appeloit autrefois Francs-Archers, des gens de guerre qui étoient exempts des impôts. Le Franc-Archer de Bagnolet. C’est Charles VII qui forma cette milice vers l’an 1448. Chaque village de son royaume s’engagea à lui équiper, ou à lui entretenir un archer, qui, à condition de marcher en campagne, quand l’ordre en viendroit, étoit affranchi de toutes tailles & subsides ; & c’est à cause de cet affranchissement que ces soldats furent appelés Francs-Archers. P. Dan. Louis XI cassa les Francs-Archers en 1481, & fit venir en France un grand nombre de Suisses à leur place. Id.

Archer, se dit aujourd’hui plus particulièrement de ceux qui accompagnent les Prévôts pour les captures, ou pour exécuter quelque ordre de justice ou de police, quoiqu’ils ne portent que des hallebardes ou des carabines. Tribuni capitalis satellites. Les archers du grand Prévôt de l’Hôtel, du Prévôt des Marchands. Prætoris urbani satellites. Les archers de la ville, archers du guet. Vigiles.

Archers des pauvres. On appelle ainsi une sorte de soldats à pied, qui ont ordre de prendre les pauvres qui mendient dans Paris, & de les mener aux hôpitaux. Satellites cogendis pauperibus præpositi. Le peuple les appelle par moquerie, les archers de l’écuelle. Il y a des provinces où ils sont appelés chasse-coquins ; parce qu’ils ont principalement ordre de chasser hors des villes policées, tout ce qu’ils rencontrent de coureurs & de coquins mendians.

ARCHÈRE. s. f. Femme qui se sert de l’arc & de la flèche, armée d’un arc pour aller à la chasse où à la guerre.

Nous trouvons dans un parc de palmiers entouré,
Près d’un tigre mourant, un chasseur déchiré,
Là même une superbe & cruelle panthère
Lutoit contre une jeune & courageuse Archère.

P. Le Moine.


Mais le coup merveilleux qui l’Archère sauva,
Au veuvage, aux regrets, aux pleurs la réserva.

Idem.

☞ Ce mot peut passer dans les vers du P. le Moine.

ARCHEROT. s. m. Vieux mot qui signifioit, petit archer. Jaculator. Les Poëtes donnoient autrefois cette épithète à Cupidon. Du Barras en parle ainsi :

Qui d’un nain, d’un bâtard, d’un Archerot sans yeux,
Font non un Dieutelet, mais le maistre des Dieux.

ARCHES. Voyez Charleville.

ARCHET. s. m. Terme de Luthier. Petit arc garni de crins de cheval au lieu de corde, & qui sert à tirer le son des violons, violes, poches, & autres semblables instrumens de musique, en le passant légèrement sur les cordes. Plectrum. Il est composé de trois pièces, dont la première est le bâton ou le brin qui soutient le crin. La seconde est composée de 80 ou 100 brins de crin de cheval, ou de soie, & enfin d’une demi-roue qu’on appelle la hausse, qui sert à entretenir ses filets dans une tension convenable.

Archet, est aussi un petit arc d’osier, ou cerceau qu’on met au-dessus des berceaux des enfans pour soutenir une couverture au-dessus de leur tête. Vimen arcuatum.

Archet, se dit aussi des chassis courbés en arc, sous lesquels on fait suer les malades. C’est pourquoi on dit figurément qu’un homme a passé sous l’archet, lorsqu’il a passé par le grand remède, qu’il a été obligé de suer.

Archet, se dit aussi de l’outil qui sert aux ouvriers qui travaillent sur le bois & sur les métaux, comme Tourneurs, Serruriers, Orfèvres, &c. qui leur sert à tourner, ou à percer leurs ouvrages. Il est composé d’une verge de fer, ou de baleine, qui fait ressort, & qui se bande par le moyen d’une corde qu’on tortille autour de la besogne pour la faire mouvoir en rond. On l’appelle aussi Arçon. Les Tourneurs en bois appellent l’archet de tour, la perche qui pend du plancher au-dessus de leur tête, à laquelle est attachée la corde qui fait tourner l’ouvrage.

Archet. Terme de Fondeur de caractères. C’est un morceau de fil de fer faisant ressort, ou plutôt d’acier, plié en arc, qui est attaché au-dessous des moules, dans lesquelles ils fondent les moules d’imprimerie.

Archet, est aussi un terme de Maçon. Et par-là on entend une petite scie faite seulement d’un fil de laiton, de laquelle on se sert pour scier toutes sortes de pierres dures.

ARCHÉTYPE. s. m. (prononcez arquétype.) Terme didactique. Original, patron sur sur lequel on fait un ouvrage. Archetypus. Les Philosophes parlent de l’archétype du monde, tel qu’il étoit dans l’idée de Dieu avant sa création. ☞ C’est l’idée sur laquelle Dieu a créé le monde.

Ce mot est pur grec, & n’a d’usage en françois, que quand il s’agit de Théologie ou de Philosophie.

En la Cour des Monnoies, on appelle archétype, l’étalon primitif & général des poids & mesures qui y est gardé, sur lequel on étalonne les autres. Il est ainsi appelé par Bouteroue.

ARCHEVÊCHÉ. s. m. Terme de Géographie. Archiepiscopatus. C’est une certaine étendue de pays, province, ou diocèse qui est sous la juridiction spirituelle d’un Prélat, qui a des suffragans sous lui. L’Archevêque de Paris n’a que quatre suffragans. Il y a en France dix-huit Archevêchés. I. Aix, qui a pour suffragans Apt, Riez, Fréjus, Gap, Cisteron. II, Albi, sous lequel sont Rodez, Castres, Cahors, Vabres. III, Arles, dont les suffragans sont Marseille, S. Paul-trois-Châteaux, Toulon, Orange. IV, Auch, sous lequel sont les évêchés d’Acqs, de Leitoure, de Comminges, de Couserans, d’Aire, de Bazas, de Tarbes, d’Oléron, de Lescar, & de Bayonne. V, Besançon, qui n’a que le Bellay pour suffragant. VI, Bordeaux, dont les suffragans sont Agen, Angoulême, Poitiers, Périgueux, Condom, Sarlat, la Rochelle, & Luçon. VII, Bourges, qui a sous lui Clermont, Limoges, le Puy, Tulles, & Saint-Flour. VIII, Cambray, d’où dépendent Arras & Saint-Omer. IX, Embrun, dont la province comprend Digne, Grasse, Vence, Glandève, & Sénez. X, Lyon : ses suffragans sont Autun, Langres, Mâcon, Châlons sur Saône, Dijon & S. Claude. XI, Narbonne, qui a pour suffragans Béziers, Agde, Carcassonne, Nismes, Montpellier, Lodève, Uzès, S. Pons, Aleth, Alais, Perpignan. XII, Paris, dont les Evêques suffragans sont ceux de Chartres, de Meaux, d’Orléans & de Blois. XIII, Reims, qui a Soissons, Châlons sur Marne, Laon, Senlis, Beauvais, Amiens, Noyon & Boulogne. XIV, Rouen, d’où dépendent Bayeux, Avranches, Evreux, Séez, Lisieux, Coutances. XV, Sens, dont les suffragans sont Troyes, Auxerre, Nevers, Mets, Toul & Verdun. XVI. Toulouse, qui a sous lui Montauban, Mirepoix, Lavaur, Rieux, Lombez, S. Papoul, Pamiers. XVII, Tours, dont les suffragans sont le Mans, Angers, Rennes, Nantes, Quimper, Vannes, Léon, Tréguier, S. Brieux, S. Malo, Dol. XVIII, Vienne : suffragans, Grenoble, Viviers, Valence, & Die.

Archevêché, signifie, le logis, le palais de l’Archevêque. Il est logé à l’archevêché. Archiepiscopale palatium.

Archevêché, se dit aussi de la dignité d’Archevêque. Dignitas Archiepiescopalis. De son revenu. Archiepiscopalis reditus, proventus. Il a obtenu un archevêché. Son archevêché vaut tant de revenu.

ARCHEVÊQUE. s. m. Prélat métropolitain, qui a un certain nombre d’Evêques pour suffragans. Archiepiscopus. L’Archevêque de Lyon est Primat des Gaules : celui de Bourges, d’Aquitaine. Au concile d’Orléans, tenu en 512, les Evêques signèrent selon l’ordre de leur réception, quoique quelques-uns prissent le titre de métropolitains, qui ne donnoit aucune prééminence. On ne connoissoit point encore la dignité d’Archevêque. Elle a été reconnue fort tard dans l’Occident.

En Orient, on ne trouve point la qualité d’Archevêque avant le concile d’Ephèse, tenu en 321. Andoque, Hist. de Lang. p. 97. S. Athanase est le premier qui ait employé le titre d’Archevêque, en le donnant à Aléxandre son prédécesseur. S. Grégoire de Nazianze le donna aussi à S. Athanase : mais ce n’étoit qu’un titre d’honneur, sans avoir égard à leur Juridiction. On l’attribua particulièrement aux Evêques de Constantinople, & de Jérusalem. Dans la suite les Grecs donnèrent le nom d’Archevêque aux Evêques des grandes villes, bien qu’ils n’eussent aucun suffragant dans leur diocèse. Le Métropolitain étoit le chef de la province, & avoit plusieurs suffragans sous sa Juridiction. Il n’y a rien de plus connu dans les Notices des Grecs modernes, que ces Archevêques sans suffragans, & différens des patriarches & des métropolitains. Au concile d’Ephèse, Célestin & Cyrille sont appelés Archevêques, l’un de Rome & l’autre de Jérusalem. Au concile de Calcédoine en 451, le titre d’Archevêque fut donné à Léon I, Evêque de Rome, par les Grecs. Mais parmi les Latins, Isidore de Séville est le premier qui parle des Archevêques. Il distingue quatre ordres dans le gouvernement de l’Eglise : Patriarches, Archevêques, Métropolitains, & Evêques. Il soutient que les Archevêques présidoient les Métropolitains. Ainsi le mot d’Archevêque n’étoit guère connu dans l’église latine avant Charlemagne. Voyez Cujas sur la Novelle XI, & Du Cange dans son Glossaire, à ce mot. On trouve quelquefois Archipolites en latin, pour Archevêque. Où est cette fierté, disois-je, qui n’en vouloit qu’au Pape, aux Archevêques, & aux Jésuites ? Racine.

Archevêque. s. m. Terme de Fleuriste. C’est une espèce d’œillet violet, ainsi appelé à cause de sa couleur.

ARCHI. Ce mot ne se met jamais tout seul ; mais il est fort significatif quand il est joint avec d’autres ; il a la force d’un superlatif, pour marquer un grand excès dans la chose dont on parle, comme quand on dit, c’est un archi-vilain, un archi-paresseux, un archi-dévôt, un archi-fou, un archi-pédant, &c. pour dire, qu’un homme est très-vilain, tres-paresseux, très-dévôt, très-fou. Ce mot se traduit en latin par le superlatif de l’adjectif auquel il est joint. Mais toutes ces façons de parler, & plusieurs autres que l’on peut faire de la sorte, ne sont bonnes que dans le style simple & familier.

ARCHIACOLYTHE. s. m. Qui est au-dessus de l’acolythe. Archiacolythus. C’étoit autrefois une dignité dans les cathédrales, lesquelles étoient toutes divisées en quatre ordres de Chanoines, savoir, les Prêtres, les Diacres, Sous-Diacres, & les Acolythes. Ils avoient chacun leurs chefs. Celui de ces derniers s’appeloit Archiacolythe. Mais cette dignité est présentement éteinte. Le Moine Michel dit, qu’il y a encore un Archiacolythe dans l’Eglise de Capoue.

ARCHIATAROTH. Ville de la Terre-Sainte. Archiataroth. C’étoit une ville de la Tribu d’Ephraïm, sur les confins de celle de Benjamin, entre les montagnes d’Ephraïm & la ville d’Ephrem. Il ne faut point séparer ces deux noms Archi & Ataroth ; ou plutôt il ne faut point en faire deux lieux différens. Ce n’est qu’une seule ville, nommée Archiataroth, comme qui diroit longueurs des couronnes, ou peut-être longueurs des enceintes.

☞ Les Auteurs du Grand Vocabulaire trouvent mauvais que l’Editeur du Dictionnaire de Trévoux dise, sans citer personne, qu’il n’y a point de lieu qui s’appelle Archi ; & ajoutent tout de suite, que cette erreur n’est pas particulière à ce Dictionnaire. Si l’Editeur du Trévoux a tort, ce n’est pas pour avoir manqué de citer quelque autorité ; il n’en manquoit pas, puisque cette erreur ne lui est pas particulière. Mais il a eu tort de se tromper : & en citant ses garans, il n’en seroit pas moins dans l’erreur. Cependant, si l’on veut des autorités, que les Vocabulistes lisent Ortelins ; ils verront que cet Auteur, & bien d’autres, ne font qu’un seul mot, & conséquemment qu’un même lieu, d’Archi & Ataroth qui se trouvent de suite dans Josué. Archiataroth.

☞ Au reste Archi étoit une ville de la Palestine, dans la Tribu de Manassé, au-delà du Jourdain : & Ataroth étoit un nom commun, non à deux villes, comme le disent les Vocabulistes, mais à trois. Voyez Ataroth.

ARCHICAMÉRIER, ou ARCHICHAMBELLAN. s. m. Archicamerarius. Officier de l’Empire. On appelle en Allemagne Archichambellan, celui que nous appelons en France Chambellan. ☞ Mais il n’a pas les mêmes fonctions que le Chambellan chez nous, & sa dignité n’est, à proprement parler, qu’un titre d’honneur. L’électeur de Brandebourg est Archicamérier né de l’Empire ; & par la disposition de la Bulle d’or, dans les marches, ou processions impériales, il porte le sceptre de l’Empereur, & marche au côté gauche du Duc de Saxe. En d’autres cérémonies il est à cheval, comme les autres Electeurs ; & porte à la main un bassin avec un essui-main ; & descendant de cheval il donne à laver à l’Empereur, ou au Roi des Romains. Dans l’élection de l’Empereur, il donne sa voix le sixième. Les Vicaires, ou sous-Officiers de l’Archicamérier, sont les Princes de Hohenzollern, qui sont aussi de la maison de Brandebourg. Voyez Imhoff, Notitia procerum Imperii, Lib. II., cap. 8. Lymnæus enucleatus, Lib. II, cap. 10. De Prade, Hist. d’Allemagne, 2, p. c. 4.

ARCHICHANCELIER. s. m. Archicancelarius. Hinmar appelle summus Cancellarius, grand Chancelier, celui qui présidoit à tous les Chanceliers, ou Notaires, comme on disoit autrefois ; c’est-à-dire, à tous les Secrétaires de la cour, ou du palais. Cette charge a été sur-tout en usage en France, sous les deux premières races, & ensuite sous les Empereurs de Germanie. Comme ils eurent trois Etats, la Germanie, l’Italie, & le royaume d’Arles, ils eurent aussi trois Archichanceliers : & c’est de là que sont venus les trois Archichanceliers qu’il y a encore en Allemagne ; car l’Archevêque de Mayence est Archichancelier de l’Empire en Allemagne ; l’Archevêque de Trèves l’est du royaume d’Arles ; & celui de Cologne l’est d’Italie. Bernard de Mallinckroth, dans un livre intitulé, De Archicancellariis Imperii Romani, c’est-à-dire, des Archichanceliers de l’Empire Romain, pag. 33 & suiv. a montré que ces trois Archevêques étoient Archichanceliers avant que d’être Electeurs ; & Brower dans ses Annales de Trèves, Liv. XVI, en rapporte l’origine au temps d’Othon le Grand, aussi-bien que Knipping dans sa nouvelle Méthode du Droit public, Liv. II, chap. 6, & du Cange après eux.

Il y a encore d’autres Archichanceliers que ces trois là. L’Archevêque de Vienne, en Dauphiné, étoit Archichancelier du royaume de Bourgogne, & Frédéric I, le confirma dans cette dignité par un diplome de l’an 1157. L’Abbé de Fulde étoit aussi autrefois Archichancelier de l’Empire. Il y a un diplome de Charles IV, de l’année 1358, qui confirme cet Abbé & ses successeurs dans cette dignité ; & dès le temps de l’Empereur Lothaire, Berthos Abbé de Fulde, prit cette qualité, comme l’ayant reçue de ses prédécesseurs. M. Archon, dans son Hist. Eccles. de la Chapelle des Rois de France, dit que le nom d’Archichancelier cessa vers le commencement de la troisième race. Voyez le Glossaire de du Cange, l’Orbis Politicus d’Hornius, & Imhoff, Liv. II, c. 3 & 4.

ARCHICHANTRE. s. m. Celui qui est au-dessus des chantres, qui est comme le chef des Chantres : il y a quelques églises où il y a un Archichantre, Archicantor.

ARCHICHAPELAIN. s. m. Archicapellanus. C’est le nom que l’on donnoit autrefois au grand Aumônier de France. On l’appeloit aussi quelquefois Chapelain absolument, & signifioit par excellence & par antonomase, le grand Chapelain du Palais, dit Rouillard, dans son livre intitulé, le Grand-Aumônier de France. C’est au grand Aumônier, comme Archichapelain, d’avoir la surintendance du chœur, pour ce qui est du chant, de la musique, ou psalmodie, & direction du service divin qui doit être célébré devant le Roi, des côtés duquel il est inséparable. Rouillard. La charge de l’Archichapelain avoit beaucoup d’affinité avec celle du grand Chancelier ; on trouve même des Prélats qui signent indifféremment Archichapelain, ou Archichancelier. Ce qui fait croire à quelques Savans, que sous la première & la seconde race de nos Rois c’étoit la même chose. Le II concile de Châlons, en 813, can. 44, le leur défendit. Strabon dit qu’ils connoissoient des affaires des clercs. C’étoit à eux à donner la bénédiction à la table du Roi. M. de Laurière dans les Notes sur Ragueau, remarque que le mot capella signifioit au temps de la basse latinité, non-seulement une chapelle, mais aussi le lieu où l’on expédioit les lettres du Roi, d’où il est arrivé que le Chancelier a été appelé Archichapelain. M. Archon, dans son Histoire ecclés. de la Chapelle des Rois de France, dit que les grands noms d’Archichapelain & d’Archichancelier, & les autres semblables, cesserent d’être en usage au commencement de la troisième race. On vit cependant revivre ce titre d’Archichapelain, comme l’a remarqué le même Auteur, sous Henri I, en la personne de Baudouin, qui étoit en même temps Chancelier, & qui fut ensuite Evêque de Noyon.

ARCHICONFRATERNITÉ, ARCHICONFRÉRIE. s. f. Société de personnes pieuses, qui s’unissent pour quelque dessein pieux. Archiconfraternitas. Ce mot vient d’Italie, où il y a de ces Archiconfraternités. Telle est l’Archiconfraternité de la Doctrine Chrétienne à Rome, sur laquelle Voyez le P. Hélyot, Hist. des Ordres Relig. T. IV, p. 296 & suiv. Ce mot ne se dit qu’en parlant de ces sociétés d’Italie. L’Archiconfraternité du Gonfalon est la plus ancienne. Elle fut érigée en 1264. Id. T. VIII. L’Archiconfrérie du S. Crucifix, établie à Rome dans l’église de S. Marcel, a pour protecteur un Cardinal. L’Archiconfrérie des Stigmates a un Préfet à sa tête, qui est ordinairement un Prélat. L’Archiconfraternité de Notre-Dame de Mont-Carmel à Rome. Voyez le P. Hélyot, T. I, p. 384. Le Primicier de l’Archiconfrérie des Pélerins. L’Archiconfraternité de la mort est aussi en grande estime. Le principal emploi des confrères est de donner la sépulture aux personnes que l’on trouve morte dans les rues de Rome & à la campagne, y ayant toujours des confrères qui sont députés pour les aller chercher, & les conduire à leur église, où ils disent pour eux l’office des morts. Ils enterrent aussi gratuitement les pauvres de la paroisse.

ARCHICONSUL. s. m. C’est le nom ou le titre que l’on donne au chef ou président de l’Académie de la Ciusca à Florence. Archiconsul.

☞ ARCHIDAPIFER. s. m. Grand Maître d’hôtel. C’est le nom d’un des grands Officiers de l’Empire. Cette charge est distinguée de celle de Grand Maître de l’hôtel de la maison de l’Empereur, qui est la première de sa cour. voyez Archi-ecuyer tranchant.

ARCHIDIACONAT. s. m. Archidiaconatus. Office de l’Archidiacre. Il y a plusieurs Archidiaconats dans les chapitres des églises cathédrales.

ARCHIDIACONÉ. s. m. Certaine partie d’un diocèse qui est sujète à la visite d’un Archidiacre. Diœceseos pars Archidiaconi visitationi subjecta. Il y a tant de Paroisses dans cet Archidiaconé.

ARCHIDIACRE. s. m. Supérieur ecclésiastique qui a droit de visite sur les Cures d’une certaine partie d’un diocèse. Archidiaconus. Le grand Archidiacre de Paris est celui qui a le premier Archidiaconé. L’Archidiacre étoit autrefois le premier & le plus ancien des Diacres. On ne le connoissoit point avant le Concile de Nicée. Sa fonction est devenue depuis une dignité qui a été même préférée à celle des Prêtres. C’étoit le premier Ministre de l’Evêque pour toutes les fonctions extérieures, particulièrement pour l’administration du temporel. Il avoit soin de l’ordre, de la décence de l’Office divin, & de l’ornement des Eglises. Il avoit la direction des pauvres, & veilloit à la correction des mœurs : c’est pourquoi on l’appeloit la main & l’œil de l’Evêque. Ce pouvoir mit bientôt l’Archidiacre au-dessus des Prêtres, qui n’avoient que des fonctions spirituelles. Il n’avoit pourtant aucune Juridiction sur eux jusqu’au sixième siècle ; mais il devint bientôt leur supérieur, même de l’Archiprêtre. Après le dixième siècle, les Archidiacres furent regardés comme ayant Juridiction de leur chef, avec pouvoir même de déléguer des Juges. Dans la suite, pour affoiblir leur puissance, on les multiplia ; sur-tout dans les diocèses de plus grande étendue. Celui qui avoit son district dans la ville épiscopale, prit la qualité de Grand-Archidiacre. Fleury. Il avoit aussi la garde du trésor de l’église, & juridiction comme les Officiaux. Il faisoit la visite dans les paroisses du diocèse où l’Evêque l’envoyoit : & c’est maintenant la seule fonction qui lui reste. Il n’a qu’une juridiction momentanée, & passagère, & un droit de correction légère, en faisant sa visite. On a transporté à l’Official toute la Juridiction contentieuse. En tant qu’Archidiacre, il ne peut plus exercer la fonction de Juge de l’Evêque. Il est vrai qu’en certains diocèses, l’Archidiacre, soit par titre, soit par possession immémoriale, s’est conservé le droit d’avoir un Official, appariteurs, ou autres marques de juridiction. Mais hors ces cas, sa juridiction est restreinte à des causes légères. Chez les Grecs, l’Archidiacre doit lire l’Evangile, ou nommer quelqu’un qui le lise, lorsque l’Evêque officie. L’Archidiacre est aussi appelé quelquefois, Archilévite. Voyez les Mémoires du Clergé, Tom. 2. & 3. & de la Guessiére, Tom. 3.

Il y a un ancien proverbe, qui, pour désigner un homme bien crotté, dit, qu’il est crotté en Archidiacre, parce que les Archidiacres faisoient alors leurs visites à pied, en toutes saisons.

ARCHIDIOCÉSAIN. adj. m. Qui dépend du diocèse d’un Archevêque, qui appartient à un archevêché. Archidiœcesanus. Ce mot ne se doit dire que de certaines choses auxquelles la coutume l’a attaché, & non généralement & communément de toutes. Dans la congrégation des Barthélemites, un président Archidiocésain doit veiller sur tout l’archevêché. P. Hélyot. T. VIII. p. 126.

ARCHIDONA. Petite ville de l’Andalousie, en Espagne. Archidona. Elle est sur la Frontière du royaume de Grenade, entre la ville d’Anduxar & celle de Malgue, ou Malaga.

Archidona, est encore un bourg du Pérou dans l’Amérique méridionale. Il est dans le quartier de los Quixos, près de Quito & de Paramores.

ARCHIDRUIDE. s. m. Le chef des Druydes, ou Prêtres Gaulois. Princeps Druydarum. Voyez Druide.

ARCHIDUC. s. m. Archidux. Celui qui a une qualité, une prééminence & une autorité qui l’éleve au-dessus des autres Ducs, l’Archiduc d’Austrasie, est un titre fort ancien, & en usage dès le temps de Dagobert. Il y a eu aussi des Archiducs de Lorraine & de Brabant. L’Autriche fut érigée en Marquisat par Othon, ou Henri I, & en Duché par Frédéric I, en 1156. Mais on ne sait pas trop bien ni en quel temps, ni pourquoi on lui donna le titre d’Archiduché. On prétend que Frédéric III. est le premier qui a pris la qualité d’Archiduc d’Autriche. Voyez Du Cange. D’autres disent que Maximilien I donna l’an 1459, à l’Autriche, le titre d’Archiduché, auquel il attribua de beaux priviléges, dont les principaux sont, que les Archiducs seront sensés avoir reçu l’investiture de leurs états, lorsqu’ils l’auront demandée trois fois ; qu’ils ne pourront être destitués de leurs terres par l’Empereur, ni par les états de l’Empire ; qu’ils exerceront la justice dans leurs terres sans appel ; qu’ils seront Conseillers nés de l’Empereur ; qu’on ne réglera aucune affaire de l’Empire sans leur participation ; & enfin qu’ils pourront créer des Comtes, des Barons, & des Gentils-hommes dans tout l’Empire. Le premier Prince de la maison d’Autriche, qui paroît avoir pris le titre d’Archiduc, est Maximilien en 1519, aïeul de Charles-Quint.

ARCHIDUCHÉ. s. f. Terre qui est érigée sous ce titre, & qui donne à celui qui la posséde, un rang ou qualité au-dessus des autres Ducs. Archiducatus. Ce titre a été inventé pour donner à la maison d’Autriche, qui en a joui jusqu’à présent, une prééminence sur les autres maisons ducales de l’Empire. La création de ce titre est de l’an 1453, comme il paroît par le diplôme de Frédéric III, daté de la même année.

ARCHIDUCHESSE. s. f. ☞ On donne ce nom à la femme d’un Archiduc, ou à une Princesse qui est revêtue de cette dignité par elle-même, par sa naissance. Archiducessa. L’Archiduchesse d’Autriche. Les Archiduchesses filles de l’Empereur.

Archiduchesse. s. f. Terme de Fleuriste, Espèce d’œillet violet sur un blanc passable, fort rond, de médiocre largeur, élevé à Lille.

ARCHIE. s. f. Vieux mot. Voûte, ou trait d’arc.

ARCHIÉCHANSON. s. m. Archipincerna. Officier de l’Empire. Grand Echanson de l’empire. Le Roi de Bohême est Archiéchanson de l’empire. Il a pour Vicaire l’Echanson héréditaire de Limpurg. Sa fonction est de présenter à l’Empereur la première coupe, quand il tient la cour impériale. Il n’exerce point cette fonction avec la couronne royale, à moins qu’il ne le veuille lui-même. Il la fait après que tous les autres Electeurs ont rempli les leurs : cependant dans les processions, ou marches solennelles, il suit immédiatement l’Empereur ; & dans les séances, il est à son côté droit après les Electeurs de Mayence & de Cologne. Dans l’élection de l’Empereur il donne sa voix le troisième : mais il n’a point de part aux capitulations, ni aux autres assemblées des Electeurs. Voyez Imhoff. Notitia Imp. Proc. Lib. III, 5.

ARCHI-ÉCUYER TRANCHANT, ou Archi-Maître d’Hôtel, Grand-Maitre d’Hôtel. Archidapiser. Officier de l’Empire. C’est l’Electeur de Bavière qui a cette charge depuis l’an 1623, que Ferdinand II le fit Electeur ; ce qui fut confirmé en 1648 par la paix d’Osnabrug. Le Palatin du Rhin a prétendu que cette charge étoit une annexe de son Palatinat, & non pas de l’Electorat ; mais il s’en est désisté. Voyez Imhoff, Not. Imp. Proc. Lib II, c. 6.

ARCHIÉPISCOPAL, ALE. adj. (Prononcez Arkiépiscopal) Qui appartient à l’Archevêque, qui regarde l’Archevêque. Archiepiscopalis. Le palais Archiépiscopal. Mitre Archiépiscopale. Juridiction Archiépiscopale.

Ce mot vient de deux mots grecs ἀρχὸς ἐπίσκοπος, qui signifient, Prince & Evêque.

ARCHIÉPISCOPAT. s. m. (Prononcez Arkiépiscopat) Archiepiscopatus. C’est la dignité de l’Archevêque ; mais comme ce mot est un peu vieux, on se sert ordinairement de celui d’Archevêché. On le dit du temps qu’un Archevêque a occupé un siége archiépiscopal. M. l’Archevêque de Noailles mourut après 34 ans d’Archiépiscopat.

ARCHIÉRARQUE. s. m. Archierarcus. Chef de la Hiérarchie, chef de l’Eglise. C’est un nom que l’on a donné quelquefois au Pape, comme au chef de l’Eglise. Fridegode, qui écrivoit en vers la vie de S. Wilfride dans le dixième siècle, l’appelle ainsi.

☞ ARCHIER. s. m. Vieux mot qu’on disoit autrefois pour Archer. Voyez ce mot.

ARCHIÈRE. Ce mot est hors d’usage ; il signifie, Carquois ou Bandoulière. Borel.

Ja nel besasse pour l’archière.
Ne pour l’arc, ne pour le brandon. R. de la Rose.

Archière, selon la Colombière, signifie aussi, le flanc ou le trou des murailles, par lesquelles on jetoit autrefois des flèches.

ARCHIEUNUQUE. s. m. Archieunucus. C’est-à-dire, chef des eunuques. L’Archieunuque étoit un des principaux officiers de la cour de Constantinople sous les Empereurs Grecs. Il est parlé de l’Archieunuque dans les Auteurs qui ont écrit l’Histoire Bysantine.

ARCHIGALLE. s. m. C’étoit le chef des Galles ou le Grand-Prêtre de Cibèle. Archigallus. On le prenoit ordinairement dans une famille considérable. Il portoit un habit de femme ; sa tunique & son manteau lui descendoient jusqu’aux talons : à son cou étoit un grand collier qui venoit sur sa poitrine, & d’où pendoient deux têtes d’Atys, sans barbe, avec le bonnet phrygien.

☞ ARCHIGRELIN. s. m. Terme de corderie. Cordage commis trois frois, & composé de plusieurs grelins. Encyc.

ARCHI-IMPRIMEUR. s. m. Est un titre qu’a porté Christophle Plantin, Imprimeur à Anvers, que le roi Philippe II lui donna de son propre mouvement. Archilibrarius, Architypographus.

ARCHIJUPAN, ou ARCHIZUPAN. Voyez Jupan.

ARCHILÉVITE. s.m. Archilevita. Voyez Archidiacre : c’est le même ; il n’y a que le dernier qui soit en usage en françois, & même en latin.

ARCHILOQUIEN. adj. Archiloquius. Terme de Poësie. On appelle vers archiloquiens, des vers dont Archiloque est l’inventeur ; ils ont sept pieds, dont les quatre premiers sont ordinairement dactiles, & quelquefois spondées, les trois derniers sont trochées. Par exemple,

Solvitur acris hyems gratâ vice veris & Favoni.

Horace, Liv. I. Od. 4.

On appelle aussi ces vers Dactiliens, à cause des quatre dactyles qu’ils ont au commencement. On mêle ordinairement des vers ïambes de six pieds moins une syllabe, alternativement avec les vers archiloquiens, comme a fait Horace dans l’Ode que nous avons citée, Voyez la nouvelle Méthode, la Préface du P. Jouvency sur Horace, & Despautère.

☞ ARCHILUTH. s. m. Sorte de grand luth à deux jeux, qui a ses cordes étendues comme celles du théorbe. Les Italiens s’en servent pour l’accompagnement. Encyc.

ARCHIMAGE. s. m. Chef de la Religion établie chez les anciens Perses par Zoroastre chef des Mages. Archimagus. Zoroastre qui vivoit sous Darius, fils d’Hystaspes, établit à Baleh, ville de la Bactriane, le premier temple de sa secte, & voulut y faire sa résidence en qualité d’Archimage, ou de chef suprême de sa religion, ayant par-tout l’empire des Perses, pour le spirituel, la même autorité qu’avoit le Roi pour le temporel. Après que les Mahométans eurent ravagé la Perse dans le septième siècle, l’Archimage se retira dans le Kerman, sur les bords de l’Océan méridional vers les Indes, où ses successeurs ont fait jusqu’ici leur résidence. Les Mages sont appelés par les Persans, Gaures, c’est-à-dire, Infidèles. Voyez Gaure. Ils sont fort méprisés en Perse. Quelques Gaures réfugiés aux Indes y sont établis près de Surate. Voyez l’Histoire de l’ancien Testament par Prideaux.

☞ ARCHIMANDRITAT. s. m. Bénéfice que posséde un Archimandrite. L’Archimandritat de Messine est d’un revenu considérable.

ARCHIMANDRITE. Archimandrita. Mot grec, qui signifie, Supérieur d’un monastère, & ce que nous appelons Abbé. Covarruvias, dans son Dictionnaire Espagnol, dit qu’Archimandrite est la même chose que Chef du troupeau : ensorte que selon cette signification générale, il pourroit s’étendre à tous les supérieurs ecclésiastiques. Et en effet, on a donné quelquefois ce nom à des Archevêques, même chez les Latins. On le trouve en ce sens dans la vie de S. Sévère Evêque de Ravenne. Voyez Acta Sanct. Febr. T. I, p. 84 & 85. Mais il ne signifie proprement chez les Grecs, où il est fort commun, que le chef d’une Abbaye. Macri a remarqué dans son Hierolexicon, que cette dignité se conserve encore aujourd’hui à Messine dans une église de chanoines, où il y avoit auparavant des moines Grecs de l’ordre de S. Basile, & qui a été érigée en commande par les Rois d’Espagne. Quoique ce mot soit Grec, M. Simon, dans ses notes sur le voyage du Mont-Liban, p.319, croit qu’il vient originairement de la langue syriaque, au moins pour ce qui est de mandrite. Il prétend que Mandra, qui signifie dans le grec une étable, ou lieu où l’on enferme des bêtes, & par métaphore un monastère, tire son origine de dour, qui signifie en chaldéen & en syriac, demeurer, habiter ; d’où l’on a fait médar, demeure, habitation ; & c’est de-là que les Grecs ont formé leur mandra, qui signifie métaphoriquement un monastère, & mandrites dans la même langue signifie, selon la même méthaphore, un moine. Les Arabes se servent aussi de ce mot, qu’ils ont pris des Syriens ; ensorte que mandrite n’est autre chose chez ces nations, qu’un solitaire qui demeure dans sa petite cellule ; & celui qui étoit le chef de ces moines, prenoit la qualité d’Archimandrite, c’est-à-dire, de chef & de maître des solitaires. On a dit aussi en grec Ἀρχιμανδρῖτις, d’où l’on a formé Archimandritissa, comme de Abbas on a fait Abbatissa, Abbesse.

ARCHIMARÉCHAL. s. m. Archimareschallus. Officier de l’Empire, Grand Maréchal de l’Empire. L’Archimaréchal de l’Empire est l’Electeur de Saxe. En cette qualité il marche immédiatement devant l’Empereur, & porte l’épée de l’Empereur nue. Dans les dictes solennelles de l’Empire, on met devant l’hôtel où elles se tiennent un monceau d’avoine aussi haut que le poitrail ou la selle de son cheval, & tenant en main une baguette d’argent & une mesure de même métal, il remplit celle-ci d’avoine, & la donne au premier officier qui se présente ; il plante son bâton d’argent dans l’avoine, & se retire. Voyez Imhoff, Not. Imp. Proc. Lib. II, c. 7.

ARCHIMIME. s. m. Archimimus. Ce mot vient du grec ἄρχη, & μῖμος, Mime, qui vient de μιμέομαι, j’imite. Archimime est la même chose que Archibouffon, Maître bouffon. Les Archimimes étoient chez les Romains des gens qui contrefaisoient les manières, les gestes, la parole des personnes mortes & vivantes. Les Archimimes ne furent d’abord employés que sur le théâtre ; on les admit ensuite dans les festins, & enfin dans les funérailles, où ils marchoient après le cercueil, contrefaisant celui que l’on conduisoit au bûcher. Suétone rapporte qu’aux obséques de Vespasien, l’Archimime Pavon, qui le contrefaisoit, ayant demandé à ceux qui avoient soin de la cérémonie, combien elle coûteroit, & ceux-ci lui ayant répondu, cent mille sesterces : « Donnez-moi, dit-il, cent sesterces, & jetez-moi dans le Tibre. » Il vouloit marquer l’avarice du Prince mort. Casaubon croit aussi que ce fut un Archimime que celui qui sous Tibère voyant passer un mort, se chargea d’aller dire à Auguste, qu’on ne donnoit point encore les legs qu’il avoit faits au peuple. Tibère l’ayant fait venir, lui fit payer les legs d’Auguste, & l’envoya au supplice, en lui ordonnant d’aller dire à Auguste qu’on payoit ses legs. Ces Archimimes prenoient des masques dans les funérailles ; & Licet dans son ouvrage des Lampes des Anciens, Liv. VI, ch.7 & 8, expliquant une lampe, où il y a un masque la bouche béante, prétend que c’est un masque d’Archimime. Baudoüin en a fait aussi graver plusieurs dans son livre, De Calceo, ch. 6. M. de Tillemont a évité de dire Archimime, il dit Comédien. Dans les funérailles de Vespasien, le Comédien qui le représentoit, &c. Hist. des Emp, T. II, p. 42.

ARCHIMINISTRE. s. m. Premier ministre d’un Prince, ou d’un Etat. Primus Administer. Charles le Chauve ayant déjà déclaré Boson son Vice-Roi en Italie, sous le titre de Duc, il le fit encore son premier Ministre, sous celui d’Archiministre, composé du grec ἄρχη, & du latin minister. Chorier, p. 687. Ce terme au reste n’est point en usage, il faut dire, premier Ministre. Les Cardinaux de Richelieu & Mazarin ont été premiers Ministres, & non Archiministres. Si l’on disoit aujourd’hui Archiministre, ce seroit en mauvaise part.

ARCHIMONASTÈRE. s. m. Monastère chef d’Ordre ou de Congrégation. Archimonasterium. François de Gonzague a appelé le monastère de Long-Champs Archimonastère, comme ayant été chef de plusieurs autres. P. Helyot, T. VII, p. 202. On donne aussi ce nom à quelques monastères célèbres pour les distinguer. Les monastères de Cluny, de Savigny, & quelques autres, sont appelés Archimonastères dans quelques chartes,

ARCHINOBLES. adj. Très-noble. « Sache, mon ami, que les comédiennes sont nobles, archinobles, par les alliances qu’elles contractent avec les grands seigneurs ». Le Sage. Il est du style familier.

ARCHINOTAIRE. s. m. C’est-à-dire, Chef des Notaires, ou Secrétaires du Roi. Archinotarius. Ce nom, aussi-bien que celui d’Archichapelain, s’est donné autrefois aux Chanceliers de France.

ARCHIPARAPHONISTE. s. f. Grand Chantre d’une église. Ἀρχιπαραφωνιστὴς, quasi primus Acclamator. On dit, Præcentor. ☞ Grand Chantre. C’est le mot en usage aujourd’hui.

ARCHIPEL, ou ARCHIPÉLAGE. s. m. Archipelagus, Ægæum mare. Terme de Géographie. Etendue de mer entrecoupée par un très-grand nombre d’îles. Les Anciens n’ont guères connu que l’Archipel des Grecs, où sont les îles de la mer Egée, entre l’Asie, la Macédoine & la Grèce, que les Turcs appellent mer blanche, pour l’opposer au Pont-Euxin, qu’ils appellent mer noire, & que les matelots François nomment la Forêt des Larrons, parce que ces îles sont la retraite des Pirates.

Depuis, les Géographes ont appelé l’Archipélage de S. Lazare, le grand nombre d’îles qui sont aux Indes, vers les côtes de Malabar & de Malaca. Ensuite on a découvert l’Archipélage du Mexique ; l’Archipélage des Maldives, où il y a plus de douze cens îles, divisées en treize provinces ou gouvernemens, qu’on appelle sur les lieux, Atollons : l’Archipélage des Philippines, où on dit qu’il y a onze mille îles, dont les principales obéissent au Roi d’Espagne. Il y a encore l’Archipélage des Moluques, des Célèbes, des Amboines, des Papous, del Moro, des Larrons, qui est le même que celui de S. Lazare, de Chilve, & de la nouvelle Yorck. Ces deux derniers, aussi bien que celui du Méxique, sont de l’Amérique, les autres de l’Asie. Maty. Quelques Dictionnaires écrivent Archipélague, au lieu d’Archipélage, ni l’un ni l’autre n’est de l’usage ordinaire ; on dit Archipel.

Le mot d’archipélage vient par corruption de Ægeopelagus ; c’est-à-dire, la mer Egée, qu’on a dit aussi par corruption de Ἀγιοπέλαγος, ou mer Sainte, qui est le nom que les Grecs ont donné originairement à cette mer, à cause des îles Cyclades, pour lesquelles ils avoient une grande vénération.

☞ Mais sans tant rafiner sur l’Etymologie de ce nom, qui a été inconnu aux anciens, ne seroit-il pas plus naturel de dire, que des Grecs dont les navigations se bornoient aux îles de la mer Egée, lui auroient donné le nom d’Archipel, ou d’Archimer, parce que c’étoit la plus importante de toutes à leur égard ? Ajoutez à cela que presque toutes les îles dont cette mer est parsemée, ont été regardées de tout temps comme des dépendances de la Grèce.

ARCHIPÈRE. s. m. Archipater. Ce titre s’est quelquefois donné à un Archevêque ; mais il n’est point en usage en françois.

ARCHIPÉRACITE, ou ARCHIPHÉRACITE. s. m. Archiperacita, Archipheracita, Scripturæ Explanator. C’est le nom d’un Officier dans les Académies des Juifs. L’Archiphéracite n’étoit pas le même que le chef de la synagogue appelé Archisynagogus, comme l’a écrit Grotius, & comme le disent quelques Dictionnaires qui l’ont copié : il étoit le premier ou le chef de ceux qui avoient la charge de lire & d’expliquer, de professer dans les écoles. C’est de-là que vient le nom d’Archiphéracite, composé du mot grec ἀρχή, qui marque le chef, & du mot hébreu ou chaldéen פרק, phérak, qui entre autres significations a celle de diviser, partager ; d’où se forme פרק, pherek, qui signifie une division, partage, chapitre d’un livre. Il a celle de résoudre, dans le sens que nous disons résoudre une difficulté. De ces significations, le nom פרק, pherek, a pris celle de résolution, dans le sens que nous disons résolution d’une difficulté, résolution d’un cas de conscience, celle de Doctrine, l’action d’enseigner, de professer, ou comme l’on dit en quelques corps, de lire dans une école publique. Ainsi le Pirke aboth, & les Pirke de R. Eliézer, ne sont point les lectures & les explications que les anciens Docteurs ou R. Eliézer, ont faites de l’écriture dans les synagogues, mais leur Doctrine, leurs résolutions, leurs décisions, les enseignemens qu’ils ont donnés à leurs disciples. De ce mot pris en ce sens, s’est fait par les Juifs Hellénistes, & dans une forme grecque, celui de Pheracita, Phéracite ; c’est-à-dire, celui qui enseigne dans une école publique ; un Professeur, & comme quelques communautés disent, un Lecteur. Ainsi l’archiphéracite, étoit le chef des Professeurs dans les écoles ou académies des Juifs. Je ne trouve point qu’on l’ait dit par rapport aux synagogues. A la vérité, les Juifs appellent פרק, pherek, ce que nous appelons verset de l’Ecriture ; mais ils n’appellent pas pour cela la lecture, ou l’explication de l’Ecriture, pherek ; ils se servent du mot קריאת, Keriath, pour exprimer la lecture de l’Ecriture, & פירוש, perusch, ou דרש, derasch, pour en signifier l’explication.

ARCHIPOËTE. Archipoeta, est un nom qu’on a donné en quelques endroits à quelques Poëtes ; mais le plus souvent par dérision, comme on fit du temps de Léon X, au Poëte Baraballi de Gayette, à qui on donna les honneurs du triomphe qu’on avoit accordés autrefois à Pétrarque ; & on le promena par la ville, couronné de lauriers, & monté sur un éléphant. Mais ce fut pour se moquer de lui ; car c’étoit un mauvais faiseur de vers, de devises & d’inscriptions, qui avoit obtenu un privilége exclusif, qui portoit défenses à toutes autres personne d’en faire. Il en est parlé dans Famianus Strada, & dans les Anecdotes de Florence de Varillas. On a vu en France des gens aussi ridicules obtenir de semblables priviléges.

ARCHIPOMPE. s. f. Terme de Marine. Anthlia primaria. C’est le puits du navire, ou une pompe placée auprès du grand mat au lieu le plus creux du vaisseau, où s’écoulent les eaux pour les vider. Elle est garnie de bringueballes, ou bascules, verges, heuses, jouets, &c.

ARCHIPRÊTRE. s. m. Curé, ou Prêtre, qui dans certains diocèses, est préposé au-dessus des autres, principalement pour l’office sacerdotal. Archipresbyter. Anciennement l’Archiprêtre étoit la première personne après l’Evêque. Il étoit son Vicaire pendant son absence pour les fonctions intérieures. Il avoit le premier rang dans le sanctuaire, & l’inspection sur tout le clergé. Dès le VIe siècle on voit plusieurs Archiprêtres dans un diocèse ; on les appeloit aussi Doyens. On distinguoit (au IXe siècle) deux sortes de paroisses ; les moindres titres, gouvernés par de simples Prêtres ; & les plebes, ou églises baptismales gouvernées par les Archiprêtres, qui outre le soin de leurs paroisses, avoient encore l’inspection sur les moindres cures, & rendoient compte à l’Evêque, qui gouvernoit par lui-même l’église matrice, ou cathédrale. Le concile de Paris (en 850) ordonne aux Archiprêtres de visiter tous les chefs de famille, afin que ceux qui font des péchés publics, fassent pénitence publique ; pour les péchés secrets ils se confesseront à ceux qui seront choisis par l’Evêque, ou l’Archiprêtre. Fleury. Chez les Grecs l’Archiprêtre préside au chœur qui est à gauche ; quand l’Evêque officie il donne la communion au Patriarche, & la reçoit de lui. Il a la première place par-tout dans l’Eglise, après l’Evêque ; il a la même autorité que le Chorévêque, & dans les îles qui sont sous la domination des Vénitiens, il fait des lecteurs, & juge en matière ecclésiastique ; il a autorité sur les Prêtres en l’absence de l’Evêque. Voyez dans l’Eucologe la manière d’établir un Archiprêtre chez les Grecs. Voyez aussi les notes du P. Goar sur l’Eucologe. Présentement le titre d’Archiprêtre n’est plus guère qu’un titre sans fonction, affecté à certains Curés. Fleury. Il y a à Paris deux Archiprêtres, celui de la Magdelaine, & celui de S. Severin, ainsi nommés, à cause qu’ils sont les plus anciens de la ville.

ARCHIPRÊTRÉ. s. m. Archipresbiteratus. Il y en a qui disent Archipréveré, ou plutôt Archiprévré. Et c’est, si l’on en croit M. Châtelain, l’usage en Berri : c’est-à-dire, que c’est le t qui s’y éclipse, & non pas le b comme ailleurs. On le dit aussi en Nivernois, du moins Coquille, dans son Histoire du Nivernois, dit toujours Archipréveré ; mais il est insurportable. D’autres disent Archipresbitérat ; mais il est moins usité que Archiprêtré. C’est la dignité, la charge, le bénéfice de l’Archiprêtre. Il a conféré l’Archiprêtré de Gagnac, vacant par mort. Patr.

ARCHIPRIEUR. s. m. Archiprior. Ce titre s’est donné autrefois au Grand-Maître de l’ordre des Templiers.

ARCHIPRIEURÉ. s. m. Ce mot se confond avec Archidiaconé. C’est une partie d’un diocèse sur laquelle un Archidiacre, ou Archiprêtre a visite, ou inspection : comme dans le diocèse de Xaintes, on appelle Archiprieurés, ce qu’on appelle dans les autres Archidiaconés. Il y en a plusieurs autres exemples dans le Pouillé des bénéfices.

Quelques-uns ont appelé Archiprieurés, les prieurés qui en ont d’autres sous eux. Il y avoit autrefois des Archiprieurs séculiers, qui étoient la même chose que les Archiprêtres.

Archiprieure, & vulgairement Archiprieuse. s. f. C’est la qualité que l’on donne en Bourgogne à la Supérieure des religieuses de Lancharre. Isabeau du Blé, fut Archiprieuse de Lancharre. Lequel mot d’archiprieuse est rare, & provenu, comme j’estime, d’autant qu’elle a d’autres Sanctimoniales sous elle, nommément le Prioré du Paley. D. S. Jul.

ARCHIS. Village de Syrie. Arca, Arcæ. Il est au pied du mont Liban, sur la côte du Béglierbeglic de Damas. Ce sont les restes de l’ancienne ville épiscopale d’Arra.

ARCHISÉNÉCHAL. s. m. Grand-Sénéchal, Grand-Maître de la maison d’un Prince. Archiseneschallus, Archisescallus, magnus Dapifer, Infertor Dapium. C’est une qualité qu’ont porté les Dauphins. Humbert II ajoutoit à ses titres celui d’archisénéchal des royaumes de Vienne & d’Arles, n’ayant pu se contenter du nom simple de Sénéchal des mêmes royaumes, que les Barons de la Tour ses ancêtres, avoient porté par la concession des Empereurs. Valbonnet. Dans un acte de 1338, le même Humbert est appelé archisénéchal perpétuel des royaumes de Vienne & d’Arles ; & il est dit qu’il est du devoir de l’archisénéchal, de veiller à la conservation des droits de l’empire dans ces royaumes. Voyez M. le Pr. Valbonnet, Hist. de Dauph. p. 104.

ARCHISOUDIACRE. s. m. Archisubdiaconus. Dans le concile d’Auxerre, can. 6, est parlé d’archisoudiacre. C’est le premier des soudiacres dans l’Eglise romaine. Voici les termes du Canon : les Prêtres iront chercher le S. Chrême après la mi-carême, & ceux qui ne pourront y aller eux-mêmes, enverront leur Archidiacre, ou leur archisoudiacre.

☞ ARCHISYNAGOGUE. f. m.Archisynagogus. Chef ou Prince de la synagogue. Il est parlé dans l’Ecriture de trois Chefs de la synagogue, dont la fonction étoit de régler tout ce qui s’y devoit faire, d’interpréter la loi, de faire les prières. Le premier étoit nommé Jaïre, dont Jésus-Christ résuscita la fille. Le second est celui qui trouva à redire que Jésus-Christ eût guéri le jour du sabbat une femme possédée depuis dix-huit ans du démon. Le troisième s’appeloit Crispe, Chef de la synagogue de Corinthe, qui se convertit avec toute sa famille à la prédication de S. Paul. L’archisynagogue présidoit aux assemblées qui se tenoient pour la religion, & jugeoit différentes affaires civiles & criminelles. Ainsi ses fonctions étoient de celles de l’Archiphéracite.

ARCHITECTE. s. m. Qui sait l’art de bâtir ; celui qui donne les plans & les desseins d’un bâtiment, qui en conduit l’ouvrage, & qui commande aux maçons, & aux autres ouvriers qui travaillent sous lui. Architectus. Vitruve a été un savant architecte. Puisqu’il est dit, dans l’Ecriture que Caïn bâtit une ville, on pourroit le regarder comme le premier architecte.

On appelle aussi architectes de vaisseaux, ceux qui bâtissent les grands navires.

Ce mot vient du grec ἀρχός, Prince, ou Maître, & τεκτών, qui signifie un ouvrier. l’architecte est le maître de ceux qui travaillent au bâtiment : c’est lui qui conduit l’ouvrage.

Architecte, se dit aussi d’un Entrepreneur de bâtimens à forfait, & qui les doit rendre parfaits, & la clef à la main & les eaux dehors. Redemptor.

On dit aussi ironiquement, c’est un grand architecte de fourbes, en parlant d’un trompeur.

☞ On dit de Dieu qu’il est le souverain architecte du monde ; pour dire, Créateur.

ARCHITECTONIQUE. adj. Se dit en Physique de ce qui donne a une chose, une forme régulière, convenable à la nature de cette chose, & à l’objet à laquelle elle est destinée. Encyc.

ARCHITECTONOGRAPHE. s. m. formé des mots grecs dont on vient de parler, & du mot γράφω, je décris. Celui qui fait la description de quelques bâtimens. Dict. et l’Ortographe.

ARCHITECTONOGRAPHIE. s. f. Ce mot est grec, & signifie, la description des bâtimens, des temples, des arcs de triomphe, des théâtres, des pyramides, des obélisques, des bains, des aquéducs, des ports, des machines de guerre anciennes. Architectonographia. Palladio, Piétro, Bellori, & Sandrat de Nuremberg ont traité de l’Architectonographie.

ARCHITECTURE. s. f. En général, c’est l’art de bâtir. ☞ On en distingue ordinairement de trois espèces. La civile, qu’on appelle architecture, tout court ; la militaire, & la navale. Architectura. L’architecture civile est la science de bâtir pour la nécessité des particuliers, ou pour l’ornement des villes. L’art de bâtir est un des premiers arts que les hommes aient mis en pratique. La nécessité de se mettre à couvert des injures de l’air, a d’abord fait inventer l’architecture. Les Romains apprirent des Grecs l’excellence de l’architecture. Avant cela leurs édifices n’avoient rien de recommandable que leur solidité, & leur grandeur, parce qu’ils ne connoissoient que l’Ordre Toscan. Mais la bonne Architecture se trouva dans un état florissant sous Auguste. La magnificence de ce Prince fit éclater tout ce que cet art a de plus excellent ; & il fit élever un grand nombre de beaux édifices dans tous les lieux de son empire. Tibère n’eut pas le même goût, & négligea fort la culture des beaux arts. Néron, parmi la foule effroyable de ses vices, eut une grande passion pour les bâtimens ; mais le luxe & la dissolution y eurent plus de part qu’une véritable magnificence. Apollodore excella dans l’architecture sous Trajan, & mérita la faveur de cet Empereur. Ce fut lui qui éleva la fameuse colonne de Trajan, qui subsiste encore aujourd’hui. Dans la suite l’architecture déchut de beaucoup de la perfection où on l’avoit vûe. Les soins & la magnificence d’Alexandre Sévère la soutinrent quelque temps : mais elle suivit la décadence de l’Empire Romain, & retomba dans une corruption d’où elle n’a été tirée que douze siècles après. Les ravages des Visigoths, dans le Ve siècle, abolirent les plus beaux monumens de l’antiquité. Dans les siècles suivans, l’architecture devint si grossière, que l’on n’avoit aucune intelligence du dessein, qui en fait toute la beauté. On ne pensoit qu’à faire de solides bâtimens. Charlemagne n’oublia rien pour relever l’architecture. Les François s’employerent à cet art avec un succès extraordinaire, aussi-tôt que Hugues Capet fut monté sur le trône. Son fils Robert le cultiva de même ; & enfin autant que l’ancienne architecture gothique fut pesante & grossière, autant la moderne passa dans un excès de délicatesse. Les Architectes du XIIIe ou XIVe siècle, qui avoient quelque connoissance de la Sculpture, sembloient ne faire consister la perfection que dans la délicatesse & la multitude des ornemens qu’ils entassoient avec beaucoup d’art & de soin, quoique souvent d’une manière capricieuse. Félib. L’architecture antique est la plus excellente par l’harmonie de ses proportions, & par la richesse de ses ornemens ; elle a subsisté chez les Romains jusqu’à la décadence de l’Empire, & elle a succédé à la gothique depuis le siècle passé. L’architecture qu’on appelle ancienne, est différente de l’antique ; c’est la grecque moderne. Les bâtimens faits sur cette architecture, si commune encore aujourd’hui en Orient, sont pesans, & mal éclairés.

l’Architecture militaire, est celle qui regarde la sûreté des places, qui enseigne à fortifier les villes, les passages, les ports de mer à les défendre par de solides constructions, ☞ de l’insulte des ennemis, de l’effort de la bombe, du boulet, &c. C’est ce genre de construction qu’on appelle fortification. Voyez ce mot.

l’Architecture navale, est l’art de construire des vaisseaux & des bâtimens flottans, ainsi que des ports, jetées, magasins sur le rivage de la mer, ou sur ses bords. Voyez Marine.

☞ Il y a aussi une Architecture hydraulique, celle qui enseigne à bâtir dans l’eau, dans un terrain aquatique.

Vitruve donne bien plus d’étendue à cet art ; il se divise même en trois parties. La première est l’édification, qui est l’art de bâtir dont on vient de parler. La seconde est la gnomonique, qui est l’art de représenter les sphères, & les mouvemens célestes par les instrumens, comme astrolabes & horloges. Et la troisième est la méchanique, qui traite des machines, & de l’augmentation des forces mouvantes, comme grues, pompes, & de presque tous les outils des artisans.

Architecture, se dit aussi de la manière de bâtir, & des ornemens qu’on y emploie. Architectonicum opus. On distingue cinq ordres d’architecture ; le Toscan, le Dorique, l’Ionique, le Corinthien, le Composé ou le Composite. Le Toscan & le Composite sont des ordres latins : les autres sont grecs. Philbert de Lorme y a voulu ajouter le François ; mais il n’a pas été suivi. L’architecture gothique, ou moderne, est une architecture solide, grossière, sans bon goût dans ses ornemens bisarres. Les Goths l’ont apportée du Nord, & l’ont introduite dans le reste de l’Europe. La plûpart de nos églises cathédrales sont bâties selon l’ordre gothique. L’architecture morisque avoit aussi peu de dessein que la gothique. Il reste encore quelques-uns de ces sortes d’édifices en Espagne, que les Maures y ont construits pendant qu’ils en étoient les maîtres.

Il ne nous est point resté d’Auteurs Grecs qui aient écrit de l’architecture. Agatharéus Athénien est le premier qui en ait écrit ; après lui Démocrite, Archimède, Théophraste. De Roch. Entre les latins, Pline le jeune est l’écrivain qui a le mieux parlé de l’architecture, & il fait paroître assez de connoissance dans cet art. On n’a que le seul Vitruve qui soit entier, quoique Végéce écrive que de son temps on comptoit jusqu’à 700 Architectes à Rome. Vitruve, qui vivoit sous Auguste, a été commenté par Philander & Daniel Barbaro, & traduit en plusieurs langues, & sur-tout en françois par M. Perrault, Médecin. Les Modernes sont Léon Baptiste Albert, Serlio, du Cerceau, André Pallio, Cataneo, Vignoles, Vincenzo Scamozzi, Boëcler, Durerus, Potsi, Philbert de Lorme, Bulau, Blondel, Daviler & plusieurs autres moins fameux, rapportés dans l’architecture. de Savot. Le sieur Chantelou a fait le parallèle de l’architecture antique avec la moderne : Errard, Marolois, de Villefritac, & plusieurs autres ont écrit de l’architecture militaire. Le sieur Dassier a écrit de l’architecture navale ; son livre in-4°. est imprimé à Paris en 1670. Louis Savot a fait l’architecture françoise des bâtimens réimprimée par M. Blondel avec des Notes en 1676. M. de Cordemoy a fait un Traité de toute l’architecture, & des réponses à M. Frezier, Ingénieur, qui l’a attaqué. En Angleterre, Christophe Wase a écrit sur l’architecture, aussi-bien que Evelin, Paralel of Architecture, dont il faut prendre la dernière édition de 1706, in-fol. à Londres.

Architecture, se dit aussi de la partie d’un bâtiment qui est excellente, & quelquefois de tout l’ouvrage. La fontaine des saints Innocens, à Paris, est un beau morceau d’architecture. Le frontispice du Louvre est un rare morceau d’architecture.

Architecture, signifie aussi une moulure, dans le mauvais jargon des ouvriers, qui a passé depuis peu aux Architectes. Ainsi on lit dans le devis imprimé pour la construction des bâtimens du Roi à Paris, une corniche avec ses architectures ; pour dire, avec ses moulures. Frezier.

On appelle Architecture en perspective, celle dont les membres sont de différens modèles & mesures, & diminuent à raison de leurs distances pour en faire paroître à la vue l’ordonnance plus grande ou plus éloignée qu’elle ne l’est en effet. On appelle Architecture feinte, celle qui est établie sur un bâti de charpente légère, & faite de toile peinte sur des châssis par tringles, ensorte que les corps, les colonnes, les pilastres, & autres saillies paroissent de relief.

Feu M. l’Abbé Regnier des Marais a dit figurément Architecture, pour signifier la disposition & l’arrangement des parties de l’Univers.

Je regarde en gros toute la nature.
J’en observe l’ordre & l’Architecture :
Je cherche à savoir quels secrets ressorts
Font mouvoir si juste un si vaste corps.

ARCHITIS. s. f. Terme de Mythologie. Nom ou surnom de Vénus chez les Assyriens, & ensuite chez les Phéniciens. Macrob. Saturn. L. I. c. 21. Scaliger croit qu’il faut lire Dercitis, & que c’est la même que Derceto & Atergatis.

ARCHITRAVE. s. f. Quelques Architectes le font masculin : mais, malgré leur autorité, il faut donner à ce mot le genre féminin. Partie de l’entablement qui est au dessous de la frise, & au-dessus du chapiteau. C’est une grosse pièce de bois qui fait la première partie de l’entablement, & qui porte sur la colonne, Epistylium. On l’appelé aussi sablière, ou la Maîtresse poutre. C’est la même chose que l’épistyle des Grecs. L’Architrave est différente selon les divers ordres d’architecture. Au Toscan, elle n’a qu’une bande couronnée d’un filet ; deux faces au Dorique & au Composite, & trois à l’Ionique & au Corinthien. Les Architectes appellent architrave mutilé, celui dont la saillie est retranchée, & qui est arrase avec la frise, pour recevoir une inscription : & architrave coupé, celui qui est interrompu dans une décoration pour faciliter l’exhaussement des croisées, l’entablement étant d’une grande hauteur. Je ne puis m’empêcher de rire, quand j’entends nos Architectes s’enfler de ces grands mots de pilastres, & d’architrave, & que je trouve que ce sont les chétives pièces de la porte de ma cuisine. Mont.

Ce mot vient de trabs, qui signifie poutre, parmi les Latins, & d’ἀρχή, mot grec, qui veut dire ici principal ; c’est comme si l’on disoit la principale poutre. Les Maçons prononcent arquitrave.

ARCHITRAVE ou épystile. C’est en marine une pièce de bois mise sur des colonnes au lieu d’arcades, qui est la première & la principale, & qui soutient les autres.

Architravé, ée. adj. Corniche architravée. C’est en termes d’Architecture, une corniche dont on a supprimé la partie qui se nomme la Frise.

ARCHITRÉSORIER. s. m. Quelques-uns écrivent ARCHITHRÉSORIER. Archithesaurarius, magnus ærarii Imperii custos. Officier de l’Empire. Grand Trésorier. Cette charge fut établie dans l’Empire avec le huitième Electorat par le traité de Westphalie en faveur de la maison Palatine, qui avoit perdue le premier Electorat donné au Luc de Bavière par Ferdinand II. qui l’ôta à Frédéric V, Electeur Palatin, après la journée de Prague, où il fut défait en défendant son élection à la couronne de Bohême. L’Architrésorier ne donne son suffrage que le septième dans l’élection de l’Empereur. Quand on tient la cour impériale, c’est lui qui jette de l’argent au peuple. Les Vicaires de l’Architrésorier sont les Comtes de Sinzendorf. Voyez Imhoff, Notitia Procerum, Liv. II. c. 9.

ARCHITRICLIN. s. m. Architriclinus. Ce mot, qui de grec est devenu latin dans la Vulgate, a passé dans notre langue. Il signifie, selon M. Huré dans son Dictionaire de l’Ecriture-Sainte, celui qui préside au festin & à la salle où il se fait, & qui en a la direction : on l’appelle ordinairement Maître d’Hôtel.

Le faux Marquis de la Comédie du Joueur dit, en parlant de lui-même,

Je m’érige aux repas en maître Architriclin,
Je suis le chansonnier & l’ame du festin.

Ce mot se trouve aussi dans le premier des couplets faits à un souper chez M. Sonin, en 1703. sur un air des Fragmens de Lulli.

Que ce réduit est agréable !
Mille plaisirs, nulle façon :
L’hôtesse en est toujours aimable ;
Et le nom
De notre cher Architriclin
Rime au bon vin.

Abbé de Chaulieu.

ARCHITRÔNE. s. m. Quelques-uns écrivent ARCHITHRÔNE. Trône par excellence. Archithronus. La Ville d’Aix-la-Chapelle est Architrône ou chef-Trône de l’Empire, parce que Charlemagne, premier Empereur d’Occident, y fit sa résidence, & y tint le siége de l’Empire. Les habitans prétendent que cette ville étant l’Architrône de l’Empire, les ornemens impériaux y doivent être conservés, & non pas à Nuremberg, où il y en a une partie. M. Ludwic convient, dans ses Opuscules historiques, que la ville d’Aix-la-Chapelle a le titre d’Architrône de l’Empire, & qu’elle en a joui depuis Charlemagne ; mais il conteste que cela lui donne le droit de conserver les ornemens impériaux. Ils sont cependant à Nuremberg depuis 1424, que l’Empereur Sigismond les y transféra.

ARCHIVAIRE, s. m. pour Archiviste, garde des Archives. Mém. de Trev. Nov. 1736.

ARCHIVEL. s. m. Cartophilax, tabularii Custos. Quelques personnes emploient ce mot qui n’est pas reçu ; il faut dire Archiviste, dont on se sert ordinairement. Archivel, dans le sens que lui donnent ceux qui l’emploient, signifie, celui qui a soin des papiers & actes publics d’un lieu considérable, d’un empire, d’un royaume, d’une république, d’une province. C’est un des Archivels de l’Etat. Voyez ARCHIVISTE.

ARCHIVES. s. f. pl. Ce mot signifie les anciennes Chartres, les anciens titres & autres papiers importans d’un état, d’une communauté, d’une maison. Il se dit aussi du lieu où ces titres sont gardés. Tabularium. Le Code l’appelle Archivium publicum, vel Armarium publicum ubi acta & libri exponebantur. Cod. de fide instrument. auth, ad hæc & XXV. q. 1. De Roch. On trouve aussi Archarium dans la vie de S. Paul, Evêque de Verdun. Bolland. Feb. Tom. II p. 1. 178. Il faut avoir recours aux Archives d’une telle Abbaie ; pour avoir les titres d’une telle fondation. Les Archives de Rome étoient au temple de Saturne. Les plus anciens registres de nos greffes & de nos Archives publiques, ne commencent que sous le règne de Philippe le Bel. De la Mare.

Naudé, dans le Mascurat, a pris ce mot dans le sens de généalogie. Et pour lors je ne songeois nullement à composer les Archives de leur famille, parce que je ne pouvois pas deviner que leur noblesse seroit contestée en France. Mais c’est parler mal & improprement. Il falloit dire, composer la généalogie de leur maison. Quelques-uns le dérivent du latin arca, signifiant coffre : ainsi appelée suivant Isidore, quòd arceat visum, & prohibeat. Et comme on vient de dire plus haut, on trouve archarium, pour signifier Archive. Les autres le tirent du grec ἀρχαῖον qui se trouve en la même signification dans Hésychius & Suidas.

ARCHIVIOLE. s. f. Terme de Musique, qui se dit d’une espèce de clavecin sur lequel on a appliqué un jeu de viole par le moyen d’une roue tournante avec sa manivelle, pareille à celle des vielles. L’Archiviole fait un bel effet pour soutenir les concerts d’instrumens. Cet instrument n’est presque d’aucun usage aujourd’hui.

ARCHIVISTE. s. m. Celui qui garde les Archives. Tabulario prepositus.

Archiviste. C’est aussi un Auteur qui s’emploie à fouiller dans les Archives, pour déchiffrer les titres. Digne raisonnement d’un Auteur Archiviste. Mém. de Trévoux.

☞ ARCHIVOLEUR, ARCHIFILOU. s. m. Archifur. C’étoit chez les Egyptiens le chef ou capitaine des voleurs. Celui qui vouloit s’enrôler dans cette troupe, donnoit son nom au capitaine, en lui promettant d’apporter avec la plus grande fidélité tout ce qu’il auroit dérobé, afin que celui qui auroit perdu quelque chose, pût écrire sur le champ au capitaine, en lui marquant le lieu, l’heure & le jour auquel il avoir perdu ce qu’il cherchoit : ce qui lui étoit restitué sur le champ, à condition que le voleur auroit pour sa peine la quatrième partie de la chose perdue & retrouvée. Diod. de Sicile cité par Mor.

ARCHIVOLTE. Terme d’Architecture. s. f. suivant l’Académie Françoise. Arc contourné. C’est le bandeau orné de moulures qui regne à la tête des voussoirs d’une arcade, & dont les extrémités portent sur les impostes. Elle est différente selon les divers ordres d’Architecture. Elle n’a qu’une simple face au Toscan ; deux faces couronnées au Dorique, & à l’Ionique, & les mêmes moulures que l’architrave dans le Corinthien, & le Composite. Archivolte retournée, est celle dont le bandeau ne finit pas, mais retournant sur l’imposte se joint à un autre bandeau. L’Archivolte rustique, est celle dont les moulures sont interrompues par une clef, & des bossages simples, ou rustiques, ensorte que de deux voussoirs l’un est en bossage.

ARCHOIER. Vieux mot qui signifie, tirer de l’arc, & qui selon Borel se trouve dans Perceval.

ARCHONTAT. s. m. Prononcez Arcontat. C’est la charge d’Archonte. Magistratus Atheniensis. C’est aussi le temps pendant lequel un magistrat d’Athènes gouvernoit.

ARCHONTE. s. m. Prononcez Arconte. Magistrat d’Athènes. Ce mot vient du grec Ἄρχων, qui signifie, celui qui gouverne. Après que les Athéniens eurent aboli la Monarchie, ils créerent des Archontes, qui étoient obligés de rendre compte de leur gouvernement. Archontes. Il y en eut d’annuels & de perpétuels. Médon, fils de Codrus, fut le premier de ceux-ci, & Créon fut le premier de ceux-là. Boss. Cedrus, Roi d’Athènes, dans la guerre contre les Héraclides, s’étant dévoué pour le salut de son peuple, ses enfans Médon & Nilée disputerent le royaume entre eux. Les Athéniens en prirent occasion d’abolir la royauté. A la place des Rois, ils créerent sous le nom d’Archontes des gouverneurs perpétuels. Médon, fils de Codius, exerça le premier cette charge, que ses descendans posséderent une longue suite d’années. La magistrature perpétuelle parut encore à ce peuple libre, une image trop vive de la royauté, dont il vouloit anéantir jusqu’à l’ombre même. Ainsi de perpétuelle qu’étoit la charge d’Archonte, il en réduisit premièrement l’administration à dix ans, puis à un ; en vûe de ressaisir plus souvent l’autorité, qu’il ne transféroit qu’à regret à ses magistrats. Tourreil. Il y eut 13. Archontes perpétuels en 316 ans, depuis Médon jusqu’à Alcméon. Il y eut sept Archontes décennaux, dont le premier s’appela Charobas, & le dernier Erix. Créon le premier des Archontes annuels, fut élu la 2e ou la 3e année de la 24e Olympiade. Id. Cicéron, L. I. De finibus, rend en latin le mot d’Archontes par celui de Prætor, Préteur. Pline, Liv. XXXIII. ch. 7 le traduit Magistratus. Idem.

Sous les Empereurs Romains, plusieurs villes Grecques ont eu deux Archontes pour premiers Magistrats, qui étoient la même chose que les Duumvirs dans les Colonies, & dans les Municipes.

Archonte, est un nom dont les Grecs se servent pour exprimer plusieurs dignités de l’Eglise & de l’Empire. Les Evêques sont quelquefois appelés Archontes.

Plusieurs Historiens appellent Archontes les Seigneurs de la Cour des Empereurs Grecs. Voyez Guillaume de Tyr, Pachymère, Nicétas, Anne Comnéne, &c.

Archonte de l’Alage, étoit un Officier qui commandoit une Compagnie de Cavalerie destinée à la garde de l’Empereur. Voyez Codin, ch. 2. n. 32.

Archonte des Antimenses, est un Officier ecclésiastique, qui fait approcher de la sainte table ceux qui doivent communier. Codin.

Archonte des Archontes. C’étoit comme un Gouverneur général, qu’on peut comparer aux Béglierbeys des Turcs, qui ont sous eux des Sangiacs ; ou à nos Gouverneurs de province, qui ont sous eux des Lieutenans généraux & des Lieutenans de Roi. Voyez Leunclavius, Cantacuzéne, Siméon Logothéte, le continuateur de Théophane, &c.

Le grand Archonte, étoit comme le premier des Officiers de l’Empereur : Obsequio Palatino præerat, dit M. du Cange.

Archonte des Églises, est celui qui a l’Intendance sur les Eglises, & même, selon quelques-uns, sur les Monastères. Voyez Codin, ch. 1. n. 25. Il est parlé d’un Archonte des Monastères en plusieurs occasions, comme s’il étoit distingué de l’Archonte des Églises. Voyez Codin, ch. 1. n. 3. Cantacuzéne, Nicétas, &c.

Archonte de l’Evangile, c’est parmi les Officiers de


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