Dictionnaire de Trévoux/6e édition, 1771/Tome 1/881-890

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Fascicules du tome 1
pages 871 à 880

Dictionnaire de Trévoux, 1771
Tome 1, pages 881 à 890

pages 891 à 900


détrempée dans l’eau ; si elles sont bonnes, elles doivent devenir jaunâtres : on les éprouve en frottant du papier avec de la craie blanche, & en frottant ce même papier avec quelqu’une de ces pierres : si elles sont bonnes, les marques qu’elles y laisseront, seront vertes. On l’éprouve encore en le mettant sur un fer chaud ; s’il est bon, il ne souffrira rien ; s’il n’est pas bon, le fer le fera rissoler ; ou bien en le mettant dans de l’eau après l’avoir pelé, si après l’avoir laissé tremper deux heures il ne perd rien de son poids, c’est une marque assurée qu’il est bon & véritable. Il se fait un grand débit de bézoard à la côte de Coromandel.

La qualité du bézoard consiste dans les sels volatils alcali, dont il est formé, puisqu’il ne l’est effectivement que de la bile des animaux. C’est par-la qu’il détruit les acides, & excite la transpiration ; & sans aller chercher le bézoard si loin, toute pierre du fiel d’un animal en est un, quoique peut-être plus ou moins actif, selon les différens animaux, & les différens climats où ils auront vécu. Le bézoard se tire aussi quelquefois de quelques autres endroits que de la vésicule du fiel.

Il y a des bézoards de chèvre, de vache, qui ne sont formés que par un amas du poil de l’animai, qui en se léchant les a enlevés avec sa langue ; sa salive se trouvant pour lors visqueuse, colle ces poils les uns aux autres, lesquels forment en roulant dans l’estomac une boule de différente figure, & qu’on nomme Agagropile. Agagropila. Veschius a fait un traité sur cette matière.

Il y a encore des bézoards qu’on nomme fossiles, à cause qu’on les trouve dans la terre, & qu’ils ne sont produits par aucun animal. Ces pierres sont rondes ordinairement, ou arrondies ; il s’en voit qui ont d’autres figures. Elles sont toutes composées de plusieurs couches appliquées les unes sur les autres. Beccone en a trouvé en Sicile, & il en parle dans ses observations, & dans son Musæum. On en a observé à Boutonet près de Montpellier : elles sont là plus petites qu’en Sicile.

Ce qu’on nomme bézoard de Goa, est une composition dont la base, à ce qu’on prétend, est le bézoard. Cette pierre n’est point par couches, elle est sudorifique, on la râpe dans les bouillons pour cet effet.

Dapper rapporte, pag. 346, que l’on dit que dans la basse Ethiopie, au Royaume de Congo, dans la tête de certains Eléphans, on trouve une espèce de pierre de bézoard de couleur pourpre : qu’elle n’est pas trop dure, & qu’elle sert à teindre en pourpre, & à des remèdes.

Le bézoard occidental, ou celui du Pérou, est tout-à-fait différent, & se trouve dans plusieurs animaux qui sont particuliers en ce pays-là. Dans les uns le bézoard est de la grosseur d’une noisette ; dans les autres gros comme une noix ; dans d’autres de la grosseur d’un œuf de poule. Quelquefois on en trouve trois ou quatre dans le même animal tout à la fois. On en trouve de figure ovale, d’autres qui sont ronds, d’autres qui sont presque plats ; les uns de couleur cendrée, d’autres de couleur fort obscure. Les animaux dans lesquels on trouve cette pierre dans le Pérou, sont ceux qu’on appelle Guanachos, Jachos, Vicunnas, Taraguas. Les Taraguas portent les meilleurs. Le P. d’Ouaglie dit qu’on en trouve aussi dans le Chili.

Quelques-uns disent qu’il y a un bézoard de Perse qui se trouve dans le corps des singes. Celui-ci est si fort, que deux de ses grains font autant d’effet que la dose ordinaire de celui des chèvres ; mais il est fort rare, & ces fortes de singes se trouvent particulièrement dans l’île de Macassar.

Il y a aussi un bézoard qu’on appelle d’Allemagne, qui est une pierre qui se trouve dans le ventricule des chamois. Pline dit qu’on en trouve aussi dans les jeunes vaches, que Cardan appelle œufs de vaches. Il est certain qu’on trouve également dans l’orient & dans l’occident quantité de bézoards qui viennent des vaches. Il y en a qui pesent jusqu’à 18 onces ; mais il est peu estimé, & six grains de l’ordinaire font plus d’effet que trente de celui-ci.

Bartholin dit qu’en Dannemarc on en trouve souvent dans le ventre des moutons, & d’autres pierres qui se forment dans le ventricule ou dans les intestins des chevaux, qui chassent le venin des corps pestiférés qu’on préfère & compare au bézoard occidental. Celles-ci font comme des pelotes de poil, qu’on croit être faites des restes des herbes qui n’ont pu être digérées. M. de Choisi, dans sa Relation de Siam, dit que le bézoard vient dans le ventre du hérisson, du singe, de la chèvre, & quelquefois de la vache, & que celui du hérisson est le meilleur. Plus les bézoards sont gros, plus ils ont de valeur. Cependant les petits ont les mêmes propriétés que les gros. Il y a des personnes qui savent grossir le bézoard avec une certaine pâte composée de gomme, & d’une autre matière de couleur de bézoard. Ils lui savent même donner autant d’enveloppes que le naturel en doit avoir. La plupart des bézoards qu’on trouve en si grand nombre, ne sont que des compositions faites avec des magistères, de la rue, du scordium, & d’autres semblables plantes qu’on sait être très-propres pour faire suer.

La véritable valeur du bézoard oriental ne consiste que dans ses propriétés médicinales. Pour cette raison il est estimé au poids de l’or, c’est-à dire, à raison de 40 ou 45 livres l’once : & pour l’occidental il n’excède pas 10 à 12 livres l’once, à moins qu’il ne soit d’une grosseur extraordinaire, auquel cas, pour la curiosité plutôt que pour l’utilité, il seroit vendu jusqu’à 20 liv. l’once. De Rosnel.

Ménage prétend qu’on a dit ce mot par corruption pour pazar, & qu’il vient de Pazan, qui est le nom de l’animal qui le porte. Vossius de Idol. Liv. III, ch. 63, pag. 542, est de même sentiment. Il dit que les Arabes l’appellent hagerbezahar ; que quelques-uns croient avec plus de raison qu’il faut dire belzoar au lieu de bezahar ; ou plutôt encore belpazar, formé de bel. Seigneur, & pazan, qui est le nom que les Arabes & les Perses donnent à l’espèce des chèvres qui le produisent. Bochard croit qu’il vient du Persan bedzahard, qui signifie antidote contre les poisons, composé de bed, remède, & de zabar, poison. D’autres disent que bezahard est un mot arabe, qui signifie conservateur de la vie. D’autres disent que cette pierre est appelée des Hébreux bazarzehar, c’est-à-dire, victorieuse du venin, ou belzahar, maître du venin. De-là vient qu’on appelle bézoardiques, tous les antidotes & contre-poisons. Clusius croit que bézoard vient du mot indien, bazard, marché, forum, d’où l’on a fait bézard, & enfin bézoard. Voyez Garcias ab Horto, qui en fait une description particulière, & Anselmus Bootius ou de Boot, Hist. Gemmar. & lapid. Lib. II, cap. 191, avec les notes que Tollius y a faites. Bien des Auteurs ont parlé des pierres de bézoard, entr’autres Camille Léonard, Spec. Lap. Garcias, Liv, I, de Aromat. Histor. apud Indos. Christoph. Acosta, Lib. Arom. & Med. in Ind. Orient. Chapuzeau, Histoire des Joyaux. Vossius, de Idolol. I. III. chap. 68.

Bézoard, en termes de Chimie, se dit d’une poudre émétique corrigée avec l’esprit de nitre, & parfaitement adoucie par plusieurs lotions qui ôtent la qualité purgative de l’antimoine, & la convertissent en diaphorétique. On la nomme bézoard minéral ; à cause qu’elle a de qualités bézoardiques ; c’est-à-dire, qu’elle fait suer comme la pierre de bézoard.

On appelle aussi bézoard jovial, une préparation qu’on fait de l’étain. Voyez Etain.

Bézoard animal, est une poudre composée du cœur & du foie des vipères, pulvérisés ensemble.

BÉZOARDIQUE. adj. m. & f. Qui appartient au bézoard ☞ Qui tient du bézoard, où il entre du bézoard ou quelque chose qui lui en communique les propriétés. Bezahardicus, bezoardicus, pazaricus, bedzaharicus. M. Boyle appelle le bézoard minéral, minéral bézoardique. Il a des qualités bézoardiques. Les remèdes bézoardiques sont ceux qui ont la propriété de résister à la malignité du poison, & de le chasser. Il y a différentes préparations bézoardiques en chimie. M. Harris en explique trois. Il appelle l’une beroardicum joviale, l’autre bezoardicum lunale, & la troisième bezoardicum martiale ; c’est-à-dire, bézoardique de Jupiter, bésoardique de la Lune, & bézoardique de Mars.

Le Bézoardique de Jupiter est un régule qui se fait en fondant trois onces de régule d’antimoine avec deux onces d’étain noir, lequel étant pulvérisé se mêle avec six onces de sublimé corrosif, après quoi il se résout dans une espèce de beurre, lequel ensuite on dissout dans le poids de trois fois autant d’esprit de nitre ; puis on distille trois fois cette dissolution. Le bézoard demeure au fond du vase, on le pulvérise, on le lave, & alors on le mêle dans de l’esprit de vin, dans le quel on le laisse se digérer, ou s’infuser jusqu’à ce qu’il devienne insipide. Harris.

Le Bézoardique de la Lune se fait en mêlant 8 onces de beurre rectifié d’antimoine avec une once d’argent fin. On le dissout dans de l’esprit de nitre, qu’il faut verser dessus tout doucement, & continuellement, jusqu’à ce que tous les bouillonnemens soient passés. Ensuite de cette matière on en tire l’esprit à une chaleur modérée, & par trois rectifications. Après quoi le bézoard se fait comme le précédent. Id.

Le bézoardique de Mars est une dissolution du Crocus Martis, dans du beurre d’antimoine, faite, au moins autant qu’on le peut, par réverbération. Puis on verse dessus de l’esprit de nitre, & l’on y procède pour le reste comme aux autres préparations bézoardiques.

☞ BEZOLE. s. f. Nom d’un poisson assez commun dans le lac de Lausane en Suisse, & qui, suivant Rondelet, ne le trouve que là. Il a beaucoup de rapport avec le Lavaret.

☞ BEZZO. s. m. Petite monnoie qui a cours à Venise, valant à peu-près un de nos liards.

BHA.

BHAVANI. s. f. Déesse des Indes. Les peuples de ce pays disent que c’est Xacta, ou La Puissance. Ils appellent son mari Xacteunt, c’est-à-dire, Le Puissant. Tout ce qu’ils racontent de cette Déesse & de son époux, est mystérieux, & signifie la matière & les causes des choses. Kirker, Chin. ill. p. 171, d’après le P. Roth, Missionnaire très-habile dans la langue des Brachmanes.

BIA.

BIA. s. m. Les Siamois nomment ainsi ces petits coquillages blancs qui viennent des Maldives, que l’on nomme Coris presque par toutes les Indes Orientales, & qui y servent même de monnoie. A Siam on donne huit cens bias pour un souang, qui est la huitième partie d’un tical ; ensorte que huit bias ou coris n’y valent pas tout à fait un denier.

☞ BIAFAR. Royaume d’Afique, dans la Nigritie, entre celui de Bénin, le Niger, & les Etats de Congo. On n’en connoit que la capitale qui porte le même nom : encore ne la connoit-on guère.

☞ BIAFARS, ou BIAFARES. Peuples d’Afrique, dans la Nigritie, dont le pays se nomme Guinala. Il ne faut pas les confondre avec les habitans du royaume dont on vient de parler.

BIAIN. s. m. On dit aussi BIAN. Terme de Coutume. Ce sont des corvées, tant d’hommes que de bêtes. Operarum præbitio. M. de Laurière croit que le mot bians, ou biains, vient de ce que ces corvées se bannissoient, c’est à-dire, se proclamoient. M. Hevin le dérive du mot biens, parce que ces corvées étoient dues pour la récolte des biens de la terre. Il en est parlé dans l’Histoire dr Bretagne.

BIAIS. s. m. Terme relatif, qui signifie proprement travers, ligne oblique, irrégularité. Obliquitas. Le biais d’une maison, d’une chambre, d’une cour, d’un jardin, &c. On plante du bois pour cacher le biais, l’irrégularité d’un terrain. Sauver un biais, c est le faire disparoître par le moyen de l’art.

Couper une étoffe de biais, c’est la couper obliquement. La couper du bon, du mauvais biais, c’est la couper du bon ou du mauvais sens, relativement à l’usage qu’on en veut faire.

Les Maçons appellent biais gras, & biais maigre, ce que les Géomètres appellent angle obtus, & angle aigü. Ils se servent aussi de biais par tête, de biais par dérobement, de biais par équarrissement, pour marquer la coupe de quelque pierre.

Biais, en termes d’Architecture, c’est l’obliquité d’une face à l’égard de la direction d’une voûte, ou d’un jambage à l’égard d’un passage. Frezier.

Biais passé. On appelle ainsi dans une voûte un berceau biaisé par devant & par derrière, dont les joints du lit ne font pas parallèles aux côtés du passage, comme dans les voûtes ordinaires biaises, mais dont la direction tend à des divisions des voussoirs inégaux, en situation inverse du devant au derrière, c’est-à-dire, de l’entrée à la sortie, de sorte que les joints de lit à la droite ne doivent pas être droits, comme les font les Auteurs de la coupe des pierres. Frezier. On dit aussi biais passé, lorsque dans les batimens certaines sujétions obligent à faire des portes ou des fenêtres de biais ; & celà s’appelle ainsi à cause du trait géométrique, qui se fait ou par équarrissement, ou par panneaux. On dit, corne de bœuf, ou corne de vache, quand les ouvertures ou les passages que l’on fait de cette sorte, sont seulement de biais d’un côté.

Ce mot vient de l’ancien Gaulois bihan, c’est-à-dire, de travers.

Biais. Sorte de linge, morceau de toile taillé de biais, que les femmes mettent sur leur gorge. Linteum oblique sectum. Il y a déjà quelque temps que les femmes ne portent plus de biais.

Biais, se dit figurément, des diverses faces dont on peut envisager une chose ; des divers moyens, des divers expédiens dont on peut se servir pour y réussir, des diverses manières de tourner, de regarder une affaire, une entreprise. Ratio, modus. Ce rapporteur a tourné cette affaire de tous les biais pour la faire réussir. Vous avez pris le bon biais, pour toucher son cœur. Mol. Ils l’exclurent par des biais dont on étoit convenu. Rochef, Si vous ne prenez cette affaire d’un autre biais, vous ne réussirez pas. Je ne sais que ce biais là pour vous tirer d’affaire.

De biais, sorte d’adv. qui signifie de travers, de mauvais sens. Obliquè. Il se remue de biais. Ce morceau d’étoffe est coupé de biais. Piqué de biais. Mettre une chose de biais.

On dit en termes de Manège, aller en biais, c’est-à-dire, les épaules avant la croupe. Faire aller un cheval en biais. La leçon du biais au passager. Si les épaules vont avant la croupe, le cheval est en biais, & il a la croupe un peu en dehors. Newc. Mettre le cheval en biais, tantôt à une main, & puis le pousser en avant tantôt à l’autre, & puis le pousser de même en avant, & réitérer cela de main en main & en avant, lui fait obéir la main & le talon, & est une excellente leçon ; mais d’autant qu’il est mis en biais, il faut que les parties de devant aillent toujours avec celles de derrière. Id. Voyez dans le même Auteur, p. 257 & 258, la manière de faire aller un cheval en biais ; faire faire au cheval des courbettes en biais, le mettre au pas en biais, & en courbettes en biais. Id. Pour aller en biais, il faut à toutes mains aider aussi le cheval de la rêne de dehors, & soutenir, c’est-a-dire, le tenir ferme sans lui donner aucun temps ; car le cheval le prend mieux que vous ne lui pouvez donner, & il faut l’aider de la jambe de dehors, c’est-à-dire, qu’il faut que la rêne & la jambe soient du même côté, & toujours en dehors. Id.

BIAISEMENT. s. m. Manière d’aller en biaisant. Le vent de bouline fait par son biaisement pencher le vaisseau. Guillet, Art de nav. Ce mot n’est pas usité au propre, bien moins encore au figuré.

BIAISER. v. n. N’être pas droit, être posé obliquement. Obliquari. L’aile de ce bâtiment biaise du côté gauche. Il ne marchoit pas droit, mais en biaisant, & en suivant le fleuve. Ablanc.

Biaiser, se dit figurément de ceux qui n’agissent pas sincèrement, qui cherchent des biais, des détours, de mauvaises finesses, dans les affaires, ou pour surprendre quelqu’un. Simulare, parum sincerè agere, vel loqui. C’est un homme qui biaise, qui n’agit pas rondement. Il ne faut pas biaiser avec moi.

On le dit quelquefois en bonne part : alors il signifie, non pas se comporter prudemment, avec habileté, dans quelque affaire, comme le disent les Vocabulistes ; notion fausse & ridicule, puisqu’on peut bien se comporter prudemment & avec habileté, sans biaiser ; mais employer quelque adoucissement, prendre quelque tempérament pour venir à bout de ses desseins : ce qui suppose pourtant de la prudence & de l’habileté. Quand on se trouve entre deux extrémités fâcheuses, il est de l’adresse d’un homme de savoir biaiser. Il y a des hommes qu’il ne faut prendre qu’en biaisant. Mol. Après tout biaiser se dit en bonne part beaucoup moins ordinairement que biais.

Biaiser, est aussi quelquefois actif, & signifie, détourner un peu. Detorquere. J’ai un peu biaisé la pensée de l’Auteur, pour l’ajuster à notre langue. Il faut biaiser en traduisant, pour trouver les grâces de la langue en laquelle on traduit. Le mot de biaiser ne se trouve en ce sens que dans Danet : & cela ne suffit pas pour s’en servir.

☞ BIALA-CERKIEW, BIALO-CERKIEW, & BIALAZERKIEW. Ville d’Ukraine, au Palatinat de Kiovie, sur la rivière de Loss. Bialaceria & Bialocerqua.

☞ BIALEGRODKO, ou BIALEGRUDK. Bialegrodia. Petite ville de Pologne, au Palatinat de Kiovie, sur la rivière d’Irpien.

☞ BIALEZERKIEW. Voyez Biala-cerkiew.

☞ BIALLA. Petite ville de Pologne, au grand Duché de Lithuanie, dans la Polésie.

☞ BIALOGROD, BIALLOGROD, AKERMAN, & MONCASTRO. Bialogroda, Biellogroda, Akermana, Moncastrum, Ville de la Turquie, en Europe, sur la mer noire.

☞ BIALY-KAMEN, ou BIALI-CAMIEN. Bialycamia. Petite ville de Pologne, au Palatinat de Lemberg.

BIALTÉ. s. f. Vieux mot. Beauté. On a dit aussi bieux ; biau, & biax, pour dire, beau.

BIAMBONNÉES. s. f. pl. Sortes d’étoffes des Indes, qui sont toutes d’écorce.

BIAN. s. m. Corvée dans les Coutumes d’Anjou, de Poitou, d’Angumois & de S. Jean d’Angeli. Voyez Biain

☞ BIANA. Ville d’Asie, dans l’Indoustan, environ à trente lieues d’Agra.

BIANOR. s. m. Roi des Etruriens, étoit fils du Tibre, & de Manto la Devineresse. Il fonda, dit-on, la ville de Mantoue, & lui donna le nom de sa mere. Son tombeau se voyoit encore du temps de Virgile, le long du grand chemin de Rome à Mantoue.

BIARIS. s. m. Espèce de baleine. On la nomme aussi Cachalot. C’est de la cervelle de ce poisson que se fait cette drogue que l’on vend sous le nom de Blanc de baleine, autrement Sperma ceti. Voyez Cachalot.

BIARNOIS pour BÉARNOIS. s. & adj. m. Henri IV né à Pau, en Béarn, étoit appelé le Biarnois par les Ligueurs. Il n’a point d’autre nom dans toute la Satyre Ménippée.

BIARQUE. s. m. Nom d’un Officier des Empereurs de Constantinople. Biarchus. Le Biarque étoit un Intendant des vivres, comme le nom même le marque : car il est composé de βίος, vie, vivre, & ἄρχων, Chef ; & signifie, celui qui a l’administration des vivres en chef. Les Latins l’appeloient Præfectus annonæ. Saint Jérôme parle de cet Officier dans sa lettre à Pammachius. La charge de cet Officier se nommoit Biarchie, Biarchia. Voyez sur ces mots le Dictionnaire de Droit de Calvin, & dans M. Du Cange, les Constitutions de l’Empereur Leon, Liv. III, C. de Argent, in reb. & dans le Code, la dernière loi du titre de Offic Præf. Prætor. African.

BIASSE. s. f. On appelle soie de biasse, une sorte de soie crue que les Hollandois tirent du Levant.

BIB.

☞ BIBA. Voy. Anacarde.

☞ BIBBY. s. m. Arbre qui croît dans la Terre ferme de l’Amérique, qui n’a de branches & de feuilles qu’à son sommet. Les Indiens tirent de son fruit une huile dont ils se servent pour se frotter, & y mêlent des couleurs pour se peindre le corps. Quand cet arbre est encore jeune, ils en tirent par incision un jus aigrelet dont ils boivent, après l’avoir laissé reposer pendant quelques jours.

☞ BIBERACH. Ville d’Allemagne, en Suabe, dans l’Algow, sur le ruisseau de Russ.

☞ BIBERIUS. Nom que les Chevaliers Romains donnerent à l’Empereur Tibère, parce qu’il aimoit à boire ; & comme il buvoit le vin pur, que les Latins nomment merum, au lieu de Tiberius Nero, qui étoit son nom, ils disoient Biberius Mero.

BIBERON, ONNE. s. m. & f. Celui qui aime le vin, & qui en boit beaucoup. Potor acer, bibax. Les Allemands sont de grands biberons. Ce mot est populaire.

Biberon, est aussi un vase qui a un tuyau extérieur qui sert à verser la liqueur qui y est contenue, & par ou l’on peut boire. Guttus, guttulus. Malade qui boit avec un biberon.

Biberon. Ce mot se trouve dans Pomey pour papier qui boit. Charta bibula.

BIBÉSIE, ou BIBÉSIA. s. f. Bibesia. C’est le nom de l’une des Déesses des banquets : l’autre étoit Edésie. Bibesie présidoit aux mesures & aux vases dans lesquels on mettoit le vin & les liqueurs que l’on servoit dans un festin, & c’est de-là que lui venoit son nom, qui est dérivé de bibo, je bois. Edésie présidoit à la bonne chère, Voyez Saumaise sur Spartien, p. 146 de l'Hist. Aug.

BIBIANE. s. f. Bibiana. Nom de femme, dont nous avons fait Vivienne. Sainte Bibiane, ou Vivienne, Vierge & martyre, souffrit la mort sous Julien, & est honorée le deuxième Décembre.

BIBI MARIAM. Dame Marie très-chaste, qui a eu Jesus pour Fils. C’est ainsi que les Dames du Mogol appellent la Sainte Vierge, pour laquelle elles ont de la dévotion, & dont elles voient volontiers l’image. Elles racontent à son honneur une infinité d’histoires apocryphes. Obs. sur les Ecrits mod. T. XXXV, p. 164.

BIBLE. s. f. Livre par excellence qui contient la Sainte Ecriture, l’Ancien & le Nouveau Testament. Biblia. La Bible est le principal fondement de l’Eglise Catholique, qui a pris des Juifs l’ancien Testament. Les Evangélistes & les Apôtres ont écrit le nouveau. L’original de l’ancien est en hébreu, à la réserve de quelques livres qu’on n’a qu’en grec. L’index, ou table des livres que contient la bible s’appelle canon. Le Concile de Trente l’a donné dans la Session IV. Tout ce qu’on y ajoute par une ancienne coutume, comme l’oraison de Manassès, le troisième & le quatrième Livre d’Esdras, ne sont point de la bible. Voyez Canon.

Les Bibles hébraïques sont, ou manuscrites, ou imprimées. Les meilleurs exemplaires manuscrits de la bible en hébreu sont ceux qui ont été copiés par les Juifs du Rit Espagnol. Il y en a plusieurs de cette sorte dans la Bibliothèque du Roi. On en trouve aussi quelques-unes dans la bibliothèque des Peres de l’Oratoire de Paris. Les bibles hébraïques manuscrites, qui ont été écrites par des Juifs du Rit allemand, ne sont point exactes. La plupart de celles qui se trouvent en manuscrit dans la bibliothèque de Sorbonne, & dans celle M. Colbert, sont allemandes. On distingue facilement les unes d’avec les autres par les caractères. Les espagnoles sont écrites en beaux caractères, tels que sont ceux des bibles hébraïques de Bombergue, d’Etienne & de Plantin. Les allemandes sont dans ces caractères que nous voyons dans la bible hébraïque de Munster, dans les éditions de Griphe, & dans les premiers livres que les Allemands ont publiés en hébreu. M. Simon a prétendu que les plus anciennes bibles hébraïques manuscrites ne passoient point six ou sept cens ans : & en effet R. Ménahem de Lonzano, qui en a cité un assez grand nombre, ne donne pas plus de 600 ans aux plus anciennes.

Les plus anciennes bibles hébraïques ont été imprimées par les Juifs d’Italie, principalement à Pésaro & à Bresce. Les Juifs de Portugal ont aussi imprimé quelques parties de la bible hébraïque à Lisbonne avant qu’ils fussent chassés. On en trouve un exemplaire dans la bibliothèque du Roi. On remarquera en général que les Meilleures bibles hébraïques imprimées sont celles dont les Juifs ont pris le soin ; car il y a tant de minuties à observer dans l’impression de ces bibles, qu’il est difficile que des Chrétiens y réussissent, & toutes sortes de Juifs même n’y l’ont pas propres. Il faut qu’ils aient une connoissance exacte de la Massore, qui est une espèce de critique du texte hébreu de la bible.

Daniel Bombergue a imprimé à Venise au commencement du seizième siècle plusieurs bibles hébraïques in-4° & in-folio, qui la plupart ont été estimées par les Juifs & par les Chrétiens. La meilleure est celle qu’il publia in-folio en 1526, avec la Massore & avec les Commentaires de plusieurs Rabbins. Il y a à la tête de cette édition une préface en hébreu de R. Jacob Benchajim : on la nomme ordinairement la seconde édition pour la distinguer d’une autre édition in-folio peu exacte, que le même Bombergue avoit publiée en 1517 avec les commentaires des Rabbins. Elle s’appelle communément la bible de Félix Pratensis, du nom de celui qui en a pris le soin, & de qui Bombergue avoit appris la langue hébraïque. Elias Lévita & les autres Juifs n’estiment point cette édition.

Le même Bombergue publia en 1548 une seconde édition de la bible hébraïque in-folio de R. Jacob Benchajim, qui est la plus parfaite & la plus exacte de toutes. On la distingue de la première du même Rabbin par le commentaire de R. David Kimchi sur les Paralipomènes, qui n’est point dans les éditions précédentes. Cette édition est la troisième de celle de Bombergue in-folio, & on la nomme néanmoins quelque fois la seconde, par rapport à la première de R. Jacob Benchajim.

C’est sur cette édition, que Buxtorf le pere a fait imprimer la bible hébraïque des Rabbins, à Bâle en 1618 ; mais il s’y rencontre plusieurs fautes, principalement dans les commentaires des Rabbins où ce savant homme a corrigé quelques endroits qui étoient contre les Chrétiens. Il parut en la même année à Venise une nouvelle édition de la bible des Rabbins, dont l’Auteur est Léon de Modène, Rabbin de la même ville, qui prétend avoir corrigé un grand nombre de fautes qui étoient dans les éditions précédentes ; mais outre qu’elle est fort inférieure aux autres bibles hébraïques de Venise in-folio, pour ce qui est des caractères & du papier, elle a passé par les mains des Inquisiteurs, qui ont fait retoucher en quelques endroits les commentaires des Rabbins.

Pour ce qui est des bibles hébraïques in-quarto, on estime celle de Robert Etienne, à cause de la beauté des caractères ; mais elle n’est pas exacte. Plantin a aussi imprimé plusieurs bibles hébraïques à Anvers, en fort beaux caractères, semblables à ceux de Bombergue. La meilleure de ses éditions est celle in-quarto, de 1566. Menassé Ben-Israël, savant Juif Portugais, a publié deux éditions de la bible hébraïque à Amsterdam, une in-quarto, & l’autre in-octavo. La première qui est de 1635, est la meilleure : elle est à deux colonnes, & par conséquent commode pour la lecture.

R. Jacob Lombroso a publié une nouvelle édition de la bible in-quarto, à Venise, en 1634, avec de petites notes littérales au bas de chaque page. Il y explique les mots hébreux difficiles par d’autres mots Espagnols. Cette bible est fort estimée par les Juifs du rit espagnol, qui sont à Constantinople. On y a marqué d’une petite étoille dans le texte, les endroits où il faut lire le point cames par un cames hatouph, c’est-à-dire, par un o & non pas par un a.

De toutes les éditions de la bible hébraïque in-8° les plus belles & le plus exactes sont les deux de Joseph Athia, Juif d’Amsterdam. La première, qui est de meilleur papier, & de 1661, est moins exacte que la seconde qui est de 1667, de que l’on préfère à l’autre ; mais celle qui en a été faite à Amsterdam, en 1705, par les soins de Vander Hoog, vaut encore mieux. Il y a une Préface de l’Editeur qui est utile.

Depuis Athia, trois Hébraïsans Protestans ont travaillé à la révision & à l’édition de la bible hébraïque, Clodius, Jablonski, & Opitius. L’édition de Clodius, faite à Franc-fort, en 1677, in-quarto, contient au bas des pages des variantes, tirées des éditions précédentes. L’Auteur ne savoit point assez l’art des accens, surtout dans les livres poëtiques. D’ailleurs, comme l’édition ne s’est point faite sous ses yeux, il s’y est glissé beaucoup de fautes d’impression.

Celle de Jablonski, à Berlin, en 1699, in-quarto, est fort belle pour le caractère hébreu & le papier ; mais quoiqu’il dise qu’il a profité de celle d’Athia &c de Clodius, quelques Critiques trouvent qu’elle n’est presque point différente de celle de Bombergue, in-quarto. Jablonski y a joint une Préface utile & savante en son genre.

Celle d’Opitius est aussi in-quarto, à Kiel, en 1709 : le caractère est gros & assez bon, mais le papier est mauvais. Elle est faite avec beaucoup de soin, mais on n’a consulté que les manuscrits des bibliothèques d’Allemagne. Ceux de France fourniroient de meilleurs secours, & en plus grande abondance, mais aucune de ces éditions ne les a eus.

Au reste, elles ont cela de commode, qu’avec les divisions des Juifs, tant générales que particulières, en paraches & en pesuchim, on y a joint celles des Chrétiens, ou des Bibles latines, en chapitres & en versets ; des sommaires latins aux marges, les Keriketib, ou variantes hébraïques, &c. Ce qui est d’une très-grande utilité par rapport à nos éditions latines, & aux concordances de la Bible.

On estime beaucoup la petite Bible hébraïque de Robert Etienne, in-seize, à cause de la beauté des caractères. Il faut néanmoins prendre garde qu’il y en a une édition tout-à-fait semblable qui est de Genève ; mais qui est fort inférieure, soit pour l’impression, soit pour la correction du texte.

Outre toutes ces Bibles hébraïques, il y en a quelques éditions sans points voyelles, in-octavo & in-vingt-quatre. Ces éditions sont recherchées par les Juifs ; ce n’est pas qu’ils les croient plus exactes que les autres ; mais parce qu’elles sont plus commodes, & qu’ils s’en servent dans les Synagogues & dans les écoles. Il y en a deux éditions fort belles de Plantin, dont l’une est in-octavo, à deux colomnes, & l’autre in-vingt-quatre, que Raphélengue a réimprimée à Leyde, en 1610. Il y en a aussi une édition de Henri Laurens, à Amsterdam en 1631, qui est in-octavo, & en plus gros caractère. On a fait une nouvelle édition in-douze à Francfort, en 1694, de ces Bibles hébraïques sans points voyelles. Cette dernière édition, où l’on a mis à la tête une Préface de M. Leusden, est remplie de fautes.

Bibles Grecques. Il y a un grand nombre d’éditions de la Bible en grec ; mais elles peuvent être toutes réduites à trois ou quatre principales ; fçavoir à celle de Complute ou d’Alcala de Henarès, à celle de Venise, & à celle de Rome. La première fut publiée en 1515, par le Cardinal Ximenès, & inférée dans sa Bible Polyglotte, qu’on nomme ordinairement la Bible de Complute. Quoique cet illustre Prélat eût de bons manuscrits grecs de la Bible, & qu’il eût employé à ce travail des personnes savantes dans la langue grecque & dans la critique, son édition n’est point fidelle, parce que le grec des Septante a été retouché en plusieurs endroits sur le texte hébreu. Cette édition a été réimprimée dans la Bible Polyglotte d’Anvers, dans les Polyglottes de Paris, & dans la Bible à quatre colonnes, qu’on appelle communément la Bible de Vatable.

La seconde édition de la Bible grecque est celle de Venise, en 1518. On y a imprimé le texte grec des Septante, tel qu’il a été trouvé dans le manuscrit ; c’est pourquoi elle est pleine de faute de copistes ; mais il est aisé de les redresser. Cette édition a été réimprimée à Strasbourg, à Basle, à Francfort, & en plusieurs autres endroits, avec quelques changemens, parce qu’on l’a voulu faire approcher davantage de l’hébreu. La plus commode de toutes est celle de Francfort, parce qu’on y a joint de petites Scholies, où sont marquées les diverses interprétations des anciens Traducteurs grecs. L’Auteur de ce recueil n’y a point mis son nom ; mais on croit communément qu’il est de Junius.

La troisième édition de la Bible grecque, est celle de Rome, en 1587, avec les scholies grecques, qui ont été recueillies de divers manuscrits des bibliothèques de Rome, par Pierre Morin. Le Pere Jean Morin de l’Oratoire, a fait réimprimer à Paris, en 1628, cette belle édition grecque, en y joignant la traduction latine qui avoit été aussi imprimée à Rome, séparément avec des scholies. On a inséré dans la Bible Polyglotte de Londres, l’édition grecaue de Rome, ajoutant au bas les variantes du manuscrit alexandrin. Les Anglois l’ont aussi fait imprimer in-quarto & in-douze, en y réformant néanmoins quelque chose. Un Protestant nommé Boz l’a fait aussi imprimer in-quarto, à Eraneker, en 1709, avec toutes les variantes qu’il a pu trouver, & une Préface, où il y a de bonnes choses. Pour avoir une bonne Bible grecque, on doit recourir à l’édition de Rome, ou à celle de Paris qui a été faite exactement sur celle-là ; mais il faudroit y ajouter les variantes du manuscrit alexandrin, & celles du manuscrit de M. Seguier, que le P. Monfaucon a données dans ses Hexaples d’Origène.

La quatrième édition est celle qui a été faite sur le manuscrit alexandrin, & commencée à Oxford par M. Grabe, en 1707. Il y a un défaut qui paroît essentiel. C’est qu’on n’a point imprimé le manuscrit alexandrin tel qu’il est, mais tel qu’on a cru qu’il devoit être ; c’est-à-dire, qu’on l’a changé dans tous les endroits où l’on a cru qu’il y avoit une faute de copiste, & dans tous ceux où l’on a cru que le mot avoit été mis par un dialecte particulier. Il falloit donner le manuscrit absolument & exactement tel qu’il est, & rejeter les conjectures sur les leçons qui s’y trouvent dans de courtes scholies, au bas des pages.

Bibles latines. On peut réduire à trois classes toutes les différentes éditions des Bibles latines ; sçavoir à l’ancienne Vulgate qui a été faite sur le grec des Septante, à la Vulgate d’aujourd’hui, dont la meilleure partie a été faite sur le texte hébreu ; & aux nouvelles traductions latines, qui ont aussi été faites sur l’hébreu, dans le seizième siècle. Il ne nous reste plus rien de l’ancienne Vulgate qui a été en usage dans les Églises d’Occident dès les premiers siècles, que les Psaumes, la Sagesse & l’Ecclésiastique. Nobilius a tâché de la rétablir sur les ouvrages des anciens Péres latins ; mais son recueil ne pouvoit être exact, parce que la plupart des Peres ne l’ont pas suivi fidèlement dans leurs citations.

Pour ce qui est de la Vulgate d’aujourd’hui, il y en a un très-grand nombre d’éditions qui sont assez différentes les unes des autres. Le Cardinal Ximenès en a inséré dans la Bible d’Alcala, une édition corrigée & retouchée en beaucoup d’endroits. Robert Etienne, & après lui les Docteurs de Louvain, se sont appliqués à cette correction avec un très-grand soin. La meilleure édition des Bibles latines de Robert Etienne est celle de 1540, qui a été réimprimée en 1545, il y marque aux marges les diverses leçons de plusieurs exemplaires latins qu’il avoit consultés. Les Docteurs de Louvain ont revu après Robert Etienne, l’édition Vulgate sur plusieurs mss. latins, dont ils ont aussi marqué les variétés aux marges de leurs éditions. Les meilleures sont celles à la fin desquelles on a ajouré les notes critiques de François Luc de Bruge. Pour suppléer aux éditions des Bibles de Louvain où ne sont point ces notes critiques, on y joindra un volume in-quarto, où se trouvent ces mêmes notes imprimées séparément, à Anvers, en 1580.

Toutes ces réformations de la Bible latine se sont faites avant les corrections de Sixte V, & de Clément VIII. Depuis ce temps-là on n’a plus osé prendre cette liberté, si ce n’est dans des commentaires & dans des notes séparées. La correction de Clément VIII, qui est de 1592, sert aujourd’hui de loi dans toute l’Église latine. Cette édition est la première correction de Clément VIII, & quant à l’impression, c’est la plus correcte. Les Bibles de Plantin ont été faites sur celle-là, & ensuite sur celles de Plantin toutes les autres. Ainsi nous n’avons point dans nos Bibles ordinaires les corrections suivantes de Clément VIII. Bien plus, les Bibles de Plantin, ni par conséquent toutes les autres, ne sont pas parfaitement conformes à cette édition romaine de 1592. Voyez Vulgate. Au reste, ces corrections de la Bible n’ont point été faites d’une manière arbitraire, & sans raison, pour y mettre des passages qui prouvent les dogmes Catholiques ; ils y étoient avant la correction, du moins quant au sens, comme ils y sont aujourd’hui. Par exemple, le célèbre passage de saint Jean, Tres sunt, &c se trouve dans la Bible de Théodulphe, Evêque d’Orléans, qui mourut au commencement du neuvième siècle : il n’y a qu’un mot de différence qui ne change rien au sens. Ce rare manuscrit étoit dans la bibliothèque de M. de Mesmes, Premier Président du Parlement de Paris.

Il y a un grand nombre de Bibles latines de la troisième classe, qui comprend les versions faites depuis près de deux cens ans, sur les originaux des livres sacrés. Comme elles n’ont aucune autorité publique dans l’Église, on se contente de les consulter, & elles ont toutes leur utilité pour éclaircir quelques endroits de la Vulgate. M. Simon en a traité à fond dans ses Histoires critiques du vieux & du nouveau Testament. La première de toutes est la version de Pagnin, Religieux Dominicain, imprimée à Lyon, in-4°. en 1528, qui a été fort estimée des Juifs. L’Auteur l’a retouchée dans une seconde édition. Il y en a une belle édition in-fol. à Lyon, en 1542, avec des Scholies : on a mis à la tête de cette édition une Préface sous le nom de Michaël Villanovanus, qui est Michel Servet, Auteur des Scholies. Ceux de Zurich ont aussi publié une nouvelle édition in-quarto de la Bible de Pagnin. De plus, Robert Etienne a imprimé cette même Bible in-folio, avec la Vulgate en 1557, prétendant la donner plus exacte qu’elle n’étoit dans les éditions précédentes. Elle est aussi dans une autre édition à quatre colonnes, qui porte le nom de Vatable, & qui est de l’an 1586. Cette même Bible se trouve dans une édition de Hambourg qui est en quatre langues.

On met communément au nombre des Bibles latines la version du même Pagnin, corrigée ou plutôt rendue littérale par Arias Montanus. Cette correction, qui fut approuvée par les Docteurs de Louvain, & par quelques Savans de Paris, a été insérée dans la Bible Polyglotte de Philippe II, & depuis dans celle d’Angleterre. On en a fait diverses éditions in-folio, in-quarto, in-octavo, auxquelles on a joint le texte hébreu de l’ancien Testament & le grec du nouveau. La meilleure de toutes est la première, qui est in-folio de l’an 1571. Elle est utile pour ceux qui commencent à apprendre l’hébreu.

Les Protestans ont aussi publiés plusieurs versions latines de la Bible sur les originaux. Les plus estimées sont celles de Munster, de Léon de Juda, Zuinglien, de Castalio ou Chastillon, & de Trémellius. Ces trois dernières ont été réimprimées plusieurs fois. Le beau latin de Castalio a plu a bien des gens ; mais les plus sages ont trouvé son latin trop affecté : la meilleure de ses éditions est celle de 1573. Le nom de Léon de Juda, qui avoit été odieux aux Théologiens de Paris, ne déplut point à ceux de Salamanque : ils retouchèrent sa version en un petit nombre d’endroits ; ils la joignirent à l’ancienne édition latine, telle que Robert Etienne l’avoit donnée, avec des notes sous le nom de Vatable, Pour ce qui est de la Bible de Trémellius & de Junius, elle a été du goût des calvinistes, qui en ont publié diverses éditions.

On pourroit faire une quatrième classe des Bibles latines, qui comprendroit l’édition Vulgate retouchée sur les originaux. La Bible d’Isidorus Clarius est de ce nombre. Cet Auteur ne s’est pas contenté de réformer l’ancien exemplaire latin, il a corrigé l’interprète en un grand nombre d’endroits qu’il a cru mal traduits : quelques Protestans ont suivi cette même méthode, & entre autres André & Luc Osiander, qui ont chacun publié une nouvelle édition de la Vulgate, avec quelques corrections sur les originaux.

Bibles arabes. Dès l’année 1516, Augustin Justiniani, Evêque de Nébio, avoit fait imprimer à Gènes une version arabe du Psautier, avec le texte hébreu & la paraphrase chaldaïque, & il y a joint des interprétations latines. On trouve des versions arabes sur toute l’Ecriture dans les Polyglottes de Paris & de Londres, & une entière de tout l’ancien Testament qui a été imprimée à Rome en 1671 par ordre de la Congrégation de la propagation de la foi ; mais elle n’a point été estimée, parce qu’on l’a retouché sur notre édition vulgate. Les Bibles arabes que nous avons ici, ne sont point celles dont les Chrétiens se servent dans l’Orient. Quelques savans croient que la version arabe de l’ancien Testament, qui a été imprimée dans les Polyglottes de Paris & de Londres, est celle de Saadias, au moins pour le fond. Leur raison est qu’Aben-Ezra, grand antagoniste de Saadias, rapporte des endroits de sa version, qui sont les mêmes que dans la version arabe de ces deux Polyglottes. Cependant d’autres gens très-habiles ne croient point que nous ayons la version de Saadias. Erpénius fit imprimer en 1622, un Pentateuque arabe, qu’on appelle communément le Pentateuque d’Erpénius, ou de Mauritanie, parce que cette version est faite par les Juifs de Mauritanie, & à leur usage. Cette version est excellente, non-seulement comme l’a remarqué Erpénius, parce qu’elle est très-littérale & très-exacte, mais encore parce que l’Auteur paroît avoir été très habile dans l’hébreu, & dans l’intelligence de l’Ecriture, & qu’il donne aux mots hébreux des interprétations qui, outre une grande exactitude, marquent encore beaucoup de capacité.

On a publié aussi à Rome en 1581 in-folio, les quatre Evangiles en arabe, avec une version latine qui y est jointe, & il se trouve des exemplaires de cette édition de Rome, où il n’y a que le texte arabe. Gabriel Sionita a depuis fait réimprimer dans la Bible Polyglotte de Paris, ces quatre Evangiles arabes, les ayant seulement retouchés en quelques endroits. Les Anglois ont mis dans leur Polyglotte ces mêmes Evangiles arabes de Gabriel Sionite. Erpénius a donné au public un nouveau Testament arabe entier, tel qu’il étoit dans son exemplaire manuscrit : il a été imprimé à Leyde en 1616.

Bibles Arméniennes. Il y a une version assez ancienne de toute la Bible en langue arménienne. Elle a été faite sur le texte grec des Septante, par quelques uns de leurs Docteurs qui vivoient vers le temps de saint Jean Chrysostôme. Comme elle ne se trouvoit qu’en manuscrit, à la réserve de quelques petites parties qui avoient été imprimées séparément, un de leurs Evêques la fit imprimer entière en beaux caractères, arméniens in-4°, à Amsterdam en 1664, avec le nouveau Testament in-8°. Consultez l’Histoire critique du vieux Testament, liv. II, chap. 16.

Bibles Chaldaïques. Ces Bibles ne sont autre chose que les gloses qui ont été faites par les Juifs dans le temps qu’ils parloient la langue chaldaïque. Ils leur ont donné le nom de targumim, ou paraphrases, parce que ce ne sont point de simples versions de l’Ecriture. Elles ont été insérées entières dans les grandes Bibles hébraïques de Venise & de Bâle ; mais on les peut lire plus commodément dans les Polyglottes, par ce qu’elles y sont avec une traduction latine.

Bibles Cophtes, ou Coptes. Nous n’avons rien de la Bible imprimée en Cophte ; mais on en trouve plusieurs exemplaires manuscrits dans les bonnes bibliothèques, & principalement dans celle du Roi. Consultez l’Histoire critique du nouveau Testament, ch. 16.

Bibles Ethiopiennes. Les Ethiopiens ont aussi toute la Bible traduite en leur langue. On en a imprimé séparément les Pseaumes, le Cantique des Cantoques, quelques chapitres de la Genese, Ruth, Joël, Jonas, Sophonias, Malachie, & le nouveau Testament : tous ces livres ont été depuis réimprimés dans la Bible Polyglotte d’Angleterre. Peur ce qui est du nouveau Testament Ethiopien qui a été d’abord imprimé à Rome en 1548, c’est une pièce peu exacte. Les Anglois l’ont insérée avec les mêmes fautes dans leur Polyglotte. On pnurroit donner une Bible éthiopienne entière sur les manuscrits qui se trouvent dans la bibliothèque de M. le Chancelier Seguier, & dans celle des Religieux Dominicains de la rue S. Honoré.

Bibles Gothes. On croit communément que Wlphilas, Evêque Goth, qui vivoit dans le quatrième siècle, a fait une version entière de la Bible pour ceux de cette nation, à la réserve des livres des Rois, qu’il ne traduisit point, à cause des guères fréquentes dont il y est parlé : il craignoit d’inspirer à sa nation déjà trop guerrière, l’amour de la guerre, en lui exposant l’exemple de tant de Rois. Il ne nous reste de cette version écrite en l’ancienne langue des Goths, que les quatre Evangiles qui ont été imprimés in-4° à Dordrecht en 1665, sur un très ancien manuscrit.

Bibles Moscovites. On a imprimé à Ostrovie, dans la Volindie, en 1581, une Bible entière en langue esclavone. C’est ce qu’on appelle communément la Bible Moscovite. Constantin Basile, Duc d’Ostrovie, a fait imprimer cette version pour l’usage de tous les Chrétiens qui parlent la langue esclavone, dont la moscovite est un dialecte.

Bibles orientales. On doit mettre à la tête des versions orientales de la Bible, celle des Samaritains, comme la plus ancienne de toutes : ne recevant pour toute Ecriture-Sainte que les cinq livres de Moyse, ils n’ont aussi traduit en leur langue samaritaine que le Pentateuque : ils ont fait la traduction sur leur texte hébreu samaritain, qui est un peu différent du texte hébreu des Juifs. Cette version samaritaine n’a point été imprimée séparément. Elle nele trouve que dans les Poliglottes de Paris & de Londres.

Bibles Persiennes. Quelques Pères semblent affirmer que toute l’écriture a été autrefois traduite dans la langue des Persans. Mai5 il ne nous reste rien aujourd’hui de cette ancienne version, qui avoit été faite sans doute sur le grec des Septante. Le Pentateuque persan, qu’on a imprimé dans la Polyglotte d’Angleterre, est de la façon d’un Juif. On trouve dans la même Polyglotte les quatre Evangiles en persan, avec une traduction latine, mais cette version persienne, qui est assez nouvelle & peu exacte, ne peut pas être d’une grande utilité. Dans le Moréri l’on a dit Bibles Persanes, qui en effet paroît mieux que Persiennes ; car on dit la langue Persane, un manuscrit Persan, un livre Persan. On pourroit dire aussi Bibles persiques, mais Persanes paroît meilleur. R. Jacob, fils de Joseph, est un Juif Persan, né dans la ville de Tufi, de la province de Corassan : il est Auteur de la version persane du Pentateuque. P. Le Long. & ici même l’on vient de dire, le Pentateuque Persan, & non pas Persien.

Bibles Syriaques. Dès l’année 1562, Widmanstadius fit imprimer en Syriaque tout le nouveau Teslament, à Vienne, en fort beaux caractères. Depuis ce temps-là il y en a eu plusieurs autres éditions, & il a été inséré dans la Bible de Philippe II, avec une version latine. Gabriël Sionita a aussi donné une belle édition syriaque des Pseaumes, à Paris, en 1525, avec une interprétation latine. On a imprimé toute la Bible en syriaque dans les Polyglottes de Paris & d’Angleterre.

Bibles en langues vulgaires. L’usage des versions en langues vulgaires ne vient point des Protestans ; car avant que le nom des Protestans fût connu dans le monde, il y avoit des traductions de l’Ecriture en françois, en espagnol, en allemand, en italien, & même long-temps auparavant en vieux françois, qui étoit la langue allemande, & en vieux saxon. On trouve dans la bibliothèque du Roi un grand nombre de Bibles françoises manuscrites, qui ont appartenu à nos Rois & aux plus grands Seigneurs de leur Cour. On y voit un exemplaire latin & françois de toute la Bible, qui a été écrit par un Duc de Bourgogne. Il y a dans cette même bibliothèque une Bible entière manuscrite, en langue catalane. Consultez l’Histoire critique des versins, tant du nouveau que de l’ancien Testament : il y est parlé en détail des traductions de l’Ecriture en langues vulgaires. Voyez, Polyglotte. Voyez aussi le P. Le Long de l’Oratoire, dans sa Biblothèque sacrée, où il indique toutes les Bibles que l’on peut connoître en quelque langue que ce soit, & toutes leurs éditions.

Guillaume Breton, Cordelier, a fait un Opuscule des mots les plus difficiles dans la Bible.

Après cela, Docteur, va pâlir sur sa Bible ;
Va marquer les écueils de cette mer terrible ;
Perce la sainte horreur de ce livre divin. Boil.

Ce mot vient du grec βίϐλια, & βίϐλος.

On dit aussi la Grand’Bible des Noëls vieux & nouveaux ; pour dire, les livres où sont contenues les chansons de Noël. On appelle aussi Bible Guyot, une satyre universelle faite par un vieux Poëte françois, nommé Hugues de Bergy, Religieux de Cluni, qu’on nomma d’abord Bible Huguyot.

BIBLIOGRAPHE. s. m. C’est le nom qu’on donne à ceux qui déchiffrent les anciens manuscrits, & qui sont versés dans la connoissance de tous les livres, tant imprimés que manuscrits ; mais aujourd’hui on donne ce nom spécialement à ceux qui connoissent les livres & les éditions, qui en font des catalogues, & principalement à ceux qui font les catalogues des différentes bibliothèques.

BIBLIOGRAPHIE. s. f. Ce mot vient du grec, & signifie la connoissance & le déchiffrement des anciens manuscrits sur l’écorce des arbres, sur le papier & sur le parchemin ; connoissance des livres & des éditions. Bibliographia. Scaliger, Saumaise, Casaubon, Sirmond, Petau & Mabillon étoient habiles dans la Bibliographie. Spon. Le R. P. Louis Jacob nous donne tous les ans la Bibliographie Parisienne. Mascur. Les Journaux rendent maintenant une Bibliographie pareille inutile.

BIBLIOMANE. s. m. Qui est atteint de la bibliomanie, ou possédé de la fureur des livres. Cette espèce de maladie, fort commune, est assez bien décrite dans ces vers.

Le premier curieux sottement s’avisa
De faire une Bibliothèque.
Contre un si grand abus le Sage se rebeque,
Et sans se surcharger lit les livres qu’il a ;
Mais le Bibliomane en amasse sans cesse,
Et place là tout son argent.
Autant qu’à les accroître il paroît diligent,
Autant à s’en servir il montre de paresse.

Le Commentaire de Surita sur l’Itinéraire d’Antonin, ne se trouve qu’en des reventes, où la fureur des Bibliomanes le porte fort au-delà de son juste prix. Ménagiana, tom. 4, p. 58.

BIBLIOMANIE. s. f. Passion, fureur d’avoir des livres. Bibliomania. La Bibliomanie, disoit M. Patin, est une des maladies de ce siècle.

BIBLIOPHILE. s. m. Qui aime les livres. Les ouvrages d’une grosseur énorme doivent être regardés comme des mémoires à consulter, suivant le besoin, ou la curiosité. Ce sont des archives, plutôt que des livres. On ne lit point ces ouvrages, on les parcourt ; & souvent sans savoir ce qu’ils contiennent, on sait seulement qu’on les possède. Il arrive de-là que ces grands magasins de science n’en donnent que médiocrement au public qu’ils effrayent, & que tant de doctes recherches ne servent qu’à augmenter les grandes bibliothèques, & qu’à orner les cabinets des riches Bibliophiles. Observ. sur les Ecr. mod.

BIBLIOTAPHE. s. m. C’est le nom que les savans donnent à ceux qui ont quelques livres rares & curieux, qu’ils ne communiquent à personne, & qu’ils enferment dans leur bibliothèque, sans leur laisser voir le jour. On les appelle Bibliotaphes, parce qu’ils sont en effet comme le tombeau des livres qui sont enterrés chez eux. Nicolas le Févre disoit que M. de Mesmes (Jean-Jacques) étoit un sot Bibliotaphe. Pithœana. Le Fèvre trouvoit les Bibliotaphes d’autant plus ridicules, qu’il étoit le savant du monde le plus officieux : il sembloit n’étudier que pour les autres. Il se faisoit un plaisir de les aider de ses lumières, de ses observations & de ses manuscrits, qui étoient fort nombreux, & dont il avoit apporté une grande partie d’Italie.

BIBLIOTHÉCAIRE. s. m. Celui qui est préposé à la garde, au bon ordre, & à l’accroissement d’une Bibliothèque. Bibliothecarius. Bibliothecæ custos, præfectus. Fabian étoit Bibliothécaire du Vatican, dont il a fait un index ou un catalogue, qui compose un volume in-fol. Le Cardinal Noris étoit en 1698 Bibliothécaire du Vatican. On a dit d’un bibliothécaire ignorant, que c’étoit un eunuque à qui on avoit donné à garder le sérail. Un bibliothécaire de cette espèce faisant le catalogue de la bibliothèque dont il avoit soin, trouva un livre hébreu qu’il marqua en ces termes sur son catalogue : item un livre dont le commencement est à la fin.

L’emploi de bibliothécaire étoit autrefois dans les Monastères un office claustral, & celui qui l’exerçoit étoit regardé comme administrant une partie du temporel du Monastère. Voyez le P. Thomassin. Un des Offices de l’Église Romaine étoit celui de bibliothécaire. Anastase dans Grégoire II. M. de Bautru étant en Espagne, alla voir la bibliothèque du fameux Monastère de l’Escurial ; & ayant trouvé le bibliothécaire si ignorant, qu’il ne savoit pas le nom de la plupart des livres, il dit au Roi d’Espagne, qu’il devoit donner l’administration de ses finances au bibliothécaire de l’Escurial. Pourquoi ? dit le Roi d’Espagne. C’est, lui répliqua M. Bautru, parce qu’il n’a jamais touché à ce que votre Majesté lui a confié.

Bibliothécaire se dit aussi des auteurs qui ont écrit des catalogues de livres, tels que ceux qui sont nommés dans le livre du P. Labbe, qui en a fait une compilation. Qui scribendis librorum catalogis operam dederunt.

BIBLIOTHÈQUE. s. f. Appartement ou lieu destiné pour y mettre des livres ; galerie, bâtiment plein de livres. Bibliotheca. On le dit aussi des livres en général qui sont rangés dans ce vaisseau.

Quelques auteurs rapportent l’origine des bibliothèques aux Hébreux, & ils disent que le soin qu’ils eurent de conserver les livres divins, & les mémoires qui concernoient les actions de leurs ancêtres, fut un exemple pour les autres nations, & principalement pour les Egyptiens. Osymandrias, Roi d’Egypte, voulut qu’il y eût une bibliothèque dans son Palais, & que l’on mit sur la porte ψυχῆς Ἰατρεῖον. Les Ptolomées, qui régnèrent dans le même pays, furent aussi curieux & magnifiques en livres. L’Ecriture Sainte parle d’une bibliothèque des Rois de Perse, 1. Esdr. V. 15, VI. 1. Quelques-uns veulent qu’elle fût composée principalement des Historiens de la nation, & des mémoires qui regardoient les affaires ; mais il semble que c’étoit plutôt un trésor des titres, ou des chartres & ordonnances des Rois, qu’une bibliothèque. Le texte hébreu l’appelle d’abord seulement la maison des trésors, & ensuite la maison des livres des trésors. On pourroit plus justement appeler bibliothèque, celle que l’auteur du second livre d’Esdras dit que Néhémie construisit, & dans laquelle il rassembla les livres des Prophètes & de David, & les lettres des Rois.

Le premier qui en dressa une à Athènes, fut le Tyran Pisistrate. À la vérité Strabon, dans le 17e livre de sa Géog. assure qu’Aristote fut le premier d’entre les grecs qui se mit en peine d’amasser plusieurs livres, & de dresser une bibliothèque ; mais il est constant que long-temps avant Aristote, Pisistrate en avoit faite une à Athènes, que Xercès transporta en Perse, & que Séleucus Nicanor fit reporter à Athènes. Voyez Aulu-Gelle, Liv. VI, ch. 17. Dans la suite Sylla la pilla : Adrien la rétablit. Voyez sur cette bibliothèque & ses ornemens. Meursius, Athen. Att. L. III. C. 5.

Plutarque dit que sous Eumènes, la bibliothèque de Pergame contenoit 200000 volumes. Tyrannion, Grammairien célèbre, contemporain de Pompée, avoit une bibliothèque de 3000 volumes. Celle de Ptolomée Philadelphe en contenoit, au rapport d’Ammien Marcellin, 700000. Ces volumes étoient des cahiers en rouleaux. Elle fut presque entièrement brûlée par les gens de César.

Constontin & ses successeurs érigèrent à Constantinople une magnifique bibliothèque. Julien fit transporter à Antioche la riche bibliothèque de Georges, faux Patriarche d’Alexandrie. Valens & Théodose le jeune, entre les autres, prirent à cœur d’accroître la bibliothèque de Constantinople ; ensorte qu’au VIIe siècle, lorsque Léon l’Isaurique la fit brûler, il y avoit 300000 volumes, & un entr’autres, où l’Iliade &’l’Odissée d’Homère étoient écrites en lettres d’or sur les boyaux d’un serpent.

Les plus fameuses bibliothèques de l’ancienne Rome étoient l’Ulpienne & la Palatine. On vante aussi celle de Paul Emile, qui vainquit Persée ; de Lucilius Lucullus, d’Asinius Pollio, de Julius Sévérus, de Domitien, de Séranus, de Pamphyle le martyr, & de l’Empereur Gordien. Voyez Picard, Celtoped. Liv. V, p.217, 218. César en avoit plusieurs très-bien fournies : Cicéron avoit aussi fait beaucoup de dépense à la sienne, comme il paroit par sa lettre 77e du L. XIIIe. Il disoit qu’il préferoit la bibliothèque de P. Atticus à toutes les richesses de Crassus. La bibliothèque de Trajan, dressée par les soins de Pline le jeune, étoit aussi fort ample & fort belle. Sénèque, De Tranquil. cap. 9, parle de bibliothèques qui contenoient des livres sans nombre, & dont le maître n’avoir pas seulement lu le catalogue en sa vie. La première bibliothèque publique à Rome fut l’ouvrage d’Asinius Pollio.

Autrefois les grandes Eglises avoient des bibliothèques. Saint Jérôme, contre Jovinien, fait mention des bibliothèques des Eglises. Eusébe, Liv. V, ch. 4, parle de celle de Jérusalem, faite par l’Evêque Alexandre. Saint Jérôme, sur l’Epitre à Tite, & dans son troisième Livre contre les Pélagiens, de celle de Césarée ; Anastase, dans la vie de Gélase, de celle de Rome. Et dans la vie d’Hilarius il dit qu’il fit deux bibliothèques dans le Baptistère de Latran. Le Pape Nicolas V a été curieux d’amasser des livres ; c’est lui qui a jeté les fondemens de la bibliothèque du Vatican en 1450. Elle fut ruinée par le Connétable de Bourbon au sac de Rome, & rétablie dans la suite par Sixte V. Elle s’est fort enrichie des débris de celle de Heidelberg, qui fut pillée par le Comte de Tilly, en 1621.

Une des plus accomplies bibliothèques de l’Europe, a été celle qui fut dressée à Florence par Cosme de Médicis, le Patron des Muses. Les Ducs de Florence ont fait graver sur la porte de leur bibliothèque, Labor absque labore. François I, qui avoit une passion extraordinaire pour les sciences, chargea le savant Budé du soin d’ériger une bibliothèque : elle a été fort augmentée par le Cardinal de Richelieu, & elle doit le comble de sa gloire à M. Colbert ; en sorte que la bibliothèque du Roi est peut être la plus riche, la plus nombreuse la plus curieuse de l’Europe. La bibliothèque de l’Empereur est composée de 80000 volumes, & de 15940 médailles curieuses, comme témoigne Lembétius.

M. le Galois a publié en 1650, un Traité des bibliothèques. Coringius en a fait un de la composition d’une bibliothèque par rapport à celle de Wolfenbutel, qui est fort ample & fort curieuse. Il n’y a peut-être point de meilleur Traité des bibliothèques anciennes & modernes, que celui de Lomeyer, imprimé à Zurphen, en 1669.

On dit figurément d’un homme savant, que c’est une bibliothèque vivante. Béroalde a été appelé une bibliothèque vivante par Pic de la Mirandole, & Longin par Wormius.

Bibliothèque de Bacchus, se dit quelquefois dans le discours familier & en plaisantant, d’une cave garnie de vin. On dit d’un bon biberon, qu’il a une bibliothèque pleine de bons in-folio, qu’il visite souvent sa bibliothèque.

Vingt muids rangés chez moi sont ma bibliothèque.

Boil.

Durandus témoigne qu’on a appelé bibliothèque les livres de l’ancien & du nouveau Testament : c’est un nom qu’on leur a donné par excellence.

Ce mot vient du grec βίϐλος, & θήκη, comme librorum repositorium.

Bibliothèque, est aussi un recueil, une compilation de plusieurs ouvrages de même nature, ou d’Auteurs qui ont compilé tout ce qui se peut dire sur un même sujet. Collectanea, exceptiones, excerpta. Apollodore d’Athènes, qui vivoit du temps de Ptolomée Evergète, Roi d’Egypte, environ 240 ans avant Jesus-Christ, a donné le premier l’idée de ces sortes d’ouvrages. La bibliothèque de l’origine des Dieux que ce célébre Grammairien composa, a trouvé des imitateurs en chaque genre de littérature, comme on le va voir. La bibliothèque historique de Diodore de Sicile est une histoire générale de tous les temps, ou un recueil de plusieurs points historiques de tous les temps. La bibliothèque des Peres, est un recueil des ouvrages de divers Peres. Il fut commencé par Marguarin de la Bigne, Docteur de Sorbonne, sur la fin du XVIe siècle. Il y en a eu depuis cinq éditions, dans chacune desquelles cet ouvrage a toujours grossi. Les deux plus amples sont celle de Cologne qui est en 15 volumes, & celle de Lyon faite en en 1678, qui est de 27 vol. la plus ample après celle-ci est celle de Paris, 1644, en 18 volumes. Mais il y a un grand défaut, c’est que les ouvrages des Peres grecs n’y sont qu’en latin dans des traductions. La bibliothèque du Droit François par Laurent Bouchel. Pierre d’Alva a fait la bibliothèque de la Conception de la Vierge en six volumes. Enfin, on appelle bibliothèque, un livre qui parle indifféremment de toutes sortes d’Auteurs & d’écrits sur différentes matières. Photius, parmi les Grecs, nous a laisse une bibliothèque, où il a donné l’abrégé de près de 300 volumes de différens Auteurs, & porté son jugement sur chacun.

On a appelé Bibliothèque volante, des recueils de diverses pièces qui n’excèdent pas six feuilles. M. Bayle a nommé ces sortes de pièces, des pièces fugitives, parce qu’elles se perdent, & qu’on les néglige à cause de leur petitesse ; comme des Panégyriques, Harangues, Descriptions de fêtes, &c. telle qu’est celle de Jean Cinelli, Italien, Académicien de Florence, qu’il appelle bibliothèque volante, Bibliotheca volante, imprimée en 1677, La bibliothèque des Philosophes Chimiques, contenant plusieurs traités & dialogues d’Hermès, de Marie, de Calid, de Morien, d’Artéphius, de Géber, &c. il y a une bibliothèque anatomique faite par Le Clerc & Manger, Médecins de Genève, qui ont rassemblé en un corps un grand nombre de traités singuliers d’Anatomique.

On appelle aussi bibliothèque, les livres qui contiennent les catalogues des livres qui composent les bibliothèques. Librorum catalogi, indices. Gesner, Possevin, Photius ont fait des bibliothèques. La bibliothèque de M. de Cordes, de M. de Thou par Bouilland. Le Pere Labbe, Jésuite, a fait la bibliothèque des bibliothèques : c’est un livre in-8° qui contient seulement le catalogue de ceux qui ont écrit des bibliothèques. On y trouve un recueil de tous les catalogues de livres qui ont été faits jusqu’à son temps, par les Auteurs de toutes sortes de nations, les Elogistes des hommes illustres, les plus fameux Imprimeurs & Libraires de l’Europe, & tous ceux qui ont écrit des cabinets célèbres, des monnoies, des poids & des mesures, des inscriptions & monumens de l’antiquité.

Martin Lippenius, Allemand, a fait une bibliothèque réelle de Philosophie, Médecine, Jurisprudence & Théologie, en quatre volumes in-fol. qui contient les noms des Auteurs qui ont écrit de ces sciences. Il l’appelle réelle, parce qu’il suit l’ordre des matières. Michel Hertzius a fait la bibliothèque d’Allemagne, ou le recueil des Auteurs qui ont écrit des affaires de ce pays là.

En France on n’a point encore une bibliothèque générale de tous les Auteurs. Il y en a de particulières du sieur de la Croix du Maine, Manceau, & d’Antoine du Verdier. La bibliothèque Françoise de Sorel, est un livre où l’on a prétendu dresser une bibliothèque qui ne soit composée que de livres françois, & qui soit néanmoins suffisante pour parvenir à l’Encyclopédie. L’Espagne en a une par Nicolas Antonio. Il y a aussi une bibliothèque d’Espagne de Peregrinus, ou d’André Scot, des Ecrivains Espagnols en 1608. Sa bibliothèque Sainte de Sixte.

Bibliothèque Rabbinique. C’est un livre qui contient une liste des Rabbins qui ont écrit, de leurs ouvrages, des éditions de ces ouvrages, du temps qu’ont vécu les Auteurs, des lieux & des années auxquelles leurs ouvrages ont été imprimés. Il y a plusieurs bibliothèques rabbiniques. Manassé Ben Israël, R. Jean-Baptiste Jonas, Juif converti au Christianisme, en ont commencé deux que la mort les empêcha de finir. R, Schabtai Ben Joseph en a donné une intitulée : Siphte Jeschenim ; c’est-à-dire, Les lèvres des dormans. Nous en avons aussi une de Julius Conradus Ottho, Juif converti, sous le titre de Galiæ Razia, l’Explication des choses cachées. Encre les Chrétiens Gesner, Sixte de Sienne, Mollerus, ou plutôt Meellerus, Théodore Ebert, Possevin, Besodneus, Plantavit de la Pause, Hottinger Célestin du Mont Marsan, Nicolaus Antonius Heddeger Buxtorf, & M. Simon, nous ont donné de ces Notices des ouvrages rabbiniques. Mais la plus ample & qui mérite le mieux de porter le nom de bibliothèque que rabbinique, est celle de Bartolocci, Abbé de l’Ordre de Saint Bernard, continuée par Imbonali en cinq volumes, imprimés à Rome.

La bibliothèque chimique de Borelli. Le royaume de Naples en a une faite par Nicolas Toppy, augmentée par Leonard Nicodème.

Il y a des bibliothèques des Bénédictins par Tritheme ; de ceux de Citeaux, par Charles de Visch ; des Chanoines Réguliers, par Gabriel Penner ; des Augustins, par Herrera & Elsius. La bibliothèque des Prémontrés, par Jean le Page ; des Dominicains, par Leander Alberti, Antoine de Sienne, & par Ambroise d’Altamura ; des Franciscains, par Luc de Wading, Cordelier Hibernois ; des Jésuites, par Philippe Alegambe, Pierre Ribadeneira, & Nathanaël Sotwel.

La bibliothèque orientale des livres hébraïques, syriaques, arabiques, égyptiaques, éthiopiques, &c. de Henri Hottinger, Suisse en 1667. La bibliothèque orientale de M. d’Herbelot. Elle ne contient pas seulement le catalogue des livres arabes, persans & turcs ; c’est aussi un Dictionnaire historique, géographique, &c. des Orientaux ; c’est-à-dire, des Arabes, des Persans & des Turcs.

Il y a une nouvelle bibliothèque des Auteurs ecclésiastiques par M. Du Pin, Docteur de Paris, contenant l’histoire de leur vie, le catalogue, la critique & la chronologie de leurs ouvrages, le sommaire, le jugement de leur style & de leurs différences éditions.

La bibliothèque historique de Paul Bolduanus, qui a fait un recueil des Historiens & des Géographes.

La bibliothèque choisie de Paul de Colomiès, imprimée en 1682.

La bibliothèque curieuse de Jean Hallervord de Konisberg, imprimée en 1672.

Gabriel Naudé a fait un avis pour dresser une bibliothèque, publié en 1617.

La bibliothèque universelle est un Journal des Savans composé par M. le Clerc. Il commence à l’année 1686, & finit en 1693, en 25 yol. in-12. Il a donné depuis à ses compilations le titre de bibliothèque choisie, & depuis plusieurs années celui de bibliothèque ancienne & moderne.

Les Bénédictins de la Congrégation de S. Maur ont fait imprimer à Paris en 1695, sous le titre de Bibliothèque divine de S. Jérôme, la Version latine que ce Père a faite de l’Ecriture sur le texte hébreu, & qu’il a appelé lui-même le Canon hébreu. Mais il y a de grandes rasions de douter que cette bibliothèque divine soit le pur Canon hébreu de S. Jérôme.

BIBLISTE. s. m. & f. Biblista. Hæreticus solis Bibliis inhærens. C’est le nom que quelques Auteurs, comme Sanderus, ont donné aux Hérétiques qui ne reçoivent pour règle de leur foi que l’Ecriture Sainte, sans reconnoître ni les Traditions, ni de Juge des controverses, ni d’Interprète infaillible de l’Ecriture. Ce mot, quant à sa signification, revient à ce que les Juifs appellent Caraïtes ; mais d’ailleurs les Caraïtes différent fort des Biblistes ; car les Caraïtes reconnoissent l’autorité qu’avoient l’Eglise & le Grand-Prêtre, & ne rejettent que les Traditions, au lieu que les Biblistes, contre le précepte de l’Ecriture, rejettent les Traditions divines & Apostoliques, ne reconnoissant point de Juge en matière de dogme, & font profession de s’en tenir à l’Ecriture malgré l’Ecriture même, qui recommande les TraditionS, & qui enseigne clairement l’infaillibilité de l’Eglise dans ses décisions. Encore les Caraïtes sont— ils regardés par les Juifs comme des hérétiques. Que penser donc des Biblistes ?

☞ BIBONES. Nom que l’on donnoit chez les Romains aux mouches qui incommodent si fort dans les hôtelleries & dans les cabarets, & que Pline appelle pour cette raison les insectes des hôtelleries. Cauponarum animalia. Dans la suite on les appela musciones, comme qui diroit de petites mouches. On les appela aussi Vappones, du mot latin vappa, vin éventé, donc elles sont friandes.

BIBRACTE. s. f. Terme de Mythologie. Bibracte. Ancienne ville des Eduens, que l’on croit être aujourd’hui Autun, fut mise au nombre des Déesses : car on a trouvé a Autun une inscription avec ces mots : A la Déesse Bibracte. Dea Bibracti. Voyez Autun, & de S. Julien, Ant. des Bourg, p. 299.

BIBUS. Terme indéclinable & ironique, qui se dit des choses qu’on veut mépriser. Nullius nominis, ponderis. Un Avocat, un Poëte de bibus, est un méchant Avocat, un mauvais Poëte. Des raisons de bibus, ce sont des rasions vaines & peu solides. C’est une affaire de bibus, c’est-à-dire, de nulle importance.

Je n’ai chez moi qu’Ecrivains de bibus ;
Les employer, ce ferait grand abus,

☞ Ce mot n’est que du style familier.

BIC.

BICA. s. f. Poisson qui se pêche sur la côte de Biscaye. L’on pêchoit une espèce de poisson ressemblant en grandeur, couleur & goût, aux Vesugos de S. Ander, en Biscaye, que les Mariniers appellent Bicas. Wicqfort.

☞ BICANER. Bicanera. Ville d’Asie, dans l’Indoustan, capitale de la province de Becar.

☞ BICAPSULAIRE. adj. de t. g. Terme de Botanique, qui s’applique à toutes les plantes qui ont deux capsules. Voyez Capsule.

BICARRELLE, ou BIGARRELLE. s. f. C’est le nom que les enfans donnent en Berry à l’instrument & au jeu qu’ils appellent bâtonnet à Paris. Jouer à la bicarelle, une partie de bicarrelle. La bicarrelle est trop grosse. Voyez Bâtonnet.

☞ BICARS. s. m. pl. Pénitens Indiens dont il y avoit un grand nombre dans le neuvième siècle. Ils étoient nus toute leur vie, & laissoient croître leurs cheveux & leurs ongles qu’ils n’osoient couper, lors même qu’ils en étoient incommodés. Ils portoient au cou une écuelle de terre pendue à un cordon ; & quand ils étoient pressés de la fail, ils s’arrêtoient aux portes des Indiens qui remplissoient leurs écuelles de riz cuit. Renaudot, rol. des Ind. & de la Chi. cité par Mor.

BICEPS. s. m. Terme d’Anatomie. C’est un des muscles de l’os du coude qui sert à le fléchir. Il est ainsi appelé, parce qu’il a deux têtes.

Biceps, se dit aussi par la même raison d’un des muscles fléchisseurs de la jambe. On l’appelle quelquefois biceps femoris, pour le distinguer de l’autre, qui est le biceps cubiti, ou du coude.

BICÊTRE. s. m. Château proche de Paris, au-dessus du village de Gentilly. Une Chartre de l’an 1290, fait connoître que cette maison appartenoit en ce temps-là à l’Evêque de Paris, & quelle étoit appelée la grange aux gueux, ou plutôt aux queux. Ce château ayant été possédé ensuite par Jean, Evêque de Wincestre, en Angleterre, il fut appelé le château de Wincestre, d’où l’on a fait par corruption Bicêtre ; nom qu’il a toujours conservé, quoique dans la suite des temps il ait été démoli & bâti bien des fois. C’est aujourd’hui un hôpital, & une espèce de prison où l’on enferme les gueux, les vagabonds, les coureurs & les libertins.

Bicêtre. Nom populaire & bas, que l’on donne a des enfans criards, opiniâtres, malins, fripons ; adolescens nequam, nebulo ; en un mot, semblables à ceux qu’on enferme à Bicêtre ; car c’est de là qu’est venu ce mots C’est un bicêtre qui me fait enrager. Petit bicêtre, si je vais à toi. Ah les bicêtres, je crois qu’ils me feront désespérer ! Tout cela ne se dit que par le peuple.

BICHE. s. f. Femelle du cerf. Cerva. Elle n’a point de bois sur la tête. Elle est d’une couleur tirant sur le bai-rouge. Elle court d’une très-grande vitesse, & a la vue fort bonne. Un faon de biche. La biche entre en rut au mois d’Août & de Septembre. Elle porte son petit huit mois, & n’en fait qu’un à la fois. Callimaque donne des cornes aux biches comme aux cerfs, Voyez le Callimaque de Mademoiselle le Fèvre, qui fut ensuite Madame Dacier.

Jamais la biche en rut n’a pour fait d’impuissance,
Traîné du fond des bois un cerf à l’audience. Boil.

On dit qu’une biche montra un gué à Clovis, qui y fit passer la Vienne à son armée. Ce gué se nomme encore le pas de la biche. Le P. Jourdan.

Cet animal est le symbole de Junon conservatrice, parce que de cinq biches aux cornes d’or, & plus grandes que des Taureaux, que Diane poursuivit à la chasse dans la Thessalie, elle n’en prit que quatre qu’elle attacha à son char ; la cinquième fut sauvée par Junon.

Saumaise dérive ce mot de bicula ; Ménage de bicca, féminin de biccus, bouc. Guichart de צבי, tsebi, capreu, chèvre, dont se fait צביה, tsebija, qui signifie la même chose, & selon lui cerva, bije, d’où biche s’est formée.

On dit proverbialement, il s’enfuit comme une biche ; pour dire, avec poltronerie & légèreté.

☞ BICHE. s. f. Glaucus primus. Poisson de mer qui a le ventre blanc & le dos bleu, d’où lui vient son nom latin. Sa chair est blanche & de bon goût. On lui donne aussi le nom de derbio.

☞ BICHE. Ville. Voyez Bitche.

BICHENAGE. s. m. Vectigal ex frumento, nucibus, &c, C’est un terme de coutume. On connoît ce que c’est que le bichenage, par un extrait du dénombrement fait au Roi l’an 1522, par le Châtelain de la terre & Seigneurie de Bussi, en Bourgogne. Le droit de bichenage de tous grains, & de toutes autres choses qui se vendent au boesseault au marché dudit lieu, & non à autre jour est tel. C’est à savoir que d’un boesseault l’on ne doit rien:de deux boesseaults l’on doit pour le bichenage une écuelle, de trois boesseaults l’on ne paye qu’une éculée ; de quatre boisseaults, deux éculées ; de cinq boesseaults l’on ne paye que deux éculées ; de six boesseaults l’on paye trois éculées, & ainsi de plus le plus, & du moins le moins, sans rien payer de non pair… Item est à savoir que le dit bichenage se pren & leve audit marches des noix, des oignons, & de toutes autres choses qui se mesurent au boesseault en la forme & manière que dessus… Item est encore à savoir que ceux qui payent ledit bichenage ne doivent rien de vente ni de péage, à cause de ce dont ils auront payé le bichenage. M. Galland.

BICHET. s. m. Mesure de grains qui contient environ un minot de Paris. On le dit tant de la mesure que du blé qui y est mesuré. Le bichet est particulièrement en usage en Bourgogne & dans le Lyonnois. Dans les anciens titres on trouve qu’il en falloit deux pour faire une hémine, ou deux quartaux ; en d’autres qu’il contenoit deux quartes, que chaque quarte contenoit deux boisseaux, & le boisseau vingt écuelles. Bichetus.

Le bichet est encore en usage à Montreau, à Moret, à Sens, à Meaux. A Montreau le bichet de froment pèse 40 livres ; celui de méteil 38 livres, de seigle 36 livres, d’orge 31 livres, de champart 32 livres ; huit bichets font un setier du pays, qui est de seize boisseaux de Paris. Ainsi le bichet est égal à deux boisseaux de Paris. Le muid est de douze setiers; mais on y ajoute toujours quatre bichets pour faire le compte rond de 100 bichets pour un muid. Le bichet de Moret est un peu plus petit que celui de Montreau. A sens il y a huit bichets au setier du pays, & il en faut sept pour faire le setier de Paris. Ainsi il est plus petit d’une sixième que celui de Montreau:car le setier de paris est de douze boisseaux. A Meaux le stier contient quatre minots, ou bichets, & pèse 200 livres ; par conséquent le bichet pèse 50 livres, & est de dix livres plus pesant & plus grand que celui de Montreau.

On dit aussi un bichet de terre, en parlant de la mesure d’une terre qui a besoin d’un bichet de blé pour être semée. On dit à Lyon une bichetée de terre.

BICHO. s. m. On voit au Brésil des vers de différentes espèces, qui causent de cruels maux a ceux qui en sont attaqués. Les Portugais appellent ces vers & les maladies qu’ils causent, bicho ; ce qui en leur langue signifie un ver, ou un petit insecte… Ces bicho s’attachent aux pieds & aux jambes. Les Brésiliens & les Nègres, qui vont pieds nus, en sont fort incommodés ; les Européens y sont moins exposés, parce qu’ils portent des souliers & des bas. Voyag. de Dellon, to. 2, p. 172, & suiv.

BICHON. s. m. Petit chien qui a le nez court, & le poil long, blanc, & fort délié. Catelius. Les bichons ont été longtemps à la mode chez les Dames. On dit bichonne quand on veut parler de la femelle, & alors il est féminin.

Quelques-uns croient que ce nom vient de barbet, & qu’on a dit barbiche, barbichon, puis babiche, babichon, & enfin par abrégé biche & bichon, comme si c’étoit un petit barbet.

BICHOT. s. m. Mesure de grains en usage à Dijon, qui est la charge d’un cheval, & pèse 336 livres. Mensura aridorum pondo 336 librarum. A Dijon l’on y compte par quatranches, quartaux, bichots & hémines. Le quatranche de froment tient 13 pintes & demie de la grande mesure : il pèse 42 livres, & criblé 41 livres : le quartau tient quatre quatranches ; le bichot deux quartaux ; & l’hémine, qui est la charge de deux chevaux, tient deux bichots. De la Mare. Traité de la Pol. L’V, T. VIII, c.3.

BICIA. s. f. Plante qui croit de soi-même aux Indes occidentales. Elle s’élève à la hauteur de sept ou huit pieds. Elle a les branches comme l’arbre du coton ; ses fruits sont enfermés dans des gousses semblables aussi à celles du coton ; excepté qu’en dehors elles sont revêtues d’une petite toile un peu grosse en certaines veines, qui marquent par dehors les compartimens qui se voient au-dedans de la gousse, dans la quelle font renfermés de petits grains rouges, qui s’attachent comme de la cire, & sont encore plus visqueux. Les Sauvages font de ces grains de petites boules, auxquelles ils mêlent de la gomme & dont ils se peignent le visage.

BICLARE. C’est ainsi que nous appelons en François ce que les Catalans nomment Valclara. C’est le nom d’un bourg & d’un Monastère de Girondins, ou de Moines de Biclare, situé au pied du mont Pradès, dans l’Archidiaconé de Tarragone en Catalogne. Velalara. Le Monastère de Biclare fut fondé au VIe siècle. Il y a encore aux environs de cette montagne plusieurs ruines qui peuvent être celles de ce Monastère. Il fut bâti par un Abbé nommé Jean, qui en fut tiré pour être élevé sur le liège épiscopal de Girone, Geronda, Gironde ; & c’est ce qui a donné lieu à quelques Auteurs de le faire Fondateur des Girondins, appelant ainsi les Moines de Biclare, du nom de la ville épiscopale de leur fondateur. Leur habit étoit blanc. Ils portoient sur la poitrine un écusson, qui, selon Adrien Damman, étoient les armes de l’Evêque de Girone ; savoir, d’or à deux pals de gueules, & deux de sinople. Si cela est, ces Girondins auroient subsisté après l’onzième siècle, avant lequel il n’y avoit point d’armoiries. Mariana prétend qu’ils avoient la Règle de S. Benoît ; mais on ne doute point, dit le P. Hélyot, que l’Abbé Jean n’ait dressé une règle pour ses Disciples. Voyez cet Auteur. T. V. C. 4.

☞ BICONGE. s. m. Mesure des Romains, contenant douze setiers. Voyez Conge. Ne croyez passes Vocabulistes qui disent que ce mot est du genre féminin. Biconge, de même que Congé, est masculin.

BICOQ ou PIED DE CHEVRE. s. m. Terme de Mécanique. C’est le troisième pied qu’on ajoute à la chèvre, ou machine qui sert à élever des poutres, ou autres gros fardeaux, quand on n’a point de murailles contre lesquelles on la puisse appuyer.

BICOQUE. s. f. Place peu fortifiée & sans défense. Vile oppidulum. ☞ Cette Bicoque n’arrêtera pas notre Armée.

Ce mot vient d’une place sur le chemin de Lodi à


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