Dictionnaire de Trévoux/6e édition, 1771/Tome 1/971-980

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Fascicules du tome 1
pages 961 à 970

Dictionnaire de Trévoux, 1771
Tome 1, pages 971 à 980

pages 981 à 990


serenitas, sérénité ; bor, c’est-à-dire, puritas, pureté ; bar, qui est la même chose que frumentum, blé.

Les Anciens ne faisoient venir le Borée que de la Thrace ; mais c’étoit une erreur dont Cluvier montre les causes. Germ. Ant. L. I, p. 15. Les Athéniens érigèrent un autel à Borée. Voss. de Idol. L. III, c. I. M. Sperlingius a fait un livre sur le Borée & ses louanges, Boreas ejusque laudes, Hasniæ, 1707. Quoiqu’il s’étende souvent en général sur le Septentrion, son principal sujet est le Borée ; il y montre qu’on l’a regardé comme un Dieu dans l’Antiquité ; il parle des sacrifices, des jeux, des festins, des fêtes qu’on faisoit en son honneur, il dit qu’il purifie l’air, & qu’il lui donne la sérénité & la salubrité ; qu’il empêche les édifices de se pourrir ; qu’il chasse la peste & les autres maladies ; qu’il emporte & jette dans la mer les sauterelles qui ravagent les campagnes. Il prétend que les étésies viennent du Nord. On prend communément le borée, dit le P. Pezron, pour le vent du Septentrion ; mais anciennement on le regardoit avec raison comme le vent du Nord-est qui vient du Levant d’été, & qui souffle entre l’Orient & le Septentrion. Il ajoute que ce mot est formé sur le Borée des Celtes, qui veut dire, le matin ; parce que le matin, ou la lumière la plus grande de l’été, venoit d’entre l’Orient & le Septentrion, d’où ce vent ordinairement souffloit vers ce temps-là.


BORGHÈSE. Nom propre d’une famille très-considérable à Rome, qui devient adjectif en notre langue. Borghesius, a, um. Le Palais Borghèse. La Vigne Borghèse, Villa Borghesia, & vulgairement Villa Pinciana. C’est une maison de plaisance des Seigneurs de la maison Borghèse. Il parut à Rome, en 1716, une description de la vigne Borghèse en vers latins. Prononcez comme si l’on écrivoit Borghuèse.

BORGNE, adj. m. & f. Qui n’a qu’un bon œil. Cocles, unoculus, luscus. ☞ Homme borgne. Cheval borgne. Femme borgne. Le mot de borgnesse n’est connu qu’à la Place Maubert. Ménage croit que ce mot vient du bas-breton born qui signifie la même chose. ☞ Il est souvent employé substantivement, au masculin seulement. C’est un méchant borgne. Les borgnes passent pour être méchans. On dit populairement, malin borgne, & malin comme un borgne. Pierre Flotte, homme violent & avare, fit révolter la Flandre par ses concussions sous Philippe le Bel l’an 1502. Mézeray, en la vie de ce Monarque, dit qu’il ne faut pas s’en étonner, parce qu’il étoit borgne. Les borgnes sont de ceux qu’on dit être marqués au B. Voyez B.

Borgne, se dit figurément d’un lieu obscur & mal éclairé. Obscurus, tenebrosus, cæcus. Un cabaret borgne, c’est un méchant cabaret. Une maison borgne, est celle dont on a bouché les vues, qui est sombre, obscure.

Borgne, en termes de Médecine, se dit du premier des trois gros boyaux ou intestins. On l’appelle cæcum, ou sac, parce qu’il n’a qu’un trou ou conduit ouvert. Il est situé entre l’iléon & le colon. Les pourceaux & les animaux gloutons ont un cæcum grand ou double.

On appelle aussi une grenade borgne ou aveugle, celle qui n’a pas besoin d’être allumée pour être jetée avec le mortier, mais qui s’allume en tombant. Voyez Grenade.

On dit proverbialement, faire des contes borgnes ; pour dire, de méchans contes, mal faits. On dit aussi un compte borgne, pour dire, opposé à rond. On m’offre 195 liv. 10 s. de cette dette, c’est un compte borgne, j’en veux cent écus, c’est un compte rond. On le dit aussi d’un compte qui n’est pas clair. On dit aussi, changer son cheval borgne contre un aveugle, pour dire, faire un mauvais troc. On appelle aussi un faux borgne, un homme qui fait le niais, qui feint de n’avoir pas bonne vue, & qui toutefois tâche à tromper. On dit aussi qu’au Royaume des aveugles les borgnes sont Rois. On dit aussi, voilà bien visé pour un borgne, pour se moquer des tireurs mal adroits.

BORGNESSE. s. f. Femme qui n’a qu’un œil. Lusca, altero oculo capta. Il ne se dit que par injure & par mépris. Terme tout-à-fait bas.

☞ BORGO. Borgus, ou burgus. Ville de Suède, en Finlande, dans la province de Nilande, sur le golfe de Finlande.

Borgo-forte. Burgus-fortis. Petite ville d’Italie, dans le Duché de Mantoue, sur le Pô.

Borgo-sans-Donnino. Ville d’Italie, dans le Duché de Parme, avec un Evêché suffragant de Bologne.

Borgo-di-san-Pietro. Partie de la ville de Rome où sont le Palais du Vatican & la Basilique de S. Pierre.

Borgo-di-san-Sepolcro. Burgus sancti Sepulchri. Ville d’Italie, dans les Etats du Grand Duc de Toscane, dans l’Ombrie, près du Tibre, avec un Evêché suffragant de Florence.

Borgo-di-Sesia. Sessites Burgus. Ville d’Italie, proprement du Milanez, quoiqu’elle foit dans les états du Duc de Savoie, fur la rivière de Sesia qui lui donne son nom.

Borgo-di-Val-di-Taro. Burgus vallis Tari. Petite ville d’Italie, au Duché de Parme, capitale de la Principauté de Val-di-Taro.

BORIDIA. s. f. Espèce de mets salés, préparés avec une sorte de petit poisson qu’on mange cru. Ce ragoût, ainsi que tous ceux de la même espèce, sont nuisibles à l’estomac, durs à la digestion, & malfaisans pour le ventre qu’ils relâchent. Dict. de James.

BORIN. s. m. Oiseau. Voyez Bouvier.

☞ BORIQUEN. Boriquena. île de l’Amérique septentrionale, sous la puissance des Espagnols, parmi les Antilles.

☞ BORISSOW, ou BORYSOW. Borellovia. Ville du Duché de Lithuanie, en Pologne, au Palatinat de Minsky, sur la rivière de Berezina.

BORISTÈNE, ou BORYSTÈNE, & BORYSTHÈNE. Grand fleuve d’Europe. Boristhenes. Le Boristhène a sa source dans la Moscovie, au Midi de celle du Volga, & au Couchant de la ville de Moscou. Il traverse une partie de la Moscovie & de la Lithuanie, & toute la basse Volhinie, & se décharge dans la mer Noire, entre la petite Tartarie & la Bessarabie. Jornandez l’appelle Donaster, Ammien Marcellin Danastus, Louis Decius Deniéper, Mercator Niéper, Leunclavius Brisna, Pencer Berezina, Cromer Dnester & Nester. Mais le Niéper est le Neparis d’Hérodote ; pour le Nester, c’est le Tyras, qui coule entre le Boristhène & le Danube ; & la Beresine c’est le Boristhène. Voyez Baudran. Les Géographes conviennent que le Pripèce est le Boristhène méridional des Anciens, & quelques-uns même pensent que la Beresina étoit le Boristhène septentrional. De cette forte le Niéper auquel on donne aujourd’hui le nom de Boristhène, n’auroit été autrefois qu’une des rivières qui se jetoient dans ce fleuve. Le Boristhène a treize sauts ou cascades formées par des rochers qui traversent son lit, & qui en rendent la navigation impossible.

L’Empereur Adrien avoir un cheval de chasse qu’il appeloit Boristhène, & auquel il érigea un tombeau & des colonnes après la mort, avec des inscriptions, ou épitaphes. Voyez Scaliger sur Sparrien, dans la vie d’Adrien.

BORISTHÈNE. Ville ancienne située sur le Boristhène, & habitée par des Grecs, ou plutôt mêlée de Grecs & de Barbares, c’est-à-dire, de Scythes ou de Gètes. Borysthenis, Olbia, Olbiopolis. Strabon dit qu’elle fut bâtie par les Milésiens, qui la nommèrent Olbia, c’est-à-dire, l’Heureuse ; qu’ensuite elle prit le nom du fleuve sur lequel elle étoit située. Le P. Lubin prétend que c’est Oczacow.

BORISTENITE. s. m. & f. Habitant de la ville de Boristhène. Boristenites. Olbiopolites. Plutarque, dans la vie de Cléomène, parle de Sphoerus le Boristénite. Corn.

BORITIS, dans le grand art, signifie le mercure parvenu au noir très-noir, ou le laiton qu’il faut blanchir.

☞ BORMIO ou WORMS. Bormium. Ville du pays des Grisons, avec titre de Comté, fur la rivière d’Adde ; il y a dans son voisinage des bains célèbres, nommés bains de Bormio, Bormiae aquæ.

☞ Elle donne le nom au Comté de Bormio, petit pays des Grisons alliés des Suisses, sur les confins d’Italie & du Bressan, au milieu des Alpes, qui est divisé en cinq communautés, dont Bormio est la capitale.

C’est dans cette ville que demeure le Gouverneur nommé le Podestà, que les Grisons y envoient tous les deux ans.

BORNAGE, s. m. Terme de Palais. Metatio. ☞ Opération juridique par laquelle on marque les limites d’un terrain par des grosses pierres qu’on nomme bornes. L’action de bornage peut être intentée, ou entre particuliers pour les confins de leurs héritages, quand l’un se plaint que son voisin entreprend sur son héritage ; ou entre les Curés, & les Décimateurs, pour les limites de leurs Paroisses, ou de leurs dîmages ; ou entre différens Seigneurs, pour les limites de leur territoire, & de leur Juridiction. Voyez le Nouveau Praticien François de Pimont.

BORNAGER. v. n. Terme de Bateliers de la Loire. C’est piquer obliquement le bâton ou rivereau dans le sable du côté que le bateau est emporté par le cours de l’eau, en sorte que le bateau venant à heurter contre le bout du bâton que le batelier tient, & qu’il dirige contre le rebord d’une planche, ou contre des entaillures faites exprès au bord du bateau pour donner prise au bâton, le bateau soit repoussé de l’autre côté. Lintrem conto opposito repellere. On ne bornage guère que dans les grands bateaux, comme chalans, sapinières, &c. Dans les petits on pousse à l’épaule. Les bateliers de la Seine, au lieu de bornager, disent bouter.

☞ BORNE, s. f. Ce mot signifie en général tout signe de limites : & cette définition convient tant au propre qu’au figuré. Meta. Nicot dérive ce mot du grec βούνος, qui signifie tumulus, acervus, monceau, parce que les premières marques des bornes étoient des mottes ou élévations de terre, que Rigaut dit avoir été appelées botones en termes d’arpentage. Du Cange dit que dans la base latinité on appeloit une borne, bonna, banda, bodina & bodula : d’où l’on a fait les autres mots de boonne pour borne, de booner pour borner : d’où l’on a fait aussi abonagium & asbonagium, & esbonare, pour dire, mesure & mesurer.

☞ Le mot de borne exprime une marque fixe & certaine qui sert à terminer un champ, un territoire, une province, un état, & à séparer l’un de l’autre.

☞ Il y a des bornes naturelles, comme une rivière, une forêt, une chaîne de montagnes, &c. Il y en a d’artificielles, telles que sont des murailles, des remparts, des fossés, ou même des pierres de distance en distance, & quelquefois des lignes imaginées depuis un terme dont on est convenu, jusqu’à un autre terme. Quelques pays ont des bornes naturelles, comme l’Espagne & l’Italie, qui sont l’une & l’autre environnées par la mer, comme les presqu’îles, & jointes au continent : celle-ci par les Alpes, & celle-là par les Pyrénées. Telles étoient autrefois les Gaules, lorsqu’elles étoient bornées par le Rhin, les Alpes, la mer Méditerranée, les Pirénées & l’Océan. Les bornes de l’Allemagne sont artificielles, & ont varié en différens temps. La France qui les a communes avec elle de ce côté là, a souvent éloigné ou rapproché ces bornes selon les succès qu’elle a eus dans la guerre.

Les bornes d’un champ sont des pierres ou d’autres marques qui servent à séparer un champ d’avec un autre. Cette prairie a pour bornes d’un côté la rivière, de l’autre un bois. Les Seigneurs qui ont des bois ou des terres près des forêts du Roi, ont été obligés, par la dernière Ordonnance des Eaux & Forêts, d’y faire des fossés pour leur servir de bornes. Les Arpenteurs qui plantent des bornes, sont tenus d’y laisser des témoins, qui sont des tuileaux ou autres marques dont ils chargent leur procès verbal. Les Juges ordonnent souvent qu’une pierre qu’on prétend servir de borne y sera levée, pour voir si on y trouvera des témoins.

☞ La haie vive, buisson, terre ou borne, étant entre pré & terre, vigne ou bois, sont réputés être du pré, & non de la terre, vigne ou bois. Loisel.

☞ Numa Pompilius mit les bornes des terres au nombre des choses sacrées : il fit entendre qu’elles étoient sous la protection du Dieu Terminus, & défendit de les changer de place, à peine de la vie. De la Mare.

☞ Il se trouve quelques Seigneurs qui ont marqué les bornes des terres qu’ils ont données, avec la pointe de l’épée ; manière qui a quelque chose de noble, & donne lieu de croire que les personnes de qualité commençoient à porter toujours l’épée. Lobineau. Il parle du commencement du XIIIe siècle. Rindenus a fait une dissertation sur les pierres qui servent de bornes. Christ. Adami Rindeni Dissertatio de diversitare lapidum finalium, eorumque jure, dans laquelle on trouve tout ce que le Droit, l’Histoire ancienne & moderne peuvent fournir sur ce sujet, & elle est pleine de critique.

Bornes, dans le sens figuré, se dit de tout ce qui empêche de passer outre, de ce qui contient une chose dans sa sphère, de tout ce qui est regardé comme les limites d’une chose. On passe les bornes de son pouvoir, de la raison, de la modestie, de son sujet, &c. On met, on donne des bornes à son ambition : on se prescrit des bornes : on va au de-là, on les franchit, &c. Un homme sage se tient toujours dans les bornes du devoir, intrà officii fines. Il n’y a que la Religion qui puisse nous consoler des bornes étroites de notre vie. Nic. Quand on est un peu raisonnable, on fait donner des bornes à ses désirs. Modum statuere cupidinibus. La vaillance a ses bornes comme toutes les autres vertus, & elle doit être accompagnée de prudence. Voit.

☞ On confond souvent les mots de bornes, limites & terme. M. l’Abbé Girard apprend à les distinguer, & les caractérise ainsi. Le terme, dit-il, est où l’on peut aller. Les limites sont ce qu’on ne doit point passer. Les bornes sont ce qui empêche de passer outre. Le terme est un point. Les limites sont une ligne. Les bornes sont un obstacle.

☞ On approche ou l’on éloigne le terme. On resserre ou l’on étend les limites. On avance ou l’on recule les bornes.

☞ Le terme & les limites appartiennent à la chose ; ils la finissent. Les bornes lui sont étrangères ; elles la renferment dans le lieu qu’elle occupe, ou la contiennent dans sa sphère. Le détroit de Gibraltar fut le terme des voyages d’Hercule. On a dit avec plus d’éloquence que de vérité, que les limites de l’Empire Romain étoient celles du monde. La mer, les Alpes et les Pyrénées sont les bornes naturelles de la France.

☞ Le terme de la prospérité arrive souvent dans le moment qu’on projette de ne plus donner de limites à son pouvoir, & qu’on ne met aucunes bornes à son ambition.

☞ Je ne vois le terme de nos maux que dans le terme de notre vie. Les souhaits n’ont point de limites ; l’accomplissement ne fait que leur ouvrir une nouvelle carrière. Nous ne sommes heureux que quand les bornes de notre fortune sont celles de notre cupidité.

Borne, se dit par extension, des pierres qu’on met à côté des portes & le long des murailles d’un bâtiment, pour empêcher qu’elles ne soient endommagées par les voitures.

Borne de Cirque. Terme d’Antiquité. C’étoit chez les Grecs une pierre en forme de cône qui désignoit & déterminoit la longueur du stade, & qui régloit chez les Romains la course des chevaux dans les Cirques & les Hippodromes. Meta.

☞ BORNER. v. a. Mettre des bornes, séparer des héritages voisins & aboutissans les uns aux autres, en y plaçant de nouvelles bornes, ou en rétablissant les anciennes qui auroient été déplacées. Metas figere, statuere, limitari. On a borné ce vignoble. Les Juges ont ordonné un transport sur cet héritage, pour le faire mesurer & borner par un Arpenteur.

Borner, signifie aussi limiter, resserrer dans un certain espace, dans une certaine étendue. Terminare, circumscribere. Cette rivière, ce grand chemin, ce fossé bornent cette prairie de trois côtés. La mer & les Pyrénées bornent l’Espagne.

☞ Dans cette acception on dit que des coteaux, des prairies, &c. bornent agréablement la vue, pour dire, la terminent agréablement.

☞ On le dit aussi des personnes par rapport à leurs maisons, à leurs héritages. Il veut vendre sa maison, parce qu’il s’y trouve trop borné. Angustare. Il est borné d’un côté par une forêt, d’un autre par une montagne, de manière qu’il ne peut s’étendre ni faire d’acquisitions.

Borner, se dit aussi figurément pour modérer. Il faut borner ses prétentions, sa fortune, son ambition, son discours. Se borner à ses propres affaires. Qui borne ses désirs au seul nécessaire, ne court point les mers orageuses. S. Evr. On le dit absolument : il faut se borner, savoir se borner.

☞ BORNÉ, ÉE. part. On dit au propre, en parlant d’une maison, qu’elle a une vue bornée, pour dire, peu étendue. Au figuré, avoir des vues bornées, c’est avoir peu de lumières ou d’ambition. Esprit borné, capable de peu de chose. Les esprits bornés admirent tout. Fortune bornée, médiocre, commune. Ce qui fait qu’on se lasse des objets & des plaisirs du monde, c’est qu’ils sont bornés.

☞ BORNÉO. Borneum. Île fort grande, dans la mer des Indes, la principale des îles de la Sonde, qui renferme plusieurs royaumes, dont le plus considérable porte le même nom.

☞ La ville de Bornéo, qui en est la capitale, fait un grand commerce.

BORNEUR. s. m. On pourroit appeler ainsi l’horizon, selon la signification du mot grec, parce qu’il borne notre vue.

BORNEYER. Voyez Bornoyer.

☞ BORNO, ou BORNOU. Ville & Royaume d’Afrique, dans la Nigritie, avec un désert & un lac de même nom. Les peuples de ce royaume n’ont ni loi ni religion, ils vivent comme des bêtes. Les femmes y sont communes & les enfans aussi.

BORNOYER. v. a. Terme d’Architecture & de Jardinage. Voir & reconnoître à l’œil si une chose est droite. Viser, aligner quelque chose d’un seul œil, pour voir si elle est droite, & la dresser. Observare, inspicere. En bornoyant, on a trouvé le défaut d’alignement de cette allée.

Bornoyer. Terme de Géométrie, qui dans cette science a la même signification qu’en Architecture. Ayant, après chaque observation, bornoyé le long du limbe du quart de cercle, &c. P. Laval, Mém. de Trév. 1713, p. 1075.

La Quintinie & Liger écrivent borneyer. C’est apparemment ainsi que les Jardiniers prononcent. Il faut être ou à genoux, ou assis, ou debout, pour borneyer à son aise. La Quint. On met la règle sur deux bâtons : on voit avec l’équerre si elle est bien de niveau, & cela étant, on borneye. Id.

☞ BORNOYÉ, ÉE. part. Allée bornoyée.

BORNOYEUR. s. m. La Quintinie écrit mal Borneyeur. Qui bornoie, qui vise ou mire d’un œil seul une surface, pour juger de son alignement, pour la mettre droite & de niveau. Quand on veut mettre un terrain de niveau, il faut hausser ou baisser la perche, suivant l’ordre du bornoyeur, jusqu’à ce que l’extrémité en ayant été observée par le bornoyeur, on suppute juste combien de pieds & de toises il y a en ligne droite & à plomb, depuis cette extrémité qui est au haut de la perche ou du jalon, jusqu’à la superficie de la terre. La Quint.

☞ BORNSTADT. Petite ville de la Transylvanie, à deux lieues d’Hermanstadt.

BOROZAIL, ou le zail des Ethiopiens. s. m. C’est une maladie épidémique aux environs de la rivière de Sénéga. Elle attaque particulièrement les parties honteuses ; cependant elle differe de la vérole, quoiqu’elle doive son origine à un usage immodéré des femmes, pour lesquelles les habitans de ces contrées ont une passion violente. Cette maladie s’appelle dans les hommes Asab & dans les femmes Assabattus. Blancard cité par James.

BORRELISTE. s. m. Borrelianus, Borreli discipulus. Nom de Secte, qui a pris son nom d’Adam Borréel son chef, qui étoit Zélandois. Les Borrelistes suivent la plus grande partie des erreurs des Mennonistes, qui sont des Anabaptistes. Ils ne se trouvent pas néanmoins dans leurs assemblées. Ils menent, dit-on, une vie assez sévère ; ils font de grandes aumônes ; ils blâment & méprisent toutes les fonctions extérieures de la Religion, assemblées dans les temples, prières publiques, usages des Sacremens, &c. Ils soutiennent que depuis la mort des Apôtres, il n’y a point eu, & qu’il n’y a point de vraie Eglise. Ils veulent qu’on ne lise que la parole de Dieu, sans aucune interprétation. Voyez M. Stoup, dans son Traite de la Religion des Hollandois.

☞ BORRIANO. Petite ville avec château, au royaume de Valence, en Espagne, sur la Méditerranée, à sept lieues de Valence.

BORROW. s. m. Arbre des Indes. Son écorce est couverte d’épines crochues : quand on y fait quelque incision, il en sort un suc purgatif. Son bois est si poreux, qu’il n’est pas même bon à brûler.

☞ BORSALO. Royaume d’Afrique, en Nigritie. Il n’est pas éloigné de la côte, & s’étend le long du bord septentrional de la rivière de Gambea jusqu’à Tantaconde.

☞ BORSHOLDER. s. m. Terme d’Histoire ancienne. Dans le temps que l’Angleterre étoit divisée en Comtés, les Comtés en Centuries, & les Centuries en Décuries, le Décurion ou Chef de chaque Décurie portoit le nom de Borsholder. Tous les membres d’une Décurie étoient cautions & solidairement obligés envers le Roi pour la réparation de ce que chacun d’eux pourroit faire de contraire aux Lois.

BORT, ou BORD. Petite ville de France, dans le Limosin, sur la Dordogne, vers l’Auvergne, à 45° 23′ 51″ de latitude. Cassini & Maraldi.

☞ BORTINGLE. s. f. Terme de rivière. Espèce de plat-bord, qui sert de hausse au bord du bateau, lorsque la charge lui fait prendre trop d’eau.

☞ BORYSTÈNE. Voyez Boristène.

BOS.

BOS, ou BO, vieux s. m. Bois. De bo, La Fontaine a fait boquillon. On a fait aussi bosches.

☞ BOSA. Ville épiscopale & maritime de l’île de Sardaigne, au Sud de Sassari.

BOSAN. s. m. Terme de Relation. C’est un breuvage de millet bouilli dans l’eau, dont les Turcs boivent beaucoup, & c’est ce qui les rend si robustes & si forts. De la Boulaye.

☞ BOSC. Petite rivière de France, en basse Normandie, dans le Cotentin, formée de plusieurs ruisseaux. Elle tombe dans le fauxbourg de Granville, dont elle nettoie le port.

☞ BOSCAUDON. Abbaye de France, en Dauphiné, ordre de Saint Benoît, à une lieue d’Embrun.

☞ BOSCH, BOSCHI, BOSC, ou BOSCO. Petite ville d’Italie, dans l’Etat de Milan, dans le territoire d’Aléxandrie, diocèse de Tortone, sur la rivière d’Orbe.

BOSEL. s. m. Terme d’Architecture. C’est un membre rond qui est la base des colonnes, qui est comme un gros anneau, ou bourrelet qu’on nomme aussi bâton, tore, spire & astragale. Torus.

☞ BOSIRI. Ville d’Egypte, sur la côte, à sept lieues d’Aléxandrie.

☞ BOSNA-SARAI, ou BOSNA-SERAI. Ville de la Turquie, en Europe, dans la Bosnie, sur la rivière de la Migliataska.

BOSNIE. Province d’Europe, qui est une partie de la Servie, qui a été autrefois une des provinces du royaume de Hongrie, qui ensuite a eu titre de Royaume, & qui enfin est soumise au Turc depuis Mahomet II, qui la prit en 1463, & fit écorcher vif Etienne, le dernier des Rois de Bosnie. Bosnia, Bossena, Bosna. On dit qu’elle a pris ce nom d’un fleuve de même nom qui l’arrose.

☞ BOSOCH. Contrée de la Turquie, en Asie, dans la partie la plus orientale, & dans le pays d’Aladuli.

BOSPHORE. s. m. Espace de mer entre deux terres, qui sert de communication à deux mers. Bosphorus. Properce dit aussi Bosphorum, Liv. III, Eleg. 10. On n’a donné ce nom qu’à deux détroits de la mer méditerranéenne, le Bosphore de Thrace, & le Bosphore Cimmérien. Le Bosphore de Thrace est celui que nous appelons aujourd’hui Détroit de Constantinople, ou Canal de la mer noire, par lequel cette mer, nommée Pont-Euxin, communique à la mer de Marmora. Il sépare la Thrace de l’Asie mineure ; & c’est par cette raison qu’on l’a nommé Bosphore de Thrace, Bosphorus Thracius. Le Bosphore de Thrace a plus de 10 milles de long, & par-tout il n’a qu’un mille de large au plus, jusqu’aux Châteaux, qui sont éloignés de douze milles de Constantinople, & qui sont bâtis de part & d’autre pour servir de porte à cette ville de ce coté, aussi-bien que les Dardanelles du côté de l’Hellespont. Il y a sur le rivage des sérails & des villages, & sur les collines & dans les vallées il y a des jardins & des villes, Plusieurs petits ruisseaux viennent de part & d’autre se décharger dedans. Plus de quarante vallons disputent aux collines la beauté de leur verdure, & un vaisseau, quelque grand & quelque chargé qu’il soit, peut prendre port en trente endroits différens. Du Loir, p. 73. Petr. Gyllius a fait une description exacte de ce Bosphore, & de toutes ses appartenances, en trois livres. P. Gyllu de Bosphoro Thracio, lib. III. Le calme du Bosphore est si grand, qu’on le passe sur des permez. Du Loir, p. 68. On remarque très-peu de ruines de l’Antiquité tout le long du Bosphore, & hormis quelques fondemens de grosses murailles qui sont sur le rivage de l’Europe, où il y a apparence que Mandrocles, Samien, fit un pont, pour faire passer Darius & son armée qui alloit contre les Scythes, il n’y a point d’autres bâtimens que des modernes. Il n’y reste plus rien de ces temples que les Argonautes y bâtirent, ni des palais de Phineus & d’Amicus. Du Loir, p. 72. Au-delà des châteaux, les rivages du Bosphore n’étant pas si agréables, sont aussi moins habités & moins cultivés. Au sortir de son embouchure, il y a un rocher dans la mer proche du bord de l’Europe, sur lequel est plantée une colonne de marbre blanc, haute d’environ douze pieds, qu’ils appellent la colonne de Pompée. Mais je ne sais pour quelle raison elle porte ce nom : l’histoire ne fait point mention que cet illustre Romain ait fait dresser de si petites marques de sa gloire, & ce ne sauroit être, à mon avis, un reste des trophées de la victoire du Pont. Busbequius dit que si la mémoire ne le trompe, le nom d’un certain Octavien Romain, étoit gravé sur la base de cette colonne ; mais il n’y a point d’autres inscriptions maintenant que les noms de quelques-uns de ceux qui ont été la voir. Tout le long du rivage de la mer, proche de cette colonne, il se trouve dans le table des coquillages merveilleux pour leur petitesse & pour la variété de leurs couleurs ; & dans le lit d’un petit fleuve qui se décharge auprès, on rencontre parmi son gravier des pierres si fines & si polies, qu’elles ne sont guère moins précieuses que des onix & des sardoines. Au bord de l’Europe il y a un petit village qu’on appelle Phare, qui sert de fanal à ceux qui navigent de nuit, pour leur faciliter l’entrée du Bosphore, & plus avant dans la terre (vers un village appelé Zékéré, où je crois que naissent les meilleurs & les plus gros melons de ce pays) on voit les aqueducs de Constantinople si magnifiquement bâtis, que quelques-uns ont trois étages de 60 arcades de long chacun. Du Loir, p. 73, 74.

Le Bosphore Cimmérien, Bosphorus Cimmerius, est ce que nous appelons aujourd’hui détroit de Kapha, ou de Kiderleri, du nom de deux villes qui sont dessus. On le nomma Cimmérien à cause des Cimmériens, peuples qui n’en étoient pas loin, ainsi que l’assure Denis le Géographe, v. 167 & suiv. Il séparoit la Chersonnèse Taurique du côté d’Europe, & de la Sarmatie du côté d’Asie, c’est-à-dire, qu’il étoit entre ce que nous appelons aujourd’hui Tartarie d’un côté, & Circassie de l’autre. Il joignoit le Pont-Euxin au Palus Méotides. Voy. Pompon. Mela, L. I, C. 1. Hésychius l’appelle Bosphore Scythique. Le Bosphore Cimmérien, appelé autrement la Chersonnèse Taurique, reçut pour Roi, de la part d’Auguste, Polémon Roi du Pont. Till.

Le mot Bosphore est grec, formé, selon quelques-uns, de βοῦς, bœuf & φερω, je porte, ou, selon d’autres, de βοῦς, bœuf & πόρος, passage ; d’où vient que, selon ceux-ci, il faudroit dire Bospore. Et il n’est point extraordinaire qu’un π se change en φ, c’est-à-dire, un p en ph. Si l’on convient de l’étymologie de ce nom, on ne convient pas de la raison pour laquelle il a été donné au Bosphore de Thrace. Les uns disent qu’Io, fille d’Inachus, ayant été changée en vache par Junon, passa ce détroit, qui de-là fut nommé Bosphore. C’est le sentiment d’Apollodore, L. II ; de l’Interprète d’Apollonius, de Pline, L. II, c. 1 ; de Denis le Géographe, v. 140 ; d’Eschyle dans son Promethée ; de Valer. Flaccus, L. IV, v. 344 ; de Nonnus, L. III ; de Callimaque, de Polybe, de l’alæphatus dans Ion, de Tzerzès, Chil. I, hist. 31 ; d’Amm. Marcellin, L. XXII ; & de cent autres, sur-tout parmi les Poëtes. Arrien dit que les Phrygiens ayant reçu une réponse de l’oracle qui leur ordonnoit de suivre la route que leur marqueroit un bœuf, ils en agiterent un qui se jeta à la mer pour éviter leurs poursuites, & passa ce détroit à la nage. Denis de Byzance dit qu’un bœuf tourmenté d’un taon se jeta dans le détroit & le passa. D’autres disent que tout détroit étoit autrefois appelé Bosphore. D’autres disent que quand les habitans des côtes vouloient le passer, ils joignoient des bateaux ensemble, & y atteloient des bœufs. Nymphius raconte, sur le témoignage d’Accarion, que les Phrygiens voulant passer ce détroit, construisirent un navire, à la proue duquel il y avoit une figure de tête de bœuf, & qui apparement pour cela fut appelé βοῦς, bœuf. Jean d’Antioche dit que Byzas, fondateur de Byzance, jeta un bœuf dans ce détroit, & qu’il le passa à la nage. Ephorus dit que ce nom vient du taureau, que le Roi de Phénicie envoya à Inachus pour Io, que les Phéniciens avoient ravie. Quelques-uns même, au rapport de Lloyd & d’Hoffman, ont cru que ce nom venoit du vaisseau qui porta Phryxus dans la Colchide, & qui se nommoit belier, & non pas bœuf. Pline dit qu’on appelle Bosphore cet espace de mer, parce qu’il est si étroit, que des bœufs peuvent aisément le passer : en effet on entend d’un bord de la mer à l’autre les hommes parler, les oiseaux chanter, les chiens aboyer. P. Gyllius a composé trois livres du Bosphore de Thrace.

Je ne trouve rien sur l’origine du nom de Bosphore Cimmérien : peut être n’a-t-il été ainsi appelé qu’à cause de la ressemblance au Bosphore de Thrace, c’est-à-dire, parce que c’est un canal fort étroit. De ce Bosphore le port de Constantinople fut appelé βοσφόριον, & puis par corruption, φωσφόριον, & προσφόριον, Voyez Lambecius sur Codin, n. 119.

BOSQUET, s. m. Petit bois planté avec symétrie, & coupé d’allées diversement combinées, Nemus, silvula. Il se dit particulièrement de ceux qu’on plante dans les jardins des maisons de plaisance, ou des cabinets couverts d’arbres fort touffus, pour la décoration.

Bosquet, est le diminutif de bosc, qui a signifié bois, forêt. On trouve boscum dans le même sens dans l’histoire des miracles de S. Benoît par Adrevalde. Et, selon Nicot, ce nom vient de βόσκω, pasco, comme nemus vient de νέμω. De boscum nos peres ont fait bosc que l’on disoit encore en Flandre du temps de Nicot, & qui reste dans des noms de famille. Les Picards l’ont adouci en disant bos, dont les François ont fait bois. Il y a apparence que bosc est un mot celtique ; car il est dans le bas-breton, & signifie la même chose qu’en françois. Les Allemands disent aussi bosch, pour signifier la même chose. On trouve le diminutif boschetum dans la basse latinité. Act. SS. T. IV, Jun. p. 765 B.

BOSQUILLNE. s. f. Vieux mot. Terre pleine de bois & d’eaux.

☞ BOSSAGE, s. m. terme d’arts. C’est en général une saillie, une éminence qu’on laisse à une surface plane propre au bâtiment, de quelque matière que ce soit. Eminentia, prominentia.

En Architecture, on appelle bossage, une pierre qui a quelque saillie, qu’on laisse sans être taillée dans les bâtimens qu’on élève, pour y tailler ensuite des chapiteaux, des armes, ou quelques autres ouvrages. Eminentia, anaglyphum. On appelle aussi, joindre les pierres en bossage, quand elles avancent au-delà des endroits où sont les joints : comme on laisse certaines bosses aux tambours des colonnes de plusieurs pièces, pour conserver les arêtes de leurs joints de lit, que les cordages pourroient émousser, & pour en faciliter la pose. On appelle encore bossages, certaines pierres avancées qu’on laisse au-dessus des coussinets d’un arc, ou d’une voûte, & qui servent de corbeaux pour porter les cintres.

Bossages, ou Pierres de refend, ce sont les pierres qui semblent excéder le nu du mur, à cause que les joints de lit en sont marqués par des enfoncemens, ou canaux carrés.

Bossage rustique, est celui qui est arrondi, & dont les paremens paroissent brutes, ou pointillés également.

Bossage arrondi, est celui dont les arêtes sont arrondies.

Bossage à anglet, est celui qui étant chanfreiné & joint à un autre de pareille manière forme un angle droit.

Bossage en pointe de diamant, est celui dont le parement a quatre glacis qui se terminent à un point lorsqu’il est carré, & à une arête, quand il est barlong.

Bossage en cavet, est celui dont la saillie est terminée par un cavet entre deux filets. &c.

Bossage, en termes de Charpenterie, est la rondeur en bosse que font les bois courbes, ou cintrés. Arcus. On toise les bois affoiblis exprès de toute la grandeur de leur bossage. On appelle aussi bossage, les parties éminentes ou les plus grosses qu’on laisse sur les poinçons, ou autres pièces de bois qu’on emploie.

☞ BOSSE. s. f. Grosseur contre nature, qui vient naturellement ou par accident, au dos ou à l’estomac, quelquefois à l’un & à l’autre. Gibbus, ou gibba. C’est quelquefois par un vice de conformation qu’il survient à des parties osseuses ces sortes de grosseurs extraordinaires. Quelquefois elles proviennent de l’habitude où l’on est de tenir son corps dans une situation gênante. D’où il arrive que les parties osseuses accoutumées à cette situation, ne peuvent plus se plier dans un sens contraire. C’est pour cela que les gens occupés toute leur vie à bêcher la terre, le corps à moitié plié, sont sujets à avoir des bosses.

Ménage dérive ce mot de pusa, d’où il fait busa, & ensuite bosse. Il en dérive aussi busse & bussart, vieux mot françois. Il fait aussi venir boisseau de son diminutif bussellum. de l’hébreu דבש, dabas, qui signifie, miel, דבשת, dabbeset, est exposé gibbus, seu tuberculum, quod est super dorsum camelorum, la bosse des chameaux. Ensorte que, selon cette signification de דבש, debas, tebas, tuber pourroit avoir dégénéré, pour signifier la même chose, gibbus, tumor. Et ainsi en françois retranchant le ד, ou d hébreu, de בשת, besset, bosse a été formé. Guichard. Ailleurs il le tire de צבה, tsaba, tumescere, enfler, dont en transposant ses radicales, il fait בצה, batsa, d’où bosse, dit-il, a été formé en françois. Ni l’une ni l’autre de ces origines n’a guère de vraisemblance.

Ce mot, selon Du Cange, vient de bossa, qu’on a dit dans la basse latinité en la même signification.

Bosse, se dit des grosseurs que certains animaux ont sur le dos. Un chameau a une bosse sur le dos. Un dromadaire en a deux.

Bosse, se dit aussi d’une enflûre qui provient d’un coup, d’une chute, qui est la suite d’une contusion. Tumor. En tombant sur la tête, il s’est fait une bosse au front.

On le dit aussi de quelques autres tumeurs. Une bosse chancreuse. La male bosse, est un bubon de peste, qui ne diffère du charbon qu’en ce que la matière de la bosse est plus crasse & plus visqueuse, & celle du charbon est plus âcre, bouillante, furieuse & subtile, faisant escare au lieu où il vient. Ulcus pestilens.

Bosse, se dit aussi d’une élévation, d’une éminence qui se trouve sur une superficie qui devroit être unie. On dit qu’un pays, qu’un terrain est plein de bosses, d’éminences, de monticules. On fait des bosses à la vaisselle d’argent, aux ustensiles de cuivre, d’étain, &c. on dit d’un mur qui menace ruine, qu’il fait une bosse, qu’il fait ventre. Voyez ce mot.

Bosse, en sculpture, synonyme de relief. Voyez ce mot. Figure relevée en bosse. Anaglyphum, anaglyptum. On appelle ouvrages de ronde bosse, les ouvrages de plein relief. Si l’ouvrage n’est relevé qu’à demi, c’est une demi-bosse. Un ouvrage relevé en demi-bosse est un bas relief qui a des parties saillantes & détachées. Prostipa. En ronde bosse, c’est un plein relief dont toutes les parties ont leur véritable rondeur, & sont isolées, comme les figures. Ethypa.

☞ Travailler d’après la bosse, dessiner sur la bosse, c’est dessiner sur une figure de relief.

Les Serruriers appellent serrure à bosse, celles qui s’attachent en sallie sur le dedans d’une porte.

Bosse, terme de maçonnerie. Petit bossage laissé dans le parement d’une pierre par l’ouvrier, pour faire connoître que l’on n’en a pas toisé la taille. Eminentia.

Bosse, en termes de Chasse, se dit de la première poussée du bois d’un cerf qui a mis bas ; ce qui commence dès le mois de Mars ou d’Avril. Subula. Il se dit aussi du chevreuil dans le même sens, & s’appelle encore autrement enflûre. Au cerf il se nomme meule : c’est la bosse qui est sur sa tête d’où sort le merrein, la perche, ou le fût de son bois.

Bosse de chardon, autrement tête de chardon. Petit globule longuet & épineux que produit une plante, qui est une espèce de chardon, dont se servent les Drapiers, Laineurs, Couverturiers, &c.

Bosse, en termes de jeu de paume, est l’endroit de la muraille du côté de sa grille, qui renvoie la balle dans le dedans par bricole. Attaquer la bosse, c’est pousser la balle vers cet endroit. Défendre la bosse, c’est rechasser la balle, & l’empêcher d’y entrer.

☞ En termes de verreries, on appelle bosse la forme sphérique que l’ouvrier qui soufle le verre, donne à la matière vitrifiée. Cet ouvrier s’appelle bossier.

Bosse, terme d’Artillerie. C’est une bouteille de verre fort mince, remplie de quatre ou cinq livres de poudre, au cou de laquelle, après qu’on l’a bien bouchée, on met quatre ou cinq mèches qui pendent en bas. On y attache ensuite une corde longue de deux à trois pieds, qui sert pour la jeter ; & quand la bouteille vient à se briser, elle met le feu à tout ce qu’elle rencontre. On se sert de cette machine sur la Méditerranée, & on la jette dans les vaisseaux pour mettre l’équipage en désordre.

Bosse. Terme de Marine, commandement pour faire appliquer les bosses & bittes : autre commandement pour faire bosser le cable & lui faire prendre un tour de bittes.

Bosses. s. f. pl. Ce sont en général les cordages dont un bout est fixé, & l’autre s’entortille sur quelque manœuvre pour l’empêcher de courir ou pour la retenir. On en met sur les cables pour tenir bon pendant qu’on choque. On les nomme bosses à aiguillettes ou à raban, ou bosses de cables.

☞ Les bosses de bout sont de plus longs & plus gros cordages que les précédens, & qui servent à lever l’ancre par l’organneau au boussoir, lorsqu’on est prêt à la mouiller, ou qu’on vient de la lever.

☞ La serre-bosse sert à suspendre la partie des becs de l’ancre le long du bord du vaisseau. Il y a encore différentes autres sortes de bosses.

Bosses à fouet, sont celles qui étant tressées par le bout, vont jusqu’à la pointe en diminuant.

☞ On appelle bosse de chaloupe les cordes dont on se sert pour amarrer les chaloupes.

☞ On dit prendre une bosse, pour amarrer une bosse à quelque manœuvre.

Bosses. s. f. pl. sont de petites éminences qui se rencontrent sur la superficie d’une coquille. Les bosses appelées tubercules, les cannelures & les pointes qu’on remarque sur la coquille d’un poisson, imitent la forme de son corps, sur laquelle elles sont, pour ainsi dire, moulées.

Bosse, signifie aussi mesure de sel. Une bosse est une espèce de tonne d’une certaine grosseur, contenant 5 ou 600 livres de sel. C’est un terme usité à Salins en Franche-Comté. Par traité fait avec les Suisses, Salins est obligé de leur fournir chaque année 9143 bosses de sel. Merc. Décembre 1738.

On dit proverbialement, que les Chirurgiens ne demandent que plaies & bosses ; pour dire, qu’ils sont bien aises d’avoir de la pratique. On le dit aussi figurément de ces esprits malins qui ne cherchent qu’à faire naître des querelles.

BOSSELAGE. s. m. Travaille en bosse sur de la vaisselle. Travailler en bosselage.

☞ BOSSELER. v. a. Relever en bosse. Travailler en bosse. Scalpere. Le mot latin scalpere, signifie proprement graver en bosse ; & celui de sculpere, graver en creux. Bosseler ne se dit que des ouvriers qui travaillent en bosse sur de la vaisselle, de l’argenterie. C’est un abus de le faire synonyme de bossuer. L’un exprime des bosses qui sont l’ouvrage de l’art, & qui servent d’ornement, l’autre des bosses qui sont l’ouvrage du hazard, & qui déparent la chose. L’ouvrier bosselle ; celui qui laisse tomber un plat le bossue.

☞ BOSSELÉ, ÉE. part. Vaisselle bosselée.

☞ En termes d’Agriculture, on le dit adjectivement de certaines feuilles des plantes qui sont ciselées naturellement : elles ont des éminences à grandes mailles & creuses en dessous, comme celles des plaques d’argent ciselé. Telles sont les feuilles de chou, &c.

BOSSELURE. s. f. Espèce de ciselure naturelle qui se trouve sur certaines feuilles. Ce terme n’est pas usité.

BOSSEMAN, mieux que BOSSEMENT. s. m. Terme de Marine. C’est un Officier de l’équipage, qui a soin de l’ancre, des bouées, & des cordages, de lever les ancres, & de bosser les cables.

En mer, il commande les matelots sur le gaillard d’avant, & en général par-tout. C’est le troisième Officier-marinier de manœuvre.

BOSSER. Terme de Marine. C’est mettre l’ancre sur les bosseurs, ou pièces de bois destinées à la recevoir.

Bosser un cable, c’est amarrer la bosse qui saisit le cable, lorsque l’ancre est à la mer.

BOSSÉTIER. s. m. C’est un des noms dont on appelle les Fondeurs ; & on les appelle de la sorte, parce qu’ils peuvent faire quantité de petits ouvrages d’airain, de cuivre ou de laiton, en bosse, comme des grelots, des bossettes, des clochettes, des sonnettes, &c. Umbonum, paropiorum faber, opifex. Un tel a été reçu Fondeur, Mouleur en terre & en sable, & Bossetier de la ville de Paris.

Bossetier, ou Bossier, se dit aussi dans les Verreries, & du Gentilhomme qui souffle la bosse, & de l’ouvrier qui l’ouvre après qu’elle est soufflée : ce dernier s’appelle aussi ouvrier & ouvreur.

BOSSETTE. s. f. Terme d’Éperonnier. Ornement d’embouchure qui couvre le banquet. Ainsi c’est un petit rond doré & élevé en bosse, qu’on met aux deux côtés d’un mors de cheval. Umbo equini lupati.

Bossettes, en Botanique. Il y a certains fruits dont quelques parties ressemblent aux bossettes qu’on met au bout d’un mors de bride. Tournefort a employé cette comparaison.

Bossette, signifie encore une pièce de cuivre qu’on met sur les yeux d’un mulet. Paropium, paropis.

☞ BOSSEURS, ou BOSSOIRS. Terme de Marine. Pour l’explication, voyez Boussoirs qui est moins usité que les deux autres.

☞ BOSSIS. Terme de marais salans. Voyez au mot Marais salans.

☞ BOSSU, UE. adj. qui a une bosse au dos ou à l’estomac, qui a les vertèbres ou le sternum d’une convexité difforme. Gibbus, gibbosus, gibber ou gibberosus. Cet homme est bossu par devant & par derrière.

☞ On le dit aussi substantivement. C’est un méchant bossu. Patin prétend que les bossus ont le poumon mauvais.

Bossu, se dit par analogie d’un terrain où il y a de petites inégalités. Ce terme n’est pas noble, quoiqu’il paroisse approuvé par l’Académie. Je ne parle pas des Vocabulistes qui n’en font que l’écho. Et je crois qu’on ne dit qu’un pays est bossu que comme on le dit d’un cimetière à cause de la quantité de personnes qu’on y enterre, c’est-à-dire, en style proverbial.

Bossu. s. m. C’est ainsi qu’en Touraine on appelle cette monnoie de billon qu’on nomme à Paris sou-marqué.

BOSSUER. v. a. Faire une bosse à de la vaisselle, à de la batterie de cuisine. ☞ Ce terme ne se dit que des bosses qui se font par hasard à de la vaisselle en la laissant tomber ou autrement. Ainsi il ne faut pas le regarder comme synonyme de bosseler. Voyez ce mot. Un valet maladroit bossue la vaisselle en la laissant tomber. Lacunas facere, partes depressiores reddere.

☞ BOSSUÉ, ÉE. part. Vaisselle bossuée. Plat bossué. ce mot désigne un enfoncement ; & celui de bossu, une saillie.

BOSSY. s. m. Arbre qui croît au royaume de Quoja, en Afrique. Il a l’écorce seche & le bois gras & huileux, dont on fait des cendres pour le savon. Ses fruits sont des prunes longues & jaunes, qui sont aigres & bonnes à manger. Dapper.

☞ BOST. Petite ville de Perse, dans le Segistan ou Sistan, sur une rivière qui tombe dans l’Indus. La Mart. qui cite Baudrand.

BOSTANGI. s. m. Terme de relation. C’est un mot turc, qui signifie Jardinier. Il vient de bostan, jardin, comme Ekmekgi, qui signifie Boulenger, vient d’Ekmek, pain. D. l. Boulaye. ☞ Les Bostangis sont des Agiamoglans qui travaillent aux jardins du Grand Seigneur.

BOSTANGI-BASCHI. s. m. Officier du Grand-Seigneur, qui a soin des jardins, des fontaines, de toutes les maisons de plaisance, & de tous ceux qui y travaillent ; Intendant des jardins du Grand Seigneur. Hortulanorum Præfectus. Le Bostangi-Baschi est tiré des Agiamoglans. D’autres disent Boustangi & Boustangi-Bachi. Le premier est le plus usité. L’Intendant des jardins du Grand-Seigneur a 4000 jardiniers sous lui, appelés Boustangis. Son appartement est dans le jardin du Sérail de Constantinople, le long du rivage du port. Ce jardin n’a point de parterre, & n’est autre qu’un parc clos de murailles, rempli de cyprès & de pins : & quand le Grand-Seigneur veut s’y promener, c’est lui qui le met à cheval, qui lui sert de marchepied, & qui gouverne aussi le timon de son Caïque, quand il va sur mer. Du Loir, p. 96.

Du Loir dit Boustangi, & Boustandgi. Les Boustandgis sont rameurs du Caïque du Grand-Seigneur : ils voguent sur son Caïque, quand ils sont Boustandgis du Sérail de Constantinople. On leur donne alors deux ou trois âpres de paye par jour. Du Loir, p. 101. Voyez Azamoglan.

Le Boustandgi-Bachi est un des plus puissants Officiers pour la faveur de son maître, bien que la charge ne soit pas une des plus honorables. Il l’entretient souvent quand il se promene dans ses jardins, & parce que dans ces rencontres il peut servir ou désobliger les plus grands Officiers de la Porte : il en est particulièrement caressé. Id. pag. 102.

Le Grand Seigneur ne va jamais à la chasse du noir, qui ne se fait ordinairement qu’en Natolie, qu’il n’y mene tous ses Boustangis à pied. Celui d’eux qui blesse une fauve femelle, a cinq sequins ; s’il frappe un mâle, il en a neuf, & leurs Bulak-Bachis qui sont à cheval, en ont 40 pour l’un, & 70 pour l’autre, aussi-bien que les Ecuyers du Prince. Id. p. 102

Ce mot est turc, & vient de בשתאן, Bustan, & vulgairement Bostan, qui signifie jardin, & de באש, qui signifie Chef, Commandant, le premier dans un corps, comme דאש en hébreu, & Chef en françois.

☞ BOSTON. Bostonium, ou Fanum sancti Bostolphi. Ville & port d’Angleterre, dans le Comté de Lincoln, sur la petite rivière de Witham. Les Anglois prononcent Baston.

Boston. Bostonium. Ville capitale de la nouvelle Angleterre, dans l’Amérique septentrionale, avec un bon port, une des plus importantes villes de l’Amérique Angloise.

BOSTRYCHITE. s. f. C’est une pierre figurée, qui ressemble à la chevelure d’une femme. Bostrichites.

BOSUEL. s. m. C’est ainsi qu’on nomme la seule tulipe qui ait de l’odeur, & dont on ne fait pourtant point de cas. Morin, dans le Traité de la culture des fleurs, dit que le Bosuel est une tulipe rouge de sang & jaune, & rien autre chose.

C’est aussi le nom d’une renoncule à double fleur.

BOT.

☞ BOT. adj. sans féminin, & qui ne s’emploie qu’en le joignant au mot pied comme synonyme de contrefait. Cet homme a le pied bot, & l’on appelle aussi pied bot l’homme qui a le pied ainsi contrefait. C’est un pied bot. Dans l’une & l’autre acception, il n’est que du style familier.

Borel dit que ce mot est gaulois, & signifioit autrefois trou en terre, ou fossette à jouer aux noix, dérivé du latin buttum, d’où on a fait aussi sabot & pot, à cause de leur cavité.

Bot. s. m. signifie aussi un petit vaisseau, dont on se sert aux Indes Orientales : il est mâté comme un heu, & n’est point ponté. On appelle encore Bot certain gros bateau flamand, & on prétend que c’est de-là qu’est venu le mot de Paque-bot, pour signifier le vaisseau qui apporte les lettres de Douvre à Calais.

☞ BOTA. Mot dont on se sert en Espagne, pour désigner une mesure de liquides, qui tient 30 robas. Le robas tient 30 livres pesant. Encyc.

☞ BOTADON. Petite ville d’Angleterre, dans la province de Cornouaille.

BOTAL. Terme d’Anatomie. Le trou botal, ainsi appelé du nom de celui qui l’a découvert le premier, est une des ouvertures par le moyen desquelles le sang circule dans le fœtus sans entrer dans les poumons, ni dans le ventricule gauche du cœur. Dionis.

☞ BOTANIQUE, s. f. Science qui traite des plantes & de leurs propriétés. Partie de l’histoire naturelle, qui a pour objet la connaissance du règne végétal en entier, qui traite de tous les végétaux & de tout ce qui a un rapport immédiat avec les végétaux. Pars historiæ naturalis quæ in plantis versatur, occupatur. Botanica. On la divise en trois parties, la nomenclature des plantes, leur culture & leurs propriétés.

Ce mot vient du grec βοτάνη, herbe ; βοτάνη vient de βοτὸς, mangeaille, & βοτὸς vient de βόω, je nourris : car la plupart des animaux se nourrissent d’herbes. Ce Docteur s’attache à la Botanique. Un Professeur de Botanique, ou en Botanique. Lœselius, Médecin de Konigsberg, imprima en 1705 à Konigsberg, un ouvrage sur les plantes de Prusse, intitulé, Flora Prussica. Le P. Plumier, Minime, en a donné un sur celles de l’Amérique ; & M. Jussieu un autre en 1714, celui du P. Barrelier sur les plantes de France, d’Espagne, & d’Italie. Les bons traités de Botanique sont encore, l’Historia Plantarum, de Ray, 3 vol. in-fol. sa Synopsis Stirpium Anglicanarum. in-8°. Basis Botanica de Welschius, à Leipsic, 1697. les Præludia Botanica de Morison, à Londres, 1669. l’Universal Herbal, ou Traité Universel de Botanique, par le même ; la Phytographia de Plukenet; Almagestum Botanicum du même Auteur, la Méthode des Plantes, de M. Tournefort, 3 vol. in-4°. elle est en latin & en françois ; Plantarum umbelliferarum distributio nova per tabulas cognationis & affinitatis ex Libr. naturæ observatæ, detecta, Auct. R. Morison. Oxonii, 1672, in-folio. l’Anatomie des Plantes de Grew ; celle de Malpighius à Londres, 1679. Cowlei Angli sex Libri Plantarum Poëmate latino conscripti. Londres in-8°. Quadripartitum Britannicum Simonis Pauli, Med. Reg. in Dania, Argentor. in-4°. Catalogus Plantarum qua in insula Jamaïcâ sponte proveniunt, Lond. 1696, in-8°. Icones & Descriptiones Plantarum Siciliæ, &c. per Paulum Boccone, 1674. Leon. Thurneisseri Historia Plantar. Berlini. 1578, in-folio. L’Herbal de Johnson & celui de Parkinson ; Rivinus, de re herbariâ, 2 vol. in-fol. Jacobi Breynii exot. & minùs cognitarum Plantarum Centuria. Fab. Columna, de Stirpium rariorum cognitione. 2. vol. in-4°. Hortus indicus Marlabaricus. Boccone, Icones & Descriptiones Plantarum Italiæ, Galliæ, &c.

BOTANISTE, s. m. Celui qui s’applique à la connoissance des plantes, & qui s’en sert pour la guérison des maladies. Botanicus. Qui In plantis cognoscendis versatur. Selon La Quintinie, Jardinier est le genre, & Botaniste est une espèce ; c’est celui qui s’attache aux plantes rares & médicinales. Mais une personne qui se contente de savoir le nom des plantes, n’est Botaniste qu’à demi ; & celui qui cultive les plantes sans en connoître les propriétés, n’est proprement qu’un Jardinier. Le titre de Botaniste ne se donne dans l’usage qu’à ceux qui connoissent & expliquent la nature, la forme, les qualités, & les usages des plantes. Les plus fameux Botanistes anciens sont Hippoctate, Théophraste, Dioscoride, Pline, Galien, &c. Dans le seizième siècle ceux qui ont travaillé à rétablir l’ancienne Botanique, qui avoit été extrêmement négligée, sont Leonicenus, Brasavolus, Cordus, Fuchsius, Matthiole, &c. Dans le même siècle & au commencement de celui-ci, il s’en est trouvé plusieurs autres qui ont fait de plus grands progrès dans cette science, s’étant appliqués les premiers à en former un corps. Tels sont Gesner, Dodonée, Cesalpin, Clusius, Lobel, Columna, Prosper Alpin, les deux Bauhin, &c. Ceux qui sont venus ensuite, qui ont beaucoup contribué à la perfectionner, sont Morison, Malpighius, Herman, Ray, Magnol, Tournefort, Sloane, &c.

☞ BOTANOMANTIE. s. f. vieux. Art de deviner avec les plantes. Ce mot vient du grec βοτάνη, herbe. Rab.

Cette espèce de divination qui se faisoit par le moyen des plantes & des arbrisseaux sur lesquels on écrivoit le nom & la question du consultant, ne doit pas être confondue avec la coutume qu’avoit la Sibylle de Cumes d’écrire ses réponses sur des feuilles.

BOTEREL. s. m. Vieux mot. Crapaud. Il a signifie aussi un vautour, comme si on disoit Volterel venant du latin vultur.

☞ BOTHNIE. (la) Bothnia. Province du royaume de Suede, entre la Laponie & la partie la plus septentrionale de la mer Baltique, connue sous le nom de Golfe de Bothnie. On divise ordinairement cette province en trois parties, l’orientale, l’occidentale & la septentrionale. Torn en est la capitale.

BOTHRION. s. m. Petit fossé. Fossula, annulus. C’est un petit ulcère creux dans la cornée. L’ulcère des yeux qui est un peu plus large, mais qui n’est pas si profond & qui attaque la même partie, se nomme Cœlonia. Βοθρίον. Paul Eginete cité par James.

BOTICHE. s. f. C’est le nom d’un vaisseau dont on se sert au Chili pour mettre le vin. En France on met le vin dans des tonneaux, des muids, des queues, des poinçons, des quartaux, des feuillettes, & autres vaisseaux de différentes mesures. Au Chili on le met dans des botiches, qui tiennent environ trente-deux pintes, mesure de Paris. Il est incroyable, dit Frézier dans ses voyages, p. 159, que dans le petit terrain de Moquega, au Chili, on y recueille tous les ans environ cent mille botiches de vin, qui, à vingt réaux la botiche, font 400000 piastres, c’est-à-dire, 160000 de monnoie de France.

BOTIN. Butina, térébentine, ou Baume de térébentine, ou son odeur balsamique, lorsqu’on l’a ramassée dans une saison convenable. Ruland. Paracelse fait mention du botin distillé, pour l’extraction de la fleur de cuivre ou d’airain. Lib. X Chirurg.

☞ BOTOM. Petit pays d’Asie, dans la Transoxane ; fort resserré entre des montagnes. Ce qu’on y voit de plus remarquable est une grotte dans laquelle il s’élève une vapeur qui ressemble à la fumée pendant le jour, & qui paroît être du feu pendant la nuit. C’est de cette vapeur condensée que se forme le Nuschader, c’est-à-dire, le sel ammoniac, qu’il faut tirer avec une grande précaution & une extrême diligence. Ceux qui vont le recueillir, y perdent infailliblement la vie, s’ils ne sont vêtus de grosses étoffes, & s’ils ne se retirent promptement. Cependant cette vapeur n’est mortelle que lorsqu’elle est renfermée. D’Herbelot, Biblioth. Orientale.

BOTRUN. Petite ville de la Turquie, en Asie, dans la partie septentrionale de la Sourie, sur la côte de la mer méditerranée, entre Tripoli & Ziblet. Elle est presque ruinée.

BOTIUM. s. m. Voyez Bronchocele.

BOTRUSSES. s. f. pl. Vieux mot. Sorte de viande épicée. Boudins, andouilles & botrusses.

BOTRYS. s. m. Le botrys est une plante tout-à-fait jaune, en buisson, s’étendant beaucoup, & poussant une grande multitude de branches, autour desquelles croissent ses graines. Ses feuilles ressemblent assez à celles de la chicorée. Toute cette plante est fort odorante. Elle croît sur-tout au bord des précipices & des torrens : prise dans du vin, elle est bonne pour calmer dans l’orthopnée. Les habitans de Cappadoce l’appellent Ambrosia, & d’autres peuples Artemisia. Dioscoride, cité par James.

BOTRYTE. s. m. Terme de Naturaliste. Pierre qui ressemble à une grappe de raisin. Botrytes, de Βοτρὑς, raisin. C’est une espèce de Cadmie brûlée, qui ressemble à une grappe, & qu’on tire de la partie supérieure du fourneau, où elle a été brûlée. On appelle Placitis, la partie qui est ramassée au fond du fourneau. Voyez le Dict. de James.

BOTTAGE, s. m. est un droit que l’Abbaye de S. Denis en France leve sur tous les bateaux & marchandises qui passent sur la rivière de Seine, à compter du jour de S. Denis, 9 Octobre, jusqu’à celui de S. André, 30 Novembre.

BOTTANNE. s. f. Sorte d’étoffe qui se fabrique dans les pays étrangers, & dont il se fait un assez grand négoce à Lyon.

BOTTE. s. f. Faisceau, assemblage, paquet de plusieurs choses de même espèce liées ensemble. Fascis, manipulus, fasciculus.

Botte, se dit aussi en agriculture & en jardinage, de plusieurs choses liées en paquets, avec cette différence que quand c’est un terme de jardinage, il ne signifie qu’une ou plusieurs poignées de légumes, d’herbages ou de racines. Botte d’asperges, d’oignons, de raves, &c. au lieu que quand il est terme d’agriculture, il signifie un paquet plus considérable, botte d’échalas, de foin, de paille, &c. Botte de foin, de paille, c’est une certaine quantité de foin ou de paille qu’on entoure avec des liens de même nature, & qui pese plus ou moins, suivant les différens pays.

Ce mot vient du latin botulus, qui se prend pour une espèce de farce où il y a beaucoup de différentes choses ramassées. D’autres vont le chercher plus loin עבת, abat, fait עבות, abot, qui est exposé intricatum & instar funis perplexum & complicatum, funis intricatus & perplexus, & plerumque dicitur de foliis ramisque perplexis & complicatis. Desquelles significations je forme de עבות, abot, botte en françois, fasciculus intricatus & perplexus, comme nous disons une botte de cordes, & une botte ou boteau de foin. Guichard.

Botte, en termes de Botanique, se dit d’un amas de fleurs & de fruits disposés en gros paquets. Les fleurs du millet naissent par bottes. Dans ce cas, il vaut mieux dire en panicule. Panicula. Mais le mot de panicule ne convient point aux racines, comme celles de l’asperge, qui étant rassemblées plusieurs ensemble, sont dites racines en botte. Fasciculatus.

Dans le commerce, le mot de botte s’applique à un paquet de certaines marchandises. Une botte de soie est un paquet de plusieurs écheveaux de soie liés ensemble.

Botte de mouchoirs. Paquet de mouchoirs des Indes qu’on vend au Caire.

Botte de chanvre. Paquet de chanvre pesant 150 livres.

Botte de parchemin. Certaine quantité de peaux ou de feuilles de parchemin liées ensemble, &c.

Botte, se dit aussi dans le style bourgeois, d’une grande quantité de certaines choses. On dit une botte de livres, une botte de paperasses. Il fait une botte de chansons.

Botte, en vieux françois, signifioit aussi un crapaut. Bufo. On disoit aussi Botterel.

Botte, se dit aussi d’un vaisseau ou tonneau propre à mettre du vin ou d’autres liqueurs, qui est environ de la grandeur d’un muid. Dolium, cadus. On appelle bottatum vinum, du vin qui sent le fût. Ce mot est en usage seulement aux provinces de France, qui tirent vers le Midi, & vers l’Italie, où l’on appelle Bottaio, un Tonnelier. Vigenere, dans ses Annot. sur Tite Live, Tome I, page 1533, dit que la botte de Rome contient 8 barrils, pese 1365 livres, quatre onces d’Italie, & des nôtres 1024 : elle tient environ 600 pintes. Cette mesure est aussi en usage chez les Espagnols, & elle contient 30 arrobes : chaque arrobe pese environ 30 livres.

Botte, en termes d’Escrime, est un coup qu’on porte avec un fleuret, une estocade. Gladii præpilati ictus. Il lui a porté une botte franche au troisième bouton. En ce sens, il vient de l’italien botta. Botte marquée, botte diguée.

Botte, en ce sens, se dit figurément des attaques qu’on fait à quelqu’un dans le discours familier, en lui faisant quelque reproche, ou en lui disant quelque brocard, ou en lui faisant quelque emprunt qui lui donne du chagrin. Petitio. Il lui a poussé une terrible botte. On le dit aussi de celui qui dispute contre un autre dans les Ecoles.

Botte, signifie aussi une chaussure de cuir dont on se sert quand on monte à cheval, tant pour y être plus ferme, que pour se garantir des injures du temps. Ocrea. ☞ Elle est composée de la genouillère, d’une tige aussi large en haut près du genouil, qu’en bas près du cou de pied, & d’un soulier armé d’un éperon qui tient à la tige. Il y en a de plusieurs espèces.

Bottes de Pêcheurs, sont de grosses bottes & fortes qu’ont les Pêcheurs, quand ils pêchent des étangs. Bottes de chasse, ou demi-chasse, sont des bottes plus ou moins épaisses, qui servent aux Chasseurs. Les Dragons de l’armée sont des cavaliers sans bottes.

Ménage prétend que ce mot a été dit par ressemblance à de grandes bouteilles de cuir plus larges par en-haut que par en-bas, dont se sont servis les Anciens, qu’ils ont appelées du même nom. Borel le dérive de bot, parce que cette chaussure contrefait la jambe, & rend en quelque façon le pied bot. Du Cange le dérive de l’anglois botta. Dans la vie de S. Richard Evêque de Chicester, écrite au XIIIe siècle par un Anglois, & rapportée par J. Carpgravius dans la Légende Anglicane, on trouve bota en latin en ce sens ; aussi bien que dans celle qui a été écrite par Radulphe, Dominicain ; & dans les procès des miracles de Saint Yves, qui est du même siècle. Etienne Guichard croit que botte a été fait par abbréviation de botinne, qu’il tire de βίτιννα, nom grec d’une espèce de chaussure. Mais il est clair que botinne au contraire est un diminutif de botte, comme les botinnes sont de petites bottes.

Les bottes des Chinois sont de soie, & les bas à bottes d’une étoffe picquée doublée de coton, & épaisse d’un bon pouce ; la jambe est par-là bien défendue contre le froid ; mais en été, dans un pays, où les chaleurs sont extrêmes, il n’y a que les Chinois au monde, qui pour conserver un air de gravité puissent se résoudre d’être ainsi dans une espèce d’étuve, depuis le matin jusqu’au soir. Aussi le peuple qui travaille ne s’en sert presque point. La forme de ces bottes est un peu différente des nôtres, car elles n’ont ni talon, ni genouillère. Quand on fait un long voyage à cheval, elles sont d’un cuir bien passé, ou d’une grosse toile noire de coton piquée ; mais dans la ville on les porte ordinairement de satin, avec un gros bord de velours, ou de panne sur le genou. P. Le Comte. Voyez Botter.

Botte, en termes de Chasse, se dit de la longe ou du collier avec lequel on mene le limier au bois. Salnov.

Botte. Terme de Sellier. C’est une espèce de petit marchepied, attaché au brancard des carrosses, à l’endroit où s’ouvrent les portières, sur lequel on appuie le pied pour monter.

Botte, se dit aussi du cuir des portières de carrosses à la vieille mode, où l’on mettoit les deux jambes, dont l’usage s’est conservé seulement aux carrosses des voituriers, & de quelques Princesses.

Botte, se dit encore de la terre grasse qui s’attache aux souliers, quand on marche dans des terres marécageuses, ou en temps de pluie. On le dit aussi de la neige qui s’attache de la même sorte aux talons des souliers de ceux qui y marchent. En marchant sur un terrain gras ou sur la neige, on prend, on rapporte des bottes.

Bottes. On nomme ainsi dans les Manufactures de lainage de la province de Champagne, une sorte de forces qui servent à tondre les droguets en dernier.

On dit proverbialement, à propos de bottes, quand on prend occasion de parler en attendant quelque chose de semblable. On le dit aussi quelquefois de toute sorte d’interruption. On dit aussi, qu’un homme a laissé les bottes en quelque endroit ; pour dire, qu’il y est mort ; & aussi qu’il graisse ses bottes ; pour dire, qu’il se prépare à un long voyage, & même à la mort. On dit, graissez les bottes à un vilain, il dira qu’on les lui brûle, pour accuser un homme d’ingratitude. On dit aussi, accoler la botte de quelqu’un ; pour dire, lui faire des révérences, des soumissions. On dit aussi, je ne m’en soucie non plus que de mes vieilles bottes, pour témoigner un grand mépris de quelqu’un. On dit aussi, qu’un homme a bien mis du foin dans ses bottes, ou de la paille dans les souliers ; pour dire, qu’il a bien gagné du bien. On dit encore par une expression basse & triviale, où va la botte, ou, comment va la botte ? pour demander à quelqu’un où il va, ou comment il se porte. Aller à la botte, se dit d’un cheval vicieux qui tâche de mordre à la jambe celui qui le monte. La même chose se dit d’un homme accoutumé à faire des réponses piquantes aux railleries les plus innocentes. Il ne faut pas se jouer à cet homme, il va d’abord à la botte.

☞ BOTTE, le BOTTE, ou BRICHES, ou STILO. Petite ville de la Morée, sur la côte méridionale du golfe de Napoli de Romanie.

BOTTELAGE. s. m. L’action de celui qui fait des bottes de foin ou de paille, & la grosseur dont il les fait. Manipulorum coactio. Le bottelage d’un millier de foin coûte tant. Ce foin coûte moins, mais le bottelage en est plus petit. ☞ On dit que le bottelage est bon, quand la botte de foin ou de paille est du poids requis par les règlemens de police.

BOTTELER. v. a. Mettre en bottes. In manipulos colligare. Botteler du foin, de la paille.

BOTTELÉ,ÉE. part.

BOTTELEUR. s. m. Homme de journée employé à mettre en bottes du foin, &c. Coactor. Défenses sont faites aux Botteleurs, de faire aucun marché en bloc pour le bottelage de la marchandise, ains seulement au cent. La Mare.

☞ BOTTER. v. a. Qui se dit du Cordonnier qui fait des bottes pour quelqu’un. Ocreas compingere ; & de celui qui met les bottes à quelqu’un. Ocreas alicui induere. Ce Cordonnier nouveau m’a mieux botté que celui que j’avois auparavant. Ce Valet m’a botté de travers.

Se botter, prendre ses bottes. Ocreas induere. Cet homme s’est botté à la hâte pour partir.

☞ On dit qu’un homme se botte bien, se botte mal ; pour dire, qu’il porte ordinairement des bottes bien faites, mal faites. Ocreatus.

On dit aussi, qu’on se botte dans les terres grasses ; pour dire, qu’on emporte à ses pieds beaucoup de terre qui s’attache aux souliers. On le dit tout de même de la neige. Dans ce sens on dit aussi d’un cheval qu’il se botte.

BOTTÉ, ÉE. part. & adj. Ocreatus. Les Chinois sont toujours bottés, & lorsqu’on leur rend visite, si par quelque accident ils se trouvoient sans bottes, ils font attendre les gens pour les aller prendre. C’est pour eux une assez grande bizarrerie de n’oser aller en ville sans bottes, puisqu’ils se font toujours porter en chaise. P. Le Comte.

On appelle un vilain botté, un homme de ville qui a des bottes, à cause que cela n’appartenoit autrefois qu’aux Nobles qui alloient à la guerre.

BOTTINE, s. f. Petite botte de cuir mince qui s’attache avec des quartiers. Leviores ocreæ. Presque toutes les bottines ont aujourd’hui des éperons : quelquefois elles ont des souliers, & souvent aussi elles n’en ont point, & ce ne sont que des espèces de guêtres de cuir. On en fait aussi un très-grand nombre du cuir rude & fort, qu’on appelle bottines fortes. M. Rem. Mss. Les Dragons n’ont que des bottines. Philippe II envoya à Dom Juan des bottines parfumées qui lui coûtèrent la vie. On portoit autrefois une espèce de bottines qu’on appeloit Æstivalia, Henses, ou Estivaux. Selon Du Cange elles étoient fort en usage parmi les Nobles & les gens de guerre, qui affectoient d’en porter par ornement & par distinction. Ces bottines étoient faites de cuir fort mince & fort uni, teint en pourpre, ou en quelque autre couleur. Valbonnet, p. 218. Nos pères ont encore vû porter de semblables bottines.

Ce mot vient, selon Guichard, de βίτιννα, nom d’une espèce de chaussure des Grecs.

Bottine, se dit aussi des chaussures de linge ou de peau de chien faites pour couvrir la jambe de ceux qui ont des varices, pour soutenir une jambe qui est trop foible, pour contenir celle qui prend un pli contre nature, &c. Ces bottines se lacent en dehors de la jambe avec un petit cordon qu’on passe dans des œillets. Sous ces bottines il y a une grande compresse trempée dans une eau stiptique, que ces bottines tiennent toujours appliquée sur les varices.

BOTUA. Plante médicinale, plus connue sous le nom de Pareira brava. Voyez ce mot.

☞ BOTZAWOU. Voyez Orangebourg.

☞ BOTZEN. Ville d’Allemagne, dans le Tirol.

☞ BOTZENBOURG. Petite ville d’Allemagne, dans le duché de Meckelbourg, sur l’Elbe, avec un château.

BOU.

☞ BOVA. Ville d’Italie, dans le royaume de Naples avec un Évêché suffragant de Rhegio, dans la Calabre ultérieure.

BOUAR, ou BOUARD. s. m. Terme de Monnoyeur, est un gros marteau qu’on tient à deux mains, du poids de seize livres, qui est fait à la façon du flattoir, sinon qu’il est plus gros & plus raccourci, qui servoit à bouer les monnoies, quand on les travailloit au marteau. Tudes.

BOUBAK. s. m. Sorte d’animal quadrupède. Il y a sur les confins de Pologne, vers la Moscovie, un petit espace de terre d’environ sept lieues, où il y a des animaux appelés Boubaks, qui, quoique d’un même genre, sont de deux espèces, les uns de la couleur & de la grandeur des Bléraux, & les autres de celle des renards. Ils ont une antipathie invincible les uns pour les autres, de sorte qu’ils se font une guerre continuelle, & à la manière même des hommes. Ils ont des sentinelles avancés, ils donnent des combats, & ils font des prisonniers, qu’ils traitent en véritables captifs : ils les font coucher sur le dos, les pattes en haut, & en cette situation, qui ressemble à une espèce de traîneau, ils les chargent de paille, & d’autres provisions dont ils ont besoin. Furetieriana. Contes de Voyageurs qui aiment le merveilleux.

BOUBIE. s. f ou BOOBY. s. m. Oiseau aquatique qu’on trouve en plusieurs lieux de l’Amérique. Il est d’un gris clair, & un peu moins gros qu’une poule. Il a le bec fort, plus long & plus gros que les corneilles, & plus large par le bout. Ses pieds sont plats comme ceux des canards : sa chair est noire, & a le goût de poisson. Les Aventuriers en mangent souvent.

BOUC. s. m. Bête à corne, qui est le mâle de la chèvre. Hircus.

Ce mot vient de l’Allemant bock, d’où l’Italien a fait becco. Ménage le dérive de buccus, qui se trouve dans la Loi Salique, ou plutôt du celtique bouc. Id. Icquez de buk, mot de la langue des Francs, qui veut dire la même chose, comme bocken chez les Allemands, & chez les Allobroges de qui il nous vient, si l’on en croit Chorier, ou chez les Celtes, comme pense le P. Pezron.

Les boucs desséchent & font mourir toutes les plantes où ils portent la dent. C’est pour cela que les Anciens sacrifioient des boucs aux Dieux qui présidoient aux plantes, à Bacchus, à Minerve, &c. C’est pour la même raison que nos coutumes défendent qu’on les mène dans les jeunes bois, ou qu’on les laisse aller dans les vignes. Voyez Bois taillis. Il y a même cinq Arrêts du Parlement de Dauphiné, des 14 Août 1554, 4 Novembre 1565, 18 Octobre 1579, 19 Décembre 1605, qui portent défenses de nourrir aucuns boucs, ou chèvres, dans les lieux où il y a des vignes, des vergers, des saussaies, & des bois taillis, mais seulement dans les montagnes & lieux incultes. Les boucs & les chèvres sont les plus lascifs de tous les animaux, & ceux dont l’odeur est plus forte & plus mauvaise. Les Hébreux donnent au bouc l’hépithète de צפיד, matineux, Dan. VIII, 5, 21, soit parce qu’il l’est en effet, & qu’il conduit les chèvres aux pâturages de grand matin, soit parce qu’en certaine saison il se tourne toujours du côté de l’Orient. Dans les jeux du Cirque il paroissoit des enfans à cheval sur des boucs sellés & bridés. L’Anthologie en fait mention, L. I, C. XXXIII. Epigr. 28. Un des ouvrages de sculpture que l’antiquité aie plus vanté, étoit un bouc en plein relief sur une fiole. Il étoit de Myos ou de Myron. Voyez Chèvre.

En termes de l’Ecriture on appelle bouc-émissaire, un bouc qui étoit envoyé dans le désert. On présentoit deux boucs devant l’autel, sur lesquels on jetoit le sort : l’un étoit destiné au sacrifice ; l’autre étoit abandonné dans la solitude. Voyez Emissaire & Azazel. Les boucs sont dans l’Ecriture les symboles des Rois, des Chefs & Conducteurs des peuples. Isaie XIV, 9, Dan. VIII, 5. Dans le nouveau Testament J. C. emploie ce mot pour signifier les réprouvée. Matth. XXV, 32, 33. Toutes les nations se rassembleront devant lui, & il séparera les uns d’avec les autres, comme un berger sépare les brebis d’avec les boucs. Il placera les brebis à sa droite, & les boucs à sa gauche. Bouh.

Quand Dieu viendra juger les vivans & les morts,
Et des humbles agneaux, objets de sa tendresse,
Séparera des boucs la troupe pécheresse. Boileau.

Bouc Étain. C’est le nom qu’on donne au bouc sauvage. Hircus sylvestris. Voyez Bouctein.

Chez les Anciens, le Poëte qui avoir remporté la victoire, avoir pour prix un bouc, victime ordinaire de Bacchus qui présidoit à la Tragédie. C’est de-là que La Tragédie a tiré son nom : car τράγος en grec signifie un bouc.

Du plus habile Chantre un bouc étoit le prix. Boil.

On appelle aussi bouc ou outre, en termes de commerce, un vaisseau fait de la peau d’un bouc, où l’on met du vin, de l’huile & autres liqueurs qu’on transporte. Uter. On se sert aussi de boucs pour toutes les navigations qui se font sur les rivières d’Orient, tant pour passer les rivières à la nage, que pour soutenir des radeaux qui transportent les marchandises sur l’Euphrate, & autres rivières qui ont des sauts. On dit aussi que le Diable se fait adorer au sabat sous la forme d’un bouc.

On dit proverbialement, qu’un homme a une barbe de bouc, quand il n’a de la barbe que sous le menton. Et c’est pour cela qu’on appelle barbe de bouc, ceux qui ont la barbe de cette sorte. Ces vilaines barbes de bouc sont des mélancoliques qui sont toujours en querelle. Ablanc. On dit, puant comme un bouc, à cause que cet animal sent mauvais. Lascif comme un bouc.

☞ On appelle bouc dans les machines hydrauliques une espèce de poulie garnie de cornes de fer qui font monter & descendre une chaîne sans fin.

Bouc. Petit poisson dont parle Athénée. Voyez Boulerot noir.

Bouc, (la tour du) Tour de France, sur les frontières de la Provence, sur un rocher, à l’entrée de la mer de Martigues, dont elle défend le passage.

BOUCACHARD. Petit bourg de Normandie, à cinq lieues de Rouen, au Couchant, dans lequel il y a une maison de Chanoines réguliers.

Boucachard. Espèce de Chanoines Réguliers reformés. Une réforme de Chanoines Réguliers se fit il y a quelques années, & commença dans la maison de Boucachard. C’est de-là que ceux de cette réforme s’appelle les Boucachards. C’est un Boucachard. Quoique cette réforme soit très-nouvelle, & ne soit pas encore approuvée par l’Eglise, elle a plusieurs maisons, & bien des Evêques l’ont introduite dans les maisons des Chanoines Réguliers qui sont dans leurs diocèses, où on les appelle Boucachards, aussi-bien qu’en Normandie.

BOUCAGE. s. m. Tragofelinum. Plante ombellifère qu’on a ainsi nommée à causes que ses racines & ses semences ont une odeur de bouc très-forte. Par rapporta ses feuilles, qui ressemblent en quelque manière à celles de la pimprenelle, on l’appelle pimpinella saxifraga. On trouve en France assez communément trois espèces de Boucage, la grande, la moyenne & la petite; & ces différences se tirent de la grandeur de leur tige & de leurs feuilles ; car elles ont toutes les trois une racine longue, blanchâtre, un peu fibreuse, fort piquante au goût. Leurs feuilles sont rangées comme par paire sur une côte qui est terminée par une seule feuille. Elles ont un goût moins piquant & moins désagréable que leurs racines. Les tiges sont branchues, hautes d’un pied & demi dans la grande espèce, & garnies de grandes feuilles; au lieu que dans la moyenne & la petite espèce, les tiges sont bien moins hautes, moins branchues, & leurs feuilles sont coupées en des lanières fort étroites. Ses fleurs sont en ombelles : chaque fleur est composée de cinq pétales inégaux, échancrés & disposés en fleur de lis de France. Elles sont communément blanchâtres, quelquefois purpurines. Les semences sont arrondies, cannelées, menues comme celles du persil. Les racines de boucage sont fort apéritives & très diurétiques : on les préfère à celles du persil ordinaire. Elles sont si piquantes qu’elles pourroient servir de poivre. Aux racines du boucage sont attachées quelquefois de petites vessies rondes, qui teignent en rouge comme le kermès.

BOUCAHU. On dit à Angers qu’une fille a été boucahu, quand elle n’a point dansé au bal. Cette façon de parler vient de ce qu’il y avoit autrefois à Angers une femme de ce nom, qui gardoit des sièges pour le Sermon dans l’Eglise des Cordeliers. M. Bemier de Blois, homme célèbre par son Histoire de Blois, & par celle des Médecins, a employé cette façon de parler dans un Poëme qu’il fit autrefois dans sa jeunesse, intitulé le Bal de Blois.

Dansant l’une à dia, l’autre à hu ;
Et personne n’est boucahu.

On dit à Paris d’une femme qui n’a point dansé au bal, qu’elle a été capot, qu’elle a été bredouille. La première façon de parler a été prise du jeu de piquet, & la seconde, du jeu de trictrac. Ménage.

BOUCAL. s. m. Nom d’une mesure d’Italie, qui, selon Vigenère, tient quatre feuillettes, pèse cinq livres quatre onces italiques, des nôtres quatre livres, & tient une quarte trois poissons. Voyez Boucaut.

BOUCAN, s. m. Mot américain. C’est un gril fait de bois, de Brésil, qu’on éleve au-dessus du feu pour y faire griller de la viande. Le mot de boucan se dit aussi d’une loge couverte avec une sorte de claies, où les Américains se retirent pour y boucaner leur viande.

Boucan de tortue. C’est une espèce de préparation que l’on fait à la tortue, pour l’assaisonner & la faire cuire, en forme de pâté. On prend une des plus grandes tortues, on l’ouvre par les côtés pour en tirer tout le dedans : on lève le plastron d’une autre dont on tire toute la chair, & la graisse que l’on hache dans des jaunes d’œufs, avec des épices, des herbes fines, du jus de citron, du sel & force pîment. On met ce hachis dans le corps de la première qu’on a vidée, & l’on recoud l’ouverture. On descend cette espèce de pâté dans un trou en terre, qu’on a fait presque rougir à force d’y


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