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Dictionnaire universel d’histoire et de géographie Bouillet Chassang/Lettre C

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Lettre C
B

Dictionnaire universel d’histoire et de géographie Bouillet Chassang, 1878
Lettre C, pages 309 à 488

D


C

C. Cherchez au K les articles qui ne seraient pas ici.

Dans les abréviations des noms propres, C signifie Caius, Caia, Cæsar, Cœlius, etc.; CN Cneus; COSS., consules; C. P., Constantinople.

CABADÈS ou KOBAD, roi du 2e empire persan, monta sur le trône en 491, fut détrôné en 498, parce qu'il voulait, dit-on, rendre les femmes communes dans ses États, mais remonta 4 ans après sur le trône. Il fit d'abord avec quelques succès la guerre à l'empereur Anastase en Arménie et en Mésopotamie ; mais il fut ensuite battu par Bélisaire et forcé à demander la paix. Il mourut en 531.

CABALE ou KABBALE, doctrine secrète des Juifs, dans laquelle on enseignait : 1o une théologie mystique dont le fond était le dogme de l'émanation divine et une explication allégorique des Écritures ; 2o une théurgie absurde par laquelle on prétendait soumettre à la volonté humaine les puissances surnaturelles en prononçant certains mots, et opérer avec leur secours toutes sortes de miracles. Cette doctrine, que l'on fait remonter à l'époque de la captivité des Juifs à Babylone, se trouve principalement exposée dans l’Yetzira, attribué au rabbin Akiba, et dans le Zohar, attribué à son disciple Ben-Yokaï. On peut consulter la Philosophia Cabbalistica de Freys, Kœnigsb., 1838, et la Kabbale ou Philosophie religieuse des Hébreux, de M. A. Franck, Paris, 1843.

CABALE (ministère de la), conseil privé qu'avait formé Charles II, roi d'Angleterre, et qui pendant 5 ans (1669-1674) exerça la plus fâcheuse influence sur les affaires du pays. On le nomma ainsi parce qu'il était composé de cinq personnes dont les initiales réunies formaient le mot anglais Cabal (c-à-d. Cabale), savoir : Clifford, Ashley, Buckingham, Arlington, Lauderdale, et aussi parce que ce nom caractérisait bien un ministère formé par l'intrigue et qui était en opposition avec la nation. Sous ce ministère, la triple alliance conclue entre l'Angleterre, la Hollande et le Suède contre la France fut rompue et le roi d'Angleterre fut soudoyé par Louis XIV.

CABALLINUS FONS. V. HIPPOCRÈNE.

CABANES (les), ch.-l. de cant. (Ariège), sur la r. g. de l'Ariége à 11 kil. S. E. de Tarascon; 1700 hab.

CABANIS (P. J. Georges), célèbre médecin et physiologiste, fils d'un astronome, naquit en 1757, à Coscac, près de Brives (Corrèze), et mourut en 1808. Envoyé à Paris pour achever ses études, il cultiva d'abord la poésie, se lia avec Roucher et entreprit une traduction d'Homère; en 1773, il accompagna un seigneur polonais à Varsovie en qualité de secrétaire; puis, pressé par son père de prendre un état, il choisit la médecine. et s'y distingua bientôt. Admis dans la société de Mme Helvétius à Auteuil, il y connut Turgot, d'Holbach, Condorcet et tous les hommes marquants de l'époque. Il embrassa chaudement les principes de la Révolution, se lia étroitement avec Mirabeau et lui donna ses soins comme médecin dans la maladie qui l'emporta. Il fut élu membre du conseil des Cinq-Cents, approuva le coup d'État du 18 brumaire, et fut appelé au Sénat lors de l'établissement de l'Empire. A la réorganisation des écoles, il fut nommé professeur d'hygiène, puis de clinique à l'école de médecine, et il devint membre de l'Institut lors de sa création. Outre quelques écrits littéraires ou politiques, on a de lui : Du degré de la certitude de la médecine (1797); Coup d'œil sur les révolutions et la réforme de la médecine (1804); Rapports du physique et du moral de l'homme (1802). Ce dernier est le plus important de ses ouvrages : il y traite de la part des organes dans la formation des idées, de l'influence des âges, des sexes, des tempéraments, des maladies, du régime; ainsi que de la réaction du moral sur le physique. Il y explique tout par des causes purement physiques, y enseigne le matérialisme, et va jusqu'à dire que le cerveau digère les impressions et sécrète la pensée comme l'estomac digère les aliments. Cependant ses opinions se modifièrent depuis : dans une Lettre sur les causes premières, qu'il avait adressée à Fauriel, et qui ne parut qu'en 1824, il se montre très-favorable aux idées spiritualistes (V. BÉRARD). Les ouvrages de Cabanis ont été réunis par M. Thurot, en 5 vol. in-8, 1823-25. Les Rapports de physique et de moral ont été édités séparément par le docteur Cerise, 1843 , et par M. Peisse, 1844. M. Mignet a lu en 1850 à l'Académie des sciences-morales une Notice sur Cabanis.

CABARDIE. V. KABARDAH.

CABARRUS (François, comte de), habile financier, né à Bayonne en 1752, mort en 1810, s'établit de bonne heure en Espagne, et s'y fit bientôt une grande réputation. Lors de la guerre de l'indépendance de l'Amérique, il créa des billets royaux qui rétablirent les finances de l'Espagne ; il fonda la banque de St-Charles, 1782, fit instituer en 1785 la Compagnie du commerce des Philippines, devint conseiller des finances, ministre plénipotentiaire au congrès de Rastadt en 1797, et enfin ministre des finances sous le roi Joseph. — Sa fille, célèbre pendant la Révolution par sa beauté et par son influence, épousa successivement Tallien et le duc de Caraman, prince de Chimay.

CABÈS, Tacapa, v. de l’État de Tunis, sur le golfe de même nom (Petite Syrte des anciens), à 320 kil, S. de Tunis; 30 000 hab. On y cultive le henné. Ruines romaines. — Pour le golfe de Cabès, V. SYRTE.

CABESTAING (Guill. de), troubadour du Roussillon, vivait au XIIe siècle. On raconte qu'ayant séduit Marguerite, femme de Raymond, seigneur de Castel-Roussillon, celui-ci le poignarda, lui arracha le cœur, et le fit manger à sa femme à laquelle il ne révéla cette vengeance qu'après que l'horrible repas eut été consommé. Au reste, on ne s'accorde pas sur le nom de la femme ni de l'époux. On attribue la même aventure à Gabrielle de Vergy. Quelques poésies de Cabestaing, ainsi que sa Vie, ont été publiées par Raynouard (Poésies des troubadours, 1er vol.).

CABET (Étienne), communiste né à Dijon en 1788, mort en 1857, était fils d'un tonnelier. Il se fit recevoir avocat, plaida, mais avec peu de succès, se jeta dans l'opposition la plus avancée sous Charles X, fut après la révolution de 1830 nommé procureur général en Corse, mais se fit bientôt révoquer à cause de l'exagération de ses opinions, fut élu en 1831 député de la Côte-d'Or, attaqua avec violence le gouvernement de Louis-Philippe dans un journal ultra-démocratique qu'il avait fondé, le Populaire, fut condamné en 1834 à deux ans de prison, se réfugia en Angleterre, d'où il ne revint qu'en 1839, publia en 1842, sous le titre de Voyage en Icarie, le plan d'une utopie communiste, tenta quelques années après de réaliser ses plans et, dans ce but, se transporta, avec quelques partisans, au Texas, sur les bords de la rivière Rouge, puis dans l'Illinois, à Nauvoo, établissement abandonné par les Mormons ; mais rencontra dans l'exécution une foule de mécomptes, eut avec ses disciples de vives contestations et des procès scandaleux, vit bientôt sa communauté se dissoudre et mourut dans la misère et le chagrin.

CABILLAUDS (le parti des), parti politique en Hollande vers le milieu du XIVe siècle, se forma à l'occasion des divisions qui s'élevèrent au sujet de la souveraineté des Pays-Bas entre la veuve de Louis de Bavière, Marguerite, et son fils Guillaume, qui avait pris le titre de comte de Hollande (1349). Les nobles, mécontents de ce dernier, avaient rappelé Marguerite malgré l'opposition des villes, et, espérant une facile victoire, avaient pris le nom de Cabillauds, par allusion aux gros poissons de ce nom qui se nourrissent de fretin. Les bourgeois, de leur côté, sous le nom de Hœksche (Hameçons), prirent les armes et ravagèrent les châteaux des nobles. Cette guerre dura plus d'un siècle. Les Cabillauds furent détruits en 1492 par Maximilien d'Autriche.

CABILLONUM ou CABILLINUM, v. de la Gaule Lyonnaise, chez les Éduens, est auj. Châlon-sur-Saône.

CABIRA, puis Sebaste, v. d'Anatolie, auj. Sivas.

CABIRES (de Kabirim, dieux puissants, ou de Khaberim, dieux associés; dii potentes, dii socii), divinités mystérieuses adorées dans plusieurs endroits de la Grèce, et surtout dans les îles de Samothrace et d'Imbros. Elles furent importées en Grèce par les Phéniciens, mais se modifièrent en se confondant avec les divinités du culte pélasgique. Primitivement, les dieux Cabires formaient une tétrade dont les noms étaient : Axiéros, Axiocersus, Axiocersa et Cadmillus ou Casmillus; plus tard, ces noms furent traduits, tantôt en ceux de Vulcain, Mars, Vénus, Amour ou Harmonie ; tantôt en ceux de Cérès, Pluton, Proserpine, Hermès ou Mercure. Souvent aussi on a confondu les Cabires avec les Curètes, les Corybantes, les Dactyles et les Dioscures. On ne peut, du reste, rien affirmer de certain sur des divinités dont il n'était pas même permis de prononcer le nom, ni sur un culte qui avait des mystères même pour la plupart de ses initiés. Le grand prêtre du culte cabirique, appelé coës, recevait la confession de ceux qui se faisaient initier. La dernière cérémonie de l'initiation, qui ouvrait à l'initié l'accès des mystères, s'appelait thronisme : l'initié, après avoir subi les plus terribles épreuves, était assis sur un trône éclatant de lumière, le front couvert d'un voile, couronné d'un rameau d'olivier et ceint d'une écharpe, tandis que tous les prêtres et les mystes, se tenant par la main, exécutaient autour de lui des danses symboliques. Énée, dit-on, fit connaître les Cabires à l'Italie, où des fêtes furent instituées en leur honneur.

CABO, c.-à-d. cap. Pour les noms commençant ainsi qui ne sont pas ici, cherchez le mot qui suit CABO.

CABO-DELGADO, gouvt de la capitainerie générale de Mozambique (Afrique portugaise), est composé des îles Quérimbes, et ainsi nommé du cap Delgado.

CABOCHE (Simonet), scélérat qui, excité et soudoyé par le duc de Bourgogne, se mit, vers 1410, à la tête delà populace, sous le règne de Charles VI, commit une foule d'assassinats, s'empara de la Bastille, pénétra jusqu'au palais du roi, et fut pendant quelque temps le maître de Paris. Les sicaires de Caboche s'appelaient les Cabochiens; on les nommait aussi les Écorcheurs, parce qu'ils se composaient pour la plupart de bouchers et qu'il avait été lui-même écorcheur de bêtes. Les Cabochiens remplirent Paris de leurs violences, forcèrent les théologiens de la Sorbonne à recevoir leur alliance, prirent la Bastille en 1413, mirent à mort Pierre Desessarts, prévôt de Paris, contraignirent le Dauphin à arborer comme eux le chaperon blanc, symbole de la faction populaire, et exigèrent de lui une ordonnance (qui fut appelée la cabochienne) pour la réforme de l'État. Les Parisiens, las enfin de leur cruautés, appelèrent à leur secours le Dauphin qui s'était enfui, et les Cabochiens furent exterminés, 1422.

CABOT ou CABOTTO (Jean), navigateur vénitien, qui s'établit à Bristol sous Henri VII. Ayant persuadé à ce prince qu'il était possible d'aller aux Indes orientales par le N. O. de l'Amérique, il fut chargé d'entreprendre une expédition dans ce but : il partit au commencement de 1497, mais il fut bientôt arrêté par les glaces. Néanmoins l'expédition ne fut pas inutile; il découvrit Terre-Neuve, le Labrador, le Canada, et quelques autres contrées. — Son fils, Sébastien Cabot, né à Bristol en 1477, mort en 1557, exécuta en 1517, pour le compte de Henri VIII, un voyage de découverte, et visita le Brésil, Hispaniola, Porto-Rico. Il passa en 1525 au service de l'Espagne, remonta la Plata et construisit plusieurs forts sur ses rives, puis il revint en Angleterre, dirigea on 1552 une expédition au N. E. à travers la mer Glaciale, et établit les premières relations commerciales de la Grande-Bretagne avec Arkhangel. La relation des voyages des deux Cabot a été publiée à Venise, 1583, et dans les recueils d'Hakluyt et de Purchas. Les Anglais ont voulu opposer les découvertes des Cabot à celles de Colomb.

CABOUL, État de l'Asie centrale. V. KABOUL.

CABRAL (P. Alvarez), navigateur Portugais, commanda la seconde flotte envoyée par le roi de Portugal Emmanuel aux Indes orientales en 1500, fut poussé par les vents sur la côte du Brésil, jusque-là inconnue, et en fit ainsi la découverte. Il se dirigea ensuite de là vers les Indes, fit alliance avec le roi de Cochin et| de Cananor, et revint en 1501 chargé de richesses.

CABRERA, Capraria, une des Baléares, au S. de Majorque; 13 k. sur 4. Bon port, défendu par un château fort. Cette île a peu d'habitants. Elle doit son nom aux chèvres qui y étaient très-nombreuses. Dans la guerre d'Espagne (1808-1813), des prisonniers français y furent détenus sur les pontons.

CABRERA (J. Thomas Henriquez de), homme d'État, jouit d'une grande faveur à la cour de Charles II, roi d'Espagne, et fut successivement nommé duc de Medina-del-Rio-Seco, amiral de Càstille et ministre d'État(1693). Quand le petit-fils de Louis XIV, Philippe d'Anjou, fut appelé au trône d'Espagne, Cabrera refusa de servir ce nouveau monarque, se retira à Lisbonne et se déclara pour le parti de l'archiduc Charles d'Autriche; mais il eut le chagrin de voir ses avis négligés par les conseillers de ce prince. Il mourut en 1705. Cabrera est souvent désigné sous son titre de l'Amirante (l'amiral).

CABRIÈRES, village du dép. de Vaucluse, à 19 k. S. E. d'Avignon, et à 4 k. S. E. de la fontaine de Vaucluse; 620 hab. Ses habitants furent tous massacrés sous François I comme Vaudois. V. OPPÈDE.

CACAULT (Franç.), diplomate, né en 1742 à Nantes, m. en 1805, réussit en 1793 à détacher la Toscane de la coalition européenne, fut un des signataires du traité de Tolentino et un des négociateurs du Concordat, et fut appelé au Sénat en 1804. Ami des lettres et des arts, il avait traduit plusieurs ouvrages allemands et avait recueilli en Italie beaucoup de tableaux précieux.

CACÉRÈS, 'Castra Cæcilia, v. d'Espagne, ch.-l. de la prov. de ce nom, sur le Cacérès, & 45 k. S. E. d'Alcantara; 12 000 h. Siège de L’audiencia ou tribunal d'appel de l'Estramadure. Plusieurs hôtels de construction moresque; place ornée d'une statue colossale, etc. Cette ville fut fondée en 142 av. J.-C, par Q. Cæcilius Metellus, d'où son nom ancien. — La prov. de Cacérès, formée d'une partie de l'anc. Estramadure, est située sur la frontière de Portugal et traversée de l'E. à l'O. par le Tage; 270 000 h.

CACÉRÈS-NUEVA, v. de l'île Luçon, à 280 k. S. E. de Manille; 13 000 h. Évêché.

CACHAO ou CACHEO, établissement portugais dans la Sénégambie, sur le Cachao ou San-Domingo, à 400 k. S. de St-Louis; env. 1000 h. Poudre d'or, ivoire, cire. — V. de l'emp. d'Annam. V. Kécho.

CACHEMIRE ou KACHMIR, auparavant Sirinagor, c.-à-d. ville du bonheur, grande ville d'Asie, capit. de la prov. de Cachemire, sur le Djelem, par 33° 23' lat. N. et 72° 26' long. E., près du lac Dali; env. 60 000 h. Citadelle; rues, étroites et malpropres, toits en bois, couverts de terre végétale et de fleurs; bains nombreux. Peu de monuments. Industrie florissante avant la domination des Afghans.

CACHEMIRE (roy., puis prov. de), la Caspirie des anciens, prov. d'Asie, dans le roy. de Lahore, entre 33°-34° 30' lat. N. et 72°-75° long. E.; 170 k. sur 100. La population, d'environ 800 000 âmes, a été réduite de moitié en 1836 par les ravages du choléra et de la famine. Hautes montagnes couvertes de neige ; vallée délicieuse qu'arrose le Djelem : le climat y est très-doux et le sol très-fertile. L'industrie consiste en fabriques d'armes, de coutellerie, de papeterie, et surtout de châles superbes, faits avec la laine des chèvres du Thibet, et fort recherchés en Europe depuis le commencement de ce siècle (V. CACHEMIRE dans notre Dictionnaire des Sciences). La religion des habitants est le Mahométisme et le Bouddhisme; ils parlent une langue particulière dérivée du sanscrit, mais ils entendent le persan. Leurs mœurs sont très-vicieuses. — Le Cachemire eut des princes indigènes jusqu'à la conquête mahométane en 1364; de cette époque à 1586, il forma encore un État indépendant sous des princes mahométans ; il fut réuni à l'empire mongol en 1586; en 1747, il fut conquis par les Agfhans, puis devint une province du Kaboul; les Seikhs s'en sont emparés en 1819.

CACHOEIRA, v. du Brésil (Bahia), à 120 kil. N. O. de San-Salvador; 16 000 h. Entrepôt du coton et du tabac de toute la province.

CACIQUE, nom sous lequel les Mexicains et les Péruviens désignaient leurs chefs civils et militaires. Tous les Incas portaient ce titre.

CACONGO ou MALLEMBA, État d'Afrique, tributaire du roy. de Loango, entre ceux de Loango proprement dit au N., Congo à l'E., Engoyo au S., et l'Océan à l'O. Capit., Kingelé. Quelques mont.; sol fertile, climat tolérable pour les Européens.

CACUS, géant monstrueux, demi-homme et demi-satyre, fils de Vulcain, vomissait des tourbillons de flammes et de fumée. Il habitait un antre du mont Aventin, près de l'endroit où plus tard fut bâtie Rome. Ayant un jour volé quelques génisses à Hercule, ce héros força l'entrée de sa caverne, quoiqu'il l'eût barricadée avec des roches énormes, et l'étouffa. Ce combat a fourni à Virgile un des plus beaux morceaux du VIIIe liv. de l’Énéide.

CADALEN, ch.-l. de cant. (Tarn), à 9 kil. S. E. de Gaillac; 1600 hab. Commerce de bétail.

CADALOUS, évêque de Parme, fut élu pape par la faction impériale en 1061, et prit le nom d'Honoré II. Il fut déposé l'année suivante par le concile de Mantoue, et mourut peu de temps après.

CADA-MOSTO (L.), navigateur vénitien, né vers 1430, se mit au service du roi de Portugal, fit en 1455 et 1456, sous les auspices du prince Henri, deux voyages sur la côte d'Afrique, explora le Sénégal, la Gambie, découvrit plusieurs des îles du Cap-Vert, retourna dans sa patrie en 1463, et laissa une précieuse Relation de ses Voyages (Vicence, 1507).

CADAN, petite v. de Bohême, sur l'Egra, à 16 k. E. de Saatz. Charles-Quint y confirma en 1534 les concessions faites aux Protestants.

CADAVAL (ducs de), branche cadette de la maison de Bragance, remonte au XIVe siècle et a pour tige don Alvarez de Portugal, 4e frère du duc de Bragance, don Ferdinand II. Ce prince était petit-fils, par Ferdinand I, d'Alphonse, premier duc de Bragance, et avait épousé l'unique héritière du grand connétable de Portugal, don Nuno Alvarez Pereira de Mello. Ses descendants portèrent jusqu'au XVIIe s. les titres de marquis de Ferreira et de comtes de Tentugal. Don Nuno Alvarez Pereira de Mello, marquis de Ferreira, reçut du roi Jean IV le titre de duc de Cadaval en récompense des services qu'il avait rendus à sa cause dans la célèbre révolution de 1640. Les successeurs de ce dernier se sont alliés aux maisons françaises de Lorraine et de Luxembourg. — Pereira de Mello, duc de Cadaval, né en 1799, mort à Paris en 1837, fut membre du conseil de régence et président de la Chambre des pairs de Portugal en 1826 et devint 1er ministre de don Miguel en 1828.

CADDÉE ou CADÉE (Ligue), ou LIGUE DE LA MAISON DE DIEU, Pagus a casa Dei en latin, était avant 1801 la 2e ligue des Grisons et avait pour ch.-l. Coire.

CADENET, ch.-l. de cant. (Vaucluse), à 19 kil. S. d'Apt; 2316 hab. Anc. duché. V. CHAULNES (duc de).

CADEROUSSE, v. du dép. de Vaucluse, à 4 kil. S. O. d'Orange. Vers à soie; filatures de soie, garance. Anc. seigneurie appartenant à la maison de Grammont et érigée en duché en 1663.

CADÈS-BARNÉ, v. de l'Idumée, dans le désert de Sin, à l'extrémité orientale.

CADET DE GASSICOURT (L. Claude), pharmacien, né à Paris en 1731, mort en 1799, fut pharmacien en chef des armées en Allemagne et en Portugal, puis exerça sa profession à Paris où il se fit remarquer par sa bienfaisance autant que par sa science, et fut reçu en 1766 à l'Académie des sciences. A la Révolution, il fut chargé, avec Lavoisier et Darcet, d'extraire le cuivre du métal des cloches. On lui doit plusieurs mémoires sur la chimie, notamment sur la préparation de l'éther, ainsi que la découverte du composé d'éther appelé Liqueur fumante de Cadet. — Son fils, Ch. Louis Cadet de Gassicourt, 1769-1821, s'est distingué à la fois comme pharmacien et comme littérateur. On a de lui un Dictionnaire de chimie, 1803, une Histoire secrète des Templiers, quelques vaudevilles et de spirituelles chansons.

CADET DE VAUX (Antoine), frère de L. Claude, né à Paris en 1743, mort en 1828, tint d'abord une pharmacie, puis la quitta pour se livrer à des recherches scientifiques et philanthropiques. Il s'occupa surtout, de concert avec Parmentier et Cadet de Vaux, d'expériences et de publications relatives à la salubrité publique, à la culture des vins, aux aliments économiques. Il fonda en 1777 le Journal de Paris, qui prospéra longtemps entre ses mains. On a de lui, entre autres ouvrages, une Instruction sur l'art de faire les vins, et un Traité sur le blanchiment à la vapeur.

CADET LA PERLE. V. HARCOURT (H. d').

CADI, mot arabe, qui signifie juge; c'est le nom que portent les juges musulmans; ils réunissent les attributions que remplissent chez nous les commissaires de police, les juges de paix, les notaires et les juges des tribunaux civils et criminels. Ils prennent le Coran pour base de leurs décisions, et imposent à leur gré les punitions et les amendes. Si les sentences rendues par le Cadi semblent injustes, on les défère au mufti qui prononce en dernier ressort.

CADIÈRE (CATHERINE LA). V. GIRARD (J. B.).

CADILLAC, ch.-l. de cant. (Gironde), anc. ch.-l. du comté de Benauges, à 29 kil. S. E. de Bordeaux, sur la Garonne; 894 hab. Hospice d'aliénés; magnifique château, bâti par le duc d'Épernon, servant auj. de maison de détention pour femmes. Taillanderie, fabrique de creusets.

CADIX, Gades, v. forte et port d'Espagne, ch.-l. de la province de même nom, dans l'anc. Andalousie, à 460 kil. S. O. de Madrid; 70 000 hab. La ville est située au milieu de la mer, à l'extrémité d'une péninsule de l'île de Léon. Rade immense, port franc. Évêché, belle cathédrale avec une chapelle souterraine; douane, bourse, théâtre, vaste amphithéâtre pour les combats de taureaux, arsenal, hôpital militaire, collége de chirurgie, académie de dessin, observatoire de la marine. Cette ville, une des plus commerçantes de l'Espagne, avait été ruinée par l'émancipation des colonies espagnoles d'Amérique, mais dans ces derniers temps la franchise de son port l'a relevée. — Fondée par les Phéniciens ou les Carthaginois. Prise par les Romains en 206 av. J.-C., elle suivit les destinées de l'Andalousie. Les Espagnols l'enlevèrent aux Arabes en 1262. Les Anglais la prirent et la pillèrent en 1596, mais ils l'attaquèrent en vain en 1626 et 1702; ils la bombardèrent en 1800; les Français la tinrent bloquée de 1810 à 1812. En 1823, les Cortès s'y étaient retirées, emmenant avec elles le roi d'Espagne; mais après la prise du Trocadéro, la ville fut obligée de se rendre au duc d'Angoulême. — La prov. de Cadix, entre celles de Séville, de Malaga, le détroit de Gibraltar et l'Océan, compte environ 360 000 hab.

CADMÉE (la). V. CADMUS et THÈBES.

CADMUS, fils d'Agénor, roi de Phénicie, fut envoyé par son père à la recherche de sa sœur Europe, enlevée par Jupiter. N'ayant pu la trouver et n'osant retourner dans sa patrie, il se fixa en Béotie, où il éleva, vers 1580 av. J.-C., la Cadmée qui fut plus tard la citadelle de Thèbes. On croit que c'est lui qui apporta l'écriture de Phénicie en Grèce.

CADMUS de Milet, historien grec, florissait du temps d'Alyatte, roi de Lydie, au VIe siècle av. J.-C. Il a été des premiers à écrire l'histoire en prose. On a de son Histoire de la fondation de Milet et des villes ioniennes des fragments apocryphes. (V. Histor. græc. fragm. Collect. gr. lat. de Didot.)

CADOMUM ou CADOMUS, v. de Gaule, auj. Caen.

CADORE, Pieve di Cadore, bourg de Vénétie, sur la Piave, à 35 kil. N. E. de Bellune; 2000 hab. Patrie du Titien. Les Français y battirent les Autrichiens en 1794. Napoléon donna le titre de duc de Cadore à Champagny.

CADOUDAL (George), chef de Chouans, né en 1769 au vge de Brech, près d'Auray (Morbihan), où son père était meunier, se soutint longtemps dans son pays et dans la Vendée contre les armées de Hoche et de Brune. Forcé enfin de renoncer à la guerre, il passa en Angleterre où le comte d'Artois le nomma lieutenant général (1800). Rentré secrètement en France (1803), il forma, de concert avec Pichegru, un complot contre le 1er consul : il s'agissait, dit-on, d'attaquer Bonaparte à force ouverte au milieu de sa garde. Le complot ayant été découvert. George fut pris, jugé et exécuté (25 juin 1804). En 1814, Louis XVIII anoblit sa famille.

CADOUIN, ch.-l. de cant. (Dordogne), à 33 kil. E. de Bergerac; 411 hab. Anc. abbaye de Cisterciens.

CADOURS, ch.-l. de cant. (H.-Garonne), à 34 k. N. O. de Toulouse; 343 hab.

CADUCÉE, baguette surmontée de deux ailes et entourée de deux serpents entrelacés. C'était un des attributs de Mercure et le symbole de la paix. Selon la Fable, c'est une baguette de laurier ou d'olivier qu'Apollon avait donnée à Mercure : celui-ci l'ayant un jour jetée entre deux serpents qui se battaient, les serpents s'apaisèrent et s'enroulèrent autour d'elle. — Les négociants ont adopté pour emblème le caducée, parce que Mercure présidait au commerce.

CADURCI, peuple de la Gaule Transalpine, faisait partie de l'Aquitaine 1re et habitait entre les Lemovices au N., les Volcæ Tectosages au S., dans le pays qui répond à l'anc. Quercy ou au dép. actuel du Lot et à partie de Tarn-et-Garonne. Il avait pour ch.-l. Divona ou Cadurci, auj. Cahors. Les Cadurciens fabriquaient des vases de terre renommés.

CADUSII ou GELÆ, peuple d'Asie, sur la côte S. O. de la mer Caspienne, entre le Cyrus et le Mardus. Leur pays s'appelle auj. le Ghilan.

CÆCILIUS. V. STATIUS et METELLUS.

CÆCINA ALIENUS, général romain, abandonna Othon pour Vitellius et donna la couronne à celui-ci en remportant sur Othon la victoire de Bédriac, 69; mais bientôt il abandonna encore Vitellius pour Vespasien. Irrité de se voir sans récompense, il conspira contre ce dernier et fut tué par Titus au sortir d'un festin. — CÆCINA PÆTUS. V. PÆTUS.

CAEN, Cadomus, anc. capit. de la Basse-Normandie, auj. ch.-l. du dép. du Calvados, sur l'Orne et l'Odon, à 224 k. O. de Paris par la route, 239 par chemin de fer, 43 740 hab. Cour d'appel, tribunal de 1re instance et de commerce; académie universitaire; facultés de droit, des lettres et des sciences; lycée (établi dans l'anc. Abbaye aux Hommes, fondée en 1074 par Guillaume le Conquérant), école secondaire de médecine, école de navigation; académie des sciences, arts et belles-lettres, musées, biblioth. de 40 000 vol.; bel hôtel de ville, belles églises et jolies promenades, canal, château fort. Statue de Laplace (né près de Caen). Dentelles, coutellerie, filature de coton, calicot, percale; chapeaux de paille, châles, gants, etc. Grand commerce de plâtre, sel, bois du Nord, etc. Patrie de Malherbe, Bertaut, Segrais, Huet, Tanneguy Lefebvre, Varignon, Malfilâtre, Choron, du général De Caen, etc. — Caen est une ville assez moderne ; elle doit son importance aux ducs normands. Après la conquête, elle passa sous la domination anglaise. Elle se rendit en 1204 à Philippe-Auguste. Les Anglais s'en emparèrent en 1346 et la pillèrent; ils la prirent de nouveau en 1417 et là garderent jusqu'en 1450, époque où elle fut définitivement replacée sous le pouvoir de la France. Henri VI d'Angleterre y avait fondé en 1431 une université, que Charles VII confirma en 1450. Henri IV fit de Caen le siège du parlement de Normandie de 1589 à 1594.

CAEN (île de), l’Oraison de Bougainville, île de l'Océanie, à l'E. de la Papouasie, et au N. de l'Archipel de la Louisiade, par 5° de lat. S. et 146° long. E. Population nombreuse.

CÆNE ou CÆNOPOLIS (c.-à-d. nouvelle ville), primitivement Tænarum, v. de Laconie, sur la côte, près du cap Ténare. Temple de Jupiter Cænéen. — ville de la Moy.-Égypte. V. HERMOPOLIS.

CÆNINA, v. de l'Italie anc. (Latium), à 35 kil. N. E. de Rome. Les Céninates furent les premiers qui firent la guerre aux Romains, 748 av. J.-C. Romulus tua leur roi Acron et remporta sur lui les premières dépouilles opimes.

CÆNIS, fille du Lapithe Élatus, mentionnée par Virgile au VIe livre de l’Énéide, fut outragée par Neptune, obtint du dieu en dédommagement de changer de sexe et d'être invulnérable, et prit part, sous le nom de Cénée, à l'expédition des Argonautes.

CÆNOPHRURIUM, c.-à-d. fort neuf, ville de Thrace, à 9 k. N. O. de Sélymbrie. L'empereur Aurélien y périt assassiné en 275.

CAER ou CAR, mot qui veut dire en celtique lieu fortifié, entre dans un grand nombre de noms géographiques en Bretagne et dans les îles Britanniques.

CAERDIFF, CAERDIGAN, etc. V. CARDIFF, etc.

CÆRE, d'abord Agylla, auj. Cer veteri, v. d'Étrurie, à 22 kil. O. de Véies, avait été la capitale du royaume de Mézence, et passait pour une ville sainte. On y porta les objets sacrés de Rome après la défaite de l'Allia, 390 av. J.-C. C'est de Cære que l'on fait dériver le mot cæremonia, cérémonie. En 1835 et 1836, des fouilles faites à Cer veteri amenèrent la découverte de la nécropole d'Agylla, ainsi que de divers objets qui attestent que le culte de Mithra y avait pénétré dès le VIIIe s. av. J.-C.

CAERLÉON, Isca Silurum, v. ruinée du pays de Galles (Momnouth), à 24 k. S. O. de Monmouth, sur l'Uske; 1200 h. Beau pont, église gothique. Restes d'un amphithéâtre appelé dans le pays Table ronde ou Table d'Arthur; c'est là, dit-on, que ce roi institua la chevalerie de la Table-Ronde. Caerléon était jadis la capit. du pays de Galles.

CAERMARTHEN, Maridunum, ville du pays de Galles, ch.-l. du comté de Caermarthen, à 220 k. O. N. O. de Londres; 9000 h. On y fait naître l'enchanteur Merlin. Usines à fer, corderies. — Le comté, entre ceux de Clamorgan à l'E., de Pembroke à l'O. et la mer au S., a 70 k. sur 32, et 106 000. h. Fertile en orge et avoine. Plomb, houille; chevaux.

CAERNARVON, v. du pays de Galles, ch.-l. du comté de Caernarvon, sur le détroit de Menay, à 12 kil. S. O. de Bangor; 8000 hab. Ville bien bâtie, bon port, vieilles murailles. Industrie; eaux minérales et thermales. Caernarvon a été fondée en 1283, par Édouard I, non loin de l'anc. Segontium. — Le comté, situé à l'angle N. O. du pays de Galles, a 73 kil. sur 20, et 82 000 h. Pays montagneux. Plomb, cuivre, ardoises. Perles assez grosses dans le Conway.

CAERWYS, v. du pays de Galles (Flint), à 9 kil. S. O. de Flint; 1000 h. Jadis rendez-vous des bardes gallois pour une espèce de tournoi poétique.

CÆSARAAUGUSTA, v. d'Hispanie, auj. Saragosse.

CÆSAREA. V. CÉSARÉE, CHERCHELL et JERSEY.

CÆSARODUNUM ou TURONES, auj. Tours.

CÆSAROMAGUS, auj. Beauvais et Chelmsford.

CAFFA, Theodosia, auj. Fœodosie, v. et port de Russie (Tauride), en Crimée, à 70 k. S. du détroit de Caffa, qui joint les mers Noire et d'Azov. Env. 8000 h. Évêché grec, lazaret, musée. — Caffa fut occupée par les Génois de 1266 à 1475. Elle leur fut longtemps disputée par Venise, et donna lieu à la guerre de Caffa (1355). Elle servait de marché pour les pelleteries du Nord, les étoffes de soie et de coton fabriquées dans la Perse, et les denrées de l'Inde apportées par les caravanes d'Astracan, et elle devint si florissante qu'on la surnommait la Constantinople de Crimée : elle eut alors jusqu'à 100 000 h. Mahomet II enleva Caffa aux Génois en 1476; en 1770 les Russes la prirent d'assaut.

CAFFARELLI (Gaetano), fameux soprano, né à Bari en 1703, mort en 1783, était fils d'un pauvre paysan. Il eut pour maître à Bari un certain Caffaro, dont il prit le nom en diminutif, et surpassa bientôt ce maître, grâce aux leçons qu'il reçut à Naples du célèbre Porpora. Il débuta à Rome en 1724, chanta sur les principaux théâtres d'Italie, de France, d'Angleterre, et amassa de grandes richesses. Son orgueil égalait son talent : acheta dans sa patrie le duché de Santo-Donato, dont il porta depuis le titre; il s'y fit bâtir un palais sur lequel il inscrivit ces mots : Amphion Thebas, ego domum. Caffarelli eut pour rival Farinelli.

CAFARELLI DU FALGA (Maximilien), général français, né en 1756, au château du Falga (Haute-Garonne), fut nommé en 1792 officier d'artillerie à l'armée du Rhin, refusa seul, après la journée du 10 août, de reconnaître la déchéance de Louis XVI, fut suspendu de ses fonctions, et subit une détention de 14 mois. Réintégré en 1795, il servit à l'armée de Sambre-et-Meuse et se distingua au passage du Rhin où il perdit une jambe. Néanmoins, lors de l'expédition de Bonaparte en Égypte, il partit en qualité de général du génie : il contribua à la prise de Malte et d'Alexandrie, mais fut tué devant St-Jean-d'Acre, 1799. Il était associé de l'Institut. M. de Gérando a écrit sa Vie, 1801. — Son frère, Auguste Cafarelli, 1766-1849, général de division, fut aide de camp de Bonaparte en 1800, négocia le voyage de Pie VII en France pour le sacre de l'Empereur, contribua au gain de la bataille d'Austerlitz, fut ministre de la guerre et de la marine du royaume d'Italie de 1806 à 1810, et fut fait comte de l'Empire. — Un autre frère, Ch. Ambroise, baron Cafarelli, 1758-1826, était chanoine de Toul avant la Révolution. Il devint préfet sous l'Empire, puis membre du conseil général de la Hte-Garonne. Il a écrit un Abrégé des Géoponiques (de Cassianus Bassus), Paris, 1812.

CAFRERIE (de l'arabe Kafer, infidèle), vaste région de l'Afrique australe, s'étend le long de l'Océan Indien, du cap Negro à la pointe de Luabo, de 23° à 35° lat. S. ; 1300 kil. sur 2500. Elle se divise en Cafrerie maritime ou Cafrerie proprement dite, autrement côte de Natal, et Cafrerie intérieure, habitée par une foule de peuplades indépendantes. Places : Nouv.-Litakou, Meribowhey, Melita, Kouritchane, Makov, Zoula. Climat très-chaud, surtout sur les côtes; sol varié, offrant des montagnes très-âpres à l'intérieur et de vastes déserts de sable; on y manque d'eau en beaucoup d'endroits. Riches mines d'or, d'argent, de fer, de cuivre; flore analogue à celle du Cap; grande quantité de bêtes féroces. La famille cafre est noire, mais belle, grande et bien faite. Elle se divise en plusieurs tribus dont les principales sont celles des Koussas, des Zoulous, des Tamboukis, des Mamboukis, dans la Cafrerie maritime; des Gokas, des Morolongs, des Betjouanas, dans la Cafrerie intérieure. Toutes sont belliqueuses, la plupart nomades; elles élèvent de grands troupeaux de bœufs, connaissent peu l'agriculture et moins encore l'industrie. Les Cafres sont polygames; leur religion est un grossier Fétichisme, et les efforts des missionnaires pour les convertir ont été vains. — Les anciens géographes donnaient le nom de Cafrerie à toute la partie méridionale de l'Afrique qui s'étend d'une mer à l'autre, au S. de la Guinée et de la Nigritie. Ce pays a été exploré en 1781-84 par Levaillant, et par Livingstone en 1852-56 et 1861-64.

CAFRES. V. CAFRERIE et KAFERISTAN.

CAFZA, Capsa, v. de l’État de Tunis, à 240 kil. S. O. de Tunis, fit jadis partie de la Numidie. C'était sous les Numides une place très-forte : c'est une de celles où Jugurtha tenait ses trésors. Marius la prit en 107 av. J.-C., et César la détruisit en 46.

CAGLIARI, Calaris ou Caralis, capit. da l'île de Sardaigne, au S., sur le golfe de Cagliari; 30 000 h. Résidence du vice-roi, archevêché, université. Port, rade vaste et sûre. Fortifications, cathédrale du XIVe siècle; tours bâties par les Pisans; théâtre, bibliothèque, musée d'antiquités. Industrie assez active, commerce de vins, olives, sel. On croit que Cagliari est l'anc. ville d’Iolas, fondée par les Carthaginois.

CAGLIARI (Paul). V. VÉRONÈSE.

CAGLIOSTRO (Alex.), personnage mystérieux qui s'est rendu fameux dans le dernier siècle, naquit à Palerme en 1743, d'une famille obscure. Son véritable nom était Joseph Balsamo; il le changea en celui de Cagliostro que portait sa marraine, et prit la qualité de comte. Accusé d'escroquerie, il fut obligé de bonne heure de quitter sa patrie et parcourut sous des noms différents la Grèce, l’Égypte, l'Arabie, la Perse, l'île de Malte, Naples, Rome, et presque toutes les villes de l'Europe; il acquit dans ses voyages la connaissance de quelques secrets alchimiques et médicinaux, et se fit une grande réputation par des cures merveilleuses. Il arriva en France en 1780, se fixa pendant quelque temps à Strasbourg, où il fut reçu avec enthousiasme, puis vint à Paris où il n'excita pas moins d'admiration, et fut quelque temps à la mode dans la haute société. Il vendait des élixirs, des pilules, faisait des tours de magie et de sorcellerie, et prétendait faire apparaître les morts. Impliqué avec le cardinal de Rohan dans l'affaire du Collier (V. ROHAN), il fut mis à la Bastille, et ensuite exilé (1786). Il se retira en Angleterre, puis alla en Suisse et enfin en Italie. Arrêté à Rome en 1789 comme suspect de pratiquer la franc-maçonnerie, il y fut jugé et condamné en 1791 à la peine de mort, peine qui fut commuée en une prison perpétuelle; il mourut en 1795, au château de St-Léon, près de Rome. La plupart ne voient dans Cagliostro qu'un adroit charlatan; quelques-uns le regardent comme un homme vraiment extraordinaire, un véritable thaumaturge, doué du don de prédire. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il produisait des effets surprenants, et qu'il vivait toujours dans une grande opulence. On a supposé qu'il était l'agent d'une société secrète de Francs-Maçons qui fournissait à ses dépenses. On a publié à Rome, en 1790, une Vie de Cagliostro, extraite des pièces de son procès; elle a été traduite en français.

CAGNARD DE LATOUR. V. LATOUR.

CAGNOLA (le marquis Louis), architecte, né à Milan en 1762, mort en 1833, éleva à Milan l'arc de triomphe du Simplon, appelé auj. Arc de la paix, l'un des chefs-d'œuvre de l'architecture moderne.

CAGOTS, espèce de parias répandus au moyen âge dans le voisinage des Pyrénées, et que la superstition faisait regarder comme des objets de mépris et d'horreur. On a supposé qu'ils étaient les restes des anciens Goths, qui possédèrent longtemps l'Aquitaine : de là leur serait venu le nom injurieux de Cagots (caas goths, chiens goths), qui leur aurait été donné par les vaincus. Selon d'autres, ce seraient des Juifs lépreux ou des Sarrasins restés en France après leur défaite par Charles-Martel. Les chroniques les désignent souvent encore par les dénominations de Caqueux, Cacous, Capos, Gaffos, termes de mépris qui signifiaient lépreux : on les croyait en effet atteints de cette horrible maladie. On les appelait aussi Canards, parce qu'ils devaient porter sur leurs habits une patte de canard pour se faire reconnaître. On trouve aujourd'hui même des débris de cette race opprimée dans l'ouest et le midi de la France ; et malgré les progrès de la civilisation, la prévention qu'inspiraient ces malheureux n'est pas complètement éteinte. On peut consulter sur les Cagots l’Histoire des races maudites de Francisque Michel.

CAHAWBAH, v. des États-Unis (Alabama), au confluent de la Cahawbah et de l'Alabama; 2000 hab. Fondée en 1818, elle fut quelque temps le chef-l. de tout l'État d'Alabama.

CAHORS, Divona, puis Cadurci, ch.-l. du dép. du Lot, sur le Lot, à 560 k. S. de Paris; 13 846 h. Évêché, suffragant de l'archev. d'Alby; tribunal de 1re instance, lycée, deux bibliothèques. Cathédrale fort ancienne, ruines romaines. Commerce de draps, de vins et d'eau-de-vie. Patrie du pape Jean XXII, de Clément Marot, du général Ramel; Murat naquit près de là. — Jadis ch.-l. des Cadurci, puis capit. du H.-Quercy. Les Normands la saccagèrent en 864. Livrée en 1360 aux Anglais par le traité de Bretigny, elle se révolta et revint à la France en 1428. Cahors posséda une université, fondée en 1322 par le pape Jean XXII; elle fut réunie en 1751 à celle de Toulouse. — C'est à tort qu'on fait venir de Cahors les usuriers nommés au moyen âge Caorsins ou Caoursins. V. LOMBARDS.

CAHUSAC (Louis de), auteur dramatique, né à Montauban vers 1700, mort à Paris en 1759, fut écuyer et secrétaire des commandements du comte de Clermont, fit la campagne de 1743 avec ce prince, et le quitta pour se livrer à la littérature. On a de lui : le comte de Warwick, tragédie, 1742; Zénéide et l'Algérien, comédies, 1744; plusieurs opéras qui eurent du succès, entre autres Anacréon et les Amours de Tempé, mis en musique par Rameau et Dauvergne, et une Histoire de la danse, 1754.

CAÏD, nom donné par les Arabes à un chef civil d'un ordre inférieur. V. CAÏD au Dict. univ. des sciences.

CAIETA, Gaëte, v. du Latium, à l'O. de Minturnes, tirait son nom de la nourrice d’Énée qui y mourut et à laquelle Énée avait élevé un tombeau.

CAIETAN (Thomas DE VIO, dit), cardinal, né en 1469 à Gaëte, en lat. Caieta (d'où son nom), mort en 1534, entra dans l'ordre des Dominicains, dont il devint général, fut chargé de plusieurs missions par Jules II et Léon X, et obtint en 1519 l'évêché de Gaëte, avec le chapeau. Envoyé en Allemagne comme légat, il tenta, mais inutilement, de ramener Luther à la foi catholique. Il a laissé des Commentaires sur la Bible et sur Aristote, et divers écrits sur les matières ecclésiastiques, entre autres un Traité de l'autorité du Pape, où il soutient l'infaillibilité du souverain pontife, et qui fut censuré par la Faculté de Paris.

CAIETAN (Henri), cardinal, issu de la maison de Sermoneto, fut envoyé en France par Sixte-Quint, avec la qualité de légat, en 1589, pour faire élire un roi catholique après la mort de Henri III. Dépassant ses instructions, il anima la guerre civile, se jeta dans le parti de la Ligue, se réunit aux Seize, soutint avec chaleur le parti du roi d'Espagne et distribua de l'argent aux Ligueurs pendant le siége de Paris. Sixte-Quint, mécontent de sa conduite, le rappela; mais ce pape était mort quand Caietan arriva.

CAIETAN (Benoît), pape. V. BONIFACE VIII.

CAIFFA, v. de Syrie, à 9 kil. S. d'Acre, à 12 kil. au-dessus des ruines de l'anc. Hépha, au pied du mont Carmel et sur la baie d'Acre. Murailles; fort; port passable et très-fréquenté; hospice des moines du mont Carmel. Caiffa fut prise par Kléber en 1799.

CAILHAVA (J. Fr.), auteur dramatique, né en 1731 à l'Estendoux près de Toulouse, mort à Paris en 1813, a donné aux Français et au Théâtre-Italien un grand nombre de comédies, presque toutes imitées de l'italien; les plus estimées sont l'Égoïsme et le Tuteur dupé ou la Maison à deux portes, 1765. Il a publié son Théâtre en 1781, 2 vol. in-8. On lui doit aussi un traité didactique, l'Art de la Comédie, 1772 et 1786, et des Études sur Molière, 1802, ouvrage estimable. Il a laissé des mémoires manuscrits.

CAILLEAU (Ch.), libraire, né à Paris en 1731, m. en 1798, a donné une foule d'almanachs chantants, d'étrennes badines et plaisantes; une collection des Lettres d'Héloïse et d'Abailard; les Soirées de la campagne, 1766, et un Dictionnaire bibliographique, historique et critiqué des livres rares, composé en grande partie par un abbé Duclos, 1790, 3 vol. in-8, et augm. d'un 4e vol. par Brunet en 1802.

CAILLET (Guillaume), surnommé Jacques Bonhomme, né au vge de Mello, dans le Beauvâisis, était le chef de la faction de la Jacquerie (1358). Il fut pris par Charles le Mauvais, qui le fit mourir en lui couronnant la tête d'un trépied de fer rougi au feu.

CAILLIÉ (René), voyageur, né en 1799 à Mauzé en Poitou, fils d'un boulanger et orphelin dès l'enfance, s'embarqua à quinze ans pour le Sénégal, sans fortune, sans amis, sans secours. Après dix ans d'obstacles et de traverses de tout genre, il réussit à pénétrer dans l'inférieur de l'Afrique. Malgré des fatigues inouïes, il parvint à Djenné, puis à Tombouctou, dernier but de ses recherches (1828), et put revenir en France après 16 ans d'absence. Il reçut de la Société de géographie un prix de 10 000 fr., et publia en 1830, avec le concours de M. Jomard, la relation de son voyage. Il mourut en 1838, à 39ans, des suites d'une maladie contractée en Afrique.

CAÏMANS (îles), dans la mer des Antilles, au S. de Cuba, célèbres dans l'histoire des flibustiers et encore habitées par leurs descendants.

CAÏN, premier fils d'Adam et d'Ève, se livra à la culture de la terre. Il n'offrait à Dieu que le rebut de ses récoltes, tandis qu'Abel, son frère, sacrifiait ses brebis les plus grasses. Jaloux de voir que les offrandes d'Abel étaient plus agréables à Dieu que les siennes, il le tua (l'an du monde 150). Dieu le maudit, ainsi que toute sa postérité, le condamna à errer sur toute la terre, et le marqua au front d'un signe de réprobation. Après avoir longtemps erré, il se fixa dans la terre de Nod et bâtit une ville qu'il nomma Énoch, du nom d'un de ses fils. C'est dans la famille de Caïn que l'idolâtrie prit naissance.

CAÏPHE, grand prêtre des Juifs, de la secte des Saducéens, fit condamner Jésus à mort, fit arrêter les apôtres et fouetter S. Pierre et S. Jean qui prêchaient la résurrection de leur maître. Privé de sa charge par Vitellius, alors gouverneur de Syrie, il se tua de désespoir, en 35.

CAÏQUE, Caïcus, auj. Grimakli-Kaiki, riv. de Mysie, coule à l'O., passe près de Pergame, et se jette dans la mer Égée vis-à-vis de Lesbos.

CAÏQUES, groupe d'îles dans l'archipel des Lucayes, au N. de la Jamaïque, par 73°-74° 47' long. O., 20°-21° lat. N.; 1200 hab., presque tous nègres. Coton et sucre. L'île principale, appelée Grande Caïque, a 53 kil. de long sur 6 de large.

CAIRE (LE), chez les Arabes, Misr-el-Kahira (la victorieuse), capit. de l’Égypte, dans la Basse-Égypte, près de la r. dr. du Nil, au pied du mont Mogattam; env. 350 000 h. Belles places, dont quatre très-vastes; citadelle; plusieurs palais et grandes maisons; nombreuses mosquées; 31 bains principaux; aqueducs, canaux, citernes, bazars, caravansérails, jardins, cimetières remarquables; puits de Joseph, ayant 90 mètres de profondeur, avec une rampe en spirale qui permet aux bêtes de somme de descendre jusqu'au fond. Chemin de fer pour Alexandrie. La ville a été fort embellie par Méhémet-Ali. — Fondée vers 970 par le général arabe Gihauer ou Gohar, lieutenant de Moëz, elle fut dès lors la résidence des califes fatimites. Elle fut prise par les Turcs en 1517, par les Français en 1798, par les Anglais en 1801, et rendue à la Porte aussitôt.

Le Vieux-Caire, le Fostat des Arabes, fondé par Amrou en 658, après la prise de Memphis, à 2 kil. S. O. de la v. actuelle, fut d'abord la capit. de l'Égypte. Ce n'est plus auj. qu'un faubourg du Caire.

CAIRO, bourg des États sardes, à 17 kil. N. O. de Savone, sur la Bormida; 4000 hab. Défaite des Austro-Sardes par les Français en 1794.

CAITHNESS, comté d’Écosse, le plus septentrional de tous, borné au S. par celui de Sutherland; 66 kil. sur 48; 37 000 hab. Villes principales : Wick et Thurso. Lacs, riv. nombreuses, mais non navigables. On y voit encore les ruines des habitations construites par les Duns ou Pictes.

CAIUS, prénom fort commun chez les Romains. On désigne quelquefois par ce simple prénom un des Gracques, un fils d'Agrippa, l'emp. Caligula, etc.

CAIUS ou GAIUS, célèbre jurisconsulte romain, vivait probablement sous Adrien et Marc-Aurèle. II avait composé des Institutes, qui ont beaucoup servi à la rédaction de celles qui portent le nom de Justinien. Longtemps on n'en a possédé qu'un abrégé qui se trouve dans le Breviarium alaricianum, et, que l'on croit avoir été fait par Anien, chancelier d'Alaric; mais en 1816, M. Niebuhr a découvert l'ouvrage même dans un palimpseste de Vérone. Il a été imprimé dans les Ecloga juris, Paris, 1822, et à part, par Goschen et Lachmann, Berlin, 1842; il a été trad. en français par Boulet, 1827, Pellat, 1844, et Domenget, 1847.

CAJARC, ch.-l. de c. (Lot), à 25 k. S. O. de Figeac; 2000 hab. Fortifications démolies en 1622.

CAJAZZO, Calatia, v. d'Italie (T. de Labour), près de Volturno, à 20 k. S. de Piedimonte; 4000 h. Vins.

CALABAR, nom donné en Afrique à deux riv. tributaires de l'Océan Atlantique, qui se jettent dans le golfe de Biafra, partie du golfe de Guinée. On distingue le Vieux-Calabar à l'E., et le Nouveau-Calabar à l'O. — On appelle Côte de Calabar le pays arrosé par ces deux riv., de 3° à 7° long. E. et de 5 à 6 lat. N.

CALABER (Quintus). V. QUINTOS.

CALABRE, l'anc. Brutium et partie de la Lucanie, région de l'anc. roy. de Naples, la plus mérid. des prov. continentales de cet État, forme comme une presqu'île que borne au N. la Basilicate; 260 k. sur 80. Elle est divisée en 3 prov. : 1° C. Citérieure, au N.; 450 000 h., ch.-l., Cosenza; 2° C. ultérieure 1re au S., 330 000 h., ch.-l., Reggio; 3° C. ultérieure 2e, entre les deux précédentes, 390 000 h., ch.-l., Catanzaro. La Calabre est traversée par l'Apennin et arrosée par le Crati et le Lao. Climat très-chaud dans les plaines et lieux bas; air malsain; grande fertilité. Effroyables tremblements de terre, notamment en 1783. Civilisation arriérée. — On nomma d'abord Calabri les peuples qui habitaient la partie de l'Iapygie située entre les Salentini à l'E. et les Peucetini à l'O. (ch.-l., Brundusium); puis, quand l'Italie fut divisée en 11 régions, au Ier s. de l'empire, on appela Calabrie l'Iapygie entière (Salentini, Calabri, Peucetini, Messapii), moins quelq. cant. à l'O. La Calabre reçut de bonne heure des colonies grecques. Elle fut soumise par les Romains l'an 260 av. J.-C. Après la dissolution de leur empire, elle tomba au pouvoir des Visigoths, puis des Sarrasins, et enfin (vers 1130) des Normands, qui en firent une prov. du roy. de Naples.

CALABRÈSE (LE), peintre. V. PRETI.

CALACCUCIA, ch.-l. de cant. (Corse) à 28 kil. O. de Corte; 815 h., et à l'entrée de la vallée du Niolo.

CALAGORRIS, ville de Gaule, auj. Cazères.

CALAGURRIS, v. de Tarraconaise, auj. Calahorra.

CALAHORRA, Calagurris, v. d'Espagne (Logrono), sur le Cidacos, à 52 k. E. de Logrono; 4300 hab. Évêché. Patrie de S. Dominique. On y fait aussi naître Quintilien. — Cette ville fut reprise sur les Arabes par Garcia, roi de Navarre en 1054.

CALAIS, Caletum, Itius ou Ulterior portus ? v. et port de France, ch.-l. de cant. (Pas-de-Calais), sur la Manche, à 31 k. N. E de Boulogne, à 272 k. N. de Paris par Abbeville, 281 par Amiens, 372 par chemin de fer ; 12 934 h. Calais n'est séparé de Douvres (en Angleterre) que par un canal étroit nommé Pas-de-Calais, qui a 31 k. seulement de largeur; la traversée se fait en 2 h. Chemin de fer, télégraphie électrique sous-marine. La ville est défendue par une citadelle très-forte ; elle se partage en haute et basse ville ; au N. E. est le faubourg de Courgain. Elle est en général bien bâtie : hôtel de ville, avec un élégant clocher, place d'Armes, église Notre-Dame, où se trouve un tableau de Van-Dyck; phare, bains de mer, etc. Industrie et commerce actifs : grains, vins, huile, armements pour la pêche de la morue, etc. Patrie de Pigault-Lebrun. — Calais fut érigée en commune vers le XIIe s. Elle fut prise par Édouard III en 1347, après un siége que le dévouement d'Eustache de St-Pierre et de ses compagnons a rendu à jamais mémorable; elle resta plus de deux siècles entre les mains des Anglais; François de Guise la leur reprit en 1558. Les Espagnols s'en emparèrent en 1595; le traité de Vervins 1598 la rendit à la France.

CALAÏS et ZÉTHÈS, fils de Borée. V. ZÉTHÈS.

CALAMATA, Pheræ, v. et port du roy. de Grèce, en Morée, ch.-l. de la Messénie, au fond du golfe du Coron; 6000 h. Évêché. C'était au moyen âge une seigneurie qui fut donnée à Villehardouin après la 4e croisade, et qui passa ensuite aux Acciajuoli. Elle fut saccagée en 1825 par les Égyptiens; les Français y débarquèrent en 1828.

CALAMIANES (îles), îles de l'archipel des Philippines, par 118° long. E., 12° lat. N.; 20 000 h. Calamiana est la principale. Les Espagnols y pèchent des perles.

CALAMITA, v. de Chersonèse Taurique, auj. Alma.

CALANUS, Gymnosophiste indien, suivit Alexandre dans la conquête de l'Inde. Étant tombé malade dans la ville de Pasargade à 83 ans, et ne se sentant pas le courage de supporter des infirmités, il se donna la mort en montant sur un bûcher, en présence de toute l'armée macédonienne. Un officier lui ayant demandé s'il n'avait rien à dire à Alexandre : « Non, répondit Calanus, je le verrai dans trois mois à Babylone. » Alexandre mourut en effet trois mois après.

CALARIS, v. de Sardaigne, auj. Cagliari.

CALAS (J.), négociant de Toulouse, né en 1698, était protestant. Un de ses fils ayant été trouvé chez lui étranglé, ses ennemis répandirent le bruit qu'il l'avait lui-même assassiné, parce que ce jeune homme avait abjuré; quelque peu fondée que fût cette accusation, elle fut accueillie par le parlement de Toulouse; le malheureux Calas fut condamné au supplice de la roue et aussitôt exécuté (1762). Voltaire, ayant eu connaissance des faits, réussit à faire reviser le procès et à obtenir un arrêt qui déclarait Calas innocent et réhabilitait sa mémoire, 1765. Le procès de Calas a été inséré dans les Causes célèbres. Il a fourni à Chénier, à Laya et à Lemierre le sujet de drames qui ont eu un succès populaire. M. Coquerel a publié en 1858 J. Calas et sa famille.

CALASANZIO (S. Joseph). V. JOSEPH.

CALATA.... Beaucoup de noms de lieux en Sicile commencent par ce mot, qui vient du grec calé acté, belle rive, ou de l'arabe kala, château.

CALATA BELLOTA, Triocala,, v. de Sicile (Girgenti), sur la riv. du même nom (l'anc. Crimisus), à 15 k. N. E. de Sciacca; 5000 h. Roger I y défit les Sarrasins au XIe siècle.

CALATAFIMI, Longarium, v. de Sicile, à 35 k. S. E. de Trapani, près de l'anc. Segesta; 10 000 h. Garibaldi y défit les troupes napolitaines en 1860.

CALATAGIRONE, Hybla minor? v. de Sicile, à 60 k. S. O. de Catane; 20 000 h. Évêché. Industrie et grand commerce. Fortifiée au moyen âge par les Sarrasins, et prise sur eux par les Génois.

CALATANAZOR, bourg d'Espagne (Vieille-Castille), entre Soria et Osma; env. 1300 hab. Al-Manzor y fut battu par les Chrétiens dans une bat. où périrent plus de 50 000 Maures, l'an 998.

CALATANISETTA, v. de Sicile, ch.-l. de la prov. de même nom, sur le Salso, à 106 k. S. E. de Palerme; 15 700 h. Évêché. Ville bien bâtie, belle place. Cette ville repose sur un terrain volcanique. Aux env. grandes soufrières, les plus considérables de l'Europe ; sources de pétrole et de gaz hydrogène. — La prov. a 100 k. sur 50 et 185 000 h.

CALATAYUD, v. d'Espagne (Saragosse), à 50 k. S. O. de Saragosse, au confluent du Xalon et de la Xiloca; 9000 h. Aux env. était Bilbilis, patrie de Martial. — Le général Maure Ayoub la bâtit au VIIIe s., d'où lui vient son nom de Cala 't Ayoub, le château d'Ayoub. Alphonse d'Aragon la prit aux Maures en 1118; le roi de Castille Alphonse XI l'enleva en 1362 aux descendants d'Alphonse.

CALATRAVA, Oretum, v. d'Espagne (Manche), près de la Guadiana, à 22 kil. N. E. de Ciudad Real. Aux env., riches mines de mercure. Prise sur les Maures en 1147. Peu après, cette ville devint le ch.-l. de l'ordre de Calatrava. Elle est auj. en ruines.

CALATRAVA (ordre de), ordre religieux et militaire d'Espagne, doit son origine à des chevaliers de l'ordre de Cîteaux à qui fut confiée en 1158, par Sanche III, roi de Castille, la défense de la ville de Calatrava, récemment enlevée aux Maures. Les chevaliers de Calatrava ont rendu de grands services jusqu'à l'expulsion des Maures. Ils eurent des grands maîtres jusqu'en 1489; à cette époque la grande maîtrise fut réunie à la couronne. Aujourd'hui le titre de chevalier de Calatrava n'est plus qu'honorifique. — C'est du sein de l'ordre de Calatrava qu'est sorti l'ordre d'Alcantara (1218).

CALAURIE, île de la Grèce ancienne, à l'E. et près de la côte du Péloponèse, jointe à celle de Poros par un banc de sable, possédait un temple de Neptune dans lequel Démosthène s'empoisonna. On voit encore les ruines de ce temple.

CALAVRYTA, v. du roy. de Grèce, en Morée, ch.-l. d'un éparchie de même nom, à 27 kil. S. E. de Patras. En 1206, elle forma pour Raoul de Tournay une baronnie française qui resta dans sa famille jusqu'au XVIe s.

CALCAR, v. des États prussiens (Province Rhénane), sur le Ley, à 11 kil. S. E. de Clèves; 1600 hab. Patrie du peintre Jean de Calcar.

CALCAR (Jean de), peintre. V. JEAN.

CALCHAS, sacrificateur et devin grec, fils de Thestor, prit part à l'expédition des Grecs contre Troie, prédit que ce siége durerait dix ans, et que la flotte grecque ne sortirait du port d'Aulide qu'après que le roi Agamemnon aurait sacrifié sa fille Iphigénie sur les autels de Diane. Il mourut de dépit, à Colophon, en se voyant surpassé dans son art par Mopsus.

CALCINATO, v. de Lombardie, sur la Chiese, à 17 k. S. E. de Brescia; 4000 hab. Vendôme y défit les Impériaux en 1706.

CALCUTTA, capit. de la présidence du Bengale et de toute l'Inde anglaise, sur l'Hougly, un des bras du Gange, à 150 k. de son embouch.; env. 400 000 h. (dont à peine 4000 anglais) ; env. 1 500 000 si on y comprend les faubourgs. Bon port; sol bas et marécageux; grande citadelle; dite Fort-William. Évêché anglican, métropolitain des Indes, cour d'appel; colléges, société asiatique, fondée par W. Jones et célèbre par de savants mémoires, etc. La ville est divisée en deux quartiers, la ville blanche (ou faubourg de Tchaouringhé), et la ville noire; celle-ci est sale, affreuse; l'autre est belle et bâtie à la grecque. Magnifique palais du gouverneur général, nombreux édifices qui ont fait appeler Calcutta la Cité des palais. Commerce immense, industrie active : soieries, cotonnades, nombreuses imprimeries. — Calcutta fut fondée en 1686 par un agent de la Compagnie de Londres, qui précéda la Compagnie des Indes. Ce n'était d'abord qu'un village. Elle s'accrut rapidement et devint en 1772 le siége du gouvt général de l'Inde.

CALCUTTA (présidence de). V. BENGALE.

CALDARA (Polydore), peintre. V. CARAVAGE.

CALDAS D'ORENSE. V. ORENSE.

CALDÉRON DE LA BARCA (don Pedro), célèbre poëte dramatique espagnol, né à Madrid en 1600 ou 1601, mort en 1681, composa sa 1re pièce à 14 ans, s'engagea comme simple soldat à 25 ans, et n'en cultiva pas moins la poésie au milieu des camps. Philippe IV, ayant remarqué son talent, l'appela à la cour en 1636, le combla de faveurs et de distinctions, et fournit aux dépenses nécessaires pour la représentation de ses pièces. En 1652, Caldéron embrassa l'état ecclésiastique et devint chanoine de Tolède. Depuis cette époque, il renonça au théâtre, ou du moins il ne fit que des pièces religieuses. Ses productions sont extrêmement multipliées; on en porte le nombre à près de mille; on n'en a conservé que la plus petite partie. Elles se composent de tragédies, de comédies et de pièces sacrées analogues à nos anciens mystères que l'on nomme autos sacramentelles (actes sacramentaux). Les plus connues sont : Héraclius, sujet déjà traité par Corneille; l’Alcade de Zalamea, imitée par Collot-d'Herbois dans le Paysan magistrat; le Prince constant, la Vie est un songe, les Armes de la beauté, le Médecin de son Honneur (mis sur la scène française par Hipp. Lucas) , le Purgatoire de S. Patrice, la Dévotion de la croix, etc. Caldéron s'est aussi exercé dans plusieurs autres genres de poésies. On trouve dans cet auteur beaucoup d'imagination et d'esprit, un rare talent pour nouer et dénouer une intrigue, une poésie facile et harmonieuse, mais aussi beaucoup d'exagération et de faux goût et les anachronismes les plus choquants; il viole à chaque instant les règles de l'art et ne peut être comparé à nos grands poëtes dramatiques. Néanmoins, les romantiques l'ont fort exalté de nos jours. J. de Vera-Tasis donna en 1685 à Madrid une 1re édition de ses œuvres en 15 vol. in-8. Elles ont été réimprimées en 1759-63, 17 vol. in-4. Il en a paru en 1850 une édition compacte, 4 vol. in-4. Linguet a traduit plusieurs de ses pièces dans son Théâtre espagnol, 1771; on en trouve huit dans les Chefs-d’œuvre des théâtres étrangers (trad. par Esménard). M. Damas-Hinard en a donné un choix, 1841, 3 vol. in-12.

CALDIERO, bourg de Lombardie, à 15 kil. E. de Vérone; 1600 hab. Sources sulfureuses, connues du temps des Romains sous le nom de Bains de Junon. Masséna y battit les Autrichiens en 1805.

CALEB, Israélite envoyé par Josué pour reconnaître le pays de Chanaan, est, avec Josué, le seul de tous ceux qui étaient sortis d’Égypte à qui il fut donné d'entrer dans la Terre promise. Il eut en partage la montagne et la ville d'Hébron, et s'empara de Dabir avec le secours d'Othoniel, son neveu.

CALÉDONIE, nom ancien de l’Écosse ou plutôt de toute la partie de la Grande-Bretagne au N. du mur de Sévère. Elle était habitée par 2 races ou peuples, les Scots et les Pictes, qui étaient presque toujours en guerre et qui ne suspendaient leurs querelles que pour se jeter sur leurs voisins du midi.

CALÉDONIE (NOUVELLE-), contrée de l'Amérique anglaise du Nord, dans la Nouvelle-Bretagne, à l'O. des monts Rocheux ; 880 kil. sur 700. Beaucoup de lacs, climat froid. Commerce de fourrures.

CALÉDONIE (NOUVELLE-), île de l'Océan Pacifique, par 21° lat. S. et 163° long. E., à l'E. de l'Australie, 370 k. sur 50. On porte le nombre des habitants indigènes à 60 000. Ils sont anthropophages. Sur la côte N. se trouve Balade, port fréquenté; sur la côte S., Port-de-France, résidence du gouverneur français. — L'île fut découverte par Cook en 1774, explorée en 1792-93 par d'Entre-Casteaux, et occupée en 1853 par les Français. C'est là qu'ont été déportés les insurgés de la Commune de 1871.

CALÉDONIEN (canal), en Écosse, va du golfe de Murray à l'E. au lac de Linnhe au S. O., et fait communiquer la mer du Nord avec l'Océan en traversant plusieurs lacs. Il a env. 90 kil. de long. Une frégate de 32 canons peut y naviguer. Achevé en 1822.

CALENDERS, espèce de moines musulmans, ainsi appelés d'un surnom que reçut leur fondateur, et qui signifie or pur. Ils doivent leur origine à un certain Youssouf, Arabe d'Andalousie qui vivait au XIIIe siècle. Les Calenders s'engagent à voyager continuellement, et font vœu de pauvreté et d'abstinence complète; mais ce ne sont le plus souvent que des vagabonds et des imposteurs, hommes impudents et corrompus, qui prétendent se purifier moralement aussi bien que physiquement par une ablution, et qui emploient les expédients les plus méprisables et les plus ridicules pour obtenir les aumônes des fidèles. Ces dangereux sectaires ont toujours pris une part active dans les révolutions politiques de l'Orient. CALENDES, CALENDRIER. V. ces art. dans notre Dict. univ. des Sciences.

CALENTIUS (Élisius), en italien Calenzio, poëte latin du XVe siècle, né dans la Pouille vers 1450, mort en 1503, fut précepteur de Frédéric, fils de Ferdinand II, roi de Naples, et ami de Sannazar. Ses Œuvres ont été imprimées à Rome, 1503, in-fol. On y remarque le Combat des rats contre les grenouilles, imité d'Homère, et réimprimé en 1738 à Rouen dans une édition des Fables choisies de Lafontaine mises en vers latins, publiée par l'abbé Saas.

CALENZANA, ch.-l. de c. (Corse), à 10 kil. S. de Calvi, dans un joli vallon près de la mer; 2440 h.

CALEPIN ou CALEPINO (Ambroise), savant italien, de l'ordre des Augustins, issu de la famille des comtes de Calepio, né à Bergame en 1435, mort eu 1511, consacra toute sa vie à la composition d'un Dictionnaire latin-italien, qui a eu une vogue immense et qui est vulgairement connu sous le nom de Calepin. Ce dictionnaire parut pour la 1re fois en 1502, in-fol.; l'auteur le compléta en 1509. Il en a été fait de nombreuses éditions et on y a ajouté la traduction des mots latins en huit, et même en onze langues (V. PASSERAT, LA CERDA, CHIFFLET, FACCIOLATI). — On a étendu depuis le nom de calepin à tous les registres de notes et de renseignements.

CALES, auj. Calvi, anc. v. de Campanie, à 17 k. S. E. de Teanum Sidicinum. Vins excellents.

CALETI, peuple de Gaule (Lyonnaise 2e), à l'E. de l’Armoricanus tractus, au N. des Lexovii, à l'O. des Veliocasses; ch.l., Juliobona (Lillebonne). Ils occupaient le pays de Caux (Seine-Inf.).

CALETUM, nom latinisé de CALAIS.

CALHOUN (J. CADWELL), homme d'État américain, né en 1782 dans la Caroline du Sud, m. en 1850, fut député au Congrès en 1810, occupa le poste de ministre de la guerre de 1817 à 1825, et rétablit l'ordre dans ce ministère ; fut élu vice-président des États-Unis de 1825 à 1833, devint ministre d'État en 1844, et enfin sénateur. Tout dévoué aux intérêts des États du Sud, il faillit amener une guerre civile en proposant, à l'occasion d'un tarif qui contrariait leurs intérêts, un système de nullification, par lequel chaque État aurait pu annuler ceux des actes du gouvernement fédéral qui ne lui conviendraient pas. Ses Discours ont paru en 1844. Il a laissé un Traité de la Science politique, qui a été publié après sa mort, 1851.

CALIARI (Paul). V. VÉRONÈSE.

CALICUT, v. et port de l'Inde anglaise (Madras), par 11° 15' lat. N., 73° 45' long. E., ch.-l. de l'anc. prov. de Malabar, et auj. du district de Calicut; env. 25 000 hab. Ville industrielle : elle a donné son nom aux toiles de coton dites calicots. Elle était beaucoup plus belle et plus grande jadis, mais la mer l'a en partie submergée. Vasco de Gama y aborda en 1498, mais ne put la prendre. Haïder-Ali la prit en 1766, et Tippoo-Saeb en 1773 : ce dernier la détruisit et en transféra les habitants à Nellore; les Anglais, qui la possèdent depuis 1790, l'ont rebâtie.

CALIDASA, poëte indien. V. KALIDASA.

CALIFES, c.-à-d. vicaires ou successeurs, nom des premiers successeurs de Mahomet; ils réunissaient le pouvoir temporel au pouvoir spirituel. On distingue trois grands califats : 1° celui d'Orient, dont le siége fut à La Mecque jusqu'à la mort d'Ali, puis à Damas sous la famille des Ommiades, et à Bagdad sous celle des Abbassides; il dura 626 ans (632-1258) ; 2° celui de Cordoue, fondé en 756 par Abdérame, de la famille des Ommiades, et démembré en 1031; 3° celui d’Égypte ou des Fatimites, qui fut fondé en 909 par Obeidollah, descendant de Fatime, fille du prophète, et qui fut renversé en 1171 par Saladin. Les califes furent d'abord élus; mais, dès la fin du Ier siècle de l'hégire, Moavian abolit l'élection et rendit le califat héréditaire dans sa famille. Ils perdirent toute puissance temporelle depuis la création de l’Emir-al-omrah (935). Il y eut pourtant des califes jusqu'en 1516; en cette année, le sultan ottoman Sélim se fit céder le califat par le dernier abbasside, Motawakkel.

Califes d'Orient.
Aboubekr, 632 Motassem, 833
Omar, 634 Vatek-Billah, 842
Othman, 644 Motawakkel, 847
Ali, 656 Mostanser, 861
Haçan, 661 Mostaïn-Billah, 862
Motaz, 866
Moaviah I, Ommiade, 661 Motadi-Billah, 869
Yézid I, 680 Motammed-Billah, 870
Moaviah II, 683 Motaded-Billah, 892
Merwan I, 684 Moctafi-Billah, 902
Abdel-Malek, 685 Moctader-Billah, 908
Walid I, 705 Kaher, 932
Soliman, 715 Rhadi, 934
Omar II, 717 Motaki, 940
Yézid II, 720 Mostakfi, 944
Hescham, 724 Mothi, 946
Walid II, 743 Thaï, 974
Yézid III, 744 Kader-Billah, 991
Ibrahim, 744 Kaiem-Biamrillah, 1031
Merwan II, 744 Moctadi-Biamrillah, 1075
Mostadher, 1094
Aboul-Abbas, tige des Abbassides, 750 Mostarched, 1118
Rasched, 1135
Abou-Giafar-Almanzor, 754 Moctafi, 1136
Mostandjed, 1160
Mohammed-Mahdi, 775 Mosthadi, 1170
Hadi, 785 Nasser, 1180
Haroun-al-Raschid, 786 Daher, 1225
Amyn, 809 Mostanser, 1226
Al-Mamoun, 813 Mostasem, 1243-1258


Califes de Cordoue.
Abdérame I, 756 Mohammed-al-Mahadi, 1006
Hescham I, 787 déposé, 1009
Al-Hakem, 796 Soliman, 1009
Abdérame II, 822 Mohammed de nouveau, 1010
Mohammed I, 852 Hescham de nouv., 1012
Almoundhir, 885 Hamond, 1015
Abdallah, 889 Kasim ou Kecem, 1017
Abdérame III, 912 Yayan, 1018
Al-Hakem II, 961 Hescham III, 1027-1031
Hescham II, 976
déposé, 1006
Califes fatimites.
Obeidollah, 909 Abou Tamin Mostanser 1036
Kaiem-Aboul-Kacem, 936 Aboul Kacem Mostalli 1094
Almanzor, 945 Aboul-Mansor-Amer, 1101
Moëz-Ledinillah, 953 Haphed-Ledinillah, 1130
Azis, 975 Dafer-Biamrillah, 1149
Hakem-Biamrillah, 996 Fayez-ben-Nasrillah, 1155
Daher, 1021 Adhed-Ledinillah, 1160-71


CALIFORNIE (nom qu'on dérive de Calida fornaæ, fournaise ardente, à cause de l'extrême chaleur de la partie mérid.), vaste contrée de l'Amérique du Nord, s'étend sur la côte de l'Océan Pacifique, du cap San-Lucar, par 23° lat. N., au cap Orford, par 42°, et se divise en Basse-Californie, dite aussi Vieille-Californie, au S., et H.-Californie ou Nouvelle- Californie, au N. Longtemps réunies sous la domination espagnole, les deux Californies forment auj. deux États distincts, appartenant l'un au Mexique, l'autre aux États-Unis.

BASSE ou VIEILLE-CALIFORNIE, État de la Confédération mexicaine : c'est une grande péninsule, bornée au N. par la Hte-Californie et baignée à l'O. par l'Océan Pacifique, à l'E. par le golfe de Californie ou mer Vermeille; beaucoup plus longue que large, elle s'étend du 23° au 32° lat. N. et a env. 1200 kil. de long sur 100 de large; env. 35 000 hab., dont un grand nombre d'indigènes à l'état sauvage. Villes principales: La Paz, San-Antonio, Loreto. Le pays est traversé par une chaîne de hautes montagnes, dont quelques-unes volcaniques; mines argentifères. Climat très-chaud; sol varié, généralement sablonneux; on y cultive le blé, l'indigo, la canne à sucre; on y élève beaucoup de bestiaux. — La Basse-Californie fut explorée par Cortez ou ses lieutenants, de 1532 à 1539; toutefois l'Espagne n'en prit possession qu'en 1602; elle fut colonisée par les Jésuites à partir de 1642. Elle forme depuis 1823 un des États du Mexique.

HAUTE ou NOUVELLE-CALIFORNIE, un des États de l'Union américaine, borné au N. par l'Orégon, à l'O. par l'Océan Pacifique, au S. par la Basse-Californie, s'étend du 32° au 42° lat. N., et a pour capit. San-José, et pour autres v. importantes Monterey, anc. capit., San-Francisco, port excellent, San-Barbara, San-Diego et les villes nouvelles de Sacramento, San-Joaquim, Stockton, etc. Sa population, qui en 1840 était à peine de 20 000 h., sauvages pour la plupart, s'élève auj. à plus de 300 000. Le pays est traversé par deux chaînes de montagnes, la Sierra Nevada et le Coast-Range (chaîne côtière), et est arrosé par deux grands fleuves, le Sacramento et le San-Joaquim. Ces fleuves roulent de l'or ou couvrent des gisements du précieux métal (placers) : ces gisements, découverts en 1848, ont attiré en Californie une foule innombrable de chercheurs d'or, venus de tous les points du globe. — Découverte en 1542 par l'Espagnol Cabrillo, la Hte-Californie fut explorée en 1578 par Drake; occupée par l'Espagne en 1763 seulement, elle fut annexée au Mexique et gouvernée par des missionnaires franciscains. Elle a été cédée en 1848 aux États-Unis par le Mexique : c'est presque aussitôt après cette cession qu'eut lieu la découverte de l'or. Elle a été admise en 1850 au nombre des États de l'Union. Indépendamment de sa richesse aurifère, la Haute-Californie se recommande par son climat tempéré, par sa fertilité, par l'étendue de ses côtes, par la commodité et la sûreté de ses ports.

CALIFORNIE (Golfe de), dit aussi MER VERMEILLE, golfe de l'Océan Pacifique, sur la côte O. de l'Amérique du Nord, entre la Vieille-Californie et l'État de Sonora. s'étend depuis 22° 55' jusqu'à 32° 35' lat. N. et a 1300 k. sur 150. Il doit le nom de mer Vermeille à la couleur rouge des eaux du Rio-Colorado qu'il reçoit. Pêcheries de perles sur les côtes.

CALIGULA (Caius Cæsar Augustus Germanicus, surnommé), 3e empereur romain, fils de Germanicus et d'Agrippine et petit-neveu de Tibère, né l'an 12 de J.-C., fut adopté par son grand-oncle et lui succéda l'an 37 de J.-C., à l'âge de 25 ans. Les premiers mois de son règne furent heureux : il rappela les exilés, se montra plein de déférence pour le sénat et généreux envers le peuple; mais, à la fuite d'une maladie provoquée par la débauche et qui paraît avoir altéré sa raison, il se livra à tous les excès de la folie, de l'orgueil et de la cruauté. Il voulut être adoré comme un dieu, se fit décerner des triomphes pour des victoires imaginaires, donna le titre de consul à un cheval qu'il aimait, entretint un commerce incestueux avec ses sœurs, établit des lieux de prostitution jusque dans son palais, et fit périr les citoyens les plus recommandables et les plus riches, Silanus, Macron, Gémellus, etc., afin de s'emparer de leurs richesses, n'épargnant pas même ses plus proches parents. Dans sa fureur, il souhaitait, dit-on, que le peuple romain n'eût qu'une tête afin de la trancher d'un seul coup. Sa haine s'étendait même sur les morts : jaloux des plus grands écrivains, il eût voulu pouvoir anéantir les écrits d'Homère, de Virgile et de Tite-Live. Il se forma plusieurs conspirations contre ce monstre; enfin Chéréas, tribun des gardes prétoriennes, en délivra la terre, l'an 41 de J.-C. Ce règne n'offre d'ailleurs aucun événement remarquable. Le nom de Caligula donné à ce prince lui vient d'une petite bottine, caliga, qui servait de chaussure aux soldats et qu'il portait habituellement dans son enfance. Sa Vie a été écrite par Suétone,

CALIPPE, astronome grec, natif de Cyzique, se fixa à Athènes, et y inventa, vers 331 av. J.-C., un cycle luni-solaire de 76 ans, qu'il substitua au cycle de 19 ans ou Nombre d'or, imaginé par Méton, afin de ramener avec plus d'exactitude les mêmes positions du soleil et de la lune. Ce cycle, qui commença le 28 juin 330 av. J.-C., porte le nom de période calippique. Adopté par les Athéniens, puis par les Macédoniens, il pénétra avec ceux-ci en Asie, et remplaça le cycle tout solaire des Chaldéens.

CALISTO, fille de Lycaon, roi d'Arcadie, était une des nymphes de Diane. Elle se laissa séduire par Jupiter qui avait pris la forme de cette déesse, et en eut un fils nommé Arcas. Diane la chassa de sa suite, et Junon la changea en ourse. Jupiter la plaça, avec son fils Arcas, dans le ciel, où ils formèrent la constellation de la Grande et de la Petite Ourse. V. ARCAS.

CALIXTE I (S.), pape, élu en 219, souffrit le martyre en 223. On lui attribue l'institution du jeûne des Quatre-Temps. On pense que la catacombe qui existe à Rome sous la dénomination de St-Sébastien a été construite par lui. On le fête le 14 octobre.

CALIXTE II, était fils, de Guillaume le Grand, comte de Bourgogne, et fut d'abord archevêque de Vienne. Élu pape en 1119 à Cluny, par les cardinaux qui étaient sortis de Rome avec Gélase II, il rentra dans Rome en 1120, assiégea dans Sutri l'antipape Grégoire VIII (Bourdin), le prit et le confina, dans un monastère. Il arrêta les brigandages dans ses États, termina en 1122 la querelle des Investitures, tint le 1er concile général de Latran, 1123, et m. en 1124.

CALIXTE III, Alphonse de Borgia, né en 1377 à Xativa, près de Valence, fut élu en 1455, et mourut en 1458. Il fit reviser le procès de Jeanne d'Arc par une commission, réhabilita sa mémoire (1456), et tenta, mais en vain, d'armer l'Europe contre les Turcs.

CALIXTE, antipape, fut élu en 1159, concurremment avec Alexandre III; mais celui-ci fut seul reconnu par l'Église. Il se nommait Jean de Strume.

CALIXTE (George), en allemand Callisen, théologien luthérien, né dans le Holstein en 1586, mort en 1656, fut professeur de théologie à Helmstœdt. Le duc Frédéric-Ulrich l'attira auprès de lui; le duc Auguste le nomma abbé de Kœnigslutter. A la demande de l'électeur de Brandebourg, il se rendit au colloque de Thorn, convoqué en 1645 pour opérer la réunion des Luthériens et des autres réformés; mais son éloquence y fut sans succès. Ce théologien a donné son nom à une secte qui croyait pouvoir concilier toutes les opinions et qu'on nomma pour cette raison Syncrétistes. On a de lui quelques écrits et des Lettres publ. à Leips. en 1840 par Th. Henke, qui a donné en 1853 Calixte et son Temps.

CALIXTINS, secte de Hussites bohémiens qui se forma au commencement du XVe siècle. Ils étaient ainsi nommés parce que, dans la communion, ils réclamaient l'usage du calice pour les laïques. On les appelait aussi Utraquistes, parce qu'ils communiaient sous les deux espèces (sub utraque). Le concile de Bâle (1433) satisfit à leur demande à cet égard, et les Compactata de Prague (1436) assurèrent leur liberté religieuse. Au XVIe siècle, cette secte se fondit dans celle des Frères moraves.

On donne encore le nom de Calixtins aux Syncrétistes, sectateurs de G. Calixte. V. G. CALIXTE.

CALLAC, ch.-l. de cant. (Côtes-du-Nord), à28 k. S. O. de Guingamp; 1173 h.

CALLAICI, peuple de l'Hispanie, à l'angle N. O., occupait, en Espagne et en Portugal, les prov. actuelles de Galice, Entre-Douro-et-Minho et Tras-os-Montes. — On appelait Pyrénées Callaïques la partie des Pyrénées qui s'étend de la Navia au cap Finistère.

CALLAO, v. du Pérou (dép. de Lima), sur l'Océan Pacifique, à 8 k. de Lima, à laquelle elle sert de port; 8000 h. Château fort, chemin de fer allant à Lima; paquebots à vapeur. Bains de mer. — Fortifiée au XVIIe s. par Philippe IV. Détruite en 1746 par un tremblement de terre et bientôt reconstruite; prise par les Colombiens en 1826. C'est la dernière place qu'aient conservée les Espagnols dans cette contrée.

CALLAS, ch.-l. de cant. (Var), à 10 k. N. de Draguignan; 1886 h. Moulins à huile. CALLE (LA), v. et port d'Algérie (Constantine), à 465 k. E. d'Alger et à 50 E. de Bone, sur un roc qu'entoure presque complètement la mer; environ 1000 h. La Calle appartint dès 1594 à une compagnie française qui y faisait pêcher le corail; on y exploite aussi des forêts de chênes-liéges. La France en perdit la possession en 1799, la recouvra en 1815, la reperdit en 1827, et la reprit en 1836.

CALLEMBERG (J. Henri), orientaliste et théologien luthérien, professeur à l'université de Halle, né dans la Saxe-Gotha en 1694, mort en 1760, fonda une institution pour les missions protestantes en Orient, et créa une imprimerie arabe et hébraïque, afin d'éditer des ouvrages à l'usage des convertis. On a de lui : Prima rudimenta linguæ arabicæ, Halle, 1729; Scriptores de religione Muhammedica, 1734; Specimen bibliothecæ arabicæ, 1736; ainsi que des traductions arabes du Nouveau Testament, de l’Imitation de Jésus-Christ, etc.

CALLET (J. F.), mathématicien, né à Versailles en 1744, mort à Paris en 1798, était professeur des ingénieurs hydrographes au dépôt de la guerre. Il publia en 1783 une édition des Tables de logarithmes de Gardiner, aussi commode qu'utile, et y ajouta en 1795 les logarithmes des sinus pour la nouvelle division décimale du cercle. Cet ouvrage, le plus exact et le plus étendu que l'on possède en ce genre, a été stéréotypé par Firmin Didot, et réédité en 1857 avec des améliorations par M. Dupuis.

CALLIANO, bourg du Tyrol, à 12 k. N. E. de Roveredo, sur la r. g. de l'Adige, près du défilé de Castel della Pietra. Les Impériaux y battirent les Vénitiens en 1487, et Bonaparte les Autrichiens en 1796.

CALLICRATE, architecte d'Athènes, éleva avec Ictinus, par l'ordre de Périclès (vers 430 av. J.-C.), le Parthénon, dont Phidias dirigea la décoration.

CALLICRATIDAS, général spartiate, remplaça Lysandre dans le commandement de la flotte lacédémonienne, prit Méthymne (406 av. J.-C.) et bloqua Conon dans Mitylène, mais fut la même année vaincu près des îles Arginuses, par une flotte athénienne, et périt dans le combat.

CALLIMACHUS EXPERIENS. V. BUONACCORSI.

CALLIMAQUE, Callimachus, architecte de Corinthe, florissait au Ve ou au VIe s. av. J.-C. On lui attribue l'invention du Chapiteau corinthien.

CALLIMAQUE, poëte et littérateur grec, né à Cyrène vers 300 av. J.-C., florissait vers 270. Il enseigna d'abord les belles-lettres à Éleusis près d'Athènes; puis fut appelé à Alexandrie par Ptolémée Philadelphie, et donna des leçons de poésie dans le Musée : Apollonius de Rhodes se forma à son école. Il avait rédigé des ouvrages d'histoire, de grammaire et de littérature et avait composé des poëmes dans presque tous les genres. Il excellait surtout dans l'élégie. De tous ses écrits il ne nous est parvenu que quelques Hymnes composés pour les fêtes des dieux, des épigrammes et quelques fragments. On trouve dans ses poésies de l'élégance et de l'érudition plutôt que du génie; elles sont fort difficiles à entendre. On connaît en outre de lui l’Ibis, poëme dirigé contre Apollonius, son ancien disciple, qui s'était montré ingrat envers lui (ce poëme a été imité par Ovide), et la Chevelure de Bérénice mise en vers latins par Catulle. Les meilleures éditions de Callimaque sont celles de J. Aug. Ernesti, Leyde, 1761, à laquelle il faut joindre les Fragments des Élégies publiés par Walckenaër, Leyde, 1799, de Blomfield, Lond., 1815, et d'O. Schneider, Gotha, 1851. Il a été trad. en français par Laporte-Dutheil, Paris, 1775, et mis en vers latins par Petit-Radel, 1808, en vers français par M. A. de Wailly, 1842.

CALLINICUM, v. de Mésopotamie. V. NICEPHORIUM.

CALLINICUS, architecte grec du VIIe siècle, natif d'Héliopolis en Égypte, inventa, dit-on, le feu grégeois et livra son secret à l'empereur Constantin Pogonat, qui, avec ce secours, brûla dans Cyzique la flotte des Sarrasins (673). Le secret de Callinicus s'est perdu; depuis il avait été retrouvé par un Français, mais Louis XV, à qui il fut offert, l'acheta pour l'ensevelir dans l'oubli (1756). — Sur la composition probable de ce feu, V. FEU GRÉGEOIS, dans notre Dict. univ. des Sciences.

CALLINICUS (SELEUCUS). V. SELEUCUS.

CALLINUS, poëte grec, natif d'Éphèse, qui vivait vers la fin du VIIIe s. av. J.-C., est le plus ancien des poëtes élégiaques connus. On a de lui un fort beau fragment dans lequel il exhorte les Éphésiens à repousser les Magnésiens. Ce qui reste de Callinus a été publié avec les fragments de Tyrtée par Bach, Leipsick, 1831, et mis en vers par F. Didot.

CALLIOPE, muse de la poésie héroïque et de l'éloquence, était fille de Jupiter et de Mnémosyne. Les poëtes la disent mère de Linus et d'Orphée, des Sirènes et Corybantes. On la représente sous la figure d'une jeune fille d'un air majestueux, le front ceint d'une couronne d'or ou de lauriers; d'une main elle tient une trompette, et de l'autre un poëme épique.

CALLIPOLIS, c.-à-d. Belle ville, nom de deux v. anc., l'une en Thrace, l'autre dans le roy. de Naples, toutes deux nommées auj. Gallipoli.

CALLIRHOÉ, Beau cours, nom fort commun dans la Fable. On connaît surtout sous ce nom une fille du fleuve Achéloüs, qui avait épousé Alcméon, et qui devint la cause involontaire de sa mort en lui demandant le fatal collier d'Ériphyle. V. ÉRIPHYLE.

CALLISTHÈNE, philosophe grec, disciple et petit-neveu d'Aristote, né à Olynthe, vers 365 av. J.-C., suivit Alexandre dans ses expéditions, et envoya à Aristote des observations astronomiques trouvées à Babylone et remontant à plus de deux mille ans, De mœurs sévères, il blâma les excès auxquels se livrait Alexandre, refusa de reconnaître sa divinité, et même eut le malheur de lui déplaire par quelques railleries. Il se vit bientôt après impliqué dans la conspiration d'Hermolaüs, fut, dit-on, enfermé dans une cage de fer, puis mis à mort à Cariate en Bactriane, 328 av. J.-C. Avant son départ pour l'Asie il avait composé une Histoire grecque et une Histoire de la Guerre sacrée dont il ne reste rien. Il avait commencé en Asie une Histoire d'Alexandre dont on a quelques fragments (dans la collection Didot, à la suite d'Arrien). Il existe sous son nom une espèce de roman de la vie d'Alexandre qui n'est pas de lui (imprimé également dans la collection Didot).

CALLOT (Jacques), peintre, dessinateur et graveur du 1er ordre, né à Nancy en 1593, mort en 1635, était fils d'un gentilhomme, héraut d'armes du duché de Lorraine. Entraîné vers les arts par une passion que sa famille contrariait, il s'échappa, pour la satisfaire, de la maison paternelle, suivit une troupe de bohémiens en Italie, et se forma à Rome sous Jules Parigi et Philippe Thomassin. Il se fixa ensuite à Florence, et revint en 1620 en Lorraine, où le duc Henri lui fit une pension, et où il finit ses jours. Après la prise de Nancy, sa patrie, par Louis XIII (1633), il refusa de consacrer par son burin le souvenir de cette conquête. Son œuvre contient près de 1600 pièces : les plus remarquables sont les Foires, les Hideux, les Supplices, les Misères de la guerre, les deux Tentations de S. Antoine, les Gueux contrefaits; on lui doit aussi plusieurs batailles, le Siége de Bréda, le Siége de La Rochelle. Callot s'est acquis une réputation populaire par le talent avec lequel il a traité les sujets grotesques et a caricaturé les vices et les ridicules de l'humanité. II y a deux belles collections de dessins de Callot, l'une à la Bibliothèque impériale et l'autre à la Bibliothèque Ste-Geneviève de Paris. On doit à M. C. Meaume des Recherches sur la vie et les œuvres de Callot, Nancy, 1854 et 1860.

CALMAR, v. et port de Suède (Gothie), ch.-l. du gouvt de Calmar, dans une petite île, à 440 k. S. O. de Stockholm ; 6000 h. Évêché, magnifique cathédrale, chantiers de construction. C'est à Calmar que fut proclamée, en 1397, la réunion des 3 couronnes de Suède, de Norwége et de Danemarck sur la tête de Marguerite de Waldemar, réunion connue sous le nom d’Union de Calmar. Brisée dès 1448, cette union fut renouvelée en 1454, 1467 et 1520; elle fut définitivement détruite en 1527.

CALMET (dom Augustin), bénédictin de la congrégation de St-Maur, né en 1672, au Mesnil-la-Horgne, près de Commercy, mort à Paris en 1757, fut chargé d'expliquer les saintes Écritures dans l'abbaye de Moyen-Moutier et à Munster (1704), et devint abbé de St-Léopold de Nancy (1718), puis de Sénones (1728). Ses principaux ouvrages sont : La Bible en latin et en français, avec un Commentaire littéral et critique, Paris, 1707-1716, 23 vol. in-4 (le commentaire a été reproduit à part sous le titre de Trésor d'antiquités sacrées et profanes, 9 v., 1722 et ann. suiv.); Dictionnaire historique et critique de la Bible, Paris, 1722-28, 2 vol. m-fol. Ces deux ouvrages capitaux ont été plusieurs fois réimprimés, et ont reçu des augmentations considérables. On a encore de Calmet : Histoire de l'Ancien et du Nouveau Testament; Histoire universelle sacrée et profane; Histoire ecclésiastique et civile de la Lorraine; Traité sur l'apparition des esprits, vampires, etc.; mais ces ouvrages sont moins estimés. On ne peut refuser à Calmet une érudition immense; mais son style est lourd, diffus, incorrect, et l'auteur manque souvent de critique et de méthode.

CALOJEAN, roi bulgare. V. JOANICE.

CALONNE (Ch. Alex, de), ministre, né à Douay en 1734, mort en 1802, était fils du 1er président au parlement de sa ville natale. Après avoir rempli diverses fonctions dans l'administration, il fut nommé en 1783 contrôleur général des finances par Louis XVI. Il se concilia la faveur de la cour, surtout de la reine, en subvenant complaisamment à toutes les dépenses, et augmenta ainsi le déficit qu'avait laissé Louis XV. Pour réparer le mal, il proposa de convoquer une Assemblée des notables et d'établir une égale répartition des impôts (1787). Forcé enfin de révéler le déficit qu'il s'était efforcé jusque-là de dissimuler, il fut disgracié, et exilé en Lorraine. Il se retira en Angleterre, où il fut fort bien accueilli et où il écrivit de nombreux mémoires justificatifs. Il rentra en France sous le consulat, et mourut ignoré. Ce ministre ne fut coupable que de légèreté et de faiblesse : car il sa retira pauvre des affaires.

CALORE, Calor, riv. du roy. d'Italie (Princip. Ultérieure), naît à 3 k. S. O. de Montella, traverse le territoire de Bénévent, et tombe dans le Volturno, à 9 k. E. de Cajazzo. Les Romains y remportèrent une victoire sur le Carthaginois Hannon en 214 av. J.-C.

CALOYERS (du grec kalos ghérôn, beau vieillard), moines grecs de l'ordre de St-Basile, vivent, soit dans des couvents, comme au mont Athos, en Morée, à Patmos, soit isolément dans des ermitages, s'adonnant à l'agriculture ou à la prière; tous se soumettent à de cruelles macérations. Les caloyers de l'Athos et de Patmos se livrent à l'étude; on choisit parmi eux les évêques et les patriarches.

CALPÉ, v. et mont. d'Hispanie, dans la Bétique, sur le détroit de Gadès et en face d'Abyla en Afrique. On a prétendu la retrouver dans l'anc. Carteia (Gibraltar selon les uns, Algeziras suivant les autres). Calpé formait avec Abyla les Colonnes d'Hercule.

CALPURNIA, famille romaine dont la principale branche, était celle des Pisons. V. CALPURNIUS et PISON. — Femme de César et fille de Calpurnius Pison, avertit, mais en vain, son époux, aux ides de mars, du danger qui le menaçait. Elle envoya ses trésors à Antoine pour l'aider à punir les assassins.

CALPURNIUS FLAMMA (M.), tribun militaire. Le consul Attilius Calatinus ayant engagé l'armée dans un défilé dangereux près de Camarme en Sicile, Calpurnius se dévoua avec 300 hommes pour la sauver (258 av. J.-C). Il échappa seul, par miracle, à une mort qui paraissait inévitable. — C. BESTIA (L.), consul en 110 av. J.-C. Chargé de la guerre contre Jugurtha, il se laissa corrompre et fit un traité honteux. Il fut condamné à un exil perpétuel.

CALPURNIUS (Titus Julius), poëte latin, que quelques-uns placent au IIIe s., sous Carin, et Numérien, et les autres au Ier, sous Néron, était natif de Sicile. On a de lui 7 églogues dans lesquelles il a tenté assez heureusement d'imiter Virgile; on les trouve généralement avec les poésies de Némésien, et dans les Poetæ latini minores de Wernsdorff, 1780-99. Elles ont été trad. avec celles de Némésien par Mairault, Bruxelles, 1744, et par Cabaret-Dupaty (dans la Bibliothèque latine-française de Panckoucke).

CALTA.... V. CALATA....

CALUIRE et CUIRE, communes voisines de Lyon, dont elles sont comme un faubourg, sur la r. g. de la Saône, comptent ensemble 6000 h.

CALVADOS, chaîne de rochers, dans la Manche, à l'E. et à l'O. de l'embouchure de l'Orne, s'élève très-peu au-dessus des flots, ou reste même un peu au-dessous ; elle fut ainsi appelée d'un vaisseau espagnol de l’invincible Armada qui y échoua en 1588. Elle a donné son nom à un département.

CALVADOS (dép. du), sur la Manche, entré ceux de l'Eure à l'E., de la Manche à l'O., de l'Orne au S.; 5704 k. carr.; 480 992 h. Ch.-l., Caen. Il était compris jadis dans la B.-Normandie. Sol plat, un peu plus élevé vers le S. Rivières nombreuses : Touques, Dives, Dromme, Aure, Odon. Houille, marbre, granit, argile, marnes, tourbières, sources minérales. Quelques forêts à l'E., au N. et à l'O. Excellents pâturages; grains, chanvre, lin, colza, pastel; culture en grand de fruits à cidre, de pruniers, etc. Beaux chevaux, bétail de belle race. Beurre fin, miel; moutons et huîtres renommées. Toiles, bonneteries, tissus de laine et autres, coutellerie, chapellerie, etc. Grand commerce avec l'extérieur. Ce département fournit à Paris un grand nombre de maçons et de tailleurs de pierre. — La dép. est divisé en 6 arr. (Caen, Bayeux, Falaise, Lisieux, Pont-l'Évêque, Vire), 37 cantons et 784 comm. Il appartient à la 2e division militaire ; il a un évêché à Bayeux, et une cour impériale à Caen.

CALVAERT ou CALVART (Denis), peintre, connu aussi sous le nom de Denis le Flamand, né à Anvers en 1565, alla en Italie, ouvrit à Bologne une école, d'où sortirent, entre autres peintres célèbres, le Guide, l'Albane et le Dominiquin, et mourut dans cette ville en 1619. Ses ouvrages les plus remarquables se voient à Bologne, à Rome, à Reggio : on admire surtout son S. Michel et un Purgatoire (à Bologne). Ses tableaux sont moins estimés pour le caractère et la disposition des figures que pour le coloris; ils ont été gravés par Gil. Sadeler et A. Carrache. Calvaert exerça l'influence la plus heureuse sur le développement de l'école lombarde et prépara celle des Carrache.

CALVAIRE, en hébreu Golgoltha, c.-à-d. crâne, mont voisin de Jérusalem. au N. de Sion, faisait partie de la chaîne qui limite à l'O. le bassin du Jourdain et de la mer Morte. On y crucifiait les criminels : c'est là que le Sauveur fut mis à mort. Adrien enferma le Calvaire dans Jérusalem. Ste Hélène y fit bâtir une belle église, qui auj. est une chapelle souterraine rattachée à l'église du Saint-Sépulcre. — On a depuis donné le nom de Calvaire à un grand nombre de montagnes où l'on a reproduit les différents événements de la Passion, notamment au mont Valérien, à 6 k. O. de Paris, près de Nanterre, et au mont Bétharam, dans les Pyrénées.

CALVAIRE (les Filles du), ordre, religieux fondé par Antoinette d'Orléans, sous la direction du P. Joseph.

CALVAIRE (les Prêtres du), congrégation fondée par le P. Charpentier, en 1634, sur le mont Valérien, près de St-Cloud. On faisait à la chapelle de la congrégation, dans la nuit du jeudi au vendredi saint, un pèlerinage très-fréquenté, que des désordres graves firent interdire en 1697. La congrégation fut supprimée avec toutes les autres en 1791.

CALVERT (George), né en 1582 dans le comté d'York, mort en 1632, occupa de hauts emplois sous Jacques I et devint membre du conseil privé, puis ministre d'État (1619). Ayant embrassé le Catholicisme, il se démit de ses charges (1624), et alla former un établissement à Terre-Neuve sous Jacques I. Obligé de l'abandonner à cause des incursions des Français, il obtint de Charles I la concession de terres situées au N. de la Virginie, qui forment auj. le Maryland. — Son fils, Léonard Calvert, alla en 1634 prendre possession de ces terres, à la tête d'une troupe de catholiques, y fonda une colonie qui bientôt devint florissante, et fut fait baron, puis comte de Baltimore. Les colons donnèrent en reconnaissance le nom de Baltimore à une ville qui est auj. une des plus importantes de l'Amérique anglaise. — Les descendants des Calvert conservèrent le gouvt du Maryland jusqu'à l'époque de l'indépendance.

CALVET (François), médecin et antiquaire, correspondant de l'Académie des inscriptions, né en 1728, m. en 1810, a légué à Avignon, sa ville natale, une riche bibliothèque, une collection d'histoire naturelle et un beau cabinet d'antiquités, avec les fonds nécessaires pour les entretenir.

CALVI, ch.-l. d'arr. (Corse), à 75 k. N. d'Ajaccio, dans une presqu'île du golfe de Calvi; 1512 h. Place forte, port. Trib., collége. Vins, huile. — Fondé au XIIIe siècle, Calvi fut pris par les Anglais en 1794 et repris par les Français l'année suivante.

CALVI, v. du roy. d'Italie (Terre de Labour), à 20 kil. N. O. de Caserte. Évêché uni de Calvi-et-Teano. Vict. des Français sur les Napolitains, 1798.

CALVIN (Jean), le second chef de la Réforme, né en 1509 à Noyon en Picardie, m. en 1564 à Genève, était fils d'un tonnelier nommé Cauvin. Il fut élevé dans la religion catholique et fut d'abord destiné à l'église; mais il quitta cette carrière pour la jurisprudence, et alla étudier à Orléans, puis à Bourges sous Alciat. S'étant lié avec plusieurs partisans de Luther, il embrassa bientôt les principes de la Réforme et commença dès 1532 à les propager dans Paris. — Menacé de la prison, il se réfugia d'abord à Angoulême, puis à Nérac auprès de Marguerite de Navarre, qui favorisait les Protestants, et enfin à Bâle. Il publia dans cette dernière ville, en 1535, sous le titre d’Institutio religionis christianæ, un exposé de la doctrine des novateurs, qu'il traduisit lui-même en français et qui devint comme le catéchisme des Réformés de France. En 1536 il fut nommé professeur de théologie à Genève, où la Réforme venait d'être adoptée. Deux ans après, il fut banni de cette ville pour avoir déployé un rigorisme excessif; il se retira à Strasbourg, où il propagea les nouvelles doctrines. 11 fut rappelé à Genève en 1541. Depuis cette époque, il devint tout-puissant dans cette ville : aussi l'appelait-on le pape de Genève. Il fit adopter par le conseil ses articles de foi, ainsi que ses ordonnances sur la discipline ecclésiastique; prétendit réformer les mœurs aussi bien que les croyances, et, poussant l'ardeur jusqu'à l'intolérance, fit brûler l'Italien Gentili et le malheureux Servet pour avoir attaqué le mystère de la Trinité (1553). Calvin se distinguait de Luther par une révolution plus radicale, proscrivant tout culte extérieur et toute hiérarchie, ne reconnaissant pas plus le caractère d'évêque et de prêtre que celui de pape, rejetant la messe, le dogme de la présence réelle, l'invocation des saints, etc.; il enseignait la prédestination absolue des élus et des damnés, détruisant ainsi le libre arbitre. Bossuet a tracé un admirable parallèle entre les deux chefs de la Réforme. Calvin a laissé un grand nombre d'ouvrages, écrits en français; on trouve dans tous une érudition remarquable, un ton grave, un style souvent entraînant. Les principaux sont : l’Institution chrétienne, 1535, dont il a donné lui-même plusieurs éditions; un Traité de la Cène, 1540; des Commentaires sur l'Écriture sainte, un écrit singulier sur le Sommeil des âmes. Il a paru plusieurs éditions de ses œuvres; la meilleure est celle d'Amsterdam, 1667. Sa Vie a été écrite par Théod. de Bèze, et depuis par Audin, Paris, 1841; par Henry, Hambourg, 1844, et par Bungener, Par., 1864. Ses Lettres latines ont été publ. par Th. de Bèze, 1586 (trad. par Teissier, 1702); ses Lettres françaises, par J. Bonnet, 1854.

CALVINISTES, partisans des doctrines de Calvin (Pour ces doctrines, V. CALVIN). Le Calvinisme prit naissance vers 1536 à Genève, où depuis il n'a pas cessé de dominer. Il se répandit bientôt dans plusieurs cantons de la Suisse, en France, en Hollande, en Angleterre, en Écosse, aux États-Unis, etc. En France, les Calvinistes reçurent le nom injurieux de Huguenots. Ils luttèrent longtemps pour obtenir le libre exercice de leur culte. Réprimés sous François I, Henri II et François II, ils formèrent sous ce dernier, avec d'autres mécontents, la conjuration d'Amboise, qui échoua. Le colloque de Poissy, en 1561, leur faisait espérer un édit de tolérance, lorsque le massacre des Huguenots à Vassy devint le signal des guerres civiles. Bien que fort affaiblis par les défaites de Dreux (1562), St-Denis (1567), Jarnac et Moncontour (1569), les Calvinistes avaient obtenu d'importantes concessions par les traités d'Amboise (1563), de Lonjumeau (1568) et de St-Germain (1570) : c'est à ce moment que Charles IX et Catherine de Médicis cherchèrent à les exterminer dans la funeste nuit de la St-Barthélemy (24 août 1572); mais ce massacre, qui devait leur porter le dernier coup, ne fit que soulever une nouvelle guerre, qui dura jusqu'à l'avènement de Henri IV au trône. Ce prince rendit en 1598 un édit connu sous le titre d’Édit de Nantes, qui assurait la liberté de conscience aux Calvinistes et leur abandonnait plusieurs villes comme garanties (V. ÉDIT DE NANTES). Ils se soulevèrent encore sous Louis XIII, mais Richelieu les dompte par la prise de La Rochelle (1626). Louis XIV prononça en 1685 la révocation de l'édit de Nantes; cette mesure impolitique suscita bientôt après plusieurs révoltes, notamment celle des Camisards, dans les Cévennes, en 1706, et détermina l'émigration d'un grand nombre de Calvinistes, qui allèrent porter à l'étranger leur capitaux et leur industrie. Sous Louis XVI, en 1787, les, Calvinistes obtinrent un nouvel édit de tolérance. Bientôt après, la Révolution de 1789 leur assura une liberté complète. Auj. le culte calviniste est rétribué par l’État comme le culte catholique. L'organisation des églises est fondée sur la division territoriale; 6000 âmes de population forment une église consistoriale; la réunion de cinq églises constitue un synode. — Le Calvinisme se modifia et reçut des noms différents selon les pays : on le nomme souvent en France religion réformée; en Écosse, Presbytérianisme; en Hollande, Gomarisme. En Prusse et dans plusieurs États de l'Allemagne, les cultes calviniste et luthérien se sont depuis peu réunis (V. ÉVANGÉLIQUE).

CALYCADNUS, auj. le Selef, riv. de Cilicie, se jetait dans la mer au-dessous de Séleucie. C'est dans cette riv. que se noya l'empereur Frédéric I.

CALYDON, capit. de l'Étolie anc., sur l'Événus, à 8 k. de la mer. Célèbre par l'énorme sanglier que Diane envoya dans ses campagnes et que tua Méléagre.

CALYPSO, fille d'Atlas ou de l'Océan et de Téthys, habitait, suivant Homère, l'île d'Ogygie, où elle reçut Ulysse, que la tempête y avait jeté. Elle aima le héros et le retint longtemps dans son île; cependant, après sept ans, Ulysse la quitta, sur l'ordre de Jupiter, pour aller rejoindre Pénélope.

CAM (Diego), navigateur portugais du XVe siècle, fut chargé en 1484 par Alphonse V d'un voyage de découverte aux côtes d'Afrique, découvrit le fleuve Zaïre, explora le Congo et poussa jusqu'à 22° de lat. S.

CAMALDOLI, vge de Toscane, dans une vallée de l'Apennin, à 40 k. E. de Florence. Fameux monastère, chef d'ordre des Camaldules.

CAMALDULES, ordre religieux qui se consacrait à la vie purement contemplative, est ainsi appelé du monastère de Camaldoli, situé près de Florence. Il fut fondé par S. Romuald en 1012 et confirmé en 1072 par Alexandre III. Cet ordre a presque entièrement disparu dans le dernier siècle. Cependant, il y avait encore en France avant 1789 une abbaye de Camaldules à Grosbois (Seine-et-Oise).

CAMALODUNUM, v. de la Bretagne ancienne, que l'on croit être auj. Colchester ou Malden.

CAMARÈS ou PONT DE CAMARÈS, ch.-l. de cant. (Aveyron), sur le Dourdon, à 19 kil. S. de Ste-Affrique; 1656 h. Eaux ferrugineuses aux environs.

CAMARET, petit port du Finistère, dans la presqu'île de Crozon située entre la rade de Brest et la baie de Douarnenez; 700 hab. Monument celtique de Toull-Inguet. Pêche de la sardine.

CAMARGO (Marie Anne CUPPI, dite), célèbre danseuse, née à Bruxelles en 1710, morte en 1770, sortait d'une famille noble originaire d'Espagne. Elle parut avec le plus grand succès sur le théâtre de l'Opéra depuis 1734 jusqu'en 1751. Sa danse était pleine de noblesse et même de retenue. Voltaire a célébré la Camargo dans une charmante pièce de vers.

CAMARGUE (la), delta formé, dans le départ. des Bouches-du-Rhône (cantons d'Arles et Stes-Maries), par les deux principales branches du Rhône près de son embouch., un peu au-dessous d'Arles; chacun des côtés a près de 30 k. de longueur. La branche occid. se nomme le Petit-Rhône. Dans l'intérieur de l'île est une 3e branche, mais très-petite, dite le Vieux-Rhône; c'est l'ancien lit, qui s'est ensablé presque entièrement. Un cinquième de l'île est cultivé; le reste consiste en terres vagues, marais ou étangs, dont le plus considérable est celui de Valcarès. On y respire un air malsain (aria cattiva), résultant d'exhalaisons semblables a celles des marais Pontins; mais les effets en sont en partie neutralisés par le vent du mistral. On y nourrit beaucoup de bestiaux. On dérive le nom de Camargue de Caii Marii ager, parce qu'on suppose que Marius y campa.

CAMARINE, auj. Torre di Camarina, v. de la Sicile ancienne, sur la côte S. O., à l'embouch. du Gela. Fondée par les Syracusains en 599 av. J.-C.

CAMBACÉRÈS (J. J. RÉGIS de), profond jurisconsulte, né en 1753 à Montpellier, mort en 1824, succéda en 1771 à son père dans la charge de conseiller à la cour des aides; fut, en 1792, député à la Convention; vota pour le sursis dans le procès de Louis XVI; fut chargé en 1793, avec Merlin, de la classification des lois et de leur réunion en un seul corps; devint en 1794 président de l'assemblée, puis présida le Comité de salut public; eut en cette qualité une grande part au gouvernement et se signala par sa sagesse et sa modération. Il fut nommé ministre de la justice sous le Directoire; Bonaparte, élevé au Consulat, le choisit pour 2e consul (1799); devenu empereur, il le nomma archi-chancelier, le créa prince de l'Empire et duc de Parme. Cambacérès eut la part principale dans la rédaction du Code civil : il sut mettre à profit les travaux des grands jurisconsultes des siècles précédents, surtout ceux de Pothier; c'est lui qui est l'auteur du Discours préliminaire du Projet de code civil. Exilé par les Bourbons, il se retira en Belgique; il fut rappelé en 1818, mais ne joua plus aucun rôle politique. Il a laissé des Mémoires. — Son frère, Étienne Hubert de C., 1756-1818, fut nommé archevêque de Rouen en 1802, cardinal en 1803, sénateur en 1805. — Son neveu, le duc de Cambacérès, né en 1798, m. en 1870, a été pair de France sous Louis-Philippe, puis sénateur et grand maître des cérémonies sous Napoléon III.

CAMBALU. V. CAMELFORD et PÉKIN.

CAMBAYE, v. et port de l'Inde anglaise (Bombay), par 22° 21' lat. N., 70° 28' long. E., sur le golfe de Cambaye, à 130 kil. N. O. de Surate; 8 k. de tour; 30 000 h. Cette v., autrefois très-florissante par son commerce, compta jusqu'à 150 000 hab.; auj. elle est fort déchue par suite de l'encombrement de son port. Les Mahrattes en furent chassés par les Anglais en 1780. — Le golfe de Cambaye, Barygazenus sinus, partie de la mer d'Oman, est à l'E. de Guzzerat.

CAMBERIACUM, Chambéry en latin moderne.

CAMBERT (Robert), surintendant de la musique de la reine Anne d'Autriche, né à Paris vers 1628, mort en 1677, obtint avec l'abbé Perrin le privilége de l'Académie royale de musique, créée en 1669, et fit représenter, en 1671, le 1er opéra français régulier, Pomone. Dépossédé de son privilège par Lulli, il en mourut de chagrin..

CAMBODJE (Roy. de), contrée d'Asie, dans le roy. d'Annam, par 101° 14'-105° 45' long. E., 8° 47'-15° lat. N., entre le Laos au N., la Cochinchine proprement dite et le Tsiampa à l'E., le roy. de Siam à l'O., et la mer au S. O.; 700 kil. sur 400; environ 1 000 000 d'hab. Capit., jadis Cambodje, puis Panomping et Saïgong. Le pays est arrosé par le fleuve Mé-Kiang ou Cambodje. Pierres fines, or pur, étain; sandal, bois de fer, arbres produisant la laque et la gomme gutte, beaucoup de riz; buffles et animaux féroces, panthères, tigres, rhinocéros. Le Bouddhisme est la religion dominante. — Le Cambodje, indépendant jadis, est devenu, vers le milieu du XVIIIe s., une province de l'empire d'Annam. En 1809, à la suite d'une longue guerre, il fut partagé entre les Siamois et les Annamites. En 1858, ce pays secoua le joug à la faveur de l'expédition des Français contre l'empire d'Annam. Les Jésuites portugais y eurent des misions au XVIIe siècle.

CAMBODJE, anc. capit. du Cambodje, dans une île du fleuve de même nom. Grand palais, pagodes. Les Hollandais y ont eu un comptoir jusqu'en 1643.

CAMBODJE ou MÉ-KIANG, riv. d'Asie. V. MÉ-KIANG.

CAMBOLECTRI, peuple de Gaule. V. AGESINATES.

CAMBON (Joseph), conventionnel, né à Montpellier en 1756, mort à Bruxelles en 1820, fut membre de l'Assemblée législative, puis de la Convention, et vota la mort de Louis XVI. Il présida plusieurs fois la Convention, fit partie du Comité de salut public et de celui des finances, rédigea en 1793 sur l'administration des finances un rapport remarquable qui contribua puissamment à rétablir l'ordre, et fit créer le Grand-Livre de la Dette publique (24 août 1793). Il participa à la chute de Robespierre; néanmoins, lors de la réaction qui suivit, il fut décrété d'arrestation. Il échappa par la fuite et vécut caché à Montpellier. Envoyé en 1815 à la Chambre des représentants, il ne prit de part active qu'aux discussions sur le budget. Il fut exilé en 1816. On a de lui un grand nombre de Discours et de Rapports sur des matières politiques.

CAMBORITUM, v. de la Grande-Bretagne anc., chez les Icènes, est auj. Cambridge.

CAMBRAY, Cameracum, v. du dép. du Nord, ch.-l. d'arr., sur l'Escaut, à 26 kil. S. E. de Douai, à 168 k. N. de Paris par la route, 223 par chemin de fer; 18 083 h. Archevêché; trib., collége, bibliothèque. Forte citadelle; cathédrale, hôtel de ville. Toiles renommées, batiste, mousseline, bonneterie; filatures de coton, fabriques de sucre. Cambray eut, de 1559 à 1789, des archevêques, parmi lesquels Fénelon; de 1801 à 1842 elle n'eut plus qu'un évêché; l'archevêché a été rétabli en 1842. Patrie de Monstrelet, de Dumouriez, etc. — Connue sous les premiers Mérovingiens, Cambray fut prise par les Normands en 880 et 882. Elle fut assiégée inutilement par Édouard III en 1339, occupée, par Louis XI en 1477, prise par Louis XIV en 1677. Cette v. est célèbre par la Ligue de Cambray, formés en 1508 par l'empereur Maximilien I, le roi de France Louis XII, le roi d'Aragon, Ferdinand le Catholique, et le pape Jules II, contre la république de Venise; et par la Paix de Cambray, connue aussi sous le nom de Paix des Dames (1529), parce qu'elle fut négociée par Marguerite d'Autriche, tante de Charles-Quint, et Louise de Savoie, mère de François I; cette paix, peu avantageuse à la France, fut rompue en 1536.

CAMBREMER, ch. de cant. (Calvados), à 18 k. S. O. de Pont-l'Évêque; 412 h.

CAMBRÉSIS, petite prov. de France, qui faisait partie du pays occupé jadis par les Nervii, était bornée au N. et à l'E. par la Flandre et le Hainaut, au S. par la Picardie, à l'O. par l'Artois. Villes principales : Cambray, Cateau-Cambrésis, Crèvecœur, Vaucelles. Originairement habité par les Nervii, ce pays passa, au Ve siècle, de la domination des Romains à celle des Francs. Il fut gouverné dès le Xe siècle par des comtes, et fit partie du roy. de Lorraine jusqu'à l'avénement de Henri II, empereur d'Allemagne, qui, en 1007, donna le comté à l'évêque de Cambray. Philippe de Valois l'acquit en 1340, et ses successeurs le conservèrent jusqu'en 1435, époque où Charles VII l'engagea à Philippe le Bon, duc de Bourgogne. Louis XI le reprit en 1477; mais Charles-Quint le confisqua et rendit à l'évêque tous ses droits en 1543. En 1581 les Français prirent le Cambrésis; les Espagnols le leur enlevèrent en 1593; repris en 1677, il fut définitivement assuré à la France en 1678, par le traité de Nimègue.

CAMBRIA, nom latin du pays de Galles.

CAMBRIDGE, Camboritum, Cantabrigia, v. d'Angleterre, ch.-l. du comté de Cambridge, sur la Cam (d'où le nom de la ville, pont sur la Cam), et sur le chemin de fer de l'E., à 76 kil. N. E. de Londres; 28 000 hab. Université célèbre, fondée en 1229, ou même selon quelques-uns en 631, par Sigebert, roi d'Est-Anglie, organisée en 1571 : on y cultive surtout les mathématiques. Elle possède 17 colléges, dont les principaux sont ceux de Peterhouse, fondé en 1257; King's college, 1441; Christ's college, 1505; Trinity-college, 1546, etc. Bibliothèque de 140 000 v. ; musée d'antiquités; jardin botanique; observatoire. — Le comté de Cambridge est situé entre ceux de Lincoln, Norfolk, Suffolk, Essex, Hertford, Bedford, Huntingdon, et la mer; il a 80 k. sur 40 ; 143 500 h. Grande fertilité, inondations au S. et S. O.; bonnes terres, coupées de pâturages et de bruyères; élève considérable de bestiaux et de chevaux, excellents beurres, excellents fromages.

Le nom de Cambridge est commun à plusieurs villes des États-Unis, dont la principale est dans l'État de Massachussets, à 4 k. N. O. de Boston, avec lequel elle communique par un pont jeté sur le Charles-River; env. 15 000 h. Université, fondée en 1636 par Harvard, ministre anglican; c'est la 1re qui ait été fondée aux États-Unis : on y enseigne outre les études classiques, la théologie, le droit, la médecine; bibliothèque de 30 000 vol.; jardin botanique, cabinet d'histoire naturelle, observatoire.

CAMBRIENS, nom donné par les Romains aux Galls, qui habitaient le S. O. de la Grande-Bretagne.

CAMBRIN, ch.-l. de cant. (Pas-de-Calais), à 7 k. E. de Béthune; 308 h.

CAMBRONNE (P. J., baron de), général français,né en 1770, à St-Sébastien près de Nantes, mort en 1842, s'enrôla en 1792, fit avec distinction les campagnes de la République et de l'Empire, mérita d'être proclamé, après la mort de La Tour d'Auvergne, Premier grenadier de France, fut fait général en 1813, après le combat d'Hanau, devint major de la garde impériale en 1814, accompagna Napoléon à l'île d'Elbe, revint avec lui en 1815, commanda l'avant-garde de sa petite armée, et prit une grande part à la bat. de Waterloo, où il commandait une division de la vieille garde. Quoique sa division fût presque entièrement détruite, il refusa opiniâtrement de se rendre, en faisant, dit-on, cette réponse célèbre : La garde meurt et ne se rend pas; il tomba néanmoins aux mains des Anglais, après avoir été laissé pour mort sur le champ de bataille. Traduit en 1816 devant un conseil de guerre, il fut absous à l'unanimité. Nantes lui a érigé une statue, inaugurée en 1848. — On a contesté la réponse qui a illustré Cambronne : s'il ne la prononça pas textuellement, il en dit le sens dans le langage énergique du soldat.

CAMBUNIENS (monts), Cambunii montes, chaîne de montagnes de la Grèce anc., se détachait de l'Olympe, et séparait la Thessalie de la Macédoine : l'Ossa et le Pélion appartenaient à cette chaîne.

CAMBYSE, prince perse de la famille royale des Achéménides, épousa Mandane, fille d'Astyage, roi des Mèdes, et fut père du célèbre Cyrus. Ce prince était tributaire des Mèdes. Il vivait vers 595 av. J.-C.

CAMBYSE, roi de Perse, 530-522 av. J.-C., fils et successeur du grand Cyrus, porta la guerre en Égypte. Ne pouvant se rendre maître de Péluse, il plaça, dans un dernier assaut, au premier rang de son armée, des chiens, des brebis et autres animaux que les Égyptiens regardaient comme sacrés; les assiégés rendirent la place plutôt que de s'exposer à blesser ces animaux. Vainqueur de l’Égypte (525), il mit à mort le roi du pays; puis, tournant ses armes contre la Libye, il détacha 50 000 hommes de son armée pour aller piller et détruire le fameux temple de Jupiter Ammon; mais tous furent ensevelis dans les sables de la Libye. En Éthiopie, il ne fut pas plus heureux; une horrible famine réduisit ses soldats à se dévorer mutuellement. A son retour en Égypte, il tua, dans sa fureur, le bœuf Apis, détruisit le tombeau d'Osymandias et commit mille cruautés. Il allait retourner en Perse, où un faux Smerdis s'était fait proclamer roi, lorsqu'il mourut d'une blessure qu'il se fit à la cuisse en montant à cheval. Ce prince est représenté par les historiens comme un tyran furieux; il fit périr son frère Smerdis, ainsi que Méroé sa sœur et son épouse.

CAMDEN (Will.), antiquaire, surnommé le Pausanias et le Strabon anglais, né à Londres en 1551, mort en 1623, fut de 1577 à 1597 maître ou directeur de l'école de Westminster et devint en 1597 roi d'armes de Clarence, fonction qui était parfaitement en rapport avec ses goûts. On lui doit un grand ouvrage sur les antiquités de son pays : Britanniæ descriptio, qui parut pour la 1re fois en 1586, et qu'il ne cessa depuis de perfectionner (la meilleure édition est celle de Londres, 1607, in-fol.); une histoire du règne d’Élisabeth : Annales rerum anglicarum regnante Elizabetha, dont la 1re partie parut en 1615, et la 2e après sa mort, en 1625 (le tout a été réuni en 3 vol. in-8, Oxford, 1717, et avait été trad. en français dès 1627, par Belligent); une Collection des anciens historiens anglais, écossais, danois, 1603, in-f.; une Description des monuments de l'abbaye de Westminster; une Grammaire grecque, etc. Ces ouvrages réunissent à la fidélité l'ordre et la clarté.

CAMELFORD, autrefois Cambalu, v. d'Angleterre (Cornouailles), sur le Camel, affluent du canal de Bristol, à 35 kil. N. O. de Callington; 1000 hab. On y fait naître le roi Arthur; on y place aussi le combat entre Arthur et son neveu Modred, en 543.

CAMEN, v. des États prussiens (Westphalie), à 15 kil. S. O. de Hamm; 2000 hab. Patrie de Buxtorf.

CAMENTZ ou CAMENZ, Camentia, v. du roy. de Saxe, sur l'Elster Noir, à 27 kil. N. O. de Bautzen; 5000 hab. Draps, lainages, etc. Patrie de Lessing. Incendiée en 1842. — Ville de Prusse (Silésie), sur la Neiss, à 19 kil. S. E. de Frankenstein. Anc. abbaye de Cîteaux, fondée en 1094, supprimée en 1811.

CAMERACUM, nom latin de CAMBRAY.

CAMERARIUS (Joachim), savant, né à Bamherg en 1500, mort en 1574, était issu d'une famille dont le premier nom était Liebhard, et qui avait reçu la surnom de Camerarius, parce que plusieurs de ses membres avaient été chambellans. Il se fit de bonne heure connaître par des ouvrages pleins d'érudition, enseigna le grec et le latin à Nuremberg (1526), et réorganisa les universités de Tubingue (1550) et de Leipsick ( 1552). Il joua aussi un grand rôle dans les affaires politiques et religieuses, embrassa un des premiers la réforme, se lia étroitement avec Mélanchthon, l'aida à rédiger la Confession d'Augsbourg, fut chargé par le sénat de Nuremberg de plusieurs missions importantes, et jouit d'un grand crédit auprès des empereurs Charles-Quint et Maximilien, ainsi que des ducs de Saxe Henri et Maurice. On lui doit des traductions latines estimées d'un grand nombre d'auteurs grecs, tels qu’Homère, Hérodote, Xénophon, Aristote, Sophocle, Thucydide, Démosthène, etc.; des éditions, avec commentaires, de Plaute, Térence, Quintilien, Cicéron, Virgile; des Commentarii linguæ græcæ et latinæ; des Éléments de Rhétorique, une Vie de Mélanchthon, des Lettres, des Fables. — D'autres membres de la même famille se sont fait connaître avantageusement dans les sciences et dans les lettres, entre autres :

CAMERARIUS (Joachim), son fils, dit Cam. junior, savant médecin, 1534-98, auteur de : Hortus medicus, 1588; Symbola et emblemata ex herbis et animalibus, 1590-7; Commentaires sur Matthiole, etc.

CAMERARIUS (Rodolphe Jacques), né à Tubingue en 1665; il publia en 1694 une lettre De Sexu plantarum, où il établit la distinction des sexes, sur laquelle Linnée a plus tard établi sa classification.

CAMERINO, Camerinum, v. du roy. d'Italie, anc. ch.-l. de délégation des Étais romains, à 145 k. N. E. de Rome; 7000 h. Archevêché, université. Cathédrale et palais archiépiscopal. Soieries. — Camerinum était jadis dans l'Ombrie; cette ville, avec son territoire, devint au moyen âge une des Marches du duché de Spolète. — La délégation de C., entre celles de Macerata au N., de Fermo à l'E., de Spolète au S. et de Pérouse à l'O., comptait env. 33 000 h.

CAMERLINGUE, en italien camerlengo, chambellan; nom que porte à la cour de Rome le cardinal qui administre la justice et les finances; il préside la chambre apostolique. Lorsque le Saint-Siége est vacant, c'est le cardinal camerlingue qui gouverne. Dans l'ancien empire d'Allemagne, le trésorier de l'empereur portait le même nom.

CAMÉRON (Jean), théologien protestant, né en 1580 à Glascow, mort en 1626, combattit la doctrine calviniste de la prédestination. Il vint en France, enseigna à Bergerac, à Sedan, à Saumur et à Montauban, et publia entre autres écrits de polémique : Theses de gratia et libero arbitrio, Saumur, 1618. Il se rapprochait par sa doctrine des Arminiens de Hollande. Ses partisans furent appelés Caméroniens. — Un autre CAMÉRON, Archibald, également Écossais, né vers 1620 à Falkland, mort en 1680, fut un ardent presbytérien. Il refusa de reconnaître la supériorité du roi en matière de religion, et souleva ses compatriotes contre Charles II (1666); ses partisans, dits aussi Caméroniens, proclamèrent la république, assassinèrent l'archevêque de St-Andrews et battirent d'abord les troupes royales. Mais ils furent peu après taillés en pièces par le duc de Monmouth : Caméron périt dans le combat.

CAMILLE, Camilla, femme guerrière, fille de Métabus, roi des Volsques, joue un rôle dans l’Énéide. Occupée, dès son enfance, des exercices de la chasse et de la guerre, elle se distingua surtout par sa légèreté à la course et son habileté à tirer de l'arc. Venue au secours de Turnus contre Énée, elle fut tuée en trahison par Aruns. Virg., Én., VII et XI.

CAMILLE, sœur des Horaces, fiancée à l'un des Curiaces, ne put contenir sa douleur après le triomphe de son frère et la mort de son amant, et fut tuée par le héros, irrité de ses imprécations, 667 av. J.-C.

CAMILLE, M. Furius Camillus, général romain. Créé dictateur l'an 396 av. J.-C., il s'empara de Véïes, dont la siége durait depuis 10 ans, triompha des Volsques et fit la guerre contre les Falisques. Dans cette dernière guerre, un maître d'école des Falisques étant venu pour lui livrer la jeunesse qui lui était confiée, Camille fit dépouiller le traître de ses vêtements, et ordonna à ses élèves de le ramener à coups de verges; les Falisques, touchés de cette noble action, se soumirent à la République. Camille, de retour à Rome, fut accusé d'avoir détourné une partie du butin de Veïes, et, pour ne pas être jugé, il s'exila volontairement. Peu après, les Gaulois s'étant emparés de Rome, le sénat le rappela et le nomma de nouveau dictateur (389). Camille, survenant à l'improviste avec les Romains échappés au fer des barbares, rompit le traité par lequel Rome achetait la paix (V. BRENNUS), chassa les Gaulois de l'Italie, et rentra en triomphe dans sa patrie. Il détourna la peuple d'aller s'établir à Veïes, et le détermina à relever la ville détruite par les Gaulois, ce qui lui valut le surnom de Romulus et de second fondateur de Rome. Il fut encore deux fois dictateur : la 1re, il battit les Volsques, les Herniques, les Étrusques et les Latins; la 2e, il extermina, à Albanum, en 367, les Gaulois qui avaient de nouveau envahi l'Italie, et débarrassa pour jamais les Romains de ces formidables ennemis. Il mourut, dit-on, de la peste, l'an 365 av. J.-C. Plutarque a écrit sa Vie.

L'Église honore le 3 mars une Ste Camille, vierge d'Auxerre, née dans le Paganisme, que S. Gervais convertit et qui mourut en 437; — et le 4 juillet un S. Camille, né dans l'Abruzze, qui fonda en 1584 une congrégation de Clercs réguliers pour le service des malades et donna l'exemple du dévouement au milieu d'épidémies meurtrières. Il mourut en 1614.

CAMIRE, Camirus, v. de l'île de Rhodes, à l'O.

CAMISARDS. Ce nom fut donné aux Protestants des Cévennes et de la Lozère qui prirent les armes après la révocation de l'édit de Nantes (1685), réclamant la liberté de conscience et l'abolition des impôts qui les écrasaient. Il paraît dérivé du mot camisade, attaque nocturne (V. ce mot dans notre Dict. des Sciences). On envoya contre les Camisards, en 1702, le maréchal de Montrevel, qui ne put les réduire, et en 1704 le maréchal de Villars, qui ne les soumit qu'en détachant de leur parti un de leurs principaux chefs, Jean Cavalier. La plupart périrent dans les supplices. L’Histoire des Camisards a été rédigée par le ministre Court, père du célèbre Court de Gébelin, 1760.

CAMMA, femme galate d'une grande beauté, avait épousé le tétrarque Sinatus. Sinorix, prince de Galatie, ayant fait périr Sinatus par trahison pour épouser sa veuve, dont il était épris, Camma feignit de se rendre à ses désirs et le conduisit dans le temple de Diane comme pour célébrer leur union : là, elle partagea avec lui une coupe qu'elle avait empoisonnée. Elle expira aussitôt au pied de l'autel, heureuse de le faire périr avec elle. Cet événement tragique, raconté par Plutarque et Polyen, a été plusieurs fois mis sur la scène, notamment par Corneille.

CAMOENÆ. V. MUSES.

CAMOËNS (Luis de), dit le Camoëns, célèbre poëte portugais, né à Lisbonne en 1517 ou 1525, d'une famille noble, mais pauvre. Il conçut dans sa première jeunesse une vive passion pour une grande dame de la cour, Catherine d'Ataïde, ce qui le fit exiler à Santarem; dans son désespoir, il se fit soldat et alla combattre en Afrique; il perdit un œil d'un coup de feu devant Ceuta. Ne recevant aucune récompense ni aucun encouragement dans sa patrie, il partit en 1553 pour les Indes, resta quelque temps à Goa, puis fut exilé à Macao, pour avoir censuré le vice-roi dans une satire. Dans cet exil, il composa le poëme qui l'a immortalisé, les Lusiades (os Lusiadas), où il chante la gloire des Portugais (en latin Lusitani), les exploits et les découvertes de Vasco de Gama. Au bout de cinq ans, il fut rappelé de son exil : assailli par une tempête, il fit naufrage sur les côtes de la Cochinchine en retournant à Goa. On raconte qu'il se sauva à la nage, tenant dans sa main hors de l'eau le manuscrit de son poëme. Se voyant en butte à de nouvelles persécutions, il quitta l'Asie et revint à Lisbonne en 1569. Il y publia son poëme; mais il n'obtint aucune des faveurs qu'il devait espérer, et languit dans la misère : un esclave javanais allait, dit-on, pendant la nuit, recueillir pour lui des aumônes dans les rues de Lisbonne; on croit qu'il mourut à l'hôpital, en 1579. Outre les Lusiades, le Camoëns a composé des odes, des élégies, des sonnets, des satires et quelques tragédies. Les éditions les plus estimées des Lusiades sont celles de Souza-Botello, Paris, 1817 et 1819, et de Freyre de Carvalho, Lisbonne, 1843. Ce poëme a été plusieurs fois trad. en français, notamment en prose par M. Millié, Paris, 1825, 2 vol. in-8, et par MM. O. Fournier et Desaules, 1841, in-12; en vers, par M. Ragon, 1842, in-8. Camoëns est le héros d'une épopée d'Almeida de Garett, 1825, et d'une nouvelle de Tieck. Un monument lui a été érigé à Lisbonne en 1856.

CAMONICA (Val), vallée de Lombardie formée par une ramification des Alpes Rhétiques, est arrosée par l'Oglio. Elle a 60 kil. de long et fait communiquer l'Italie avec le Tyrol; 40 000 hab. Mines de fer.

CAMP DU DRAP-D'OR. V. CHAMP DU DRAP-D'OR.

CAMPAGNA, v. du roy. d'Italie (Princip. Citérieure), à 31 k. E. de Salerne, 6750 hab. Évêché.

CAMPAGNAC, ch.-l. de c. (Aveyron), à 57 k. E de Rhodez; 692 hab.

CAMPAGNE-LEZ-HESDIN, ch.-l. de c. (Pas-de-Calais), à 10 kil. S. E. de Montreuil; 992 hab.

CAMPAGNE DE ROME, contrée de l'Italie qui correspond à l'ancien Latium et à une partie de l’Étrurie, est située presque tout entière au S. du Tibre, entre la mer et les Apennins. Elle fait auj. partie des États du Pape et forme la comarque de Rome et la délégation de Frosinone : on y remarque, outre Rome et Frosinone, Tivoli, Castel-Gandolfo, Genzano. Sous l'empire français elle formait une grande partie du dép. de Rome. Cette contrée, jadis si peuplée et si florissante, est auj. mal cultivée et presque déserte, à cause du mauvais air (malaria), qui y règne et qui engendre des fièvres mortelles et des maladies endémiques. Elle n'est guère habitée que par des pâtres misérables qui y font paître des troupeaux de buffles. Dans la partie S. O., le long de la mer, s'étendent les Marais-Pontins, qui répandent des exhalaisons méphitiques.

CAMPAN, ch.-l. de c. (H.-Pyrénées), sur l'Adour, à 7 kil. S. E. de Bagnères; 3137 hab. Très-belle vallée : on y visite l'abbaye de Médons, le vge de l'Esponne, le prieuré de St-Paul et le mont Aigu. Marbres, cristal de roche.

CAMPAN (Henriette GENEST, dame), née à Paris en 1752, morte en 1822, fut d'abord lectrice des tantes de Louis XVI, puis fut attachée à la personne de la reine Marie-Antoinette, et lui donna dans son malheur des preuves de dévouement. Après la Révolution, elle fonda dans la vallée de Chevreuse un pensionnat qui devint bientôt florissant et où fut élevée Hortense Beauharnais. Elle y fut remarquée du premier consul, Bonaparte, qui, parvenu à l'Empire, la plaça à la tête de la maison impériale d'Écouen (1805), où devaient être élevées les filles des officiers de la Légion d'honneur. Elle perdit cette position à la Restauration et se retira à Mantes. Cette femme distinguée s'attachait surtout, dans l'éducation des femmes, à former des mères de famille. On a d'elle des Mémoires sur Marie-Antoinette, 1822; un Traité de l'Éducation des femmes, 1823, un Journal anecdotique, 1824, et une Correspondance avec la reine Hortense, 1835.

CAMPANELLA (Thomas), philosophe, né en 1568, à Stillo, en Calabre, mort à Paris en 1639, entra de bonne heure dans l'ordre des Dominicains. Il attaqua la scolastique, et, par la hardiesse de ses opinions, se fit beaucoup d'ennemis. Accusé d'avoir conspiré contre les Espagnols, qui étaient alors maîtres de sa patrie, il se vit condamné à une détention perpétuelle (1599), et ne put sortir de prison qu'au bout de 27 ans, grâce à l'intervention du pape Urbain VIII, et après avoir subi plusieurs fois la torture. Il se réfugia en France, où Richelieu lui accorda une pension. Campanella avait conçu, vers le même temps que Bacon, le projet de reformer la philosophie et de la ramener à l'étude de la nature, qu'il appelait le Manuscrit de Dieu; mais trop faible pour une si vaste entreprise, il ne fit que substituer un nouveau système aux systèmes déjà connus. Il dérivait toutes nos connaissances de la sensation, et regardait toutes les parties du monde comme douées de sentiment. Ses principaux ouvrages sont : Philosophia sensibus demonstrata, Naples, 1591 : il y défend les dogmes de Télésio ; Prodromus philosophiæ instaurandæ, Francfort, 1617; Philosophia realis, Francfort, 1620 et 1623 (comprenant la physique, la morale, l'économie et la politique) ; Philosophia rationalis, Paris, 1638 (comprenant la grammaire, la dialectique, la rhétorique, la poésie, l'histoire) ; Universalis philosophia, traité de métaphysique; Atheismus triumphatus, où il combat l’athéisme, mais assez faiblement; Civitas solis, sorte d'utopie dans le genre de la République de Platon, qui forme l'appendice de sa Philosophia realis (elle a été trad. par Rosset et par Villegardelle, 1841). Il a aussi publié une Apologie de Galilée, 1622, et a écrit sur la magie et l'astrologie, auxquelles il donna trop de crédit. Il a laissé des Lettres et des Poésies (trad. par Mme Colet, 1844). Baldacchini a donné : Vie et philosophie de Campanella (en ital.), Naples, 1840, et M. Dareste, Th. Morus et Campanella, Paris, 1843.

CAMPANIE, Campania, auj. Terre de Labour, prov. de l'anc. Italie, sur la mer Inférieure, s'étendait du Liris au Silare, entre le Latium et la Lucanie, et confinait du côté de l'E. au Samnium. Villes principales, Capoue, Baies, Nole, Sora, Calatie, Neapolis, Veseris, Picentie, Saticule. Pays de plaines (campi), d'où son nom; un volcan (le Vésuve); sol fertile; beaucoup de jardins et lieux de plaisance, ce qui faisait appeler ce pays le Jardin de l'Italie. — La Campanie appartint d'abord aux Opiques, peuple de race sicule ou pélasgique; les Étrusques les chassèrent vers 600 avant J.-C., et fondèrent une confédération de 12 cités dont Vulturne (depuis Capoue) fut la plus remarquable; ceux-ci furent soumis à leur tour (420) par des Samnites qui prirent le nom de Campaniens, et qui formèrent un État ou une ligue indépendante du Samnium; enfin les Romains se rendirent maître du pays de 343 à 314 av. J.-C. Les riches couvrirent la Campanie de magnifiques villas; mais, quand le système des latifundia y eut été introduit, cette province, jadis si florissante, devint inculte et se dépeupla.

CAMPASPE, maîtresse d'Alexandre. V. APELLES.

CAMPBELL (les), célèbre clan d’Écosse, dans le comté d'Argile, pays où une ville porte encore le nom de Campbellstown, commença à jouer un rôle important au XIIIe siècle. Les Campbell combattirent vaillamment pour le roi d’Écosse Alexandre III, contre les Norvégiens, défendirent l'indépendance écossaise avec W. Wallace et Robert Bruce, prirent parti, sous Charles I, pour les Indépendants, signèrent en 1637 le covenant et figurèrent parmi les plus fermes soutiens du presbytérianisme : deux de leurs chefs payèrent de leur vie leur opposition aux Stuarts. V. ARGYLE (comtes d').

CAMPBELL (John), écrivain écossais, né à Édimbourg en 1708, mort en 1775, s'établit de bonne heure à Londres et y publia un grand nombre d'écrits historiques qui eurent du succès : Histoire militaire du prince Eugène et de Marlborough, 1736,; Vies des amiraux anglais, 1742-44; Tableau politique de la Grande-Bretagne, 1744. Il eut aussi une grande part à l’Histoire universelle, publiée à Londres en 60 vol., ainsi qu'à la Biographia Britannica, et édita plusieurs voyages, entre autres ceux d’Édouard Browne, 1739. Il occupa depuis 1765 le poste d'agent du roi pour la Géorgie (Amérique du Nord).

CAMPBELL (le docteur George), né à Aberdeen en 1719, mort en 1796, fut professeur de théologie à Aberdeen, puis directeur du collège Mareschal dans la même ville. On a de lui une Dissertation sur les miracles (1763), contre Hume, et la Philosophie de la Rhétorique, 1776, ouvrage fort estimé.

CAMPBELL (Thomas), poëte, né à Glasgow en 1777, mort en 1844, se fit connaître dès l'âge de 21 ans par un poëme didactique, les Plaisirs de l'Espérance (imité par Albert de Montémont, 1824); prit un rang élevé dans le genre lyrique en composant la Bataille de Hohenlinden, les Marins anglais, les Combats de la Baltique, le Dernier homme, et mit le sceau à sa réputation par son poëme de Gertrude de Wyoming (1809), qui brille à la fois par le pathétique des situations, par la vigueur, l'élégance et l'harmonie du style. On a aussi de lui les Annales de l'Angleterre, de l'avénement de George III à la paix d'Amiens, 1808. Th. Campbell dirigea le New Monthly Magazine de 1821 à 1831, organisa en 1825 l'Université de Londres, devint en 1827 recteur de l'Université d’Édimbourg, et reçut en 1843 le titre de poëte lauréat.

CAMPBELLTOWN, v. et port d’Écosse (Argyle), à 90 k. S. O. d'Inverary, sur la côte S. E. de la presqu'île de Cantyre; 7000 h. Pêche du hareng. Fabriques de toiles; distilleries d'eau-de-vie de grains.

CAMPE (J. Henri), le Berquin allemand, né en 1746 à Deensen (Brunswick), mort en 1818. Il fut quelque temps aumônier d'un régiment, mais, ne pouvant supporter le spectacle des horreurs de la guerre, il quitta cette carrière et se voua à l'éducation. Il dirigea à Dessau le célèbre philanthropinum, puis exerça à Hambourg; devint ensuite chanoine et conseiller des écoles à Brunswick, et se retira en 1805 pour s'occuper seulement de travaux littéraires. Il fonda à Brunswick une librairie d'éducation qui eut beaucoup de succès, et obtint ainsi une grande aisance. Il a écrit pour l'enfance et la jeunesse une foule de petits ouvrages pleins d'intérêt. Les principaux sont : Robinson Crusoé en dialogues, qui eut plus de 40 éditions, la Découverte de l'Amérique, la Petite Bibliothèque des enfants; Théophron ou le Guide des jeunes gens; on les a réunis en une seule collection formant 37 petits vol., 1829-32. La plupart ont été trad. en français. On doit aussi à Campe d'utiles travaux sur la langue allemande.

CAMPÊCHE, v. du Mexique (Yucatan), sur le Rio-San-Francisco, près de son emb. dans la baie de Campêche, par 93° long. O., 19° 50' lat. N.; 15 000 h. Fortifications, bon port, consulat français. Commerce de cire. Cette ville fut longtemps l'unique entrepôt du bois de teinture dit bois de Campêche. — Elle a été assiégée et prise en 1659 par les Anglais, en 1678 par le corsaire Louis Scot, et en 1685 par les flibustiers des Antilles.

CAMPENON (Vincent), né à la Guadeloupe en 1772, mort en 1843, était neveu du poëte Léonard. Il s'annonça par des poésies fugitives, donna en 1809 la Maison des champs, poëme didactique, en 1811 l’Enfant prodigue, poëme élégiaque, qui firent sa réputation, fut admis à l'Académie en 1813, et devint chef de division, puis inspecteur de l'Université, et enfin secrétaire du cabinet du roi. On lui doit une traduction estimable d'Horace en vers, des traductions de l'anglais, des éditions de Léonard, Marot, Delille et d'intéressants Mémoires sur Delille, publiés en 1824. Ses Poëmes et Opuscules ont été réunis en 2 vol. in-18, 1823, et 1 vol. in-12, 1844.

CAMPER (Pierre), médecin et naturaliste hollandais, né à Leyde en 1722, mort en 1789, fit ses études sous Boerhaave, fut professeur de philosophie, de médecine et de chirurgie à Franeker, de là se rendit à Amsterdam et ensuite à Groningue, où il professa la médecine, l'anatomie et la botanique. Il parcourut presque toute l'Europe, et se lia avec les savants les plus distingués. Il joua aussi un rôle politique et fut membre du conseil d'État des Provinces-Unies. Camper découvrit la présence de l'air dans les cavités intérieures du squelette des oiseaux, et fut un des premiers à s'occuper d'anatomie comparée et de paléontologie. Il est surtout connu pour avoir essayé de mesurer le degré d'intelligence par le plus ou le moins d'ouverture de l’angle facial. Il a composé un grand nombre de traités et de mémoires sur la médecine, la chirurgie, la physiologie. Les principaux sont : Demonstrationes anatomicæ-pathologicæ, Amster., 1760-62; Dissertation sur les différences des traits du visage; Discours sur l'art de juger les passions de l'homme par les traits de son visage; Dissertation sur les variétés naturelles de l'espèce humaine. Jansen a publié une traduction de ses Œuvres sur l'histoire naturelle, la physiologie et l'anatomie comparée, 1803, 3 v. in-8. Camper était associé de l'Académie des sciences de Paris; Condorcet et Vicq d'Azyr ont composé son Éloge.

CAMPERDUYN ou CAMPERDOWN. V. CAMPRED0N.

CAMPI LAPIDEI, auj. La Crau.

CAMPI PHLEGRÆI. V. PHLÉGRÉENS (Champs).

CAMPI RAUDII, plaine située près de Verceil, où Marius défit les Cimbres et les Teutons, 102 av. J.-C.

CAMPILE, ch.-l. de cant. (Corse), à 26 k. S. O de Bastia; 907 h.

CAMPINE (de campus, plaine), vaste plaine qui s'étend en Belgique et en Hollande, à l'E. d'Anvers, entre les embouch. de l'Escaut et de la Meuse, n'est guère qu'une lande couverte de sable et de bruyère, et est fort peu peuplée; on y remarque cependant Hoogstræten, Turnnout, Lierre, Gheel. On l'a récemment canalisée pour la mettre en valeur (1856).

CAMPISTRON (J. GALBERT de), poëte dramatique, né à Toulouse en 1656, mort en 1723, vint fort jeune à Paris, y connut Racine qui lui donna des conseils, obtint par sa protection la place de secrétaire du duc de Vendôme, suivit ce prince dans toutes ses guerres et se fit remarquer par sa bravoure. Il a fait un assez grand nombre de tragédies : il donna successivement, à dater de 1683 : Virginie, Arminius, Andronic, Alcibiade; il a aussi composé des opéras, dont le meilleur est Acis et Galatée (musique de Lulli); une assez bonne comédie, le Jaloux désabusé, qui contribua à le faire admettre à l'Académie française en 1701. Campistron voulut imiter Racine; mais, quoique sage dans ses compositions, il n'eut ni le talent de concevoir un plan ou une situation, ni la force poétique, et n'approcha jamais de son modèle : on l'a surnommé le singe de Racine. Ses œuvres ont été souvent imprimées, notamment en 1750, 3 vol. in-12.

CAMPITELLO, ch.-l. de canton (Corse), à 22 k. S. O. de Bastia; 280 hab.

CAMPOBASSO, v. de l'anc. roy. de Naples, ch.-l. de la province de Sannio, à 84 kil. N. E. de Naples; 8000 hab. Collége royal. Armes et coutellerie.

CAMPOBASSO (le comte de), condottiere napolitain, issu de la maison française de Montfort, se mit d'abord au service de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, mais abandonna ce prince à la suite d'un affront qu'il en avait reçu : au siége de Nancy, 1477, il passa du côté de René, duc de Lorraine, et contribua au gain de la bataille où périt Charles.

CAMPOFORMIO, v. de Vénétie (Frioul), à 7 kil. S. O. d'Udine; 1800 hab. Célèbre par le traité de paix entre la France et l'Autriche, qu'y signa Bonaparte, le 17 octobre 1797 : l'Autriche cédait les Pays-Bas autrichiens, ainsi que les pays d'Empire jusqu'au Rhin, et reconnaissait la République cisalpine; la France lui accordait en échange Venise et les possessions vénitiennes.

CAMPOMANÈS (D. Pedro Rodriguez de), ministre espagnol, né dans les Asturies en 1710, mort vers 180O, fut nommé en 1765 par Charles III fiscal du conseil de Castille; devint en 1788, sous Charles IV, président de ce conseil et ministre, et s'efforça, pendant son administration, de relever Je commerce et l'industrie; mais les intrigues de Florida Blanca, favori de Charles IV, le firent disgracier en 1788. Campomanès a publié plusieurs ouvrages sur l'économie politique et sur l'administration de l'Espagne, ainsi que des Recherches sur Carthage, avec une trad. du Périple d'Hannon, 1756.

CAMPO-SANTO, c.-à-d. champ sacré. On nomme ainsi tout cimetière en Italie, mais plus spécialement certaines sépultures consacrées à des hommes distingués et entourées de portiques dont les murailles sont peintes à fresque. On connaît surtout ceux de Pise, de Naples et de Bologne.

CAMPO-SANTO, v. de l'anc. duché de Modène, sur le Panaro, à 22 kil. N. O. de Modène. Victoire des Espagnols sur les Autrichiens, 1743.

CAMPRA, compositeur français, né en 1660 à Aix, mort en 1744, s'exerça d'abord dans la musique sacrée et se fit une réputation par ses motets, puis travailla pour le théâtre. Il débuta par l’Europe galante, ballet qui eut un grand succès, et donna une foule d'autres pièces, opéras et ballets : Hésione, Iphigénie en Tauride, Idoménée, le Carnaval de Venise, etc. Il donna aux chœurs un grand développement. Campra se place entre Lulli et Rameau.

CAMPREDON, v. forte de Catalogne, sur le Ter, à 60 kil. N. O. de Girone. Prise par les Français en 1689 et 1794.

CAMPREDON, en holl. Camperdwyn, cap et bourg des Pays-Bas (Hollande septentr.), au S. du Texel. L'amiral anglais Duncan y battit l'amiral hollandais De Winter, 1797, ce qui lui valut le titre de vicomte de Campredon.

CAMULOGÈNE, général gaulois, chef des Parisii, défendit Lutèce contre les troupes de Labienus, lieutenant de César, et périt en 51 av. J.-C. dans une bataille livrée près de cette ville, sur le terrain qui forme aujourd'hui la plaine de Vaugirard (Voy. les Commentaires de César, liv. VII).

CAMUS, famille noble et ancienne de Bourgogne, a formé deux branches principales, celles de Marcilly (près d'Auxonne) et de Pontcarré (en Brie), et a produit plusieurs hommes remarquables :

Perrenot Camus de Marcilly (1470-1550), maire et capitaine d'Auxonne, défendit vaillamment cette ville contre Lannoy, général de Charles-Quint, et le força de lever le siége (1526). — Geoffroy Camus de Pontcarré (1539-1626), conseiller au parlement, accompagna Henri III aux États de Blois, s'efforça de le dissuader du meurtre de Guise, tenta dès 1585 de rapprocher Henri III et le roi de Navarre, pacifia la Provence agitée par la rivalité de La Valette et d'Épernon, et fut en récompense nommé par Henri IV 1er président du parlement de Provence. — J. Pierre Camus (1582-1652), évêque de Belley, ami de S. François de Sales, député du clergé aux États généraux de 1614, tenta de réformer les abus du clergé et des couvents, et attaqua avec véhémence, soit en chaire, soit dans ses écrits, les désordres des moines mendiants. Ne se voyant pas soutenu par Richelieu, il quitta son diocèse et se retira dans son abbaye d'Aunay (près de Caen). On a de lui un nombre prodigieux d'écrits, où l'on trouve plus de zèle que de goût, mais qui tous prouvent de l'esprit. On remarque dans le nombre les romans spirituels qu'il opposa aux romans d'amour alors en vogue (on connaît surtout Palombe ou la Femme honorable); un traité de l’Avoisinement des Protestants de l'Église romaine (1640), qui fraya la voie à l’Exposition de la foi de Bossuet; l’Esprit de S. François de Sales, 1641, 6 vol. in-8, plusieurs fois réimprimé. — Nic. Pierre C. de Pontcarré, 1er président du parlement de Normandie, en 1703, concourut puissamment à prévenir la disette, maintint l'ordre au milieu des circonstances les plus critiques, et sauva au péril de ses jours l'intendant de Courson, poursuivi par le peuple comme accapareur. — Geoffroy Macé C. de Pontcarré, son fils, le remplaça comme 1er président de Normandie (1726), fit de grands sacrifices pour soulager les pauvres dans la famine de 1741, et mérita le surnom de Père du peuple. Il fut un des fondateurs de l'Académie de Rouen.

CAMUS (Ch. Ét. Louis), mathématicien, né en 1699 à Cressy en Brie, mort en 1768, membre de l'Acad. des sciences de Paris, de la Société royale de Londres, examinateur des ingénieurs et du corps royal de l'artillerie de France, professeur et secrétaire particulier de l'Académie d'architecture, est auteur d'un Cours de mathématiques, Paris, 1766, en 4 vol. in-8, qui a eu longtemps la vogue. Il fut envoyé dans le Nord en 1736 pour y déterminer la mesure de la terre.

CAMUS (Armand Gaston), jurisconsulte, né à Paris en 1740, mort en 1804, fut d'abord avocat du clergé au parlement, puis fut député par les électeurs de Paris à l'Assemblée constituante et à la Convention. Fervent janséniste, il fut un des hommes les plus honnêtes de la Révolution. Il se distingua par son caractère stoïque et par ses efforts pour porter l'économie dans toutes les parties de l'administration. Il fut un des commissaires envoyés en Belgique par la Convention pour arrêter le général Dumouriez; mais celui-ci les prévint et les livra aux Autrichiens. Il fut échangé en 1795 contre la fille de Louis XVI. En 1796, il entra au conseil des Cinq-Cents. Il avait été nommé en 1792 archiviste national et bibliothécaire du Corps législatif; il conserva ces fonctions jusqu'à sa mort. Il a publié : Lettres sur la Profession d'avocat, 1772, qu'il compléta en 1777 par sa Bibliothèque de droit, et qui ont été reproduites par M. Dupin sous le titre de Manuel de l'avocat, et beaucoup d'écrits sur les matières ecclésiastiques. Camus cultivait aussi avec succès la littérature grecque : on lui doit des trad. de l’Histoire des animaux d'Aristote, Paris, 1783 (c'est la 1re qui ait été publiée en français); du Manuel d'Épictète et du Tableau de Cébès, 1796 (ce dernier travail fut fait pendant qu'il était dans les prisons de l'Autriche). Ces travaux le firent admettre de bonne heure à l'Académie des inscriptions et belles-lettres.

CANA, v. de Galilée (Zabulon), à 44 k. S. E. d'Acre, porte encore le même nom. Jésus, invité à une noce dans cette ville, y fit son 1er miracle en changeant l'eau en vin. Ce miracle est le sujet d'un beau tableau de Paul Véronèse (au Musée du Louvre).

CANADA, vaste contrée de l'Amérique du Nord (possessions anglaises), située entre 42°-51° lat. N. et 61°-95° long. O., a pour bornes au N. le Labrador, la mer Hudson et la Nouv. Galles mérid., à l'O. de vastes solitudes, au S. les États-Unis, à l'E. le Nouv.-Brunswick, le golfe St-Laurent et l'Océan Atlantique; 2200 k. sur 900; env. 2 600 000 h., la plupart d'origine française. Il est arrosé par le St-Laurent, l'Ottawa, la Niagara, etc. Il se divise en deux parties : Haut-Canada ou occidental, au S. O., et Bas-Canada ou oriental, au N. E.

Le Haut-Canada est borné au N. et à l'O. par la Nouv.-Galles mérid., au S. par l'État de New-York, dont il est séparé par le golfe de St-Laurent et la chaîne des grands lacs, au N. E. et à l'E. par le Bas-Canada. Sa population, qui, en 1783, n'était que de 10 000 individus, peut être évaluée auj. à 1 400 000 hab. Ch.-l., York ou Toronto; villes principales : Ottawa, Kingston, Niagara, Brockville, Chippeway. Le Ht-Canada renferme une moitié des grands lacs Ontario, Érié, St-Clair, Huron, Supérieur, lac des Bois. On y compte un grand nombre de canaux dont le principal est le Rideau.

Le Bas-Canada est borné à l'E. par le Maine et le golfe de St-Laurent; au S. O. et à l'O. par le Haut Canada; population, 70 000 en 1763, auj. 1 225 000 Ch.-l., Québec; villes principales : Montréal, trois-Rivières, William-Henry, New-Carlisle, St-John's.

Le Canada est encore couvert dans sa plus grande partie dévastes forêts vierges; on y exploite entre autres essences le pin balsamique, dont on tire un vernis dit Baume du Canada. Le sol est très-fertile en grains et en fruits; il renferme de riches mines de fer, de plomb et de mercure. Le climat est assez froid. Le commerce y prend de grands accroissements; l'instruction publique y est très-développée.

Le Vénitien Cabot, au service de l'Angleterre, découvrit le Canada en 1497; le Français J. Denys, de Harfleur, et le Vénitien Verazzani, au service de François Ier, visitèrent le golfe St-Laurent en 1506 et 1523; ils furent suivis par les Espagnols qui, n'ayant trouvé sur les côtes aucune trace de mines d'or ou d'argent, se retirèrent en répétant, dit-on, le mot acanada (ici rien); ce mot, répété plus tard par les indigènes aux Français, aurait été pris par ceux-ci pour le nom de la contrée. On fait aussi dériver Canada d'un mot iroquois qui signifie réunion de cabanes. Quoi qu'il en soit, Jacques Cartier remonta le St-Laurent en 1534, prit possession de tout le pays au nom de François I et l'appela Nouvelle-France. La Roque de Roberval, nommé vice-roi en 1542, fonda non loin de l'endroit où depuis fut bâti Québec le fort de Charlebourg. En 1608, Samuel Champlain jeta les fondements de Québec. Une compagnie française se forma en 1617 pour exploiter la colonie. Les Anglais avaient déjà tenté plusieurs fois (1629, 1711), mais inutilement, de s'en emparer, lorsque la guerre éclata avec la France en 1754. Après de nombreux combats, dans l'un desquels succomba le brave Moncalm, les Anglais finirent par conquérir tout le Canada, en 1759 et 1760; il leur fut définitivement cédé en 1763 par le traité de Paris. Au commencement de la guerre de l'indépendance, les Américains envahirent le Canada (1775), mais sans succès. Le Bas-Canada fut, en 1812, le théâtre de longues hostilités entre les Anglais et les Américains. — Dès 1791, un arrêt du parlement anglais proclama la séparation du Haut et du Bas-Canada. Ce dernier est régi en grande partie par l'anc. coutume de Paris, et les habitants ont encore conservé les mœurs françaises; le Catholicisme y domine. Les habitants du Haut-Canada sont plus Anglais, et professent en grande partie la religion de la métropole. Des restrictions apportées au commerce et à la liberté ayant excite de grands mécontentements, surtout dans la population française, il éclata au Canada en 1838 et 1839 de violentes insurrections : l'Angleterre est parvenue à les comprimer; néanmoins, il y subsiste encore un parti puissant qui aspire à l'indépendance et qui veut l'annexion du pays aux États-Unis. Les deux Canadas ont été réunis en 1840. Le siége du gouvernement commun, établi d'abord à Kingston, puis à Montréal, a été récemment fixé à Ottawa (1859), après une vive opposition. M. F. X. Garneau a donné une bonne Histoire du Canada, Québec, 1849-1852, 3 vol. in-8.

CANADIENNE (riv.), riv. de l'Amérique sept., sort des monts Rocheux, traverse le désert qui occupe le N. E. du Mexique, arrose l'O. de l'État d'Arkansas, puis tombe dans l'Arkansas par 97° 20' long. O., 35° lat. N., après un cours de 1000 kil.

CANAL de.... V. le nom qui suit CANAL.

CANALETTO (Ant.), peintre vénitien, 1697-1768, réussit d'abord dans des décorations de théâtre, puis peignit des Vues de Venise qui sont très-recherchées; il se servait avec avantage de la chambre obscure pour les lignes de ses tableaux. Il se distingue par la justesse de ses effets, par la transparence des fonds et des ciels. On admire surtout ses vues du palais ducal de Venise et de la place St-Marc. Ses Vues ont été gravées, Venise, 1742, in-fol.

CANANOR, v. de l'Inde anglaise (Madras), sur la mer d'Oman, au fond de la petite baie de Cananor; 10 500 hab. Commerce assez actif avec l'Arabie, Sumatra et tout l'Hindoustan. Petit fort, bâti par les Portugais en 1501. Cananor fut autrefois le ch.-l. d'un petit État qui était gouverné par des femmes. Elle fut prise en 1664 par les Hollandais, qui en furent chassés par Tippoo-Saëb; les Anglais la prirent en 1790 et y établirent leur principale station militaire du Malabar.

CANARIE (la Grande), île de l'archipel des Canaries, la plus grande après Ténériffe, par 17° 43'-18° 11' long. O., et 27° 45'-28° 14' de lat. N.; 45 kil. de diamètre; 55 000 bab. Ch.-l., Palmas. Côtes inaccessibles, si ce n'est du côté d'Isleta, presqu'île située au N. E. La baie de Palmas est une rade excellente.

CANARIES (îles), Insulæ Fortunatæ, groupe d'îles de l'Océan Atlantique, appartenant à l'Espagne, à 150 kil. de la côte N. O. de l'Afrique, entre 15° 40' et 20° 30' long. O., 27° 39' et 29° 30' lat. N. On en compte 7 principales : Ténériffe, Portaventura, Canarie, Palma, Lancerote, Gomera, et l'île de Fer ; env. 260 000 h. Ces îles, de formation volcanique, offrent des côtes escarpées, des montagnes très-hautes, entra autres le pic du Ténériffe, qu'on voit à près de 200 k. en mer. Le climat des Canaries, supportable au N. et à l'O., est d'une chaleur accablante et mortelle au S. et au S. E. Le sol y est d'une fertilité extrême; on élève dans toutes ces îles une grande quantité de bétail; on y exploite avec grand profit la cochenille. Vins exquis; serins renommés. — Les Phéniciens et les Carthaginois ont eu jadis des comptoirs aux îles Canaries; mais après la ruine de Carthage, ces îles furent perdues de vue, et le nom seul d’îles Fortunées resta dans le souvenir des navigateurs. Retrouvées en 1330 par des Français, elles furent visitées peu après par des navigateurs espagnols qui en prirent possession pour le roi de Castille. En 1345, elles formèrent un petit royaume pour un des infants de La Cerda. En 1402, les îles Fortaventura, Gomera et de Fer furent soumises, pour le roi de Castille, par Jean de Béthencourt, gentilhomme cauchois; la soumission des Canaries ne fut complète qu'en 1512, après l'extermination des Guanches, peuple indigène qui parait être d'origine berbère, et qui avait atteint un degré assez élevé de civilisation. Les Africains de la côte N. O. firent jusqu'en 1749 de fréquentes tentatives pour s'emparer des Canaries. — Le premier méridien passait jadis par l'île de Fer.

CANARIS. V. KANNARIS.

CANAYE (Philippe), sieur de Fresne, né à Paris en 1551, mort en 1610, fut conseiller d'État sous Henri III, puis ambassadeur en Angleterre, en Allemagne et à Venise sous Henri IV. Il avait été élevé dans le Calvinisme et s'était converti au Catholicisme. Il a laissé une relation de ses ambassades et des Mémoires, 3 vol. in-fol., 1635; on lui doit aussi une trad. française ou plutôt une analyse de l’Organon d'Aristote, In-fol., 1589. — Jean Canaye, jésuite, 1594-1670, a célébré la prise de La Rochelle dans un gros livre : Ludovici XIII triumphus de Rupella capta, 1628. in-fol. On a sous le titre de Conversation du maréchal d'Hocquincourt et du P. Canaye, un écrit satirique attribué à Charleval, où la subtilité des Jésuites est ridiculisée. — Étienne Canaye, 1694-1782, membre de l'Académie des inscriptions, ami de Fontenelle et de d'Alembert, a donné de bons Mémoires sur Thalès, Anaximandre, etc.

CANCALE, ch.-l. de c. (Ille-et-Vilaine), à 13 kil. N. E. de St-Malo, sur la côte O. de la baie de Cancale; 3115 h. On y distingue la ville, située sur une hauteur, et le port nommé La Houle. Les rochers de Cancale fournissent d'excellentes huîtres.

CANCHE (la), riv. de France (Pas-de-Calais), naît près d'Estrées, baigne Hesdin, Montreuil, Étaples, et se jette dans la Manche. Cours, 80 kil.

CANCLAUX (J. B. Camille, comte de), général français, né à Paris en 1740, m. en 1817, servit la cause républicaine, eut deux fois le commandement en chef de l'armée de l'Ouest, et sauva Nantes attaqué par 60 000 Vendéens. Il fut envoyé à Naples en 1797 en qualité d'ambassadeur et fut fait sénateur en 1804.

CANCON, ch.-l. de c. (Lot-et-Garonne), à 15 kil. N. O. de Villeneuve-d'Agen; 551 hab.

CANCRIN (le comte George), ministre en Russie, né en 1774 à Hanau, m. en 1845 à St-Pétersbourg, était fils de Louis Cancrin (1738-1816), Hessois, à qui l'on doit un bon Traité des mines et salines. Intendant général de l'armée en 1812, G. Cancrin devint en 1823 ministre des finances. Pendant 20 ans qu'il occupa ce poste, il augmenta le revenu public par une habile administration; il fonda des écoles de commerce, de navigation, des eaux et forêts, et mérita d'être surnommé le Colbert de la Russie. On lui doit un ouvrage estimé sur l’Économie militaire, 1823, en all.

CANDACE, reine d’Éthiopie au temps d'Auguste, fit une irruption en Égypte l'an 20 av. J.-C. et pilla toutes les villes sur son passage jusqu'à Éléphantine. Battue enfin par les troupes romaines, elle demanda la paix et rentra dans ses États. — Il y eut plusieurs autres reines du même nom en Éthiopie. Les Actes des Apôtres, VIII, 27-39, mentionnent une d'entre elles, dont un ministre fut converti et baptisé par S. Philippe. — On a pensé que le mot Candace pouvait signifier reine chez les Éthiopiens, comme Pharaon signifiait roi chez les Égyptiens.

CANDAHAR. V. KANDAHAR.

CANDAULE, roi de Lydie, 735-708 av. J.-C. On raconte que ce prince était si vain de la beauté de sa femme, qu'il voulut la faire voir à son favori Gygès pendant qu'elle était dans le bain : celle-ci l'ayant su s'indigna d'un tel affront, força Gygès à tuer Candaule, puis l'épousa et le fit asseoir sur le trône. Avec Candaule finit la dynastie des Héraclides.

CANDÉ, ch.-l. de cant. (Maine-et-Loire), sur l'Erdre, à 39 k. N. d'Angers, et à 89 S. O. de Segré; 1826 h. Mines de fer aux environs.

CANDEICH, v. de l'Inde anglaise. V. KANDEICH.

CANDEILLE (P. Joseph), compositeur, né en 1744 à Estaires (Nord), mort en 1827, d'abord chef de chant au grand opéra, quitta le théâtre pour s'adonner à la composition et devint professeur à l'École de chant. On a de lui, outre des motets, la musique de plusieurs opéras : Castor et Pollux, dont les paroles étaient de Gentil Bernard, est celui qui eut le plus de succès (1791). Sans être créateur, cet artiste avait de la force dramatique et le sentiment de la scène. — Julie Candeille, sa fille, née à Paris en 1767, morte en 1834, se distingua comme comédienne et comme auteur. Elle fit représenter au Théâtre-Français, en 1792, Catherine ou la Belle fermière, comédie en 3 actes et en prose, qui eut une vogue prodigieuse; elle fut moins heureuse dans la Bayadère, comédie en 5 actes et en vers.

CANDELARIA, pet. v. de la Plata (Corrientes), à 250 k. E. de Corrientes, sur la r. g. du Parana. Belle église. Ch.-l. de mission sous les Jésuites.

CANDIAC (MONTCALM de). V. MONTCALM.

CANDIANO, famille vénitienne qui a donné cinq doges à la république de Venise dans les IXe et Xe s. Le premier, Pierre Candiano, fut élu en 887, et périt 5 mois après dans un combat naval contre les Narentins (en Dalmatie) et les Esclavons. — Son fils, Pierre II, doge en 932, fit la guerre avec succès aux Narentins, et mourut en 939. — Pierre III, 3e fils du préc., fut élu en 942. Pendant son gouvernement, des pirates de Trieste ayant enlevé, dans l'église même de Castello, 12 jeunes Vénitiennes qu'on allait marier, il les poursuivit avec toutes les galères de Venise, et leur enleva leur proie après un combat acharné. Une fête annuelle fut instituée en commémoration. — Pierre IV, fils de Pierre III, succéda à son père en 959. Il déploya des talents pour la guerre et l'administration; mais son faste et son orgueil lui suscitèrent de puissants ennemis : une révolte, dirigée par Urséolo, éclata en 976, et Pierre Candiano fut massacré avec son fils. — Son frère, Vital Candiano, fut élu en 978. Après 14 mois de règne. il revêtit l'habit de moine dans le couvent de St-Hilaire, où il mourut 4 jours après.

CANDIDUM PROMONTORIUM, nom lat. du cap BLANC.

CANDIE (île de), Crète, grande île de la Méditerranée, au S. E. de la Morée et au S. O. de l'Anatolie; env. 250 000 h., Grecs pour la plupart; ch.-l. Candie. On la divise en 3 livahs, Candie, la Canée et Retimo. Île montagneuse, dont le principal sommet est le Psiloriti (Ida); marbre, albâtre; sol fertile en grains, coton, fruits, miel, huile; vins estimés, surtout les vins dits de Malvoisie. — Cette île changea son nom de Crète (V. ce mot) en celui de Candie après avoir été conquise par les Arabes, qui y fondèrent en 823 la ville de Candie (en arabe Kandah, retranchement). Nicéphore Phocas la reprit en 961. Venise l'acquit après la prise de Constantinople par les Croisés en 1204. Les Turcs la lui enlevèrent en 1669, après une longue guerre. Elle fut cédée en 1833 par le sultan au pacha d’Égypte, qui la lui rendit en 1841. Elle s'est depuis insurgée plusieurs fois contre les Turcs, mais sans succès.

CANDIE, Heraclæa, capit. de l'île de Candie, sur la côte N.; 15 000 h. Archevêché grec Château, port pour les barques; les gros bâtiments mouillent à l'île Dia, qui est vis-à-vis. — Elle fut fondée par les Arabes en 823; commerçante sous les Vénitiens, elle est auj. bien déchue. Les Turcs la prirent après un siége célèbre, qui dura de 1645 à 1669. Ruinée en 1856 par un tremblement de terre.

CANDOLLE (Aug. Pyrame de), botaniste, né à Genève en 1778, mort en 1841, était issu d'une famille calviniste de Provence qui s'expatria. Venu à Paris pour étudier la médecine, il prit le goût de la botanique au cours de Desfontaines, donna dès 1799 une Histoire des plantes grasses, publia bientôt après un Essai sur les propriétés médicales des plantes, aida Lamarck à refondre la Flore française, reçut en 1806 la mission de parcourir tout l'Empire pour reconnaître l'état de l'agriculture; publia à son retour trois beaux rapports sur ce sujet (dans les Mémoires de la Société d'agriculture, 1807-1813), obtint en 1808 la chaire de botanique à la Faculté de Médecine de Montpellier, et donna en 1813 la Théorie élémentaire de la botanique, son chef-d'œuvre : il y enseignait les rapports naturels qu'ont entre elles les diverses parties de la plante et analysait la valeur de chacune de ces parties. Persécuté en 1815 comme pour avoir accepté pendant les Cent-Jours les fonctions de recteur de l'Académie de Montpellier, il se retira à Genève, où fut créée pour lui une chaire d'histoire naturelle, avec un jardin botanique, et fut élu membre du conseil souverain. Il entreprit en 1818 de donner la description de toutes les plantes connues, et publia les deux premières parties de ce grand travail (Regni vegetabilis systema naturale, 1818-1821); mais cette publication, conçue sur de trop vastes proportions, n'ayant pu se continuer, il la reprit dans un ouvrage plus abrégé, Prodromus regni vegetabilis, continué après sa mort par son fils (14 vol. in-8, 1824-1862). On lui doit encore l’Organographie (2 vol. in-8, 1827) et la Physiologie végétale (3 vol. in-8, 1832), qui, avec la Théorie élémentaire, forment un corps de science complet. Outre ces divers ouvrages, De Candolle a donné un grand nombre de mémoires et d'articles détachés, parmi lesquels on remarque ses Expériences relatives à l'influence de la lumière sur les végétaux et sa Géographie botanique. De Candolle est le seul qui, depuis Linné, ait embrassé toutes les parties de la science des végétaux avec un génie égal. S'attachant à découvrir les lois intimes, il suivit les organes des plantes dans toutes leurs transformations, et expliqua les anomalies apparentes; il fit triompher définitivement la méthode naturelle, et poussa aussi loin que possible la classification : il portait à la fin de sa carrière le nombre des espèces connues à 80 000. De Candolle était associé étranger de l'Institut. M. Flourens a prononcé son Éloge à l'Académie des sciences, 1842. Il a laissé lui-même des Mémoires sur sa vie. — Son fils, Alphonse de Candolle, associé de l'Institut, lui succéda dans sa chaire à Genève, et continua ses publications.

CANDY, v. de l'île de Ceylan, dans l'intérieur, se compose d'une rue unique de 3 kil. de long.; 3000 h. Nombreux temples de Bouddha. Candy a été plusieurs fois brûlée par les Européens. C'était jadis la capit. d'un petit État situé au centre de l'île. Les Anglais s'en sont rendus maîtres en 1815.

CANÉE (LA), Cydonia, v. de l'île de Candie, sur la côte N.; 12 300 h. Citadelle, port avec phare. Consulats français, anglais, russe. C'est la ville la plus commerçante de l'île. Elle appartient aux Turcs depuis 1645.

CANÉPHORES, c.-à-d. en grec porteuses de corbeilles. On nommait ainsi à Athènes de jeunes filles de distinction attachées au service de Minerve, qui portaient sur leur tête, à la procession des Panathénées, des corbeilles entourées de guirlandes de fleurs et remplies d'objets consacrés au culte. CANFRANC, bourg d'Espagne (Huesca), à 16 k. N. de Jaca. Près de là est le col de Canfranc, passage très-fréquenté d'Espagne en France.

CANIGOU, haute mont. des Pyrénées, dans le dép. des Pyrén. orientales, à 10 kil. S. de Prades; 2785m.

CANINA (L.), architecte et antiquaire piémontais, né en 1795 à Casal, mort en 1856, se fixa de bonne heure à Rome où il s'occupa de recherches archéologiques, devint architecte du prince Borghèse, et fut chargé par Pie IX de diriger les fouilles de la voie Appia. Il a publié en italien un grand nombre d'ouvrages sur la Topographie de Rome, sur la Campagne romaine; l’Étrurie, la Voie Appienne, et a beaucoup ajouté aux connaissances qu'on possédait.

CANINÉFATES, tribu batave, occupait l'O. de l'île des Bataves, sur les bords de la mer de Germanie.

CANINO, ville de l’État ecclésiastique, à 26 kil. N. O. de Viterbe. Palais donné à Lucien Bonaparte par Pie VII avec le titre de prince du Canino.

CANISIUS (P.), jésuite de Nimègue dont le nom hollandais était De Hondt (le Chien), né en 1524, mort en 1597, enseigna dans plusieurs colléges de son ordre, fonda ceux de Prague, d'Augsbourg, de Fribourg en Suisse, et rédigea pour l'enseignement de la religion un excellent précis : Summa doctrinæ christianæ, 1554, connu sous le nom de Grand Catéchisme, et traduit en plusieurs langues, notamment en français par l'abbé Peltier, 1857. Il donna lui-même de cet ouvrage un abrégé, le Petit Catéchisme, qui devint populaire. — Henri Canisius, son neveu, professeur de droit canon à Ingolstadt, mort en 1610, a donné Antiquæ lectionæ ad historiæ mediæ ætatis, recueil précieux, quoique indigeste; de pièces relatives à l'histoire ecclésiastique.

CANISY, ch.-l. de cant. (Manche), à 8 kil. S. O. de St-Lô; 235 hab. Draps, coutils, beau château.

CANNAY, une des Hébrides, à 17 kil. S. O. de Sky; 500 hab. Mont dit de la Boussole, où l'aiguille aimantée varie d'un quart de cercle à l'O.

CANNES, Cannæ, vge d'Italie, dans l'anc. Apulie (Capitanate), sur l'Aufide, à 11 kil. S. O. de la ville actuelle de Barletta. Annibal y tailla en pièces, l'an 116 av. J.-C, l'armée des Romains, commandée par Varron et par Paulus Æmilius, qui y périt avec 50 000 des siens.

CANNES, Ægitna ou ad Horrea, v. et port de France, ch.-l. de cant. (Alpes marit.), à 17 kil. S. E. de Grasse, sur le golfe de Napoule; 7357 hab. Site enchanteur, air très-doux. Vins, huiles, savons, parfumerie. Napoléon y débarqua à son retour de l'île d'Elbe, le 1er mars 1815.

CANNIBALES, nom donné vulgairement aux Caraïbes (V. CARAÏBES), est devenu synonyme d'anthropophages, à cause de l'usage où étaient les Caraïbes de dévorer leurs prisonniers.

CANNING (Georges), ministre anglais, né à Londres en 1770, mort en 1827, publia, dès l'âge de 16 ans, le Microcosme, journal littéraire plein de goût et de fine raillerie, entra en 1793 à la Chambre des Communes, où il se fit bientôt remarquer par son éloquence; prit parti pour Pitt, qui le fit nommer sous-secrétaire d'État en 1796, et devint ministre des affaires étrangères en 1807 : il souilla son administration par l'inique bombardement de Copenhague. Il se retira en 1809, à la suite d'un duel avec son collègue Castlereagh, et resta quelque temps éloigné du gouvernement ; mais il fut rappelé en 1822, comme ministre des affaires étrangères, et devint premier ministre en 1827. Il se montra plus favorable qu'auparavant aux idées libérales, s'unit aux whigs, appuya l'émancipation des catholiques d'Irlande, détacha son pays de la Sainte-Alliance, et prépara l'indépendance de la Grèce. Il mourut au milieu de ses travaux. Il avait cultivé la poésie avec succès dans sa jeunesse; son poëme de l’Esclavage de la Grèce révèle une imagination brillante en même temps qu'un vif amour de la liberté.

CANO (Diego), marin portugais. V. CAM (Diégo).

CANO (Sébastien DEL), navigateur espagnol, né vers 1460 à Guetaria près de St-Sébastien, fit partie de l'escadre de Magellan, reçut en 1521, après les désastres arrivés à ce célèbre navigateur, le commandement du vaisseau la Victoire; reconnut les îles d'Amboine, de Solor et de Timor, 1522, doubla avec beaucoup de peine le cap de Bonne-Espérance, et revint dans sa patrie en 1522, avec la gloire d'avoir le premier fait le tour du monde. Il mourut en 1526 dans un 2e voyage aux Indes orientales.

CANO (Alonzo), sculpteur, peintre et architecte, né à Grenade en 1601, mort en 1667, mérita d'être appelé le Michel-Ange de l'Espagne. Il obtint la faveur du duc d'Olivarez, qui le fit nommer en 1638 maître des œuvres royales et peintre de la chambre. Comme sculpteur, il se fit connaître par trois statues de grandeur naturelle, représentant la Vierge avec l'enfant Jésus, S. Pierre et S. Paul; comme architecte, il érigea un arc de triomphe à Madrid lors de l'entrée solennelle de Marie-Anne d'Autriche, 2e femme de Philippe IV; comme peintre, il fit un grand nombre de tableaux estimés qui ornent la plupart des grandes églises de l'Espagne, notamment une Conception de la Vierge, une Madeleine en pleurs, le Miracle del Poso de San-Isidoro et le Christ sur le Calvaire. Des malheurs domestiques, suite d'une vie désordonnée, le déterminèrent à chercher la retraite : il finit ses jours dans un couvent de Grenade. Les qualités qui le distinguent comme peintre sont un pinceau suave et gracieux, un dessin pur, naïf et en même temps majestueux, un coloris savant, une composition sage et pleine de goût, une exécution soignée jusque dans les mains et les pieds.

CANONGATE. V. ÉDIMBOURG.

CANOPE, dieu des eaux chez les Égyptiens. Il est représenté sous la forme d'un vase surmonté d'une tête d'homme ou d'animal. Ce ne fut probablement dans l'origine qu'un vase destiné à filtrer les eaux limoneuses du Nil ou un vase gradué, contenant différentes mesures d'eau et faisant connaître la crue plus ou moins abondante du fleuve; les figures dont il est surmonté indiquaient les signes du zodiaque auxquels cette crue correspondait. — On donnait aussi le nom de canopes à des vases où l'on gardait l'eau du Nil pour la boire, ainsi qu'à des espèces d'urnes où l'on renfermait le corps d'animaux sacrés ou qu'on plaçait auprès des momies.

CANOPE, Canopus, auj. Aboukir? anc. ville de la Basse-Égypte, entre Bouto et Alexandrie, à l'embouchure d'une branche du Nil dite Canopique. Célèbres temples de Sérapis et du dieu Canope. Les Grecs disaient que la ville devait son nom à un Grec, pilote de Ménélas qui y périt.

CANOSA, Canusium, v. d'Italie (Terre de Bari), à 68 kil. O. de Bari : 8000 hab. Fondée, dit-on, par Diomède, et fort importante jadis. C'est là que les débris de l'armée romaine se réfugièrent après la défaite de Cannes. Ruines antiques, restes de tombeaux taillés dans le roc. La ville a beaucoup souffert du tremblement de terre de 1694.

CANOSSA, bourg de l'anc. duché de Modène, à 18 k. S. O. de Reggio, sur une montagne; 1200 hab. Anc. château qui appartint à la grande-comtesse Mathilde, et où l'empereur Henri IV vint s'humilier devant le pape Grégoire VII.

CANOURGUE (LA) V. LA CANOURGUE.

CANOVA (Antoine), sculpteur italien, né en 1757 à Possagno, dans l’État vénitien, mort à Venise en 1822, fut appelé à Rome en 1779, après avoir remporté plusieurs prix à l'Académie des beaux-arts de Venise. Il y donna successivement plusieurs ouvrages qui le mirent bientôt au premier rang des sculpteurs modernes, et dans lesquels il sut allier l'imitation de la nature avec les beautés idéales de l'antique. Ses principaux ouvrages sont : Thésée assis sur le Minotaure vaincu; le mausolée de Clément XII, dans la basilique de Saint-Pierre, le mausolée de Clément XIV, en marbre, dans l'église des Saints-Apôtres; Psyché enfant, debout, tenant par les ailes un papillon posé dans sa main; le mausolée d’Alfieri, dans l'église de Santa-Croce à Florence; Washington, pour le sénat de la Caroline, la Madeleine, Orphée et Eurydice, Dédale et Icare, Adonis et Vénus, Endymion, Vénus victorieuse (Pauline Bonaparte), Polymnie (Élisa Bonaparte),etc. Il cultiva aussi la peinture avec succès. Canova avait été appelé plusieurs fois à Paris par Bonaparte : il revint en 1815, chargé par le pape de présider à la reconnaissance et à la translation des monuments enlevés à l'Italie et que réclamait le gouvernement pontifical. Cet artiste se distingue par la pureté des contours, l'élégance des formes, la sagesse de la composition, l'expression des physionomies, l'habileté à donner au marbre le poli et le moelleux de la nature vivante ; quelques-uns lui refusent la vigueur et l'originalité. Il était associé étranger de l'Institut. Son Œuvre a été publiée en 1824 par Réveil et Delatouche. Quatremère de Quincy a donné une étude sur Canova et ses ouvrages, et le comte de Cicognara sa Biographie, Venise, 1825.

CANPOUR, Cawnpour, v. de l'Inde anglaise (Calcutta), ch.-l. de district, sur la r. dr. du Gange, à 160 k. N. O. d'Allahabad; 12 000 h. Ville ancienne, grande, commerçante; importante comme poste militaire. Chaleur intolérable en été. Insurgée contre les Anglais en 1857 et réduite avec une vive résistance.

CANTABRES, Cantabri, peuple de l'Hispanie (Tarraconaise), vers les sources de l'Èbre, à l'E. des Astures, entre les Pyrénées asturiques et la mer : leur pays répond aux Asturies, au Guipuscoa et à la Biscaye proprement dite. Ils furent soumis sous Auguste, par Agrippa, l'an 25 av. J.-C., et succombèrent les derniers des Espagnols. Les Basques se disent descendants des Cantabres. — On nomme souvent Monts Cantabres la chaîne asturique, qui n'est que le prolongement occidental des Pyrénées, et Océan Cantabrique la portion de l'Océan qui baigne le N. de l'Espagne, auj. Golfe de Biscaye.

CANTABRIGIA, auj. Cambridge.

CANTACUZÈNE, noble famille grecque, a fourni deux empereurs à Constantinople, Jean Cantacuzène, 1347-55, et Mathieu, son fils, 1355-56 (V. ces noms). Elle s'est conservée jusqu'à ces derniers temps, et a donné plusieurs princes à la Moldavie et à la Valachie aux XVIIe et XVIIIe siècles. — L'un d'eux, Démétrius Cantacuzène, hospodar de Moldavie au XVIIe siècle, se fit détester par sa tyrannie. Il accusa d'intelligence avec les Russes le général moldave Constantin Cantemir afin de se défaire de lui : mais sa fraude ayant été découverte, il fut expulsé et remplacé par Cantemir lui-même, 1685.

CANTAL (monts), petite chaîne de mont. de France, se lie par le S. E. aux monts de la Margeride, par le K. aux monts Dore, et sépare le bassin de l'Allier de celui du Lot. Le mont Cantal proprement dit, ou Plomb du Cantal, a 130 kil. de circuit à sa base, et 1858m de haut. Il donne son nom à toute la chaîne et à un département. Ce groupe était jadis rempli de volcans : le centré est occupé par un cratère éteint de 9 kil. de diamètre.

CANTAL (dép. du), borné par ceux du Puy-de-Dôme au N., de l'Aveyron au S., de la Lozère et de la H.-Loire à l'E., de la Corrèze et du Lot à l'O., 5829 kil. carrés; 240 523 h.; ch.-l., Aurillac. Il est formé d'une partie de l'Auvergne et du Vélay. Hautes montagnes, dont quelques-unes couvertes de neige pendant 6 mois; riv. nombreuses, houille, grès, gypse, marne, eaux thermales; peu de froment, mais quantité d'orge, de seigle, de pommes de terre, de lin, de chanvre, de châtaignes, etc. Beaux pâturages, bons fromages dits d'Auvergne. Industrie et commerce bornés. Les habitants pauvres émigrent annuellement en grande partie. — Le département se divise en 4 arr. (Aurillac, Mauriac, Murat, St-Flour), 23 cant., 259 comm. Il appartient à la 20e division militaire, dépend de la cour impériale de Riom et de l'évêché de St-Flour.

CANTARINI, peintre. V. PÉSARÈSE (le).

CANTA-VIEJA, Carthago Vetus, bourg d'Espagne (Téruel), à 50 k. N. E. de Téruel, sur une montagne ; 1800 h. Pris et repris en 1836 et 1837 par les Carlistes et par les troupes de la reine.

CANTELEU, bourg et côte de la Seine-Inférieure, à 4 kil. S. O. de Rouen, sur la r. dr. de la Seine; 3284 h. Belle vue. Château, maisons de campagne; fabriques d'indiennes.

CANTEMIR (Constantin), né en Moldavie vers 1630, servit dans l'armée turque lors de l'expédition de Mahomet IV contre la Pologne; se distingua à la bataille de Choczim (1674), et fut chargé de la défense des frontières entre le Dniestr et le Pruth. Cantemir occupait ce poste lorsque Démétrius Cantacuzène, gouverneur de la Moldavie, jaloux de lui, le dénonça comme traître au séraskier Soliman-Pacha. Constantin se justifia et obtint la principauté de son accusateur, qui en fut chassé (1685). Il gouverna la Moldavie jusqu'à 1693, époque de sa mort. — Démétrius C., fils du précédent, né en 1673 dans la Moldavie, mort en 1723, fut nommé hospodar de la Moldavie, en souvenir des services rendus par son père. Cependant, mécontent de la cour ottomane, il accepta en 1710 les offres que lui faisait le czar Pierre le Grand, alors en guerre avec la Turquie, et joignit ses troupes aux siennes : d'après le traité, la Moldavie devait être érigée en principauté héréditaire pour la famille Cantemir, sous la protection de la Russie. Les événements de la guerre empêchèrent l'exécution de ce traité; mais, en dédommagement, Démétrius, qui s'était réfugié en Russie, obtint le titre de prince de l'empire russe, avec des domaines considérables en Ukraine, Cantemir possédait onze langues, tant anciennes que modernes. Ce prince a laissé une Histoire de l'agrandissement et de la décadence de l'empire ottoman, en latin, trad. en anglais par Nic. Tyndal, Lond., 1734, et en franç., sur la version anglaise, par de Jonquières, Paris, 1743; Système de la religion mahométane, St-Pétersbourg, 1722, en allemand; Histoire ancienne et moderne de la Dacie, Jassy, 1836; Histoire des maisons Brancovan et Cantacuzène, 1795. — Son fils, Antiochus Cantemir, né en 1709, mort en 1744, à Paris, cultiva aussi les lettres et écrivit en langue russe; on a de lui un poëme sur le czar Pierre, des satires, des trad. d’Anacréon, d’Horace, etc.

CANTER (Guillaume), habile critique, né à Utrecht en 1542, mort en 1575, était fils d'un sénateur d'Utrecht. On a de lui : Novæ Lectiones, 1564 (l'édit. la plus complète est celle d'Anvers, 1571, suivie d'un Syntagma de ratione emendandi græcos auctores); Aristidis orationes avec trad. lat., Bâle, 1566 ; la Cassandra de Lycophron 1569; Euripides 1571, Sophocles, 1579; Æchylus, 1580, etc. Un des premiers, il donna l'exemple de restaurer les textes d'après des règles scientifiques. — Son frère Théodore C, 1545-1617, s'est aussi distingué comme critique : on estime ses notes sur Arnobe, Anvers, 1582.

CANTIN (cap), Atlas minor, sur la côte O. du Maroc, par 11° 35' long. O., 32° 34' lat. N.

CANTIUM, région de la Bretagne romaine, à l'angle E., comprenait le comté de Kent et pays voisins.

CANTON, Kouang-tcheou-fou grande v. et port de Chine, capit. du Kouangtoung, sur le Pé-Kiang, à quelques kil. de son embouch.; 700 000 hab. Elle se divise en ville chinoise et ville tartare, qui est la plus belle. Le quartier des Européens est dit Chisan-hang ou les Treize-Comptoirs. Assez beaux temples. Quantité de barques, qui forment comme une ville sur le Tchu-Kiang. Industrie et commerce immenses : exportation de thé, alun, anis, borax, soieries, musc, camphre, ouvrages en laque, porcelaines, etc; on y importe l'opium, des tissus de laine et de coton, et des métaux. — Le port de Canton fut jusqu'en 1842 le seul ouvert aux Européens : le monopole du commerce était entre les mains de 14 marchands chinois (Hongs). Les Portugais y avaient été admis dès 1517; les Anglais en 1634. Momentanément occupée en 1841 par les Anglais, cette v. fut bombardée par eux en 1856. Elle fut prise d'assaut en 1857 par les flottes combinées de l'Angleterre et de la France, à la suite d'attaques des Chinois contre des navires marchands anglais.

CANTORBÉRY, Durovernum et Cantuaria en latin, Canterbury en anglais, v. d'Angleterre, ch.-l. du comté de Kent, jadis capit. du roy. de Kent, sur le Stour, à 80 kil. S. E. de Londres; 16 000 hab. Archevêché, le plus ancien de l'Angleterre, établi en 597, pendant la mission de S. Augustin, et dont le titulaire est primat de toute l'Angleterre et premier pair du roy. Parmi les monuments, on remarque la cathédrale, datant de 1184, qui renferme le tombeau de S. Thomas Becket, assassiné en ce lieu, en 1170, et ceux du prince Noir, de Henri IV et du cardinal Pole; l'hôtel de ville, le théâtre, les casernes, 4 rues principales disposées en croix. Houblon, charcuterie renommée. Étoffes de soie et mousselines dites de Cantorbéry. Eaux thermales.

CANTUARIA, nom latinisé de CANTORBÉRY.

CANTWELL (Michel), traducteur, né en 1744, m. en 1802, était fils d'André Cantwell, médecin irlandais établi en France et auteur lui-même de quelques écrits. Après avoir servi dans l'armée française, il fut nommé bibliothécaire des Invalides. Il â traduit en français un grand nombre d'ouvrages anglais, entre autres l’Histoire de Gibbon, 1777-95; la Rhétorique de Blair; le Voyage du commodore Byron à la mer du Sud. Ses traductions, quoique peu estimées, ont cependant rendu service.

CANTYRE, presqu'île de la côte occid. d’Écosse, forme la partie mérid. du comté d'Argyle.

CANUBIN, Cœnobium, couvent d'Hospitaliers en Syrie, à 44 kil. E. de Tripoli; ch.-l. des Maronites.

CANUEL (le général), né en 1767 dans le Poitou, mort en 1841. D'abord fougueux républicain, il se déclara en 1814 chaud partisan des Bourbons, alla en 1815 combattre dans les rangs des Vendéens, qu'il avait lui-même combattus en 1793, et se montra impitoyable dans la répression d'un mouvement insurrectionnel à Lyon en 1817, ce qui lui attira de vifs démêlés avec le colonel Fabvier et le rendit fort impopulaire. En compensation, il obtint les faveurs de la Restauration. On a de lui des Mémoires sur la guerre de Vendée en 1815, et une Réponse au colonel Favier sur les événements de Lyon, 1818.

CANULEIUS (Cn.), tribun du peuple, fit décréter, l'an 444 av. J.-C., une loi qui permettait les mariages entre patriciens et plébéiens; mais il ne put obtenir qu'un des deux consuls serait plébéien.

CANUSIUM, auj. Canosa, v. d'Apulie. V. CANOSA.

CANUT ou KNUT I, roi de Danemark, fils aîné de Gorm le Vieux. On croit qu'il régna avec son père de 863 à 873, et mourut avant lui. C'est à tort qu'on le compte au nombre des rois titulaires.

CANUT II (I en Angleterre), dit le Grand, monta sur le trône de Danemark en 1014, et, la même année, vint revendiquer, les armes à la main, le roy. d'Angleterre, que son père Suénon avait conquis. Edmond, fils d'Ethelred, le lui disputa avec tant de courage que Canut dut consentir pour le moment à un partage : un traité assura à Edmond le midi de l'Angleterre; mais ce prince ayant été assassiné par Edric, son beau-frère, Canut resta seul maître du pays (1017). Pour se concilier les Anglais, il épousa la veuve d'Ethelred. Les deux nations danoise et anglaise, suivant cet exemple, s'unirent par de nombreux mariages, et, en 1028, Canut put, sans craindre une insurrection de ses nouveaux sujets, s'absenter d'Angleterre. Après un pèlerinage à Rome, 1024, il vainquit les Suédois, conquit la Norwége sur Olaf le Saint, 1028-1031, et soumit l’Écosse, 1034. Ce roi donna des lois sages (publiées à Copenhague en 1826), bâtit beaucoup d'églises et de monastères, fit battre la 1re monnaie danoise, et institua une noblesse héréditaire. Il mourut en 1036, à Shaftesbury.

CANUT III (II en Angleterre), le Hardi ou Hardi-Canut, et par corruption Hardeknut, fils du préc., n'avait, par testament, que le trône de Danemark, celui d'Angleterre étant donné à Harold, son frère consanguin; mais les Anglais, craignant une guerre civile entre les deux frères, réglèrent que Harold serait maître du pays au N. de la Tamise, et Canut de la partie méridionale. Harold, mécontent de ce partage, ne tarda pas à s'emparer du tout; Canut venait, les armes à la main, revendiquer sa part, lorsque Harold mourut; il resta par cet événement seul roi d'Angleterre (1039). IL devint bientôt aussi avide que cruel, et accabla le peuple d'impôts. Il mourut en 1041, d'une apoplexie foudroyante. C'est le dernier prince de la dynastie danoise en Angleterre.

CANUT IV, le Saint, roi de Danemark, fils de Suénon II, succéda, en 1080, à son frère Harold, fit régner l'ordre dans ses États, repoussa les Prussiens, extermina les pirates et conquit la Courlande. En 1086, une révolte éclata à l'occasion d'un tribut qu'il avait imposé en exécution de lois ecclésiastiques, et il fut tué dans l'église d'Odensée, où il s'était réfugié. Il fut canonisé; on l'honore le 19 janvier.

CANUT V, roi de Danemark, fils d'Eric le Bon, frère de Canut IV, succéda à son père en 1147. La couronne lui fut longtemps disputée par Suénon, prince du sang royal, qui finit par l'assassiner dans un festin donné à l'occasion de la paix qui venait d'être conclue entre eux (1156).

CANUT VI, roi de Danemark, fils de Waldemar I, lui succéda eu 1182. Peu de temps après son avénement, il soumit les Scaniens qui s'étaient révoltés sous la conduite d'Harold, fils de Canut V; conquit le Mecklembourg, pays des anciens Vandales, la Livonie (1196),le Holstein, et mourut en 1202. Son règne fut pour le Danemark une époque de puissance et de prospérité. A la suite de ses conquêtes, il prit le titre de roi des Vandales, que les rois de Danemark ont conservé depuis.

CANUT, dit Ericson, roi de Suède, fils d'Éric IX, monta sur le trône de Suède en 1168, en tuant celui qui l'occupait, Charles, de la race de Swerker. Après avoir vaincu quelques prétendants, il régna paisiblement, encourageant l'agriculture et fondant des monastères. D'une piété ardente, ce prince se fit recevoir dans l'ordre de Cîteaux, et mourut en 1199 avec l'habit religieux. Repentant du meurtre de Charles, il avait nommé pour successeur le fils de ce prince.

CANY, ch.-l. de c. (Seine-Inf.), sur le Durdent, à 20 k. N. O. d'Yvetot, 1302 h. Commerce de grains, lin, huile de navette; marché aux toiles.

CANZ (Israël Gottlieb), né près de Tubingue en 1690, mort en 1753, professa successivement l'éloquence, la poésie, la philosophie et la théologie dans sa ville natale; adopta les principes de Leibnitz et de Wolf et tâcha de les introduire dans la. théologie. On a de lui : Philosophiæ leibnizianæ et wolfianæ usus in theologia, en 4 parties, Francfort et Leipsick, 1728-1379; Grammaticæ universalis tenuia rudimenta, 1737-1779; Ontologia polemica, 1741; Meditationes philosophicæ, 1750.

CAORSINS. V. LOMBARDS.

CAP (le). On désigne spécialement sous ce nom le cap de Bonne-Espérance, situé à la pointe S. de l'Afrique. Il fut vu pour la 1re fois en 1486 par Barthélémy Diaz, et doublé par Vasco de Gama en 1497. On l'avait d'abord nommé Cap des Tempêtes; Jean II, roi de Portugal, changea ce nom en celui de Cap de Bonne-Espérance.

CAP (LE), ou la VILLE DU CAP, Cape-Town, v. de l'Afrique mérid., ch.-l. de la colonie anglaise du Cap, à 40 kil. N. du cap de Bonne-Espérance, d'où elle tire son nom, par 16° 3' long. E., 34° lat. S., au fond de la baie de la Table; env. 30 000 hab. Évêché anglican. Vaste château fort, batteries; rues droites, canaux, maisons en briques ou en granit rougeâtre; beau jardin de la Compagnie des Indes, superbe hôtel de ville, bibliothèque, collége, observatoire, jardin botanique, etc. Entrepôt de tout le commerce du pays et de la métropole. — La ville du Cap a été fondée par le Hollandais Van Riebeck en 1652; elle appartint longtemps aux Hollandais; auj. elle est aux Anglais (V. l'art. suiv.).

CAP (Colonie du), contrée de l'Afrique mérid., bornée par le pays des Hottentots au N., la Cafrerie à l'E. et l'Océan à l'O. et au S., comprend toute la pointe que termine le cap de Bonne-Espérance; env. 250 000 hab., Hottentots, Boschimens, Cafres et Européens (surtout Anglais et Hollandais). Ch.-l., Le Cap. Aspect varié, montagnes courant de l'E. à l'O., plaines cultivées et déserts immenses; beaucoup de rivières; eaux minérales et thermales; végétation originale, plantes tropicales et du S. de l'Europe, vins exquis connus sous le nom de vins de Constance, café, dattes, arbre à pain; mines de cuivre, fer, sel et plomb, etc. Climat agréable, mais avec des inondations et des sécheresses extrêmes. — La colonie fut fondée en 1650 par le Hollandais Jean Van Riebeck. Elle fut occupée par les Anglais en 1795, rendue à la Hollande en 1803, reprise par les Anglais en 1808, et leur a été laissée en 1815. Elle est devenue pour eux de la plus grande importance comme station militaire et entrepôt de leur commerce avec leurs possessions indiennes.

CAP BRETON, petit port de France (Landes), à 32 kil. O. de Dax; 1000 hab. Autrefois important, mais fermé par les dunes. Récemment réparé.

CAP BRETON (île du), île de l'Amérique anglaise du N., dans le golfe Saint-Laurent, entre 45° 30' et 47° 15' lat. N. 62° 15' et 63° 47' long. O., fait partie de la Nouv.-Écosse; elle a 120 kil. sur 180 et compte 58 000 h. Villes princip., Louisbourg et Sidney. Le cap qui lui donne son nom est à la pointe E. — Découverte par Cabot en 1497; colonisée par les Français en 1714; prise par les Anglais en 1745, rendue par eux en 1748 et reprise définitivement en 1758.

CAP (LE) HAÏTIEN, jadis LE CAP FRANÇAIS, anc. capit. d'Haïti, sur la côte N., à 130 kil. N. de Port-au-Prince, ch.-lieu du dép. du Nord; env. 8000 hab. Bon port; archevêché, consulat français, université; académies de peinture, de musique. Grand commerce. Fondée en 1670, brûlée en 1793, lors de la révolte des Noirs; elle fut réparée par H. Christophe qui en fit sa capitale. Ruinée par un tremblement de terre en 1842, elle s'est relevée depuis.

CAP BLANC, BOJADOR, VERT, etc. V. BLANC, etc.

CAPACCIO, Caput Aqueum, v. de l'anc roy. de Naples (Principauté Citer.), à 35 kil. S. E. de Salerne; 2000 hab. Évêché, suffragant de Salerne.

CAPANÉE, un des sept chefs argiens qui vinrent avec Polynice mettre le siége devant Thèbes, fut tué devant cette ville d'un coup de foudre par Jupiter, irrité de son mépris pour les dieux. Eschyle, dans les Sept chefs, a peint admirablement son orgueil.

CAPDENAC, Uxellodunum? bourg du dép. du Lot, sur un roc, à 5 kil. S. O. de Figeac; 1300 hab. Sully s'y retira eu 1614. Beau tunnel, destiné à abréger la navigation du Lot.

CAPÈCE (Scipion), poëte latin du XVIe siècle, mort vers 1562, était fils d'un savant jurisconsulte napolitain, et fut lui-même professeur de droit à Naples. Il livra le premier à l'impression les Commentaires de Donat sur Virgile (Naples, 1535), et composa, entre autres poésies latines, deux poëmes didactiques: De divo Joanne Baptista, De Principiis rerum. Dans le dernier, il imite Lucrèce, mais en employant une tout autre physique. Ces écrits ont été recueillis à Naples, 1594, et à Venise, 1754.

CAPEL (Arthur), seigneur anglais, fit partie du Long-Parlement en 1640, et embrassa la cause de Charles Ier après lui avoir été un instant opposé. Il forma dans la principauté de Galles et dans les provinces voisines une petite armée qui donna quelque embarras aux troupes du Parlement, et défendit contre elles la ville de Colchester. Contraint de se rendre, il eut la tête tranchée en 1649. — Son fils, nommé aussi Arthur, fut créé comte d'Essex par Charles II en 1661, et vice-roi d'Irlande en 1672. Rappelé de son gouvernement en 1677, il entra dans l'opposition. Accusé de complicité dans le complot de Rye-House, il fut enfermé à la Tour, et on l'y trouva égorgé quelques jours après, 1683. On crut généralement qu'il avait été assassiné.

CAPELL (Edward), critique anglais, né en 1713, mort en 1781, a consumé sa vie à épurer le texte de Shakespeare et a donné une édition fort estimée de cet auteur, Londres, 1783, 3 vol. in-4. Il avait publié en 1760, sous le titre de Prolusiones, un recueil d'anc. poésies anglaises devenues rares.

CAPELLA (Marcien), Marcianus Capella, écrivain latin du Ve siècle, était né à Madaure ou à Carthage et florissait vers 470. Il est auteur d'une petite encyclopédie intitulée Satiricon : cet ouvrage se compose de 9 livres, dont les deux premiers, intitulés Des noces de la Philologie et de Mercure, sont une espèce de roman philosophique servant d'introduction, et dont les sept autres traitent des sept arts libéraux, grammaire, dialectique, rhétorique, géométrie, arithmétique, astronomie, musique. Cet ouvrage, écrit d'un style rude et souvent obscur, jouit d'un grand crédit au moyen âge. Il fut imprimé pour la 1re fois à Vicence, 1499. Grotius en donna une éd. à Leyde, 1599, n'étant encore âgé que de 15 ans; la plus estimée est celle de Kopp, Francf., 1836, in-4. Il n'est pas trad. en français.

CAPELLO (Bianca), dame vénitienne née vers 1542, d'un patricien de Venise, inspira une vive passion au duc François de Médicis, qui l'attacha à sa cour, et qui devenu veuf finit par l'épouser, après lui avoir fait décerner par les Vénitiens le titre honorifique de Fille de la république, 1579. Elle mourut presque en même temps que lui en 1587, après une courte maladie, chez Ferdinand, frère et héritier du duc; on accusa ce prince de les avoir empoisonnés. Elle avait, dit-on, trompé son amant en feignant une grossesse et en présentant au prince comme un fils né de lui un enfant supposé.

CAPELUCHE, bourreau de Paris, se rendit fameux, sous le règne de Charles VI, par ses crimes et par ses excès contre les Armagnacs. Il était le chef de la populace, ordonnait les exécutions, et faisait la loi dans Paris. Il se fit livrer les prisonniers de Vincennes, promit de les conduire au Châtelet, et les fit égorger sous ses yeux. Le duc de Bourgogne, forcé d'accepter son concours, le ménagea d'abord, mais, dès que son pouvoir fut affermi, il le fit décapiter, 1418.

CAPENDU, ch.-l. de c. (Aude), à 17 kil. E. de Carcassonne, près de l'Aude; 685 hab. Station.

CAPÈNE, Capena, v. d'Étrurie, sur le Tibre, au N. E. de Rome, chez les Véiens, est auj. Civitella. Nécropole étrusque fouillée en 1858.

On appelait Porte Capène, la porte la plus mérid. de Rome, auj. porte St-Sébastien.

CAPESTANG, ch.-l. de c. (Hérault), à 13 kil. O. de Béziers, près d'un étang de même nom dont on a entrepris le dessèchement en 1854; 2093 hab.

CAPESTERRE (la), v. de l'île Marie-Galante, à l'E. — Bourg de la Guadeloupe, dit aussi le Marigot, à l'angle S. E., à 15 kil. N. E. de la Basse-Terre; 5000 hab. Sucreries.

CAPET, surnom de Hugues, 1er roi de la 3e race des rois de France, qui a pris de lui le nom de race capétienne. On donne à ce surnom plusieurs étymologies : selon Pasquier, il serait une corruption de Caput et voudrait dire chef; selon Ducange, Capetus signifiait railleur; d'autres font dériver Capet de capito, grosse tête, ou de chappet (chappotus, qui porte une chappe d'abbé), parce que Hugues Capet et ses descendants portaient le titra d’abbés, comme propriétaires de plusieurs abbayes, notamment de St-Martin-lès-Tours.

CAPÉTIENS, 3e race des rois de France, a reçu son nom de Hugues Capet, qui en est le chef. Elle a succédé à celle des Carlovingiens. Les Capétiens se subdivisent en trois branches : Capétiens proprement dits, depuis Hugues Capet jusqu’à Philippe VI (987-1328); branche des Valois, depuis Philippe VI jusqu’à la mort de Henri III (1328-1589); branche des Bourbons, depuis Henri IV jusqu’à l’abdication de Louis-Philippe d’Orléans en 1848. Les Capétiens proprement dits sont Hugues Capet, Robert, Henri I, Philippe I, Louis le Gros, Louis VII, Philippe-Auguste, Louis VIII, S. Louis, Philippe le Hardi, Philippe le Bel, Louis le Hutin, Jean I, Philippe le Long, Charles le Bel. — Pour les branches des Valois et des Bourbons, V. ces noms et l’art. FRANCE.

CAPHARÉE (cap), Capharæum prom., auj. Cabo dell’Oro ou Xylophagos, sur la côte S. E. de l’île d’Eubée. Une tempête dispersa près de là la flotte des Grecs au retour de Troie.

CAPHARNAÜM, Tell-Houm, v. de Palestine sur le bord occid. de la mer de Tibériade, aux confins de la Galilée, dans l’anc. tribu de Nephtali, est célèbre par le séjour presque continuel qu’y fit Jésus pendant les trois ans de sa prédication, et par la guérison du centenier. Patrie des apôtres S. Pierre et S. André.

CAPHYES, Caphyæ, v. d’Arcadie, au N. d’Orchomène. Aratus y fut battu par les Étoliens, 221 av. J.-C.

CAPIDJYS, portiers ou huissiers du sérail, ainsi nommés d’un mot turc qui signifie gardien de la porte. Ils sont 400, commandés par 4 capitaines et un chef qui porte le nom de capidjyler-ketkhoudassy (maître d’hôtel). Ils forment la garde du divan. — Les capidjy-baschis sont les chambellans du sultan. Ils ont la charge d’introduire les ambassadeurs, d’annoncer aux pachas, aux vizirs, et autres personnages, les volontés du sultan, de les conduire en exil et autrefois de leur présenter le fatal cordon.

CAPISTRAN (Jean de), franciscain, né dans l’Abruzze en 1385, prêcha avec éclat dans les principales villes d’Italie, d’Allemagne, de Pologne et de Hongrie; fut employé successivement par les papes Martin V, Eugène IV et Nicolas V dans les affaires les plus importantes de l’Église; combattit avec succès les Hussites, et leur enleva plus de 4000 sectaires. En 1456, il s’enferma avec Huniade dans Belgrade assiégée par les Turcs, et contribua puissamment par ses exhortations à la délivrance de la ville. Il mourut trois mois après. Il fut canonisé en 1724 par Benoît XIII. On a de lui un grand nombre d’écrits théologiques, entre autres, De papæ et concilii sive Ecclesiæ auctoritate, Venise, 1580, ouvrage dirigé contre le concile de Bâle.

CAPITAINERIE GÉNÉRALE, nom donné en Espagne à certaines circonscriptions territoriales, qui correspondent à nos divisions militaires, et qui sont gouvernées par un capitaine général. Il ne faut pas confondre ces chefs avec les intendants ou gouverneurs civils des provinces. L’Espagne est depuis 1833 divisée en 12 capitaineries générales, savoir : Nouvelle et Vieille Castille, Galice, Estramadure, Andalousie, Grenade, Valence, Catalogne, Aragon, Navarre, Guipuscoa et Majorque, qui sont elles-mêmes subdivisées en provinces.

CAPITAN-PACHA, grand amiral de l’empire ottoman. Il est à la fois le commandant suprême de la flotte, le surintendant général de la marine, et beglerbeg ou gouverneur de toutes les côtes et îles de l’empire, tant en Europe qu’en Asie. Sa charge est la seconde de l’État; il n’a au-dessus de lui que le grand vizir; il ne rend compte qu’au Grand Seigneur.

CAPITAN-PACHA (Gouvt du). V. ÎLES (pachalik des).

CAPITANATE, Apulie, prov. du roy. d’Italie, entre l’Adriatique et les prov. de Sannio, Terre de Bari, Basilicate et Principauté Ultérieure; 88 kil. sur 80; 330 000 h. Ch.-l., Foggia. Vastes plaines que domine le mont Gargano : pâturages, câpres at champignons; huile d’olive, résine, goudron, térébenthine, salsepareille, noix de galle, etc. Grandes salines royales. La Capitanate forme l’éperon de la botte à laquelle on compare vulgairement l’Italie,

CAPITOLE, temple et citadelle de Rome, élevés sur le mont Capitolin, et dédiés à Jupiter, étaient ainsi nommés, dit-on, d’une tête sanglante (à capite) qu’on y trouva en creusant les fondements. Commencé par Tarquin l’Ancien, le Capitole fut achevé par Tarquin le Superbe, et consacré par le consul Horatius (507 av. J.-C.). Des trésors immenses y étaient enfermés. Le Capitole fut assiégé par les Gaulois en 390 av. J.-C. et sauvé par Manlius. Brûlé trois fois, pendant les troubles de Marius, sous Vitellius et enfin sous Vespasien, il fut reconstruit à grands frais par Domitien. Au moyen âge, on couronnait au Capitole les poëtes vainqueurs. Tout près de l’ancien Capitole a été construit, d’après les plans de Michel-Ange, ce qu’on nomme auj. le Campidoglio ou Capitole moderne, qui comprend les palais des sénateurs de Rome et des magistrats municipaux, et le musée. Le palais Caffarelli occupe à peu près l’emplacement de l’ancienne forteresse. - Plusieurs villes anciennes et modernes, Milan, Ravenne, Vérone, Trêves, Cologne, Nîmes, Narbonne, Washington, ont eu ou même ont encore leur Capitole.

CAPITOLIN (mont), Capitolinus mons, une des 7 collines primitives de l’anc. Rome, et la moins élevée, au N. O. du mont Palatin, vis-à-vis de l’île du Tibre, était très-abrupte. C’est là qu’était bâti le Capitole; outre le temple de Jupiter, on y voyait ceux de Minerve et de Junon. La roche Tarpéienne en faisait partie; aussi l’appelait-on souvent mont Tarpéien.

CAPITOLINS (Jeux). Ils furent institués l’an 387 av. J.-C. en l’honneur de Jupiter-Capitolin, pour le remercier d’avoir sauvé le Capitole assiégé par les Gaulois. - Domitien fonda d’autres jeux sous le même nom, ou ne fit que renouveler les anciens.

CAPITOLINS (Marbres). V. FASTES.

CAPITOLINUS (Julius), l’un des auteurs de la collection dite Histoire Auguste, a laissé les vies de l’empereur Antonin et de ses successeurs jusqu’à Balbin; il était contemporain de Dioclétien et de Constantin et leur a dédié ses écrits. Il paraît avoir pris Hérodien pour guide. On trouve Capitolinus à la suite de Spartien. Il a été trad. par Valton, Paris, 1844, dans la Biblioth. latine-franç. de Panckouke. - V. MANLIUS CAPITOLINUS et QUINCTIUS CAPITOLIN.

CAPITON (Ateius), célèbre jurisconsulte romain, contemporain et rival d’Antistius Labéon, vécut sous Auguste et sous Tibère, et fut élevé au consulat. Il flétrit sa réputation sous Tibère, par sa servilité.

CAPITON (Wolfgang Fabrice), docteur en théologie, né vers 1478 à Haguenau, mort à Strasbourg en 1541, embrassa la Réforme, devint ministre à Strasbourg, se lia étroitement avec Œcolampade et Bucer, et prit part à presque toutes les diètes et conférences convoquées pour pacifier les différends de religion. Ses liaisons avec Martin Cellarius le firent soupçonner d’Arianisme. Capiton a laissé, entre autres ouvrages, une Vie d’Œcolampade, écrite avec Grynæus, Strasbourg, 1617, in-8.

CAPITOULS, nom que portaient avant 1789 les premiers officiers municipaux de la ville de Toulouse. Ils étaient ainsi appelés, soit du lieu où se tenaient leurs réunions, et qu’on nommait Capitole; soit du Capitulum, conseil civil des comtes de Toulouse, dont ils étaient membres, soit du chaperon (capitulum), de couleur rouge, qu’ils portaient comme insigne. Dans l’origine, les capitouls se qualifiaient chefs des nobles et gouverneurs de la ville de Toulouse. L’établissement du parlement de Toulouse au XIVe s. réduisit de beaucoup leur autorité.

CAPITULAIRES, recueils de lois et ordonnances rendues par nos anciens rois, surtout par ceux des deux premières races, étaient ainsi nommés parce qu’ils étaient divisés en chapitres (capitula). Les plus connus sont ceux de Charlemagne; mais il existe aussi des capitulaires de Clotaire I, de Dagobert, de Pepin le Bref, de Louis le Débonnaire et de ses successeurs. A la mort de Charles le Simple (929), on cessa de donner ce nom aux actes de l'autorité royale. Les meilleurs recueils des Capitulaires sont dus à Baluze (Paris, 1677) et à Pertz (Hanov., 1826-29).

CAPITULATION D'EMPIRE, acte par lequel l'empereur d'Allemagne, à son avénement, s'engageait à respecter les droits et privilèges du corps germanique. Cet usage fut introduit en 1519, lors de l'élection de Charles-Quint; la dernière capitulation fut jurée par François II en 1792.

CAPO D'ISTRIA, Ægida, puis Justinopolis, v. des États autrichiens (Illyrie), qui fut longtemps capit. de l'Istrie, d'où son nom; dans une petite île jointe au continent par une chaussée, à 15 k. S. de Trieste; 5000 h. Port sur le golfe de Trieste; murs, citadelle. Ëvêehé. Riches salines. — Prise en 982 par les Vénitiens.

CAPO D'ISTRIA (Jean, comte de), homme d'État, né en 1776 à Corfou, d'une famille originaire de Capo d'Istria, entra jeune au service de la Russie, fut chargé par l'empereur Alexandre d'organiser l'administration des îles Ioniennes, et fut ministre de cette république de 1802 à 1807, fut plénipotentiaire de la Russie au 2me traité de Paris en 1815, et ministre des affaires étrangères de 1816 à 1822. Il se montra chaud partisan de la cause des Grecs lors de leur insurrection contre la Turquie, et fut élu président par la nation grecque dès qu'elle put se constituer (1827). Il employa tout son pouvoir à rétablir l'ordre et la prospérité; mais, au milieu de ses efforts, il fut assassiné en 1831 par deux fanatiques, Georges et Constantin Mavromichali, qui voulaient ainsi venger Petro Mavromichali, leur père et leur frère, que Capo d'Istria avait emprisonnés. Du reste, on accusait le présid. de n'être que l'instrument de la Russie.

CAPOTS. V. CAGOTS.

CAPOUE, Vulturnum, puis Capua, v. de l'anc. roy. de Naples (Terre de Labour), sur le Volturno, à 28 k. N. de Naples; 8000 hab. Archevêché; citadelle, cathédrale, belle église dell' Annunziata; beau pont. A 4 k. S. E. de cette ville, sont les ruines de l'anc. Capoue, dont l'emplacement est occupé auj. par le bourg de Ste-Marie de Capoue. — L'anc. Capoue, une des principales villes de la Campanie, fut primitivement occupée par les Étrusques, qui la nommèrent Vulturnum à cause de sa position sur le Volturno. Vers 424 av. J.-C., des Samnites s'en emparèrent et lui donnèrent le nom de Capua. En 343, d'autres Samnites ayant voulu la conquérir, les habitants implorèrent le secours des Romains et ils finirent par se donner à eux. Pyrrhus fit vainement le siége de Capoue; en 215 Annibal la prit après la bataille de Cannes; et il y passa l'hiver: on a prétendu que les délices de cette ville énervèrent son armée et causèrent sa ruine. Les Romains reprirent Capoue en 211 et y exercèrent de sanglantes vengeances. C'est à Capoue que prit naissance la révolte de Spartacus. Cette v. fut dévastée au Ve s. par Genséric, puis par les Lombards. Assiégée en 1860 par Garibaldi, elle ne tarda pas à capituler.

CAPPADOCE, Cappadocia, région de l'Asie-Mineure, correspondant auj. à une partie des pachaliks de Sivas, de Marasch et de Caramanie, était bornée au N. par le Pont, à l'O. par la Galatie et la Phrygie, au S. par la Cilicie et à l'E. par l'Euphrate, qui la séparait de l'Arménie; elle avait pour capit. Mazaca ou Césarée. La Cappadoce contenait, entre autres prov., la Sargarausène, la Garzauritide, la Tyanitide, la Cataonie; avant Alexandre, le Pont en faisait partie, sous le nom de Cappadoce du Pont-Euxin. Elle était sillonnée du S. O. au N. E. par l'Anti-Taurus et arrosée par l’Halys et l’Iris. Les Cappadociens passaient pour lourds, bornés et superstitieux. Leur religion tenait du Sabéisme : c'est chez eux qu'était le temple de Comana, où le feu était adoré. Ils élevaient beaucoup de troupeaux et des chevaux fort estimés. — La Cappadoce, gouvernée d'abord par des princes à peu près indépendants, fit successivement partie de l'empire perse et de celui d'Alexandre, de la satrapie d'Eumène, du roy, d'Antigone, mais elle recouvra son indépendance vers 312 av. J.-C. On y compte 10 rois du nom d'Ariarathe (370-92 av. J.-C.); puis 3 Ariobarzane (92-34). Ariarathe VIII ayant été dépouillé par Mithridate, la chute de ce dernier entraîna la soumission de la Cappadoce aux Romains; cependant elle continua longtemps d'exister comme royaume, sous le protectorat romain, et ne fut réduite en prov. romaine que sous Tibère, après la mort du roi Archélaus (17 de J.-C.). Par la suite, on en fit trois prov. : la Cappadoce 1re, au N. O. (ch.-l., Sébaste); la Cappadoce 2e, au S. O. (ch.-l., Mazaca); l'Arménie 2e, au S. E. (ch.-l., Mélitène); la partie située au N. E. fut comprise dans l'Arménie 1re. La Cappadoce passa en 1071 sous le joug des Turcs seldjoucides, et en 1300 sous celui des Turcs ottomans, qui la possèdent encore.

CAPPEL, bourg de Suisse (Zurich), au S. O. de Zurich, au pied de l'Albis. Anc. abbaye de Cîteaux. Patrie de Léonard Meister. — On nomme Guerres de Cappel les guerres civiles et religieuses auxquelles la réforme de Zwingle donna lieu en 1529 et en 1531. Les Réformés furent vaincus à Cappel par les Catholiques en 1531; Zwingle périt dans le combat.

CAPPEL, famille protestante française, qui a fourni des ministres distingués et de savants hébraïsants. Le plus connu est Louis Cappel, né à Sedan en 1585, mort en 1658, qui fut professeur d'hébreu et de théologie à l'université protestante de Saumur, et qui présenta au roi en 1560 la confession de foi de ses coreligionnaires. Secouant le joug de la Massore, il établit un nouveau système de critique sacrée et soutint contre Buxtorf que les points voyelles, qui, selon ce savant, seraient aussi anciens que la langue hébraïque, ne remontent pas au delà du VIe siècle de notre ère. Ses principaux ouvrages sont Arcanum punctuationis revelatum, Leydé, 1624; Critica sacra, 1650. — Son fils, Jacq. Louis Cappel, lui succéda dans sa chaire, continua sa dispute avec les Buxtorf, et publia quelques-uns de ses ouvrages.

CAPPERONNIER (Claude), philologue, né à Montdidier en 1671, mort à Paris en 1744, était fils d'un tanneur. Il reçut les ordres, enseigna le grec à Abbeville, puis vint à Paris, où il vécut du produit de leçons particulières, et fut nommé en 1722 professeur de grec au collége de France. Ses principaux ouvrages sont des éditions estimées de Quintilien, Paris, 1725, in-fol., et des Rhetores antiqui, Strasb., 1756, in-4. — Son neveu, Jean Capperonnier, 1716-1775, lui succéda dans sa chaire du collége de France, fut nommé en 1742 conservateur de la Bibliothèque du Roi, et en 1749 membre de l'Académie des inscriptions. Il a publié des éd. estimées de César, 1754; de Plaute, 1759; de Justin, 1770, et de Sophocle, 1781.

CAPPONI, famille illustre de Florence, balança quelque temps le crédit des Médicis. Le personnage le plus connu de cette famille est Gino C., décemvir de la guerre en 1405, qui contribua puissamment à la prise de Pise, 1406, et fut nommé gouverneur de cette ville. — Son petit-fils, Petro C., repoussa courageusement les prétentions de Charles VIII, qui, reçu dans Florence comme allié, voulait se faire reconnaître comme souverain, 1494.

CAPRAIS (S.), ermite, né à Agen, fut martyrisé sous Dioclétien vers 287. Une église d'Agen est sous son invocation. On le fête le 20 oct.

CAPRAJA, Capraria, Ægilon, île de l'Italie septentr. à 30 kil. N. E. de la Corse. Elle a 18 kil. de tour et 2500 h. On y trouve une petite v. de même nom. Sol volcanique. Nombreuses chèvres sauvages.

CAPRARA (J. B.), cardinal, évêque d'Iési, né à Bologne en 1733, mort à Paris en 1810, remplit avec succès plusieurs missions importantes sous Benoît XIV et Clément XIII, fut nommé en 1801 par Pie VII légat à latere près le gouvt français; conclut en cette qualité avec le premier consul le Concordat de 1801, qui rétablit en France le culte catholique; fut fait ensuite archevêque de Milan, et sacra dans cette ville Napoléon roi d'Italie, 1805.

CAPRARIA. V. CAPRAJA et CABRERA.

CAPRAROLA, vge du territoire romain, sur le mont Cimino, à 12 kil. S. E. de Viterbe. Magnifique château des Farnèse, chef-d'œuvre de Vignole.

CAPRÉE, Capreæ, auj. Capri, île de la Méditerranée , à l'extrémité S. du golfe de Naples. Elle a env. 15 kil. de tour, avec 3000 h., et contient deux villages, Capri et Anacapri. Île montagneuse, d'un accès difficile; intérieur délicieux, vin blanc excellent connu sous le nom de vin de Capri. Près de l'île est une grotte à magnifiques effets de lumière dite la grotte d'Azur. — Auguste se retira souvent à Caprée. Tibère y passa les onze dernières années de sa vie livré à d'infâmes débauches; on y voit de nombreuses ruines des douze palais qu'il y avait fait élever. Lamarque prit l'île et le fort en 1808.

CAPSA, v. de Numidie, auj. Cafza. V. ce nom.

CAPSALI, ch.-l. de l'île de Cérigo. V. ce nom.

CAPSIR, petit pays du Roussillon propre, primitivement dans la Cerdagae française, fait auj. partie du cant. de Montlouis, dans le dép. des Pyrénées orientales; lieu principal, Puy-Val-d'Or.

CAPTAL, de capitalis, chef ou seigneur. Ce nom, qui distinguait jadis les seigneurs de l'Aquitaine, n'est resté en usage que pour le captal de Buch et le captal de Trame. On connaît surtout sous le premier de ces deux titres Jean de Grailly, général au service de Charles le Mauvais, roi de Navarre. Il fut deux fois vaincu et pris par du Gueslin : la 1re fois à Cocherel en Normandie, l'an 1364; la 2e en 1372, près du château de Soubise. Il mourut en 1377 à la prison du Temple à Paris. Charles V avait inutilement tenté de l'attacher à son service.

CAPTIEUX, ch.-l. de c. (Gironde), à 17 k. S. de Bazas, sur la grande route de Bayonne; 434 h.

CAPUCHONS (Confrérie des), formée en 1183 dans le midi, pour exterminer les bandes de mercenaires dits Routiers et Brabançons qui désolaient la France; ils tiraient leur nom des capuchons qu'ils portaient et sur lesquels était une image de la Vierge.

CAPUCINES, religieuses, dites aussi Filles de la Passion, suivaient la même règle et portaient à peu près le même costume que les Capucins. Elles furent établies en 1538 à Naples, et introduites en France en 1602. Leur principal couvent était situé à Paris, entre la rue Neuve-des-Petits-Champs et le boulevart, dans l'emplacement sur lequel on a depuis formé la rue des Capucines.

CAPUCINS, religieux mendiants, de l'ordre des Franciscains, ainsi nommés du capuce ou capuchon dont ils couvraient leur tête. Ils furent établis en 1525 par Matthieu de Baschi, moine franciscain de Montefiascone, qui voulut réformer son ordre, et furent approuvés par Paul III en 1536. Introduits en France eu 1572 sous Catherine de Médicis et Charles IX, ils s'y multiplièrent rapidement. Aboli en France eu 1790, l'ordre se maintint à l'étranger. Il a reparu en France depuis 1851. Les Capucins portent une robe d'étoffe brune, un manteau, un capuchon pointu, une longue barbe, et marchent les pieds nus; ils font vœu de pauvreté et vivent d'aumônes. Cet ordre a produit en France quelques hommes distingués, entre autres le P. Ange de Joyeuse et le P. Joseph du Tremblay.

CAPULETS, famille gibeline de Vérone, célèbre par son inimitié avec les Montaigus, et par l'aventure tragique de Roméo et de Juliette. Les uns admettent cette histoire comme authentique et placent vers l'an 1303 la rivalité des deux familles, dont Dante fait en effet mention (Purgatoire, VI); les autres la regardent comme purement fabuleuse. Quoi qu'il en soit, l'histoire de Roméo et Juliette, racontée sous forme de nouvelle par Bandello en 1554, mise en vers par le poëte anglais Arthur Brooke en 1662, a été transportée avec un grand succès sur la scène par Shakspeare et Lope de Véga.

CAQUEUX. V. CAGOTS.

CARA, c.-à-d. Noir en turc. V. KARA.

CARABORO, bourg et colline du Vénézuela, à 15 k. S. O. de Valencia. Bolivar y remporta le 24 juin 1821 une victoire décisive sur les généraux espagnols. — Ce bourg donne son nom à une prov. située entre celles de Barquisimeto à l'O. et de Caracas à l'E.; environ 100 000; ch.-l., Valencia.

CARACA (la), île située sur la côte S. d'Espagne, à 9 k. S. E. de Cadix, au fond d'une baie de même nom; 5000 h. Arsenaux et chantiers de la marine.

CARACALLA, M. Aurelius Antonimus Bassianus, empereur romain, né à Lyon l'an 188 de J.-C., fils de Septime-Sévère et de Julia Domna, fut proclamé empereur en 211, conjointement avec son frère Géta. On le soupçonne d'avoir avancé la mort de son père. A peine monté sur le trône, il se souilla de crimes : il poignarda son frère Géta dans les bras de sa propre mère, fit périr tous ceux qui avaient été attachés à ce frère, et n'épargna pas le célèbre jurisconsulte Papinien. La ville d'Alexandrie fut mise au pillage par ses ordres, pour quelques plaisanteries que des habitants s'étaient permises contre lui. Admirateur d'Alexandre, il voulait l'imiter en tout; il lui fallut un Éphestion : il fit empoisonner Festus, un de ses favoris, afin de pouvoir le pleurer comme le vainqueur de Darius avait pleuré son ami. Aussi vain que cruel, il prit les surnoms de Germanique et de Parthique pour avoir fait la guerre aux Germains et aux Parthes, quoique cette guerre n'eût tourné qu'à sa honte. Ce monstre périt enfin en 217, sous les coups de Macrin, préfet du prétoire. Sous son règne, avaient été élevés à Rome quelques beaux monuments, entre autres les Thermes dits de Caracalla. — Il tirait son surnom d'un long manteau gaulois nommé caracalla, qu'il aimait à porter.

CARACAS, nommée aussi SANTIAGO-DE-LÉON-DE-CARACAS, capit. de Vénézuela, par 69° 25' long. O., 10° 30' lat. N.; 60 000 hab. Archevêché, université, consulats. Grand commerce par le port de la Guayra. Exportation de café et surtout de cacao renommé, dit caraque. — Fondée en 1367, ravagée en 1679 par les Français, Caracas fut détruite, le 26 mars 1812, par un tremblement de terre; elle s'est relevée de ses ruines. C'est la patrie de Bolivar. — La prov. de Caracas s'étend le long de la côte septentrionale, de l'embouch. de l'Unare à celle de Tocuyo ; 250 000 h. Elle formait avec le Vénézuela propre le noyau de la capitainerie générale espagnole de Vénézuela-et-Caracas, qui comprenait de plus Cumana, etc.

CARACATES, peuple de la Germanie 1re, au N. des Vangiones; ch.-l., Mogontiacum (Mayence).

CARACCIOLI, famille du roy. de Naples, d'origine grecque, a fourni un grand nombre d'hommes qui se sont distingués dans la politique ou les lettres.

CARACCIOLI (Jean), gentilhomme napolitain, secrétaire et favori de la reine Jeanne II, fit arrêter en 1416 Jacques de La Marche, mari de la reine, et le força à fuir; triompha aussi d'un rival dangereux, Sforza de Cotignola, et se fit nommer grand sénéchal, duc de Vénuse et comte d'Avellino. Il exigeait encore de nouvelles faveurs, lorsque Jeanne, lasse de subir son joug, donna l'ordre de l'arrêter : les émissaires, sous prétexte de résistance, le tuèrent dans sa chambre (1432). — Un autre Jean C., 1480-1550, prince de Melfi, s'attacha aux Français pendant l'occupation de Naples par Charles VIII, reçut de François I les terres de Romorantin, Nogent-le-Rotrou et Brie-Comte-Robert, défendit avec succès, en 1543, la place de Luxembourg contre les Impériaux et fut fait maréchal de France en 1544.

CARACCIOLI (Ant.), né à Melfi dans le roy. de Naples, était fils du préc. Après avoir été abbé de St-Victor à Paris (1543) et avoir été sacré évêque de Troyes (1551), il embrassa ouvertement le Luthéranisme; mais il fut bientôt forcé à une abjuration publique. Ayant sollicité en vain le chapeau de cardinal, il se jeta de nouveau dans la Réforme en 1557 et se maria; il perdit son évêché, et se retira à Châteauneuf-sur-Loire, où il mourut en 1569.

CARACCIOLI (Domin., marquis de), homme d'État, né à Naples en 1715, mort en 1789, fut ambassadeur du roi de Naples en Angleterre (1763) et en France (1770), puis ministre des affaires étrangères, enfin vice-roi de Sicile. Caraccioli se fit une grande réputation par son esprit, se lia en France avec les littérateurs les plus distingués, tels que d'Alembert, Diderot, Helvétius, et chercha à appliquer leurs idées dans le roy. de Naples; il abolit la torture en Sicile. Dorat publia sous le titre d’Esprit de Caraccioli un ouvrage qui ne peut faire connaître qu'imparfaitement cet homme remarquable.

CARACCIOLI (le prince Franç.), amiral napolitain, né à Naples en 1748. Mécontent de la cour, il prit parti pour la république parthénopéenne, proclamée à Naples, et s'opposa au débarquement de la flotte anglo-sicilienne. Après la prise de Naples par Ruffo, il fut arrêté par ordre de l'amiral Nelson, au mépris de la capitulation, et pendu au grand mât de sa frégate, 1799.

CARACCIOLI (Louis Ant.), écrivain, né à Paris en 1721, mort en 1803, était issu d'une branche cadette de la maison napolitaine. Il entra chez les Oratoriens en 1739, séjourna quelque temps en Pologne, où il fit l'éducation du prince Rzewusky, puis revint à Paris, où il se livra tout entier aux lettres et vécut du produit de sa plume. Ruiné par la Révolution, il reçut de la Convention, en 1795, une pension de 2000 fr. Ses principaux écrits sont : Caractère de l'amitié; Conversation avec soi-même; Jouissance de soi-même; De la Grandeur d'âme; Tableau de la mort; De la gaieté; Langage de la raison; Langage de la religion; Religion de l'honnête homme; Le Chrétien du temps; Diogène à Paris; Le Livre à la mode; Vraie manière d'élever les princes; Dictionnaire pittoresque et sententieux; Vie de Clément XIV; Lettres intéressantes du pape Clément XIV, prétendues trad. de l'italien et du latin, 4 vol. in-12, Paris, 1777. Ces Lettres, qui étaient fabriquées, furent lues avec avidité et trompèrent toute l'Europe; elles sont écrites avec goût et respirent une morale pure, une philosophie douce.

CARACORUM. V. KARACORUM.

CARACTACUS, roi des Silures, peuple breton (dans le Pays de Galles), résista 9 ans aux troupes romaines, fut en 51 vaincu et pris par le propréteur P. Ostorius, et conduit à Rome pour orner le triomphe du vainqueur. Sa noble fierté devant l'empereur Claude le sauva, et il fut rendu à ses sujets, qu'il gouverna encore pendant deux ans (54-56 de J.-C.).

CARAFFA, illustre famille napolitaine. Les plus célèbres de ses membres sont : Jean Pierre Caraffa, pape sous le nom de Paul IV (V. ce nom); — Charles, Jean et Antoine Caraffa, neveux du pape Paul IV, et fils de Jean Alphonse Caraffa, comte de Montorio. Paul IV les combla d'honneurs et de biens : il dépouilla pour les enrichir les familles Colonne et Guidi; il soutint même à cause d'eux une guerre contre Naples et l'Espagne; mais en 1559, peu avant sa mort, les plaintes que soulevaient de tous côtés leur rapacité et leurs injustices le forcèrent à les exiler de Rome et à les priver de leurs dignités. Son successeur, Pie IV, ennemi personnel des Caraffa, poussa plus loin le châtiment : en 1560, le cardinal Charles Caraffa fut condamné à mort et étranglé dans sa prison; son frère, Jean, soupçonné d'avoir fait assassiner sa femme, eut la tête tranchée; le cardinal Alphonse Caraffa, fils d'Antoine, fut soumis à une amende de 100 000 écus; enfin le sénat romain abolit par un décret la mémoire des Caraffa; mais en 1566 Pie V fit revoir leurs procès et les réintégra dans leurs titres et honneurs. — Un autre Antoine Caraffa, mort en 1693, entra en 1665 au service de l'Autriche, devint feld-maréchal, combattit les Turcs en Hongrie, et prit sur eux Munkacz et Belgrade en 1688. — Hector Caraffa, né à Naples en 1767, adopta avec ardeur les idées libérales, se déclara en 1799 pour la république parthénopéenne, et prit plusieurs villes sur le parti royaliste; mais il tomba entre les mains des ennemis, qui, au mépris d'une capitulation, le firent monter sur l'échafaud, 1799.

CARAÏBES, peuple indigène de l'Amérique, habitait, lors de la découverte du Nouveau-Monde, dans les Petites-Antilles et sur la côte de la Terre-Ferme, depuis le cap de Véla jusqu'à l'embouchure du Surinam. Ils étaient grands, braves, actifs, assez adroits. Ils dévoraient leurs prisonniers et pratiquaient la polygamie. Il paraît qu'ils venaient d'un pays situé au N. de la Floride. Il n'en reste auj. que quelques débris qu'on trouve dans l'E. de la prov. de Caracas, où ils vivent soumis à des chefs électifs, ou à la Guadeloupe, à la Dominique et à Ste-Lucie. Les Caraïbes ont le teint cuivré comme tous les indigènes de l'Amérique; quelques-uns se sont mêlés aux nègres et se nomment Caraïbes noirs.

On appelle quelquefois îles Caraïbes les Petites-Antilles, et mer des Caraïbes, la mer des Antilles.

CARAÏTES, c.-à-d. en hébreu partisans du texte, secte de Juifs, opposée à celle des Talmudistes, s'attache exclusivement à la lettre de la Bible et rejette les interprétations arbitraires des rabbins. Cette secte est surtout répandue en Égypte, en Syrie, à Constantinople, en Russie, en Pologne, en Galicie. Elle paraît s'être formée vers le VIIIe siècle de J.-C. et avoir eu pour chef un certain Anan ben-David.

CARALIS, nom latin de Cagliari.

CARAMAN, ch.-l. de cant. (H.-Gar.), à 18 kil. N. de Villefranche; 1297 hab.

CARAMAN, v. de Caramanie. V. ce nom.

CARAMAN (Pierre Paul RIQUET, comte de), lieutenant général, né en 1644, mort en 1730, était le 2e fils de P. P. Riquet, créateur du canal du Languedoc. Il sauva l'armée française à Wange près de Louvain en 1705, service qui lui valut la grand croix de Saint-Louis avant d'avoir passé par les grades intermédiaires. — François Joseph de Caraman, petit-neveu du préc., 1771-1843, marié en 1805 à Mlle Cabarrus (Mme Tallien), est devenu prince de Chimay (V. CHIMAY). — L. Ch. Victor, duc de Caraman, son frère aîné, 1762-1839, fut sous les Bourbons pair et ambassadeur à Berlin, puis à Vienne.

CARAMANIE, la Pisidie et partie de la Galatie et de la Cappadoce des anciens, eyalet de la Turquie d'Asie, au centre de l'Asie-Mineure, à l'E. de l'Anatolie propre, a pour ch.-l. Konieh et pour autre v. Caraman (à 75 kil. S. E. de Konieh) et Kaisarieh. Pays montueux; vins, opium; salines. — La Caramanie tire son nom de Caraman, sultan seldjoucide de Roum, qui conquit ce pays vers 1300 et s'y forma une principauté; elle passa en 1464 entre les mains des Turcs ottomans : Mahomet II, qui la conquit, lui laissa le titre de principauté et la donna à un de ses fils.

CARAMUEL (Jean), prélat espagnol, né à Madrid en 1606, mort en 1682, appartenait à l'ordre de Cîteaux. Envoyé par le roi d'Espagne en qualité d'agent auprès de l'empereur Ferdinand III, il réussit tellement à plaire à ce souverain qu'il lui donna deux abbayes, l'une à Vienne, l'autre à Prague. Se trouvant dans cette dernière ville en 1648, lorsque les Suédois l'assiégeaient, Caramuel se mit à la tête d'une compagnie d'ecclésiastiques, et contribua à repousser l'ennemi. Il reçut en récompense l'évêché de Kœniggrætz. Il devint en 1673 évêque de Vigevano. Il a composé une foule d'ouvrages pour la plupart médiocres, parmi lesquels quelques-uns bizarres : Grammaire cabalistique, Grammaire audacieuse, Subtilissimus : dans ce dernier, il tente de lever les difficultés de la théologie et de la métaphysique. En morale, il adopta le probabilisme, ce qui l'exposa à de vives critiques.

CARANITIDE, prov. d'Arménie, bornée au N. par les monts Moschici, et traversée par le haut Euphrate.

CARANTONUS, riv. de Gaule, auj. la Charente. CARANUS, de la race des Héraclides, quitta Corinthe à la tête d'une colonie, alla fonder, vers 796 av. J.-C., le royaume de Macédoine et régna 28 ans. On lui attribue la fondation d'Édesse.

CARAQUE. V. CARACAS. — CARA-SOU. V. KARA-SOU.

CARAUSIUS (Marcus Aurelius Valerius), capitaine romain, né chez les Ménapiens, dans la Gaule Belgique, fut chargé par l'empereur Maximien d'aller défendre les côtes de l'Atlantique contre les Saxons et les Francs; mais, prévoyant une disgrâce, il débarqua dans la Grande-Bretagne et s'y fit proclamer empereur par les légions (287). II sut se maintenir six ans dans cette province; au bout de ce temps, il fut assassiné par Allectus, un de ses officiers.

CARAVAGE, nom de deux peintres célèbres, ainsi surnommés du bourg de Caravaggio dans le Milanais, où ils étaient nés. Le plus ancien, Polidoro Caldara, né en 1495, mort en 1543, servit d'abord comme manœuvre dans l'atelier de Raphaël; il conçut du goût pour la peinture en voyant travailler ce grand maître, et fut admis au nombre de ses élèves. Son domestique l'assassina, afin de lui voler une somme d'argent qu'il venait de recevoir. Il excellait dans la pratique du clair-obscur, et avait beaucoup de goût, de noblesse et d'élégance. Il a travaillé principalement à fresque et a imité avec beaucoup de succès en camaïeu les bas-reliefs antiques. Le meilleur de ses tableaux est un Christ conduit au Calvaire, à Messine. — Le second et le plus célèbre, Michel-Ange Amerighi, né en 1569, commença comme le précédent par préparer la chaux et le mortier pour les peintres à fresque, et se forma sans maître. Il était d'un caractère difficile : s'étant un jour pris de querelle avec le Joseppin, il voulut se battre en duel avec lui; comme celui-ci refusait son cartel parce qu'il n'était pas chevalier, il alla se faire recevoir chevalier servant à Malte, et revint en toute hâte pour satisfaire sa vengeance; mais il fut attaqué en route d'une fièvre violente et en mourut (1609). Ce peintre réussissait parfaitement à imiter la nature et à faire illusion à l'œil en donnant à ses peintures la saillie qu'ont les objets réels; mais il ne savait pas unir l'idéal au réel. Il traita de préférence les meurtres, les aventures nocturnes, et se plut à peindre les haillons, les cadavres. Le Louvre a de lui une Bohémienne, la Mort de la Vierge, etc.

CARAVAGGIO, bourg du Milanais, à 22 k. S. de Bergame: 4600 h. Patrie des deux Caravage. Franç. Sforze y battit les Vénitiens, 1448.

CARBON (cap), sur la côte de l'Algérie, par 36° 49' lat. N. et 2° 49' long. E., à 30 k. N. O. de Bougie.

CARBON-BLANG (le), ch.-l. de c. (Gironde), à 11 k. N. E. de Bordeaux; 418 h. Ancien château.

CARBON, C. Papirius Carbo, ami des Gracques, et ennemi de Scipion, fut élu tribun du peuple env. 131 av. J.-C., devint consul en 120 et fit adopter le scrutin secret dans les comices. Accusé de péculat, et désespérant de se justifier, il se donna la mort, 119. Cicéron vante son éloquence. — Cnéius Papirius Carbo, un des plus chauds partisans de Marius, assiégea Rome, fut vaincu et mis à mort par Pompée qui envoya sa tête à Sylla, 82 avant J.-C. Il avait été 3 fois consul. Étant préteur, il rendit l’Édit Carbonien : cet édit, relatif aux mineurs à qui l'on contestait la qualité de fils légitime et le droit d'hériter, leur assurait la possession sous caution et ajournait la décision après l'âge de majorité.

CARBONARI, c.-à-d. charbonniers, société politique et secrète qui paraît s'être formée en Italie au commencement du XIXe siècle, après la chute des nouvelles républiques italiennes, avait pour but l'expulsion de l'étranger et l'établissement d'un gouvernement démocratique; elle provoqua dans le roy. de Naples, en 1820, une insurrection qui fut bientôt réprimée. Elle se répandit en France vers 1818, y compta bientôt un grand nombre d'affiliés et devint redoutable au gouvernement de la Restauration, dont elle prépara la chute ; on lui attribue les mouvements insurrectionnels qui eurent lieu de 1819 à 1822. Les Carbonari se divisaient en petites compagnies de 20 membres, nommées ventes, qui envoyaient des députés à une assemblée centrale, nommée vente suprême. — Le nom de Carbonari paraît avoir été appliqué primitivement en Italie à des conspirateurs Guelfes, qui, pour tromper la surveillance des Gibelins, maîtres du pays, se réunissaient au fond des bois dans des cabanes de charbonniers.

CARBONNE, ch.-l. de c. (Hte-Garonne), à 20 k. S. O. de Muret; 1724h. Huiles, laines.

CARCASO, v. de la Narbonnaise, auj. Carcassonne.

CARCASSEZ, la partie du Languedoc qui avait pour ch.-l. Carcassonne, s'étendait entre la chaîne Cévenno-Pyrénéenne à l'O. et les diocèses de Narbonne, de Béziers et d'Agde, à l'E. Aujourd'hui, partie du dép. de l'Aude

CARCASSONNE, Carcaso, ch.-l. du dép. de l'Aude, sur l'Aude et sur un embranch. du canal du Midi, à 784 k. S. de Paris; 20 644 h. Évêché, trib., lycée, bibliothèque. On y distingue la ville haute ou cité, ville du moyen âge auj. abandonnée, et la villa basse, bien bâtie, entourée de belles promenades. Cathédrale, église St-Nazaire, du XIe s., contenant le tombeau de Simon de Montfort; porte narbonnaise et autres restes d'antiquités; colonne en l'honneur de Riquet. Manufact. de draps pour le Levant; couvertures de laine, molletons; eaux-de-vies, fruits, etc. Patrie de Fabre-d'Églantine. — Carcassonne était le ch.-l. des Atacini. Elle fut successivement prise par les Visigoths, par les Sarrasins et par Charles-Martel, eut des comtes particuliers dès le XIe siècle et souffrit beaucoup dans la guerre des Albigeois. Prise par Louis VIII en 1226, puis par Raimond de Trincavel, qui céda ses droits à Louis IX, 1247.

CARCHÉDON, nom grec de Carthage,

CARCINITE (golfe), Carcinites sinus, auj. golfe de Negropoli, dans le Pont-Euxin, à l'O. de la presqu'île Taurique, avait sur ses bords, une v. de Carcine.

CARDAILLAC (Jean de), d'une ancienne famille du Quercy, professa le droit à Toulouse, fut nommé en 1351 évêque de Caldas d'Orense en Galice, en 1360 évêque de Braga en Portugal, et enfin administrateur perpétuel de l'archevêché de Toulouse, 1376. Il donna des preuves éclatantes de son dévouement dans les guerres de Charles V contre les Anglais, encouragea les habitants de la Guyenne à secouer le joug de l'étranger, et facilita les conquêtes de Duguesclin.

CARDAN (Jérôme), savant du XVIe siècle, né en 1501 à Pavie, mort en 1576, professa les mathématiques, puis la médecine à Milan et à Bologne; voyagea en Écosse, en Angleterre, en France, opérant des cures merveilleuses, et termina sa vie à Rome, où le pape lui fit une pension. On lui attribue quelques découvertes en physique, en chimie et en mathématiques, entre autres une méthode pour résoudre les équations cubiques, qui porte encore le nom de formule de Cardan. Avec de profondes connaissances, il avait un esprit incohérent et une imagination déréglée; il croyait à l'astrologie, prétendait avoir un démon ou génie familier, se disait doué d'une clairvoyance surnaturelle, et débitait de telles extravagances qu'on croit qu'il avait des accès de folie. On l'a aussi accusé d'athéisme. On prétend qu'ayant prédit l'époque de sa mort, il se laissa mourir de faim pour justifier sa prédiction. Parmi ses nombreux écrits, on remarque : Ars magna, seu de regulis algebræ, Nuremberg, 1545; De subtilitate, 1550 (trad. par Rich. Leblanc, 1556); De rerum varietate, 1557; De sanitate tuenda, 1580; De vita propria, 1643, ouvrage posthume, qui renferme la confession la plus franche ou plutôt la plus impudente de ses vices. Ses œuvres ont été réunies par Spon, 10 vol. in-fol., Lyon, 1663; la plupart sont à l’Index à Rome. M. Franck a lu en 1844 à l'Académie des sciences morales une Notice sur Cardan.

CARDIE, Cardia, auj. Karidia, v. de la Chersonèse de Thrace, sur le golfe Mélas à l'embouch. du fleuve Mélas. Patrie d'Eumène. Bâtie avant l'arrivée des colonies Athéniennes, qui l'agrandirent. Philippe, roi de Macédoine y battit l'Athénien Diopithe (343). Peu après, Cardie fut détruite.

CARDIFF, v. d'Angleterre, dans le pays de Galles (Glamorgan), à 250 k. O. de Londres, sur la mer; 12 000 h. Port, agrandi en 1834. Église, belle tour; canal qui met la ville en communication avec les usines de Merthyr-Tydvil; grande exploitation de houille. École d'arts et métiers. — Cardiff a été fondée en 1079. Robert, duc de Normandie, frère de Henri I, fut enfermé pendant 26 ans dans le château de cette ville après sa défaite à Tinchebray.

CARDIGAN, v. d'Angleterre, dans le pays de Galles, ch.-l. du comté de Cardigan, à 3 kil. du canal St-Georges, à 35 k. N. O. de Caermarthen ; 3000 h. Église gothique, hôtel de ville, château en ruines. Commerce de cabotage. Les Anglais y furent défaits par les Gallois en 1136. — Le comté de Cardigan, entre ceux de Merioneth, Montgomery, Radnor, Brecknock, Caermarthen et la mer, a 71 k. sur 35 et 70 000 h. Plomb, cuivre, argent, ardoises.

CARDINAUX, grands dignitaires de l'église romaine, ainsi nommés du mot latin cardinalis, c.-à-d. principal, sont les conseillers et les assesseurs du pape, et forment le sacré collége. Réunis sous le nom de conclave, ils procèdent à l'élection des papes. Déjà, dans l'empire romain depuis Théodose, le titre de cardinalis était donné à des officiers de la couronne, à des généraux d'armée, au préfet du prétoire en Asie et en Afrique, parce qu'ils remplissaient les principales charges de l'empire. Dans le clergé, on appelait ainsi dans l'origine les curés des principales paroisses, spécialement à Rome : les cardinaux étaient alors inférieurs aux évêques, et ils restèrent dans cet état jusqu'au XIe siècle. Mais en 1181 les cardinaux prêtres de Rome étant devenus maîtres d'élire seuls le pape, à l'exclusion du clergé et du peuple de Rome, ils obtinrent par là la prééminence sur les évêques. Sixte-Quint, par une bulle de 1586, fixa à 70 le nombre des cardinaux. Ils sont divisés en 3 ordres : cardinaux de l'ordre des évêques, cardinaux de l'ordre des prêtres, cardinaux de l'ordre des diacres. Les cardinaux portent un chapeau, une barrette et une calotte rouges, une robe de même couleur, vulgairement dite de pourpre, et un rochet. Ils sont choisis par le pape dans tous les États de la chrétienté; mais la grande majorité appartient à l'Italie.

CARDONA, v. d'Espagne (Barcelone), sur le Cardone, à 80 kil. de Barcelone, au pied d'une mont. de sel gemme qui a env. 160m de haut et 4 kil. de tour.

CARDONE (Raymond I de), général aragonais, fut mis, en 1332, par le pape Jean XXII, à la tête des armées guelfes. Il prit Tortone et Alexandrie en 1323, mais depuis il n'éprouva guère que des revers. Vaincu en 1322 par Marco Visconti à Bassignano, en 1324 par Galeas Visconti à Varrio, et en 1325 à Altopascio, à la tête d'une armée florentine, il tomba entre les mains de Castruccio, général ennemi.

CARDONE (Raymond II de), vice roi de Naples pour Ferdinand le Catholique, commanda les armées du pape et des Vénitiens contre celles de l'empereur Maximilien et contre les Français, qui avaient à leur tête Gaston de Foix, et perdit la fameuse bataille de Ravenne, où Gaston fut tué (1512). Profitant de cette mort, Cardone porta ses armes contre les Florentins et les Vénitiens, que Ferdinand avait trahis, leur enleva Pescniera et Legnago, et défit Alviano près de Vicence en 1513. Il ternit ses succès par des actes de barbarie qui firent abhorrer les Espagnols en Italie. A la paix de 1515, il rentra dans sa vice-royauté de Naples. Il mourut vers 1525.

CARDONE (Vinc.), poëte italien, d'Atessa (Abruzze citérieure), mort à 25 ans vers 1620, était dominicain. Il eut la bizarre idée de faire plusieurs poëmes de chacun desquels était exclue une des lettres de l'alphabet. Le 1re parut à Naples en 1614 sous le titre de : la R sbandita (l’r bannie).

CARDONNE (Denis Dominique), savant orientaliste, né à Paris en 1720, mort en 1783, se rendit fort jeune en Orient, où pendant un séjour de 20 ans, il apprit les langues orientales; à son retour, il fut nommé professeur des langues turque et persane, puis secrétaire-interprète du roi pour les langues orientales. Ce savant a laissé entre autres écrits : une Histoire de l'Afrique et de l'Espagne sous la domination des Arabes, 1765, des Mélanges de littérature orientale, 1770, et a continué des Contes et Fables indiennes de Galland, 1778.

CARDUQUES, Carduchi, peuple de l'Assyrie sept., habitait la Gordyène. Ce sont les Kourdes actuels.

CAREL DE SAINTE-GARDE (Jacques), mauvais poëte du XVIIe s., né à Rouen, en 1620, mort en 1684, était aumônier et conseiller du roi. Il publia en 1666 un poëme épique intitulé : les Sarrasins chassés de France, dont le héros était Childebrand. C'est de lui que Boileau a dit :

O le plaisant projet d'un poëte ignorant,
Qui de tant de héros va choisir Childebrand!

CARÉLIE. On appelait ainsi d'abord toute la partie mérid. du grand duché de Finlande, qui avait pour places principales : Kexholm, Viborg, Kuopio. Auj. on n'appelle plus de ce nom que les environs de Kexholm, dans le gouvt de Viborg. — La Carélie appartint d'abord aux Russes; elle fut presque toute conquise par les Suédois au XVIIe siècle; mais le traité de Nystadt, 1721, l'a rendue à la Russie.

CARÊME (du latin quadragesimus, quarantième), temps d'abstinence et de jeûne observé chez les Chrétiens, dure 40 jours, en souvenir des 40 jours que J.-C. passa dans le désert sans boire ni manger, lorsqu'il fut tenté par le démon. Le carême commence le mercredi des Cendres et se termine le jour de Pâques (les dimanches ne sont pas compris dans les 40 j. de jeûne). — D'autres religions ont des jeûnes analogues à notre carême (le ramadan des musulmans n'est rien autre chose), et presque toutes le placent au renouvellement du printemps, époque où la chair des animaux contient des principes qui peuvent être dangereux pour la santé.

CARÊME (Marie Ant.), célèbre cuisinier, né à Paris en 1784, mort en 1833. Abandonné de ses parents encore enfant, il remplit d'abord les fonctions les plus infimes dans les cuisines du plus bas étage; mais, à force d'étude et de travail, il parvint à élever l'art culinaire presque au rang d'une science et se fit une grande renommée dans toutes les cours de l'Europe. Unissant le talent d'architecte à l'art culinaire, il dessinait lui-même ses pâtisseries avec beaucoup de goût et d'après les meilleurs modèles, qu'il empruntait à Vignole ou Palladio. Il a laissé plusieurs ouvrages sur son art : Le Pâtissier royal parisien, 1810; Le Cuisinier parisien, le Pâtissier pittoresque, 1815; le Maître d'hôtel français et l'Art de la cuisine au XIXe siècle, souvent réimprimés.

CARENNAC, bourg, du d. du Lot, arr. et à 52 k. N. E. de Gourdon, sur la r. g. de la Dordogne; 1000 h. Anc. abbaye de l'ordre de Cluny, fondée au XIe s.

CARENTAN, Carento, ch.-l. de c (Manche) à 27 k. N. O. de St-Lô; 2743 hab. Port sur la Douve. Dentelles, étoffes de coton. Commerce de cabotage. Ancienne place de guerre démantelée en 1853.

CAREY (Harry), poëte et musicien anglais, fils naturel de Savile, marquis d'Halifax, né à une époque incertaine, mort en 1743, fit les paroles et la musique d'un grand nombre de chansons et de ballades qui eurent une grande vogue et qui furent réunies sous le titre de The musical Century, 1740. Il a aussi composé des pièces de théâtre fort gaies; cependant il se pendit dans un accès de mélancolie. On lui attribue l'air national God save the King.

CAREY (Jean), philologue, né en Irlande en 1756, mort en 1829, a donné un grand nombre d'ouvrages d'éducation, et a publié 50 vol. de la collection des Classiques de Valpy. Il donna aussi des édit. de la trad. de Virgile de Dryden et du Dictionnaire d'Ainsworth.

CAREY (William), orientaliste anglais, né en 1762, mort à Sérampour en 1834, fut envoyé en 1793 dans le Bengale pour y répandre l'Évangile; apprit plusieurs des dialectes de l'Inde, surtout le sanscrit et le bengali; fut professeur de sanscrit à Calcutta depuis 1801, et publia plusieurs grammaires et dictionnaires qui ont beaucoup avancé l'étude des langues orientales. Il entreprit avec Marshmann la publication et la traduction du Ramayana, et en donna plusieurs vol. (1806-10), mais il ne put l'achever.

CAREZ (Joseph), imprimeur de Toul, né en 1753, mort en 1801, est l'inventeur du clichage. Il donna dès 1785 plusieurs éditions remarquables où il employait ce procédé ; il les appelait éditions homotypes, pour exprimer la réunion en un seul corps de plusieurs caractères. Député de la Meurthe à l'Assemblée législative, il fut quelque temps sous-préfet à Toul. Il mourut dans cette ville en 1801.

CARHAIX, Vorganium, ch.-l. de c. (Finistère), sur l'Hière, à 57 k. N. E. de Quimper; 1808 h. C'est une des plus anc. villes de l'Armorique. Patrie de Latour-d'Auvergne, le Premier grenadier de France, à qui une statue a été élevée dans cette ville en 1841. Carhaix fut prise par Duguesclin en 1363.

CARIATH. Ce mot qui précède un grand nombre de noms de villes de la Palestine, veut dire ville. V. le nom qui suit.

CARIATI, Paternum, ville d'Italie (Calabre Citér.), sur le golfe de Tarente, à 45 k. N. de San-Severino; 2300 h. Évêché. Mûriers, manne.

CARIBERT I, l'aîné des fils de Clotaire I, eut en partage le roy. de Paris, avec certaines parties du Quercy, de l'Albigeois et de la Provence, et régna de 561 à 567. Il se distingua par ses goûts pacifiques et se piqua même d'être savant en jurisprudence, mais il s'abandonna à la luxure et fut pour ce motif excommunié par son évêque. Il ne laissa que des filles, et ses États furent partagés entre ses frères.

CARIBERT II. V. ARIBERT.

CARIE, Caria, auj. livah de Mentech, anc. contrée de l'Asie-Mineure, dans l'angle S. O. de la péninsule, était bornée à l'O et au S. O. par la mer, au N. par la Lydie, à l'E. par la Pisidie et la Lycie; v. principales : Halicamasse, Milet, Cnide, Caune, Alabanda, Alinde. Les Grecs, dès le temps d'Homère, traitaient les Cariens de barbares, et employaient comme synonymes les mots de Carien et d'esclave. — De bonne heure les Phéniciens fondèrent en Carie des colonies, qui devinrent des puissances maritimes. Ensuite cette contrée reçut des colonies grecques, soit ioniennes, soit doriennes. Cyrus conquit ce pays. Néanmoins il conserva quelques souverains particuliers, notamment Mausole et la reine Artémise (V. ces noms). Alexandre ne soumit que nominalement la Carie; après sa mort elle appartint successivement à Cassandre, à Antigone, à Lysimaque, aux Rhodiens et enfin aux Romains. Sous Constantin elle fit partie du diocèse d'Asie. Elle tomba ensuite au pouvoir des Arabes, des Turcs Seldjoucides, et enfin des Ottomans, en 1336.

CARIGNAN, Carignano, v. du Piémont, à 20 k. S. de Turin, sur la r. g. du Pô; 7250 h. Belle place, murailles anciennes. Filature de soie; confitures d'écorce de citron. — Carignan a donné son nom à une branche de la maison de Savoie qui règne auj. (V. ci-après); le fils aîné du roi porte toujours le titre de prince de Carignan. Cette ville a été prise plusieurs fois, notamment en 1544.

CARIGNAN, ch.-l. de c. (Ardennes), à 17 k. S. E. de Sedan, sur le Chiers; 1644 h. Fer-blanc, lainages, grains. Cette ville se nommait d'abord Yvoy; elle reçut le nom de Carignan lorsque Louis XIV l'eut érigée en duché-pairie en faveur d'une branche cadette de Savoie-Carignan, dont le chef s'était établi en France et avait épousé Marie de Bourbon, comtesse de Soissons. V. l'art. savant.

CARIGNAN (Thomas François DE SAVOIE, prince de), 5e fils de Charles-Emmanuel I, due de Savoie, et chef de la maison de Carignan, naquit en 1596. Il commanda en 1635 les Espagnols contre la France, et perdit la bataillé d'Avein contre les maréchaux de Châtillon et de Brézé; mais en 1638, il battit le maréchal de La Force, et lui fit lever le siége de St-Omer. Il passa quelques années après au service de la France (1642), fut nommé généralissime des armées de France et de Savoie en Italie, fit la guerre avec succès, et reçut en récompense la charge de grand maître de France. Il mourut à Turin en 1656, dans une expédition entreprise pour secourir le duc de Modène, attaqué par les Espagnols. Après avoir tenté, mais inutilement, d'enlever à sa belle-sœur Christine la tutelle de ses enfants, il s'était réconcilié avec elle. Il avait épousé en 1625 Marie de Bourbon, comtesse de Soissons, dont il eut Eugène Maurice, comte de Soissons (V. SOISSONS), père du célèbre prince Eugène. — La maison de Carignan règne auj. en Sardaigne. Elle monta sur le trône en 1831, en la personne de Charles-Albert, après l'extinction de la branche aînée.

CARILLO D'ACUNHA. V. ACUNHA et ALBORNOS.

CARIN, M. Aurelius Carinus, empereur romain, succéda à son père Carus en 283, conjointement avec Numérien, son jeune frère, et eut en partage l'Italie, l'Illyrie, les Gaules, l'Espagne et l'Afrique. Sa vie fut souillée par les débauches et la cruauté ; il montra cependant quelque courage pour défendre l'empire : il battit près de Vérone l'usurpateur Julianus qui avait pris la pourpre en Pannonie, et repoussa d'abord avec quelque succès Dioclétien, prétendant plus redoutable; mais il fut enfin vaincu par ce dernier en Mésie, et, après sa défaite, assassiné par un de ses tribuns (285).

CARINI, v. de Sicile (Palerme), à 17 kil. N. O. de Palerme ; 7000 hab. Château. Beaucoup de manne aux env. Pres de là, ruines d’Hyccara, patrie de Laïs. — Insurgée en 1860 contrôle roi de Naples, elle fut aussitôt bombardée et presque détruite.

CARINTHIE, anc. prov. des États autrichiens (Illyrie), avait à l'E. et au N. la Styrie, au S. la Carniole, à l'O. le Tyrol; 88 kil. sur 58; 350 000 hab., Slaves pour la plupart; ch.-l., Klagenfurth. La Carinthie est auj. divisée en 2 cercles : celui de Klagenfurth ou Carinthie inf., et celui de Villach ou Carinthie sup. Elle est traversée par les Alpes Carniques et Noriques; l'air en est froid, le sol peu fertile, mais elle contient de grandes richesses métalliques, surtout en plomb. Industrie : fabrication d'une espèce d'acier dit brescia, tôle, blanc de plomb, sel de plomb, armes à feu. — La Carinthie, habitée d'abord par les Carentani, faisait partie du Norique et de la Carnie. Elle appartint successivement à l'empire romain, aux Hérules, aux Ostrogoths, aux Avares, à Charlemagne, qui en fit un margraviat dépendant du duché de Frioul. Arnoul fut fait duc de Carinthie en 880, et réunit son duché à la Bavière en 887; Othon II l'en sépara en 977. En 1058, la maison de Zæhringen l'obtint avec la marche de Vérone; elle passa ensuite aux maisons de Murzthal (1073), d'Ortenbourg (1127), de Bohême (1269), de Gœrz (1282), aux comtes du Tyrol (1286), et finalement à la maison d'Autriche (1336). La France a possédé de 1809 à 1814 le cercle de Villach.

CARIS, riv. de Gaule, auj. le Cher,

CARISBROOKE, vge de l'île de Wight, à 1 kil. S. O. de Newport; 4500 hab. Vieux fort, construit par les Bretons, ou selon d'autres par les Romains, et reconstruit sous Élisabeth. Charles I y fut gardé comme prisonnier en 1647, et, après sa mort, ses enfants y furent détenus.

CARISSIMI (J. J.), grand compositeur italien, né à Padoue vers 1582, mort v. 1672, fut le réformateur de la musique moderne en Italie. Choisi pour maître de la chapelle pontificale en 1649, il introduisit dans les églises l'accompagnement de la musique instrumentale, et fut le premier qui employer la cantate pour des sujets religieux. On a de lui de Messes, des Oratorios, des Motets et des Cantates. On remarque surtout ses cantates le Sacrifice de Jephté et le Jugement de Salomon, son motet Tur babuntur impii.

CARISTIE (Aug. Nic.), architecte français, né à Avallon (Yonne) en 1783, m. en 1862; étudia l'architecture sous Percier; publia en 1821 le Plan et la coupe d'une partie du forum et de la voie sacrée; fut chargé de restaurer l'arc de Marius à Orange, dont il donna les Dessins en 1839; a en outre exécuté pour l'Institut, dont il devint membre, les Dessins du Temple de Sérapis à Pouzzoles.

CARISTO, Carystus, v. de Grèce, dans l'île de Négrepont, au S. E., près du cap de l'Oro; 3000 hab. Évêché grec. Jadis célèbres carrières de marbre.

CARITENA, Gortys, v. de la Grèce actuelle (Arcadie), à 22 kil. O. de Tripolitza, sur la r. dr. de l'anc. Alphée; 2500 hab.

CARLADÈS, petit pays de la H.-Auvergne, sur les confins du Rouergue, formé des territoires de Carlat et de Vic. Il eut dès l'an 1000 des comtes particuliers; fut réuni aux comtés de Rouergue et de Provence, aux domaines des maisons d'Armagnac, d'Albret et de Bourbon, enfin (1531) à la couronne. Louis XIII, en 1642, en fit un duché-pairie.

CARLAT, vge du dép. du Cantal, ch.-l. de l'anc. Carladès, à 15 kil. S. E. d'Aurillac; 950 hab.

CARLAT-DE-ROQUEFORT (LE), vge de l'Ariége, à 13 k. E. de Foix; 430 hab. Patrie de Bayle.

CARLE (pour CHARLES) MARATTE, VANLOO, VERNET. V. MARATTI, VANLOO, etc.

CARLENTINI, v. de Sicile (Noto), à 30 kil. N. O. de Syracuse; 3000 hab. Fondée par Charles-Quint.

CARLIN, acteur célèbre. V. BERTINAZZI.

CARLISLE, Luguvallum, v. d'Angleterre, ch.-l. du comté de Cumberland, au confluent de l'Eden et du Caldew, à 133 kil. N. O. d'York; 36 800 hab. Évêché anglican. Belle cathédrale, demi-gothique, demi-saxonne; vieux château construit par Guillaume Ier, où Marie Stuart fut emprisonnée en 1568. Établissements d'instruction; industrie active : fonderies, brasseries, étoffes de laine, cordages, cuirs, etc. ; grand commerce. — Carlisle fut un des principaux postes militaires des Romains. Le mur d'Adrien y aboutissait. Elle appartenait à l’Écosse sous David I; elle fut plusieurs fois assiégée, incendiée et prise, notamment en 900 par les Danois, en 1644 par les Parlementaires, en 1745 par les Jacobites. Le titre de comte de Carliste fut donné en 1661 par Charles II à une des branches de la famille Howard. — Il y a plusieurs villes de ce nom aux États-Unis, notamment une en Pensylvanie, à 150 k. O. de Philadelphie; 5000 h. Collége méthodiste.

CARLISTES, dénomination de parti donnée en France aux partisans de Charles X après la révolution de 1830, et en Espagne aux partisans de don Carlos, prétendant au trône après la mort de Ferdinand VII, 1833, et à ses héritiers. (V. CARLOS, MONTEMOLIN.)

CARLOMAN, fils aîné de Charles-Martel et frère de Pepin le Bref, reçut en 741 l'Austrasie, la Souabe et la Thuringe, qu'il gouverna en souverain, mais sans prendre le titre de roi. Il eut sans cesse à combattre les Allemands, les peuples d'Aquitaine, les Bavarois et les Saxons et les défit partout; mais enfin, las de tant de combats, il renonça aux grandeurs et se retira chez les religieux du Mont-Cassin (747), laissant Pepin seul maître. Envoyé en France en 753 pour une mission de paix, il mourut à Vienne en Dauphiné en 756. Ses restes furent transportés au Mont-Cassin, où ils reposent encore.

CARLOMAN, fils de Pepin le Bref, et frère de Charlemagne, né en 751, régna de 768 à 771 sur l'Austrasie, la Bourgogne et une partie de l'Aquitaine, et mourut à 21 ans. Charlemagne recueillit tout l'héritage.

CARLOMAN, 2e fils de Louis le Bègue et frère de Louis III, fut sacré en 879 roi d'Aquitaine et d'une partie de la Bourgogne, et devint en 882, par la mort de son frère, seul roi de France. Il combattit avec succès Hugues le Bâtard, qui revendiquait la Lorraine, Boson, qui s'était fait un royaume dans le midi de la France, et les Normands, qui ravageaient toutes les provinces. Il mourut en 884, blessé à la chasse d'une flèche lancée par un de ses officiers contre un sanglier.

CARLOMAN, fils de Louis le Germanique, partagea les États de son père avec ses frères Louis et Charles en 876, reçut la Bavière et fut un moment roi d'Italie. Il mourut en 880, ne laissant qu'un enfant bâtard, Arnoul, qui fut reconnu roi d'Allemagne en 887.

CARLOPAGO, v. des États autrichiens (Croatie militaire), sur l'Adriatique, à 37 kil. N. de Nona; 2000 h. Grand et bon port, creusé en 1782 par ordre de Joseph II. Ville jadis commerçante, auj. déchue.

CARLOS (don), infant de Navarre, prince de Viane, né en 1420 de Jean, prince d'Aragon, et de Blanche, reine de Navarre, devait en 1441, à la mort de sa mère, hériter de la couronne de Navarre; mais cet héritage lui fut enlevé par son père. Don Carlos prit les armes pour défendre ses droits; il fut vaincu à Aibar (1452), fait prisonnier, et ne sortit de prison qu'au prix d'une renonciation. La guerre se ralluma néanmoins en 1455; don Carlos, de nouveau vaincu, alla chercher un refuge à Naples, près de son oncle, Alphonse le Magnanime; mais la mort de ce prince le laissa sans appui, et, en 1460, il fut perfidement arrêté par l'ordre de son père, que Jeanne, sa 2e femme, poussait à ces actes odieux. A la nouvelle de cette arrestation, plusieurs provinces se révoltèrent, et Jean fut contraint de reconnaître don Carlos pour son héritier, et de consentir au mariage de ce prince avec Isabelle de Castille, que la reine Jeanne destinait à son propre fils. Cette marâtre prévint leur union par un crime : don Carlos fut empoisonné en 1461. Ce prince joignait à de brillantes qualités le goût des lettres; il a laissé, entre autres écrits, une traduction de la Morale d'Aristote, et en manuscrit une Chronique des rois de Navarre.

CARLOS (don), fils de Philippe II et de Marie de Portugal, né en 1545, annonça dès son bas âge un caractère violent et vindicatif, que les circonstances vinrent encore aigrir. Il devait épouser Élisabeth de France, fille de Henri II; mais son père, alors veuf de Marie d'Angleterre, le supplanta dans ce mariage (1560). Plus tard, en 1565, on lui fit espérer la main de l'archiduchesse Anne, fille de l'empereur Maximilien; mais son père s'opposa encore à cette union. En 1564, Philippe II avait fait venir en Espagne les archiducs Rodolphe et Ernest, ses neveux, afin de leur assurer la succession de ses États, au détriment de son fils qu'il disait incapable de gouverner. Irrité de cette conduite, don Carlos osa traiter, en 1567, avec les Pays-Bas révoltés contre son père, et promettre aux rebelles de se mettre à leur tête. Philippe parut croire que don Carlos avait conspiré contre sa vie et le fit arrêter : il fut condamné par l'inquisition; quelques mois après, il mourut dans sa prison, selon les uns, de consomption, selon d'autres, empoisonné (1568). Sa mort a fourni un sujet de tragédies à Campistron, Chénier, Otway, Schiller, Alfieri, etc. St-Réal a fait le récit de sa conspiration.

CARLOS (don) DE BOURBON, 2e fils de Charles IV et frère de Ferdinand VII, né en 1788, mort en 1855, fut contraint d'abdiquer à Bayonne entre les mains de Napoléon, avec son père et son frère (1808), et fut comme eux détenu à Valençay pendant l'occupation de l'Espagne. Il rentra à Madrid en 1814 et devint bientôt l'appui du parti rétrograde. Son frère Ferdinand VII n'ayant pas eu d'enfants de trois mariages, don Carlos semblait destiné à régner; mais le roi, ayant épousé en 4e noces Marie-Christine, en eut deux filles, dont l'une, par une disposition spéciale, fut appelée à lui succéder sous le nom d'Isabelle II (1830). Don Carlos protesta contre le décret qui abolissait la loi salique et fut exilé. Après la mort de Ferdinand, il prit le titre de roi sous le nom de Charles V, rentra en Espagne les armes à la main (1834). Les Carlistes, ses partisans, ayant été vaincus en 1839, il se réfugia en France, fut interné à Bourges, et mourut à Trieste en 1847. — Ses prétentions ont été reprises par son fils, le Cte de Montemolin (V. ce nom), et par son petit-fils, Charles de Bourbon (1848-1909), Don Carlos, qui, sous le nom de Charles VII, les renouvela sous le roi Amédée (juill. 1872) et sous la république de 1873, et s'empara de plusieurs villes du N. de l'Espagne.

CARLOSTADT (André BODESTEIN, dit), ami de Luther, ainsi nommé de la ville de Carlstadt, en Franconie, où il était né, était professeur de théologie et doyen de l'Université à Wittemberg en 1512. Il fut un des premiers à embrasser la Réforme et à se marier; mais il ne tarda pas à se séparer de Luther au sujet de l'Eucharistie, et combattit la présence réelle (V. SACRAMENTAIRES). Mort à Bâle en 1541.

CARLOTTA (LA), v. d'Espagne, une des colonies étrangères de la Sierra-Morena établies en 1767 par Olavidès, à 25 kil. S. O. de Cordoue; 4000 hab., en grande partie Français et Savoyards.

CARLOVINGIENS, illustre famille qui a donné un grand nombre de souverains à la France, à l'Allemagne et à l'Italie pendant les IXe et Xe siècles. Elle doit son nom à Charles-Martel, maire du palais, fils de Pepin d'Héristal, et père de Pepin le Bref. Voici la liste des souverains de cette famille :

Rois de France. Charles-Martel, 715-741; Pepin le Bref, 752-768; Charlemagne, 768-814; Louis le Débonnaire, 814-840; Charles le Chauve, 840-877; Louis le Bègue, 877-879; Louis III et Carloman, 879-884; Charles le Gros, 884-887; Charles le Simple, 893-923; Louis d'Outremer, 936-954; Lothaire, 954-986; Louis V, le Fainéant, 986-987.

Empereurs. Charlemagne, 800-814; Louis le Débonnaire. 814-840; Lothaire, 817-855; Louis II, fils de Lothaire, 850-876; Charles le Chauve, 876-877; Charles le Gros, 880-887 ; Guy de Spolète, 891-894; Lambert, 894-896; Arnoul de Carinthie, 896-899; Louis, fils de Boson, 901-902; Bérenger, 906-924.

Rois d'Allemagne ou de Germanie. Charlemagne, 800-814; Louis le Débonnaire, 814-840; Louis II, le Germanique, 840-876; Louis le Jeune ou de Saxe, 876-882; Charles le Gros, 882-887; Arnoul de Carinthie, 887-899 ; Louis l'Enfant, 899-911.

Rois d'Italie. Charlemagne, 774-781; Pépin, 781-812; Bernard, 812-818; Louis le Débonnaire, 818-820; Lothaire, 820-855; Louis II, 855-875; Charles le Chauve, 875-876; Charles le Gros, 879-881 ; Guy, 881-888; Bérenger, 888-894, 905-924; Lambert, 894-900; Louis, fils de Boson, 900-905; Hugues de Provence, 926-947; Lothaire, 945-9150; Bérenger II et Adalbert, 950-961.

En France, la mort de Louis V, le Fainéant (987), amena sur le trône Hugues Capet, qui fut reconnu roi à l'exclusion de Charles de Lorraine, 2e fils de Louis d'Outremer. En Allemagne, les Carlovingiens s'éteignirent en la personne de Louis IV, l'Enfant (911), et furent remplacés par les maisons de Saxe et de Franconie. En Italie, après la mort d'Adalbert, dernier roi carlovingien (961), Othon le Grand réunit ce royaume à l'empire.

CARLOW, v. d'Irlande (Leinster), ch.-l. d'un comté de même nom, sur le Barrow, à 67 k. S. O. de Dublin; 10 000 hab. Ancien château fort anglo-normand, anc. abbaye, temple protestant, hospice d'aliénés. Un peu de commerce. — Le comté est situé entre ceux de Kilkenny, Kildare, la Reine, Wicklow et Wexford; 88 980 hectares, 86 228 hab.

CARLOWITZ, v. des États autrichiens (Esclavonie militaire), sur le Danube qui souvent l'inonde, à 10 kil. S. E. de Peterwaradin; 5600 h. Archevêché grec; école illyrienne, école catholique. Vin estimé, vermouth. — Il y fut signé en 1699 un traité de paix, par lequel la Turquie cédait : à l'Autriche toute la Hongrie turque (moins Temeswar et Belgrade) et ses prétentions à la suzeraineté de la Transylvanie; à la Pologne, Kaminiec, la Podolie et l'Ukraine en deçà du Dniepr: à Venise, la Morée, l'île d'Égine et plusieurs places en Dalmatie; à la Russie, Azov.

CARLSBAD, v. de Bohême (Elnbogen), sur la Toppel, à 11 k. N. E. d'Elnbogen; 3000 h. permanents. Couteaux, aiguilles, etc. Eaux thermales découvertes par l'empereur Charles IV dans une partie de chasse en 1358, d'où le nom de Carlsbad (c.-à-d. bain de Charles); sel de Carlsbad (sulfate de soude). — Il s'y tint en 1819 un congrès des souverains d'Allemagne pour établir une police plus rigoureuse contre les étudiants et contre l'esprit de libéralisme.

CARLSBOURG, Apulum chez les anciens, Alba Julia, Alba Carolina en latin moderne, Weissenbourg en allemand (alb, weiss, signifient blanc), v. de Transylvanie, ch.-l. du comitat de Weissembourg, sur le Maros; 6500 h. Ville petite, mais importante comme place forte; siége de l'évêché catholique de Transylvanie; anc. résidence des princes de Transylvanie; cathédrale où se trouve le tombeau de J. Huniade. Aux environs, riches mines d'or.

CARLSCRONA, v. de Suède, à 400 kil. S. O. de Stockholm, sur la mer Baltique, est en grande partie construite sur de petites îles qui touchent à la côte ; 15 000 hab. Port militaire, le premier du roy.; forts, bassins, chantiers et autres établissements pour la marine. — Fondée par Charles IX, augmentée par Charles XI en 1679, détruite en partie par un incendie en 1790.

CARLSHAFEN, v. de Hesse-Cassel, à 32 kil. N. de Cassel, sur le Weser et la Dimel ; 2000 hab. Canal, port. La v. est bâtie à l'italienne. Hôpital d'invalides fondé en 1704. — Syburg était le 1er nom de cette ville; le landgrave Charles, qui la rebâtit en 1699, lui donna en 1717 celui qu'elle porte auj.

CARLSRUHE, capit. du grand-duché de Bade, à 7 kil. de la r. dr. du Rhin, à 67 kil. N. E de Strasbourg; 25 000 hab. Très-jolie ville; beau château; monuments divers, églises, caserne, théâtre, porte d'Ettlingen, etc. Académie, biblioth., beaucoup d'établissements d'instruction. Industrie : soieries, bijouterie, carrosserie, meubles, amidon, etc. Un chemin de fer l'unit à Heidelberg par Manheim et à Bâle par Rastadt. — Cette v. fut fondée en 1715 par Charles-Guillaume, margrave de Bade-Dourlach, qui en fit sa résidence et lui donna le nom de Carlsruhe, c.-à-d. repos de Charles : ce n'était auparavant qu'un simple rendez-vous de châsse.

CARLSTAD, v. de Suède, sur le lac Wener, ch.-l. du gouvt de Carlstad, à 255 kil. O. de Stockholm; 2000 hab. Cathédrale. Commerce assez actif. — Fondée en 1584 par Charles duc de Sudermanie (Ch. IX). — Dans le gouvt de Carlstad sont de riches mines de fer qui donnent 300 000 quintaux par an.

CARLSTADT, v. forte des États autrichiens (Trieste), à 164 kil. E. de Trieste; 6000 hab. Évêché grec orthodoxe. Château, chantiers de construction. — V. de Bavière (Basse-Franconie), à 54 kil. N. O. de Wurtzbourg; 3000 hab. Patrie de Carlostad.

CARLSTADT-VARASDIN (Généralat de), gouvt des États autrichiens qui, réuni au banat de Croatie, forme une des 4 divisions du gouvt des Confins militaires.

CARLUX, ch.-l. de cant. (Dordogne), sur la Dordogne, à 11 kil. E. de Sarlat; 360 hab. Ruines d'une forteresse.

CARMAGNOLE, v. du roy. d'Italie, dans le Piémont, à 24 kil. S. E. de Turin; 12 000 hab. Belle place. Patrie de François Bussone, dit Carmagnole. Prise en 1691 par Catinat et en 1796. — Pendant la Révolution, on donna le nom de Carmagnole à une chanson républicaine injurieuse à la cour, puis au costume négligé qu'adoptèrent les Jacobins en 1793. On croit que l'air de la Carmagnole, bien antérieur à la Révolution, fut d'abord fait pour une chanson populaire dans laquelle était célébrée une grande victoire remportée sur les Suisses par le général François Carmagnole (qui suit).

CARMAGNOLE (François BUSSONE, dit), général italien, né à Carmagnole en Piémont, en 1390, de parents obscurs, fut d'abord gardeur de pourceaux, puis valet d'armée. Entré comme simple soldat en 1412 dans les troupes de Philippe Marie Visconti, duc de Milan, il se distingua sous les yeux de ce prince, fut bientôt élevé par lui au commandement de toutes ses armées, et fut le libérateur du Milanais. Il finit par devenir odieux à Visconti, qui craignait sa puissance, et s'enfuit à Venise en 1424. Les Vénitiens lui confièrent la direction de leurs forces. Il vainquit à Macalo, en 1427, les quatre généraux les plus habiles de l'Italie, François Sforza, Piccinino, Ange de la Pergola et Guido Torello; mais sa générosité envers les prisonniers le rendit suspect au conseil des Dix. Quelques revers, et notamment une défaite éprouvée par la flotte en 1431, ayant paru confirmer les soupçons, il fut rappelé à Venise en 1432; il y fit une entrée triomphale, mais le lendemain de son retour il fut jeté dans les fers, et bientôt il périt sur l'échafaud. Cette catastrophe a fourni à Manzoni le sujet d'une tragédie.

CARMANIE, Carmania, auj. Kerman, Laristan, et partie S. O. du Kaboul; prov. de l'anc. Perse, entre le golfe Persique au S., la Parthie au N., la Perside à l'O., l'Arie, la Gédrosie, la Drangiane à l'E., se divisait en Carmanie maritime, au S.; ch.-l., Carmana; et Carmanie intérieure ou déserte, au N. Cette dernière offre d'immenses plaines de sable, incultes, salées, presque solitaires; cependant l'on y élevait des moutons renommés.

CARMARTHEN, V. CAERMARTHEN.

CARMATH, CARMATHES. V. KARMATH, etc.

CARMAUX ou CRAMAUX, bourg du dép. du Tarn, à 16 k. N. d'Albi; 3743 h. Riche houillère.

CARMEL (mont), Carmelus, montagne de Syrie (Acre), entre la mer à l'O. et le Cison à l'E., s'étend depuis Césarée au S. jusqu'à la baie d'Acre au N., où il forme un cap, par 32° 51' lat. N., 32° 39' long. E. Ce mont, haut de 1000m, passe pour avoir été la demeure du prophète Élie. Un célèbre couvent de Carmes y fut construit au XIIe siècle : démoli en 1821 par Abdallah, pacha de St-Jean-d'Acre, il a été reconstruit depuis 1828 avec le produit des quêtes faites dans toute la chrétienté : on y exerce l'hospitalité.

CARMEL (religieux du MONT-), ermites institués en 400 sur le mont Carmel, par Jean, patriarche de Jérusalem, en l'honneur du prophète Élie; ce sont eux qui ont donné naissance à l'ordre des Carmes.

CARMÉLITES, congrégation de religieuses qui suivaient la règle des Carmes. Cette congrégation, introduite en France dès 1452, fut réformée par Ste Thérèse en 1562 : le cardinal de Bérulle et Mme Acarie firent adopter cette réforme en France. C'est dans un couvent de Carmélites de Paris (rue d'Enfer) que se retira Mlle de La Vallière.

CARMENTA, prophétesse d'Arcadie qui rendait ses oracles en vers (carmen), eut de Mercure Évandre, avec lequel elle passa en Italie. Après sa mort, les Romains lui élevèrent un autel entre le Tibre et le mont Capitolin près d'une des portes de la ville qu'on nomma en son honneur Porte Carmentale et qui fut appelée plus tard Porte Scélérate.

CARMENTALE (porte). V. CARMENTA.

CARMES, ordre religieux, originaire du mont Carmel en Syrie, d'où il tire son nom, fut formé au commencement du XIIe siècle, reçut, en 1209, une règle d'Albert, patriarche de Jérusalem et fut confirmé en 1227 par le pape Honorius; il fut introduit en Europe par S. Louis en 1238. Les Carmes vivaient cloîtrés, observaient le silence et se livraient au jeûne et à la prière. Ils portaient une robe brune et une chape blanche avec des barres de couleur brune, d'où le nom de Barrés qu'on leur donnait aussi.

CARMES MITIGÉS, religieux institués en 1432, suivaient la règle des Carmes, adoucie par Eugène IV.

CARMES DÉCHAUSSÉS, congrégation religieuse établie dans le XVIe siècle, n'était qu'une réforme des Carmes. Cette réforme fut d'abord appliquée à des couvents de femmes par Ste Thérèse, 1562 V. CARMÉLITES); puis cette sainte, aidée de S. Jean d« la Croix, l'introduisit dans les couvents d'hommes. Ces Carmes marchaient pieds nus (d'où leur nom).

CARMONA, v. d'Espagne (Séville), à 30 kil. E. de Séville, sur le Carbonès; 20 700 hab. Château en ruines. Prise en 712 par Mousa, elle devint très-florissante sous les Maures; elle leur fut enlevée en 1247.

CARMONTELLE (N.), auteur dramatique, né à Paris en 1717, mort en 1806, fut lecteur du duc d'Orléans. Il est le créateur de ces petites comédies connues sous le nom de Proverbes dramatiques, et réussit fort bien dans ce genre léger. Il publia un premier recueil de ces pièces de 1768 à 1781, en 8 v. in-8; on a publié après sa mort, en 1811 et 1825, plusieurs de ses proverbes qui étaient restés inédits.

CARNAC, vge du dép. du Morbihan, à 10 k. S. E. d'Auray; 541. On voit aux environs d'immenses ruines de monuments celtiques : 1200 pierres placées en quinconce dans une vaste lande forment des espèces de rues tirées au cordeau.

CARNAK, v. d’Égypte. V. KARNAK et THÈBES.

CARNARVON, v. d'Angleterre. V. CAERNARVON.

CARNATIC, prov. de l'Inde. V. KARNATIC.

CARNAVAL, temps de fêtes et de divertissements qui précède le Carême, commence le 6 janvier, jour de l’Épiphanie, et finit le mardi, veille du mercredi des Cendres. On fait dériver le mot Carnaval de carn (pour caro, chair) et avaler, parce que l'on mange beaucoup de chair pendant le Carnaval pour se dédommager de l'abstinence imposée pendant le carême; d'autres, avec plus de raison, font venir ce mot de caro vale, c'est-à-dire, adieu la chair. Les travestissements de tous genres, les bals nocturnes et masqués, les promenades du Dimanche-Gras et du Mardi-Gras sont les principaux amusements auxquels on se livre pendant le Carnaval. Le Carnaval de Venise et en général ceux des pays méridionaux sont les plus célèbres et les plus brillants. Cet usage semble être un reste des fêtes populaires des anciens et de celles de nos pères, telles que les Bacchanales, les Lupercale, les Saturnales, la fête des Fous, de l’Âne, etc.

CARNÉADE, philosophe grec, fondateur de la 3e Académie, né à Cyrène vers 215 avant J.-C., enseigna dans Athènes, et vécut 90 ans. Il professait une espèce de scepticisme mitigé : il ne disait pas, comme Arcésilas, que la vérité n'existe pas, mais que l'homme ne peut la connaître, et qu'il est réduit en tout à la vraisemblance ou à la probabilité. Pour lui, la loi morale aurait consisté, au dire de Cicéron (Acad. II, 42), dans la satisfaction des premiers besoins de la nature. Il combattit les Stoïciens avec acharnement; il disait lui-même que s'il n'y avait pas eu de Chrysippe, il n'y aurait pas eu de Carnéade. Député par les Athéniens, avec Critolaüs et Diogène de Babylonie, auprès du Sénat de Rome pour faire une réclamation (155), il fit briller son éloquence aux yeux des jeunes Romains; mais à la suite d'une séance où il avait successivement parlé pour et contre la justice, Caton proposa de renvoyer au plus tôt un sophiste si dangereux.

CARNERO, golfe de l'Adriatique. V. QUARNERO.

CARNI, peuple de la Vénétie. Ils occupaient la Carniole et le Frioul, et avaient pour ch.-l. Julium Carnicum (auj. Zuglio).

CARNIÈRES, ch.-l. de c. (Nord), arr. et à 8 k. E. de Cambray; 1606 h. Sucre de betterave, genièvre, distilleries. — V. de Belgique (Hainaut), sur la Haine, à 16 k. O. de Charleroy; 2000 h. Houille; fer-blanc. Henri l'Aveugle, comte de Namur, y battit en 1170 Godefroy, duc de Brabant, et Baudoin IV, comte de Hainaut.

CARNIOLE, en all. Krain, anc. prov. des États autrichiens, roy. d'Illyrie, bornée au N. par la Carinthie, à l'E. par la Croatie, au S. par la Dalmatie et l'Adriatique; 525 000 h. Elle forme auj. les trois cercles de Laybach, Neustædtl, Adelsberg. Au N. sont les Alpes Carniques et Juliennes; on y trouve des lacs, des grottes fameuses; elle est arrosée par la Save et ses affluents. Riches mines de fer, d'argent, de plomb et surtout de mercure (à Idria). Salines sur les côtes. — La Carniole doit son nom à ses anciens habitants, les Carni; elle appartint successivement aux Romains, aux Hérules, aux Ostrogoths, aux Lombards, aux Venèdes, à Charlemagne; elle faisait, sous ce dernier, partie du duché de Frioul et du roy. d'Italie. Othon le Grand l'annexa à l'Allemagne et en fit une Marche du duché de Carinthie. Plus tard, les 4 maisons de Gœrz, de Méranie, de Carinthie et d'Autriche se la partagèrent; mais dès 1336 l'Autriche était devenue maîtresse de la Carniole tout entière. En 1809, cette puissance fut forcée de la céder à la France, mais elle la recouvra en 1814.

CARNIQUES (ALPES). V. ALPES.

CARNOT (Lazare Nicolas Marguerite), né à Nolay (Côte-D'or), en 1753, mort en 1823, était capitaine du génie lorsqu'éclata la Révolution, lien adopta les principes, fut en 1791 député à l'Assemblée législative, et en 1792 à la Convention. Membre du comité militaire, il fit décréter l'armement d'une nombreuse garde nationale et le licenciement de la garde du roi. En 1793, envoyé comme inspecteur à l'armée du Nord, il destitua le général Gratien, accusé d'avoir reculé sur le champ de bataille, se mit lui-même à la tête des colonnes françaises, et contribua puissamment à la victoire de Wattignies, gagnée par Jourdan. Élu, la même année, membre du Comité de salut public, il s'y occupa exclusivement des opérations militaires et eut la plus grande part aux succès de nos armes; il mérita qu'on dît de lui qu’il avait organisé la victoire. En 1795, il fut l'un des Directeurs; mais il se trouva bientôt en opposition avec Barras, fut proscrit et se retira en Allemagne. Rappelé par le premier Consul après le 18 brumaire, il reçut le portefeuille de la guerre, qu'il conserva jusqu'à la conclusion de la paix, après les batailles de Marengo et de Hohenlinden. Élu tribun en 1802, il vota contre le consulat à vie, puis contre la création de l'Empire. Il resta sans emploi jusqu'après la campagne de Russie : à cette époque malheureuse, il offrit généreusement son épée à Napoléon. La défense d'Anvers lui fut confiée : il s'y maintint longtemps, et ne consentit à remettre la place que sur les ordres du comte d'Artois. Pendant les Cent-Jours il fut ministre de l'intérieur, et après la 2e abdication de Napoléon, fit partie du gouvt provisoire. Exilé à la Restauration, il se retira à Varsovie, puis à Magdebourg, où il consacra le reste de ses jours à l'étude. On lui doit, entre autres écrits, un Éloge de Vauban, couronné par l'Académie de Dijon, 1784; Essai sur les machines, 1786; Métaphysique du calcul infinitésimal, 1797; Géométrie de position, 1803; De la défense des places fortes, 1809. On a aussi de lui un célèbre Mémoire adressé au roi en juillet 1814, où il censurait la marche suivie par le ministère. Carnot était de l'Institut depuis sa fondation; Arago a lu devant cette compagnie sa Notice historique en 1850. Anvers lui a érigé une statue (1857). Des Mémoires sur Carnot ont été publ. par son fils en 1862.

CARNOT (Joseph), frère aîné du préc., né à Nolay (CÔte-d'Or) en 1752, mort à Paris en 1835, se distingua comme jurisconsulte et fut appelé à la Cour de cassation dès sa création. On a de lui des Commentaires sur le Code d'instruction criminelle, 1812 et 1830, et sur le Code pénal, 1823 et 1826. Nommé en 1831 membre d'une commission chargée de reviser notre code criminel, il put y faire admettre une partie des idées qu'il avait constamment défendues. Il fit partie de l'Académie des sciences morales dès son rétablissement (1832). M. Bérenger a prononcé son Éloge devant cette compagnie en 1835.

CARNUTES, peuple de la Gaule (Lyonnaise 4e), entre les Aureliani, les Senones, les Parisii et les Cenomani; ch.-l., Autricum ou Carnutes (Chartres).

CARO (Annibal), littérateur italien, né en 1507 à Citta-Nova, dans la Marche d'Ancône, mort à Rome en 1566, fut secrétaire de P. L. Farnèse, duc de Parme et de Plaisance, puis des cardinaux Ranuccio et Alexandre, frères du duc, qui le comblèrent de bienfaits, et lui procurèrent une commanderie de l'ordre de St-Jean de Jérusalem. On lui doit une trad. en vers blancs de l’Énéide, regardée comme un chef-d'œuvre, Venise, 1581; un Recueil de poésies, 1569, 1572; des trad. de la Rhétorique d'Aristote, de la Pastorale de Longus, etc. Ses Œuvres ont été réunies à Venise, 1757, 6 vol. in-8, et à Milan, 1806 et 1829,-8 vol. in-8. Ses Lettres ont été publiées postérieurement.

CAROLINA (LA), v. d'Espagne (Jaen), ch.-l. des colonies établies en 1767 par Olavidès dans la Sierra-Morena, à 35 kil. N. E. d'Andujar; 3000 hab.

CAROLINA (LEX), loi de l'empire germanique rendue en 1532, sous Charles-Quint, dont elle reçut le nom, réglait la procédure criminelle dans toute l'Allemagne et mettait un ferme à l'arbitraire qui régnait dans cette partie de l'administration. Entre autres dispositions, elle prescrivait la publicité des débats et la publication des jugements.

CAROLINE, contrée de l'Amérique sept., entre la Virginie au N. et la Géorgie au S., se divise en 2 parties, dont chacune forme un des États de l'Union.

CAROLINE SEPTENTRIONALE (North-Carolina), sur l'Océan Atlantique, au S. de la Virginie, par 77° 50'-86° 15' long. O.; 700 kil. sur 220; env. 990 000 h. dont 320 000 esclaves. Elle comprend 68 comtés, et a pour ch.-l. Raleigh. Sol bas et marécageux sur les côtes; montagnes et plaines sablonneuses à l'O. Riz, maïs et grains divers, chanvre, énormes forêts de pins. Climat malsain.

CAROLINE MÉRIDIONALE (South-Carolina), sur l'Atlantique, entre la Caroline septentrionale au N. et la Géorgie au S. O., par 80° 55'-85° 35' long. O., 32° 2'-35° 10' lat. N. : 415 kil. sur 260; 700 000 hab., dont 400 000 esclaves. Elle comprend 30 comtés, Colombia est le siége du gouvt; mais la ville la plus importante est Charleston. Plusieurs chemins de fer. Marais, forêts de pins à résine; sol très-fertile, surtout en coton, en riz, maïs, tabac, indigo, etc.: le riz et le coton de la Caroline sont des plus estimés.

La Caroline du N., longtemps connue sous le nom d’Albemarle, fut découverte en 1512 par l'Espagnol Ponce de Léon; ce pays fut concédé en 1584 par Élisabeth à W. Raleigh, qui tenta, mais sans succès, d'y former un établissement. En 1562, le Français Jean de Ribault, envoyé par Charles IX, s'établit dans la Caroline du Sud, et donna au pays le nom de Caroline, en l'honneur de ce roi; mais en 1565 les Espagnols surprirent la colonie française et la massacrèrent. Quelque temps après, Dominique de Gourgues fut envoyé avec trois vaisseaux pour venger sur les Espagnols le massacre des Français, mais il n'essaya pas de relever la colonie. En 1663, quelques Anglais s'y établirent et y formèrent des établissements privés; en 1729 ils en cédèrent la propriété au gouvt anglais qui divisa tout le pays en deux États, et qui le posséda jusqu'à la déclaration d'indépendance, 1775. Locke avait donné en 1670 une constitution à la Caroline; mais cette constitution ne put être appliquée. Celle qui régit auj. ce pays date de 1790. Les deux Carolines se sont séparées de l'Union en 1861.

CAROLINE DE BRUNSWICK (Amélie Élisabeth), reine d'Angleterre, fille de Ch. Guill. Ferdinand, duc de Brunswick, née à Brunswick en 1768, morte en 1821, fut mariée en 1795 à George Fréd. Auguste, alors prince de Galles (depuis roi sous le nom de George IV), et eut de cette union, l'année suivante, la princesse Charlotte. Peu après la célébration du mariage, les deux époux se séparèrent d'un commun accord. La conduite de Caroline après cette séparation donna lieu à de graves soupçons et par suite à des débats scandaleux. Deux fois son mari lui intenta une accusation publique d'adultère (1806 et 1820); et lorsqu'il fut monté sur le trône, 1820, il ne permit point qu'elle partageât son titre ni qu'elle assistât au couronnement qui eut lieu l'année suiv. Elle mourut peu après ce dernier affront.

CAROLINE BONAPARTE. V. BONAPARTE.

CAROLINES (les) ou NOUVELLES-PHILIPPINES, vaste archipel de la Polynésie, à l'O. des îles Mulgrave, entre 135°-169° long. E. et 6°-12° lat. N., se compose d'env. 500 petites îles qui ne comptent guère que 10 000 hab., tous de race malaise. Les principaux groupes qui le composent sont ceux de Roug, Yap, Seniavine, Oualan, Oulouty, Ouleaï, Nougouor, Pelelap, Duperrey et Monteverde. L'île d'Yap est la plus grande de toutes. Ces îles sont basses et très-fertiles. Le climat est agréable, mais troublé par des ouragans terribles. La langue des indigènes est un dialecte de celle des Philippines. — Vues par Villalobos en 1543, mais oubliées jusqu'en 1689, et négligées encore auj. Les Espagnols en sont les maîtres nominalement.

CARON (Aug. Jos.), lieutenant-colonel sous l'Empire, fut sous la Restauration accusé d'avoir pris part à la conspiration de 1820 (août); défendu par M. Barthe, il fut acquitté, et retourna à Colmar. Une nouvelle conspiration avait été découverte à Béfort (1821), et les accusés passaient aux assises, lorsque Caron proposa à des sous-officiers de la garnison de Colmar de délivrer les prisonniers. Ceux-ci feignirent d'entrer dans ses projets, et quand Caron se fut compromis ouvertement, ils le ramenèrent eux-mêmes enchaîné à Colmar. Traduit devant un conseil de guerre, quoiqu'il ne fût plus militaire, il fut condamné à mort, le 1er oct. 1822. La Cour de cassation n'avait pas encore rejeté son pourvoi qu'il était déjà exécuté. — V. CARRON.

CAROUGE, Caroggio, v. de Suisse (Genève), sur l'Arve, à 2 kil. S. de Genève; 4400 hab. Horlogerie, tanneries, faïence. — Carouge n'était qu'un village lorsqu'en 1786 le roi de Sardaigne l'érigea en ch.-l. de prov. et voulut en faire la rivale de Genève. Les traités de 1815 ont donné cette ville au cant. de Genève; néanmoins, il y eut encore dans les États sardes une intendance de Carouge (ch.-l. St-Julien). Cette dénomination a été supprimée en 1837.

CARPATHES (monts). V. KRAPACS.

CARPATHOS, auj. Scarpanto, petite île de la Méditerranée, entre celles de Rhodes et de Crète. On donnait le nom de mer Carpathienne à la mer voisine.

CARPENITZA, Œchalie ou Callium, v. de la Grèce moderne (Eurytania), sur le Carpenizion, affluent de l'Aspro-Potamo. Marco Botzaris y périt, 1823.

CARPENTARIE (Golfe de), sur la côte N. de l'Australie, entre 133° 20'-140° long. E. et 10° 40'-17° 40' lat. S. — On nomme Terre de Carpentarie le pays qui s'étend sur les bords de ce golfe, entre la Terre d'Arnheim à l'O. et la Nouv.-Galles mérid. à l'E. Cette Terre a 1700 k. de développement. Connue dès 1616, elle reçut son nom en l'honneur de P. Carpenter, gouverneur général des Indes hollandaises.

CARPENTIER (P.), bénédictin, prieur de Donchery, né à Charleville en 1697, mort en 1767, a donné un Supplément au Glossaire de Ducange, sous le titre de Glossarium novum, Paris, 1766, 4 v. in-f.

CARPENTIER DE MARIGNY. V. MARIGNY.

CARPENTRAS, Carpentoracte, ch.-l. d'arr. du dép. de Vaucluse, au pied du mont Ventoux, sur l'Auzon, à 24 kil. N. E. d'Avignon; 8332 hab., dont env. 2000 israélites. Cour d'assises, trib. de 1re instance, collége, bibliothèque (qui provient de Peiresc). Cathédrale ornée de colonnes tirées d'un anc. temple de Diane; murailles anciennes, aqueduc; huile d'olive dite d'Aix, savon, essences, fruits, soie, safran, truffes. — Carpentras, v. des Cavares, était, avant Forum Neronis, la capit. des Memini; elle était comprise dans la Narbonnaise 2e. Plus tard, elle fut le ch.-l. du Comtat Venaissin. Elle servit de résidence à Clément V en 1313; elle fut réunie à la France en 1791. Elle eut dès le IIIe siècle un évêché, qui fut supprimé par le concordat de 1801.

CARPETANI, peuple de l'Hispanie (Tarraconaise), vers le centre de la péninsule, dans la Sierra di Guadalupe, habitait sur les 2 rives du haut Tage, à l'E. et à l'O. de la Jarama actuelle, entre les Arevaci au N., les Celtiberi à l'E., les Vettones à l'O., les Oretani au S. Ch.-l., Toletum (Tolède).

CARPI, v. de l'anc. duché de Modène, à 22 kil. S. O. de la Mirandole; 6000 hab. Évêché. Château, filature de soie. — Village de Vénétie, sur l'Adige, à 10 k. S. E. de Vérone; 1200 h. Le prince Eugène y battit Catinat en 1701.

CARPI (Hugo de), peintre et graveur en bois, né à Rome vers 1486, fut l'un des premiers à appliquer la gravure à trois planches; la 1re servait pour le portrait, la 2e pour les demi-teintes, et la 3e pour les ombres. Parmi ses divers ouvrages, on distingue : David coupant la tête de Goliath, le Massacre des Innocents, Ananie puni de mort, Énée sauvant son père Anchise, etc.

CARPI (Jérôme de), né à Ferrare en 1511, mort en 1556, imita le Corrége et orna de ses ouvrages le palais des ducs de Ferrare. Il était aussi habile architecte et il enrichit ses tableaux de dessins d'architecture.

CARPIN (Jean DUPLAN de), frère mineur de Saint-François, et archevêque d'Antivari, né en Italie à la fin du XIIe s., fut envoyé par Innocent IV, en 1245, dans le Kaptchak, auprès de Batou, khan des Tartares, pour le presser de cesser de ravager les pays chrétiens. De retour de ce périlleux voyage, que personne n'avait fait avant lui, il fut nommé provincial d'Allemagne, et prêcha l’Évangile en Bohême, en Hongrie, en Norvège et en Danemark. La Relation de ses voyages (pendant les années 1245-1247) a été publiée d'abord à La Haye en 1729, avec ceux de Benjamin de Tudèle et de Rubruquis; et d'une manière plus complète, d'après les manuscrits de Leyde, par M. d'Avezac, Paris, 1838, in-4,

CARPOCRATE, hérétique du IIe s., natif d'Alexandrie, niait la divinité de J.-C., croyait à la magie et professait les doctrines des Gnostiques, regardant les actes corporels comme indifférents et autorisant ainsi les plaisirs les plus honteux.

CARPZOV, Carpzovius, famille allemande, qui a fourni un grand nombre de savants jurisconsultes, théologiens et philologues. Le chef de cette famille est Benoît Carpzov, né dans le Brandebourg en 1565, mort en 1624, qui professa le droit à Wittemberg, et laissa 5 enfants, tous connus, notamment Jean Gottlob C., à qui l'on doit une Dissertation sur les opinions des philosophes touchant la nature de Dieu, Leipsick, 1699; Critica sacra, 1708; — J. Benoît C., auteur des Dissertations sur Mencius, philosophe chinois, sur Autolycus de Pitane, sur Paléphate, Musée, Ach. Tatius, Leipsick, 1743; sur Saxon le Grammairien, 1762, etc.

CARQUEFOU, ch.-l. de c. (Loire-Inférieure), à 11 k. N. E. de Nantes; 391 h.

CARR (Robert). V. SOMERSET.

CARRA (J. L.), né en 1743 à Pont-de-Veyle, avait été avant la Révolution secrétaire d'un hospodar de Valachie, puis du cardinal de Rohan. Il publia dès 1789 avec Mercier les Annales patriotiques, journal démocratique qui eut une grande popularité, provoqua l'établissement de la Commune et de la garde bourgeoise et fut un des meneurs de l'insurrection du 10 août. Élu député à la Convention, il s'attacha au parti de Brissot, fut proscrit au 31 mai 1793, et mis à mort le 31 oct. avec les Girondins. On a de lui une Histoire de Moldavie et de Valachie, 1778; une traduction de l’Histoire grecque de Gillies, 1787, des Considérations sur les États généraux, 1789, et des Mémoires sur la Bastille, 1790.

CARRACHE (Louis), en italien Carracci, peintre, né à Bologne en 1554, mort en 1619, fut élève du Tintoret et maître d'Augustin et d'Annibal Carrache, ses deux cousins. Il créa un genre éclectique en quelque sorte, s'attachant à détruire les exagérations et le mauvais goût des diverses écoles de son temps. Il fonda à Bologne, de concert avec ses deux cousins, une académie de peinture, dite des Incamminati (acheminés, progressifs), qui avait pour principe d'allier l'observation de la nature à l'imitation des meilleurs maîtres. Bientôt il appliqua lui-même ce principe dans un magnifique tableau : la Prédication de S. Jean-Baptiste. Les plus beaux tableaux de Louis sont à Bologne. Le Musée du Louvre possède l'Apparition de la Vierge et de l'enfant Jésus à S. Hyacinthe, l'Annonciation, la Nativité, la Vierge et l'enfant Jésus, et Jésus mort sur les genoux de sa mère. L. Carracne excelle par l'élévation et le grandiose, mais laisse à désirer relativement à la couleur et au dessin. — Augustin C., né à Bologne en 1558, mort à Parme en 1601, s'est surtout illustré par un tableau de la Communion de S. Jérôme (au Louvre), regardé comme un chef-d'œuvre. Augustin aida son frère Annibal dans une partie des travaux de la galerie Farnèse. Il est également célèbre comme graveur; enfin, il composa pour l'Académie de Bologne un Traité de perspective et d'architecture. — Annibal C., frère du préc., né à Bologne en 1560, mort à Rome en 1609, est regardé comme le plus grand peintre de sa famille. Ses principaux ouvrages sont : S. Roch distribuant ses richesses aux pauvres (à Dresde), les peintures du palais Farnèse, le tableau du Silence, l'Apparition de la Vierge à S. Luc, la Résurrection, le Martyre de S. Étienne. Le style d'Annibal est surtout remarquable par le grandiose, l'élévation et la noblesse. — Antoine C., fils d'Augustin, eut aussi de la réputation : le Louvre possède de lui un bon tableau du Déluge.

CARRARA ou CARRARE, ville forte de l'anc. duché de Modène, gouvernement de Massa, à 5 k. N. O. de Massa, sur l'Avenza; 6000 h. Célèbre par ses magnifiques carrières de marbre blanc. On y voit une grotte à stalactites très-curieuse.

CARRARA (principauté de MASSA-ET-). V. MASSA.

CARRARE, Carrara en italien, famille guelfe, qui exerça pendant plus d'un siècle le pouvoir souverain à Padoue. En 1318, Jacques C. fut déclaré chef de la république de Padoue; mais il fut forcé pendant tout son règne de combattre pour maintenir sa souveraineté. Il fut même obligé de la partager avec Frédéric, duc d'Autriche, pour obtenir de lui des secours contre Cane della Scala, seigneur de Vérone. — Son neveu et successeur, Marsilio C., attaqué par un de ses oncles, transféra entièrement à Cane della Scala la seigneurie de Padoue, en ne conservant dans la ville qu'un pouvoir administratif (1328). Il parvint cependant, en 1337, avec l'aide des républiques de Florence et de Venise, à recouvrer sa souveraineté. Il mourut en 1338. — Il eut pour successeur son neveu Ubertino, qui fut confirmé dans sa souveraineté par la famille della Scala, et régna en paix jusqu'à l'an 1345. — Marsilietto C., parent éloigné d'Ubertino, fut désigné par ce prince pour lui succéder; mais à peine avait-il été reconnu seigneur de Padoue, qu'il fut assassiné par Jacques II, neveu de Jacques I. — Jacques II fut reconnu par le peuple, gouverna avec assez de sagesse, mais périt bientôt lui-même assassiné par un bâtard d'un de ses oncles (1350). — Giacomino C., frère du préc., fut proclamé seigneur de Padoue, conjointement avec son neveu François, fils de Jacques II. Pendant cinq ans ils maintinrent entre eux la meilleure harmonie, et l'État prospéra par leurs soins réunis; mais au bout de ce temps, François, informé que son oncle avait formé le projet de le faire assassiner, le prévint en l'arrêtant lui-même (1355), et en le renfermant dans une forteresse où il mourut en 1372. François fit la guerre aux Vénitiens : d'abord battu et forcé de payer tribut (1372), il eut plus de succès en 1378; il faillit alors causer la ruine de Venise, et se fit relever de toutes les conditions onéreuses qui lui avaient été imposées par le précédent traité. Cependant, en 1388, il fut vaincu par Galéas Visconti, et contraint de lui livrer Padoue et Trévise. Il fut lui-même enfermé dans un château fort, et y mourut en 1393. — Son fils, François II, parvint en 1390, avec l'aide des Vénitiens et des Florentins, à rentrer dans Padoue; mais attaqué peu après et vaincu par ces mêmes Vénitiens, il fut conduit à Venise, et étranglé dans sa prison, avec deux de ses fils (1406). — Il laissa deux autres enfants dont le dernier, après avoir servi contre les Vénitiens, fut aussi fait prisonnier et eut la tête tranchée en 1435. En lui finit la maison de Carrare.

CARRÉ DE MONTGERON. V. MONTGERON.

CARREL (Armand), écrivain politique, né à Rouen en 1800, d'une famille de commerçants, servit quelque temps comme sous-lieutenant, passa en Espagne en 1823, et s'enrôla dans un bataillon français qui combattait pour les Cortès; fut pris et traduit devant un conseil de guerre, et n'échappa qu'avec peine à une condamnation capitale (1824); fonda au commencement de 1830, avec MM. Thiers et Mignet, le National, feuille qui dès son apparition exerça une grande influence sur l'opinion; devint après la révolution de Juillet le rédacteur en chef de ce journal, et y professa ouvertement les doctrines républicaines. Il eut par suite à soutenir plusieurs procès de presse, dont un en 1834, devant la Cour des Pairs : il se défendit lui-même et montra une grande hardiesse. Il périt de la manière la plus malheureuse en 1836, tué dans un duel politique. Carrel exerçait un grand empire sur son parti : seul peut-être il eût pu le discipliner; il a mérité l'estime de ses adversaires mêmes par la loyauté de son caractère. Outre ses articles de journaux, on a de lui : Résumé de l'histoire des Grecs modernes, 1823 ; Histoire de la contre-révolution en Angleterre, 1827; Essai sur la vie et les écrits de Paul Louis Courier (en tête des Œuvres de cet écrivain). MM. Littré et Paulin ont publié en 1857-58 ses Œuvres politiques et littéraires, avec une Notice biographique.

CARREY, compositeur anglais. V. CAREY (H.).

CARRHES, Carrhæ en latin, Haran et Charan dans la Bible, auj. Harran, v. de Mésopotamie, au S. d'Édesse, célèbre par le séjour d'Abraham, par la défaite de Crassus (53 av. J.-C.) et de Galère, 296.

CARRICK, anc. division de l’Écosse, dans le comté d'Ayr, au S., sur le golfe de la Clyde; 53 k. sur 35; 21 500 hab. Villes principales, Maybole et Girvan. Mines de fer et de houille : carrières de blind-coal, bois fossile. Les fils aînés des rois d’Écosse portaient le titre de comtes de Carrick.

CARRICK, v. d'Irlande, dans le comté de Tipperary, sur le Suir, à 22 kil. N. O. de Waterford; 11 000 h.. Aux environs, magnifique château de Curraghmore, au marquis de Waterford. — V. d'Irlande (Connaught), sur le Shannon, ch.-l. du comté de Leitrim; 2000 h. — CARRICK-FERGUS, v. d'Irlande (Antrim), à 26 k. E. d'Antrim, sur la baie de Carrick-Fergus; 8700 h. Château fort et prison. C'était jadis la ville maritime la plus considérable de l'Irlande sept. Industrie assez active; pêche. Prise en 1315 par Robert Bruce, en 1760 par le Français Thurot.

CARRIER (J. B.), l'un des hommes les plus sanguinaires de la Révolution, né en 1756 près d'Aurillac, était procureur avant 1789. Il fut en 1792 nommé député à la Convention, et fut en 1793 envoyé en mission dans l'Ouest, où la guerre civile était dans toute sa fureur. Carrier rappela par ses cruautés les temps de Néron : il fit construire des bateaux à soupape qui noyaient cent personnes à la fois ; il inventa ces horribles exécutions, qu'il nommait mariages républicains, et qui consistaient à garrotter ensemble un homme et une femme qu'on précipitait dans la Loire; on évalue ses victimes à 12 000. Ce monstre fut traduit devant le tribunal révolutionnaire, condamné à mort et exécuté le 16 décembre 1794.

CARRIÈRES (Le P. Louis de), prêtre de l'Oratoire, né près d'Angers en 1662, m. en 1717, avait d'abord été militaire. On lui doit une traduction estimée de la Bible, avec un Commentaire littéral, Paris, 1701-16, 24 vol. in-12; 1750, 6 vol. in-4; et 1788, 10 vol. in-12. Elle a été reproduite dans la Bible de Vence.

CARRION DE CALATRAVA, v. d'Espagne (Manche), près de la Guadiana et de Calatrava-Vieja, à 41. N. E. de Ciudad-Réal ; 3000 h. Mines d'argent aux env. — CARRION-DE-LOS-CONDES, v. d'Espagne (Toro), sur la riv. de Carrion, à 32 k. N. O. de Palencia; 3000 h. Célèbre bataille entre Ferdinand dit le Grand et Bermude III, en 1037. Ce dernier y périt, et avec lui finit la dynastie de Léon.

CARRION (Henri de), marquis de Nisas, lieutenant général, né vers 1660 dans le Languedoc, m. en 1754, se distingua au siége de Barcelone, 1697, et à la bataille de Luzzara, 1702; défendit Toulon contre les Impériaux, 1707, et fut nommé lieutenant du roi en Languedoc. On lui doit l'établissement des cantonniers sur les grandes routes et plusieurs écrits.

CARRION-NISAS (le baron Henri de), militaire et homme de lettres, de la même famille que le préc., né à Pézenas en 1767, m. en 1841, était officier de cavalerie en 1789. Il s'attacha à Bonaparte après le 18 brumaire, entra au Tribunat, où il appuya l'établissement de l'Empire, fut néanmoins disgracié un moment pour avoir combattu quelques dispositions relatives à l'hérédité, rentra en grâce en 1806, fut fait colonel et rendit des services signalés, surtout dans les campagnes d'Espagne et de Portugal, d'Allemagne et de France; remplit sous la 1re Restauration les fonctions de secrétaire général du ministre de la guerre, mais se rallia à Napoléon en 1815, rédigea l'adresse lue au Champ de mai au nom du peuple français, et défendit vigoureusement les ponts de St-Cloud et de Sèvres, ce qui lui valut de la part du gouvernement provisoire le grade de général de brigade. Il quitta définitivement le service après le triomphe de l'ennemi. On a de lui : Organisation de la force armée, 1817; Histoire de l'art militaire, 1823; Campagne d'Allemagne en 1800, publiée en 1829. Il avait aussi composé des tragédies qui eurent eu de succès. — Son fils, Antoine de Carrion-Nizas, né en 1794, d'abord attaché aux bureaux de la guerre, élu représentant du peuple en 1848, s'est fait connaître par des écrits politiques et historiques, parmi lesquels on remarque : les Peuples et les Armées, 1820; Bonaparte et Napoléon, parallèle; Des idées républicaines, 1821. Le père et le fils ont travaillé au recueil intitulé : Victoires et conquêtes des Français.

CARRON, v. d’Écosse (Stirling), sur une riv. de même nom, à 15 kil. S. E. de Stirling. Forges considérables, immenses fonderies établies en 1760 et qui emploient 2000 ouvriers. — C'est de là que sont sorties en 1774 les premières caronades (V. ce mot dans notre Dict. univ. des Sciences).

CARRON (Guy Toussaint Julien), prêtre, né à Rennes en 1760, mort en 1820, fonda dans sa ville natale en 1789 une manufacture de toiles où 2000 pauvres étaient employés, et ouvrit un asile pour les filles arrachées au vice. Déporté à Jersey en 1792, il y fonda des écoles, une bibliothèque et une pharmacie pour les émigrés; puis il se rendit à Londres, où il fonda plusieurs écoles gratuites. Rentré en France au retour des Bourbons, il fut mis à la tête de l’Institut de Marie-Thérèse, fondé pour les jeunes personnes dont les familles avaient perdu leur fortune pendant la Révolution. Ce pieux ecclésiastique a laissé un grand nombre d'ouvrages de piété devenus populaires : les Écoliers vertueux, le Trésor de la jeunesse, le Modèle des prêtres, Vies des justes, etc.

CARROUGES, ch.-l. de c. (Orne), à 29 k. N. O. d'Alençon; 812 hab. Vaste château du XIVe siècle. Forges, mines de fer. Foire célèbre, connue sous le nom de Petit Guibray.

CARROUSEL, espèce de jeu militaire, se compose d'une suite d'exercices à cheval exécutés par des quadrilles de seigneurs richement vêtus, et entremêlés de représentations allégoriques tirées de la fable ou de l'histoire. Les carrousels, dont l'origine ne remonte pas en France au-delà de Henri IV, furent importés d'Italie et remplacèrent les tournois. Le 1er carrousel en France eut lieu en 1605 dans l'hôtel de Bourgogne. Louis XIII et Louis XIV en donnèrent de très-brillants. On remarqua notamment ceux donnés en 1662 à Paris, devant les Tuileries, sur la place appelée depuis place du Carrousel, et en 1664 à Versailles, tous deux en l'honneur de Mlle de La Vallière. Ces divertissements cessèrent d'être de mode au XVIIIe siècle.

CARS ou KARS, v. forte de Turquie d'Asie (Arménie), ch.-l. d'un pachalik de même nom, sur la frontière de Perse, par 40° 25' lat. N., 41" 10' long. E.; 12 300 hab. Prise par les Russes en 1828 et en 1855 et rendue à la paix. — Le pachalik est entre ceux d'Erzeroum et de Van, et compte 130 000 h.

CARSTENS (Asmus Jacob), peintre danois, né près de Sleswig en 1754, m. en 1798, était fils d'un meunier et eut sa mère pour premier maître de dessin. Il se rendit à Berlin vers 1789, y fut nommé professeur de dessin, alla se fixer à Rome en 1798 et mourut dans cette ville. Le genre allégorique et les sujets héroïques de la mythologie convenaient surtout à son talent. Parmi ses dessins on remarquera la Mort d'Achille; la Chute des Anges; la Visite des Argonautes au centaure Chiron, et le Mégaponte, dont l'idée est empruntée de Lucien.

CARTEAUX (Jean François), général des armées françaises, né dans la Franche-Comté en 1751, mort en 1813, entra au service comme soldat, et parvint de grade en grade jusqu'à celui de général de brigade. Il réduisit en 1793 les Marseillais insurgés contre l'autorité de la Convention, commença le siége de Toulon, qu'acheva Dugommier, et défendit la Convention au 13 vendémiaire. Il commanda en 1804 la principauté de Piombino. Ce général cultivait la peinture avec succès.

CARTEIA, auj. Algésiras, selon les uns, Gibraltar ou Rocadillo selon d'autres, v. de Bétique, au S. O., chez les Bastuli Pœni, sur la Méditerranée. On croit que c'est l'ancienne Calpé ou même Tartesse. Elle fut fondée par les Carthaginois et reçut une colonie romaine en 171 av. J.-C. C'est à Carteia que fut tué Cn. Pompée le fils, après la perte de la bataille de Munda, 45 av. J.-C.

CARTELLIER (Pierre), sculpteur, membre de l'Académie des beaux-arts, professeur à l'École des beaux-arts, né à Paris, en 1757, de parents pauvres, mort en 1831, a produit un grand nombre d'ouvrages-remarquables. Les principaux sont les statues de la Pudeur (pour la Malmaison), de la Victoire (au Luxembourg), de Vergniaud, du prince Louis Bonaparte, d’Aristide; le bas-relief de la Gloire, sur la façade du Louvre, et celui des Jeunes filles de Sparte dansant devant un autel de Diane, au Musée des Antiques, la Capitulation d'Ulm, sur l'arc de triomphe du Carrousel. Quatremère de Quincy a donné une Notice sur sa vie et ses ouvrages.

CARTENNA, v. d'Afrique (Mauritanie Césarienne), auj. Tenez, reçut une colonie romaine sous Auguste.

CARTERET (Philippe), navigateur anglais, fit, de 1766 à 1769, partie de l'expédition commandée par le capitaine Wallis pour découvrir de nouvelles terres dans l'hémisphère austral; reconnut plusieurs îles au S. des îles de la Société et l'archipel de Santa-Cruz de Mendana, qu'il appela îles de la Reine-Charlotte; découvrit en 1767 les îles qu'il nomma Gower et Carteret (par 158° 28' long. E., 8° 50' lat. S.), et revint en Angleterre en 1769. La relation de son voyage a été publiée avec celle du 1er voyage de Cook par Hawkesworth, et trad. en français par Suard.

CARTÉSIENS, partisans de Descartes. V. ce nom.

CARTHAGE, Carthago en latin, Carchédon en grec, célèbre ville de l'Afrique ancienne, sur la côte N. E. de la Barbarie actuelle, au fond d'un petit golfe dit golfe de Carthage (auj. g. de Tunis). On y distinguait 3 quartiers : Megara, Byrsa ou la citadelle, et le quartier des deux ports (le port marchand et le port militaire appelé Cothôn). Chantiers, arsenaux, magasins immenses, beaux palais, etc. — Les Carthaginois (Carthaginienses et Pœni) sont célèbres par leur activité commerciale, leur puissance maritime, leurs richesses et leur astuce, qui souvent dégénérait en perfidie (foi punique). Ils ont eu de grands hommes, entre autres le navigateur Hannon, les généraux Amilcar Barca, Asdrubal et Annibal. Quant à leur gouvt, c’était une république oligarchique : deux magistrats suprêmes, appelés suffètes, espèce de consuls, exerçaient le pouvoir exécutif et dirigeaient les affaires de la république, de concert avec un sénat composé de plus de 300 membres, tous de race noble ; le concours du peuple n’était employé que dans des circonstances extraordinaires, ou en cas de dissentiment entre les suffètes et le sénat. Carthage, à cause de ses richesses et du petit nombre de ses citoyens, ne composait son armée que de troupes mercenaires. Les lettres et les arts paraissent avoir été cultivés à Carthage ; mais quelques médailles, un petit nombre d’inscriptions, et de rares fragments épars dans les auteurs grecs et latins, sont tout ce qui nous reste. Les Carthaginois suivaient les coutumes, les mœurs, la religion des Phéniciens, dont ils tiraient leur origine. Ils adoraient, entre autres dieux, Moloch (leur Saturne), à qui on immolait des enfants dans les temps de calamité ; Melkarth, l’Hercule tyrien, Astarté ou Vénus. — Carthage fut, à ce qu’on croit, fondée, ou du moins agrandie par la Tyrienne Didon vers 860 ou 880 av. J.-C. ; elle s’enrichit de bonne heure par le commerce ; ses hardis navigateurs pénétrèrent dans l’Océan par delà les Colonnes d’Hercule, et visitèrent au S. les Iles Fortunées (Canaries), au N. les îles Cassitérides (Sorlingues) et Thulé (les Orcades ou le Jutland). En Afrique, Carthage conquit un vaste territoire, au N. et à l’E., dans les États actuels de Tunis et de Tripoli, et étendit sa domination à l’O. jusqu’aux Colonnes d’Hercule. Elle y joignit les îles Baléares, une grande partie de l’Espagne, de la Sardaigne, de la Corse et de la Sicile. La possession de la Sicile mit Carthage en contact avec Rome et devint l’occasion d’une longue lutte entre les deux républiques, lutte qui est connue sous le nom de Guerres puniques (V. ce mot) ; on en compte trois : la 1re, de 264 à 242 av J.-C., enleva la Sicile à Carthage ; la 2e, de 219 à 202, lui fit perdre l’Espagne, malgré l’audacieuse expédition d’Annibal en Italie et les succès de ce guerrier ; la 3e, qui eut lieu dans l’Afrique même, de 149 à 146, anéantit Carthage. Dans l’intervalle des deux premières guerres puniques, la République avait eu à soutenir une guerre terrible contre ses troupes mercenaires, qui s’étaient révoltées parce qu’on ne pouvait plus payer leur solde ; ce qui précipita sa ruine. Carthage, prise par Scipion Émilien en 146, fut pillée et livrée aux flammes ; son territoire fut divisé entre la Numidie et la Prov. romaine, qui prit le nom d’Afrique. L’an 121 av. J.-C., C. Gracchus y conduisit une colonie ; plus tard, César releva la ville, mais non sur le même emplacement. La nouvelle Carthage s’accrut promptement et devint bientôt la v. la plus importante de l’Afrique romaine. Les lettres et le Christianisme y firent de rapides progrès : c’est des écoles de Carthage que sont sortis Apulée, Arnobe, Tertullien, S. Cyprien et S. Augustin. En 439, les Vandales s’emparèrent de cette ville ; mais Bélisaire la recouvra sous Justinien (534). Les Arabes enfin la prirent d’assaut en 698 et la ruinèrent pour jamais. On n’en voit plus que quelques ruines à 16 k. N. O. de Tunis, sur la partie haute de l’anc. Carthage. Dans un emplacement de cette partie haute, concédé à la France, a été élevée en 1841 une chapelle dédiée à S. Louis, mort en ce lieu. On doit à Dureau-Delamalie de savantes Recherches sur la topographie de Carthage. M. Beulé en a exploré les ruines en 1859.

CARTHAGÈNE, Carthago Nova, v. d’Espagne (Murcie), à 44 kil. S. E. de Murcie ; sur la Méditerranée ; 38 000 hab. Évêché. Consulats étrangers. Port très-avantageux, chantiers, arsenaux, écoles de marine, observatoire, etc. — Carthagène fut fondée par Asdrubal en 227 av. J.-C., pour l’exploitation des mines d’argent que renfermait son territoire ; elle était le ch.-l. des établissements carthaginois en Espagne. Scipion Émilien s’en empara après un siége meurtrier (210). Elle s’insurgea en 1844 ; se déclara indépendante, en 1873, et ne fut réduite qu’après un siége de plus de cinq mois et un bombardement.

CARTHAGÈNE, Carthagena de las Indias, v. et port de la Nouv.-Grenade (prov. de Magdalena), à 590 k. N. de Bogota, par 77° 54′ long. O., 10° 24′ lat. N., sur un îlot de la mer des Antilles ; 20 000 hab. Évêché, université. Bonne baie, plusieurs forts, beaux couvents. Climat peu salubre ; la fièvre jaune y sévit. — Fondée en 1533 par l’Espagnol Pedro de Heredia ; prise par les Français en 1544, occupée par l’amiral Drake en 1583, par Pointis en 1697.

CARTHEUSER (Jean Fréd.), médecin, né en 1704 à Hayn (Prusse), m. en 1777, était professeur de chimie et de pathologie à Francfort-sur-l’Oder. Il réforma la pharmacie par ses savantes recherches sur la matière médicale. Ses principaux outrages sont : Elementa chemiæ medicæ, Halle, 1736 ; Rudimenta materiæ medicæ, Francf., 1741 et 1749, traduits en français par Dessessarts, Paris, 1769.

CARTIER (Jacques), navigateur français, né en 1494 à St-Malo, mort vers 1554, partit de St-Malo en 1534 avec deux navires, pour reconnaître les terres de l’Amérique septentrionale, découvrit les îles de la Madeleine, parcourut les côtes du golfe St-Laurent, visita la baie des Chaleurs, et, dans un second voyage, entrepris l’année suiv., compléta l’exploration du fleuve et du golfe St-Laurent. On lui doit aussi la découverte de la plus grande partie du Canada. Il fit, en 1541, un 3e voyage dans ces contrées, mais qui n’eut pas autant de résultats. On trouve le journal des deux premiers voyages dans l’Histoire de la Nouvelle-France de Marc Lescarbot, Paris, 1612, et le Précis du 3e voyage, dans le 111e vol. de la collect. d’Hakluyt, ainsi que dans un recueil publié à Québec en 1843.

CARTIS-MANDUA, reine des Brigantes, dans la Bretagne ancienne, sous Claude, embrassa le parti des Romains et leur livra Caractacus, à qui elle avait promis un asile (43 de J.-C.). Dans la suite, une sédition s’étant élevée parmi ses sujets, les Romains s’emparèrent de ses États sous prétexte de la défendre.

CARTOUCHE (Louis Dominique), fameux voleur, né à Paris en 1693, était fils d’un marchand de vins de la Courtille, et avait commencé quelques études dans un collége, d’où il se fit chasser. Après avoir servi quelque temps, il se mit à la tête d’une troupe de bandits qui commettaient journellement des vols et des assassinats dans la capitale. Il échappa avec tant d’adresse à toutes les recherches, que l’on proposa une récompense à ceux qui le mettraient entre les mains de la justice. Il fut enfin arrêté en 1721, et rompu vif. On a reproduit son histoire sous mille formes et on l’a plusieurs fois mis sur la scène. Grandval publia en 1725 un poëme intitulé : Cartouche ou le Vice puni.

CARTULAIRES, recueil de Chartes. V. ce mot au Dict. univ. des Sciences, des Lettres et des Arts.

CARTWRIGHT (Edmond), mécanicien anglais, né en 1743 à Marsham (Nottingham), mort en 1824, est l’inventeur d’une machine à tisser et d’une machine à carder la laine, pour lesquelles le Parlement lui accorda une gratification de 10 000 liv. sterl. Il cultiva aussi les lettres avec succès et publia des poésies.

CARUS (Marcus Aurelius), empereur romain, né à Narbonne, suivant Eutrope, avait été préfet du prétoire sous Probus, et fut, après la mort de ce prince, élu par l’armée, l’an 282. Il défit les Sarmates en Illyrie, s’empara de la Mésopotamie, des villes de Séleucie et de Ctésiphon, et mourut dans cette dernière ville en 282, selon les uns, frappé de la foudre, selon les autres, assassiné par le préfet Aper. Ses fils, Carin et Numérien, qu’ils avait créés césars, régnèrent après lui.

CARUS (Fréd. Aug.), théologien réformé, né en 1770 à Bautzen, mort en 1807, professa la philosophie à Leipsick. Parmi ses œuvres, publiées à Leipsick de 1808 à 1810, en 7 vol. in-8, on remarque une Psychologie; une Histoire de la Psychologie; des Réflexions sur l'histoire de la philosophie; la Psychologie des Hébreux; Considérations sur l'histoire de l'espèce humaine; des Essais de morale et de philosophie religieuse. Ses écrits sont tous en allemand, excepté une Histoire des sentiments de l'Église grecque et un Commentaire sur la cosmothéologie d'Anaxagore, qui sont écrits en latin.

CARVAJAL, famille espagnole, a produit plusieurs hommes célèbres, entre autres : Jean de C., né à Truxillo (Estramadure) en 1399, mort en 1469, fait cardinal par Eugène IV en 1446; il fut chargé de plusieurs missions en Allemagne, combattit les erreurs des Hussites, et contribua au gain d'une bat. livrée aux Turcs en 1456, sous les murs de Belgrade. — Bernardin de C., 1456-1523, neveu du précédent, fut créé cardinal en 1493 par Alexandre VI. Ambassadeur d'Espagne à Rome, il prit parti pour Louis XII et l'empereur Maximilien contre le pape Jules II, et fut pour ce fait excommunié et dépouillé de la pourpre; mais, sous Léon X, ayant reconnu ses torts, il fut rétabli dans ses dignités (1513). — François de C., capitaine espagnol, contribua à la victoire qu'obtint le gouverneur du Pérou, Vaca de Castro, sur le jeune Almagro; embrassa le parti de Pizarre, fut pris avec lui en 1548, et pendu comme traître, à Cusco. — Louis Firmin de C., comte de la Union, général espagnol, né en 1752 à Lima, commanda en 1794 l'armée du Roussillon contre la France, mais échoua et périt peu après.

CARVALHO-MELHO. V. POMBAL.

CARVIN-EPINOY, ch.-l. de cant. (Pas-de-Calais), à 30 kil. de Béthune; 4200 hab. Fabriques d'amidon, de sucre de betteraves; tanneries.

CARYANDE, v. de Carie, sur le golfe Iassique, entre Mynde et Bargylie. Patrie du géographe Scylax.

CARYATIDES, figures de femmes vêtues de longues tuniques que l'on place en guise de colonnes, de piliers ou de pilastres. Ce nom, qui veut dire habitants de Caryes (v. de Laconie), vient, dit-on, de ce que, cette ville s'étant alliée aux Perses lors de l'invasion, ses habitants furent exterminés par les autres Grecs et leurs femmes réduites en esclavage, et condamnées à porter les plus lourds fardeaux.

CASA (Jean DELLA), prélat et littérateur italien, né en 1503 à Mugello, près de Florence, fut nommé en 1544 à l'archevêché de Bénévent et devint secrétaire d'État sous Paul IV. On a de lui plusieurs ouvrages écrits avec élégance, tels que : Galatée ou la manière de vivre dans le monde, traduit par Belleforest; De officiis inter potentiores et tenuiores amicos, trad. en italien par l'auteur même; des Poésies lyriques italiennes, que Ménage a commentées. L'édition la plus complète de ses œuvres est celle de Venise, 1752, 3 vol. in-4.

CASA-BIANCA (Lucien), capitaine de vaisseau français, né en 1755 à Bastia (Corse), se distingua dans la marine royale, fut député de la Corse à la Convention, puis devint membre du conseil des Cinq-Cents. Commandant le vaisseau l'Orient dans l'expédition d’Égypte, il fut mortellement blessé au combat naval d'Aboukir, 1798, et y périt avec son jeune fils qui, voyant le vaisseau prêt à sauter, ne voulut point se séparer de lui. — Son frère Raphaël de Casa-Bianca, 1738-1825, général français, concourut sous Louis XV à la conquête de la Corse, et défendit glorieusement Calvi contre les Anglais. Il fut membre de l'Assemblée constituante, et devint sous l'Empire sénateur et comte.

CASAL, Casale en italien, Bodincomagus en latin, v. forte des États sardes, ch.-l. d'intendance sur la r. dr. du Pô, à 60 kil. E. N. E. de Turin, et à 25 kil. N. O. d'Alexandrie: 20 000 h. Évêché, vieux château fort, église, collége, théâtre, etc. Peu de commerce. Autrefois capitale du Montferrat (une de ses églises renferme les tombeaux des anciens souverains de Montferrat). Plusieurs fois prise et reprise par les Autrichiens et par les Français. Ceux-ci y vainquirent les Espagnols en 1640 et la possédèrent de 1681 à 1706.

CASAL-NUOVO, v. de l'Italie mérid. (Calabre Ultérieure 1re), à 22 k. E. de Palmi; 8000 h. Presque détruite en 1783 par un tremblement de terre.

CASAL-PUSTERLENGO, v. de Lombardie, à 17 kil. S. E. de Lodi; 4750 h. Les Français y battirent les Autrichiens en 1796.

CASAMANCE, riv. de la Sénégambie, au S. de la Gambie, dont elle n'est qu'un bras, se dirige à l'O. et se jette dans l'Atlantique. Ses deux rives, depuis le fort Sedhiou, ont été acquises à la France en 1836.

CASANOVA (Fr.), peintre de batailles, né à Londres en 1727, de parents vénitiens, vint se former à Paris sous Charles Parrocel, et y fut reçu en 1763 membre de l'Académie de peinture, puis séjourna à Dresde, à Vienne, et mourut à Brühl près de Vienne, en 1805. Ses principaux tableaux sont ceux dans lesquels il représenta les batailles gagnées par le prince de Condé, et ceux qu'il exécuta pour l'impératrice Catherine, représentant les victoires remportées par les Russes sur les Turcs.

CASANOVA DE SEINTGALT (J. J.), aventurier, frère du préc., naquit à Venise en 1725, parcourut l'Europe, faisant toutes sortes de métiers et s'insinuant partout auprès des grands; fut successivement séminariste, militaire, musicien, alchimiste, écrivain, personnage politique; fut emprisonné pour raison d'État en 1755 à Venise, d'où il s'échappa, et mourut à Vienne en 1803. Il a laissé, entre autres ouvrages, une Histoire de sa captivité, Prague, 1788, et des Mémoires fort licencieux, rédigés en français et publiés à Leipsick, 1826-32, 10 vol. in-8. Ces Mémoires ont été mis à l’Index à Rome.

CASAUBAH ou CASBA. V. KASBA.

CASAUBON (Isaac), érudit, né à Genève en 1559, mort en 1614, enseigna le grec à Genève (1582), à Montpellier, puis à Paris, où Henri IV le fit venir (1598), et fut nommé bibliothécaire du roi. Après la mort de Henri IV, il passa en Angleterre, et obtint de Jacques I une pension et de riches bénéfices. Il mourut à Londres. Casaubon était protestant; il joua un rôle important dans son parti et assista à la conférence de Fontainebleau entre le cardinal Duperron et Duplessis-Mornay. Ce savant a composé un nombre prodigieux d'ouvrages : des Commentaires sur Diogène Laërce (1583), sur Polyen (1589), sur Strabon, Théocrite, Athénée; des éditions d’Aristote, Théophraste, Polybe, Perse, Suétone, avec des notes estimées; un Traité de la Satire chez les Grecs et les Romains (1605); une Réfutation des erreurs de Baronius, et des Lettres, Rotterdam, 1709. Il a laissé sous le titre d’Éphémérides un journal qui a été publié à Oxford, 1850, par J. Russel, et qui renferme de précieux renseignements sur la politique de son temps. — Son fils, Méric Casaubon, 1599-1671, avait passé avec lui en Angleterre. On lui doit aussi plusieurs ouvr. d'érudition (Épictète, Hiéroclès, etc.) et un Traité de la crédulité, livre singulier où il veut établir la réalité des esprits et des sorciers, Londres, 1668.

CASCAR, v. de Mésopotamie, sur les front de l'Arabie. Colloque entre Manès et l'évêque Archélaüs.

CASERTE, v. de l'Italie mérid., chef-lieu de la Terre de Labour, au pied du mont Caserta, à 24 k. N. E. de Naples ; 20 000 h. Beau palais royal, bâti en 1752, vaste parc, bel aqueduc. Fruits et vins exquis. Caserte doit son nom à un vieux château, appelé dans la langue du pays Casa erta (maison escarpée), à cause de son élévation. — A 4 k. N. E., est Caserta-Vecchia. Place de guerre, évêché, b. cathédrale.

CASES NOIRES, Cellæ Nigræ, v. d'Afrique, sur les confins de la Numidie et de l'Afriq. proconsulaire, eut pour évêq. Donat, l'aut. du schisme des Donatistes.

CASHELL, Iernis, v. d'Irlande (Tipperary), à 138 kil S. O. de Dublin et 50 kil. N. O. de Waterford; 7000 h. Archevêché anglican. Patrie de Swift. Ruines de l'anc. cathédrale, attribuée à S. Patrice. Ancienne résidence des rois du Munster.

CASILINUM, anc. v. de Campanie, sur le Volturno, vis-à-vis de Capoue. C'est aux environs de cette ville qu'Annibal, enfermé par Fabius dans un défilé, se tira de ce mauvais pas en chassant devant lui des bœufs dont la tête était chargée de sarments enflammés (216 ans avant J.-C.) et qui portèrent le désordre dans les rangs ennemis. Il prit ensuite Casilinum. Narsès y battit les Germains en 554.

CASIMIR I, dit le Pacifique, roi de Pologne, fils de Miécislas II, succéda à son père en 1037, sous la régence de sa mère, Richense. Ses sujets s'étant révoltés, il passa en France et se fit diacre dans l'ordre de Cluny, en 1042; mais les Polonais, en proie depuis son départ aux dissensions intestines, obtinrent du pape Benoît IX que leur roi remonterait sur le trône et pourrait se marier. De retour en Pologne, Casimir épousa une fille du grand-duc de Russie, Iaroslaw. Il conquit la Silésie, réduisit à l'obéissance la Prusse et la Poméranie et fit goûter à ses peuples les bienfaits d'une sage administration. Il m. en 1058. — C. II, le Juste, fils de Boleslas III, né en 1117, mort en 1194, fut élu en 1177, à la place de son frère Miécislas III, qui venait d'être déposé par ses sujets. Il se fit aimer de ses peuples et respecter de ses voisins. — C. III, le Grand, né en 1309, mort en 1370, succéda en 1333 à son père Wladislas Loketek, défit le roi de Bohême et conquit une partie de la Russie. Ce prince réforma la législation polonaise, fonda des hôpitaux, des colléges, créa l'université de Cracovie, et accorda aux Juifs des privilèges, dont ils jouissent encore auj. : c'est à la prière d'une Juive nommée Esther, qu'il aimait, que fut faite cette concession. En lui finit la dynastie des Piast. — C. IV, fils de Wladislas V, était grand-duc de Lithuanie lorsqu'il fut appelé au trône, en 1445. Il enleva aux chevaliers de l'Ordre Teutonique une partie des possessions qu'ils avaient en Prusse, et fit la guerre avec des chances variées au roi de Hongrie et aux Tartares. Mais il ne sut pas se faire aimer de ses sujets, qui plusieurs fois se révoltèrent. Il mourut en 1492. Il avait ordonné l'usage de la langue latine dans ses États. — C. V., Jean, fils de Sigismond III, né en 1609, avait été Jésuite et cardinal. Élu en 1648, il obtint une dispense pour épouser la veuve de son frère Wladislas VII, auquel il succédait. D'abord défait par Charles-Gustave (Ch. X), roi de Suède, à Varsovie, 1656, il le repoussa ensuite et conclut le traité d'Oliva, 1660. Ses armées, commandées par Sobieski, vainquirent les Tartares en 1661. Cependant, ayant perdu son épouse en 1667, il se dégoûta du gouvernement et abdiqua. Il se retira en France, dans l'abbaye de St-Germain-des-Prés, et en devint abbé, ainsi que de St-Martin de Nevers. Il mourut à Nevers en 1672.

CASIMIR (S.), grand duc de Lithuanie, un des fils de Casimir IV, né en 1458, disputa la couronne de Hongrie à Mathias Corvin : ayant échoué, il se retira au château de Dobsky, où il se livra aux exercices de la piété la plus austère. Il mourut à Wilna en 1483. II fut canonisé en 1521. On le fête le 5 mars.

CASIRI (Michel), savant orientaliste, né en 1710 à Tripoli en Syrie, mort à Madrid en 1791, était un religieux syro-maronite. Il reçut les ordres à Rome, enseigna les langues orientales dans cette ville, passa en Espagne où il fut attaché à la bibliothèque royale de Madrid (1748), devint membre de l'Académie d'histoire de cette ville, interprète du roi, et bibliothécaire en chef de l'Escurial (1763). On a de ce laborieux savant un ouvrage indispensable pour l'étude de la littérature orientale : Bibliotheca arabico-hispana Escurialensis, Madrid, 1760-70, 2 vol. in-f. C'est un catalogue qui renferme tous les manuscrits arabes de l'Escurial avec des explications et d'amples extraits.

CASIUS MONS, chaîne de mont. de Syrie, commence près de la Méditerranée, un peu au S. de l'embouchure de l'Oronte, et se lie aux monts Bélus, liés eux-mêmes à l'Antiliban. — Montagne de la Basse-Égypte, à l'E. du lac Sirbonis, formait dans la Méditerranée le cap dit auj. Ras-Kazaroun.

CASLON (Will.), fondeur de caractères anglais, né en 1692, mort en 1766, perfectionna son art et affranchit l'Angleterre de l'obligation de tirer ses caractères des fontes de la Hollande. Il fondit en 1700 les types arabes du Nouveau-Testament et des Psaumes à l'usage des églises d'Orient, et en 1722 les beaux caractères anglais qui servirent à l'impression des œuvres de Selden.

CASMILLUS. V. CABIRES.

CASPE, v. d'Aragon, à 80 kil. E. S. E. de Saragosse, près du confluent de l'Èbre et de Guadalupe; 8000 hab. C'est là qu'eut lieu en 1412 le Compromis par lequel la couronne d'Aragon fut adjugée à Ferdinand, fils aîné de Jean I, roi de Castille.

CASPIENNE (mer), Caspium mare, Hyrcanum mare, immense lac salé, sur les confins de l'Europe et de l'Asie, a 1200 kil. du S. au N. et 300 de l'E. à l'O. : les côtes O. et N. appartiennent à la Russie, la côte S. à la Perse, la côte E. au Turkestan indépendant. Le niveau de cette mer est plus bas que celui de la mer Noire, mais cette différence de niveau, longtemps exagérée, paraît n'être que de 30m. Sa plus grande profondeur est de 140m. La navigation y est dangereuse; elle est auj. desservie par de nombreux bateaux à vapeur. Cette mer reçoit de très-grands fleuves : le Volga, l'Oural, le Kour, le Térek. Il paraît qu'autrefois elle était beaucoup plus étendue; elle décroît tous les jours.

CASPIENNES (portes), Caspiæ Pylæ, auj. le Pas de Khaouar, défilé très-difficile qui conduisait de l'Hyrcanie dans la Parthie (du Mazendéran actuel dans l'Irak-Adjémi), vers la source du Ziobéris.

CASPIRE, ville de l'Inde ancienne, au N. O., vers les sources de l'Hydaspe, paraît être Cachemire.

CASSAGNE ou CASSAIGNE (Jacques), abbé, né à Nîmes en 1636, mort en 1679, eut quelque réputation comme poëte et comme prédicateur, remplaça en 1662 St-Amant à l'Académie française, et fut garde de la Bibliothèque du roi. Il est surtout connu, ainsi que Cotin, par les sarcasmes de Boileau. On lui doit une traduction de Salluste, 1675, ainsi que du Dialogue de l'Orateur de Cicéron, 1673.

CASSAGNES-BEGONHEZ, ch.-l. de cant. (Aveyron), à 20 kil. S. de Rhodez; 1500 hab.

CASSANDRE, Cassandra, dite aussi Alexandra, fille de Priam et d'Hécube. Apollon, amoureux de cette princesse, lui avait permis de lui demander tout ce qu'elle voudrait pour prix de sa complaisance : elle le pria de lui accorder le don de prophétie; mais lorsqu'Apollon eut rempli sa promesse, elle refusa de tenir sa parole, et le dieu, ne pouvant lui ôter le don de prédire, empêcha que ses prédictions fussent jamais crues. Aussi s'opposa-t-elle sans succès à l'entrée du cheval de bois dans Troie. La nuit de la prise de cette ville, elle se réfugia dans le temple de Pallas, où Ajax, fille d'Oïlée, lui fit le plus sanglant des outrages. Agamemnon, à qui elle était échue en partage comme esclave, l'emmena en Grèce. En vain prévint-elle ce prince du sort qui lui était réservé; sa prédiction eut le sort accoutumé. Clytemnestre la fit massacrer avec Agamemnon. Lycophron a fait un poëme célèbre par son obscurité dont Cassandre est l'héroïne.

CASSANDRE, Cassander, fils d'Antipater, né en 354 av. J.-C., s'empara de la souveraine autorité en Macédoine à la mort de son père, 319; mit à mort la mère d'Alexandre, Olympias, puis Roxane et son fils, le jeune Alexandre, épousa Thessalonice, sœur du conquérant, et se fit proclamer roi l'an 311 av. J.-C. Il s'unit à Ptolémée et à Lysimaque contre Antigone, et tous trois remportèrent sur lui, en 301, la bataille d'Ipsus : il obtint en partage, outre la Macédoine, la plus grande partie de la Grèce. Il m. en 298.

CASSANDRE (François), écrivain du XVIIe siècle, mort en 1695. On lui doit, entre autres écrits, une traduction française estimée de la Rhétorique d'Aristote,1654 et 1675. Il vécut dans l'indigence; Boileau, qui l'aimait, vint souvent à son secours. C'est lui que ce poëte a peint dans sa 1re satire.

CASSANDRIA, auparavant POTIDÉE. V. POTIDÉE.

CASSANDRIA, nom moderne de la presqu'île de Palène, entre les golfes de Cassandrie et de Salonique.

CASSANO, Cassanum ou Cassianum, v. de Lombardie, à 25 kil. N. E. de Milan, sur l'Adda; 1860 h. Pont sur l'Adda. Eccelin le Féroce, chef des Gibelins, y fut vaincu en 1259. Les Français y battirent en 1705 le prince Eugène; ils y furent battus en 1799 par Souwarow. – V. du roy. de Naples (Calabre Citér.), à 10 kil. S. E. de Castrovillari; 6000 hab. Évêché. Eaux thermales sulfureuses.

CASSARD (Jacq.), intrépide marin, né à Nantes en 1672, mort en 1740, fit avec de grands succès la course contre les Anglais dans la Manche, sous Louis XIV, protégea plusieurs convois de blé pendant la disette de 1709, et s'éleva par sa seule valeur au grade de capitaine de vaisseau. Duguay-Trouin le regardait comme le premier de nos marins. Néanmoins, ses services furent méconnus, et il fut emprisonné au fort de Ham pour s'être plaint vivement d'une injustice. Un vaisseau porte son nom.

CASSAY, État jadis indépendant, auj. prov. de l'Inde Transgangétique anglaise, entre l'Arakan, l'Assam et le Bengale; ch.-l., Mounipour. — Soumis par les Birmans en 1774, le Cassay recouvra son indépendance en 1826. Il fait partie des prov. récemment acquises par les Anglais.

CASSEL, Castellum Cattorum, chef-lieu du district de Cassel (Prusse),sur la Fulde, à 750 kil. N. E. de Paris; 32 616 hab. Elle se partage en 3 quartiers: Altstadt, Unterneustadt, Oberneustadt, dit aussi Franzœsische-Neustadt, parce qu'il a été bâti par des Français réfugiés lors de la révocation de l'édit de Nantes. Chemins de fer; belles places, arsenal, casernes; sociétés savantes, académie des beaux-arts, lycée dit Collegium Carolinum, nombreux établissements d'instruction. Industrie active : étoffes de soie, de coton; passementerie, chapeaux, couleurs, bougies, etc. — Cassel est connue dès le Xe s.; elle fut fortifiée en 1526; elle fut occupée par les Français de 1756 à 1763; ses fortifications furent rasées en 1767. Elle a servi de capit. au roy. de Westphalie de 1806 à 1813. — 1Il ne faut pas la confondre avec CASSEL sur le Rhin, Castellum Trajani : celle-ci est dans le duché de Hesse-Darmstadt, vis-à-vis de Mayence, dont elle est comme un faubourg; 2800 h.

CASSEL, Castellum Morinorum, v. de France, ch.-l. de cant. (Nord), à 10 kil. N. O. d'Hazebrouk, 4495 h. Collége. Huiles végétales, dentelles, chapeaux. Vue magnifique d'où l'on découvre 32 villes et la mer du Nord. Patrie du général Vandamne. — Cassel était la capit. des Morini. Les Romains y élevèrent un château fort autour duquel se bâtit la ville. Robert le Frison y battit Philippe I en 1071; Philippe de Valois, les Flamands en 1328; et Philippe, duc d'Orléans, le prince d'Orange en 1677; ce dernier céda Cassel à la France.

CASSIANUS BASSUS, écrivain grec, né en Numidie dans le IIIe ou IVe siècle de notre ère. On a sous son nom un livre grec intitulé Géoponiques, publié pour la première fois en 1539, et qui contient d'intéressants détails sur l'agriculture chez les anciens. La meilleure édition de cet ouvrage est celle de Niclas, grec-lat., Leipsick, 1781; il a été traduit en français dès 1543 par Ant. Pierre de Narbonne, et en 1812 par Caffarelli.

CASSIEN (Jean), Cassianus, écrivain ascétique du IVe s., né probablement en Provence, entra jeune dans un monastère de Bethléem en Judée, visita les solitaires de la Thébaïde, se lia à Constantinople avec S. Jean-Chrysostôme qui l'attacha à son église, vint vers 415 se fixer à Marseille, fonda dans cette ville le monastère de St-Victor, et y mourut vers 440. Il professa un semi-pélagianisme qui fut combattu par S. Augustin. On a de lui : les Institutions monastiques (De institutione monachorum), 420 ; des Conférences des Pères du Désert, d'où Arnauld d'Andilly a tiré presque tous les matériaux de sa Vie des Pères du Désert, et un Traité de l'Incarnation, dirigé contre Nestorius. La meilleure édit. de Cassien est celle de Leipsick, 1722, in-fol.

CASSIN (mont), M. Cassino, mont. d'Italie, dans l'anc. roy. de Naples (Terre de Labour), à 80 kil. N. O. de Naples, est célèbre par une abbaye qu'y fonda S. Benoît en 529, et qui est le berceau de l'ordre des Bénédictins. Ce monastère, qui subsiste encore, a servi de retraite à des souverains et à des pontifes, notamment à Carloman et à S. Grégoire. Il renferme d'immenses richesses, une précieuse bibliothèque, avec une galerie de tableaux. On voit près de cette abbaye l'Albanette, retraite de S. Ignace de Loyola, qui y composa en 1538 la règle des Jésuites. L’Histoire du Mont-Cassin a été écrite par Gattola, en latin, et par le P. Tosti, archiviste du couvent, en italien.

CASSINI (J. Dominique), célèbre astronome, né dans le comté de Nice en 1625, remplaça, dès 1650, Cavalieri, professeur d'astronomie à Bologne, et obtint bientôt une telle réputation que le sénat de Bologne et le pape le chargèrent à l'envi de plusieurs missions scientifiques et même politiques. Colbert l'attira en France (1669); il s'y fit naturaliser, fut reçu membre de l'Académie des sciences, et mourut à Paris en 1712, à 87 ans. Cassini découvrit plusieurs des satellites de Jupiter et de Saturne, 1684, détermina la rotation de Jupiter, de Mars et de Vénus; publia de 1668 à 1693 les Éphémérides des satellites de Jupiter, admirables pour leur exactitude, et travailla à la mesure du méridien de Paris. On a de lui un grand nombre de mémoires, dont une partie a été réunie sous le titre d’Opera astronomico, Rome, 1666. Son Éloge a été prononcé par Fontenelle.

CASSINI (Jacques), fils du préc., né à Paris en 1677, m. en 1756, était maître des comptes. Il hérita des talents de son père, obtint sa place à l'Académie des sciences, 1694, et devint en 1696 membre de la Société royale de Londres. Il décrivit une perpendiculaire à la méridienne de France, et fournit plusieurs Mémoires à l'Académie, entre autres un grand travail sur l'inclinaison des satellites et de l'anneau de Saturne. On a de lui : Éléments d'astronomie, 1740; De la grandeur et figure de la terre, 1720, etc.

CASSINI DE THURY (César François), fils du préc., né à Paris en 1714, mort en 1784, montra dès l'enfance de grandes dispositions pour l'astronomie, fut reçu à l'Académie des sciences dès l'âge de 22 ans corrigea la méridienne qui passe par l'Observatoire, et fut chargé de la description géométrique de la France. Le fruit de ses travaux fut cette belle Carte de la France, composée de 180 feuilles, qui fut publiée au nom de l'Académie des sciences de 1744 à 1793, et qui offrait la représentation la plus fidèle du pays, sur une échelle d'une ligne pour 100 toises. — César Cassini n'ayant pu achever cette vaste entreprise, son fils, Jacq. Dominique C. (1748-1845), directeur de l'Observatoire de Paris et membre de l'Académie des sciences, fut chargé de la terminer. Il en fit hommage à l'Assemblée nationale en 1789. Capitaine, Alexis Donnet et plus récemment Hyacinthe Langlois ont publié des réductions de la grande carte de Cassini. — Gabriel C., fils de J. Dominique, 1784-1832, s'est distingué à la fois comme magistrat et comme botaniste. On lui doit de savants mémoires, réunis sous le titre de : Opuscules phytologiques (1826), qui le firent admettre à l'Académie des sciences.

CASSIODORE (Aurélius), écrivain latin et homme d'État, né à Squillace en 468 ou 480, servit d'abord Odoacre, roi des Hérules; puis fut recherché par Théodoric, roi des Goths; devint premier ministre et consul sous ce prince, établit l'ordre et fit fleurir la justice dans ses États; resta fidèle, après la mort du roi, à sa fille Amalasonte, et se retira à la fin de sa vie dans un monastère de la Calabre où il s'occupa à composer d'utiles ouvrages, à rassembler et à faire copier par les moines les précieux manuscrits de l'antiquité. Il mourut vers 562 ou 575, ayant vécu près de 100 ans. On a de lui un Traité de l'âme, trad. en français par Amaury Bouchard; quatre livres des Arts libéraux, intit. De institutione divinarum litterarum (arithmétique, astronomie, géométrie, musique); des traités du Discours, de l'Orthographe, 12 livres de Lettres, des Commentaires sur les Psaumes, etc. Il avait composé une Histoire des Goths, dont on n'a qu'un extrait par Jornandès; on a sous son nom une Histoire tripartite, abrégée de Socrate, Sozomène et Théodoret, et dont le véritable auteur est Épiphane le Scolastique. L'édition la plus estimée de ses œuvres est celle de dom Garet, 2 vol. in-fol., Rouen, 1679, et de Venise, 1729. Denis Ste-Marthe a écrit sa Vie. M. Olleris a publié en 1841 une thèse sur Cassiodore, conservateur des livres latins.

CASSIOPÉE, femme de Céphée, roi d’Éthiopie, et mère d'Andromède, voulut disputer aux Néréides le prix de la beauté. Neptune, irrité de son audace, fit ravager ses États par un monstre marin, et l'obligea à exposer sa fille Andromède à la fureur de ce monstre. Cassiopée fut, après sa mort, placée au nombre des constellations (dans la voie lactée).

CASSIQUIARE, riv. de l'Amérique du S., n'est qu'un bras de l'Orénoque qui, après avoir traversé la Nouv.-Grenade et le Venezuela, va se jeter dans le Rio-Negro. Il roule au travers de vastes forêts et de lieux humides; ses bords sont infestés de mosquites.

CASSIS, Carsici? et port des Bouches-du-Rhône, à 17 kil. S. E. de Marseille; 2000 hab. Cabotage; pêche du corail. Figues, grenades; vin muscat. Patrie de Barthélemy, l'auteur du Voyage d'Anacharsis.

CASSITÉRIDES (îles), groupe d'îles, ainsi nommées par les Grecs parce qu'elles fournissent beaucoup d'étain (cassitéros en grec), furent exploitées successivement par les Phéniciens, les Carthaginois et les Romains. On croit que ce sont les îles Sorlingues, au S. O. de la Grande-Bretagne. Cependant on ne trouve plus d'étain dans ces îles.

CASSIUS (Spurius) Viscellinus. Après avoir été 3 fois consul et avoir battu les Herniques, il proposa, quoique patricien, de partager entre les plébéiens les terres conquises qui avaient été usurpées par les patriciens (ce fut la 1re loi agraire); le sénat irrité l'accusa d'aspirer à la tyrannie, et il fut précipité de la roche Tarpéienne, l'an 486 av. J.-C.

CASSIUS (C.) Longinus, général romain, l'un des meurtriers de César, s'était signalé, après la défaite de Crassus par les Parthes à Carrhes, en couvrant la Syrie. Pendant les guerres civiles de Pompée et de César, il suivit les drapeaux du premier; il fut néanmoins épargné par le vainqueur. De retour à Rome, il épousa Junie, sœur de Brutus, et forma, de concert avec celui-ci, la conspiration dont César fut victime, l'an 44 av. J.-C. Cassius se rendit ensuite en Afrique; mais ne pouvant se maintenir dans cette province, il passa en Orient, y leva des troupes nombreuses, et se joignit à Brutus en Macédoine. Là, Antoine et Octave vinrent leur livrer bataille dans les plaines de Philippes (42) : Cassius, qui commandait l'aile gauche de l'armée, et qui avait Antoine en tête, ne tarda pas à plier, et croyant Brutus battu aussi de son coté, il se perça de son épée. On le surnomma le Dernier Romain.

CASSIUS (Avidius), général romain. Placé par Marc-Aurèle à la tête des légions de Syrie, il battit les Parthes (163). Enflé de ses succès, il crut pouvoir aspirer à l'empire, et se fit proclamer par ses légions (175), mais il périt trois mois après dans une révolte de ses propres soldats.

CASSIUS (André), médecin et chimiste, né à Sleswig vers 1650, exerça son art à Hambourg. On lui doit la découverte du précipité d'or qui porte le nom de Pourpre de Cassius, ainsi que l'essence de bézoard.

CASSIVELLANUS, chef breton qui occupait les bords de la Tamise, s'opposa à l'invasion de César, fut deux fois vaincu et se soumit, 54 av. J.-C.

CASSOVIE ou COSSOVA (Champ de), appelé aussi Champ des Merles, plaine de Servie, arrosée par le Drino, s'étend entre Skopia et Kopanick. Il s'y livra deux batailles décisives : la 1re en 1389, entre les Serbes qui y furent défaits et le sultan Amurath I, qui périt au milieu de son triomphe (le résultat de la bataille fut l'assujettissement des tribus esclavonnes); la 2e en 1448 : les Hongrois, les Bohèmes, les Allemands et les Valaques, conduits par J. Huniade, furent taillés en pièces par Amurath II.

CASSOVIE, ville de Hongrie. V. KACHAU.

CASTAGNO (André del), peintre, né en 1406, au village de Castagno, en Toscane, mort en 1480. Il obtint, dit-on, de Dominique de Venise le secret de peindre à l'huile, et l'assassina ensuite pour s'approprier cet art : son crime ne fut connu qu'après sa mort. Chargé par la république de Florence de faire le tableau où était représentée l’Exécution des Pazzi, qui avaient conspiré contre les Médicis, il le fit avec une si effrayante vérité, que le peuple ne l'appela plus depuis qu’André des Pendus.

CASTAGNOS (don Francisco Xavier de), duc de Baylen, général espagnol, né en 1758 dans la Biscaye, mort à Madrid en 1852, servit avec distinction en 1793 dans l'armée de Navarre contre les troupes républicaines de la France; devint en 1798 lieutenant général, mais se fit bannir peu après pour s'être opposé au système de paix à tout prix suivi par son gouvernement; fut rappelé lors de l'invasion des Français et investi du commandement d'un corps d'armée sur les frontières de l'Andalousie; surprit le général Dupont, qui voulait pénétrer dans cette province, le battit à Baylen (19 juillet 1808), et le contraignit à signer une déplorable capitulation; fut à son tour battu par le général Lannes à Tudela, au mois de nov. de la même année; unit alors ses forces à celles de Beresford et de Wellington, eut la plus grande part à la bat. de Vittoria, gagnée par ce dernier le 21 juin 1813; n'en fut pas moins destitué par la régence par suite de dénonciations; fut réintégré par Ferdinand VII, nommé capitaine général de la Catalogne, puis président du Conseil de Castille (1825), mais fut écarté en 1833 pour s'être opposé aux modifications apportées dans le droit de succession au trône. Il rentra aux affaires, malgré son grand âge, après la chute d'Espartero (1843), remplaça Arguelles comme tuteur de la jeune reine, et fut comblé d'honneurs jusqu'à la fin de sa longue vie. Il avait été fait par Ferdinand duc de Baylen et grand d'Espagne.

CASTALIE, fontaine de Phocide, au pied du Parnasse, était consacrée aux Muses, qui prenaient de là le nom de Castalides : elle donnait l'inspiration poétique à ceux qui buvaient de ses eaux.

CASTANET, ch.-l. de cant. (H.-Garonne), à 12 kil. S. E. de Toulouse; 1300 hab.

CASTEGGIO, v. du Piémont, à 10 kil. E. de Voghera et près de Montebello; 2000 hab. Il s'y livra en 1800 et en 1859 deux combats qui sont plus connus sous le nom de Montebello. V. ce nom.

CASTEL (le P. Louis Bertrand), savant jésuite, né à Montpellier en 1688, mort à Paris en 1757, vint à Paris vers 1720, et se fit connaître par des vues originales. Il publia en 1724 un Traité de la pesanteur universelle, où il expliquait tous les phénomènes de l'univers par deux principes : la gravité des corps, qui faisait tout tendre au repos, et l'activité des esprits, qui créait incessamment le mouvement. Il donna en 1740 l’Optique des couleurs. Il s'occupa toute sa vie de construire un clavecin oculaire, dont il avait donné la description en 1735, et au moyen duquel il prétendait affecter l'œil par la succession des couleurs, comme le clavecin affecte l'oreille par la succession des sons; mais, après avoir fait de grandes dépenses, il ne put réussir.

CASTEL (René Richard), poëte et naturaliste, né en 1758 à Vire, m. en 1832; fut député du Calvados à l'Assemblée législative, puis se livra aux lettres; a publié en 1797 Les Plantes, poëme didactique.

CASTEL, de Castellum, château, nom d'un grand nombre de lieux remarquables par des châteaux. (Cherchez à CHÂTEAU les mots qui ne seraient pas ici).

CASTEL-A-MARE, v. et port de Sicile (Trapani), sur la côte N., à 10 k. N. O. d'Alcamo; 6000 h. Huile, vins, fruits. C'est l'anc. Emporium Egestæ, p. de Ségeste.

CASTEL-A-MARE-DELLA-BRUCCA, l'anc. Élée, v. marit. de l'Italie mérid. (Princip. Citer.), à 11 kil. de Vallo.

CASTEL-A-MARE-DI-STABIA ou CASTELLAMARE, Stabiæ, ville maritime de l'Italie mérid. (prov. de Naples), à 26 kil. S. E. de Naples; 15 000 hab. Évêché. Chemin de fer. Eaux thermales, coton herbacé. — L'anc. Stabiæ, déjà ravagée par Sylla, fut engloutie l'an 79 de J.-C. par une éruption du Vésuve.

CASTEL-ARAGONESE. V. CASTEL-SARDO.

CASTEL-CICALA (RUFFO, comte de). V. RUFFO.

CASTELFIDARDO, bourg d'Italie, dans la Marche d'Ancône et à 12 k. S. de cette ville. Les troupes pontificales, commandées par le général Lamoricière, y furent battues le 18 sept. 1860 par les troupes sardes, que commandait le général Cialdini.

CASTEL-FRANCO, v. de Vénétie, à 24 kil. O. de Trévise; 4000 h. Patrie du peintre Giorgione. Les Français y battirent les Autrichiens en 1805.

CASTEL-GONDOLFO, vge du territ. romain, à 17 kil. S. E. de Rome, sur le lac d'Albano. Climat salubre; maison de plaisance des papes, construite par Urbain VIII, belle église élevée par Bernin; villa Barberini, dans les jardins de laquelle on voit les ruines d'un palais de Domitien.

CASTEL-JALOUX, ch.-l. de c. (Lot-et-Garonne), à 28 kil. N. O. de Nérac; 1800 hab. Verrerie, martinets à cuivre, tanneries; eaux ferrugineuses. Vieux château des seigneurs d'Albret.

CASTELLAMARE, V. CASTEL-A-MARE.

CASTELLAN, titre que portaient dans l'ancien roy. de Pologne les sénateurs revêtus des premières dignités après les Palatins : ils avaient à gouverner certaines places, ainsi que le territoire qui en dépendait, et qu'on nommait Castellanie. Le castellan de Cracovie avait la prééminence sur tous les autres.

CASTELLAN (P.), prélat, V. DUCHATEL.

CASTELLANE, Salinæ, ch.-l. d'arr. (B.-Alpes), sur le Verdon, à 30 k. S. E. de Digne; 2106 h. Étoffes communes, draps. Commerce de fruits secs et confits, surtout de pruneaux. Aux env., source salée abondante. — Anc. baronnie, réunie à la Provence en 1257. Castellane donna son nom à une des principales familles nobles de la Provence, à laquelle appartiennent le marquis d'Entrecasteaux, les comtes d'Adhémar et de Grignan, et le maréch. de ce nom.

CASTELLANE (Victor, comte de), maréchal de France, né à Paris en 1788, mort en 1862, s'enrôla en 1804; fit avec distinction, dans la cavalerie, les campagnes de l'Empire, et devint colonel; fut envoyé en Espagne sous la Restauration (1823), et se fit rappeler pour n'avoir pas voulu s'associer aux vengeances ultra-royalistes de Ferdinand VII; prit part au siége d'Anvers (1832); y fut fait lieutenant-général et devint pair de France en 1837; comprima avec énergie le soulèvement de Rouen (1848); fut appelé au commandement de Lyon (1851), sut contenir la population dans les jours de crise les plus menaçants; et fut nommé sénateur et maréchal de France (1852).

CASTELLI (Benoît), savant mathématicien, né à Brescia en 1577, mort à Rome en 1644, fut disciple de Galilée, professa les mathématiques à Pise, puis à Rome, et forma Torricelli et Cavalieri. Il s'occupa surtout de l'hydraulique, et composa un Traité de la mesure des eaux courantes, Rome, 1628; trad. en 1664.

CASTELLO-BRANCO, Castrum Album, ville de Portugal (Beira), sur la Liria, à 80 k. E. S. E. de Coïmbre; 6000 h. Évêché suffragant de Lisbonne.

CASTELLON-DE-LA-PLANA, v. forte d'Espagne, ch.-l. de la prov. de même nom, à 60 k. N. E. de Valence, à 7 K. delà Méditerranée; 16 000 h. Près de là, sur une colline, on voit les ruines de l'ancienne Castalia. Jacques I, roi d'Aragon, ayant pris cette dernière ville sur les Maures, en 1233, la détruisit, et de ses débris fit construire Castellon, dans la plaine. — La province de Castellon, formée de la partie N. E. de l'anc. roy. de Valence, compte 250 000 h.

CASTELLONNE, ville d'Italie (Terre de Labour), sur le golfe et à 6 kil. N. de Gaëte; 4000 hab. On y montre l'emplacement de l'anc. Formianum, villa de Cicéron, près de laquelle il fut tué.

CASTELLUM CATTORUM, auj. Cassel (Hesse).

CASTELLUM DRUSI ET GERMANICI, auj. Alt-Kœnigstein (Nassau), sur le mont Taunus, chez les Mattiaci.

CASTELLUM MENAPIORUM, v. de Gaule (Germanie 2e), chez les Menapii, sur la Mosa (Meuse), auj. Kessel.

CASTELLUM MORINORUM, v. de Gaule (Belgique 2e), est auj. Cassel (dép. du Nord).

CASTELLUM NOVUM ARIANORUM, auj. Castelnaudary.

CASTELLUM TRAJANI, auj. Cassel, v. de Germanie, sur le Rhin, r. dr., vis-à-vis de Mayence.

CASTEL-MORON, ch.-l. de c. (Lot-et-Garonne), sur la r. dr. du Lot, à 31 k. S. E. de Marmande; 1000 h. Église consistoriale calviniste.

CASTEL-MORON-D'ALBRET, petite v. du dép. de la Gironde, à 10 k. N. de La Réole; 210 h. Anc. ch.-l. du comté d'Albret.

CASTELNAU, ch.-l. de c. (Lot), à 22 k. S. O. de Cahors: 4196 h. — [[w:Castelnau-Magnoac|C.-Magnoac], ch. de cant. (H.-Pyrénées), à 35 k. N. E. de Bagnères de Bigorre; 1200 h. Commerce de grains. — C. de Médoc, Noviomagus, ch.-l. de c. (Gironde), à 32 k. N. O. de Bordeaux, dans l'anc. Médoc; 1000 h. Bons vins. — C.-Montmiral, ch.-l. de c. (Tarn), à 9 k. N.O. de Gaillac; 3080 h. — C.-Rivière-Basse, ch.-l. de c. (Htes-Pyrénées), sur le Louet, à 44k. N. de Tarbes; 603 h.

CASTELNAU (Pierre de), religieux de Cîteaux et archidiacre de Maguelone, fut envoyé par Innocent III dans le midi de la France, avec la qualité de légat extraordinaire, pour rechercher les hérétiques albigeois et les livrer au bras séculier, et eut pour collègue Rainier, moine de Cîteaux. Ils étaient accompagnés entre autres de Dominique, fondateur de l'ordre des Frères Prêcheurs. Ces inquisiteurs rencontrèrent une vive résistance, et Castelnau finit par être massacré sur les terres de Raymond VI, comte de Toulouse (1208), au moment où il venait d'enjoindre à ce prince d'abandonner la cause des Albigeois; ce meurtre fit excommunier Raymond et amena la guerre des Albigeois.

CASTELNAU (Michel de), né près de Tours en 1520, mort en 1592, fut employé à d'importantes négociations sous Charles IX et Henri III, et fut cinq fois ambassadeur en Angleterre. Il se signala également comme guerrier et prit part aux batailles de Jarnac et de Moncontour. lia laissé des Mémoires qui vont de 1559 à 1570 et qui sont la meilleure source pour cette époque de notre histoire. Ils ont été publiés pour la 1re fois à Paris, 1621, in-4; réimprimés avec des additions de Le Laboureur, en 1659, 2 vol. in-fol., et à Bruxelles en 1731, 3 volumes in-folio, avec de nouvelles additions par J. Godefroy. — Son petit-fils, Jacques de Castelnau, marquis de Castelnau, né en 1620, se distingua aux siéges de Corbie, de La Capelle, aux batailles de Fribourg et de Nordlingue, et surtout à la bataille des Dunes (1658), où il commandait l'aile gauche. Il mourut la même année de ses blessures après avoir reçu le bâton de maréchal.

CASTELNAUDARY, Sostomagus, ch.-l. d'arr. (Aude), à 36 k. N. O. de Carcassonne, sur le canal de Languedoc; 8000 h. Trib., collége. Draps, toiles peintes, commerce de grains et de melons. Patrie d'Alex. Soumet. — Détruite par les Goths ariens au Ve siècle, elle fut rebâtie sous le nom de Castellum Novum Arianorum, d'où dérive, par corruption, son nom moderne. Elle devint ensuite capitale du comté de Lauraguais et fut possédée par les comtes de Toulouse. En 1229, S. Louis fit raser ses fortifications; en 1355, elle fut prise et brûlée par le prince de Galles. Le maréchal de Schomberg y battit et y prit Montmorency, qui commandait les troupes de Gaston d'Orléans, 1632.

CASTELREAGH (lord). V. CASTLEREAGH.

CASTEL-SARDO, v. de l'île de Sardaigne, à 31 k. N. E. de Sassari, sur un roc escarpé qui s'avance dans la mer; 2000 h. Évêché. Place forte et petit port. Fondée en 1200 par les Génois qui l'appelèrent Castel-Genovese; sous les Espagnols elle reçut le nom de Castel-Aragonese, qu'elle porta jusqu'en 1767.

CASTEL-SARRASIN, ch.-l. d'arr. (Tarn-et-Garonne), sur la Garonne, à 21 k. O. de Montauban; 7408 h. Trib., collége. Commerce d'huile et de safran. La v. fut fondée, dit-on, par les Sarrasins lors de leur invasion en France au VIIIe siècle. Selon d'autres, Sarrasin n'est qu'une corruption de Cerrutium, anc. nom de la ville.

CASTEL-VETERE, Caulonia, v. d'Italie, dans l'anc. roy. de Naples (Calabre Ult. 1re), a 20 k. N. E. de Gérace; 3400 h. Vins et soie. L'anc. Caulonia, bâtie par les Achéens, fut détruite par Denys le Tyran.

CASTEL-VETRANO, v. de Sicile, à 17 k. E. de Mazzara; 13 000 h. Bons vins blancs; fabrication d'objets d'albâtre; pêche du corail.

CASTETS, ch.-l. de c. (Landes), à 22 k. N. O. de Dax; 1100 h. Usines. — C.-EN-DORTHE, petit port sur la Garonne (dép. de la Gironde), à 23 k. N. de Bazas; 1343 h. Anc. château fort, assiégé en 1586 par Matignon, et dont Henri (IV) fit lever le siége.

CASTI (l'abbé J. B.), poëte italien, né en 1721 à Prato, m. en 1804, fut d'abord professeur dans sa patrie, puis fut appelé à Vienne par son ami, le duc de Rosenberg, gouverneur du grand-duc (depuis empereur Joseph II) et y obtint le titre de poëte de l'empereur. Il visita les cours de Russie, de Prusse, et vint passer ses derniers jours à Paris (1798). Il était doué d'un esprit vif et gai, qu'il conserva jusqu'à la fin de sa vie. Ses deux principales productions sont les Nouvelles galantes, en vers, Londres (Paris), 1793, contes dans le genre de Boccace, et les Animaux parlants, poëme héroï-comique en 26 chants (Paris, 1802), où les personnages d'Ésope forment une épopée régulière. Ces ouvrages sont écrits avec un talent qui a fait placer l'auteur au rang des meilleurs poëtes de sa nation; mais il y règne, dans le premier surtout, une coupable licence qui les a fait condamner à Rome. Les Animaux parlants ont été trad. par Paganel, Liége, 1813, et mis en vers par Mareschal, Paris, 1819.

CASTIFAO, ch.-l. de cant. (Corse), à 22 k. N. de Corte; 600 h.

CASTIGLIONE, v. de Lombardie, à 26 k. S. E. de Brescia; 5000 h. Les Autrichiens y furent battus par le général Bonaparte le 29 juin 1796 : c'est en mémoire de cette victoire qu'Augereau, qui avait le plus contribué à la victoire, reçut le titre de duc de Castiglione.

CASTIGLIONE FIORENTINO ou ARETINO, Arrtium Fidens, v. de Toscane, à 15 k. S. d'Arezzo: 6000 h. Séminaire épiscopal. Patrie de J. Fr. Castillon.

CASTIGLIONE (Balthasar), écrivain italien, né en 1478 dans le duché de Mantoue, fut successivement ambassadeur du duc d'Urbin auprès de Henri VIII, roi d'Angleterre, et du pape Clément VII auprès de Charles-Quint, fut comblé de faveurs par ce dernier prince, fut fait évêque d'Avila, et mourut à Tolède en 1629. Il a laissé plusieurs écrits où l'on trouve du goût et un style élégant; les plus remarquables sont le Courtisan, trad. par J. Chaperon, 1537, et l'Art de réussir à la cour. Il a aussi laissé des poésies italiennes et latines qui sont estimées, et des Lettres, qui n'ont paru qu'en 1769-71.

CASTIGLIONE, peintre italien. V. BENEDETTE.

CASTILHON (Jean), né à Toulouse en 1718, m. en 1799, fonda le lycée de Toulouse, fut l'un des rédacteurs du Journal Encyclopédique et du Journal de Trévoux. Il a écrit : Amusements philosophiques et littéraires de deux amis (avec le comte de Turpin), Bibliothèque bleue; Anecdotes chinoises et japonaises, etc.; le Spectateur français; Précis de la vie de Marie-Thérèse. — Son frère, Jean Louis, composa aussi quelques ouvrages de littérature, entre autres : Essai sur les erreurs et les superstitions, 1765 ; Hist. des dogmes philosophiques, 1769. — V. CASTILLON.

CASTILLE, contrée d'Espagne, située entre les Asturies et la Biscaye au N., les roy. d'Aragon et de Valence à l'E., les roy. de Murcie et l'Andalousie au S., l'Estramadure et le roy. de Léon à l'O. Elle se divise en deux parties, la Vieille-Castille au N., et la Nouv.-Castille au S.

VIEILLE-CASTILLE. Sa plus grande longueur du N. au S. est de 420 k.; sa plus grande largeur de l'E. à l'O. est de 200; 1 400 000 h.; ch-l., Burgos. Elle est traversée dans sa partie sentent, par la chaîne des monts Cantabres. Le Duero, l'Èbre, le Pisuerga, etc., y prennent leur source. En général l'air y est sain et le sol fertile, mais mal cultivé. La Vieille-Castille fait partie de la capitainerie générale de Vieille-Castille-et-Léon, et forme les 7 intend. de Burgos, Soria, Ségovie, Avila, Logrono, Palencia, Santander.

NOUVELLE-CASTILLE, au centre de l'Espagne, a env. 370 k. sur 350; 1 000 000 hab.; ch.-l., Madrid. Parmi les chaînes de montagnes qui la traversent, on distingue la Sierra-de-Guadarrama au N., et la Sierra-Morena au S. O., renfermant toutes deux des mines riches et nombreuses. Elle est arrosée par le Tage supérieur, le Xucar, le Mançanarès, la Guadiana. Son sol fertile pourrait produire du vin, du froment, des fruits, de l'huile en abondance; mais on en tire à peine parti. De vastes et beaux pâturages y nourrissent un grand nombre de moutons mérinos. La Nouv.-Castille forme une capitainerie générale et se subdivise en 5 intendances civiles (Madrid, Tolède, Guadalaxara, Cuença et Ciudadréal ou la Manche).

Le pays qui a formé la Castille avait jadis pour habitants les Arevaci, les Carpetani, une partie des Oretani et des Celtiberi. Le nom de Castille ne date que des premières invasions arabes; il prit naissance au IXe siècle, lorsque toute cette contrée était hérissée de châteaux forts (castella), construits par les seigneurs chrétiens pour se défendre contre les courses des Infidèles. Au commencement du XIe s., Sanche le Grand, roi de Navarre, profitant des dissensions qui s'étaient élevées entre les seigneurs de ces châteaux, soumit tout le nord de la contrée, et l'érigea en roy. sous le nom de Castille, en faveur de son fils Ferdinand I (1034). Une guerre heureuse contre Bermude III, roi de Léon-et-Asturies et de Galice, joignit ce nouveau roy. à la Vieille-Castille en 1037; en 1085, toute la Nouv.-Castille était soumise. Le trône de Castille était occupé par la maison de Navarre depuis près d'un siècle, lorsque le mariage de l'héritière Urraque avec Raymond de Bourgogne donna naissance à une nouvelle dynastie (1126). Après plusieurs partages temporaires qui retardèrent l'accroissement de la puissance castillane, les couronnes de Castille et Léon se trouvèrent de nouveau réunies sur la tête de Ferdinand III (1230). Les brillantes conquêtes de ce prince et de ses successeurs acquirent à la Castille l'Estramadure et l'Andalousie, 1250-1300, et resserrèrent les Maures dans le roy. de Grenade. Mais les dissensions qui s'élevèrent entre les grands vassaux sous le règne d'Alphonse XI (1312), puis la tyrannie de Pierre le Cruel (1350), plongèrent le royaume dans une funeste anarchie dont il ne sortit qu'à l'avénement de Henri II de Transtamare (1369), chef de la 3e dynastie des rois de Castille. Les règnes de Jean I, Henri III, Jean II, furent orageux; enfin Henri IV se vit déposer par ses vassaux turbulents, qui mirent à sa place Isabelle, sa sœur et son héritière (1465). Le mariage d'Isabelle avec Ferdinand, roi d'Aragon (1469), et la conquête du roy. ne Grenade, qui fit sortir les Maures de l'Espagne (1492), soumirent toute la Péninsule au même sceptre. Ici finit l'histoire séparée de la Castille qui depuis se confond avec celle du roy. d'Espagne. (V. ESPAGNE.)

Souverains de Castille.
Maison de Navarre. Sanche IV, 1284
Ferdinand I, fils de Sanche le Grand, roi de Navarre, 1034 Ferdinand IV, 1295
Sanche II, 1065 Alphonse XI, 1312
Alph. VI de Léon, 1072 Pierre le Cruel, 1350
Urraque et Alph. (VII) d'Aragon, 1109 Maison de Transtamare.
Maison de Bourgogne. Henri II, 1369
Alphonse VIII, fils d'Urraque et de Raymond de Bourgogne, 1126 Jean I, 1379
Sanche III et Ferdinand II, 1157 Henri III, 1390
Alphonse IX, 1158 Jean II, 1406
Henri I, 1214 Henri IV, 1453
Ferdinand III, 1217 Isabelle I et Ferdinand le Catholique, 1474-1516.
Alphonse X, 1252

CASTILLON, ch.-l. de cant. (Gironde), sur la Dordogne, à 18 kil. S. E. de Libourne, 2960 hab. Petit port. Charles VII y remporta sur les Anglais en 1453 une victoire qui les chassa définitivement de la Guyenne ; Talbot y périt. — Ch.-l. de cant. (Ariége), à 12 kil. S. O. de St-Girons; 850 hab.

CASTILLON (J. Fr. SALVEMINI de), savant italien, né en 1709 à Castiglione en Toscane (d'où son nom), mort en 1791, enseigna la philosophie et les mathématiques à Utrecht (1751), puis fut appelé en Prusse par Frédéric II, fut nommé professeur de mathématiques à l'école d'artillerie de Berlin; devint membre de l'Académie de cette ville, et succéda à Lagrange dans la place de directeur de la classe mathématiques de cette compagnie. Parmi ses ouvrages on distingue : Discours sur l'origine de l'inégalité des conditions parmi les hommes (contre le Discours de J. J. Rousseau), 1756; Vie d'Apollonius de Tyane, par Philostrate, trad. de l'anglais, 1774; les Académiques de Cicéron, trad. en français avec des notes et les commentaires de Valentia, 1779, 2 vol. in-8. — Il ne faut pas le confondre avec J. Castilhon ni avec B. Castiglione.

CASTILLONNÈS, ch.-l. de cant. (Lot-et-Garonne), à 10 kil. N. E. de Lauzun; 1700 hab.

CASTLEBAR, v. d'Irlande (Connaught), ch.-l. du comté de Mayo, à 65 kil. N. de Galway; 6000 hab. Les Français opérèrent un débarquement sur ce point en 1798; mais furent obligés de s'éloigner.

CASTLEREAGH (Robert STEWART, marquis de Londonderry, vicomte), ministre d'État, né en Irlande en 1769, entra de bonne heure au parlement et y soutint la politique de Pitt. Nommé gouverneur de l'Irlande, sa terre natale, il y exerça la plus odieuse dictature; devenu ministre en 1811, il enleva à l'Irlande toute existence politique. Dans les années 1813 et 1814, il contribua puissamment à soulever l'Europe contre la France, et lorsque Napoléon eut succombé, il fut envoyé en qualité d'amassadeur auprès des puissances alliées pour traiter de la paix générale : au congrès de Vienne, il sacrifia la Pologne, la Saxe, la Belgique et Gênes. Après cette époque Castlereagh fut rappelé au ministère; il y soutint le parti de la cour et se montra l'ennemi déclaré des idées libérales. Il se rendit par là odieux et souleva les plus vives oppositions. En 1822 il mit fin à ses jours, soit par l'effet d'un dérangement du cerveau, soit par suite du chagrin que lui causait le fâcheux état des affaires. Il avait eu pour principal adversaire politique lord Canning, qui le remplaça au pouvoir. On a publié à Londres en 1853 ses Lettres, papiers et dépêches.

CASTLETON, v. d'Angleterre (Lancastre), à 1 kil. S. de Rochdale; 8000 hab. Très-commerçante. — Il y a beaucoup d'autres lieux du même nom dans la Grande-Bretagne et aux États-Unis, entre autres un village du comté de Derby, situé au pied d'un rocher de plus de 300m de haut, sur la pointe duquel est un château nommé Peak-Castle, que l'on croit bâti par W. Peveril, dit Peveril du Pic, fils de Guillaume le Conquérant. On y voit aussi une immense grotte dite la Caverne du Diable.

CASTLETOWN, v. de l'île de Man, dont elle est le ch.-l., sur la côte; 3000 hab. Château fort.

CASTOR, héros grec, fils de Léda et de Tyndare, et frère jumeau de Pollux. La fable raconte que Jupiter, amoureux de Léda, s'étant transformé en cygne pour la séduire, cette princesse eut deux œufs, dont l'un, de son mari Tyndare, produisit Castor et Clytemnestre, tous deux mortels; l'autre, de Jupiter, produisit Hélène et Pollux, qui tenaient l'immortalité de leur céleste origine. Castor était adroit à dompter les chevaux et Pollux habile au pugilat. Tous deux firent partie de l'expédition des Argonautes. Castor fut tué par Lyncée dans une querelle. Pollux, affligé de la mort de son frère, pria Jupiter de le rendre immortel. L'immortalité fut partagée entre eux, de sorte qu'ils vivaient et mouraient alternativement. Ils furent métamorphosés en astres et transportés au ciel, où ils forment la constellation des Gémeaux. On les regardait comme des divinités favorables aux athlètes et aux navigateurs, et on les invoquait sous le nom de Dioscures, c.-à-d. enfants de Jupiter.

CASTRA, c.-à-d. camp, nom commun à un grand nombre de villes anciennes, qui sans doute s'étaient formées autour de camps romains.

CASTRA, v. de Gaule, auj. Castres.

CASTRA ALATA, v. de Calédonie, auj. Édimbourg.

CASTRA CÆCILIA, v. d'Hispanie, auj. Cacérès.

CASTRA CORNELIA, v. d'Afrique, à l'embouch. du Bagradas, vis-à-vis d'Utique, devait son nom à un camp de Cornélius Scipion, dit l'Africain.

CASTRA RAPIDA, v. de Mauritanie, auj. Coléah.

CASTRES, Castra, ch.-l. d'arr. (Tarn), sur l'Agout, à 32 kil. S. d'Alby; 17 602 hab. Tribunal de 1re inst. et de commerce, collége. La v. est mal bâtie, mais a de belles promenades, dites les Lices. C'est à Castres qu'a été fabriquée pour la 1re fois l'étoffe dite de là castorine. — Castres n'était jadis qu'une station romaine. La v. actuelle date de l'an 647 après J.-C. Au XVIe s., elle embrassa le Calvinisme. Elle servit longtemps de résidence à Henri de Navarre (H. IV), joua un rôle dans nos guerres religieuses, et finit par être prise et démantelée sous Louis XIII (1619). Elle eut dès 1317 un évêché, auj. supprimé. Rapin Thoyras, A. Dacier, l'abbé Sabatier, sont nés à Castres.

CASTRI, vge de la Grèce actuelle, sur l'emplacement de l'anc. Delphes. V. DELPHES.

CASTRICUM, v. de Hollande, au S. et près d'Alkmaër. Prise en 1799 par les Anglo-Russes, et reprise aussitôt par Brune.

CASTRIES, ch.-l. de c. (Hérault), à 11 k. N. E. de Montpellier; 800 h. Château gothique; aqueduc.

CASTRIES (Ch. Eug. Gabriel DE LA CROIX, marquis de), maréchal de France, né en 1727, servit avec gloire pendant la guerre de Sept ans en qualité de lieutenant général et de mestre de camp général de la cavalerie. Peu après la paix de 1763, il fut nommé gouverneur général de la Flandre et du Hainaut, puis appelé au ministère de la marine, 1780. Il reçut en 1783 le bâton de maréchal de France, et fut député en 1787 à l'Assemblée des notables. Il désapprouva les changements qui se projetaient, et quitta la France en 1790. En 1792, lors de l'invasion des Prussiens en Champagne, il commanda une colonne d'émigrés. Il mourut en 1801 à Wolfenbuttel.

CASTRIOT (George). V. SCANDERBEG.

CASTRO, v. du roy. d'Italie (Terre d'Otrante), sur l'Adriatique, à 42 k. S. E. de Gallipoli; 7850 h. Souvent pillée par les pirates de la Barbarie.

CASTRO, Castremonium, vge du territoire romain, à 39 k. N. O. de Viterbe. Jadis évêché et ch.-l. de duché. Cette ville, importante autrefois, fut rasée en 1648 par l'ordre du pape Innocent X, pour punir les habitants d'avoir tué leur évêque : le duché de Castro fut réuni aux États de l’Église.

CASTRO (Juan de), vice-roi des Indes portugaises, né à Lisbonne en 1500, mort à Goa en 1548, était allié à la famille royale de Portugal. En 1545, il fut chargé du gouvt de l'Inde, et remporta sur les indigènes plusieurs victoires signalées. Il fut nommé vice-roi peu avant sa mort. Aussi probe que brave, il mourut pauvre, et fut enterré aux dépens du public. On dit qu'ayant eu besoin de faire un emprunt au commerce de Goa, il offrit ses moustaches en gage; les négociants se contentèrent de sa parole.

CASTRO (VACA de), prêtre et juge royal de Valladolid, fut envoyé par Charles-Quint au Pérou en 1540, pour y comprimer les factions et régler le régime intérieur de la colonie. A son arrivée, il apprit l'assassinat de Pizarre et l'usurpation d'Almagro. Il marcha avec une armée contre ce dernier, le défit et lui fit trancher la tête ainsi qu'à tous ses complices. Il s'occupait d'adoucir le sort des Indiens par de sages règlements, lorsqu'il fut disgracié en 1544, à cause de cette modération même. Il mourut en 1558.

CASTRO (Guilhem de), auteur dramatique espagnol, né à Valence en 1569, m. en 1631, fut contemporain de Lope de Véga, qui fait son éloge dans son Laurier d'Apollon. La plus célèbre des pièces de Castro est la Jeunesse du Cid, à laquelle Corneille a fait des emprunts. Les pièces de cet auteur ont été publiées à Valence, en 1621 et 1625, 2 vol. in-4, sous le titre de Las Comedias : on y remarque 2 pièces tirées de l’Histoire de don Quichotte.

CASTRO-GIOVANNI, Enna, v. de Sicile, au centre de l'île, à 24 kil. N. E. de Caltanisetta, sur une montagne escarpée; 12 000 h. Soufrières. Env. fertiles.

CASTRO-REALE, v. de Sicile, à 40 kil. S. O. de Messine, était la résidence favorite de Frédéric II, d'où son. nom de reale (royal); 11 000 hab. Vins, huiles, source thermale.

CASTRO-VERDE, plaine du Portugal, voisine d'Ourique. V. ce mot.

CASTRUCCIO-CASTRUCCI ou CASTRACANI, gentilhomme lucquois, d'une famille attachée au parti gibelin, s'exila avec son père vers l'an 1300, lorsque la faction guelfe l'emporta. Après avoir servi successivement en France, en Angleterre et en Lombardie, il rentra dans Lucques, où les Gibelins le prirent pour leur chef. Il eut longtemps à combattre le parti guelfe, et fut même arrêté et jeté dans les fers; mais il finit par triompher de tous ses ennemis, et en 1320 l'empereur Louis de Bavière le reconnut duc de Lucques; il conquit une partie de la Toscane. Il mourut en 1328. Machiavel a écrit sa Vie.

CASTULO, v. de la Tarraconaise. auj. Cazorla.

CASUENTUS, riv. de Lucanie, auj. le Basiento.

CASUISTES, théologiens dont les études ont pour objet de résoudre les cas de conscience, c'est-à-dire de décider si telle action est bonne ou mauvaise. Ces fonctions difficiles ont été l'occasion de quelques abus, plusieurs théologiens ayant avancé des opinions fort relâchées en morale, entre autres Escobar, Molina, Busenbaum : Pascal a combattu ces excès dans ses Provinciales.

CAT, une des Antilles anglaises. V. LUCAYES.

CATABATHME (GRAND), Catabathmus magnus, c.-à-d. grande descente, auj. Djebel-Kebir, c.-à-d. grande montagne, chaîne de mont. qui séparait la Libye maritime, la Cyrénaïque et la Marmarique d'avec l’Égypte. Les anciens y placèrent longtemps la séparation de l'Afrique et de l'Asie. On appelait Petit-Catabathme, Catabathmus minor, auj. El-Soug-haïer, une chaîne de mont. située à l'E. de la précédente et qui en était le contre-fort.

CATACOMBES (de cata, en bas, et cumbos, cavité), excavations souterraines où les anciens plaçaient dans des tombes les corps qu'ils ne brûlaient pas. La plupart de ces catacombes n'étaient dans l'origine que d'anciennes carrières abandonnées. Les plus fameuses sont celles de Rome, principalement celle de St-Sébastien; celles de Naples, qui, d'abord employées à la sépulture des païens, furent au IVe siècle uniquement réservées aux Chrétiens (on y a construit un grand nombre d'églises et de chapelles); celles de Syracuse, les célèbres Latomies de Denys le Tyran; celles de Catane, d'Agrigente et de Palerme. Souvent les Catacombes servirent de refuge aux Chrétiens des premiers siècles : dans les temps de persécution, ils s'y réunissaient pour célébrer en secret les mystères de leur religion. Les Catacombes de Rome ont été décrites par A. Bosio, par Bottari et par L. Perret, Paris, 1853-1857. Les Catacombes qui s'étendent sous presque toute la ville de Paris furent primitivement des carrières comme les précédentes. On y a recueilli depuis 1786 les débris des cimetières répandus autrefois au sein de la ville, ainsi que les restes que renfermaient les églises, et on en a formé d'immenses ossuaires.

CATALANI (Angelica), célèbre cantatrice, née à Sinigaglia en 1779, morte à Paris en 1849, était fille d'un bijoutier. Elle quitta, non sans résistance, le couvent pour le théâtre, débuta à Venise en 1795, passa en Portugal, où elle fit partie de la chapelle du roi, contracta en 1806 un engagement avantageux à Londres, et, en se rendant dans cette ville, passa par Paris, où elle obtint un succès prodigieux. Elle revint en France en 1814, et reçut de Louis XVIII le privilège du théâtre italien; mais elle éprouva dans cette gestion des pertes qui la déterminèrent à y renoncer, parcourut l'Allemagne, l'Italie, la Suède, la Russie, et fut partout applaudie avec enthousiasme. Ayant amassé une immense fortune, elle se retira en 1823 à Florence, où elle fonda une école gratuite de chant, qu'elle dirigeait elle-même. Elle avait épousé en 1800, à Lisbonne, un officier français, M. de Valabrègue. Catalani avait une magnifique voix de soprano, mais elle n'était ni actrice, ni même grande musicienne; elle dut presque tout à la nature, qui lui avait donné un admirable instrument. Elle brillait surtout dans les concerts, où ses vocalisations surprenantes la laissèrent sans rivale.

CATALANS, hab. de la Catalogne. V. CATALOGNE.

CATALANS. On nomma ainsi des soldats mercenaires, Aragonais aussi bien que Catalans, que Pierre III d'Aragon mena en Sicile contre Charles d'Anjou, et qui ensuite, sous la conduite du Catalan Roger de Flor, entrèrent au service des Grecs contre les Turcs (1304-05). S'étant brouillés avec les Grecs, ils formèrent une république militaire dans la Thrace, qu'ils conquirent (1307). Ils dévastèrent la Thessalie (1308), où ils se firent la guerre entre eux; s'emparèrent des États du duc d'Athènes, Gauthier de Brienne (1312), après lui avoir offert leurs services, et se donnèrent pour roi d'abord Roger-Deslau (ex-ambassadeur de Gauthier), puis un fils du roi de Sicile, Frédéric II, 1326. Les plus célèbres de leurs chefs, après Roger de Flor, furent Arenos, Roccafort et Entença. Moncada et Ramon Montaner ont écrit leur histoire.

CATALAUNI, v.de Gaule, auj. Chalons-sur-Marne.

CATALAUNIENS (Champs), vaste plaine qui entoure Châlons-sur-Marne, et où l'immense armée d'Attila fut détruite en 451 par Aétius avec les forces combinées des Francs, des Bourguignons et des Goths.

CATALOGNE, Tarraconensis chez les Romains, Catalaunia en latin moderne, grande prov. de l'Espagne, située au N. E. de la Péninsule, est bornée au N. par les Pyrénées, qui la séparent de la France, à l'E. par la Méditerranée, à l'O. par l'Aragon, et au S. par le roy. de Valence; 300 k. de long sur 210 de large; 1 200 000 h.: capit., Barcelone. Elle forme une capitainerie gén. qui comprend 4 intend., Barcelone, Tarragone, Girone, Lerida. La partie septentrionale offre beaucoup de mont. qui sont des ramifications des Pyrénées, entre autres le mont Serrat, dont le couvent célèbre est situé a une hauteur de 1238m. L'Èbre, la Sègre, la Fluvia, le Ter, le Llobregat, arrosent la Catalogne. Le climat est varié, mais en général chaud et humide; le sol fertile: il produit des céréales, du riz, du vin; on y cultive avec succès l'olivier, l'oranger, le citronnier et surtout l'arbre à liège. Les richesses minéralogiques consistent en sel, plomb, antimoine, marbres, jaspes, etc. Industrie florissante; grand commerce; ports nombreux. — Les anciens habitants de cette contrée furent les Ceretani, les Indigètes, les Ausetani, etc. Soumis les premiers par les Romains, ils furent compris d'abord dans l'Hispanie Citérieure, ensuite dans la Tarraconaise. Au Ve s., Barcelone fut le 1er siège de la monarchie des Visigoths. Enlevée à ces derniers par les Maures (712), la Catalogne ne tarda point à être réunie au vaste empire de Charlemagne. Sous les successeurs de ce prince, elle se divisa en fiefs indépendants, parmi lesquels se distinguait le comté de Barcelone, qui finit par absorber les autres. En 1137, Raimond-Bérenger, comte de Barcelone, obtint la couronne d'Aragon en épousant l'héritière de ce royaume; c'est à cette époque que le nom de Catalogne, qui date sans doute de la domination des Goths, et qui semble être une corruption de Gothalania, commença à remplacer officiellement celui de comté de Barcelone. Devenue à la fin du XVe siècle partie intégrante de la monarchie espagnole, la Catalogne conserva néanmoins ses lois et ses privilèges (fueros); en 1641, elle se révolta contre Philippe IV, qui avait voulu les lui enlever, et se donna à Louis XIII; rendue en 1659, elle fut encore occupée par les Français de 1694 à 1697. En 1713, elle résista un an à Philippe V, et en 1808, à l'invasion française. En 1812 elle fut presque organisée en départements français. En 1823 elle s'insurgea et, sous la conduite de Mina, résista longtemps aux troupes de Ferdinand VII. Les Catalans ont un idiome particulier, très-rapproché de l'ancienne langue d'Oc ou provençale, qui s'est répandue dans le roy. de Valence, dans les Baléares et dans le Roussillon, et qui a eu du XIe au XVIIe siècle sa littérature à part.

CATAMARCA, un des États de la Confédération Argentine, au N. O., borné à l'E. par le Tucuman, au S. par le Rioja, à l'O. par le Chili, et au N. par la Bolivie; 105 000 h. Ch.-l. San-Fernando-do-Catamarca. Pays très-fertile, arrosé par la Catamarca.

CATANE, Catana ou Catina, v. de Sicile, ch.-l. de l'intend. de Catane, à 160k. E. S. E. de Palerme, à 38 k. S. de Messine, sur la côte orient. de l'île, à l'extrémité S. de l'Etna; env. 60 000 h. Évêché, université. Ville bien bâtie et pavée en dalles de lave; belle cathédrale, couvents remarquables, bibliothèques, musées. Soieries, savons, huiles, cuirs, laines, grains, soufre, etc. Port peu fréquenté, quoiqu'un des plus grands de la Sicile. Belles ruines romaines. — Fondée vers 746 ou 704 av. J.-C, par une colonie naxienne ou chalcidienne, Catane a été plusieurs fois ruinée par des tremblements de terre et les éruptions de l'Etna (1669, 1693, 1783, 1818); en 1669, il y périt 18 000 h. L'anc. Catane est la patrie du législateur Charondas. — L'intend. est située entre celle de Messine au N. et de Syracuse au S., sur la côte orient. de l'île; 410 000 h. Territoire très-fertile, qu'on appelle le Grenier de l'Italie.

CATANZARO, v. de l'Italie mérid., ch.-l. de la Calabre Ult. 2e, à 280 k. S. E. de Naples; 14 500 h. Évêché. Draps, soieries, velours. Elle a beaucoup souffert du tremblement de terre de 1783.

CATAONIE, région de l'Asie-Mineure, sur la frontière de la Cilicie, d'abord comprise dans le roy. de Cappadoce, puis dans la prov. de Cappadoce 2e, avait pour capitale Comana de Cappadoce.

CATAPAN (du grec kata pan, sur tout, c.-à-d. préposé général), nom donné sous le Bas-Empire, du IXe au XIe siècle, à des gouverneurs généraux qui administraient la Pouille et la Calabre pour les empereurs grecs. Ils résidaient à Bari.

CATARACTES. Les plus célèbres sont celles du Nil et du Sénégal en Afrique; du Niagara, du Mississipi, du Missouri, de la Magdalena, en Amérique; celles de Schaffouse, de Staubach, en Suisse; d'Orco, en Piémont.

CATAWBA (GRANDE-), riv. de la Caroline septentr. sort des montagnes Bleues et tombe dans le Congarée, après un cours de 355 k. Elle reçoit la Petite-Catawba. Ces deux riv. tirent leur nom de la tribu indigène des Catawbas, qui en habitaient les bords.

CATAY ou CATHAY, nom donné dans le moyen âge à la partie sept. de la Chine, qui avait pour capit. Cambalu (Pékin).

CATEAU-CAMBRÉSIS ou LE CATEAU, ch.-l. de c. (Nord), à 24 k. S. E. de Cambray; 6015 h. Collége. Mérinos, calicots, percales, etc. Patrie du maréchal Mortier, à qui la ville a érigé une statue. Il y fut signé en 1559, après la bataille de St-Quentin, un traité entre Henri II, roi de France, et Philippe II, roi d'Espagne, par lequel ce dernier recouvra Thionville, Montmédy, Damvilliers, etc.; la France recouvrait St-Quentin et Ham; la possession de Calais, reprise l'année précédente, lui était assurée.

CATEL (Guill.), conseiller au parlement de Toulouse, 1560-1626, débrouilla le premier l'histoire de son pays : on lui doit une Histoire des comtes de Toulouse (de 710 à 1270), 1623, et des Mémoires sur l'hist. du Languedoc, publiés après sa mort, 1635.

CATEL (Ch. Simon), compositeur, membre de l'Institut, né à L'Aigle en 1770, mort en 1830, était élève de Gossec. Il composa avec ce maître de beaux morceaux de musique militaire pour les cérémonies de la République, entre autres l’Hymne à la Victoire (paroles de Lebrun) et le Chant du départ (paroles de Chénier), et fut nommé professeur d'harmonie au Conservatoire dès la création, mais il fut destitué en 1814. On a de lui un Traité d'harmonie (1802), plusieurs compositions dramatiques : au Grand-Opéra, Sémiramis, les Bayadères; à l'Opéra-Comique, les Artistes par occasion, l’Auberge de Bagnères (1807), Wallace (1817); des Symphonies, des Quatuor, etc. Catel posa les principes de la science des accords tels qu'on les comprend auj. Ses mélodies se distinguent par une élégante et gracieuse pureté.

CATELET (Le), ch.-l. de c. (Aisne), sur l'Escaut, à 19 k. N. de St-Quentin; 250 h. Bonne pierre de taille. Forteresse bâtie par François I en 1520. Prise par les Impériaux en 1557, et reprise en 1638.

CATESBY (Marc), naturaliste anglais, né en 1680, mort en 1750, visita la Virginie, la Caroline, la Floride et les îles Bahama. De retour en Angleterre, il publia l’Histoire naturelle de ces contrées, en 2 magnifiques vol. in-fol. Il était membre de la Société royale de Londres. — Un autre Catesby (Robert) est connu comme l'instigateur de la conspiration des Poudres (V. POUDRES). Il périt les armes à la main, en se défendant après la découverte du complot.

CATHAY. V. CATAY et CASSAY.

CATHARES, c.-à-d. purs. V. ALBIGEOIS.

CATHELINEAU (Jacques), chef de Vendéens, né en 1758, exerçait la profession de tisserand au Pin-en-Mauges (Maine-et-Loire), lorsqu'en 1793 une insurrection éclata parmi les jeunes gens de St-Florent appelés à tirer au sort. Cathelineau, quoique exempt de service comme marié, se mit à la tête des insurgés, attaqua hardiment, et toujours avec succès, plusieurs postes républicains, et fut au bout de quelques mois nommé général en chef des armées vendéennes. Il ne craignit pas d'attaquer Nantes (29 juin 1793), mais il fut repoussé et blessé mortellement.

CATHERINE (Ste), vierge et martyre, vivait, à ce qu'on croit, à Alexandrie, au commencement du IVe s., et subit le martyre sous Maximin Daïa, vers 312. Elle avait une instruction au-dessus de son sexe et de son âge : à 18 ans, elle convertit plusieurs philosophes qui avaient été chargés par l'empereur de la faire renoncer à sa foi. Elle est la patronne des écoles de filles; longtemps aussi les élèves de philosophie l'ont prise pour patronne. On croit que cette sainte s'appelait Dorothée, et que le nom de Catherine (du mot syriaque kéthar, couronne) lui fut donné parce qu'elle remporta, dit S. Jérôme, la triple couronne du martyre, de la virginité et de la science. On la représente appuyée sur une roue à demi rompue et teinte de sang. On la fête le 25 nov. CATHERINE (Ste), dite C. de Sienne, né à Sienne en 1347, était fille d'un teinturier. A l'âge de 20 ans elle entra dans l'institution des sœurs de St-Dominique; elle y eut des révélations qui lui donnèrent bientôt une grande célébrité, et y composa des écrits mystiques qui furent très-recherchés. Catherine joua un rôle important dans le schisme qui éclata en 1378, à l'occasion de la concurrence d'Urbain VI et de Clément VII : elle s'était déclarée pour le parti d'Urbain. Elle mourut en 1380, exténuée par les austérités. On la fête le 30 avril. On a d'elle des traités de dévotion, des lettres et des poésies remarquables par l'élégance et la pureté du style. L'édition la plus exacte et la plus complète de ses œuvres est celle de Jérôme Gigli, sous ce titre : Opere della serafica santa Catarina, Sienne et Lucques, 1707-1713, 4 vol. in-4. On y remarque un Dialogue entre le Père éternel et Ste Catherine, qu'elle dicta en 1378 étant ravie en extase. Une légende exploitée par les peintres d'Italie fait de cette sainte la fiancée du Christ. Chavin de Malan a écrit sa Vie, 1850. — Il y eut encore à Bologne et à Gênes deux saintes du même nom, qui se rendirent également célèbres par leur piété et leurs écrits mystiques : la 1re vécut de 1413 à 1463 (on l'hon. le 9 mars); la 2e, de 1448 à 1510 (on l'hon. le 14 septembre). — On honore aussi en Suède une Ste Catherine, fille de Ste Brigitte, qui accompagna sa mère à Rome et se signala par sa piété. Sa fête est célébrée le 22 mars.

CATHERINE DE FRANCE, fille de Charles VI et d'Isabeau de Bavière, née en 1401, morte en 1438, épousa Henri V, roi d'Angleterre, en exécution du honteux traité de Troyes, en 1420. Elle devint veuve en 1422, et peu après elle épousa secrètement Owen Tudor, gentilhomme gallois, que le duc de Glocester fit périr peu d'années après. Elle en avait eu trois fils, dont l'aîné, le comte de Richmond, fut père de Henri de Richmond, qui devint roi sous le nom de Henri VII.

CATHERINE D'ARAGON, fille de Ferdinand V, roi d'Aragon, et d'Isabelle, reine de Castille, épousa en 1501 Arthur, fils aîné de Henri VII, roi d'Angleterre. Devenue veuve, elle fut en 1509 mariée, avec dispense du pape Jules II, au frère de son 1er époux, qui régna sous le nom de Henri VIII, et eut de ce prince une fille qui fut reine sous le nom de Marie. Après 18 ans d'une union parfaite, Henri VIII, épris d'Anne Boulen, demanda la dissolution de son mariage. Le pape ne voulut point y consentir; Catherine résista plusieurs années, mais elle n'en finit pas moins par être répudiée (1533). Le divorce fut prononcé par Cranmer, archevêque de Cantorbéry, et Catherine se vit confinée dans le château de Kimbolton, où elle mourut en 1536. On sait que c'est ce divorce qui fut l'origine du schisme en Angleterre.

CATHERINE DE MÉDICIS, reine de France, fille de Laurent II de Médicis, duc d'Urbin, née à Florence en 1519, morte en 1589, épousa en 1533 le 2e fils de François I, depuis Henri II. Après la mort de son époux et celle de son fils aîné, François II, elle s'empara de la régence du royaume pendant la minorité de son second fils, Charles IX. La ruse et la dissimulation furent ses principaux moyens de gouvernement. Elle excita la guerre civile entre les Catholiques et les Réformés, résolut la perte de ces derniers après avoir feint un instant de les favoriser, et fut la principale instigatrice de l'horrible massacre de la St-Barthélemy (1572). Elle se brouilla ensuite avec Charles IX, et fut sans influence sous le règne de Henri III. Catherine avait apporté de l'Italie le goût des arts : c'est par ses ordres qu'ont été construits le palais des Tuileries, le château de Monceaux; elle continua le Louvre. Cette princesse croyait fort à l'astrologie (V. RUGGIERI). — Sa Vie, par E. Albéri (Florence, 1838), a été trad. par Mlle Sala. 1844.

CATHERINE DE BRAGANCE, fille de Jean IV, roi de Portugal, née en 1638, épousa en 1661 Charles II, roi d'Angleterre, qui lui fit éprouver toutes sortes de mépris et de chagrins; elle supporta son sort avec résignation. Après la mort du roi elle retourna en Portugal, et fut en 1704 et 1705 régente de ce roy. pendant la maladie de son frère don Pedro.

CATHERINE I, impératrice de Russie, née en 1682 en Livonie, de parents pauvres, morte en 1727. Elle venait d'épouser un simple soldat suédois lorsqu'elle fut réduite en captivité après la prise de Marienbourg (17Q2). D'une beauté remarquable, elle plut au prince Menzikoff, et bientôt après à Pierre le Grand lui-même. En 1711 elle accompagna le czar dans sa campagne contre les Turcs, et lui rendit le plus important service en traitant avec les ennemis qui le tenaient enfermé sur les bords du Pruth : elle acheta au prix de ses pierreries la retraite du grand vizir. Le czar, après en avoir eu plusieurs enfants, la déclara son épouse; en 1724 il la fit couronner solennellement impératrice. Après la mort du czar (1725), elle fut reconnue souveraine de toutes les Russies. Elle continua l'œuvre de civilisation commencée par son époux; mais elle s'abandonna à de coupables dérèglements, et laissa une trop grande part du pouvoir à son favori Menzikoff.

CATHERINE II, impératrice de Russie, fille du prince d'Anhalt-Zerbst, née à Stettin en 1729, épousa forcément en 1745 le duc de Holstein-Gottorp, que l'impératrice Élisabeth avait désigné pour son successeur, et qui régna sous le nom de Pierre III. Menacée du divorce et de l'emprisonnement, Catherine, qui possédait l'affection des Russes, réussit à faire déposer son époux, qui fut étranglé peu de jours après (1762), puis elle se fit sacrer à Moscou avec la plus grande pompe. En 1764 elle plaça sur le trône de Pologne Stanislas Poniatowski, qui avait été son amant. Bientôt après elle enleva aux Turcs la Crimée et les forteresses d'Azof, de Taganrog, de Kinburn et d'Ismaël. En 1772 elle conclut avec la Prusse et l'Autriche un traité qui démembrait la Pologne et donnait à la Russie les gouvernements de Polotsk et de Mohilev; le traité ds Kainardji, conclu en 1774 avec la Turquie, lui assura plusieurs provinces méridionales et lui ouvrit la mer Noire. En même temps qu'elle reculait ainsi les limites de son empire, Catherine imprimait une activité nouvelle à l'agriculture et à l'industrie, encourageait les lettres et les arts, était en correspondance avec Voltaire, d'Alembert, et recevait Diderot à sa cour. En 1793 et 1795, elle acheva, par de nouveaux partages, d'anéantir la Pologne, en joignant à ses États ce qui restait au dernier souverain de ce malheureux pays. Elle projetait de nouvelles conquêtes lorsqu'elle mourut en 1796, d'une apoplexie foudroyante. On a d'elle quelques écrits, des comédies, un drame d’Oleg, et une Correspondance avec Voltaire, Grimm, etc. et des Mémoires, (1859). C. fut une grande princesse et mérita d'être surnommée la Sémiramis du Nord; mais on lui reproche une vie dissolue (V. PONIATOWSKY, ORLOF, POTEMKIN). E. Jauffret a donné en 1860 Catherine II et son règne.

CATHERINE (ordre de STE-), ordre russe spécialement affecté au sexe féminin, fut fondé par Pierre le Grand en 1714, en mémoire du dévouement que Catherine, sa femme, lui avait montré lors de son désastre sur le Pruth (V. CATHERINE I). La décoration consiste en une plaque qui porte sur la face une croix d'argent avec l'image de la sainte, et sur le revers un nid d'aiglons et deux aigles qui dévorent des serpents, avec cette devise : Æquat munia comparis. Le prince Menzikoff est le seul homme qui en ait été décoré.

CATHOLICOS (Jean), patriarche d'Arménie sous le nom de Jean VI, mort en 925, est auteur d'une histoire de son pays depuis Haïg, ouvrage estimé qui a été trad. par St-Martin et publié par Lajard, 1841.

CATHOLIQUES, c.-à-d. Universels, nom sous lequel on réunit tous les Chrétiens qui reconnaissent l'autorité du pape. V. ÉGLISE CATHOLIQUE.

CATILINA (L. Sergius), d'une famille illustre de Rome, se déshonora dès sa jeunesse par ses vices et par ses crimes, et se fit l'agent de Sylla dans les proscriptions. N'ayant pu réussir à se faire nommer consul, il tenta de faire assassiner les consuls Manlius Torquatus et Aurelius Cotta, qui avaient été ses concurrents (65 av. J.-C.). Ayant encore échoué dans sa demande l'année suiv., il forma une grande conspiration, tendant à faire périr les consuls, le sénat et à détruire Rome par le fer et le feu (63). La conspiration fut découverte par Cicéron, alors consul, qui le foudroya de son éloquence en plein sénat et le força à se démasquer. Catilina sortit aussitôt de Rome et alla en Étrurie se mettre à la tête d'une armée de ses partisans. Se voyant vaincu, il se fit tuer à Pistoria dans un dernier combat que lui livra Pétréius, lieutenant d'Antonius, collègue de Cicéron (62). L'histoire de cette conjuration a été écrite par Salluste et, de nos jours, par M. Mérimée (1844). Les Catilinaires de Cicéron y ajoutent de saisissants détails. Crébillon, dans Catilina, Voltaire, dans Rome sauvée, ont mis sur la scène la conspiration et la fin tragique de Catilina.

CATINAT (Nicolas), maréchal de France, né à Paris en 1637, m. en 1712. Il quitta dans sa jeunesse le barreau pour les armes, se forma sous Turenne, devint lieutenant général en 1688, vainquit le duc de Savoie en 1690 à Staffarde, en 1693 à Marsaille, et s'empara de la plus grande partie de ses États. Le bâton de maréchal fut le prix de ces exploits. Placé une 2e fois à la tête des troupes en Italie, il eut à combattre le prince Eugène; mais le mauvais état de l'armée, le manque d'argent et de subsistances paralysèrent ses efforts, et il éprouva quelques échecs, notamment à Carpi, ce qui le fit disgracier, 1701. Il subit en philosophe cet injuste traitement, et vécut depuis dans sa retraite de St-Gratien (près Montmorency), fuyant la cour et pratiquant toutes les vertus. Catinat avait écrit des Mémoires qui ont été publiés à Paris en 1819, 3 vol. in-8. Son Éloge a été écrit par La Harpe, 1775. Une statue lui a été érigée à St-Gratien en 1860.

CATMANDOU, v. de l'Inde, capit. du Népaul, par 27° 42' lat. N., 82° 34' long. E.; env. 38 000 h. Remarquable par le nombre de ses temples et par ses manufactures. Les Anglais y ont un représentant.

CATON (M. Porcius), surnommé l’Ancien ou le Censeur, Romain célèbre par ses vertus, né à Tusculum, l'an 234 av. J.-C., d'une famille obscure; servit d'abord sous Fabius Maximus pendant la 2e guerre punique. Nommé préteur en Sardaigne, il acheva de soumettre ce pays. Envoyé avec le titre de consul en Espagne et en Grèce (195), il mérita, par sa valeur et sa prudence, les honneurs du triomphe. Censeur huit ans après, il exerça ses fonctions avec une sévérité qui passa en proverbe, et il mérita qu'on lui élevât une statue avec cette inscription : A Caton, qui a corrigé les mœurs. Dans ses dernières années, craignant pour Rome la rivalité de Carthage, il terminait tous ses discours en disant qu'il fallait détruire cette ville : Delenda Carthago. Il mourut l'an 149 ans av. J.-C., à 85 ans. Caton s'appliqua aux sciences et aux lettres; il excellait dans la jurisprudence aussi bien que dans l'agriculture; il étudia jusque dans sa vieillesse et apprit, dit-on, le grec à 80 ans. Cependant il regardait comme dangereux certains arts de la Grèce, et il en empêcha l'introduction à Rome. (V. CARNÉADE). On reproche à ce sage païen son goût pour le vin et son avarice. Caton laissa en mourant un grand nombre de lettres, des harangues, un ouvrage intitulé : Origines romaines, et quelques écrits secondaires. Il ne reste de lui qu'un petit traité intitulé De re rustica, trad. par Saboureux de La Bonneterie, 1771, et dans la collection Nisard, et quelques fragments, réunis par Lion, Gœtt., 1826, et par H. Jordan, Leipsick, 1859. Cornélius Nepos et Plutarque ont écrit sa Vie.

CATON (M. Porcius), surnommé d'Utique, arrière petits-fils du préc., né en 93 av. J.-C., montra de bonne heure une âme ferme et courageuse. Amené à 14 ans au palais de Sylla, et apercevant les têtes sanglantes des proscrits, il demanda un poignard, afin, dit-il, d’affranchir Rome de son tyran. Lors de la conjuration de Catilina, il appuya les mesures de rigueur proposées par Cicéron. Tout en se défiant de Pompée, il s'opposa de tout son pouvoir à l'ambition de César, et vota contre la mesure qui donnait à ce dernier le commandement des Gaules pour cinq ans, disant aux sénateurs qu'ils se décrétaient un tyran pour l'avenir. Pendant la guerre civile, il se prononça pour Pompée, et remporta quelques avantages sur les troupes de César à Dyrrachium. A la nouvelle de la défaite de Pharsale, et peu après l'assassinat de Pompée, il rassembla les débris de l'armée républicaine et se rendit en Afrique, où Q. Métellus Scipion, à la tête de quelques troupes, sa préparait à résister à César; mais Métellus ayant été battu à Thapse, Caton ne voulut pas survivre à la liberté : il s'enferma dans Utique et s'y perça de son épée. On dit qu'avant de se frapper il lut et médita le Phédon, dialogue où Platon traite de l'immortalité de l'âme. Caton était attaché à la doctrine du stoïcisme, qui s'accordait bien avec l'austérité de son caractère. Plutarque a écrit sa Vie. Addison a pris la Mort de Caton pour sujet d'une tragédie célèbre.

CATON (Valérius), poëte latin, qui vivait au temps de Sylla, fut dépouillé de son patrimoine sous ce dictateur et composa à ce sujet, sous le titre de Diræ (Imprécations), un poëme où il maudit les ravisseurs, et qui a été quelquefois attribué à Virgile. Ce poëme se trouve dans les Poetæ minores de Wernsdorf, et a été trad. par M. Cabaret, 1842.

CATON (Dionysius), auteur latin, qui vivait vers le IIIe siècle de notre ère, a laissé 4 livres de Distiques moraux qui ont obtenu beaucoup de vogue au moyen âge. Ils ont eu un grand nombre d'éditions et ont été traduits dans toutes les langues de l'Europe. Les éditions les plus estimées des Distiques sont celles d'Othon Arntzénius, cum notis variorum, Amsterdam, 1754, et de Zarnke, Leips., 1852. Ils ont été traduits en 1533 sous ce titre : Les Mots et sentences dorés de maître de sagesse Caton, et réimprimés en 1798 par M. Boulard. M. J. Chenu les a traduits de nouveau en 1843, dans la collection Panckoucke. M. J. Travers les a mis envers, Caen, 1837.

CATORCE, la plus riche mine d'argent du Mexique, à 170 k. N. de San-Luis-Potosi; longtemps elle a produit par an près de 20 000 000 de francs.

CATROU (le P.), jésuite, né à Paris en 1659. mort en 1737, s'est fait un nom comme critique. Il fonda en 1701 le Journal de Trévoux, où il rendait compte des ouvrages nouveaux, et en fut pendant douze ans le principal rédacteur. On a de lui : Histoire du Mogol, 1705; Histoire du fanatisme protestant, 1733; Histoire romaine, en 21 vol. in-4, 1725-37. Ces histoires ne sont guère que des gazettes. Catrou a aussi traduit Virgile, mais sans plus de succès.

CATTARO, v. et port des États autrichiens (Dalmatie), ch.-l. de cercle, à 60 k. S. E. de Raguse; 3000 hab. Beau port sur le golfe de Cattaro; rade sûre ; château sur le roc inaccessible de la Pella. Évêché. Commerce actif. Cattaro est entouré de montagnes si hautes qu'en hiver à peine voit-on le soleil dans cette ville. — Fondée au VIe siècle, souvent ruinée par les tremblements de terre, notamment en 1563 et 1667. Longtemps république indépendante, elle se soumit à Venise en 1420; elle passa entre les mains de l'Autriche en 1797; elle appartint à la France de 1805 à 1814, époque à laquelle elle retourna à l'Autriche. — Le cercle de Cattaro, entre la Turquie d'Europe et l'Adriatique, a 88 k. sur 22; 40 000 h., du rit grec. Ce cercle est coupé en deux par les bouches du Cattaro. Il est montueux, boisé, et très-fertile; il produit des vins excellents.

CATTARO (golfe et bouches du), petit golfe de l'Adriatique, sur la côte mérid. de la Dalmatie, a 130 k. de tour; deux écueils le divisent en trois parties ou entrées qu'on nomme bouches; le fond du golfe en arrière des bouches est dit canal de Cattaro.

CATTÉGAT, c.-à-d. Trou du chat, bras de mer qui unit la mer du Nord à la Baltique par le détroit du Sund et les deux Belt, entre le Jutland à l'O. et la Suède à l'E. ; 220 k. sur 110. Navig. dangereuse.

CATTENOM, bourg d'Alsace-Lorraine, à 9 k. N. E. de Thionville ; 1000 h. Autrefois fortifié.

CATTES, Catti, peuple de la Germanie, au S. des Chérusques, au N. E. des Mattiaci, habitait la Hesse électorale actuelle, ainsi qu'une partie du duché de Nassau et de la Westphalie, et avait pour ville principale Castellum Cattorum (Cassel). Très-belliqueux, ils furent, battus, mais non soumis par les Romains. Au IIIe siècle ils s'absorbèrent dans la confédération des Francs.

CATTOLICA, v. de Sicile, à 25 k. N. O. de Girgenti ; 7000 hab. Aux env. vastes soufrières. — Bourg d'Italie (Forli), sur l'Adriatique, à 15 kil. S. E. de Rimini, donna asile en 339 aux prélats catholiques qui s'étaient séparés des Ariens, au concile de Rimini.

CATULLE, C. Valérius Calullus, poëte latin, né l'an 87 av. J.-C, à Vérone ou à Sirmio (auj. Sermione), sur le lac Benacus, réussit surtout dans l'épigramme et dans le genre érotique. On a aussi de lui quelques morceaux d'un genre plus sérieux, entre autres, l'épisode des Noces de Thélis et de Pelée, qui prouvent qu'il pouvait s'élever à la hauteur de l'épopée. Ce poëte fut lié avec les hommes les plus distingués de son temps ; il ne craignit pas d'attaquer César dans ses vers, mais le dictateur, au lieu de s'en irriter, sut gagner son amitié. Il mourut jeune, à 30 ans selon les uns, à 40 ans selon d'autres. Ses poésies, longtemps perdues, n'ont été retrouvées qu'au XIVe s. Parmi les nombreuses éditions qui en ont paru, on remarque celles d'Isaac Vossius, Londres, 1684, in-4, enrichie d'un précieux commentaire; de Doëring, Leipsick, 2 vol. in-8, 1788-92, et de Naudet, dans la Bibliothèque lat. de Lemaire. Catulle a été traduit par Pezay, 1771; par Noël, 1803; par L. Th. Paulinier, 1840, par Héguin de Guesle (coll. Panckoucke) et par Collet (coll. Nisard). Ginguené a mis en vers les Noces de Thétis et de Pélée.

CATULUS. V. LUTATIUS.

CATURIGES, peuple de la Gaule Cisalpine, dans les Alpes Graiæ, faisait, du temps d'Auguste, partie des États du roi Cottius, et avait pour ch.-l. Caturiges (auj. Chorges). Leur territoire répond aux vallées de Chorges et d'Embrun (Htes-Alpes).

CATUS, ch.-l. de c. (Lot), à 14 k. N. O. de Cahors ; 1300 h. Ancien château fort.

CATZ (Jacob VAN), poëte hollandais, né dans la Zélande, en 1577, mort en 1660, fut un des créateurs de la langue et de la poésie hollandaise. Il remplit dans sa patrie les premières fonctions administratives et diplomatiques, fut ambassadeur en Angleterre (1627), grand pensionnaire de Hollande (1636-1651), et consacra ses loisirs aux lettres. Ses poésies se composent d'emblèmes, d'allégories, de fables, d'idylles et d'odes. Ses Fables l'ont fait surnommer le La Fontaine de la Hollande. Ses œuvres ont été réunies à Amst. en 1712, 1790 et 1828.

CAUCA, v. d'Hispanie (Tarraconaise), chez les Vaccéens, à 70 k. S. O. de Clunia. Patrie de Théodose.

CAUCA, riv. de Colombie, a sa source dans les Andes, sort du mont Paramo de Guanacas, forme plusieurs bras qui se réunissent, coule du S. au N., arrose Antioquia, et tombe dans la Magdalena, à 150 k. S. E. de Carthagène, après un cours de 320 k. — Elle a donné son nom à l’État de Cauca, dans la Nouv.-Grenade; 300 000 h.; ch.-l., Popayan.

CAUCASE, Caucasus, nom général sous lequel on comprend un grand système de mont. qui sépare l'Europe de l'Asie, et qui s'étend entre la mer Noire et la mer Caspienne, au N. du Kour et du Rioni, par 40°-45° lat. N. et 35°-47° long. E. La chaîne princip., le Caucase proprement dit, va du S. E. au N. O., depuis la péninsule d'Apchéron jusqu'à la forteresse d'Anapa, sur une longueur d'env. 1000 k. Beaucoup de chaînes se détachent à droite et à gauche de la chaîne principale : à l'O., l'Elbrouz (Ceraunii montes) ; au N. O., les collines qui bordent la mer Noire (Caraxici montes); au S. O., le Caucase se rattache à l'extrémité orientale du Taurus, qui couvre toute l'Asie-Mineure. Les principales rames du groupe caucasien sont le mont Elbrouz, qui a 5646m; le Mquinwari ou Kazbek, 4800m, et le Chat-Elbrouz, sur les confins du Daghestan, 4000m. Un grand nombre de fleuves prennent leur source dans le Caucase : le Kouban au N. O., le Térek au N. E., le Rioni (Phasis) au S. O., l'Alazan au S. E. Les diverses chaînes du Caucase offrent plusieurs défilés dont quelques-uns célèbres : les Portes Caucasiennes, auj. défilé de Dariel, sur la route de Mosdok à Tiflis; les Portes Albaniennes ou Sarmatiques, le long des côtes du Daghestan; les Portes Caspiennes, près de Téhéran ; les Portes Ibériennes, auj. Schaourapé. — Le Caucase fut connu dès la plus haute antiquité; il joue un rôle important dans la mythologie des Grecs; c'est sur ses cimes que ces derniers plaçaient le supplice de Prométhée. Les nombreuses peuplades qui habitent ces mont., et qui sont auj. connues sous les noms de Tcherkesses, Nogaïs, Abazes, Ossètes, etc., furent presque toujours indépendantes. Chez les anciens, Mithridate seul sut pendant quelque temps leur faire reconnaître son autorité; chez les modernes, la domination des Turcs sur les montagnards du Caucase était purement nominale. Les Russes ont commencé en 1722 à faire la guerre aux habitants du Caucase et ce n'est qu'en 1859 qu'ils ont réussi à les réduire complètement; de 1839 à cette époque, Schamyl les tint en échec en Circassie. — Les savants ont regardé comme sortie du Caucase la race blanche qui couvre toute l'Europe et une grande partie de l'Asie, et ils lui ont donné par ce motif le nom de race caucasienne.

CAUCASE (gouvt du), vaste contrée de la Russie, comprenant la prov. du Caucase ou Ciscaucasie, la Transcaucasie et en général toutes les parties du Caucase qui sont soumises à l'empire. Elle contient près de 4 000 000 d'hab. et a pour ch.-l. Tiflis. – La prov. du Caucase ou Ciscaucasie est située sur le versant N. du Caucase, entre l'Astrakhan au N., les Cosaques de la mer Noire à l'O., la Circassie et le Daghestan au S., la mer Caspienne à l'E., a 880 kil. sur 360, et 1 100 000 hab. (Mahométans, Arméniens, Juifs, etc.). Ch.-l., Stavropol. Autres villes : Georgievsk, Kisilar, Mozdok.

CAUCASIENNES (PORTES), Caucasiæ pylæ, auj. défilé de DARIEL. V. DARIEL.

CAUCHON (P.), évêque de Beauvais, se vendit aux Anglais qui avaient envahi la France, réclama le droit de juger la malheureuse Jeanne d'Arc qui avait été prise dans son évêché, fut le plus acharné de ses juges, et réussit, par des ruses infâmes, à faire prononcer contre elle la peine de mort. Il fut chassé de son siége par les habitants de Beauvais indignés, et mourut tourmenté de remords, en 1443. Le pape Calixte III l'avait excommunié.

CAUCHY (Aug. Louis), mathématicien, né à Paris en 1789, mort à Sceaux en 1857, était fils de L. Franç. Cauchy, archiviste de la Chambre des Pairs. Admis à seize ans à l’École polytechnique, il se voua à l'enseignement, professa à l’École polytechnique et à la Faculté des sciences, et fut en 1816 nommé membre de l'Institut. Royaliste dévoué, il suivit Charles X en exil et fit l'éducation scientifique du duc de Bordeaux. Il refusa le serment en 1852, mais n'en fut pas moins maintenu dans ses fonctions. Ce savant infatigable a composé une foule de Mémoires, parmi lesquels on remarque sa Théorie des ondes, couronnée en 1815 par l'Institut; ses Mémoires sur la polarisation de la lumière et sur la Théorie des nombres. En outre, il a publié : Cours d'analyse, 1821; Leçons sur les applications du calcul infinitésimal à la géométrie, 1826; Exercices de mathématiques, 1827. Cauchy ne se distinguait pas moins par sa piété que par sa science.

CAUDEBEC, Caledunum, ch.-l. de cant. (Seine-Inf.), sur la r. dr. de la Seine, à l'embouchure du Caudebec, à 11 kil. S. d'Yvetot; 5295 hab. Église gothique. Caudebec était autrefois la capit. de tout le pays de Caux. Son industrie fut jadis très-florissante; on y faisait surtout un grand commerce des chapeaux dits caudebecs. Elle souffrit beaucoup pendant les guerres religieuses du XVIe et du XVIIe siècle.

CAUDÉRAN, bourg de la Gironde, à 3 k. O. de Bordeaux; 3057 hab. Hôpital militaire.

CAUDINES (FOURCHES). V. CAUDIUM.

CAUDIUM, auj. Airola ou Arienzo, v. du Samnium, à 28 kil. S. E. de Capoue, entre Bénévent et Calatie, sur les frontières de la Campanie. Aux env. se trouve un défilé célèbre par l'échec que les Romains y éprouvèrent sous le consulat de T. Veturius Calvinus et de Sp. Posthumius Albinus : ils s'y laissèrent enfermer par Pontius Hérennius, général des Samnites, et furent obligés de passer sous le joug (321 av. J.-C.); de là le nom de Fourches Caudines donné au défilé. Plus tard, les Romains défirent à leur tour les Samnites aux env. de Caudium.

CAULAINCOURT, bourg du dép. de l'Aisne, à 14 kil. O. de St-Quentin; 500 hab. Anc. seigneurie, érigée en marquisat en 1714.

CAULAINCOURT (Aug. Louis de), duc de Vicence, né en 1773 à Caulaincourt (Aisne), mort en 1827, prit part à presque toutes les guerres de la Révolution, et se fit remarquer de Bonaparte, qui le nomma grand écuyer à son avénement, puis général de division et duc de Vicence. Envoyé en 1807 comme ambassadeur en Russie, il sut se concilier l'estime de l'empereur Alexandre et fit tous ses efforts pour prévenir une rupture. N'ayant pu y réussir, il rentra en France en 1811 et prit part à la campagne de Moscou. Il tint depuis 1813 le portefeuille des relations extérieures, et fut chargé, à la suite de nos revers, de différentes missions auprès des princes alliés : il défendit toujours, notamment au congrès de Châtillon (1814), les intérêts du fils de l'empereur. On a publié de 1837 à 1840, sous le titre de Souvenirs du duc de Vicence, d'intéressants mémoires sur l'empire. — Son fils aîné a été sénateur sous Napoléon III.

CAULON ou CAULONIA, plus tard Castrum Veterum, auj. Castel-Vetere, v. d'Italie (Brutium), au S. E. de Térine, près de la mer.

CAUMARTIN (Lefebvre de), honorable famille de robe, aujourd'hui éteinte, originaire du Ponthieu. Louis G. (1552-1623), fut successivement intendant de province, ambassadeur, président du grand conseil sous Henri IV et Louis XIII, enfin garde des sceaux; il est auteur de Mémoires conservés manuscrits à la Bibliothèque impériale. — Louis François (1624-1687), son petit-fils, intendant de Champagne, fut l'ami et l'agent du cardinal de Retz. — Louis Urbain, fils du préc. (1653-1720), élève de Fléchier, conseiller au parlement de Paris, puis conseiller d'État et intendant des finances, était un magistrat plein de droiture. Boileau a dit de lui (sat. IX) :

Chacun de l'équité ne fait pas son flambeau;
Tout n'est pas Caumartin, Bignon ni d'Aguesseau.

Il fut dans ses dernières années un des protecteurs de Voltaire, qui puisa dans ses entretiens l'amour de Henri IV et l'idée de la Henriade. On lui doit la conservation des Mémoires du cardinal de Retz, et de ceux de Joly. — L'abbé François, frère d'Urbain, (1668-1733), évêque de Vannes, puis de Blois, connu par son esprit précoce, fut admis à l'Académie dès 1694, à 26 ans. — Ant. Louis, marquis de St-Ange, prévôt des marchands à Paris de 1778 à 1784. Cette ville lui doit de nombreuses améliorations; une rue de Paris porte encore son nom.

CAUMARTIN (Jacq. Étienne), industriel et orateur, né en 1769, m. en 1825, était un riche propriétaire de forges. Député de la Côte-d'Or en 1815, il fut sous la Restauration un des plus fermes et des plus éloquents soutiens de la cause libérale.

CAUMONT, ch.-l. de c. (Calvados), à 22 k. S. O. de Bayeux; 2150 h. Volailles; fer aux env. — Bourg du dép. de Lot-et-Garonne, à 8 kil. de Marmande; 1800 h. Jadis place forte : les Huguenots s'en emparèrent en 1629; elle fut bientôt reprise par le duc de Mayenne. Berceau de la famille des Caumont.

CAUMONT (Famille de), illustre maison du midi de la France, se distingua dès le temps des croisades et dans les guerres contre les Anglais en Guyenne et s'allia aux maisons souveraines de Bretagne et d'Albret. Les deux branches principales sont celles de La Force, qui existe encore, et de Lauzun, qui s'éteignit vers 1723. V. ces noms.

CAUNES (LES), Bufentis, v. de France (Aude), à 21 kil. N. E. de Carcassonne; 2258 hab. Eau-de-vie, etc. Aux env., beaux marbres de couleur variée. Ancienne abbaye de Bénédictins.

CAUNUS, auj. Quingi? v. de Carie, sur la côte S., vis-à-vis de Rhodes. Patrie de Protogène.

CAUS (Salomon de), ingénieur français, né en Normandie vers 1576, mort vers 1626, fut successivement employé comme ingénieur en Angleterre par le prince de Galles, en Allemagne par le prince Palatin, et finit sa carrière en France, avec le titre d'ingénieur et architecte du roi (Louis XIII). Habile surtout dans l'hydraulique, il fit plusieurs inventions remarquables et soupçonna la puissance de la vapeur. Le marquis Worcester, à qui les Anglais attribuent cette découverte, n'a fait que la lui emprunter. On a dit que Richelieu, importuné des instances de l'inventeur, l'avait fait enfermer à Bicêtre comme fou; mais c'est là un conte fait à plaisir. On a de S. de Caus, entre autres ouvrages, un Traité des forces mouvantes (Francfort, 1605, et Paris, 1624), où il est traité de la force de la vapeur.

CAUSSADE, ch.-l. de cant. (Tarn-et-Garonne), à 22 k. N. E. de Montauban; 4540 h. Fabrique d'étamines, de toiles. Safran, grains et truffes.

CAUSSIN (Nicolas), jésuite, né à Troyes en 1583, mort en 1651, se fit une réputation comme prédicateur, et devint confesseur de Louis XIII; il fut exilé pour avoir pris parti pour la reine mère. Il a écrit : la Cour sainte; De Eloquentia sacra et humana; Tragœdiæ sacræ, et une Apologie des Jésuites, 1644.

CAUSSIN DE PERCEVAL (J. J.), orientaliste, né à Montdidier en 1759, mort en 1835, remplaça Deshauterayes, dont il était l'élève, dans la chaire d'arabe au Collége de France, 1783; fut nommé en 1787 garde des manuscrits de la Bibliothèque royale, et entra en 1809 à l'Institut (Académie des inscriptions). Il a trad. du grec l’Argonautique de Valerius Flaccus, 1796, et de l'arabe, la Suite des Mille et une Nuits, 1806, l’Histoire de la Sicile sous les Musulmans, 1802; les Séances de Harriri, les Tables astronomiques d'El-Younis, etc. — Son fils, Armand Pierre, né en 1795, professeur d'arabe à l'École des langues orientales, a donné, entre autres ouvrages, une Grammaire arabe, un Essai sur l'histoire des Arabes avant l'Islamisme, 1847, une Hist. de la littérature hindoue, etc.

CAUTERETS, vge des H.-Pyrénées, à 16 kil. S. d'Argelès; 850 h. Eaux thermales sulfureuses très-renommées. Beaux sites.

CAUX (pays de), Caleti, partie de la H.-Normandie, au N. de la Seine; 70 kil. sur 60. Lieux principaux : Caudebec, Lillebonne, Yvetot, St-Valery-en-Caux, Bolbec, Arques, Dieppe, Eu, le Tréport. Il fait auj. partie du dép. de la Seine-Inf. Les Cauchoises sont célèbres par leur beauté, par leur grande taille et par la singularité de leur haute coiffure.

CAVA, v. du roy. d'Italie (Principauté Citer.), à 4 k. N. O. de Salerne; 12 000 h. Évêché. Fabriques d'étoffes de soie, de coton et de toiles. Anc. abbaye des Bénédictins de la Trinité. CAVADONGA, v. des Asturies, à 48 k. S. E. d’Ovidéo. Pélage y remporta, en 718, une éclatante victoire sur les Maures, à la suite de laquelle il fut proclamé roi par les habitants des Asturies et par les Goths réfugiés.

CAVAIGNAC (Eugène), général français, issu d’une famille du Quercy, né à Paris en 1802, était fils du conventionnel J. B. Cavaignac, anc. avocat au parlement de Toulouse, m. en exil, à Bruxelles, en 1829, et frère de Godefroy, l’un des chefs du parti républicain sous Louis-Philippe, rédacteur de la Réforme et président de la Société des Droits de l’Homme (mort en 1845). Élève de l’École polytechnique, il entra dans le génie et fit la campagne de Morée. Après la révolution de 1830, il manifesta hautement ses tendances républicaines ; ce qui le fit mettre temporairement en disponibilité, fut envoyé en 1832 à l’armée d’Afrique ; se signala dans plusieurs expéditions périlleuses, résista pendant quinze mois dans le méchouar de Tlemcen à tous les efforts d’Abd-el-Kader (1836-37), défendit également avec un courage héroïque la place de Cherchell et y fut blessé (1840), eut part à la victoire d’Isly, où il commanda l’avant-garde (1844), et fut, en récompense, élevé au grade de général de brigade. Lorsque la révolution de Février 1848 eut éclaté, il fut nommé général de division et gouverneur général de l’Algérie ; il fut peu après élu représentant du peuple par les départ. de la Seine et du Lot, et appelé au ministère de la guerre à la suite de l’attentat du 15 mai contre l’Assemblée nationale. Peu de jours après, il eut à réprimer la terrible insurrection de juin, suscitée par les partisans de la République démocratique et sociale, et reçut à cet effet le titre de chef du pouvoir exécutif : il montra d’abord quelque hésitation sur les mesures à prendre, mais il déploya bientôt la plus grande énergie et parvint, après quatre jours d’une lutte acharnée (23, 24, 25 et 26 juin), à se rendre maître du mouvement : le bâton de maréchal de France lui fut offert en récompense, mais il ne crut pas devoir l’accepter. Investi d’un pouvoir dictatorial, il dut, pour prévenir le retour du désordre, ordonner la mise en état de siége, la suspension des journaux hostiles, la transportation des insurgés. En même temps il refusait son concours à la propagande révolutionnaire, offrait un asile au pape, chassé de ses États, et envoyait des troupes en Italie pour protéger sa retraite. Après la promulgation de la nouvelle constitution, il se porta candidat à la présidence de la République, mais il ne put guère réunir que le cinquième des suffrages : il résigna le pouvoir avec une simplicité digne. Élu député en 1852, il refusa le serment à la nouvelle constitution et alla vivre dans la retraite. Il mourut subitement en octobre 1857, à son château d’Ourne (Sarthe). E. Cavaignac a mérité le respect de ses adversaires mêmes ; comme homme politique, il s’est montré droit et sincèrement dévoué à la cause républicaine. Il était de caractère irrésolu : les Arabes l’appelaient un roseau peint en fer. M. Hipp. Castille a donné sa Biographie ; M. de La Guéronnière a tracé son portrait (dans ses Études et portraits politiques).

CAVAILLON, Cabellio, ch.-l. de cant. (Vaucluse), sur la Durance, à 25 kil. S. E. d’Avignon ; 7041 hab. Anc. évêché, remontant au IVe siècle, supprimé à la Révolution. Restes d’un arc de triomphe. Mûriers, melons d’hiver renommés, grand commerce de fruits. Patrie de César de Bus. — Cavaillon, jadis une des villes principales des Cavares, dans la Viennaise, était le séjour dun corps d’utriculaires, bateliers pour le passage de la Durance.

CAVALE (LA), Neapolis, v. et port de Turquie (Roumélie), sur le golfe de la Cavale, à 128 kil. N. E. de Salonique ; 3000 hab. Patrie de Méhémet-Ali.

CAVALIER (Jean), chef redoutable des Camisards, né au village de Ribaute, près d’Anduze (Gard), en 1679. De garçon boulanger qu’il était, il se fit prédicant dans les Cévennes, et, à la tête d’une multitude d’enthousiastes, il résista longtemps aux troupes de Louis XIV. Le maréchal de Villars négocia avec lui, et lui fit déposer les armés en lui assurant une pension et un brevet de colonel (1704). Observé en France, il passa en Angleterre, y servit avec distinction, et devint gouverneur de l'île de Jersey. Il mourut en 1740.

CAVALIERI (Bonaventure), célèbre géomètre, né à Milan en 1598, mort en 1647, se lia avec Galilée et obtint par sa recommandation une chaire de mathématiques à Bologne. Il passa la plus grande partie de sa vie dans les souffrances de la goutte. Cavalieri a créé la géométrie des indivisibles, dont Roberval lui disputa cependant l’invention : il concevait les lignes comme formées d’un nombre infini de points ; les surfaces, d’une infinité de lignes, et les solides, d’une infinité de surfaces, et il réussit, à la faveur de cette méthode si simple, à résoudre un grand nombre de problèmes. Ses principaux ouvrages sont : Geometria indivisibilium, 1635 ; Trigonometria plana, 1636 ; Exercitationes geometricæ, 1647.

CAVALIERS, faction aristocratique anglaise, opposée à celle des Têtes rondes. V. ce mot.

CAVALLO (Tiberius), physicien, né à Naples en 1749, mort à Londres en 1809, a inventé le micromètre qui porte son nom, un électromètre, un directeur pour diriger le fluide électrique, et a publié un Traité complet d’électricité (trad. par l’abbé Silvestre, Paris, 1785). On a encore de lui : Essai sur la théorie et la pratique da l’électricité médicale, 1780 ; Traité sur la nature et les propriétés de l’air, 1781 ; Traité sur le magnétisme, 1787.

CAVAN, v. d’Irlande (Ulster), à 96 kil. N. O. de Dublin ; 6000 hab. Ch.-l. d’un comté de même nom, situé entre ceux de Monaghan et de Leitrim ; 84 kil. sur 40 ; 245 000hab.

CAVARES, peuple de la Gaule, dans la Viennaise, le long de la Méditerranée et du Rhône, s’étendait depuis les bouches de ce fleuve jusqu’au dessus de l’emb. de l’Ardèche. Villes principales : Avenio, Cabellio, Arelate, Vasio, Arausio. Marseille fut comprise dans leur pays à la fin de l’Empire. Leur territoire répond aux dép. de Vaucluse et des Bouches-du-Rhône (moins quelques cant. orientaux et l'île de la Camargue).

CAVAZZI (J. Antoine), missionnaire de l’ordre des Capucins, né à Montecuccolo près dé Modène, fut envoyé deux fois au Congo (1654 et 1670), y fit plusieurs conversions, et acquit une connaissance profonde de la langue et des mœurs du pays. Il rédigea à son retour une relation publiée en 1687 par Alamandini (trad. par le P. Labat, 1732).

CAVENDISH, famille anglaise à laquelle appartiennent les comtes, puis ducs de Devonshire, et les ducs de Newcastle, a pour chef sir William Cavendish, né en 1505, mort en 1557, qui était d’abord simple huissier du cardinal Wolsey ; il obtint la faveur de Henri VIII et de ses successeurs, qui l’élevèrent aux honneurs. — Son petit-fils, William Cavendish, duc de Newcastle, né en 1592, mort en 1676, fut en grande faveur auprès de Jacques I et Charles I ; sacrifia toute sa fortune pour défendre la cause royale ; prolongea la guerre de 1639 à 1644, fut défait à Marston-Moor, s’exila après cet échec et ne revint qu’à la Restauration ; il fut alors nommé chef de la justice des comtés au nord du Trent. Il avait été créé comte de Newcastle par Charles I ; Charles II l’éleva à la dignité de duc. On a de lui, entre autres ouvrages : Méthode nouvelle pour dresser les chevaux, 1667. — Un autre de ses descendants, Will. Cavendish, comte, puis duc de Devonshire, né en 1640, mort en 1707, se fit remarquer sous Jacques II par une vive opposition ; il fut un des plus actifs promoteurs de la révolution qui renversa ce prince et qui plaça sur le trône Guillaume d’Orange ; il fut en récompense créé duc, et nommé intendant. Il fut sous Anne un des commissaires chargés d’effectuer la réunion de l’Écosse à l’Angleterre. CAVENDISH (Henry), physicien et chimiste, né à Nice en 1731, m. en 1810, était fils d'un cadet de la famille des ducs de Devonshire; se livra aux sciences; fut admis en 1760 à la Société royale de Londres et nommé en 1803 associé de l'Institut de France. On lui doit, entre autres découvertes, celle du gaz hydrogène(1766), l'analyse exacte de l'air, de l'eau et de l'acide nitrique; il a déterminé la densité moyenne du globe, rendu sensible l'attraction de la terre, etc. Ses écrits se trouvent dans les Transactions philosophiques.

CAVENDISH (W.-H.), lord Bentinck, V. BENTINCK.

CAVERY, fleuve de l'Inde. V. KAVERY.

CAVINO (J.), le Padouan, habile graveur du XVIe siècle, s'exerça à contrefaire les médailles anciennes pour s'enrichir aux dépens des antiquaires. Ses coins sont au Cabinet impérial de Paris.

CAVOUR, v. murée du Piémont, à 15 kil. S. E. de Pignerol; 5700 hab. Soieries, toiles, tanneries. Abbaye de Bénédictins fondée en 1010.

CAVOUR (Camille Benso, comte de), le régénérateur de l'Italie, né à Turin en 1810, m. en 1861; fut d'abord soldat, puis journaliste; fonda le Risorgimento (1847); devint député (1849), ministre du commerce et bientôt concurremment des finances (1850), enfin président du conseil (1852-1861); inaugura une politique libérale et ferme à l'intérieur, hardie et entreprenante à l'extérieur, qui amena la guerre avec l'Autriche, l'alliance avec la France et l'érection du royaume de Sardaigne en royaume d'Italie. Il mourut au moment où il essayait de donner Rome pour capitale à l'Italie, voulant établir, comme il disait lui-même, l'Église libre dans l'État libre. Sa Vie a été publiée par J. Devey (1861), ses Discours traduits par Artom et A. Blanc (1862).

CAVOYE (Louis D'OGER, marquis de), né en 1640, m. en 1716, fut élevé avec Louis XIV, conserva la faveur de ce prince toute sa vie, et la mérita par son courage. Il était grand maréchal des logis de la maison du roi.

CAXAMARCA, v. du Pérou, ch.-l. de prov., à 130 kil. N. de Truxillo; 8000 hab. Anc. résidence des Incas : c'est là que fut mis à mort, par les Espagnols, en 1533, Atahualpa, le dernier de cette race royale. — La prov. de C., entre celles de Chacapoyas et du Maranon à l'E., de Chota au N., de Lambayèque à l'O. et de Truxillo au S., a 100 000 h. Mines d'or et d'argent; culture du coton.

CAXTON, bourg d'Angleterre, à 15 kil. O. de Cambridge ; 500 hab. Patrie de Mathieu Pâris.

CAXTON (Guillaume), imprimeur anglais, né vers 1410 dans le comté de Kent, mort en 1491. Après avoir séjourné quelque temps en Hollande, et y avoir fait le commerce avec succès, il y apprit l'art d'imprimer, et l'introduisit en Angleterre vers 1472; il publia en 1474 son premier livre, le Jeu d'échecs moralisé (en angl.); il donna en 1481 le Miroir du Monde, avec gravures. Ses éditions sont fort recherchées des bibliophiles.

CAYAMBÉ, riv. du Brésil, affluent de l'Amazone, où elle tombe à 31 kil. S. E. d'Ega, après un cours de 245 kil. — Montagne de l'Amérique du S., l'un des plus hauts sommets des Andes (6140m); il est situé sous la ligne équinoxiale, à 65 kil. N. E. de Quito.

CAYAPONIA, grand district de la prov. de Goyas au Brésil; 660 k. sur 220. Bornes : à l'E. le Parana, au S. O. le Pardo. Les Cayapos, habitants de ce district, sont encore barbares. Bois de construction.

CAYENNE, v. de l'Amérique méridionale, capit. de la Guyane française, dans l'île de Cayenne, à l'emb. de la riv. de même nom ; 5220 hab. Port peu profond, château fort. Cour imp., trib. de 1re inst., collége, jardin botanique; grand entrepôt commercial. La chaleur y est très-élevée (30° à l'ombre); le climat, longtemps insalubre, a été assaini par le défrichement des marais environnants. — Le 1er établissement français date de 1626; il s'agrandit en 1635, mais il fut abandonné en 1654; à cette époque les Anglais s'en emparèrent, mais ils ne le gardèrent que dix ans (1654-1664). Cayenne fut occupée par les Hollandais en 1676; d'Estrées la reprit en 1677; les Portugais s'en emparèrent en 1809; elle fut rendue à la France en 1814. — L'île de Cayenne, comprise entre la riv. Cayenne, la riv. Ouya, et l'Océan Atlantique, a 44 kil. sur 31. Six mois de pluie, autant de chaleur et de sécheresse extrêmes; de là un climat très-malsain; le sol est d'une fertilité prodigieuse; on y recueille le plus beau coton de l'Amérique. C'est auj. un lieu de déportation.

CAYENNE, riv. de la Guyane française, coule pendant 65 kil. du S. O. au N. E., et tombe dans l'Océan Atlantique par 4° 56' lat. N., 54° 35' long. O.

CAYES (les), v. et port d'Haïti, à 155 kil. S. O. de Port-au-Prince, ch.-l. du dép. du Sud. Consulat français. On y comptait jadis de 12 à 15 000 hab.; auj. elle n'en a plus que la moitié. Environs marécageux. — Les Cayes-Jacmel sont dans le dép. de l'Ouest, à 18 kil. E. de Jacmel.

CAYET (P. Vict. PALMA), historien et controversiste, né en 1525 à Montrichard en Touraine, mort en 1610, étudia sous Ramus, embrassa comme lui le Calvinisme, devint ministre protestant, et s'attacha à Catherine de Bourbon, sœur de Henri IV. Il fut ramené au Catholicisme par le cardinal Duperron, abjura en 1595, se fit ordonner prêtre en 1600, et fut nommé professeur d'hébreu au collége de Navarre, à Paris. On a de lui, outre des œuvres de controverse, auj. oubliées, une histoire de la Navarre intitulée : Heptaméron de la Navarride, trad. de l'espagnol en vers français, Paris, 1602; Histoire prodigieuse du docteur Faust, trad. de l'allemand, 1603, ouvrage qui l'a fait accuser d'être adonné à la magie; Chronologie novennaire, histoire des guerres de Henri IV de 1589 à 1598, Paris, 1606; Chronologie septennaire (1598-1604), Paris, 1609. Ces deux derniers ouvrages, précieux pour l'histoire, ont été réimprimés dans les collections des Mémoires relatifs à l'hist. de France.

CAYEUX, v. et port du dép. de la Somme, à 30 k. O. d'Abbeville, sur la Manche; 2400 hab. Phare.

CAYLAR (le), ch.-l. de cant. (Hérault), à 15 kil. N. de Lodève; 650 hab. Ancienne baronnie.

CAYLUS, ch.-l. de cant. (Tarn-et-Gar.), à 41 k. N. E. de Montauban; 5424 hab. Anc. château fort.

CAYLUS (Marguerite DE VILLETTE, marquise de), née dans le Poitou en 1673, morte en 1729, était cousine de Mme de Maintenon. Elle épousa à 13 ans J. Anne de Tubières, marquis de Caylus, et se fit remarquer à la cour de Louis XIV par ses grâces et son esprit. Elle a laissé, sous le titre de Souvenirs de Mme de Caylus, d'intéressants mémoires sur son temps, qui furent publiés par Voltaire, Genève , 177Q. Ils ont été réimprimés en 1804 par Auger, et en 1860 par Asselineau.

CAYLUS (Phil., comte de), archéologue, fils de la préc., né à Paris en 1692, mort en 1765, suivit d'abord avec distinction la carrière militaire, puis quitta le service afin de se livrer tout entier à son goût pour les arts; accompagna l'ambassadeur de France à Constantinople; visita la Turquie, l'Asie-Mineure, et revint en 1717 avec de riches matériaux, qu'il légua en mourant au Cabinet du Roi. Il publia depuis cette époque d'importants ouvrages sur les arts et les antiquités, ce qui le fit recevoir à l'Académie de peinture en 1731, et à celle des inscriptions, en 1742. Il aida les artistes de ses conseils et de sa fortune, et fit lui-même d'utiles recherches sur les moyens employés par les anciens pour peindre à l'encaustique, sur la manière d'incorporer la peinture dans le marbre, etc. Il s'occupa aussi, soit comme amateur, soit comme artiste, de peinture et de gravure, mais le fit avec moins de succès. Ce fut en même temps un écrivain spirituel. On a de lui : Recueil d'antiquités égyptiennes, étrusques, grecques, gauloises, 7 vol. in-4,1752-67; Nouveaux sujets de peinture et de sculpture, 1755; Vies de Mignard, Lemoine, Bouchardon, Watteau; et des Œuvres badines (contes, féeries, etc.), recueillies en 1787, 12 vol. in-8. Caylus eut pour ami l'abbé Barthélémy, qui l'aida dans plusieurs de ses travaux.

CAYOR, État de Nigritie, le plus puissant des États Giolofs, s'étend le long de la côte de l'Océan Atlantique, depuis l'embouchure du Sénégal jusqu'au delà du cap Vert; env. 200 000 h. Le roi du pays prend le titre de Damel.

CAYRES, ch.-l. de c. (Hte-Loire), à 13 k. S. O. du Puy; 750 h. Sol granitique et volcanique.

CAYSTRE, Cayster ou Caystros, auj. Kitchek-Meinder, c.-à-d. Petit-Méandre, riv. de Lydie, naît près de Sébaste, et se jette dans la mer Égée près d’Éphèse. Elle est célèbre par les cygnes qu'on voyait jadis en grand nombre sur ses bords.

CAZALÈS (Jacques de), célèbre orateur, né en 1752 à Grenade (Hte-Garonne), d'un conseiller au parlement de Toulouse, mort en 1805, était en 1789 capitaine de dragons. Élu député de la noblesse aux États généraux en 1789, il se montra le défenseur ardent de la monarchie, déploya à la tribune de grands talents oratoires, et lutta souvent avec succès contre Mirabeau et Barnave. Il donna sa démission de député après l'arrestation de Louis XVI à Varennes, émigra et fit avec les princes de la maison de Bourbon la campagne de 1792. Il rentra en France en 1803. Ses Discours et opinions ont été recueillis en 1 v. in-8, Paris, 1821.

CAZALS, ch.-l. de cant. (Lot), à 27 k. N. O. de Cahors; 1000 h.

CAZAMANCE. V. CASAMANCE.

CAZAUBON, ch.-l. de c. (Gers), à 25 k. S. de Roquefort, sur la Douze; 2300 h. — V. CASAUBON.

CAZÈRES, Calagorris, ch.-l. de c. (H.-Garonne), sur la r. g. de la Garonne, à 38 k. S. O. de Muret; 2000 h. Chapelleries, tanneries, teintureries.

CAZES (P. Jacques), peintre, né à Paris en 1676, mort en 1754, fut reçu en 1704 à l'Acad. de peinture et devint directeur, puis chancelier de cette compagnie. Il traita surtout des sujets religieux: les églises de Notre-Dame, St-Gervais, St-Germain-des-Prés sont ornées de ses tableaux. Il se distingue par une composition grande, un dessin correct et gracieux, une couleur vraie et brillante.

CAZIN (Hubert), imprimeur et éditeur, né à Reims, a publié au XVIIIe s. une collection d'auteurs français dans le format petit in-12, format qui a gardé son nom. Ses éditions sont recherchées pour le soin et surtout pour l'élégance de la typographie.

CAZORLA, Castulo, v. d'Espagne, à 55 k. N. E. de Jaen; 7000 h. Elle est entourée d'une chaîne de montagnes qui portent le même nom.

CAZOTTE (J.), écrivain du XVIIIe siècle, né à Dijon en 1720, fut d'abord employé dans l'administration de la marine, et envoyé en 1747 à la Martinique comme contrôleur des îles du Vent. Il quitta d'assez bonne heure les affaires et se retira dans une campagne qu'il possédait à Pierry près d’Épernay, pour s'y livrer à ses goûts littéraires. A la fin de sa vie, il entra dans une secte d'illuminés, et se fit dès lors remarquer par une piété exaltée. Il prit parti contre la Révolution et fut arrêté après le 10 août 1792; il allait être égorgé aux funestes journées de septembre, lorsque sa fille, qui s'était enfermée avec lui dans sa prison, lui sauva les jours en le couvrant de son corps. Il sortit alors de prison; mais, repris quelques jours après, il périt sur l'échafaud (25 septembre); il supporta la mort avec un courage héroïque. La Harpe attribue à Cazotte une prédiction sur la Révolution qui est une pure fiction, inventée pour l'effet. Cazotte a composé, entre autres ouvrages, Olivier, poëme en prose, qui obtint un grand succès, 1763; le Diable amoureux, 1772; des Contes arabes, faisant suite aux Mille et une Nuits; des fables, des nouvelles, etc. Tous ces ouvrages montrent une imagination riche. Il écrivait en vers avec une étonnante facilité; on attribua même à Voltaire quelques-unes de ses productions. L'édition la plus complète de ses œuvres est celle de Bastien, publ. sous le titre d’Œuvres badines et morales, 4 vol. in-8, Paris, 1816.

CEA, riv. d'Espagne, prend sa source à 58 k. N.E. de Léon, coule au S., et tombe dans l'Esla à 7 k. N. E. de Benavente, après un cours de 125 k. — Elle donne son nom à une v. située sur ses bords, à 40 k. E. S. E. de Léon; 1200 h.

CEARA, prov. du Brésil, entre celles de Rio-Grande, Parahiba, Piauhy, Pernambouc et la mer; 440k. sur 400; 390 000 h.; ch.-l., Céara, dite aussi Fortalezza et N.-D.-de-l'Assomption; 12 000 h. On y cultive le maïs, l'ananas, le tabac, etc.

CEBENNA MONS, nom ancien des Cévennes.

CÉBÈS, philosophe de Thèbes, disciple de Socrate; il est un des interlocuteurs du Phédon de Platon. Cébès avait composé plusieurs traités : un seul nous est parvenu sous son nom; il est intitulé Pinax ou Tableau : l'auteur se suppose placé devant un tableau qui représente toutes les scènes de la vie humaine et il en donne la description. On attribue généralement cet écrit à un philosophe stoïcien du temps de Marc-Aurèle. Le Tableau de Cébès se trouve d'ordinaire à la suite d’Épictète. Il a été publié à part par Gronovius, Amsterdam, 1689; par J. Schweighæuser, Leipsick, 1798, et trad. en français par Gilles Boileau, 1653, par Camus, 1796, et par Thurot, 1826.

CECCO D'ASCOLI (Francesco STABILI, dit), auteur d'un poëme didactique italien intitulé l’Acerbo (d’acervus, tas, recueil), espèce d'encyclopédie où il traite de la physique et de l'astrologie, naquit à Ascoli vers 1257, et enseigna l'astrologie à Bologne (1322-25). Accusé d'avoir mal parlé de la religion, il fut brûlé par l'inquisition de Florence, en 1327. L’Acerbo a été imprimé pour la 1re fois à Venise en 1476, et a été plusieurs fois réimprimé depuis.

CÉCIL (William), baron de Burleigh, secrétaire d'État sous Édouard VI et Élisabeth, grand trésorier d'Angleterre, né en 1520 dans le comté de Lincoln, mort en 1598, fut élu deux fois membre du parlement, se fit remarquer par la fermeté et l'indépendance de ses opinions, fut nommé secrétaire d'État par Élisabeth en 1558, assembla un parlement où l'on traita d'un plan de réforme dans la religion, et eut la plus grande part à l'établissement des 39 articles qui forment la base de cette réforme. En 1588, il conclut un traité avantageux pour l'Angleterre, entre Élisabeth et les États de Hollande. Élisabeth, pour le récompenser de ses services, le créa baron de Burleigh. — Son fils, Robert Cécil, 1563-1612, ministre sous Élisabeth et Jacques I, fut envoyé auprès de Henri IV, roi de France, pour traiter de la paix avec l'Espagne. Il contribua beaucoup à la condamnation du comte d'Essex. Il fut comblé de faveurs par Jacques I, et fait comte de Salisbury.

CÉCILE (Ste), vierge et martyre, vivait en Sicile, selon Fortunat de Poitiers, et mourut pour la foi à Rome à une époque incertaine (176 ou 230). Les actes de son martyre n'ont rien d'authentique. Les musiciens ont choisi cette sainte pour leur patronne, parce qu'en chantant les louanges de Dieu elle s'accompagnait d'un instrument de musique. On la fête le 22 nov. Raphaël, le Dominiquin, Carlo Dolce, nous ont laissé d'admirables tableaux de Ste Cécile. Dryden a composé en son honneur une ode célèbre.

CÉCINA. V. CÆCINA.

CÉCROPS, fondateur d'Athènes, était originaire de Saïs en Égypte. Il aborda avec une colonie dans l'Attique vers 1643 av. J.-C., et fonda une partie des douze bourgades dont Athènes devint plus tard la capitale. Il établit le tribunal de l'aréopage, répandit le culte de Minerve et de Jupiter, enseigna aux habitants de l'Attique l'agriculture et le commerce, et introduisit parmi eux le mariage et les sépultures. Il mourut vers l'an 1594. D'autres le placent un siècle plus tard. Le nom de Cécropie a été donné en son honneur, tantôt à Athènes, tantôt à l'Attique. CÉCUBE, Cæcubus mons, coteau d'Italie, dans le Latium, entre Terracine et Gaète, produisait jadis des vins exquis. On le place près d’Itri actuel.

CÉDAR, v. de l'Arabie Déserte, voisine de la Palestine, doit son nom à Cédar, fils d'Ismaël, son fondateur. On nomme quelquefois dans la Bible Pays de Cédar toute l'Arabie Déserte.

CEDMON, poëte anglo-saxon du VIIe siècle, né dans la Northumbrie, mort en 680, a mis en vers anglo-saxons la Genèse et les plus beaux passages de la Bible. Ce qui reste de ses poésies, monument précieux de la langue saxonne, a été publié par Fr. Junius à Amsterdam, 1655, et à Londres par Benj. Thorpe, avec commentaires, 1832.

CÉDRÉNUS (George), moine grec du XIe siècle, est auteur d'une chronique qui s'étend depuis Adam jusqu'à Isaac Comnène (1057), et qu'on trouve dans la Byzantine. C'est une compilation sans critique.

CÉDRON, torrent de Judée, à l'E. de Jérusalem, qu'il séparait du mont des Oliviers, coulait dans une vallée profonde et tombait dans le lac Asphaltite.

CÉÉLATHA, 19e campement des Israélites dans le désert. C'est là que périrent Coré, Dathan et Abiron.

CEFALU, Cephalœdis, v. de Sicile, sur la côte N., à 62 k. E. S. E. de Palerme; 9000 hab. Évêché.

CEILLIER (dom Rémi), savant bénédictin, né en 1688 à Bar-le-Duc, m. en 1761 à l'abbaye de Flavigny, dont il était prieur, est auteur d'une Histoire générale des auteurs sacrés et ecclésiastiques, Paris, 1729-63, en 23 vol. in-4, ouvrage savant et précieux, qui rivalise avec celui de Dupin sur le même sujet, et qui contient des analyses étendues de chaque auteur. Un 24e vol., publié en 1782, contient les tables. Il a paru en 1858 chez Vivès une édit. compacte de tout l'ouvrage, en 8 vol. in-8.

CELANO, v. de l'Italie mérid. (Abruzze Ultérieure 2e), à 33 kil. S. E. d'Aquila; 4000 hab. — Au S. est le lac de Celano, Fucinus lacus, qui a 16 k. sur 22, et qui se décharge dans le Liris par un beau canal dit Canal émissaire. On a récemment entrepris de dessécher ce lac. V. FUCIN.

CÉLÈBES, île du Grand Océan Équinoxial, entre 117° et 123° long. E., 1° 30' lat. N. et 5° 50' lat. S. ; env. 800 kil. de long sur 240 kil. de large ; elle est découpée par de fortes échancrures qui la divisent en 4 grandes péninsules: env. 3 000 000 d'hab. Le sol est de la plus grande fertilité; il produit en abondance toutes les plantes tropicales et les épices. Une grande partie de l'île est couverte de forêts immenses, riches en bois précieux, mais qui servent de retraite à une foule d'animaux sauvages et féroces et de reptiles dangereux. Les naturels, que l'on croit d'origine malaise, ont le teint cuivré; ils pratiquent la polygamie ; ils ont embrassé le mahométisme depuis le XVIe siècle. — Célèbes fut découverte et occupée partiellement d'abord par les Portugais (1512); elle leur fut enlevée de 1660 à 1667, par les Hollandais, qui la possèdent auj. Leurs possessions se divisent 1° en possessions immédiates, dites gouvernement de Macassar, et contenant le district de Macassar et les résidences de Bonthain, Maros, Manado, la plus importante de toutes (elle relève immédiatement du gouverneur des Moluques); 2° en possessions médiates, comprenant la plus grande partie de l'île, et subdivisées en une foule de petits États protégés ou vassaux, dont les principaux sont : Boni, Ouajou, Louhou, Macassar, Mandhar, etc. — Célèbes donne son nom à un groupe d'îles dont les principales sont, après Célèbes, Sangir, Banca, Bouton, Xoulla, Salayer.

CELENDERIS, Kelendereh, v. de la Cilicie Trachéotide, sur la mer, entre les promontoires Anemurium et Sarpedonium, était, à ce qu'on croit, d'origine samienne. — Une autre Celenderis était en Argolide, à 17 kil. S. E. de Trézène.

CÉLÈNES, Celænæ, v. de Phrygie, jadis capit. de ce roy., sur le Marsyas et près du Méandre, était, selon la Fable, la résidence des rois de Phrygie et la patrie de Marsyas. Cette v. fut réduite sous Antiochus Soter et ses habitants transportés à Apamée.

CÉLÉNO, une des Harpies. V. HARPIES.

CÉLÈRES (du latin celer, prompt), corps de cavalerie d'élite, institué par Romulus pour lui servir de garde, se composait de 300 hommes (portés à 600 par Tarquin I). Ce fut le noyau de l'ordre équestre.

CÉLESTE (Empire), nom emphatique de l'empire chinois. — MONTS CÉLESTES. V. THIAN-CHAN.

CÉLESTIN I (S.), pape de 422 à 432, fit condamner les doctrines de Nestorius par le concile d'Éphèse en 430, envoya des missionnaires en Irlande et introduisit l'usage de chanter les psaumes de David. On a de lui des Lettres dans la Collection des Lettres des papes de Coustant. On le fête le 6 avril.

CÉLESTIN II, né à Citta di Castello (Toscane), ce qui l'avait fait nommer Gui du Chastel avant son exaltation, succéda à Innocent II en 1143, rétablit le calme dans Rome, troublée par Arnaud de Brescia, mais mourut dès l'année suivante.

CÉLESTIN III, romain, connu d'abord sous le nom de cardinal Hyacinthe, pape de 1191 à 1198, fut élu à 85 ans. Il sacra l'empereur Henri VI, avec l'impératrice Constance, ce qui ne l'empêcha pas d'excommunier ce prince en 1194, parce qu'il retenait prisonnier Richard au retour de la croisade. Il condamna le divorce de Philippe-Auguste, donna la Sicile à Frédéric, fils de Henri, à condition qu'il payerait tribut au St-Siége, fit prêcher des croisades, et encouragea de tout son pouvoir ces saintes entreprises. Il reste de lui 17 Lettres dans le recueil de Coustant.

CÉLESTIN IV, Geoffroy de Castiglione, élu en 1241, mourut 18 jours après son élection.

CÉLESTIN V (S.), nommé d'abord Pierre de Moron, né dans la Pouille, fut élu en 1294 à 79 ans. Il appartenait à l'ordre des Bénédictins et y avait introduit la réforme qui porte son nom (V. CÉLESTINS). Il vivait dans une cellule, livré aux plus dures austérités, lorsqu'on alla lui porter la tiare. Inexpérimenté dans les affaires de ce monde, il sentit bientôt lui-même son insuffisance, et abdiqua cinq mois après son élection. Boniface VIII, son successeur, le détint au château de Fumone en Campanie, où il mourut saintement deux ans après. Clément V le canonisa. On l'hon. le 19 mai.

CÉLESTIN, antipape, élu en 1124, ne garda le St-Siége que 24 heures, et le céda à Honorius II.

CÉLESTINS, ordre religieux fondé en 1254 par Pierre de Moron, depuis pape sous le nom de Célestin V, suivait avec de légères différences la règle de St-Benoît. Son premier monastère fut établi au mont Magelle, dans l'Abruzze. Les Célestins furent introduits en France par Philippe le Bel en 1300. Cet ordre a été supprimé en 1778, à cause de la corruption qui s'y était introduite. Leur principale maison à Paris était derrière l'Arsenal, sur le quai qui porte encore nom de Quai des Célestins.

CÉLESTIUS, hérésiarque, né dans la Campanie au IVe siècle, niait le péché originel et enseignait sur la liberté des doctrines semblables à celles que Pélage propagea depuis. Il fut condamné, avec Nestorius, par le concile d'Éphèse en 430.

CELÉSYRIE, Cœlesyria, c.-à-d. Syrie creuse, nom donné primitivement à la profonde vallée comprise entre le Liban et l'Antiliban et que traverse le Léonte; dans la suite, ce nom s'étendit aux parages voisins. En 112 av. J.-C., la Célésyrie forma, en faveur d'Antiochus le Cyzique, un État particulier qui avait pour ch.-l. Damas. La Célésyrie fait auj. partie des pachaliks de Tripoli et de Damas.

CELLÆ NIGRÆ. V. CASES NOIRES.

CELLAMARE (Ant. GIUDICE, duc de Giovenazzo, prince de), né à Naples en 1657, mort à Séville en 1733, fut nommé en 1715 ambassadeur d'Espagne à la cour de France. Instrument des projets hostiles d'Albéroni, il devint l’âme d'une conspiration formée à Paris en 1718 contre Philippe d'Orléans, régent du royaume, et dont le but était de transférer la régence de France au roi d'Espagne Philippe V. Mais ce dessein fut découvert, et le prince de Cellamare se vit obligé de quitter la France. On peut consulter sur cette conspiration les Mémoires de la Régence, Amst., 1749, et l’Histoire de la conspiration de Cellamare de Vatout, 1832.

CELLARIUS. Ce nom, qui n'est que le nom allemand Keller latinisé, a été porté par un assez grand nombre de savants allemands. Le plus célèbre est Christophorus Cellarius, philologue et érudit, né en 1638 à Smalkalde, mort en 1707. Il enseigna la philosophie et les langues orientales à Weissenfels, devint successivement recteur des colléges de Weimar, Zeitz, Mersebourg, et enfin professeur d'éloquence et d'histoire à Halle. Outre un grand nombre d'éditions d'auteurs latins, on lui doit : Orthographia latina; Antibarbarus, 1695; Breviarium antiquitatum romanarum; Notitia orbis antiqui, Leipsick, 1701, ouvrage important, mais qui a été surpassé depuis par les travaux de Delisle et de d'Anville. Il a été réimprimé en 1773, avec des additions de Schwartz. On en a publié un Appendix, qui contient 18 nouvelles cartes, Leipsick, 1776.

CELLES, ch.-l. de c. (Deux-Sèvres), à 9 kil. N. O. de Melle; 1100 h. — V. de Hanovre. V. ZELL.

CELLINI (Benvenuto), orfèvre et sculpteur florentin, né en 1500, mort dans sa patrie en 1571. Il signala sa bravoure, pendant le siége de Rome (1527), en défendant le château St-Ange, assiégé par le connétable de Bourbon, qu'il tua, dit-on, lui-même d'un coup d'arquebuse. François I l'attira en France, le fit travailler pour le château de Fontainebleau et le combla de bienfaits. Cellini exécuta en marbre plusieurs figures et en jeta quelques-unes en fonte. Parmi ces dernières on remarque un groupe de Persée qui coupe la tête de Méduse; et parmi les premières, un Christ pour la chapelle du palais Pitti. Mais il est surtout célèbre pour ses œuvres d'orfèvrerie et de ciselure, qui sont devenues fort rares et qui sont sans prix. On a de lui un Traité sur la sculpture et la manière de travailler l'or, Florence, 1568 (trad. en français par E. Piot, 1843), et de curieux Mémoires sur sa vie, qui ont été trad. en franç. par St-Marcel, 1822, et par M. Leclanché. 1846.

CELS (J. Martin), horticulteur, né à Versailles en 1743, mort en 1806, était receveur aux barrières de Paris. Ruiné à la Révolution par la suppression de son emploi, il forma un jardin botanique dans lequel il cultiva les plantes étrangères pour en faire le commerce, et contribua à répandre le goût des fleurs exotiques. Il fut nommé membre de la section d'agriculture de l'Institut dès sa création, et de la Société d'agriculture, et publia sur les diverses branches de cette science d'utiles instructions.

CELSE, A Cornélius Celsus, surnommé l'Hippocrate latin et le Cicéron de la médecine, né à Rome ou à Vérone, d'une famille distinguée, vécut dans le Ier siècle de notre ère. On ne sait rien sur sa vie; on croit qu'il exerça la médecine. Il avait embrassé toutes les sciences, et avait rédigé une sorte d'encyclopédie dans laquelle, au jugement de Quintilien (XII, c. II), il traitait avec un égal succès de l'agriculture, de l'art militaire et de la médecine. Il ne nous reste de lui qu'un traité de médecine, De re medica, en 8 livres, l'ouvrage le plus précieux en ce genre que nous aient légué les Romains : il n'est pas moins remarquable par le style que par le fond des choses. Celse a surtout suivi Hippocrate et Asclépiade; il paraît appartenir à la secte des Éclectiques. Son ouvrage a eu plus de 60 éditions. Les plus estimées sont celles de Léonard Targa, Padoue, 1769, avec de bonnes notes; réimprimée par Ruhnkenius, cum notis variorum, Leyde, 1785; et d'Ed. Milligan, Londres, 1826. Celse a été trad. en franç. par H. Ninnin, 1753, par Fouquier et Ratier, 1824, et par Des Étangs, 1846 (dans la collect. Nisard).

CELSE, philosopha épicurien, qui vivait au IIe s., sous Trajan et ses successeurs, avait composé, sous le titre de Discours véritable, un ouvrage où il attaquait le Christianisme naissant par les armes du raisonnement et par celles du ridicule, et qu'Origène crut devoir réfuter. Cet ouvrage était écrit en grec; il ne nous est pas parvenu, mais on en trouve des morceaux étendus dans la Réfutation qu'en a faite Origène. Ce philosophe était lié avec Lucien, qui lui dédia son Faux Prophète.

CELSIUS (Olaüs), botaniste, théologien et orientaliste suédois, membre de l'Académie de Stockholm, né en 1670, mort en 1756. Charles IX lui fit faire plusieurs voyages dans les principaux États de l'Europe, pour déterminer les diverses plantes citées dans la Bible. On a de lui 17 Dissertations, réunies sous le titre : Hierobotanicon, Upsal, 1745 et 1747, le Catalogue des plantes des env. d'Upsal, 1732 et 1740, et plusieurs Dissertations sur la théologie, l'histoire et les antiquités. Celsius fut le premier maître et le protecteur de Linné, qui en reconnaissance a donné à un genre de plantes le nom de Celsia. — Son neveu, André C., professeur d'astronomie à Upsal, né en 1701, mort en 1744, accompagna Maupertuis, Clairaut et Lemonnier dans leur voyage à Tornéo; il fit élever à ses frais un observatoire à Upsal. On a de lui : Dissertatio de novo methodo dimetiendi distantiam solis a terra, 1730; un Recueil de 316 observations d'aurores boréales, faites de 1716 à 1732; Observationes pro figura telluris determinanda in Gallia habitæ, 1738,: Celsius eut le premier l'idée de diviser le thermomètre en 100 degrés.

CELTES, Celtæ, grand peuple de la Gaule, qu'on croit issu de la race indo-germanique, et qui, à une époque fort reculée, semble s'être répandu, de l'E. à l'O., dans la partie centrale de l'Europe, et avoir laissé sur sa route diverses tribus, entre autres les Cimmériens dans la Tauride, les Cimbres dans le Jutland, et diverses peuplades de l'Illyrie ancienne, avant de se fixer en masses plus grandes dans la Gaule. Selon les uns, le nom de Celtes est synonyme de Gaulois et désigne tous les peuples habitant la Gaule; suivant l'opinion la plus commune, il désigne seulement la population indigène primitive avec laquelle les Kymris (V. ce mot) vinrent postérieurement partager le pays. De la Gaule, des bandes de Gallo-Celtes (Celtes et Galls réunis) émigrèrent en Germanie, où ils occupèrent la Bohême, puis la Bavière; en Italie, dont presque toute la partie sept. prit le nom de Gaule Cisalpine, et où ils laissèrent les Ligurs (Ligurie), les Isombra (Insubrie) et les Ombra (Ombrie); en Hispanie, où l'on trouve des Gaels purs, tels que les Callaïques (Galice et Portugal) et les Celtiques, et des Gaels mêlés aux indigènes, les Celtibères; dans la Grande-Bretagne, le pays de Galles, la Calédonie et l'Hibernie; quelques-uns pénétrèrent même en Grèce et en Asie-Mineure (Galates). On trouve des restes de la langue celtique dans le bas-breton et dans la langue gaélique parlée encore auj. dans le pays de Galles, en Irlande, en Écosse.

CELTÈS (Conrad PICKEL, dit), poëte latin allemand, né en 1459 près de Wurtzbourg, mort en 1508, parcourut pour s'instruire l'Allemagne et l'Italie, reçut à son retour la couronne poétique des mains de l'empereur Frédéric III (1491), et fut nommé par Maximilien I professeur d'éloquence à l'Université de Vienne et bibliothécaire. Celtès fonda la plus anc. société littéraire de l'Allemagne, Societas Rhenana, à Heidelberg, contribua puissamment à répandre dans son pays le goût des lettres, découvrit les Fables de Phèdre et la Table de Peutinger, et laissa de nombreux écrits parmi lesquels on remarque: Ars versificandi, Nuremberg, 1487; Amorum lib. IV (où règne une licence excessive), Nuremb., 1502; Odarum lib. IV, Strasb., 1513. On lui doit aussi la publication des œuvres de Hroswita.

CELTIBÈRES, Celtiberi, peuple de l'Hispanie (Tarraconaise), à l'E. des Carpetani, à l'O., des Edetani, occupait les sources de l’Anas (Guadiana) et du Tage et tous les lieux environnants. Bilbilis, Numance, Segobriga, étaient leurs places principales. Ils étaient, comme l'indique leur nom, de race mixte et composés de Celtes et d'Ibères. Soumise par les Carthaginois, puis par les Romains, après une lutte opiniâtre, la Celtibérie fut comprise dans la Tarraconaise.

CELTIQUE, Celtica. Ce nom, donné d'abord vaguement à tout le pays habité par les Celtes, c.-à-d. à toute la Gaule Transalpine, désigna, au temps de César, la Gaule proprement dite, comprise entre le Rhône, la Garonne, l'Océan, la Seine, la Marne et la partie inférieure du Rhin. Au temps d'Auguste, on donna le nom de Gaule Celtique à l'ensemble des quatre Lyonnaises. Pour les divisions de la Celtique, V. GAULE et LYONNAISE.

CELTIQUES, Celtici, peuple de l'Hispanie occid. (Lusitanie), celte d'origine, entre l'emb. du Tagus (Tage) et une partie du cours inférieur de l’Anas (Guadiana). Leur pays répond à peu près à l'Alentéjo, plus une portion de l'Estramadure et de l'Andalousie. On y trouvait Ebora et Pax Julia (Béja).

CÉLY, vge du dép. de Seine-et-Marne, à 13 kil. S. O. de Melun; 520 hab. Aux env., château bâti par Jacques Cœur en 1400.

CENCHRÉES, Cenchreæ, v. du Péloponèse, sur le golfe Saronique, était un des 2 ports de Corinthe.

CENCI, famille romaine célèbre par ses richesses, ses crimes et ses malheurs, se prétendait issue du consul Crescence : un de ses membres, fils d'un préfet de Rome, et préfet lui-même, suscita en 1075 une émeute contre le pape Grégoire VII et le retint captif.

Le personnage le plus fameux de cette famille est Francesco Cenci, qui vivait à la fin du XVIe siècle. Ses mœurs étaient fort corrompues; il fut accusé plusieurs fois d'un vice infâme, et acheta ses juges à prix d'or. Il avait quatre fils et une fille, Béatrix Cenci; il les maltraitait cruellement ou les faisait servir à ses plaisirs brutaux; on l'accuse même d'avoir fait assassiner les deux aînés. Révoltée de tant d'horreurs, Béatrix, sa fille, de concert avec deux de ses frères et Lucrèce, leur mère, fit assassiner Francesco Cenci. Accusés de parricide, ils périrent tous quatre sur l'échafaud par la sentence de Clément VIII (1605). Ce triste événement fit une impression profonde sur le peuple de Rome, et pendant plusieurs siècles le nom de Béatrix Cenci s'est conservé dans les chants populaires. Il a aussi été mis plusieurs fois sur la scène. Le supplice de la Cenci a été reproduit par plusieurs peintres, notamment par Paul Delaroche. On voit auj. à Rome, dans le palais Colonna, son portrait par Guido Reni.

CENDRES (MERCREDI DES), le lendemain du Mardi gras, est le 1er jour du Carême. Chez les premiers Chrétiens, ce jour était celui où se faisaient les pénitences publiques; les pénitents se présentaient en signe d'affliction la tête couverte de cendres. Auj., il n'y a plus de semblables pénitences, mais les fidèles se rendent à l'église, où le prêtre leur fait une croix sur le front avec de la cendre, en prononçant ce verset de la Genèse (III, 19): Memento homo quia pulvis es, et in pulverem reverteris. « Homme souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière. » Cette cérémonie fut instituée par Grégoire I.

CÈNE (du latin cœna, souper). Ce nom a été donné spécialement au dernier souper que J.-C. fit avec ses apôtres rassemblés la veille de sa mort : après y avoir mangé la Pâque avec eux, il institua l'Eucharistie en disant : Ceci est mon corps, ceci est mon sang. L'Église en célèbre la mémoire le jeudi saint. Comme, après la Cène, J.-C. lava les pieds aux 12 apôtres, il est d'usage dans chaque église de laver les pieds ce jour-là à 12 pauvres. Nos rois anciennement accomplissaient eux-mêmes cette touchante cérémonie. — Léonard de Vinci et le Poussin ont représenté la Cène dans d'admirables tableaux. Ils ont tous deux choisi le moment où Jésus déclare à ses apôtres qu'un d'entre eux le trahira.

CENEDA, Ceneta, v. forte de Vénétie, à 58 k. N. de Venise; 5000 hab. Évêché. Sources sulfureuses.

CENEROTH, v. de Judée (tribu de Nephtali), donna son nom au lac qui est plus connu sous les noms de lac de Genesareth ou de Tibériade.

CENIS (mont), Cenisius mons, montagne des Alpes, entre la Savoie et le Piémont, à 50 kil. E. de St-Jean de Maurienne, à 17 kil. N. O. de Suse, forme le nœud des Alpes Cottiennes et des Alpes grecques. Ses cimes les plus hautes atteignent 3500m. Le mont Cenis est un des passages des Alpes les plus fréquentés : ce passage jusqu'en 1802 ne s'effectuait qu'à dos de mulet; Napoléon I y a fait construire une superbe route qui mène de Lans-le-Bourg à Suse. Il a aussi considérablement augmenté l'hospice du mont Cenis, fondé jadis par Louis le Débonnaire. Un tunnel de 12 500m a été percé (1860-71) tout près du mont Cenis pour le passage d'un chemin de fer.

CÉNOBITE (de cœnos, commun, et bios, vie), religieux qui, tout en occupant des cellules isolées, se réunissent pour certains exercices communs. On les nomme ainsi par opposition aux anachorètes, qui vivaient entièrement séparés les uns des autres. S. Pacôme est considéré comme l'instituteur de la vie cénobitique.

CÉNOMANS, Cenomani, peuple de la. Gaule, dans la 3e Lyonnaise, faisait partie de la confédération des Aulerques et occupait le pays qui forma plus tard le Maine oriental. Il avait pour capit. Suindinum ou Cenomani (auj. Le Mans). — Vers le VIe s. av. J.-C., la plus grande partie des Cénomans fit une invasion en Italie, où ils déplacèrent les Euganei, et s'établirent au N. du Pô, entre l'Adige et l'Adda, dans le territoire de Mantoue, de Crémone et de Brescia.

CENSEURS, magistrats romains dont les fonctions ne consistèrent d'abord qu'à faire le cens ou le dénombrement des citoyens, à évaluer leur fortune et à administrer la fortune publique; mais dont le pouvoir acquit dans la suite une plus grande importance : ils furent chargés de surveiller les mœurs, d'infliger des notes de flétrissure aux chevaliers et aux sénateurs, et même d'exclure ces derniers des assemblées du sénat. Les premiers censeurs furent créés l'an 444 av. J.-C.; il y en avait deux, et leurs fonctions devaient durer 5 ans; mais bientôt, dans la crainte qu'ils n'abusassent de leur autorité, on en limita la durée à un an et demi. Cette magistrature fut d'abord réservée aux patriciens; elle devint accessible aux plébéiens l'an 339 av. J.-C., en vertu d'une loi proposée par Publilius Philo. La censure, temporairement supprimée par Sylla, fut abolie sous Auguste; toutefois les empereurs en exercèrent eux-mêmes les fonctions jusqu'à Vespasien. Après la mort de ce prince on voit disparaître toute trace de cette magistrature. L'empereur Dèce voulut la rétablir, mais cette tentative n'eut pas de suite. Parmi ceux qui se distinguèrent dans cette magistrature, on connaît surtout Caton surnommé le Censeur.

CENSORINUS, grammairien latin du IIIe siècle, vivait sous Alexandre-Sévère et ses successeurs. De ses divers ouvrages, il ne nous reste qu'un traité De die natali, qu'il composa à l'occasion de l'anniversaire de la naissance d'un de ses amis. Ce livre traite de la naissance et de la vie de l'homme, des jours, des mois, des années, des rites religieux; il est fort précieux pour les usages de l'antiquité. Les meilleures éditions sont celles d'Havercamp, Leyde, 1743, avec d'amples commentaires, et de Gruber, Nuremberg, 1805. Il a été trad. par J. Mangeart, 1843 (dans la Biblioth. lat. franç. de Panckoucke).

CENSORINUS (App. Claud.), prit la pourpre sous Claude II en 269, et fut tué sept jours après par ses propres soldats à cause de sa rigueur extrême.

CENT ANS (Guerre de). On donne ce nom à cette longue et sanglante rivalité qui divisa la France et l'Angleterre pendant plus d'un siècle, de 1337 à 1453, sous les règnes de Philippe VI, de Valois, de Jean II, de Charles V, de Charles VI et de Charles VII en France; d’Édouard III, de Richard II, de Henri IV, de Henri V et de Henri VI en Angleterre. V. FRANCE (partie historique), et GALLES (prince de), BEDFORD, DUNOIS, JEANNE D'ARC; CRÉCY, POITIERS, etc.

CENTAURES, monstres demi-hommes et demi-chevaux, nés, suivant l'opinion commune, d'Ixion et d'une Nue que Jupiter avait substituée à Junon (V. IXION). Ils habitaient en Thessalie aux environs des monts Ossa et Pélion. Ayant voulu, aux noces du Lapithe Pirithoüs avec Hippodamie, enlever cette princesse, ils furent repoussés et battus par les Lapithes, qui les forcèrent à quitter le pays et à se disperser; Hercule et Thésée eurent aussi à les combattre. Les Centaures les plus célèbres sont : Nessus, Chiron, Eurytus, Amycus, Pholus.

CENT-JOURS. On appela ainsi sous la Restauration la dernière période du règne de Napoléon, qui commença le 20 mars 1815, date de l'arrivée de l'Empereur aux Tuileries, et finit le 28 juin de la même année, date de la 2e restauration des Bourbons. Cet intervalle fut marqué par l'Acte additionnel aux constitutions de l'Empire (22 avril), la coalition étrangère, le champ de mai (1er juin) et la bat. de Waterloo (18 juin), à la suite de laquelle Napoléon abdiqua pour la 2e fois.

CENTLIVRE (Suzanne FREEMAN, mistriss), femme célèbre par ses aventures et son talent dramatique, née en 1667 dans le Lincolnshire, morte en 1723, resta orpheline à 12 ans; se vit forcée, par les mauvais traitements, à fuir de la maison où elle était élevée; passa quelque temps à l'université de Cambridge, sous des habits d'homme, en compagnie d'un jeune étudiant, devint deux fois veuve en 4 ans, se fit alors auteur pour vivre, puis monta sur la scène. Elle n'eut pas un grand succès comme actrice, mais sa beauté fut remarquée de Centlivre, maître d'hôtel de la reine Anne, qui l'épousa (1706) et la mit en relation avec plusieurs hommes de lettres, Steele, Rowe, Farquhar, etc. On a d'elle plusieurs comédies dont quelques unes eurent de la vogue; les meilleures sont : The Busy-Body (l'Homme affairé); A bold stroke for a wife (Un coup hardi pour une femme), et The Wonder (la Merveille), jouée en 1714.

CENTORBI, Centuripa, v. de Sicile (Catane), à 28 k. N. O. de Catane; 3000 h. Ruines antiques.

CENTRE (canal du), dans le dép. de Saône-et-Loire, unit la Loire à la Saône en passant par Paray, Palinges, St-Léger, Chagny. Il débouche dans la Loire à Digoin et dans la Saône à Châlon; le bief de partage est à Montchanain. Sa longueur totale est de 125 k. Projeté par François I, il ne put être exécuté que sous Louis XVI (1784-93). On l'appela d'abord canal du Charolais, de l'anc. nom du pays qu'il traverse.

CENTRONES et mieux CEUTRONES, peuple de la Gaule Cisalpine (Alpes Grecques), eut pour ch.-l. Forum Claudii ou Ceutrones (Centron), puis Darantasia (Moutiers). Leur pays répond à la Tarantaise.

CENT-SUISSES, compagnie d'élite, recrutée en Suisse, était affectée à la garde du roi. Supprimés en 1830. Leur institution remonte à Louis XI.

CENTULE (abbaye de). V. SAINT-RIQUIER.

CENTUMCELLÆ, v. du Latium, auj. Civita-Vecchia.

CENTUMVIRS, magistrats subordonnés au préteur urbain, étaient chargés de rendre la justice dans Rome conjointement avec le préteur. Ils furent institués en 233 av. J.-C. Ils étaient originairement au nombre de 105; ils furent portés sous Trajan à 180. On les divisa alors en 4 conseils ou tribunaux que l'on réunissait dans les causes importantes.

CENTURIE, compagnie de 100 hommes d'armes, formant le 6e de la cohorte et le 60e de la légion. Servais Tullius transporta cette division militaire dans l'organisation civile, et distribua le peuple romain en 6 classes, qu'il subdivisa ensuite en centuries. La 1re classe, composée des citoyens qui possédaient plus de 100 000 as, contenait 98 centuries; les 3 suivantes, dont les membres avaient 75 000, 50 000 ou 25 000 as, formaient chacun 20 centuries; la 5e, où l'on était admis avec 10 000 as, avait 30 centuries; la 6e enfin, composée de tous les prolétaires, ne formait, malgré leur nombre, qu'une seule centurie. Il y avait donc dans les 6 classes 189 centuries, auxquelles il faut joindre quelques centuries supplémentaires composées d'ouvriers, ce qui portait le nombre total à 193. Quand on votait par centuries, l'accord des membres de la 1re classe, c.-à-d. des plus riches, entraînait nécessairement la majorité.

CENTURIES DE MAGDEBOURG. V. MAGDEBOURG.

CENTURION, officier romain qui commandait une centurie. Il y en avait 60 dans chaque légion. Celui de la 1re centurie, qui était le premier après les tribuns, s'appelait primipilaire. Les centurions avaient pour marque de leur dignité un cep de vigne.

CENTURIPA, auj. Centorbi, v. de Sicile, au S. O. de l'Etna, l'une des villes qu'avait pillées Verres.

CÉOS, auj. Zéa, une. des Cyclades, au S- E. du cap Sunium en Attique; ch.-l., Iulis. Elle était fertile et peuplée. Patrie de Simonide et de Bacchylide. — Elle forme, dans le nouv. roy. de Grèce, une éparchie du nome des Cyclades.

CÉPHALAS (CONSTANTIN). V. CONSTANTIN.

CÉPHALE, prince thessalien, époux de Procris, princesse athénienne, était d'une beauté remarquable. Il inspira une vive passion à l'Aurore; celle-ci, pour le détacher de Procris, l'engagea à éprouver la fidélité de son épouse. Dans ce but, il s'introduisit près d'elle, caché sous un déguisement : ayant réussi à la séduire, il la chassa de sa présence. Cependant il se réconcilia bientôt avec elle. Dans la suite Céphale, étant à la chasse, perça involontairement d'un javelot sa chère Procris; désespéré de cette mort, il se tua avec le même javelot. Selon une autre version, il fut exilé pour ce meurtre et se retira dans l'île qui prit de lui le nom de Céphalonie.

CÉPHALÉNIE, Cephalenia, auj. Céphalonie.

CEPHALOEDIS, v. de Sicile, auj. Cefalu.

CÉPHALONIE, Cephalenia des anciens, connue aussi sous les noms d’Épire Noire, Melæna, la plus grande des îles Ioniennes, à l'O. d'Ithaque et à l'entrée du golfe de Lépante; 80 kil. sur 50 ; 70 000 h. ; ch.-l., Argostoli (autrefois la ville principale était Samé). Évêché catholique (avec Zante). Beau climat, sol fertile, mais mal cultivé. Beaucoup de raisin dit de Corinthe, vin muscat. — Après avoir appartenu à Ulysse, aux Thébains, aux Athéniens (pendant la guerre du Péloponèse), aux Macédoniens, aux Étoliens, cette île fut soumise par les Romains l'an 189 av. J.-C. Elle appartint longtemps à l'empire d'Orient, fut conquise en 1146 par les Normands, qui l'érigèrent en comté; puis, en 1483, par les Vénitiens, qui la comprirent dans le duché de Corfou. En 1797, elle passa sous la domination de la France avec les autres îles Ioniennes (V. ce mot) ; auj. elle fait partie de la République des îles Ioniennes placées depuis 1815 sous la protection de l'Angleterre.

CÉPHÉE, roi d’Éthiopie, fils de Phénix, époux de Cassiopée et père d'Andromède, eut part à la conquête de la Toison d'or, et fut mis après sa mort au rang des constellations.

CÉPHISE, Cephisus, nom commun à deux riv. de la Grèce anc. : l'une, auj. Mavronero, descendait de l'Œta, arrosait la Phocide et la Béotie, et se jetait dans le lac Copaïs; l'autre, Képhissos, en Attique, descendait du mont Parnès, passait au pied d'Athènes, traversait les murs du Pirée, et tombait dans le golfe Saronique au port de Phalère.

CÉPHISODOTE ou CÉPHISODORE, sculpteur grec, fils de Praxitèle, et frère de la 1re femme de Phocion, florissait 360 ans. av. J.-C. Il fit les statues des courtisanes Anyte et Myro, et plusieurs autres beaux morceaux de sculpture, cités par Pline et par Pausanias. — Orateur athénien, fut un des dix ambassadeurs qu'Athènes envoya à Sparte l'an 368 av. J.-C. Il dirigea, avec une flotte de dix vaisseaux, une expédition dans la Chersonèse : mais ayant conclu un traité qui déplut à ses compatriotes, il fut destitué, mis en jugement, et peu s'en fallut qu'il ne subît la peine capitale.

CÉPION (Q. Servilius). V. SERVILIUS.

CÉPION, historien. V. CIPPICO (Coriolan).

CÉRAM, une des îles Moluques, entre Amboine et la Terre des Papous; 330 kil. sur 65. Montagnes de 2 et 3000m; bois de construction. L'île est gouvernée par plusieurs petits radjahs, vassaux des Hollandais. Les habitants sont adonnés à la piraterie.

CÉRAMIQUE (le), terrain en partie enclavé dans Athènes, était primitivement plein d'établissements de potiers et de tuileries, d'où son nom (Kéramos, tuile). Il s'y éleva ensuite beaucoup de temples, de portiques, de théâtres; ce qui en fit un des plus beaux quartiers d'Athènes. Dans la partie du Céramique qui s'étendait en dehors des murs se trouvaient les jardins d'Académus. V. ACADÉMIE.

CÉRAMIQUE (golfe), auj. golfe de Stanco, dans la mer Égée, sur la côte de Carie, en face de Cos, ainsi nommé d'une ville de Cérame, située sur sa côte S.

CÉRASONTE, Cerasus, puis Pharnacia, auj. Kérésoun ou Kérassonda, v. du Pont, sur le golfe Cotyoræus, à l'O. de Tripolis. C'est de là que Lucullus, après la guerre de Mithridate, rapporta les premiers cerisiers (en latin cerasi). Priseparles Turcs en 1462.

CERBÈRE, chien à trois têtes, était chargé de la garde des Enfers, et veillait jour et nuit. Orphée l'endormit en allant chercher Eurydice, Hercule sut le contenir quand il descendit aux Enfers, Énée mit en défaut sa vigilance avec le gâteau que lui avait donné Déiphobe; mais il dévora Pirithoüs qui venait pour enlever Proserpine.

CERCLES d'ALLEMAGNE. On donnait ce nom à des divisions de l'empire germanique qui ont plusieurs fois varié. En 1387, l'empereur Wenceslas partagea pour la première fois l'Allemagne en quatre grands cercles, comprenant : le Ier, la Haute et Basse-Saxe ; le 2e la prov. Rhénane; le 3e, l'Autriche, la Bavière et la Souabe; le 4e la Thuringe et la Franconie. En 1438, l'emp. Albert II établit six cercles, qui étaient sous le gouvernement de l'électeur de Brandebourg, de l'archevêque de Saltzbourg, du comte de Wurtemberg, de l'évêque de Mayence, de l'électeur de Cologne et de l'électeur de Saxe. Enfin en 1512, sous Maximilien I, tout l'empire fut partagé définitivement en dix cercles, savoir : ceux d'Autriche, de Bavière, de Souabe, de Franconie, de Haute et Basse-Saxe, de Westphalie, de Haut- et Bas-Rhin et de Bourgogne. — Chaque cercle était gouverné par un directeur, président d'une assemblée circulaire, et par des princes convoquants. Cette division a subsisté jusqu'au commencement du XIXe siècle; elle a disparu lors de la formation de la Confédération du Rhin, en 1806.

CERCOPES (c.-à-d. singes à queue). Les anciens donnaient ce nom : 1° aux habitants de l'île de Pithécuse, près de la Sicile, que Jupiter métamorphosa, dit-on, en singes, pour les punir de l'avoir raillé; 2° à une peuplade fabuleuse de l'Asie-Mineure qui vivait près d'Éphèse. Hercule les vainquit et les conduisit enchaînés aux pieds d'Omphale.

CERCYON, brigand fameux, dominait à Éleusis, d'où il ravageait l'Attique. Doué d'une force extraordinaire, il courbait les plus gros arbres, en rapprochait la cime, et attachait aux 2 bouts ceux qu'il avait terrassés, afin que les arbres, en se relevant, déchirassent ses victimes. Thésée le punit du même supplice.

CERDAGNE, Cardania, Ceretania, anc. pays situé sur l'un et l'autre versant des Pyrénées. La partie française était comprise dans le Roussillon (Pyrénées-Orient.), et avait pour ch.-l. Mont-Louis; la partie espagnole était dans la Catalogne, et avait pour ch.-l. Puycerda. La Cerdagne eut des comtes particuliers du IXe au XIIe s. et fut ensuite réunie au comté de Barcelone. La Cerdagne française n'appartient à la France que depuis 1659.

CERDIC, roi saxon, envahit la Grande-Bretagne dans la 1re année du VIe siècle et, après de longues guerres contre Arthur et Aurelius Ambrosius, y fonda en 516 le royaume de Wessex. A sa mort (534), il possédait l'île de Wight et les provinces actuelles de Hamp, Dorset, Wilts et Berks.

CERDON, gnostique syrien du IIe siècle, admettait deux principes indépendants, rejetait la plus grande partie des Écritures, et soutenait que J.-C. n'avait qu'un corps fantastique. Il eut Marcion pour disciple. Le pape Hygin l'excommunia.

CÉRÉALIS (Petilius), général romain, parent de Vespasien, fut chargé par cet empereur de marcher contre Civilis et Classicus, chefs des Gaulois et des Bataves révoltés, les battit (71), et brûla leur camp. Nommé ensuite gouverneur de la Bretagne, il réduisit aussi les Bretons. Dans cette dernière campagne, il eut Agricola sous ses ordres.

CÉRÈS, déesse des blés et des moissons, fille de Saturne et de Rhée ou Cybèle, enseigna l'agriculture aux hommes. Cette déesse avait eu de Jupiter une fille, Proserpine, qui lui fut enlevée par Pluton; elle parcourut toute la terre pour la chercher. Après maintes aventures merveilleuses, elle apprit enfin de la nymphe Aréthuse le sort de sa fille (V. PROSERPINE). Cérès était surtout honorée en Sicile et dans l'Attique. On institua en son honneur à Éleusis des mystères ou fêtes mystérieuses devenues célèbres (V. ÉLEUSIS). On la représente sur un char attelé de dragons, couronnée d'épis et une faucille à la main.

CÉRESTE, Citharista, bourg des Bouches-du-Rhône, à 32 k. S. E. de Marseille et à 5 k. de La Ciotat; 700 h. Remparts. — Bourg des B.-Alpes, à 22 k. E. S. E. de Forcalquier; 1200 h. Restes d'une tour antique. Anc. seigneurie de la maison de Brancas.

CÉRET, Ceretum, ch.-l. d'arr. (Pyr.-Orient.), sur la r. dr. du Tech, à 31 k. S. O. de Perpignan; 3100 h. Pont hardi, d'une seule arche, murailles flanquées de tours. Trib., collége. Huile, liége. Les plénipotentiaires de France et d'Espagne se réunirent en 1660 à Céret pour fixer les limites des deux pays. Les Français y battirent les Espagnols en 1794.

CERETANI, peuple d'Hispanie (Tarraconaise), entre les Indigetes et les Jaccetani, au pied des Pyrénées, occupaient le pays appelé depuis la Cerdagne.

CÉRIGNOLE, v. du roy. de Naples (Capitanate), à 37 k. S. E. de Foggia. Évêché. Gonzalve de Cordoue y battit en 1503 le duc de Nemours, qui y fut tué : cette défaite fit perdre à Louis XII toutes ses possessions dans le roy. de Naples.

CÉRIGO, l'anc. Cythère, une des îles Ioniennes, au S. de la Morée; 28 kil. sur 13; 28 000 hab., très-pauvres; ch.-l., Cérigo, sur la côte O. ; 1200 hab. L'île est montagneuse, aride; elle nourrit beaucoup de chèvres. Ruines nombreuses, entre autres celles d'un magnifique temple de Vénus. Les Vénitiens s'emparèrent de Cérigo au XVe siècle; depuis elle a suivi le sort des autres lies Ioniennes. V. CYTHÈRE.

CERIGOTTO, Ægilia, la plus mérid. des îles Ioniennes, à 30 kil. S. E. de Cérigo, dont elle suivit le sort; 300 hab. Souvent pillée par les pirates.

CERILLY, ch.-l. de c. (Allier), à 40 kil. N. E. de Montluçon; 2450 hab. Papeteries.

CÉRINTHE, gnostique juif du Ier siècle, disciple de Simon le Magicien, vivait à Jérusalem au temps des apôtres. Il reconnaissait J.-C. pour le Messie et il ne contestait pas ses miracles, mais il niait sa divinité, ce qui le fit chasser de l'Église. C'est pour le réfuter que S. Jean écrivit son Évangile.

CERISAY, ch.-l. de c. (Deux-Sèvres), à 15 k. O. de Bressuire; 1000 hab.

CERISIERS, ch.-l. de c. (Yonne), à 20 kil. N. de Joigny; 1200 hab.

CERISOLES, en ital. Ceresole, v. des États sardes (Turin), à 7 k. E. de Carmagnole; 1750 h. Franç. d'Enghien y battit en 1544 le marquis du Guast et les Impériaux, qui y perdirent 15 000 hommes. La prise de Carignan fut le résultat de cette victoire.

CERISY ou CERISY-LA-SALLE, ch.-l. de cant. ( Manche), sur la Soulle, à 11 kil. E. de Coutances; 2400 hab. Calicots, coutils.

CERNAY, v. d'Alsace-Lorraine, sur la Thann et sur le chemin de fer de Thann à Mulhouse, à 3 kil. N. O. de Mulhouse; 3500 hab. Filatures, blanchisseries, draps, calicots; fonderies.

CERNÉ, île décrite par le navigateur Hannon et que les anciens plaçaient à l'extrémité occid. du monde. Les savants modernes ont voulu la reconnaître, les uns dans l'île d’Arguin, sur la côte de Nigritie, les autres dans celle de Gorée ou de Madère.

CERRETANI. V. CERETANI.

CERRETO, Cernetum, v. du roy. d'Italie (Terre de Labour), à 31 kil. N. E. de Caserte; 5000 hab. Évêché (avec Alife). Désolée en 1656 par la peste, et en 1688 par un tremblement de terre.

CERRO-GORDO, défilé du Mexique, situé près de Pérote, sur la route de la Vera-Cruz à Mexico. Le général Américain Scott y battit le 18 avril 1847 les Mexicains commandés par Santa-Anna.

CERTALDO, bourg de Toscane; à 15 kil. S. O. de Florence, sur l'Elza, passe à tort pour la patrie de Boccace, mais fut habité par ce;t écrivain, dont on montre encore la chambre.

CERTOSA, c.-à-d. Chartreuse. On connaît surtout en Italie la Certosa di Firenze, sur le mont Acuto, à 4 k. S. de Florence, ornée de tableaux d'Orgagna; la C. di Pisa, à 9 kil. E. de Pise, et la C. di Pavia, près de Pavie, dont le monastère, bâti en 1396, fut supprimé au dernier siècle par l'emp. Joseph II.

CERULARIUS (Michel), patriarche de Constantinople en 1043, ferma les églises latines en 1054 et consomma ainsi le schisme d'Orient, commencé par Photius. Léon IX l'excommunia,

CÉRUTTI (Jos. Ant. Joachim), jésuite, né à Turin en 1738, mort en 1792, vint se fixer en France et professa avec distinction à Lyon. Il avait rédigé en 1762 une Apologie des Jésuites, mais quand la Société eut été proscrite, il renia les principes qu'on lui attribuait. Il embrassa en 1789 les idées nouvelles, se lia étroitement avec Mirabeau, prononça son oraison funèbre et fut appelé à l'Assemblée législative en 1791. On a de Cérutti, outre plusieurs écrits de circonstance, des apologues et un recueil de pièces diverses en prose et envers, parmi lesquelles on remarque un petit poëme sur les Échecs. On a réuni et publié ses œuvres en 1793. Il était un des rédacteurs de la Feuille villageoise, destinée à l'éducation politique des campagnes.

CERVANTÈS SAAVEDRA (Michel de), le premier écrivain de l'Espagne, né en 1547 à Alcala de Hénarès (Nouv.-Castille), d'une famille noble, mais pauvre, servit d'abord en Italie, prit une part glorieuse à la bat. de Lépante (1571), et y reçut une blessure au bras gauche dont il fut estropié pour toute sa vie ; fut pris par les corsaires en retournant en Espagne (1575) et resta 5 ans esclave à Alger. Racheté par les Pères de la Trinité, il rentra dans sa patrie, s'y maria (1584), et vécut tantôt à Tolède, tantôt à Séville et à Madrid, n'ayant guère d'autre moyen d'existence que sa plume et méconnu de ses compatriotes. Il mourut a Madrid en 1616, accablé d'infirmités et de misère. Cervantes est auj. connu de tous par son roman de Don Quichotte de la Manche (publié à Madrid en deux parties, 1602 et 1615) : il y raille de la manière la plus plaisante le goût des aventures romanesques et chevaleresques qui dominait de son temps. On a aussi de lui Galatée, roman pastoral, 1584; des Nouvelles morales, publ. enl613, et qui l'ont fait surnommer le Boccace espagnol; Persilès et Sigismonde, histoire septentrionale, 1617 ; et quelques pièces de théâtre, qui sont peu estimées. On a donné à Madrid en 1805 une collection de ses œuvres, 16 vol. in-8. Le Don Quichotte a été souvent imprimé : Charles III en fit faire une édition magnifique en 1780, Madrid, 4 vol. in-4; Clémencin en a donné une excellente édition avec commentaire, Madrid, 1833-35, 6 vol. in-4. Il a été plusieurs fois traduit en français : par César Oudin, dès 1616; par Rosset, 1618; Filleau de St-Martin, 1677 ; B. Dubournial, 1808; De l'Aulnaye, 1821 ; Bretonne, 1836; L. Viardot, 1836-38; Damas-Hinard, 1847; Furne, 1858, etc. B. Dubournial a trad. en outre Persilès et Sigismonde, 1809 ; Viardot et Romey, les Nouvelles (1858); Alph. Royer le Théâtre, 1862, Guardia le Voyage au Parnasse, 1864. Florian a imité à sa manière Don Quichotte et Galatée.

CERVARO. Cerbalus, riv. du roy. d'Italie (Capitanate), naît près de Monteleone, passe à Bovino et tombe dans le golfe de Manfredonia après un cours de 90 kil.

CERVERA, v. d'Espagne, à 40 kil. E. de Lérida; 5200 hab. Elle eut une université de 1717 à 1841.

CERVETERI, Agylla, puis Cære. V. CÆRE.

CERVIN (mont), dans les Alpes Pennines, sur les confins de l'Italie septent. et du Valais. Hauteur, 4450m mètres ; aiguille très-aigue; immenses glaciers.

CERVIONE, ch.-l. de cant. (Corse), à 42 kil. S. de Bastia; 1000 hab. Vins estimés.

CERVOLI, Columbaria, îlot de la Méditerranée, entre l'île d'Elbe et la province de Pise.

CERVOLLE (Arnaud de), dit l’Archiprêtre, audacieux partisan français, né dans le Périgord vers 1300, mort en 1366, possédait, quoique séculier, l'archiprêtrise de Vernia, d'où, le surnom par lequel il est connu. Il leva, après la bat. de Poitiers (1356), plusieurs compagnies de Routiers, ravagea la Provence, rançonna le pape à Avignon et pilla la Bourgogne. En 1359, le Dauphin Charles (Ch. V) l'attira à son service; mais après la paix de Brétigny (1360), Cervolle rassembla de nouveau ses Routiers, alla ravager la Bourgogne, et força le comte de Nevers à traiter avec lui. Il revint ensuite combattre pour le roi Charles V, qui lui donna le titre de chambellan : il repoussa les Tard-Venus, puis ravagea la Lorraine, les Vosges et les bords du Rhin. Repoussé par l'empereur et les ducs de Brabant et de Lorraine, il se retira en Provence, où il mourut tranquillement. Selon une autre version, il aurait été tué en 1366 par un de ses serviteurs, à la suite d'un échec éprouvé en Alsace.

CÉSAIRE (S.), frère de S. Grégoire de Nazianze, né en 330, mort en 369, était versé dans toutes les sciences. Médecin de l'empereur Constance, il remplit les mêmes fonctions près de Julien; mais, inquiété par ce prince dans sa foi, il quitta le palais. fl fut rappelé par Jovien et nommé par Valens questeur en Bithynie. S. Grégoire a composé son oraison funèbre. On l'hon. le 25 fév.

CÉSAIRE (S.), né en 470 près de Châlon-sur-Saône, entra au monastère de Lérins, et fut élevé, malgré lui, sur le siége d'Arles, en 501. Il fut honoré du pallium par le pape, qui le fit son vicaire dans les Gaules en 502. Il présida plusieurs conciles, notamment, en 529, celui d'Orange où fut condamnée l’hérésie de Pelage, et mourut en 542. On l'hon. le 27 août. On a de lui des Homélies et des Sermons, dont plusieurs ont été trad. par l'abbé Dujat de Villeneuve, Paris, 1760.

CÉSALPIN (André), philosophe, médecin et naturaliste, né en 1519 à Arezzo, mort à Rome en 1603, enseigna longtemps la médecine et la botanique à Pise, fut appelé à Rome par Clément VIII, qui le choisit pour son premier médecin et le nomma professeur de médecine au collége de la Sapience. Comme philosophe, il se fit remarquer par sa connaissance profonde des écrits d'Aristote, et embrassa la secte des Averrhoïstes, représentant Dieu, non comme la cause, mais comme le fond et la substance de toutes choses, ce qui le fit accuser de panthéisme et même d'athéisme. En médecine, il soupçonna un des premiers la circulation du sang. Comme naturaliste, il reconnut le sexe dans les fleurs et inventa la première méthode de botanique : il fondait sa classification sur la forme de la fleur, du fruit, et sur le nombre des graines. Ses principaux ouvrages sont : Quæstiones peripateticæ, Florence, 1569; Dæmonum investigatio, 1580: il y combat la magie et la sorcellerie ; Ars medica, Rome, 1601 ; De plantis, Florence, 1583 : c'est le plus important de tous; De metallis, 1596, ouvrage qui a moins de valeur. Les doctrines philosophiques de Césalpin furent combattues par Samuel Parker, archevêque de Canterbéry, et par Nicolas Taurel, médecin de Montbéliard, qui le dénoncèrent à l'inquisition.

CÉSAR, C. Julius Cæsar, célèbre général romain, dictateur perpétuel, né à Rome l'an 101 av. J.-C., était par sa mère neveu de Marius. Proscrit dans sa jeunesse par Sylla, il ne dut la vie qu'à de puissantes protections, et se retira à la cour de Nicomède, roi de Bithynie. Il revint à Rome après la mort de Sylla, s'y appliqua à l'éloquence, et sut capter la faveur du peuple en rétablissant le pouvoir des tribuns et en relevant les statues de Marius. Revêtu de la préture urbaine au moment de la conspiration de Catilina (631, il ne fit rien pour la prévenir et fut soupçonné de connivence. Envoyé en Espagne en 60, il y fit quelques conquêtes; à son retour, il fut fait consul (59). Ne laissant à son collègue Bibulus qu'une ombre d'autorité, il s'associa avec Pompée et Crassus, et forma avec eux ce fameux triumvirat qui leur assurait un pouvoir absolu. Il se fit nommer gouverneur de la Gaule pour cinq ans (58), et après ce temps se fit proroger dans son gouvernement pour cinq nouvelles années. Il employa ces dix années à faire la conquête de la Gaule et pénétra jusque dans la Grande-Bretagne. Pompée, jaloux de ses succès, s'opposa à ce qu'il fût de nouveau continué dans son gouvernement et fit rendre un décret qui le forçait à se démettre de son commandement. Irrité de ce refus, César passe les Alpes, franchit le Rubicon, qui formait la limite de sa province, marche sur Rome, d'où Pompée s'enfuit avec le sénat; entre dans la ville sans coup férir (49), et se fait décerner la dictature. Après avoir parcouru l'Italie en vainqueur, il poursuit et bat en Espagne les lieutenants de Pompée, puis il l'atteint lui-même en Thessalie, dans les plaines de Pharsale, remporte sur lui une victoire décisive (48), et le force à s'enfuir en Égypte où il trouve la mort. César, arrivé en Égypte peu de jours après lui, pleura son sort et le vengea en détrônant le jeune Ptolémée qui l'avait fait assassiner et en donnant sa couronne à Cléopâtre. D’Égypte il courut en Asie (47), battit et détrôna en trois jours le roi de Pont, Pharnace, fils de Mithridate, qui s'était révolté (c'est à cette occasion qu'il écrivit au sénat ces mots célèbres : Veni, vidi, vici); puis il passa en Afrique, où il détruisit à Thapse l'armée républicaine que commandaient Métellus Scipion et Caton (46); et de là en Espagne, où il battit le jeune Pompée à Munda et acheva d'anéantir le parti pompéien. Revenu à Rome, il y reçut le triomphe et se fit décerner la dictature pour dix ans (45). Maître enfin du pouvoir absolu, César ne s'en montra pas indigne : il pardonna à ses plus grands ennemis, embellit Rome, fit creuser un port à l'embouchure du Tibre, releva Corinthe et Carthage, réforma les lois, fit adopter un nouveau calendrier, et créa un grand nombre d'établissements utiles. Cependant, les républicains, qui l'accusaient de vouloir se faire roi, formèrent une conspiration contre lui, et ils le tuèrent au milieu du sénat (15 mars de l'an 44 av. J.-C.) : il tomba percé de 23 coups de poignard. Parmi les principaux conjurés était Brutus, qu'il avait comblé de bienfaits. César avait été marié 4 fois : de Cornélie, sa 2e femme, il avait eu une fille Julie, qu'il fit épouser à Pompée. César n'était pas seulement grand guerrier et grand homme d'État; c'était aussi un excellent orateur et un écrivain élégant. Des divers écrits qu'il avait composés, il ne nous reste que ses Commentaires (De Bello gallico libri VIII, De Bello civili libri III), qui sont le modèle du genre des mémoires historiques. On y joint les Guerres d'Alexandrie et d'Afrique, qui ne sont pas de lui : on les attribue à A. Hirtius. Les Commentaires de César ont été très-souvent imprimés : les meilleures éditions sont celles de Gravius, Utrecht, 1697, d'Oberlin, Leips., 1805, de Lemaire (dans les Classiques latins), 1819-22, d'Oudendorp, Stuttgart, 1822, de Christ. Schneider, Hall, 1840-52. Ils ont été traduits en français par Perrot d'Ablaucourt, 1650, Turpin de Crissé, 1785, Ledéist de Botidoux, 1809, Artaud, 1828, Ch. Louandre, 1857. La vie de César a été écrite par Suétone et par Plutarque. On a en outre une Vie de César, attribuée à Julius Celsus, auteur presque contemporain, mais qui est de Pétrarque. Napoléon I a dicté à Ste-Hélène un Précis des guerres de César, Paris, 1836. Napoléon III adonné une nouvelle Vie de César, 1865.

Le nom de César, pris par Octave comme fils adoptif de J. César, devint par la suite un simple titre que portèrent tous les empereurs et les princes romains, quoique étrangers à la famille des Césars. Il était aussi particulièrement affecté aux héritiers présomptifs de l'empire, et cet usage devint une règle à partir de Dioclétien. Depuis cette époque les empereurs prirent le titre d’Auguste, et s'adjoignirent sous le nom de César un prince qui devait leur succéder.

CÉSARS (les douze). On désigne communément sous ce nom Jules César et les onze empereurs qui régnèrent après lui : Auguste, Tibère, Caligula, Claude, Néron, Galba, Othon, Vitellius, Vespasien, Titus et Domitien, quoique les sis derniers de ces princes soient entièrement étrangers à la famille de César. Suétone a écrit la Vie des douze Césars.

CÉSARÉE, Cæsarea, nom commun à diverses villes anciennes ainsi appelées en l'honneur d'empereurs romains qui les fondèrent ou les embellirent.

CÉSARÉE AUGUSTE, Cæsarea Augusta, puis Cæsar Augusta, v. d’Hispanie, auj. Saragosse.

CÉSARÉE DE CAPPADOCE, d'abord Mazaca, puis Cæsarea Eusebia, auj. Kaïsarieh, ch.-l. de la Cappadoce, sur l'Halys, près du mont Argée, reçut de Tibère son nom de Césarée. Patrie de S. Basile. Prise en 1066 par Alp-Arslan.

CÉSARÉE DE CILICIE ou ANAZARBE. V. ANAZARBE.

CÉSARÉE DE MAURITANIE, Julia Cæsarea, aut. Cherchell, sur la côte N. de l'Afrique, capit. de la Mauritanie Césarienne. Patrie de l'empereur Macrin.

CÉSARÉE DE PALESTINE, Kaisarieh, v. de Judée, sur la côte, entre Dor et Apollonie; agrandie par Hérode qui la nomma Césarée en l'honneur de César-Auguste. Elle fut la résidence des gouverneurs romains de Judée et l'une des 3 églises métropolitaines du pays.

CÉSARÉE PANEAS, Cæsarea Philippi, auj. Banias, autre v. de Palestine, au pied du mont Paneus, près la source du Jourdain, reçut son 2e nom de Philippe, un des fils d'Hérode.

CÉSARIENNE (GRANDE), prov. de la Bretagne romaine, dans la partie sept. de l'Angleterre actuelle, entre la Valentie au N. et la Flavie césarienne au S., était habitée par les Brigantes et avait pour ch.-l. Eboracum (York).

CESAROTTI (Melchior), littérateur italien, né à Padoue en 1730, mort en 1808, enseigna d'abord la rhétorique au séminaire de Padoue, fut nommé en 1782 professeur de grec et d'hébreu à l'université de cette ville, et fut pensionné par Napoléon. On lui doit des traductions estimées d’Ossian, de Démosthène, de Plutarque et d’Homère; il traduisit l’Iliade en prose et en vers : dans sa traduction en vers, qu'il intitule la Mort d'Hector, il s'est permis de refondre entièrement le poëme grec. On a encore de lui un Cours de littérature grecque, des Essais sur la philosophie des langues, Sur le goût, Sur le plaisir que cause la tragédie, et quelques poëmes. Ses œuvres ont été réunies en 42 vol. in-8, Pise, 1805-1813. On en a donné un bon choix en 4 vol. in-8, Milan, 1820.

CÉSÈNE, Cesena, v. d'Italie, dans l'ancien État ecclésiastique, à 17 k. S. E. de Forli; 15000 h. Évêché. Patrie de Pie VI et de Pie VII.

CESI (le prince Fréd.), né à Rome en 1585, mort en 1630, protégea les sciences et les cultiva lui-même avec ardeur. Il fonda à Rome, en 1603, l'Académie des Lyncei (des Lynx), ainsi nommée par allusion à la pénétration qu'exige l'étude de la nature : c'est la plus ancienne société scientifique de l'Italie; elle déclina après sa mort et disparut vers 1651.

CESPÈDES (Paul de), peintre espagnol, né à Cordoue, en 1538, mort en 1608, alla développer son talent en Italie et orna de ses fresques l'église d’Ara-Cœli à Rome. A la peinture et à la sculpture il joignait une grande érudition, la connaissance de plusieurs langues et du talent pour la poésie et l'éloquence. Il enrichit la cathédrale de Cordoue, dont il était chanoine, de plusieurs tableaux, parmi lesquels on cite une Cène. Il a écrit sur les antiquités de Cordoue, sur la perspective, et a composé un poëme sur la peinture. L'éparpillement de ses travaux l'empêcha d'atteindre la supériorité.

CÉTHÉGUS (famille des), une des plus illustres et des plus anc. familles de Rome, était une branche des Cornélius qui affectait de porter un costume particulier. Elle avait été longtemps célèbre par l'austérité de ses mœurs. On compte parmi ses membres plusieurs personnages marquants : M. Cornélius Céthégus, successivement grand pontife, préteur en Sicile, et nommé censeur avant même d'avoir été consul. Consul en 206 av. J.-C., il eut le commandement de l'Étrurie, où il défit Magon. C'était, au jugement de Cicéron, le meilleur orateur de son temps. — C. Corn. Céthégus dégénéra de la vertu de ses ancêtres : il embrassa successivement les partis de Marius, de Sylla, de Pompée et d'Antoine, et finit par prendre part à la conspiration de Catilina. Arrêté par l'ordre de Cicéron, il fut étranglé dans la prison avec les autres conjurés, 63 av. J.-C.

CETHIM, nom de la Macédoine dans la Bible.

CÉTHURA, femme d'Abraham. V. ABRAHAM.

CETOBRIGA, v. de la Lusitanie, sur l'Océan, à l'embouch. du Sadao, au S. d'Olisippo et à 90 kil. O. d'Ebora, aux env. de la v. actuelle de Sétubal.

CETTE, Sitium, v. maritime de France (Hérault), ch.-l. de c, à 28 k. S. O. de Montpellier, sur le canal de Cette, entre l'étang de Thau et la mer; 22 438 h. Port avec phare, citadelle, chemin de fer. Collége, école de pilotes. Pêche active. Grand commerce d'exportation et d'importation. Distilleries, eaux-de-vie, vins blancs du Roussillon, vins préparés dits de Madère, eaux de senteur, cendres gravelées, bouchons, etc. Belles salines. Chemin de fer pour Bordeaux et Montpellier; paquebots pour Marseille, Alger, Oran, etc. Le port de Cette n'a été commencé qu'en 1666.

CETTIGNE, capit. du Monténégro, à 60 k. N. O. de Scutari, à 31 k. N. E. de Cattaro. Résidence du Vladika ou prince-évêque du Monténégro.

CETTINA, riv. de Dalmatie, coule d'abord du N. O. au S. E., puis à l'O. et se jette dans l'Adriatique sous les murs d'Almissa, après avoir formé plusieurs cascades; cours, env. 100 kil.

CEUTA, jadis Septa, v. du Maroc, vis-à-vis de Gibraltar, appartient à l'Espagne; 10 000 hab. C'est le plus important des présides. Place forte. Évêché. — Septa, fondée sans doute par les Carthaginois, reçut une colonie romaine, devint la métropole de la Mauritanie Tingitane, passa aux Vandales, puis aux Arabes et fut prise par les Portugais en 1415; les Espagnols s'en emparèrent en 1580 ainsi que de toutes les possessions portugaises. — Près de là s'élève la montagne de Ceuta, autrefois Abyla, qui, avec Calpé en Espagne, formait les colonnes d'Hercule.

CEVA, Ceba, ville du Piémont, sur le Tanaro et la Cevetta, à 14 kil. S. E. de Mondovi; 4000 hab. Fromages. Prise par les Français en 1796 et 1800.

CÉVENNES, Cebenna mons, chaîne de montagnes de France, s'étend du S. O. au N. E., lie les Pyrénées aux Vosges et se rattache aux monts d'Auvergne par les monts Margeride; elle sépare les bassins de la Garonne et de la Loire de ceux du Rhône et de la Saône. On distingue les Cévennes mérid., du col de Narouze au mont Lozère, et les Cévennes septent., du mont Lozère à l'étang de Longpendu. On les nomme : monts de la Côte-d'Or dans le départ. de la Côte-d'Or; monts du Mâconnais et du Charolais dans celui de Saône-et-Loire; monts du Lyonnais, dans le dép. du Rhône; monts du Vivarais, dans l'Ardèohe; monts du Gévaudan ou Cévennes proprement dites, dans la Lozère; monts de Garrigues dans l'Aveyron et le Gard; monts de l'Espinous entre les dép. du Tarn, de l'Aveyron, de l'Hérault; montagnes Noires dans l'Hérault et l'Aude. Les points culminants sont le mont Lozère (1528m), le mont Gerbier des Joncs, 1710, le Mezen, 1766.

CÉVENNES (guerre des). Après la révocation de l'édit de Nantes, 1685, les Protestants des Cévennes, exaspérés par les dragonnades, prirent les armes; guidés par des chefs intrépides, parmi lesquels on remarque J. Cavalier, Roland, ils résistèrent longtemps aux forces de Louis XIV; exaltés par le fanatisme, ils se croyaient inspirés et couraient à la mort comme au martyre : on vit s'élever parmi eux une foule de prétendus prophètes et prophétesses. Ils se portèrent aux plus violents excès, brûlèrent les églises, tuèrent les prêtres. Le maréchal de Montrevel, envoyé contre eux, en fit périr par la roua ou sur la potence plusieurs milliers, sans pouvoir les réduire. Enfin, Louis XIV chargea de cette guerre, en 1704, le célèbre Villars, qui réussit autant par la persuasion et la clémence que par la force des armes à étouffer la rébellion. V. CAMISARDS.

CEYLAN, Singhala en langue indigène, Lanka dans les écrits de l'Inde, la Taprobane des anciens, grande île de l'Inde anglaise, près et au S. E. de la pointe méridionale de l'Inde en deçà du Gange, est séparée de la côte de Coromandel par le golfe de Manaar et le détroit de Palk; 420 kil. sur 265 ; env. 2 000 000 d'hab.; ch.-l., Colombo. Autres grandes villes: Candy, Negombo, Trinquemali, Manaar, qui sont les chefs-lieux d'autant de petits États. Côtes plates au N. et au N. O. : une chaîne de récifs et de bancs de sable, formant le Pont d'Adam, les unit à la terre ferme; côtes escarpées ailleurs; montagnes boisées qui divisent l'île en deux parties différant de climat et de saison (le point culminant est le Hamalel ou pic d'Adam, qui a 2000m). Le sol est d'une admirable fertilité au S. O. (cannelle, muscade, cardamome, plantes équinoxiales). Beaucoup d'animaux divers : buffles, éléphants, tigres de petite espèce, hyènes, élans, gazelles, multitude de singes, d'oiseaux, de serpents. Fer, manganèse et nombreuses pierreries (diamants, rubis, améthystes, topazes, hyacinthes, tourmalines, saphirs, etc.). Pêcheries de perles. Les habitants sont : 1° des indigènes divisés en Chingalais et Oueddas ou Bedlias; 2° des Malabars; 3° des Musulmans venus de diverses contrées d'Afrique; 4° des Européens, au nombre de 8 à 10 000. — Cette île est considérée comme le berceau du Bouddhisme. Elle fut découverte en 1507 par Lorenzo, fils d'Almeyda. Les Portugais y formèrent quelques établissements dès 1518, mais ils furent chassés par les naturels et remplacés en 1656 par les Hollandais. Les Anglais s'emparèrent en 1795 des établissements hollandais, qui leur furent définitivement cédés par la paix d Amiens, 1802. Depuis 1815, ils ont fait la conquête de toute l'île. Le gouverneur de Ceylan est nommé directement par le souverain de l'Angleterre.

CEYZERIAT, ch.-l. de cant. (Ain), à 9 kil. S. E. de Bourg; 1100 hab. Aux env., eau thermale dite la Fontaine-Rouge.

CHABANAIS, ch.-l. de cant. (Charente), sur la Vienne, à 16 kil. de Confolens; 1875 hab. Anc. seigneurie, qui appartint à Colbert.

CHABANNES, anc. famille du Bourbonnais, issue des comtes d'Angoulême et par conséquent alliée à la famille royale, a fourni plusieurs grands capitaines entre autres Ant. de Chabannes (qui suit), et Jacq. de Chabannes, plus connu sous le nom de La Palice. CHABANNES (Ant. de), comte de Dammartin, se distingua au siége d'Orléans en 1428, et partagea les exploits de Jeanne d'Arc. Il se mit ensuite à la tête des bandes connues sous le nom d’Écorcheurs, et ravagea avec elles la Bourgogne, la Champagne et la Lorraine. Il les quitta en 1430 pour s'attachera Charles VII, qui lui donna la charge de grand maître de France : il lui rendit, quelques années après, un important service en lui révélant une conspiration du Dauphin (Louis XI). A l'avènement de ce dernier, en 1461, Chabannes fut enfermé à la Bastille, mais il s'échappa en 1465; il rentra en grâce en 1468, devint même le confident du prince qui l'avait fait jeter dans les fers et le servit toujours depuis avec courage et fidélité. Il mourut en 1488 gouverneur de Paris pour Charles VIII.

CHABANON (A. D. de), littérateur, né en 1730 à St-Domingue, mort en 1792, membre de l'Académie des inscriptions (1760) et de l'Académie française (1780), a traduit en prose Pindare (1771), Théocrite (1775). Horace (1773); a fait des vers, des éloges, des pièces de théâtre, entre autres une tragédie d’Éponine. Il cultivait aussi la musique avec succès et a écrit un traité De la musique (1785), qui est son meilleur ouvrage. Ses trad. sont peu fidèles, mais ne manquent pas d'élégance et de facilité.

CHABERT (Jos. Bernard, marquis de), marin et astronome, né en 1724 à Toulon, mort en 1805, se signala comme chef d'escadre dans la guerre d'Amérique, fut promu vice-amiral en 1792 et n'en émigra pas moins. C'est surtout par ses travaux scientifiques qu'il est connu : il rectifia les cartes marines des côtes orientales de l'Amérique ainsi que celles de la Méditerranée et prépara la plus grande partie du Neptune français. Il avait été admis en 1758 à l'Académie des sciences et fut attaché en 1803 au Bureau des Longitudes. — (Philibert), savant vétérinaire, né à Lyon en 1737, mort en 1814, professeur à Alfort, puis inspecteur des écoles vétérinaires, a donné d'utiles travaux sur les maladies des animaux (charbon, gale, dartre, morve, etc.).

CHABEUIL, Cerebelliaca, ch.-l. de cant. (Drôme), à 10 kil. S. E. de Valence; 4295 hab. Anc. château. Papeteries, filatures de soie.

CHABLAIS, Caballica provincia, anc. prov. des États sardes (Savoie), bornée au N. par le lac Léman, à l'E. par la Suisse, à l'O. et au S. par les prov. de Carouge et de Faucigny; 52 000 hab.; ch.-l., Thonon. — Les Romains entretenaient des haras dans ce pays, d'où le nom de Caballica provincia, dont Chablais n'est qu'une corruption. Le Chablais fit partie du roy. de Bourgogne; il fut donné par l'empereur Conrad à Humbert, comte de Savoie, dont les héritiers prirent dans la suite le titre de comtes de Chablais. Sous l'Empire, ce pays fut compris dans le dép. du Léman. En 1814, il a été rendu à la Savoie; en 1860 il a été cédé à la France : il forme un arrondissement du dép. de Haute-Savoie. Le Chablais participe à la neutralité de la Suisse.

CHABLIS, Cabliacum, ch.-l. de c. (Yonne), sur le Serain, à 21 kil. E. d'Auxerre; 2456 hab. Vins blancs renommés, surtout ceux des clos de Valmur, Vaudesir, Bouquereau.

CHABORAS, riv. de Mésopotamie, auj. le Khabour.

CHABOT, illustre maison du Poitou, connue dès le XIe s., a formé les branches de Retz, Brion, La Grève, Jarnac, Mirebeau et s'est alliée aux Rohan.

CHABOT (Philippe), seigneur de Brion, amiral de France, gouverneur de Bourgogne et de Normandie sous François Ier, fut fait prisonnier à la bataille de Pavie en 1525 avec le roi, dont il était le favori. Envoyé en Piémont à la tête d'une armée en 1535, il y fit de rapides conquêtes; mais Montmorency et le cardinal de Lorraine, jaloux de son crédit, l'accusèrent de malversation : il fut livré à une commission présidée par le chancelier Poyet, destitué de sa charge en 1541 et condamné à une forte amende qu'il ne put acquitter. Après plus de deux ans de détention, il obtint, par les instances de la duchesse d’Étampes, la révision de son procès, fut élargi, et même rentra en grâce; mais il mourut peu après, en 1543. On a de lui des cartes maritimes, dressées avant l'invention de la gravure. — Léonor de Chabot, son fils, gouverneur de la Bourgogne, refusa d'exécuter les ordres sanguinaires de Charles IX lors de la St-Barthélemy.

CHABOT (François), né en 1759 à St-Geniez, dans le Rouergue, était capucin à Rhodez lorsque éclata la Révolution. Il en exagéra les principes, jeta le froc, se maria, et fut successivement nommé député à l'Assemblée législative et à la Convention nationale. Il vota toutes les mesures violentes et sanguinaires qui furent prises à cette époque, et devint l'un des membres les plus redoutés du club des Jacobins : c'est lui qui créa la dénomination de sans-culottes. En 1794, il fut accusé de malversation par Robespierre, qui immolait alors tous ses rivaux, et fut décapité le 5 avril. Il avait été un des principaux rédacteurs du Catéch. des sans-Culottes, journal populaire.

CHABOT-ROHAN. V. ROHAN.

CHABRIAS, général athénien, excellait surtout dans les combats sur mer. Il défit en plusieurs rencontres les Lacédémoniens commandés par Agésilas, battit leur flotte à Naxos en 376 av. J.-C., et rétablit sur son trône le roi d’Égypte Nectanébus. Il périt dans un combat naval, en attaquant l'île de Chios, 358 av. J.-C. : il coula bas son navire plutôt que de se laisser prendre. Démosthène a fait de ce général un grand éloge; Cornélius Népos a écrit sa Vie.

CHABROL, noble et ancienne famille d'Auvergne, comptait déjà avant 1789 plusieurs membres distingués dans la magistrature et la science, entre autres Arnauld et Sirmond. Elle s'est divisée en plusieurs branches, dont les principales sont celles de Tournoël, de Chaméane, de Crousol, de Volvic. A cette famille appartenait le comte Chabrol de Crousol, 1771-1850, préfet sous l'Empire, ministre de la marine sous Charles X; et Chabrol de Volvic, 1773-1843, préfet de Montenotte en 1806, auteur de la magnifique route de la Corniche, préfet de la Seine de 1812 à 1830, qui a laissé les meilleurs souvenirs.

CHACAPOYAS. V. SAN-JUAN-DE-LA-FRONTERA.

CHACO (GRAN-), vaste territoire de la Confédération de la Plata, est situé entre la Bolivie au N., le Paraguay à l'E. ; 840 kil. sur 620. Montagnes hautes et très-froides, plaines très-chaudes; forêts immenses. Rivières : le Pilcomayo, le Vérmejo et autres grands affluents du Paraguay. Sol très-fertile. Les habitants sont des Indiens indépendants : Abipons, Lenguas, Tobas, Mocobis, etc.

CHACON, en latin Ciacconius. V. ce nom.

CHACTAS ou TÊTES-PLATES, peuplade indigène de l'Amérique du Nord, habite, au nombre d'environ 25 000, de gros villages dans les États du Mississipi et de l'Alabama. Ils sont assez civilisés, se livrent à l'agriculture et ont des lois écrites. Les missionnaires en ont converti un grand nombre.

CHAGNY, ch.-l. de c. (Saône-et-Loire), sur la Dheune, à 16 k. N. O. de Chalon-sur-Saône; 2400 h. Station. Vin excellent, pierre de taille.

CHAGOS (îles), groupe d'îlots de la mer des Indes, par 68° 53'-70° 20'long. E., 4° 30'-7° 27' lat. S. La principale, dite aussi Chagos ou Diego Garcia, a 58 k. de tour. Elles dépendent de l'île Maurice.

CHAGRES, v. maritime de l'Amérique du Sud (Nouv.-Grenade), à 70 k. N. O. de Panama, sur la mer des Antilles, à l'emb. d'un fleuve nommé aussi Chagres; 1500 h. Ch. de fer conduisant à Panama.

CHAH ou SHAH, nom qui signifie roi ou empereur, et que prennent les rois de Perse en l'ajoutant à leur nom propre. V. le nom propre.

CHAH-AALEM, dernier souverain de la dynastie de Tamerlan dans l'Inde, né en 1723, monta sur le trône en 1759, et fut tour à tour le jouet des Anglais et des Mahrattes, dont sa faiblesse et son irrésolution accrurent de plus en plus l'audace. Un de ses vassaux, Ghôlam, tenta de le détrôner, et, après s'être emparé de sa personne, lui creva les yeux, 1788; mais il subit bientôt le châtiment de son crime, et Chah-Aalem fut remis en possession de sa couronne. L'infortuné souverain régna encore 18 ans, et mourut en 1806. Il occupait ses longs ennuis par la culture des lettres.

CHAH-DJIHAN, souverain de l'Indostan, fils de Djihan-Ghir (Géangir), monta sur le trône de Lahore en 1628, après avoir fait périr trois de ses frères qui lui disputaient l'empire. Il repoussa les Usbeks, comprima une insurrection du Décan et enleva Hougly aux Portugais. Il fut détrôné par son fils Aureng-Zeyb, qui le renferma en 1656 dans le palais d'Agra, où il mourut au bout de 10 ans de captivité.

CHAH-POUR, souverains de la Perse. V. SAPOR.

CHAH-POUR, v. de Perse (Fars), sur le Chah-pour, affluent de la Zirra, à 100 k. O. de Chiraz. Elle devait son nom à Sapor I (Chah-pour), qui en fit la capit. de ses États. Auj. ruinée. Antiquités.

CHAILLAND, ch.-l. de c. (Mayenne), sur l'Ernée, à 18 k. N. O. de Laval ; 2300 hab.

CHAILLÉ-LES-MARAIS, ch.-l. de c. (Vendée), à 22 k. S. O. de Fontenay-le-Comte; 2454 h. — Près de là est Chaillé-les-Ormeaux, bourg de 1300 h.

CHAILLOT, ancien vge aux portes de Paris, à l'O., est depuis 1659 compris dans Paris, à l'extrémité des Champs-Élysées. Maison de vieillards (Ste-Périne), transférée à Auteuil en 1860; pompe à feu.

CHAISE CURULE, siége d'ivoire réservé chez les Romains aux grandes magistratures. V. CURULE dans notre Dictionnaire des Sciences.

CHAISE-DIEU (La). V. LACHAISE.

CHAKYA-MOUNI. V. BOUDDHA-GAOUTAMA.

CHALABRE, ch.-l. de c. (Aude), à 18 kil. S. O. de Limoux; 3529 h. Vieux château. Draps, castorines.

CHALAIS, ch.-l. de c. (Charente), à 30 kil. S. E. de Barbezieux. Station. — V. LA ROCHE-CHALAIS.

CHALAIS (Henri DE TALLEYRAND, comte de), mis à mort par le cardinal de Richelieu. V. TALLEYRAND.

CHALAMONT, ch.-l. de c. (Ain), à 41 kil. E. de Trévoux; 1470 hab.

CHALCÉDOINE, Chaldedon, auj. Kadi-Keui, v. de Bithynie, sur le Bosphore de Thrace, vis-à-vis de Byzance. Patrie de Xénocrate. Fondée vers 685 av. J.-C. par les Mégariens et longtemps florissante. Elle resta indépendante sous l'empire romain. Elle fut détruite par les Scythes sous Gallien, au IIIe s., et relevée par Justinien au VIe s. On y tint le concile œcuménique qui condamna Eutycnès (451).

CHALCIDIQUE, Chalcidice, presqu'île de Macédoine, entre les golfes Thermaïque à l'O. et Strynionique à l'E., est découpée au S. E. par deux golfes secondaires, le Toronaïque et le Singitique, qui la partagent en trois péninsules, dites Pallène, Sithonie, et presqu'île du mont Athos. Olynthe, Potidée, en étaient les villes principales, et Chalcis le ch.-l. — Il y avait en Grèce et en Asie plusieurs autres Chalcidiques, tirant également leur nom de villes de Chalcis. V. ce nom.

CHALCIDIUS, philosophe éclectique du IIIe s., est auteur d'un Commentaire sur le Timée de Platon, imprimé avec traduction latine, par Meursius, Leyde, 1617, in-4. On ne sait s'il était chrétien.

CHALCIS, auj. Egripos, capit. de l'Eubée, au milieu de la côte O., vis-à-vis de la côte de Béotie, dont la séparait l'Euripe. On y fabriquait des armes d’airain (Chalcos en grec), d'où son nom. Aristote y mourut. Elle fonda des colonies, qui gardèrent son nom. — Ch.-l. de la Chalcidique en Macédoine, était une colonie de Chalcis en Eubée. — V. de Syrie, au S. O. d'Antioche, fit donner au pays voisin le nom de Chalcidique; évêché.

CHALCONDYLAS (Démétrius), un de Grecs qui contribuèrent le plus à répandre en Europe la connaissance et le goût des lettres grecques, était né à Athènes vers 1424. Élève de Théodore Gaza, il enseigna la rhétorique dans sa patrie jusqu'à la prise de Constantinople par les Turcs. Il se réfugia an Italie, fut appelé à Florence par Laurent de Médicis, et enseigna le grec dans cette ville, puis à Milan. Il mourut vers 1512. On lui doit une Grammaire grecque, Milan, 1423, un recueil intit. Cornucopia, 1499, et les 1res éditions d'Homère, Florence, 1488, d'Isocrate, Milan, 1493, et de Suidas, Milan, 1499.

CHALCONDYLAS (Laonic ou Nicolas), historien grec, d'Athènes, vivait au XVe s. Il est auteur d'une Histoire des Turcs et de la chute de l'empire grec de 1298 à 1462, qui fait partie de la Byzantine, Paris, 1650. Cet ouvrage, mal écrit, n'est pas toujours un guide sûr. Il a été trad. en français par Blaise de Vigenère, Paris, 1577, in-4, et réimprimé avec des continuations d'A. Thomas et de Mézeray. M. Hamaker, professeur à Leyde, a publié Chalcondylas dans l'édition de la Byzantine donnée à Bonn.

CHALDÉE. Ce nom qui proprement désigne la partie S. O. de la Babylonie, entre la rive dr. de l'Euphrate et le désert d'Arabie, est le plus souvent employé comme synonyme de Babylonie. V. CHALDÉENS et BABYLONIE.

CHALDÉENNE (Église). V. NESTORIANISME et CHRÉTIENS DE ST-THOMAS. — CHALDÉENNE (langue). V. ARAM.

CHALDÉENS, Chaldæi, peuple de l'anc. Babylonie, entre l'Euphrate (après sa réunion au Tigre), l'Arabie et le golfe Persique; ville principale, Térédon. On les confond souvent avec les Babyloniens; néanmoins, ils semblent avoir toujours fait un peuple à part; on croit les retrouver auj. parmi les peuplades kourdes répandues dans les mont. qui séparent l'Asie-Mineure de la H.-Asie. D'après les recherches les plus récentes, ils seraient d'origine scythique. Les Chaldéens ont été célèbres de toute antiquité par leurs connaissances mathématiques et astronomiques : ils fixaient la durée de l'année à 365 j. 6 h., 11 m. et connaissaient le zodiaque; Callisthène trouva chez eux une suite d'observations remontant à 1900 ans. A l'astronomie ils joignaient les études astrologiques; les astrologues de Chaldée étaient très-recherchés à Rome dans les derniers temps de l'empire. — Quant à leur histoire politique, les Chaldéens subirent toutes les révolutions qu'éprouvèrent la Babylonie et l'Assyrie. V. ces deux noms.

CHALEURS (baie des), formée par le golfe St-Laurent, entre le Nouv.-Brunswick et le B.-Canada. Explorée en 1534 par Jacques Cartier. Une flotte française y fut détruite par les Anglais en 1760.

CHALGRIN (Jean Franç.), architecte, un des restaurateurs de l'art au dernier siècle, né à Paris en 1739, mort en 1811, jouit de la faveur des ducs de Choiseul et de La Vrillière, fut architecte de Monsieur (Louis XVIII) et membre de l'Académie des beaux-arts. On lui doit la restauration du Collége de France, une des Tours de St-Sulpice, St-Philippe du Roule, et l’Arc de triomphe de l'Étoile, œuvre qu'il ne put achever (V. HUYOT). Il se distingue par le grandiose des conceptions plus que par la précision des détails.

CHALIER (Marie Joseph), démagogue , né à Beaulard, près de Suse (Piémont), en 1747, était négociant à Lyon lorsque éclata la Révolution française. Il en adopta les principes avec délire, prit Marat pour modèle, créa un club et un tribunal révolutionnaire à Lyon et s'en fit le chef. Heureusement ses sanguinaires projets furent bientôt arrêtés : la population se souleva le 29 mai 1793; il fut condamné à mort et exécuté à Lyon le 16 juillet suivant.

CHALLANS, ch.-l. de cant. (Vendée), à 40 kil. N. des Sables-d'Olonne; 3640 hab.

CHALLON. V. CHÂLON-SUR-SAÔNE.

CHALMERS (George), publiciste, né en 1742, dans le comté de Murray en Écosse, mort en 1825, exerça la profession d'avocat en Amérique, revint en Angleterre lorsque éclata la guerre de l'indépendance; publia les Annales politiques des Colonies-unies, les Traités entre l'Angleterre et les autres nations, et la Calédonie, ouvrage précieux pour l'étude des antiquités de l’Écosse. Il était agent colonial des îles Bahama et membre de la Société royale.

CHALMERS (Alexandre), né à Aberdeen en 1759, mort en 1834, membre de la Société royale de Londres, est auteur d'un célèbre dictionnaire biographique : General biographical Dictionary, publié de 1812 à 1817, en 32 vol. in-8. Il a aussi donné un Dictionnaire de la langue anglaise, des éditions de Shakespeare, Fielding, Johnson, Bolingbroke, et une collection des Poëtes anglais.

CHALMERS (le Dr Thomas), théologien écossais (1770-1847), d'abord pasteur à Glascow, puis professeur de philosophie à l'Université de St-André, fut l'ornement de l'église presbytérienne et consomma la séparation de l'Église et de l'État (1843). Excellent prédicateur, il brillait à la fois par la profondeur des idées et l'élégance du style. Ses Sermons ont été traduits en français par E. Diodati, 1825. Il a aussi laissé des traités théologiques : Preuves et autorité de la religion chrétienne, traduit par Vincent, 1819; La révélation en harmonie avec l'astronomie moderne, traduit en 1827; Institutes de théologie, ouvrage posthume; et des ouvrages d'économie sociale : Économie civile et chrétienne, 1821; Économie politique considérée par rapport à l'état moral de la société, 1825. Ses Œuvres, recueillies après sa mort par son fils, forment 34 vol. in-8. Th. Chalmers était correspondant de l'Institut.

CHÂLON, CHALLON, CHÂLON-SUR-SAÔNE, Caballinum, Cabillonum, ch.-l. d'arr. (Saône-et-Loire), sur la Saône, à l'emb. du canal du Centre, à 343 kil. S. E. de Paris, 383 par ch. de fer, à 58 kil. N. de Mâcon; 19 709 hab. Ville jolie : cathédrale gothique de St-Vincent, beau quai, 3 promenades. Trib. de 1re inst. et de commerce, collége, biblioth. Fonderies de fer. Grand commerce, surtout en vins, vinaigres et moutarde. Patrie de Denon. — Cité importante des Éduens au temps des Gaulois, fortifiée par les Romains après la conquête. Convertie au Christianisme par S. Marcel et S. Valérien au IIe s., elle eut de bonne heure un évêché, qui ne fut supprimé qu'à la Révolution. Enlevée aux Romains par les Bourguignons dans le Ve siècle, puis détruite par Attila, cette ville se releva sous les premiers rois burgundes. Sous les Carlovingiens elle devint le chef-lieu d'un comté héréditaire, qui depuis 968 releva comme fief du duché de Bourgogne. Ce comté, après avoir passé dans plusieurs maisons, entra dans celle d'Auxonne en la personne de Jean le Sage, tige de la célèbre maison de Châlon, d'où sortirent les comtes d'Auxerre et de Tonnerre, les seigneurs de Salins, plusieurs princes d'Orange, etc. Le comté fut réuni au duché de Bourgogne en 1267, après la mort de Jean le Sage, et tous deux rentrèrent en même temps dans le domaine de la couronne (1477).

CHALONNAIS. On donnait ce nom : 1° à une portion du grand gouvt de Champagne-et-Brie, dans la Champagne proprement dite : ville principale, Châlons-sur-Marne; 2° à une portion du duché de Bourgogne divisée en Châlonnais propre (ch.-l., Châlon-sur-Saône), et Bresse Châlonnaise (ch.-l., St-Laurent-lès-Châlon).

CHALONNE, ch.-l. de cant. (Maine-et-Loire), à 23 kil. S. O. d'Angers; station; 4888 hab. Siamoises, serges, distilleries, etc. Puits houiller creusé en 1839.

CHÂLONS-SUR-MARNE, Catalauni, Duro-Catalaunum, ch.-l. du dép. de la Marne, sur la r. g. de la Marne, à 156 kil. E. de Paris (171 kil. par Épernay) ; 16 675 h. Évêché, trib. de 1re inst. et de commerce. Collége; école d'arts et métiers ; soc. d'agriculture, sciences et arts. Belle cathédrale, bel hôtel de ville, bibliothèque, cabinet d'hist. naturelle, jardin botanique, belle promenade du Jard, beau pont de pierre. Bonneterie, filatures de coton, etc. Grand commerce de vins de Champagne. Patrie de Perrot d'Ablancourt, de Claude d'Espence, etc. Il s'y tint plusieurs conciles. S. Bernard y prêcha la croisade en 1147. Les env. furent le théâtre de deux célèbres batailles : dans l'une, Aurélien battit Tétricus (273); dans l'autre, Attila fut battu par Aétius et par les Goths, les Francs et les Burgundes réunis (451). V. CHÂLON,

CHALOSSE, Calossia, anc. pays de France, dans la Basse-Guyenne, auj. dans le dép. des Landes, ch.-l., St-Sever ; v. principales : Arsac, Toulouzette.

CHALUS, ch.-l. de c. (Hte-Vienne), à 21 k. N. O. de St-Yrieix; 1260 hab. Foire pour chevaux et mulets. Anc. château fort, dont il reste des ruines. En 1199, Richard Cœur de Lion reçut une blessure mortelle au siége de ce château.

CHALYBES, peuple de Paphlagonie, entre les Tibarènes à l'O. et les Mosynèces à l'E., possédait Amisus et Sinope. Leur pays produisait beaucoup de fer, et on y fabriquait beaucoup d'acier, d'où le nom de chalybs donné par les Grecs à l'acier.

CHALYBON ou BÉRÉE, auj. Alep, v. de la Syrie euphratésienne, ch.-l. de la Chalybonitide, ainsi nommée de l'acier, chalybs, qui faisait l'objet de son principal commerce.

CHAM, 2e fils de Noé, eut 4 fils, Chus, Mesraïm, Phut et Chanaan, dont les descendants peuplèrent le S. O. de l'Asie et l'Afrique. Ayant rencontré son père nu et dans un état d'ivresse, il se rit de lui, tandis que ses frères couvrirent sa nudité : pour le punir, Noé le maudit ainsi que son fils Chanaan.

CHAM, nom de l’Égypte dans les livres saints.

CHAMAKIE (VIEILLE-), v. de la Russie d'Asie (Chirvan), à 130 k. S. E. de Derbend. Détruite par Nadir-Châh, à la fin du dernier siècle. — A 20 kil. S. O. a été bâtie la Nouv.-Chamakie; 6000 hab. Résidence du commandant russe.

CHAMALARY, un des pics les plus élevés de l'Himalaya, sur la limite du Thibet et du Boutan, par 28° 4' lat. N., 87° 3' long. E., a de 8 à 9000m.

CHAMANISME, faux culte répandu chez les Samoyèdes, les Bouriates, les peuples de la Sibérie orientale et les insulaires de l'Océan Pacifique. Leur Dieu est un être suprême qui habite le soleil; il a sous ses ordres une foule de divinités inférieures ou de génies, les uns bienfaisants, les autres malfaisants, dont le plus puissant est Chaïtan (Satan?). Ses prêtres, les chamanes, portent une queue de cheval et sont armés d'un tambourin pour chasser les mauvais esprits; ils prédisent l'avenir et se livrent à toutes sortes de jongleries. La femme chez ce peuple est un être immonde, qui n'a point d'âme. Les sectateurs de ce culte grossier diminuent de jour en jour.

CHAMAVES, Chamavi, peuple de la Germanie, habitèrent, avec les Angrivariens et après les Bructères, sur la rive droite du Rhin et à l'O. de l'Yssel; ils firent partie de la ligue francique.

CHAMBELLAN, charge de cour. V. cet article dans notre Dict. univ. des Sciences, des Lettres et des Arts.

CHAMBERS (Ephraïm), écrivain anglais, né à Milton (Westmoreland), mort en 1740, publia à Londres en 1728, sous le titre d’Encyclopédie ou Dictionnaire des arts et des sciences, en 2 vol. in-fol., un ouvrage qui obtint un plein succès, et qui le fit admettre à la Société royale de Londres. Cet ouvrage, qui donna l'idée de l’Encyclopédie française, a eu un grand nombre d'éditions. Une des plus estimées est celle de Rees. 1788-91, Londres, 5 vol. in-fol.

CHAMBERS (Guill.), architecte, né à Stockholm en 1726, mort à Londres en 1796, fut envoyé jeune dans l'Inde, séjourna quelque temps en Chine et y étudia l'architecture chinoise; étant venu ensuite se fixer à Londres, il y répandit le goût de ce genre d'architecture, et fut chargé de construire plusieurs maisons et de distribuer des jardins dans ce goût. On a de lui : Dessins des édifices.... chinois, 1757; Dissertation sur le jardinage chinois; Traité d'Architecture civile, 1779.

CHAMBERTIN, célèbre vignoble de la Côte-d'Or, commune de Gevrey, à 18 k. N. E. de Beaune, à 3 k. N. de Nuyts. Vins rouges fort recherchés.

CHAMBÉRY, Camberium ou Camberiacum en latin mod., v. de France, ch.-l. du dép. de Savoie, sur la Leysse et l'Albane, à 600 k. S. E. de Paris ; 19 953 h. Archevêché, cour d'appel, académie, écoles secondaires de droit et de médecine, société académique, soc. d'agriculture, musée, biblioth. Beau théâtre, belles casernes, hôpitaux, belle rue à portiques, beau palais de justice. A 1 kil. de Chambéry sont les Charmettes, célébrées par Rousseau. Patrie de Vaugelas, St-Réal, des deux De Maistre, du général Boigne. — Chambéry est une v. moderne. Elle fut, du Xe au XIIIe siècle, le ch.-l. d'une seigneurie particulière, puis fut cédée en 1232 à Thomas I, comte de Savoie. L'armée franco-espagnole s'empara de Chambéry en 1742. De 1792 à 1815, cette ville appartint à la France et fut le ch.-l. du dép. du Mont-Blanc. Elle a été recouvrée en 1860.

CHAMBIGE (Jean), architecte français du XVIe s., qu'on a cru à tort Italien, continua l'aile du Louvre qui longe la Seine et qu'avait commencée Bullant. Il n'est connu que par la mention qu'en fait Sauval. Sa statue est une de celles qui décorent la façade des nouveaux bâtiments du Louvre donnant sur le Carrousel.

CHAMBLY, une des branches de la famille La Tour du Pin. V. LA TOUR.

CHAMBON, ch.-l. de cant. (Creuse), à 23 kil. S. E. de Boussac; 1550 hab. Trib. de 1re inst.

CHAMBON (LE), ch.-l. de cant. (Loire), à 9 kil. S. O. de St-Étienne; 4013 hab. Forges, clouteries, coutellerie; fabrique de rubans; mine de houille.

CHAMBORD, village du dép. de Loir-et-Cher, à 2 k. E. de Blois, est entouré d'une vaste forêt; 470 hab. Superbe château construit sous François I par Pierre Nepveu (1533) et décoré par Cousin, Bontemps, J. Goujon et Pilon. Possédé par le roi Stanislas, par le maréchal de Saxe, par la famille Polignac, par le maréchal Berthier, il fut acheté par souscription en 1821 et offert au duc de Bordeaux, qui a pris de là le titre de comte de Chambord.

CHAMBRE ARDENTE, nom donné à plusieurs cours de justice investies d'un pouvoir extraordinaire pour juger des faits d'exception; elles étaient tendues de noir et éclairées, même de jour, par des flambeaux. Telles furent : la commission érigée dans chaque parlement par François I, en 1525, pour punir les hérétiques; la commission extraordinaire nommée en 1680 par Louis XIV, pour juger la Brinvilliers, la Voisin, la Vigoureux, l'Italien Exili, et qui fut aussi appelée Cour des poisons; la chambre qui, sous la Régence, en 1716, vérifia les comptes des fermiers généraux : cette dernière fut aussi nommée Chambre du visa.

CHAMBRE DES COMMUNES (House of Commons), une des deux chambres dont se compose le Parlement anglais, répond à ce que nous nommons Chambre des Députés. La Chambre des Communes est élective; la durée d'un Parlement ne peut dépasser sept années. Le président porte le nom d'orateur (speaker).

CHAMBRE DES DÉPUTÉS, un des trois pouvoirs de l’État en France, fut constituée en 1814 par la charte de Louis XVIII, et remplaça le Corps législatif, qui existait sous l'Empire. Elle était chargée de discuter les lois et plus spécialement de voter l'impôt. D'après la charte de 1814, les députés, élus pour cinq ans, se renouvelaient chaque année par cinquième; ils devaient être âgés de 40 ans et payer 1000 fr. de contributions directes. Depuis 1830, ils furent élus pour cinq années consécutives; il suffisait d'avoir 30 ans et de payer 500 fr. de contributions. Le roi convoquait chaque année la Chambre; il pouvait la proroger ou la dissoudre; mais, dans ce dernier cas, il devait en convoquer une nouvelle dans l'espace de trois mois. La Chambre des Députés a repris depuis 1852 le nom de Corps législatif.

CHAMBRE DES LORDS (House of Lords), l'une des deux chambres du Parlement anglais, se compose des pairs héréditaires ou nommés par le roi. En 1820, le nombre des pairs était de 291 pairs anglais, de 16 pairs écossais et de 32 pairs irlandais; ce qui faisait 339 lords. L'introduction des pairs catholiques en 1829 en a porté le nombre à 400. La Chambre des Lords admet dans son sein des pairs ecclésiastiques.

CHAMBRE DES PAIRS. V. PAIRS.

CHAMBRE ÉTOILÉE, haute cour de justice en Angleterre , qui apparaît pour la 1re fois sous Henri VII, en 1485. Elle était composée des conseillers du roi, qui se réunissaient dans une salle ornée d’étoiles d'or; d'où lui vint son nom. Ce tribunal jugeait sans le concours d'un jury et sur le témoignage d'un seul témoin : aussi devint-il un instrument terrible entre les mains de Henri VIII et d’Élisabeth. Il fut aboli en 1641 par le Long-Parlement.

CHAMBRE INTROUVABLE, sobriquet donné à la Chambre des Députés convoquée le 7 octobre 1815. Cette chambre réactionnaire se signala par son ultra-royalisme, par son zèle excessif en faveur de l'aristocratie et du clergé, et tenta de rétablir l'ancien régime. Elle vota l'établissement des cours prévôtales et prononça le bannissement de tous les Conventionnels qui avaient voté la mort de Louis XVI. Louis XVIII se vit obligé de la dissoudre (5 septembre 1816).

CHAMBRES DE RÉUNION, commissions formées par Louis XIV en 1679 pour rechercher les anciennes dépendances des pays concédés à la France par les traités de Westphalie, d'Aix-la-Chapelle et de Nimègue, afin de prononcer la réunion de ces dépendances à la couronne. Louis XIV se fit ainsi adjuger le comté de Vaudemont, Saarbourg, Saarbruck, Salm, une partie du Luxembourg, Hombourg, Deux-Ponts, Montbéliard, Wissembourg, Strasbourg, avec une partie de l'Alsace inférieure. La paix de Ryswyk, 1697, l'obligea de restituer une partie de ces acquisitions, mais il garda l'Alsace.

CHAMBROIS, ch.-l. de cant. V. BROGLIE.

CHAMFORT (Sébastien Roch NICOLAS, dit), poëte et littérateur, né en 1741 en Auvergne, d'un père inconnu, fit ses études comme boursier au collége des Grassins à Paris, et remporta les premiers prix de l'Université. Il prit en entrant dans le monde le nom de Chamfort, à la place, du simple nom de Nicolas qu'il avait porté jusque-là, se fit de bonne heure connaître par des prix de poésie remportés à l'Académie, donna au Théâtre-Français quelques comédies qui réussirent, et s'attacha pour vivre à diverses entreprises littéraires. Sa réputation le fit choisir par le prince de Condé pour être secrétaire de ses commandements; il devint ensuite lecteur de Mme Élisabeth, sœur du roi. Néanmoins, à la Révolution, il embrassa avec ardeur les idées nouvelles; il se démit de son emploi, et se lia avec Mirabeau. Roland le nomma en 1792 conservateur de la Bibliothèque nationale. Ayant osé, sous la Terreur, blâmer les fautes et les violences du parti révolutionnaire, il fut arrêté et jeté en prison; il essaya inutilement de se tuer. On le relâcha bientôt, mais il mourut au bout de quelques semaines, des suites des blessures qu'il s'était faites (avril 1794). Il avait été reçu à l'Académie en 1781. Ses écrits les plus estimés sont : Éloge de Molière, couronné (1769); Éloge de La Fontaine (1774); La jeune Indienne, le Marchand de Smyrne, comédies; Mustapha et Zéangir, tragédie. Plusieurs de ses ouvrages se sont perdus, entre autres un Commentaire sur La Fontaine (il n'en a paru qu'une partie dans les Trois Fabulistes, 1796). Ses œuvres ont été rassemblées par Ginguené, 1795, 4 vol. in-8, et par M. Auguis, 1824, 5 vol. in-8. Chamfort brillait surtout par l'esprit : on a fait sous le titre de Chamfortiana un recueil de ses bons mots, 1800.

CHAMILLARD (Michel de), ministre de Louis XIV, né en 1651, m. en 1721, fut d'abord conseiller au parlement de Paris. Une grande adresse au billard, jeu qu'aimait Louis XIV, fut, dit-on, la cause principale de son rapide avancement. En 1699, il fut nommé contrôleur général des finances, et en 1701 ministre de la guerre. Il se servit de moyens odieux pour remplir le trésor, et les cris du public l'obligèrent à se démettre de ses deux emplois (1709). Du reste, il était estimé et aimé de ceux qui le connaissaient personnellement, à cause de son intégrité et de l'aménité de son caractère.

CHAMILLY (Noël BOUTON, marquis de), maréchal de France, né à Chamilly en Bourgogne, en 1636, mort en 1715, se signala en 1675, dans la guerre de Hollande, par la défense de Grave, qui dura 93 jours, et coûta 16 000 hommes au prince d'Orange; il reçut le bâton de maréchal en 1703. Il avait servi en Portugal sous Schomberg, en 1663 : il séduisit dans ce pays une jeune religieuse, et reçut d'elle des lettres passionnées, qu'il ne craignit pas de livrer lui-même à la publicité : ce sont les célèbres Lettres portugaises (1669). Du reste, il parait que, sur les 12 lettres dont le recueil se compose, 7 sont supposées.

CHAMISSO (Adelbert de), écrivain et naturaliste, né en 1781 au château de Boncourt en Champagne, mort à Berlin en 1838, fut emmené par ses parents en émigration, servit quelque temps en Prusse, tout en cultivant les lettres et les sciences naturelles; revint en France après la paix de Tilsitt, et fut nommé professeur à Napoléonville, mais ne tarda pas à retourner à Berlin, et y publia en 1814 un livre original, écrit en allemand, Peter Schlemihl (trad. par N. Martin, 1838), histoire d'un homme qui a perdu son ombre et qui court le monde pour la retrouver; accompagna de 1815 à 1818 Otto de Kotzebue dans son voyage de découvertes, rédigea la partie scientifique de ce voyage, et fut à la fin de sa vie nommé directeur du Jardin des plantes de Berlin. Ses Œuvres, la plupart en allemand, se composent d'écrits des genres les plus divers, botanique, linguistique, romans, poésies; elles ont eu un grand succès en Allemagne. Il règne dans ses poésies un sentiment de tristesse qui semble naître de l'éloignement où il était du sol natal.

CHAMO (désert de), dans l'Asie centrale. V. KOBI.

CHAMONIX ou CHAMOUNY, de Campus munitus? dit aussi le Prieuré, bourg de France (H.-Savoie), à 20 kil. E. de Sallanches, dans une belle vallée; 2300 hab. La vallée, située en vue du Mont-Blanc, au S. E. de Bonneville, est traversée par le haut Arve. Immenses glaciers, formés d'eaux qui descendent du Mont-Blanc : on distingue ceux des Bois, des Bossons et la fameuse Mer de glace, qui a près de 8 k.

CHAMOUSSET (Clément Humbert PIARRON de), philanthrope, né à Paris en 1717, mort en 1773, était maître des comptes. Il consacra sa fortune au service des pauvres et des malades, améliora le régime des hôpitaux et créa à ses frais un hôpital modèle où il supprima l'usage de réunir plusieurs malades dans un même lit. Il fut nommé intendant général des hôpitaux sédentaires de l'armée. On lui doit, en outre, plusieurs établissements d'utilité publique, entre autres celui de la petite poste. Il eut la première idée des associations de secours mutuels.

CHAMOUX, ch.-l. de c. (Savoie), arr. de Chambéry, près du confluent de l'Isère et de l'Arc; 1510 h.

CHAMP D'ASILE, territoire du Texas, sur le golfe du Mexique, entre les riv. del Norte et de la Trinité, à 40 kil. O. de Galveston. Des Français réfugiés y fondèrent en 1817 une colonie sous îa conduite du général Lallemand; mais le vice-roi du Mexique, Apodaca, fit détruire l'établissement, 1819.

CHAMP DE MAI et CHAMP DE MARS, noms que l'on a donnés aux grandes assemblées de guerriers francs depuis la conquête des Gaules au Ve siècle, parce qu'elles se tinrent soit en mars (sous la 1re race) soit en mai (depuis 755). En latin on les appelait placita (plaids); les Francs leur donnaient le nom de mâls. Ces assemblées avaient un double caractère : elles étaient tantôt des revues militaires ou des réunions solennelles dans lesquelles tous les hommes libres venaient rendre hommage au chef suprême des Francs, et lui apporter leurs dons annuels; tantôt des réunions plus actives où le souverain convoquait soit les leudes et les guerriers pour les consulter sur quelque expédition militaire, soit les évêques pour régler leurs différends avec la royauté, ou pour prendre leurs conseils sur la direction des affaires de l'État. Ces assemblées, tenues irrégulièrement sous les Mérovingiens, devinrent beaucoup plus fréquentes sous les premiers Carlovingiens; mais après Charles le Chauve, toute trace de cette institution disparaît. — On a aussi donné le nom de CHAMP DE MAI à une fameuse assemblée tenue en 1815, pendant les Cent-Jours, au Champ de Mars de Paris, à l'imitation des anciens Champs de mai, et dans laquelle l'empereur Napoléon proclama, en présence des députations de tous les colléges électoraux et des corps de l'armée, l'Acte additionnel aux constitutions de l'Empire. Cette assemblée, annoncée pour le 26 mai 1815, ne put avoir lieu que le 1er juin.

CHAMP DE MARS, Campus Martius. On appelait ainsi à Rome une vaste plaine qui originairement s'étendait hors des murs de la ville, et où Romulus avait consacré un temple à Mars; elle était située à l'O. de Rome et sur la r. g. du Tibre. C'est dans cet emplacement que se trouve en grande partie la Rome moderne. Le Champ de Mars servait aux évolutions militaires et à divers autres usages : c'est là qu'on tenait les assemblées du peuple, qu'on élisait les magistrats, et que la jeunesse s'exerçait à la lutte, à lancer le javelot et le disque, à conduire les chars, etc. Dans les derniers temps de la République, on éleva autour du Champ de Mars des portiques, des arcs de triomphe et de magnifiques monuments publics. — Par imitation, on a donné, à Paris, le nom de Champ de Mars à un vaste espace situé à l'extrémité S. O. de la ville, entre l'École militaire et la Seine, qui fut disposé vers 1770 pour servir de champ d'exercice. Ce lieu a été le théâtre de plusieurs grands événements. V. FÉDÉRATION et ci-dessus CHAMP DE MAI.

CHAMP-DENIERS, ch.-l. de c. (deux-Sèvres) à 17 kil. N. de Niort; 1200 hab. Foires pour les bestiaux.

CHAMP DU DRAP D'OR, vaste plaine où se passa une entrevue célèbre entre François Ier, roi de France, et Henri VIII, roi d'Angleterre (1520); elle était située en Flandre, entre les châteaux d'Ardres et de Guines, dont le 1er appartenait à la France, et le 2e à l'Angleterre. Son nom lui fut donné à cause du faste que les deux cours rivales y déployèrent à l'envi. François I, dont le but était de gagner le roi d'Angleterre et de déjouer les intrigues de Charles-Quint, obtint par un traité la confirmation du mariage du Dauphin de France avec Marie d'Angleterre; mais le card. Wolsey, ministre du roi d'Angleterre, acheté par Charles-Quint, prévint les effets de cette entrevue.

CHAMP DU MENSONGE. V. LUGENFELD.

CHAMPAGNAC, ch.-l. de cant. (Dordogne), sur la Dronne, à 16 kil. S. de Nontron; 1050 hab.

CHAMPAGNE, Campania en latin moderne, anc. prov. de France, ainsi nommée de ses vastes plaines (campi), était bornée au N. par la Flandre française, les Pays-Bas autrichiens et la principauté de Sedan; à l'E., par la Lorraine; au S. E., par la Franche-Comté; au S., par la Bourgogne et le Nivernais, et à l'O. par l'Île de France et la Picardie. Superficie, 280 kil. de long sur 200 de large. Chef-lieu, Troyes. Elle forme auj. les dép. de la Marne, de la Hte-Marne, de l'Aube, des Ardennes, et en partie ceux de l'Yonne, de l'Aisne, de Seine-et-Marne et de la Meuse. La Champagne se divisait en 8 parties: Champagne propre, Châlonnais, Rémois, Rethelois, Vallage, Bassigny, Sénonais, Argonne. La Champagne propre se subdivisait elle-même en Hte-Champagne (v. principales : Châtillon-sur-Marne, Épernay, Aï, Vertus, Dormans), et Basse-Champagne (v. principales : Troyes, Arcis-sur-Aube, Méry-sur-Seine, Ramerupt). La partie orientale de la B.-Champagne et le sud du Châlonnais, c.-à-d. le pays compris entre Vitry et Sézanne, porte vulgairement le nom de Champagne pouilleuse, à cause de l'infertilité du sol et de la misère des habitants. La Champagne est arrosée par la Seine, l'Aube, la Marne, l'Yonne, l'Aisne et leurs affluents. On y trouve en abondance la craie, la marne, l'ardoise, etc. Le sol produit beaucoup de grains, de fruits, de légumes; mais ce pays est surtout célèbre par ses vins blancs et rouges, et par ses vins mousseux, dits vins de Champagne, parmi lesquels on cite ceux d'Aï, Sillery, Bouzy, Mareuil, Hautvilliers, Dizy, Epernay, Pierry, Avize. — Les peuples qui habitaient ce pays avant la conquête romaine étaient les Lingones, les Senones, les Tricasses, les Catalauni et les Remi. Sous l'empire romain, il fit partie des Lyonnaises 1re et 4e et de la Belgique 2e. Après l'invasion des Barbares, il fut partagé entre le roy. des Burgundes et celui des Francs, puis entre les deux roy. d'Orléans (Bourgogne francique) et de Metz (Austrasie). In 451, la Champagne fut dévastée par Attila, qui fut défait aux env. de Châlons. Sous les Mérovingiens, elle eut des ducs nommés par les rois. Aux Xe siècle, elle échut à des comtes issus de la maison de Vermandois, dont le 1er fut Herbert, mort en 943. Quand cette dynastie s'éteignit, en 1020, elle devint le partage d'Eudes II, petit-fils de Thibaut le Tricheur (comte de Blois, Chartres, Tours, Beauvais et Meaux, mort en 978) et neveu du dernier comte de la maison de Vermandois. Deux fils du comte Eudes II, Étienne et Eudes, puis son frère, Thibaut, lui succédèrent. Thibaut donna naissance à deux branches de la maison de Champagne : l'aînée posséda d'abord la Champagne et s'éteignit en 1125; la cadette, celle des comtes de Blois, Chartres et Brie, hérita en 1125 du comté de Champagne. Se divisant à son tour en 1152, cette branche produisit deux lignes : la 2e ligne de Blois et la ligne champenoise, qui eut la Champagne et la Brie. Henri I commença cette dernière ligne; Henri II, son fils aîné, devint roi de Chypre, puis de Jérusalem, et mourut en 1197, laissant son comté à Thibaut V, son frère; Thibaut VI le posthume régna après lui et devint roi de Navarre en 1234. Il eut pour successeurs, tant en Champagne qu'en Navarre, Thibaut VII (II en Navarre), Henri III (I), Jeanne I. Celle-ci apporta la Champagne et la Navarre en dot à son époux Philippe le Bel, en 1284. Depuis ce temps la Champagne ne fut plus séparée de la couronne de France. Cependant la réunion officielle ne fut plus prononcée qu'en 1361. Sous l'administration royale, la Champagne formait un des 12 grands gouvernements : elle renfermait 10 bailliages. On doit à M. d'Arbois de Jubainville l’Histoire des comtes de Champagne, 1859-62, 3 vol. 8°.

On avait donné le nom de Champagne à quelques autres pays de France, sans doute aussi à cause des plaines qu'ils contiennent : 1° en Berry, lieux principaux : Lugny, Jussy (Cher), Ménétréol, La Champenoise (Indre); 2° dans le Maine : Loué, Cranne, Montreuil, St-Christophe (Sarthe); 3° en Normandie: Bailly, St-Martin (Seine-Inf.); 4° dans l'Angoumois : ce dernier pays, comprenant les environs de Cognac, est auj. réparti entre les dépts de la Charente et de la Charente-Inf.; il est renommé pour la supériorité de ses eaux-de-vie, dites fine Champagne.

CHAMPAGNE, ch.-l. de c. (Ain), à 15 kil. N.de Belley; 450 hab. Anc. capit. du Valromey.

CHAMPAGNE-MOUTON, ch.-l. de cant. (Charente), à 19 kil. O. de Confolens : 900 hab.

CHAMPAGNE (THIBAUT, comtes de). V. l'art. ci-dessus et THIBAUT.

CHAMPAGNE (Philippe), peintre, né à Bruxelles en 1602, mort en 1674, vint à Paris en 1621 pour s'y perfectionner sous le Poussin, et s'y fixa tout à fait. Ses talents lui méritèrent la place de 1er peintre de la reine et une pension de 1200 liv. Il fut reçu, en 1648, membre de l'Académie de peinture, fut nommé professeur en 1655, et enfin directeur de l'Académie. Son assiduité au travail lui avait donné une facilité surprenante. Il a laissé une multitude de morceaux estimés, qui ornaient les édifices publics, les églises (Val-de-Grâce, Sorbonne, St-Severin, St-Merry) et les maisons particulières. Les plus connus sont : le Vœu de Louis XIII (à Notre-Dame), la Réception des chevaliers du St-Esprit, une Cène, la Madeleine aux pieds de J.-C., les Religieuses. Il excellait aussi dans le portrait. Champagne dessinait fort bien et imitait exactement la nature, sans jamais blesser la décence; mais ses compositions sont plus savantes que poétiques. — Son neveu, J. B. Champagne, s'est aussi distingué dans le même art; il a le plus souvent travaillé avec lui.

CHAMPAGNEY, ch.-l. de c. (H.-Saône), à. 16 kil. N. E. de Lure; 2000 hab. Station. Houille.

CHAMPAGNOLES, ch.-l. de c. (Jura), à 23 kil. S. E. de Coligny; 3146 hab. Tréfilerie, forges.

CHAMPAGNY (J. B. NOMPÈRE de), duc de Cadore, né à Roanne en 1756, mort en 1834, était major de vaisseau à 26 ans. Il fut, en 1789, député de la noblesse aux États généraux, et se distingua par son éloquence et sa modération. Bonaparte l'appela au Conseil d'État en 1800, le nomma en 1801 ambassadeur à Vienne, en 1804 ministre de l'intérieur, en 1807 ministre des relations extérieures; il conclut en cette qualité le traité de Vienne, 1809, et négocia le mariage de l'Empereur avec Marie-Louise. Il rentra dans la vie privée à la Restauration, et fut nommé pair en 1819. Il avait été créé duc de Cadore en 1808.

CHAMPAUBERT, vge de France (Marne), à 22 k. S. O. d'Épernay; 250 hab. Napoléon y battit le général russe Alsuvief, 10 février 1814.

CHAMPCENETZ (le chevalier de), officier aux gardes françaises, connu par son esprit, né en 1759 à Paris, était neveu du gouverneur des Tuileries. Il attaqua la Révolution avec l'arme du ridicule : il travailla avec Rivarol à plusieurs écrits de circonstance et eut la principale part à la rédaction du recueil périodique intitulé : les Actes des Apôtres. Il fut arrêté et mis à mort eh 1794.

CHAMP D'ASILE, DE MAI, etc. V. CHAMP.

CHAMPEAUX, vge de Seine-et-Marne, à 12 kil. N. E. de Melun; 460 hab. Patrie de Guillaume de Champeaux, maître, puis adversaire d'Abélard.

CHAMPEIN (Stanislas), compositeur, membre de l'Institut, né en 1753 à Marseille, mort en 1830, est connu par de spirituelles partitions dont plusieurs sont restées longtemps au répertoire : on remarqua surtout le Soldat français, opéra-comique, 1779 ; la Mélomanie, 1781, charmante parodie de la musique italienne, le Nouveau don Quichotte, que l'auteur fit passer pour un opéra italien, et qui trompa les Italiens eux-mêmes. Champein entra en 1792 dans l'administration : il fut préfet à Mayence.

CHAMPEIX, ch.-l. de c. (Puy-de-Dôme), sur la Couze, à 10 k. N. O. d'Issoire; 1900 hab. Anc. château.

CHAMPIER (Symphorien), né en 1472 à St-Symphorien, près de Lyon, mort vers 1539, était allié à la famille du chevalier Bayard. Il fut 1er médecin du duc de Lorraine, suivit ce prince qui se rendait en Italie avec Louis XII, assista à plusieurs batailles, puis se fixa à Lyon, où il remplit les fonctions d'échevin et contribua à plusieurs fondations utiles, notamment à celle de l’École de médecins de Lyon. Outre de savants traités de médecine, inspirés par l'étude des maîtres grecs et arabes, il a composé un grand nombre d'ouvrages historiques, parmi lesquels on remarque les Chroniques de Savoie, 1516; la Vie de Bayard, 1525.

CHAMPIGNY, vge près de St-Maur (Seine), illustré par trois jours de combats meurtriers pendant le siége de Paris (29 novembre-1er décembre 1870).

CHAMPIONNET (J. Étienne), général français, né à Valence en 1762, mort en 1800, était fils naturel d'un avocat. Il entra fort jeune au service et dut à sa valeur un avancement rapide. Nommé colonel après le combat d'Arlon, général de brigade en 1793, il contribua beaucoup à la victoire de Fleurus, 1794. Envoyé en 1798 en Italie, il chassa de Rome l'armée napolitaine, conquit en peu de jours le roy. de Naples, et y établit la République parthénopéenne; mais au milieu de ses succès, il fut arrêté, par ordre du Directoire, à la suite d'un démêlé qu'il avait eu avec un commissaire du gouvernement, et se vit jeté en prison. Rappelé au commandement de l'armée d'Italie après le 30 prairial an VII, il fut d'abord vainqueur; mais il fut ensuite défait à Genola par les Austro-Russes. Ne pouvant supporter cet échec, il donna sa démission et mourut peu après de chagrin. Sa ville natale lui a élevé une statue (1848). M. A. de St-Albin a laissé : Championnet ou les Campagnes de Rome et de Naples, ouvrage qui a été publ. en 1860 par son fils, M. Hortensius de St-Albin.

CHAMPLAIN (Samuel), armateur de Dieppe, né au Brouage vers 1570, mort en 1635, partit en 1603, avec l'assentiment de Henri IV, pour jeter les bases d'un établissement au Canada, et reconnut une partie du pays. Il établit des relations avec les sauvages, fonda en 1608 la ville de Québec, qui prit bientôt l'aspect d'une véritable colonie, et en fut nommé gouverneur en 1620; mais, attaqué en 1627 par les Anglais, il se vit obligé de capituler. En 1629, le Canada ayant été restitué à la France, Champlain reprit son commandement, qu'il conserva jusqu'à sa mort. Champlain a laissé son nom à un lac de l'Amérique septentr., qu'il avait exploré. On a une relation de ses Voyages, dont la meilleure édit. est de 1640.

CHAMPLAIN (lac), lac des États-Unis, sur les confins du Canada, entre l'État de New-York et celui de Vermont; 170 k. sur 25. Ce lac reçoit le Missisqui, la Moelle et l'Onion, communique avec les lacs Hudson et Érié, et se décharge dans le St-Laurent par le fleuve Richelieu ou Sorelle. Il fut découvert par Champlain en 1608. Les Américains, commandés par Mac-Donough, détruisirent une flotte anglaise sur ce lac en 1814.

CHAMPLATREUX, vge de Seine-et-Oise, à 4 kil. S. de Luzarches; 130 hab. Beau château appartenant à la famille Molé et où le roi Louis-Philippe alla visiter en 1839 M. Molé, alors son 1er ministre.

CHAMPLITTE, ch.-l. de cant. (Haute-Saône), à 19 kil. N. O. de Gray; 3083 hab. Vignoble estimé. Anc. domaine d'une maison illustre pendant les croisades, qui obtint la principauté d'Achaïe, 1205.

CHAMPMESLÉ (Marie DESMARES), célèbre actrice, née à Rouen en 1644, morte en 1698, vint à Paris en 1669, débuta au théâtre du Marais, puis joua sur celui de l'Hôtel-de-Bourgogne, où elle se fit bientôt remarquer dans les rôles tragiques. Elle a créé ceux de Bérénice d'Iphigénie, de Phèdre et de Monime. Elle vécut dans une étroite intimité avec Racine, qui la forma lui-même à la déclamation; avec La Fontaine, qui lui dédia Belphégor, et avec plusieurs grands personnages, notamment le comte de Clermont-Tonnerre. — Son mari, Charles Chevillet, sieur de Champmeslé, mort en 1701, était aussi acteur : il a composé plusieurs comédies assez jolies : les Grisettes, Crispin chevalier, le Florentin, la Coupe enchantée sont les meilleures; il fit ces deux dernières en société avec La Fontaine. Ses Œuvres ont été réunies en 1696.

CHAMPOLLION (Jean François), savant égyptologue, né à Figeac (Lot) en 1790, fut nommé dès 1809 professeur-adjoint d histoire à Grenoble. Ayant puisé dans les conversations de Fourier, membre de Institut d’Égypte, alors préfet de l'Isère, un goût très-vif pour l'étude des antiquités égyptiennes, il conçut le hardi projet d'expliquer les hiéroglyphes. Il communiqua en 1821 et 1822 à l'Académie des inscriptions le fruit de ses recherches, qui fut reçu avec un applaudissement universel. Après avoir visité les musées égyptiens de Turin et de Rome, il fut chargé en 1826 d'en organiser un semblable à Paris, et en fut nommé directeur. En 1828 et 1829 il visita l’Égypte elle-même et y amassa de précieux trésors d'antiquités; mais il en rapporta une maladie dont il mourut peu après son retour, en 1831, au moment où il allait occuper une chaire d'archéologie, créée exprès pour lui. Il avait été reçu à l'Académie en 1830. Son ouvrage le plus important est L’Égypte sous les Pharaons, ou Recherches sur la géographie, la religion, la langue, les écritures et l'histoire de l’Égypte avant l'invasion des Cambyse, 2 vol. in-8, 1814. Champollion a commencé à expliquer les hiéroglyphes, qui étaient restés jusque-là indéchiffrables. Il a distingué d'abord trois sortes d'écritures : l'écriture hiéroglyphique proprement dite ou écriture sacrée; l’hiératique ou sacerdotale; la démotique ou vulgaire; il a reconnu en outre que les caractères hiéroglyphiques étaient employés, tantôt comme signes de choses, tantôt comme simples lettres; il avait commencé à rédiger une Grammaire et un Dictionnaire hiéroglyphique, quand la mort l'enleva. L'État fit l'acquisition de ses manuscrits, qui furent publiés de 1834 à 1848. Sa ville natale lui a élevé une statue. — M. Champollion-Figeac, son frère, aîné, né en 1778, a continué ses travaux et publié ses manuscrits. On lui doit en outre d'importants travaux sur la chronologie, notamment les Annales des Lagides, couronnées en 1819.

CHAMPS ou CHAMPS-DE-BORT, ch.-l. de cant. (Cantal), à 26 kil. N. E. de Mauriac; 1725 hab.

CHAMPS ÉLYSÉES. V. ÉLYSÉES.

CHAMPSAUR, petit pays du Haut-Dauphiné, au, S. du Grésivaudan, fut érigé en duché en 1336. Villes, Saint-Bonnet et Lesdiguières. Il est auj. réparti dans les dép. des Hautes-Alpes et de la Drôme.

CHAMPTERCIER, vge des Basses-Alpes, à 11 k. O. de Digne; 460 hab. Patrie de Gassendi.

CHAMPTOCEAUX, ch.-l. de cant. (Maine-et-Loire), sur la Loire, à 6 kil. S. O. d'Ancenis; 1150 hab. Jadis ville forte, rasée en 1420.

CHANAAN, fils de Cham, fut maudit par Noé en même temps que son père (V. CHAM). Il vint habiter avec ses 11 fils le pays qui prit de lui le nom de Terre de Chanaan, et qui plus tard fut nommé Terre promise, puis Palestine. Les Chananéens, descendants de Chanaan, étaient des peuples souillés de crimes : Dieu ordonna aux Hébreux de les exterminer en entrant dans le pays qu'ils occupaient.

CHANAAN (Terre de). On comprenait jadis sous ce nom la Phénicie, la Judée et une petite partie de la Syrie mérid., pays habités par onze tribus issues des onze fils de Chanaan. Les Hébreux entrèrent dans cette terre, qu'on appelle aussi la Terre promise, sous la conduite de Josué, l'an 1605 av. J.-C.

CHANAC, ch.-l. de cant. (Lozère), à 14 kil. S. S. E. de Marvéjols; 1900 hab. Serges.

CHANCEAUX, bourg de la Côte-d'Or, à 10 kil. de Saint-Seine, près de la source de la Seine; 600 h.

CHANCELIER, cancellarius. A Rome on donnait ce nom aux secrétaires de l'empereur, parce que, lorsque celui-ci rendait la justice, ils se plaçaient derrière les barreaux (cancelli), dans l'enceinte qui séparait l'empereur du public. En France, le titre de chancelier a toujours été commun à plusieurs offices; mais le plus éminent était le chancelier de France, président du Conseil d'État et interprète des volontés du roi près du parlement. A partir de la 2e race, le chancelier eut la garde des sceaux et fut chargé de dresser et de contre-signer les actes donnés par le roi. Cette charge fut supprimée en 1790. Napoléon créa le titre d’archichancelier en faveur de Cambacérès, à qui il donna l'administration de l'état civil de sa maison. La Restauration rétablit le chancelier de France, mais lui ôta la garde des sceaux, qui fut confiée au ministre de la justice, et lui attribua la présidence de la Chambre des Pairs. Il n'y a plus auj. en France d'autre chancelier que le grand chancelier de la Légion d'honneur.

En Angleterre, on appelle lord grand chancelier le 1er officier public, auquel appartient de droit la présidence de la Chambre des Lords, et qui est en même temps le chef de la justice et le président d'une cour particulière appelée court of chancery.

CHANCELIER DE L'ÉCHIQUIER. V. ÉCHIQUIER.

CHANCELLADE, vge de la Dordogne, à 7 kil. de Périgueux ; 1110 hab. Il s’y trouvait une célèbre abbaye de Bénédictins, fondée en 1133.

CHANCELLOR (Richard), navigateur anglais, découvrit en 1553 le port d’Archangel en cherchant un passage en Amérique par le Nord-Est ; il périt en 1556 dans une tempête, eu revenant des mêmes parages. Son Voyage se trouve dans les collections d’Hackluyt et de Pinkerton.

CHANDELEUR, fête religieuse qui se célèbre le 2 février en mémoire de la présentation de Jésus-Christ au temple et de la purification de la Vierge. Cette fête fut instituée au VIe siècle (V. PURIFICATION). Son nom vient des chandelles ou cierges qu’on y brûle comme symbole de la lumière que le Christ allait répandre sûr les Gentils.

CHANDERNAGOR, comptoir français au Bengale, à 31 kil. N. de Calcutta, sur la r. dr. de l’Hougly ; 32 000 hab. (ville et territoire). Cédée en 1688 à la Compagnie française des Indes et florissante sous Dupleix, la ville a perdu toute importance depuis 1814 et n’a plus de fortifications. On en exporte annuellement 400 caisses d’opium. Les Anglais nous l’ont souvent prise ; ils l’ont rendue après la paix (1816).

CHANDLER (Richard), helléniste et archéologue anglais, né en 1738, mort en 1810, publia en 1763 une magnifique édition des Marbres d’Arundel ou d’Oxford (Marmara Oxoniensia), plus exacte et plus complète que celles qu’en avaient précédemment données Selden, Prideaux et Maittaire. Chargé de faire des recherches sur les monuments antiques, il parcourut de 1764 à 1766 l’Ionie, l’Attique, l’Argolide, l’Élide, et y recueillit une ample moisson de matériaux qu’il apporta en Angleterre et dont il publia la description. On lui doit : Antiquités ioniennes, Londres, 2 vol. in-fol., 1769-1800 ; Inscriptiones antiquæ in Asia Minori et Græcia, præsertim Athenis, collectæ, Oxford, 1774, in-fol. ; Voyages en Asie-Mineure et en Grèce, Oxford, 1775-76, 2 vol. in-4, trad. par Servois et Barbié du Bocage, 1806 ; Histoire de Troie, Londres, 1802.

CHANDOS (Jean), capitaine anglais du XIVe siècle, fut nommé par Édouard III lieutenant général des prov. que l’Angleterre possédait en France et négocia la paix de Bretigny. Il fit prisonnier Duguesclin à la bat. d’Auray en Bretagne, en 1364, et à celle de Navarette en Espagne, 1367, mais il sollicita lui-même sa liberté. Lorsqu’Édouard III érigea l’Aquitaine en principauté en faveur de son fils, le prince de Galles, Chandos devint le connétable de ce dernier. Il fut tué au combat de Lussac, près Poitiers, en 1369. Les Anglais le considéraient comme le plus habile de leurs généraux après le Prince-Noir (Édouard) ; il s’était concilié également l’estime des Français, particulièrement de Duguesclin.

CHANGALLAS, peuple nègre, habite à l’O. de l’Abyssinie et au S. de la Nubie, sur les bords du Bahr-el-Abiad et de ses affluents, jusqu’au Tacazzé. Sa principale occupation est, de toute antiquité, la chasse des éléphants et des autruches : Ptolémée les désigne sous le nom d’Éléphantophages et de Strouthiophages (mangeurs d’Éléphants et d’Autruches).

CHANG-HAI, ville de Chine, dans la province de Kiang-sou et le dép. de Soung-Kiang, sur une des embouchures du fleuve Han-Kiang ou fleuve Bleu ; 300 000.h. Port ouvert aux étrangers depuis 1842, en vertu du traité de Nankin. Commerce immense ; exportation de thé, drogues médicinales, nankin ; importation d’opium, de draps, calicots, sucre, plomb.

CHANLAIRE (Gabriel), géographe, né à Vassy, en 1758, m. en 1817, était attaché au bureau topographique du cadastre. On lui doit plusieurs travaux recommandables de statistique et de géographie : Tableau général de la nouvelle division de la France, Paris, 1802, in-4° ; Description topographique et statistique de la France, 1810, 2 vol. in-4° ; Atlas de la France en départements (en 86 cartes), 1818 ; Atlas de grandes cartes du théâtre de la guerre en Orient, de l’Égypte, du Rhin et de la Belgique, etc.

CHANNING (William ELLERY), né en 1780 à New-Port (Rhode-Island), mort à Boston en 1842, embrassa l’état ecclésiastique, exerça son ministère à Boston, se fit remarquer par son éloquence, sa charité et son esprit de tolérance, et mérita d’être appelé le Fénelon du Nouveau-Monde. Il était un des chefs de l’unitarianisme aux États-Unis. Il fut aussi un des plus ardents promoteurs de l’abolition de l’esclavage. Il s’attacha, dans ses sermons et ses écrits, à prouver la nécessité sociale de la religion, dont il opposa les préceptes aux mauvais conseils de la pauvreté et aux erreurs du socialisme. Ses Œuvres complètes ont été publiées en 1851 par Maclellan (Londres, 2 v. in-8). M. Ed. La Boulaye a donné une traduction de ses Œuvres sociales, ainsi que de son Traité de l’Esclavage, 1855, avec un Essai sur sa vie et ses ouvrages.

CHANOINES (du latin canonicus, soumis à des règles dites canons), prêtres attachés à une église cathédrale ou collégiale, dont ils forment le chapitre et où ils célèbrent en commun le service divin ; ils portent l’aumusse. Le nom de chanoine fut donné dès le IVe siècle aux cénobites, religieux qui vivaient en commun sous une même règle ; mais ce n’est que depuis 763, lorsque Chrodegang, évêque de Metz, eut publié sa règle des chanoines, que cette institution eut une existence régulière. Il y eut d’abord des chanoines laïques ou séculiers ; mais une bulle du pape Alexandre II, en 1063, en créant les chanoines réguliers, exclut les laïques de ces sortes de communautés. Les chanoines peuvent être de simples clercs ; mais, dans l’usage, ils sont tous prêtres et peuvent baptiser, absoudre, et offrir le saint sacrifice. Dans les églises cathédrales, il y a toujours un chapitre de chanoines, dont les membres composent le conseil de l’évêque ; les fonctions curiales de la cathédrale leur appartiennent à tous collectivement, et sont exercées par l’un d’eux au nom du chapitre. Le titre de chanoine est auj. presque toujours conféré à titre de récompense, ou comme retraite.

CHANOINESSES, titre porté par des dames qui faisaient partie de chapitres de femmes. Elles appartenaient à des familles nobles, vivaient dans une maison commune, mais en ayant chacune leur habitation particulière, gardaient le célibat et étaient assujéties à certaines observances ; on leur donnait le titre honorifique de Madame. Il y avait des chanoinesses à Maubeuge, à Remiremont, à Montfleury près de Dijon ; il en existe encore en Allemagne.

CHANONAT, bourg du Puy-de-Dôme, sur l’Auzon, affluent de l’Allier, à 9 k. S. de Clermont-Ferrand ; 1700 h. Source minérale.

CHAN-SI, province de Chine, a pour bornes au N. la grande muraille, à l’O. le Chen-si, à l’E. le Pé-tchi-li, au S. le Ho-nan ; 750 k. sur 300 ; 14 000 000 d’hab. Elle a pour ch.-l. Thaï-youan. Le Hoang-ho ou Fleuve-Jaune la borne à l’O.. et au S., le Fen-ho la traverse. C’est le premier séjour des ancêtres des Chinois, suivant les traditions chinoises.

CHANTAL (Jeanne Françoise FRÉMIOT, dame de), femme célèbre par sa piété, née à Dijon en 1572, d’un président à mortier, morte en 1641, avait épousé Christophe de Rabutin, baron de Chantal. Son mari ayant été tué à la chasse, elle fit vœu, quoique jeune encore, de ne point se remarier, et, après avoir établi ses enfants, elle se consacra tout entière à des œuvres de charité. Elle travailla avec S. François de Sales à l’établissement de l’ordre de la Visitation, dont elle fonda le premier couvent à Annecy en 1610. Clément XI l’a canonisée en 1767. On l’honore le 21 août. Elle a laissé des Lettres, qui ont été publiées en 1660. Sa Vie a été écrite par Daurignac et par Mme de Changy. Mme de Sévigné était petite-fille de Mme de Chantal.

CHANTELLE-LE-CHÂTEAU, ch.-l. de c. (Allier), à 20 k. N. de Gannat ; 1850 h. Ruines d’un ancien château des ducs de Bourbon. CHANTELOUP, beau domaine avec château qu'on voyait à 2 k. d'Amboise, et qui eut pour propriétaires le duc de Choiseul et Chaptal; il est auj. détruit. On établit à Chanteloup la 1re grande fabrique de sucre de betteraves.

CHANTERSIER. V. CHAMPTERCIER.

CHANTILLY, joli bourg du dép. de l'Oise, à 40 k. N. de Paris, sur les bords de la Nonette, affluent de l'Oise; 2416 h. Chemin de fer pour Paris. Vaste pelouse servant aux courses de chevaux. Fabrication de blondes et dentelles noires. Château et parc magnifiques, qui appartenaient aux princes de Condé depuis 1632 (précédemment aux Montmorency). Avant la Révolution on distinguait 2 châteaux, le grand et le petit Chantilly : le 1er a été démoli et on a établi dans le parc des manufactures de porcelaine, des filatures de coton, etc. Quant au domaine de Chantilly, il est devenu par le testament du duc de Bourbon, son dernier possesseur, la propriété du duc d'Aumale (1830). Vendu après 1852, il a été acheté par des banquiers anglais.

CHANTONNAY, ch. de c. (Vendée), à 33 k. E. de Napoléon-Vendée; 1770 h. Houille.

CHAN-TOUNG, prov. de la Chine, à l'E., sur la mer, entre le Pé-tchi-li au N. et le Kiang-sou au S., séparée du Chan-si par le Ho-nan; 660 k. sur 400; 28 000 000 d'hab. Elle a pour ch.-l. Tsi-nan. Elle est très-commerçante. On y cultive beaucoup de mûriers, et on y trouve une espèce de chenille (phalæna serici) qui donne une excellente soie.

CHANTREAU (P. Nic.), laborieux écrivain, né à Paris en 1741, mort en 1808, professa la langue française dans une école militaire d'Espagne pendant 20 ans, puis fut nommé professeur d'histoire à l'école centrale du Gers, et enfin à l'École militaire, alors à Fontainebleau. Il a laissé : Grammaire française à l'usage des Espagnols, Madrid, 1797; Dictionnaire des mots et usages introduits par la Révolution; Voyage dans les trois royaumes d'Angleterre, d’Écosse et d'Irlande; Voyage en Espagne; Tables chronologiques, trad. de l'anglais de Blair, continuées jusqu'en 1795; Table des matières contenues dans les Œuvres de Voltaire (pour le Voltaire de Beaumarchais); Rudiments de l'histoire; la Science de l'Histoire; Histoire de France abrégée, etc.

CHANUT (Pierre), conseiller d'État, né à Riom vers 1600, fut chargé de plusieurs ambassades et résida de 1645 à 1649 à la cour de Suède. Il entretint un commerce de lettres avec la reine Christine depuis l'abdication de cette princesse, et mourut à Paris en 1662, laissant des Mémoires et Négociations, qui furent publiés après sa mort. C'est lui qui fit connaître Descartes à la reine de Suède et qui engagea cette princesse à l'appeler auprès d'elle.

CHAONIE, Chaonia, auj. sandjakat de Delvino, contrée d'Épire, au N. de la Thesprotie, s'étendait le long de la mer, des monts Acrocérauniens à Panormus. Ce pays fut peuplé par des Pélasges. Des colombes y rendaient des oracles dans un bois sacré.

CHAOS, mélange confus de toutes les matières élémentaires avant la formation du monde. Les poëtes le personnifièrent et en firent un dieu, le plus ancien de tous, et père de l'Érèbe et de la Nuit.

CHAOURCE, Catusiacum, ch.-l. de c. (Aube), à 18 kil. S. O. de Bar-sur-Seine ; 1700 hab. Patrie d'Amadis Jamyn, poëte français du XVIe s., traducteur d'Homère, et d'Edmond Richer, controversiste.

CHAPEAUX (les), faction politique en Suède, opposée à celle des Bonnets. V. BONNETS.

CHAPELAIN (J.), poëte français, né à Paris en 1595, mort en 1674, était fils d'un notaire. Il avait de bonne heure acquis de la réputation par quelques poésies et par ses profondes connaissances. Il voulut mettre le sceau à sa gloire par un poëme épique et composa la Pucelle, à laquelle il travailla, dit-on, trente ans ; cette œuvre parut enfin en 1666 : elle eut d'abord un assez grand débit, mais elle fut bientôt jugée; toute la réputation du poëte s'évanouit, et il ne fut plus qu'un type de ridicule. Boileau est un de ceux qui contribuèrent le plus à éclairer le public. Chapelain n'en resta pas moins en crédit à la cour : Richelieu le nomma un des premiers membres de l'Académie, le chargea de rédiger les statuts de la Compagnie et lui donna une pension de mille écus ; Colbert lui laissa le soin de dresser la liste des savants et gens de lettres qui avaient droit aux libéralités de Louis XIV. Chapelain était d'une avarice extrême : il gagna la maladie dont il mourut pour s'être mouillé les jambes un jour d'orage plutôt que de payer une modique rétribution afin de traverser sur une planche un large ruisseau. On a de lui, outre la Pucelle, des Odes, dont quelques-unes ont du mérite, une traduction de Guzman d'Alfarache et des Mélanges. La Pucelle était en 24 chants ; il n'en parut du vivant de l'auteur que 12; on en a publié 8 depuis; les 4 derniers n'ont jamais été imprimés et sont conservés à la Biblioth. impériale. M. Daclin annonce une édition complète des Œuvres de Chapelain (1860).

CHAPEL-HILL, v. des États-Unis (Caroline septentr.), sur le Newhopecreek, à 38 kil. N. O. de Raleigh. Université fondée en 1789.

CHAPELLE. Ce mot, qui désigna d'abord l'oratoire où l'on gardait la chape de S. Denis, fut ensuite étendu à tout endroit où l'on conservait des reliques et devint le nom propre d'un grand nombre de villages bâtis autour de chapelles. V. LA CHAPELLE.

CHAPELLE (Claude Emm. LUILLIER), fils naturel de François Luillier, maître des comptes, naquit en 1621 ou 1626 à La Chapelle-St-Denis près Paris. Il reçut les leçons de Gassendi en même temps que Molière et Bernier. Il se distingua par quelques petites Pièces fugitives en vers et en prose. La délicatesse et la légèreté de son esprit, l'enjouement de son caractère, le firent rechercher des personnes du premier rang et des gens de lettres les plus célèbres. Son Voyage en Provence et en Languedoc (sept. 1656), composé avec Bachaumont, est un des premiers modèles de cette poésie agréable et facile, dictée par le plaisir et l'indolence. Ce spirituel épicurien mourut à 60 ans, à Paris, en 1686. Ses poésies ont été publiées par Lefebvre de St-Marc, 1755, 1 vol. in-12, et par Constant Letellier, 1826, in-8. Son Voyage a été réimprimé par T. de Latour, 1854.

CHAPELIER. V. LE CHAPELIER.

CHAPERONS. On connaît sous ce nom plusieurs factions populaires qui prirent pour signe de ralliement des coiffures ou chaperons de couleur particulière. Le chaperon rouge était couleur de Paris, le chaperon bleu couleur de Navarre. Pendant la captivité du roi Jean, en 1356, les communes de Paris, soulevées contre le Dauphin, qui fut plus tard Charles V, portaient des chaperons mi-partie rouges et bleus. Cette faction s'éteignit en 1358, à la mort du prévôt Marcel, qui en était le chef. — En 1379, les gens des métiers à Gand, qui s'étaient révoltés contre les ducs de Bourgogne, portaient des chaperons blancs. Cette faction se répandit à Paris en 1413, pendant la démence du roi Charles VI; elle était contraire au parti des Armagnacs.

CHAPITRE, le corps des chanoines. V. CHANOINES

CHAPMAN (George), poëte anglais, né en 1557, mort en 1634, était savant dans les langues latine et grecque. Il traduisit en vers anglais l’Iliade (1600) et l’Odyssée (1614). On prétend que Pope a fait de cette traduction un plus grand usage qu'il ne l'a avoué. On a aussi de Chapman 17 pièces dramatiques, qui sont estimées. Ce poëte fut lié avec Shakespeare, Ben-Johnson et Spenser.

CHAPPE D'AUTEROCHE (Jean), de l'Académie des sciences, né à Mauriac en Auvergne en 1722, embrassa l'état ecclésiastique et se consacra à l'astronomie. Il fut envoyé en Sibérie pour observer le passage de Vénus fixé au 6 juin 1761 ; il donna la Relation de son voyage, Paris, 1768, 2 vol. in-4, avec un atlas grand in-fol. Il se rendit ensuite en Californie pour y observer un autre passage de Vénus annoncé pour le 3 juin 1769, et mourut dans ce pays, à San-Lucar, le 1er août suivant. Ses observations furent publiées par Cassini, Paris, 1772, in-4, sous le titre de Voyage de Californie. — Claude Chappe, son neveu, né à Brûlon, dans le Maine, en 1763, mort en 1805, inventa eu 1790 le télégraphe aérien, et fut nommé administrateur du nouvel établissement. On lui a contesté le mérite de l’invention (V. AMONTONS) ; il eut du moins celui de l’exécution, et fit en 1793 la 1re application de la télégraphie. — Son frère, Jean Chappe, a donné une Histoire de la Télégraphie, 1824.

CHAPSAL (Charles Pierre), grammairien, né à Paris en 1787, mort en 1858, d’abord employé à l’hôtel de ville, se consacra ensuite à la rédaction d’ouvrages classiques qui ont fait sa réputation et sa fortune. Le principal est une Nouvelle Grammaire française avec Exercices, en collaboration avec Noël, ouvrage plus complet et plus logique que la Grammaire de Lhomond, et qui eut un rapide et légitime succès. Publiée pour la 1re fois en 1823, cette grammaire comptait à la mort de l’auteur plus de 40 éditions. Riche des fruits de son travail, Chapsal se retira au château de Polangis, près de Joinville-le-Pont (Seine), et devint le bienfaiteur de la commune. Il légua en mourant une somme de 80 000 francs pour être distribuée en secours et encouragements aux instituteurs de la banlieue de Paris.

CHAPTAL (Jean Antoine), comte de Chanteloup, né en 1756 à Nogaret (Lozère), mort en 1832, se fit recevoir docteur en médecine à Montpellier ; fut appelé en 1781 à une chaire de chimie qui venait d’être fondée dans cette ville, éleva une fabrique de produits chimiques qui le fit bientôt connaître dans toute l’Europe, et reçut de Louis XVI en 1786 des titres de noblesse. En 1793, il fut appelé à Paris pour diriger la fabrique de poudre de guerre de Grenelle, et déploya dans ces fonctions une incroyable activité. Il professa quelque temps la chimie végétale à l’École polytechnique, fut membre de l’Institut dès la fondation, devint en 1800 ministre de l’intérieur, et signala son administration par un grand nombre de mesures utiles aux progrès de l’agriculture et de l’industrie. Il fut en sortant de charge (1805) nommé sénateur, et devint pair de France sous la Restauration (1819). Chaptal n’a fait aucune découverte du premier ordre, mais il a propagé l’étude de la chimie par ses leçons et ses écrits, et il a fait les plus heureuses applications de la science à l’industrie : on lui doit la fabrication artificielle de l’alun, du salpêtre, de ciments imitant ceux de pouzzolane, le blanchiment à la vapeur, l’art de teindre le coton en rouge d’Andrinople, etc. Il fut un des fondateurs de la Société d’encouragement de l’industrie nationale. Ses principaux ouvrages sont : Éléments de Chimie, 1790 ; Chimie appliquée aux arts, 1806 ; Chimie appliquée à l’agriculture, 1823 ; l’Industrie française, 1819.

CHARAS (Moïse), pharmacien, né à Uzès en 1618, m. en 1698, se fit connaître par des travaux sur la thériaque qui lui valurent le titre de démonstrateur au Jardin du roi, se vit forcé de quitter ce poste comme protestant, alla exercer son art avec un grand succès en Angleterre, en Hollande, en Espagne, mais fut dans ce dernier pays dénoncé à l’inquisition et n’échappa à l’auto-da-fé qu’en abjurant. Il finit ses jours en France, où il fut admis à l’Académie des sciences en 1692. On a de lui : Pharmacopée royale, 1672, ouvrage qui fut traduit dans plusieurs langues ; Traité de la Thériaque, 1668 ; Expériences sur la vipère, 1669. Il recommanda le sel essentiel de vipère (sous carbonate d’ammoniaque) contre la morsure de ce reptile, dont ce sel est en effet resté le meilleur antidote.

CHARAX, auj. Karacaja, cap de la Chersonèse Taurique, au N. E. du Criu-Métopon.

CHARAX PASINI, auj. Karem, v. de la Susiane, près du golfe Persique, sur le Copratès, entre l’Eulæus et le Pasitigris, faisait donner le nom de Characène au pays environnant. Elle fut agrandie par Alexandre, ce qui le fit appeler Alexandria Characenes. Patrie de Denys le Périégète et d’Isidore.

CHARBONNERIE, CHARBONNIERS. V. CARBONARI.

CHARCAS, ville de la Bolivie. V. CHUQUISACA.

CHARDIN (J.), voyageur, né à Paris en 1643, mort près de Londres en 1713, était fils d’un bijoutier protestant. Il fut envoyé jeune en Perse pour y faire le commerce des diamants, en revint en 1670, et y retourna en 1671. Il plut au roi de Perse qui le nomma son marchand, et il profita de son séjour dans ce pays peu connu pour l’étudier avec soin et le faire connaître à ses compatriotes. Voyant à son retour que les Protestants étaient persécutés en France, il se rendit en Angleterre, 1681, et y fut fort bien accueilli par Charles II, qui le nomma son plénipotentiaire en Hollande. Chardin a publié un Voyage en Perse (Londres, 1686 et 1711), fort estimé pour l’intérêt des matières et pour l’exactitude des faits. M. Langlès en a donné une édition plus complète, Paris, 1811, 10 v. in-8. Il paraît que Chardin fut aidé dans la rédaction de son Voyage par Fr. Charpentier, de l’Académie Française.

CHARDIN (J. B. Siméon), peintre de genre, né à Paris en 1699, mort en 1779, était fils d’un menuisier et se forma seul : sa manière, qui procède par empâtements successifs, diffère complètement des traditions de l’Académie. Ses tableaux, un peu dans le goût des Hollandais, reproduisent des scènes d’intérieur et des objets familiers. Ils se distinguent par la vérité, une naïveté charmante, un pinceau léger, un coloris vif et frais, qui donne aux objets un relief surprenant. Son chef-d’œuvre est un Benedicite, qui est au Louvre. Chardin était l’ami de Diderot, qui s’inspirait de ses conseils.

CHARDON (Ordre du), ordre écossais, fondé en 1540 par Jacques V, roi d’Écosse, et renouvelé en Angleterre, après la réunion des deux royaumes, est destiné à la noblesse écossaise et ne compte que 16 membres. Les insignes sont un écusson d’or sur lequel est figuré un S. André portant sa croix, et une plaque représentant un chardon à feuille d’or avec cette devise : Nemo me impune lacesset. — Louis II, duc de Bourbon, avait institué en 1670, à l’occasion de son mariage avec Anne, fille du Dauphin d’Auvergne, un ordre du Chardon qui subsista peu.

CHARDON DE LA ROCHETTE (Simon), philologue et bibliographe, né dans le Gévaudan en 1753, mort à Paris en 1814, fut un des principaux collaborateurs de la Bibliothèque des romans grecs. Il a publié en outre une Histoire de la vie et des ouvrages de La Fontaine, 1811, et des Mélanges de critique et de philologie, 1813 ; a donné une édition abrégée des Racines grecques (1808), et plusieurs éditions d’opuscules rares : Vie de la marquise de Courcelles, 1800 ; le Sémélion, histoire du marquis de Belle-Isle, 1807 ; Histoire secrète du cardinal Richelieu, 1808. Il préparait, quand il mourut, une édition de l’Anthologie, d’après le ms. palatin.

CHARENTE, Carantonus, riv. de France, naît à Chéronnac (Hte-Vienne), arrose les dép. de la Charente et de la Char.-Inf., passe à Ruffec, Angoulême, Jarnac, Cognac, Saintes, Taillebourg, Tonnay-Charente, Rochefort, Soubise ; reçoit la Bonnieure, le Brouage, la Boutonne, et se jette dans l’Océan Atlantique après un cours de 340 kil.

CHARENTE (dép. de la), entre ceux de la Charente-Inf. à l’O., des Deux-Sèvres, de la Vienne, de la Hte-Vienne au N., de la Dordogne au S. ; 5882 kil. carr. ; 379 081 hab. ; ch.-l., Angoulême. Il est formé de l’Angoumois et de petites parties de la Saintonge, du Poitou et de la Marche. Peu de hauteurs, sauf vers Angoulême. Fer en roche et en grains, plomb, bonnes pierres de taille, plâtre ; pâturages ; céréales de toute espèce, colza, chanvre, fruits, marrons, châtaignes, truffes, oranges ; vins propres à la fabrication des eaux-de-vie ; nombreuses brûleries d'eau-de-vie, belles papeteries; fonderies de fer, de canons, etc. — Ce dép. a 5 arr. (Angoulême, Ruffec, Cognac, Confolens, Barbezieux) : il dépend de la 14e div. militaire, de la cour impériale de Bordeaux et forme le diocèse d'Angoulême.

CHARENTE-INFÉRIEURE (dép. de la), dép. maritime, sur l'Océan, entre ceux de la Vendée au N., de la Gironde au S., de la Charente à l'E. ; 6080 k. carrés (y compris les îles de Ré, Oléron, etc.); 481 060 h.; ch.-l., La Rochelle. Il est formé de la Saintonge propre, de l'Aunis et d'une partie du Poitou. Belles pierres de taille, plâtre, marne fine, tourbe, nombreux marais salants, produisant une grande quantité de sel. Sol plat, sablonneux. Vins, sarrazin, maïs, moutarde, safran, bons légumes, fèves dites de Marennes, etc. Pêche d'huîtres vertes, de sardines; brûleries d'eau-de-vie, distilleries de liqueurs, raffineries de sucre; poterie fine, verreries, mégisserie; grosse draperie, etc. Grand commerce, cabotages, armements pour l'Amérique. — Ce dép. a 6 arrondissements (La Rochelle, Rochefort, Marennes, Saintes, Jonzac, St-Jean-d'Angély) ; il dépend de la 14e division militaire, de la cour impériale de Poitiers et du diocèse de La Rochelle.

CHARENTON, ch.-l. de c. (Cher), à 11 kil. E. de St-Amand; 1100 hab. Forges.

CHARENTON-LE-PONT, ch.-l. de c. (Seine), à 8 kil. S. E. de Paris, sur la r. dr. de la Marne, vis-à-vis d'Alfort; 5531 h. Fort (1842) ; 1re station du chemin de Lyon, Anc. château de Gabrielle d'Estrées, auj. détruit. A Charenton-le-Pont est attenant Charenton-St-Maurice, où se trouve la célèbre maison de santé pour les aliénés, fondée en 1741 par Sébastien Leblanc. Les 2 communes réunies ont 5835 h. Au temps de Henri IV, Charenton comptait beaucoup de Protestants : ce prince fit bâtir pour eux un temple célèbre, qui fut détruit en 1685. Charenton a été le théâtre d'un grand nombre de combats pendant les guerres avec l'Angleterre et les guerres de religion. En 1814, ce village fut vaillamment défendu contre les alliés.

CHARÈS, général athénien, fut chargé de plusieurs expéditions contre les Argiens (367 av. J.-C), contre Alexandre, tyran de Phères (359), contre Philippe, roi de Macédoine, et s'allia avec Artabaze, révolté contre le roi de Perse. Remarquable par sa haute taille et sa force, il montra partout une grande bravoure, mais il se fit détester par sa cupidité.

CHARÈS, statuaire grec, natif de Lindos, élève de Lysippe, construisit vers l'an 300 avant J.-C. le fameux colosse de Rhodes.

CHARETTE DE LA CONTRIE (Franç. Athanase), chef vendéen, né à Gouffé, près d'Ancenis, en Bretagne, en 1763, fut d'abord lieutenant de vaisseau. En 1793, lorsque la Vendée se souleva en faveur de la royauté, il se mit à la tête des paysans du canton de Machecoul dans le Poitou, se joignit à Cathelineau, et prit part aux siéges de Nantes et de Luçon, qui furent tous deux fatals à la cause qu'il soutenait. La discorde s'étant mise entre les chefs royalistes, Charette quitta brusquement l'armée avec sa division. Son plus beau fait d'armes, lorsqu'il fut ainsi réduit à combattre seul, est la prise du camp républicain de St-Christophe près de Challans (1794). En 1796, le général Hoche détruisit sa faible armée à Quiberon. Fait lui-même prisonnier, Charette fut aussitôt fusillé à Nantes.

CHARIBERT. V. CARIBERT et ARIBERT.

CHARIDÈME, général grec, chef de mercenaires, natif d'Eubée, se mit successivement au service des Athéniens, du roi de Thrace Cotys et du satrape Artabaze, combattit Philippe de Macédoine et Alexandre, fut excepté, par Alexandre du pardon accordé aux Grecs insurgés, se réfugia auprès de Darius, mais irrita ce prince en lui prédisant sa défaite, et fut mis à mort par son ordre, 333 av. J.-C.

CHARILAUS, roi de Sparte, 898-809 avant J.-C.? était fils d'Eunome et neveu de Lycurgue. Il n'était pas encore né quand son père mourut. Lycurgue gouverna pendant sa minorité et donna des lois aux Spartiates. Il combattit les Argiens et les Tégéates et fut pris par ces derniers.

CHARISIUS (Flavius Sosipater), grammairien latin, de l'illustre famille Flavia, vivait au IVe s. de J.-C., sous Honorius, et fut préfet de Rome. Il composa un traité complet de grammaire qui ne nous est pas parvenu en entier, et dont les fragments ont été publiés par Fabricius, dans son Recueil des anciens grammairiens, Leipsick, 1563, par Putsche, dans les Grammatici antiqui, Han., 1605, par D. Godefroy, dans les Auctores lat. linguæ, 1632, et H. Keil, dans la collection Teubner, Leipsick, 1857.

CHARITÉ (Frères de la), ordre institué en 1540, par S. Jean-de-Dieu, Portugais, se consacrait au soin des malades. Cet ordre utile, établi d'abord à Grenade en Espagne, se répandit bientôt en Italie ainsi qu'en France, où il pénétra en 1601. Les Frères de la Charité desservaient l'hôpital de la Charité, à Paris, et celui de Charenton. Cet ordre, supprimé en 1790, a été rétabli depuis.

CHARITÉ (Filles ou Sœurs de la), congrégation de religieuses, instituée vers 1617 par S. Vincent de Paul, et introduite à Paris en 1633 par Mme Legras, se consacre au service des malades. Ces Sœurs subsistent encore auj., et desservent plusieurs hôpitaux. On les nomme aussi Sœurs grises, parce qu'elles portaient d'abord un vêtement gris.

CHARITÉ (La), v. de la Nièvre. V. LA CHARITÉ.

CHARITON, écrivain grec du Bas-Empire, dont l'époque est inconnue, natif d'Aphrodisie en Carie, est auteur des Amours de Chæreas et de Callirhoé, roman publié en grec et en latin, avec des notes, par J. Phil. Dorville, Amst., 1750, et dans les Erotici scriptores de la collection Didot; trad. en français par Larcher, Paris, 1763.

CHARLEMAGNE. V. CHARLES I, roi de France.

CHARLEMONT, v. des Ardennes. V. GIVET.

CHARLEROY, v. forte de Belgique (Hainaut), sur la Sambre, à 72 k. S. de Bruxelles (par ch. de fer); 9000 h. Grande exploitation de houille et de marbre. Clouteries, brasseries, fonderies, laminoirs, etc. Fondée sous Charles II roi d'Espagne (1666) ; prise et reprise dans les guerres des Pays-Bas et au temps de la Révolution : elle se rendit à Jourdan en 1794.

CHARLES, Carolus (de l'allemand karl, viril, fort), est un nom commun à un très-grand nombre de personnages historiques que l'on trouvera dans l'ordre suivant : 1° saints; 2° rois de France ; 3° princes français, ducs de Bourgogne, de Lorraine et rois de Navarre; 4° empereurs d'Allemagne; 5° rois d'Angleterre; 6° rois de Suède; 7°rois d'Espagne; 8° rois de Naples et des Deux-Siciles; 9° ducs de Savoie et rois de Sardaigne; 10° personnages divers.

Saints.

CHARLES (S.), dit le Bon, comte de Flandre, fils de S. Canut, roi de Danemark, succéda en 1119 à Baudouin comte de Flandre, qui, pour récompenser ses services dans la Palestine, l'institua son héritier. Ce prince s'unit au roi de France, Louis VI, le Gros, pour repousser l'empereur Henri V (1123); réprima dans ses États les meurtres, les violences, garantit le peuple de l’oppression des grands, soulagea les pauvres et se signala par son inépuisable charité. Bertolf Van-der-Straat, prévôt de Bruges, et son neveu, Bouchard, se voyant arrêtés dans leurs déprédations, l'assassinèrent dans l'église de Bruges en 1127. On le fête le 2 mars. — Quelques-uns honorent aussi sous le nom de S. Charles l'empereur Charlemagne. V. CHARLES I, à la série des rois de France.

CHARLES BORROMÉE (S.), cardinal, archevêque de Milan, issu d'une illustre famille de Lombardie, naquit en 1538 à Arona (sur le lac Majeur). Appelé à Rome en 1560 par le pape Pie IV, son oncle, il fut revêtu de la pourpre dès l'âge de 23 ans, fut comblé de dignités et de richesses, et obtint une grande influence dans les affaires de l’Église. Il fut l'âme du concile de Trente, s'attacha dans ce concile à réformer les abus qui s'étaient introduits dans l'Église, et fit rédiger le célèbre catéchisme connu sous le nom de Catéchisme de Trente (1566). Nommé archevêque de Milan, il se démit de toutes ses autres charges pour aller résider dans son diocèse ; il y donna l'exemple de toutes les vertus et rétablit partout la discipline. Un des ordres qu'il voulait réformer, l'ordre des Humiliés, tenta de le faire assassiner, mais il échappa heureusement aux coups de l'assassin. Lors de la peste qui désola Milan en 1576, il accourut dans cette ville du fond de son diocèse, et bravant la contagion, porta partout des secours et des consolations. Il mourut en 1584, à 46 ans, épuisé par les fatigues et les austérités. Il s'opéra des guérisons miraculeuses sur son tombeau. Paul V le canonisa. On l'honore le 4 nov. S. Charles a laissé des traités théologiques qui ont été recueillis en 5 vol. in-fol., Milan, 1747. On y remarque ses Instructions aux Confesseurs, et les Actes de l'église de Milan. Sa Vie a été écrite par Giussani, par Godeau et par le P. Touron, 1761. Une statue colossale lui a été érigée à Arona. — Le cardinal Frédéric Borromée, son cousin, archevêque de Milan de 1595 à 1631, fonda dans cette ville vers 1600 la célèb. biblioth. Ambrosienne.

Rois de France.

CHARLES-MARTEL, duc d'Austrasie, fils naturel de Pépin d'Héristal, et père de Pépin le Bref, né en 689, mort en 741, fut proclamé duc en 714, à la mort de son père, et régna longtemps sur toute la France avec le simple titre de maire du palais. Il défit en différents combats Rainfroi, maire de Neustrie, qui gouvernait au nom de Chilpéric II, roi de France, et substitua à ce prince un enfant du sang royal, Clotaire IV, afin de régner sous son nom. Ce dernier étant mort, Charles se fit livrer Chilpéric II, qu'il avait déjà battu lui-même à Vincy, 717, et à Soissons, 719; il lui laissa néanmoins la couronne et se contenta du titre de maire du palais. Charles vainquit les Saxons, les Frisons, soumit la Thuringe et la Bavière et remporta en 732, entre Tours et Poitiers, une victoire complète sur les Sarrasins, qui, sous la conduite d'Abdérame, avaient envahi la France. On prétend qu'on lui donna le surnom de Martel, parce qu'il avait écrasé comme avec un marteau ces formidables ennemis. Il reçut du pape Grégoire III les titres de patrice et de consul. Charles-Martel, en mourant, partagea ses États entre ses trois fils aînés, Carloman, Grifon et Pépin le Bref, mais sans leur donner le titre de roi, qu'il n'avait pas pris lui-même.

CHARLES I, dit Charlemagne, c.-à-d. Charles le Grand, roi de France et empereur d'Occident, fils de Pépin le Bref, naquit en 742. Après la mort de son père, en 768, il partagea d'abord le roy. avec son jeune frère Carloman, et eut pour sa part la Neustrie, l'Aquitaine et la portion occid. de l'Austrasie; mais il demeura seul possesseur de tout le roy. à la mort de Carloman, en 771. Il avait remporté dès 770 une victoire complète sur les peuples d'Aquitaine, qui voulaient se rendre indépendants. Lorsqu'il se trouva seul maître de la France, il étendit partout ses conquêtes. Il fit, à partir de 772, une guerre acharnée aux Saxons, qui, commandes par Witikind, lui opposèrent une vigoureuse résistance, et il n'acheva de les soumettre qu'en 804; il se vit même contraint, pour prévenir leurs révoltes, d'en transplanter les habitants. En 774, il défit Didier, roi des Lombards, qui menaçait le pape, et s'empara de ses États. Il passa en Espagne en 778, et, malgré un échec subi à Roncevaux par son arrière-garde, que commandait Roland, son neveu, il remporta plusieurs victoires sur les Sarrasins et conquit toute la Catalogne. En 788, il réduisit Tassillon, duc de Bavière, qui conspirait contre lui avec les Saxons, et ajouta ses États à son empire. De 791 à 798, il détruisit l'empire des Avares. En 800, Léon III le couronna empereur d'Occident. En 813, il associa son fils Louis à l'empire. Il mourut peu après, en 814. Le vaste empire de Charlemagne était borné à l'O. par l'Océan Atlantique, au S., par l'Èbre, en Espagne, par le Volturno, en Italie; à l'E. par la Saxe, la Theiss, les monts Krapacks et l'Oder; au N. par la Baltique, l'Eyder, la mer du Nord et la Manche; l'empereur résidait le plus souvent à Aix-la-Chapelle. Il faisait visiter chaque année toutes les provinces de son vaste empire par des Missi dominici, hauts commissaires chargés d'en assurer l'unité et de faire respecter partout le pouvoir central. Ce souverain mérita le titre de Grand, non-seulement par ses conquêtes, mais aussi par ses sages institutions. Il fut le restaurateur des lettres; il attira en France par ses libéralités les savants les plus distingués de l'Europe, fonda dans son palais même la première Académie qu'on eût vue dans les Gaules, l’École palatine, que dirigeait Alcuin, et s'honora d'en être membre lui-même (il y avait pris le nom de David). Il établit des écoles où l'on enseignait la grammaire, l'arithmétique, la théologie et les humanités. C'est à Charlemagne que la France dut ses premiers progrès dans la marine; il fit creuser plusieurs ports. Il favorisa aussi l'agriculture et s'immortalisa par la sagesse de ses lois, dont le recueil est connu sous le nom de Capitulaires. (V. ce mot). On a de Charlemagne des Lettres; on lui attribue une grammaire et quelques écrits littéraires et théologiques, que tout au plus il inspira. — Cet empereur fut mis au nombre des saints par l'antipape Pascal III; sa fête fut fixée au 28 janvier. Il est le patron de l'université de Paris, qui le fête encore annuellement. L'histoire de Charlemagne a été écrite en latin par Éginhard, qui avait été son secrétaire ; en français par Gaillard, 1785, en allemand par Hegewisch, 1791.

CHARLES II, dit le Chauve, roi de France, fils de Louis le Débonnaire et de Judith de Bavière, sa 2e femme, né à Francfort-sur-le-Mein en 823, reçut de son père dès 827 le titre de roi d'Alémanie, en 838 celui de roi d'Aquitaine, et devint roi de France en 840. Les faveurs qui lui avaient été accordées au détriment de ses aînes furent la cause des troubles qui agitèrent la fin du règne de Louis et de la mésintelligence qui exista entre ses frères. Il s'unit à Louis le Germanique pour combattre Lothaire, leur frère aîné, qui voulait les exclure du partage de l'empire, et tous deux remportèrent en 841 la bataille de Fontenay en Bourgogne, dont le résultat fut un partage égal de l'empire entre les trois frères (traité de Verdun, 843) : Charles eut la France. Il y réunit dans la suite, soit par conquête, soit par héritage, plusieurs autres États, notamment la Provence et la Lotharingie, qu'il dut néanmoins partager avec Louis le Germanique (traité de Mersen); il se fit couronner empereur en 875 par le pape Jean VIII. Ce prince vit son royaume désolé par les Normands, auxquels il donna de grosses sommes pour les engager à se retirer. La nation, mécontente, le déposa en 856; mais il se fit rétablir en 859 par l'appui des évêques. Il eut plusieurs guerres à soutenir pour conserver l'Aquitaine, qu'il détenait au préjudice de son oncle Pépin II. S'étant rendu en Italie pour concerter avec le pape les moyens de repousser les attaques des Sarrasins, il fut forcé de revenir en France pour soutenir une guerre contre ses neveux, fils de Louis le Germanique, qu'il avait dépouillés après la mort de leur père ; il se fit battre à Andernach, 876. Il fut peu après saisi d'une violente maladie, et mourut, en 877 au village de Brios au pied du mont Cenis : on prétendit qu'il avait été empoisonné par son médecin Sédécias. C'est de Charles le Chauve que date la puissance féodale (V. QUIERZY-SUR-OISE) et l'affaiblissement de la race carlovingienne. Il a laissé des capitulaires, qui ont été joints à ceux de Charlemagne.

CHARLES, dit le Gros, régent de France sous Charles le Simple. V. CHARLES III, empereur.

CHARLES III, dit le Simple, fils posthume de Louis le Bègue, né en 879. Après la mort de Louis III et de Carloman, ses frères, auxquels il devait succéder, les seigneurs disposèrent de la couronne en faveur de l'empereur Charles le Gros. Quand celui-ci eut été déposé en 887, Charles le Simple ne fut cependant point appelé au trône, et Eudes, comte de Paris, fut élu roi. Néanmoins, Charles parvint à se faire sacrer à Reims en 893, et partagea quelque temps le trône avec Eudes. A la mort de ce seigneur (898), il resta seul roi. Incapable de résister aux Normands, il se vit contraint, par le traité de St-Clair-sur-Epte, de leur abandonner une partie de la Neustrie (Normandie), et de donner à Rollon, leur chef, la main de sa fille Gisèle, 911. Les seigneurs s'étant révoltés (922-23), à cause de la tyrannie qu'exerçait Haganon, favori du roi, Charles les combattit et tua Robert, frère du roi Eudes, qui s'était mis à leur tête; mais il fut vaincu à son tour par Hugues le Grand, fils de Robert. Il se sauva auprès d'Herbert, comte de Vermandois; mais celui-ci le retint prisonnier au château de Péronne, où il resta enfermé jusqu'à sa mort, en 929. Il laissait un fils connu sous le nom de Louis d'Outremer. Sous ce règne, les grands vassaux se rendirent de plus en plus indépendants.

CHARLES IV, dit le Bel, 3e fils de Philippe le Bel, né en 1294, monta sur le trône en 1322, à la mort de son frère Philippe le Long, et ajouta au titre de roi de France celui de roi de Navarre, comme héritier de Jeanne, reine de cet État. Trouvant le trésor royal épuisé par les abus du règne précédent, il punit sévèrement et dépouilla les financiers lombards qui avaient commis toutes sortes d'exactions. Il ne traita pas avec moins de rigueur les mauvais juges et les seigneurs qui s'emparaient du bien des particuliers. Charles le Bel eut avec Édouard II, roi d'Angleterre, de sanglants démêlés au sujet de l'hommage que ce prince lui devait pour la Normandie. Il eut aussi à combattre quelques seigneurs de Gascogne qui, soutenus par les Anglais, avaient fait des incursions sur le domaine de la France (1324) : cette guerre est dite la guerre des Bâtards, parce que les Gascons avaient pour chefs des bâtards de la noblesse. Charles IV n'eut que des filles, et à sa mort (1328), la couronne passa à une branche collatérale dans la personne de Philippe de Valois.

CHARLES V, dit le Sage, fils aîné du roi Jean, né en 1337, gouverna le royaume en qualité de régent pendant la captivité de son père, de 1358 à 1360, lui succéda en 1364, et mourut en 1380. Il fit la guerre avec succès à Édouard III, roi d'Angleterre, qui avait envahi la France, puis à Pierre le Cruel, roi de Castille, et força le roi de Navarre à renoncer à l'alliance d'Édouard. Témoin des malheurs causés par la captivité de son père, il s'était fait une loi de ne point commander ses troupes en personne ; il dirigeait tout du fond de son cabinet. Il eut pour généraux Olivier de Clisson, Bertrand Du Guesclin et Boucicaut, qui l'aidèrent à reconquérir presque tout le royaume. Après la victoire, il sut délivrer le royaume des Grandes Compagnies (V. ce nom), dont il avait dû accepter le secours. Charles V réunit à la couronne le Poitou, la Saintonge, le Rouergue, une portion du Limousin, le comté de Ponthieu et la Guyenne; mais les Anglais possédaient encore à sa mort Bordeaux, Calais, Cherbourg, Bayonne et plusieurs forteresses. Il fixa la majorité des rois de France à 14 ans (1374), institua l’appel comme d'abus, créa la Chambre du Trésor, supprima des impôts onéreux, et fonda la Bibliothèque royale. Il fit construire la Bastille, établit les armées permanentes et favorisa la marine et le commerce. Sa Vie a été écrite par l'abbé de Choisy; La Harpe a composé son Éloge.

CHARLES VI, le Bien-Aimé et l'Insensé, fils de Charles V, né en 1368, m. en 1422, reçut le Dauphiné en apanage, et succéda à son père en 1380, âgé de 12 ans, mais il ne régna par lui-même qu'à 20 ans. Il avait été marié dès l'âge de 16 ans à Isabeau de Bavière. Sa minorité fut troublée par les querelles des ducs d'Anjou, de Bourgogne, de Berry et de Bourbon, ses oncles, qui se disputaient le pouvoir; la ville de Rouen se révolta; dans Paris, des assassins, connus sous le nom de Maillotins, assommaient les financiers avec des maillets de fer, 1381. En 1382, Charles prit part à la bat. de Rosbecque, où Clisson battit les Flamands révoltés. En 1392, il marcha contre le duc de Bretagne qui donnait asile à l'assassin de Clisson ; mais, en traversant la forêt du Mans par un soleil ardent, il fut effrayé par une apparition subite qui lui fit perdre la raison. Pendant sa démence, on le laissa languir dans l'abandon et la misère et ses oncles reprirent la régence. La guerre civile recommença : le duc d'Orléans, frère du roi, et gendre du duc d'Armagnac, ayant été assassiné par les ordres de Jean sans Peur, duc de Bourgogne (1407), toute la France se divisa en deux partis, les Armagnacs, partisans du duc d'Orléans, et les Bourguignons, partisans du duc de Bourgogne; quelques années après, le duc de Bourgogne fut assassiné par représailles, 1419. Henri V, roi d'Angleterre, profitant de ces troubles, avait armé contre la France : il remporta la victoire d'Azincourt (1415), et s'empara de la Normandie ; puis s'alliant, par le traité de Troyes (1420), avec le jeune duc de Bourgogne, Philippe le Bon, qui avait à venger le meurtre de son père, et avec la reine Isabeau elle-même, il se fit couronner roi de France (1421), après avoir épousé Catherine, fille de Charles VI. Ce malheureux prince conservait néanmoins le titre de roi : son fils (Charles VII) gouvernait en qualité de régent le peu d'États qui lui restaient.

CHARLES VII, le Victorieux, fils de Charles VI, né en 1403, gouverna quelque temps pendant la démence de son père; mais, forcé de fuir Paris, où le parti du duc de Bourgogne avait le dessus, il se retira à Bourges (d'où les Anglais le nommèrent par dérision le Roi de Bourges). Il prit le titre de régent, soumit plusieurs villes et établit un parlement. Lorsque le duc de Bourgogne eut été assassiné (1419), Charles fut accusé de complicité dans ce meurtre, et se vit déshérité (1420). A la mort de son père (1422), il ne s'en fit pas moins reconnaître roi. Après quelques années perdues dans les plaisirs et l'oisiveté, il résolut de chasser les Anglais, et il y réussit avec l'aide de braves généraux tels que Dunois, Lahire, Xaintrailles, Barbazan, Richemont, mais surtout avec le secours miraculeux de Jeanne d'Arc. Il parcourut les provinces méridionales, s'empara de plusieurs places et obtint sur la Loire quelques succès contre les Anglais : Jeanne d'Arc les força à lever le siége d'Orléans (1429), et Charles put la même année se faire couronner à Reims. Ce prince enleva ensuite aux Anglais toutes leurs possessions en France, à l'exception de Calais (1448-1453). Paris s'était rendu de lui-même au roi en 1436. Les dernières années de Charles VII furent troublées par l'ambition de son fils (Louis XI) et par la révolte de la Praguerie, à laquelle ce prince eut la plus forte part; frappé de la crainte d'être empoisonné par ce fils dénaturé, il se laissa mourir de faim (1461). Ce monarque gouverna avec habileté et économie; il assura la solde et la discipline de l'armée, donna, en 1438, la Pragmatique-Sanction de Bourges, qui avait pour but de fixer les privilèges de l'église de France, réorganisa le parlement de Paris, créa ceux de Grenoble et de Toulouse, et fit réformer l'Université par le cardinal d'Estouteville. On lui reproche son faible pour les femmes : la belle Agnès Sorel posséda longtemps son amour. Jean et Alain Chartier ont écrit la Chronique de Charles VII; Vallet de Viriville a donné son Histoire, 1863. On doit à M. Dansin des Études sur le gouvt de Ch. VII, 1856.

CHARLES VIII, dit l’Affable, fils de Louis XI, né en 1470, monta sur le trône à 13 ans, n'ayant eu d'autre éducation que la lecture des romans de chevalerie. La tutelle fut confiée à sa sœur, Anne de France, dame de Beaujeu, malgré les prétentions de Louis, duc d'Orléans. Il épousa en 1491 Anne, héritière de Bretagne, et assura ainsi cette importante province à la France. Jeune et ambitieux, il voulut conquérir le royaume de Naples, faisant valoir des droits que les derniers princes de la maison d'Anjou avaient légués à sa famille. Il fit en effet cette conquête avec une étonnante rapidité, et se rendit maître de Naples cinq mois après son départ (1495); mais le pape, l'empereur, les Vénitiens, Sforce, duc de Milan, Ferdinand d'Aragon, Isabelle de Castille, s'étant ligués contre lui, il se vit à son retour attaqué près de Fornoue par 40 000 confédérés : il les battit avec 9000 hommes, et réussit à rentrer dans ses États ; mais les troupes qu'il avait laissées à Naples en furent bientôt chassées, et il perdit sa conquête plus vite encore qu'il ne l'avait faite. Il mourut en 1498. Comme il ne laissait pas d'enfants, le duc d'Orléans, son cousin, lui succéda sous le nom de Louis XII. Godefroy et Philippe de Ségur ont écrit son Histoire.

CHARLES IX, 2e fils de Henri II et de Catherine de Médicis, né en 1550, succéda à son frère François II en 1560. La régence fut confiée à Catherine de Médicis dont les intrigues troublèrent la France. Sous ce règne, le royaume fut déchiré par les guerres des Catholiques et des Protestants : le colloque de Poissy, où l'on tenta de concilier les deux partis (1561), n'ayant produit aucun résultat, les Protestants prirent les armes, ayant à leur tête le prince de Condé; après quelques succès, ils furent battus à Dreux par le duc de Guise (1562), à St-Denis par le connétable de Montmorency (1567), à Jarnac et à Moncontour par le duc d'Anjou, depuis Henri III (1569). Enfin, la paix fut signée à St-Germain (1570), et le mariage de la sœur du roi avec un jeune prince protestant, le roi de Navarre, depuis Henri IV, semblait être le gage d'une réconciliation durable, lorsque dans la nuit de la St-Barthélemy (24 août 1572), et pendant les réjouissances mêmes du mariage, Charles IX, cédant aux instigations de sa mère, ordonna le massacre des Protestants sur tous les points de la France à la fois. Ce roi fanatique encourageait lui-même les meurtriers : on dit même qu'il tira sur les Protestants des fenêtres du Louvre; il insulta aux restes de Coligny. Il mourut en 1574, victime de ses débauches et déchiré de remords. C'est sous son règne que fut rendue, sur la proposition de L'Hôpital, l'ordonnance de Moulins (1566), qui réglait les successions et déclarait le domaine royal inaliénable. Ce prince, qui avait reçu les leçons d'Amyot, était instruit et cultivait les lettres : on a de lui de jolis vers et un traité de la Chasse royale, publié pour la 1re fois en 1625, réimprimé par H. Chevreul, 1858.

CHARLES X. Ce nom fut donné par les Ligueurs au cardinal de Bourbon. V. BOURBON (cardinal de).

CHARLES X (Charles Philippe), roi de France, né en 1757 à Versailles, mort en 1836, à Gœritz, en Illyrie, était le 4e fils du Dauphin, fils de Louis XV, et était frère de Louis XVI et de Louis XVIII; il porta avant son avènement le titre de comte d'Artois. Il émigra des premiers, en 1789, parcourut les diverses cours de l'Europe pour chercher des défenseurs à la cause royale et assista aux conférences de Pilnitz, 1791. Nommé par Monsieur lieutenant général du royaume après la mort de Louis XVII, il voulut opérer, avec le secours des Anglais, un débarquement a l'Ile-Dieu sur les côtes de la Vendée (1795), mais il n'y put réussir. En 1814, il pénétra en Franche-Comté, à la suite des alliés, et fit son entrée à Paris le 12 avril. Au premier moment, il sut se concilier les esprits par l'aménité de ses manières; mais il se perdit bientôt dans l'opinion en signant, avec un empressement que condamna Louis XVIII même, un traité qui enlevait à la France toutes les places conquises depuis 1792. Après le 2e retour de Louis XVIII (1815), il se tint éloigné des affaires et employa tout son temps soit à la chasse qui était pour lui une passion, soit à des pratiques religieuses; néanmoins il était le chef occulte du parti ultra-royaliste. La mort de Louis XVIII l'appela au trône en 1824; il fut sacré à Reims l'année suivante. Il débuta par quelques mesures libérales et abolit la censure des journaux, mais il ne tarda pas à se jeter dans les bras des ultra-royalistes, dont M. de Villèle était le chef, et s'aliéna l'opinion par la loi du sacrilège, la concession d'un milliard d'indemnité aux émigrés, le licenciement de la garde nationale, le rétablissement de la censure (1825-27). Pour calmer les mécontents, il forma en janvier 1828 un ministère modéré, présidé par M. de Martignac. Ce ministère réparateur avait déjà réussi à ramener les esprits, lorsqu'il fut brusquement congédié et remplacé, le 8 août 1829, par le ministère Polignac, qui fit renaître toutes les défiances. En effet, peu de mois après, et malgré le respectueux avertissement donné par l'adresse des 221 députés, parurent des ordonnances qui dissolvaient les chambres, convoquaient les colléges électoraux en changeant de mode d'élection, et suspendaient la liberté de la presse (25 juillet 1830). Ces ordonnances inconstitutionnelles excitèrent immédiatement un soulèvement universel, et en trois jours Charles X fut renversé du trône (27, 28 et 29 juillet 1830). Il abdiqua en faveur de son petit-fils, le duc de Bordeaux, mais cette abdication tardive resta sans effet. Deux événements glorieux se sont accomplis sous le règne de Charles X : l'intervention en faveur des Grecs, qui eut pour résultat la victoire de Navarin (6 juillet 1827) et amena l'affranchissement de la Grèce (1830); l'expédition contre le dey d'Alger, qui avait insulté notre consul, expédition que couronna la prise d'Alger (6 juillet 1830). Le roi déchu se retira d'abord au château d'Holy-Rood, en Écosse, puis à celui de Hradschin près de Prague, et enfin à Gœritz, où il mourut dans sa 80e année. Ce prince avait épousé en 1773 Marie-Thérèse de Savoie, dont il avait eu deux fils, le duc d'Angoulême et le duc de Berry, assassiné en 1820.

Princes français et rois de Navarre.

CHARLES DE FRANCE, dit aussi CHARLES DE LORRAINE, 2e fils de Louis d'Outremer, et frère de Lothaire, n'obtint, à la mort de son père, aucune part dans ses États; il reçut en 977 de l'empereur Othon II le duché de Basse-Lorraine (Brabant), sur lequel il avait des droits par sa mère, et consentit à en faire hommage à l'empereur. Le trône de France étant venu à vaquer en 987, par la mort de son neveu Louis le Fainéant, Charles devait y être appelé comme le plus proche parent mâle, mais Hugues Capet le fit exclure, par la raison qu'il était vassal de l'empire. Charles tenta tardivement de faire valoir son droit par les armes; après avoir obtenu quelques avantages, il fut pris dans la ville de Laon en 991, et renfermé dans la tour d'Orléans, où il mourut en 993. Il laissait deux fils, qui se fixèrent en Allemagne et dont la postérité s'éteignit obscurément au XIIIe s.

CHARLES DE VALOIS, fils de Philippe le Hardi, né en 1270, eut en apanage les comtés de Valois et d'Alençon (1285). Il devint en 1290 comte d'Anjou, du Maine et du Perche, par son mariage avec Marguerite , fille aînée de Charles II d'Anjou, roi nominal de Sicile; par un 2e mariage, contracté avec l'héritière de Baudouin II, dernier roi latin de Constantinople, il avait aussi des prétentions sur ce trône. Il avait été investi en 1283 du titre de roi d'Aragon, auquel le pape Boniface VIII ajouta celui de vicaire du St-Siége. Quelques succès qu'il obtint en Italie contre les ennemis du pape lui valurent en outre le surnom de Défenseur de l'Église. Envoyé en 1324 par le roi de France, Charles le Bel, son neveu, pour enlever la Guyenne et la Flandre au roi d'Angleterre Édouard II, il contribua, par la prise de plusieurs villes, à accélérer là paix, qui fut conclue entre le roi de France et la sœur de ce prince, Isabelle, reine d'Angleterre. Il mourut l'année suivante à Nogent, laissant un fils qui monta sur le trône de France sous le nom de Philippe VI, et commença la branche de Valois. On a dit de Charles qu'il fut fils de roi, frère de roi, oncle de rois, père de roi et jamais roi. — Un autre Charles de Valois, duc d'Angoulême, puis comte d'Auvergne, fils naturel de Charles IX et de Marie Touchet, 1573-1650, fut emprisonné en 1604 comme ayant conspiré contre Henri IV, recouvra sa liberté sous Louis XIII, et combattit vaillamment en Languedoc, en Allemagne et en Flandre. On a de lui des Mémoires sur les règnes de Henri III et Henri IV, Paris, 1662.

CHARLES D'ANJOU, frère de Louis IX, et roi de Naples. V. ci-après la série des Rois de Naples.

CHARLES D'ANJOU, comte du Maine, 3e fils de Louis II d'Anjou, roi de Naples et de Sicile, était le beau-frère et le favori de Charles VII, qu'il accompagna dans diverses expéditions de 1449 à 1452. Lors de l'avénement de Louis XI, il parut s'attacher à ce monarque, qui le chargea de régler ses différends avec le duc de Bretagne; mais sa négociation n'aboutit qu'à envenimer la haine des deux partis. Il tint une conduite encore plus équivoque pendant la Ligue dite du Bien-Public, soit en Normandie, où il négligea de contenir les Bretons, soit à la bataille de Montlhéry, où il abandonna le roi et prit la fuite. Néanmoins, Charles, dont la lâcheté ou la perfidie paraissait devoir être punie du dernier supplice, ne subit que la disgrâce de Louis XI, intéressé à ménager le roi de Sicile René, frère de Charles. Il mourut en 1472.

CHARLES D'ANJOU, comte du Maine et duc de Calabre, fils du précéd. et dernier rejeton de la maison d'Anjou, fut investi du duché de Provence par le testament de son oncle René, mort en 1480; mais il mourut peu après, 1481, par suite de la douleur que lui causa la perte de sa femme. Il avait hérité des prétentions de ses ancêtres sur le trône de Naples, et portait comme roi de Naples le titre de Charles IV. Il légua à Louis XI sa souveraineté de Provence et ses prétentions sur Naples.

CHARLES DE BLOIS ou DE CHÂTILLON, fils de Marguerite, sœur de Philippe de Valois, épousa en 1337 Jeanne de Penthièvre, fille de Gui, et nièce de Jean III, duc de Bretagne. Les conditions du mariage furent que Charles de Blois prendrait le nom et les armes de Bretagne et qu'il succéderait au duc Jean III, qui n'avait pas d'enfants. La plupart des seigneurs et des barons lui prêtèrent foi et hommage, comme à l'héritier présomptif de leur souverain; mais Jean, comte de Montfort, frère du duc de Bretagne, prétendait hériter de ses États. A la mort du duc (1341), il s'alluma entre les deux compétiteurs une guerre sanglante qui dura 23 ans; elle se termina eu 1364 par la mort de Charles de Blois, qui fut vaincu et tué à la bataille d'Auray. Pendant cette longue lutte, dans laquelle la France soutenait Charles, tandis que l'Angleterre appuyait son rival, on vit briller plusieurs guerriers célèbres, Gautier de Mauni, Beaumanoir, Du Guesclin et Chandos. Charles ayant été pris en 1346, au combat de La Roche-Darrien, et enfermé dans la Tour de Londres, sa femme, Jeanne de Penthièvre, continua la guerre, jusqu'au retour de son mari, contre Jeanne de Flandre, femme du comte de Montfort.

CHARLES DE BOURBON, connétable. V. BOURBON.

CHARLES D'ORLÉANS, DE GUYENNE. V. ORLÉANS, etc.

CHARLES LE TÉMÉRAIRE, duc de Bourgogne, fils de Philippe le Bon, né en 1433, porta d'abord le titre de comte de Charolais et se signala de bonne heure par son courage et sa haine contre Louis XI. Il entra dans la Ligue du Bien-Public formée contre ce prince, et lui livra la bataille de Montlhéry (1465). Devenu duc de Bourgogne en 1467, il punit avec rigueur les Liégeois qui s'étaient révoltés contre leur évêque, son parent et son allié. Ayant appris que Louis XI, qui négociait avec lui à Péronne, excitait de nouveau les Liégeois à la révolte, il attira ce prince dans une conférence à Péronne et le força à l'accompagner contre eux et à l'aider à les soumettre (1468). Tout son règne fut rempli par ses guerres avec le roi de France (dont il était le plus puissant vassal, et contre lequel il chercha à susciter l'empereur et le roi d'Angleterre), et par les efforts qu'il fit pour agrandir ses États aux dépens de ses voisins, surtout de la Suisse et de la Lorraine. Il fut battu par les Suisses en plusieurs rencontres, notamment à Granson, puis à Morat, où son armée fut exterminée (1476), et il trouva peu après la mort sous les murs de la ville de Nancy qu'il disputait au duc de Lorraine (1477). Il laissa une fille, Marie de Bourgogne, qui hérita de ses États et en porta une partie dans la maison d'Autriche, par son mariage avec Maximilien, fils de l'empereur Frédéric III.

CHARLES I (ou II en comptant pour Ier duc Charles de Lorraine), duc de Lorraine, fut élevé à la cour de France sous Charles V, régna de 1391 à 1431, soutint les droits à l'empire de son beau-père Robert contre Wenceslas; combattit dans les rangs de l'armée française à la journée d'Azincourt, et fut fait connétable en 1417.

CHARLES II (ou III), dit le Grand, duc de Lorraine, fils du duc François I et de Christine de Danemark, nièce de Charles-Quint, né à Nancy en 1543, n'avait que 3 ans lorsque son père mourut. Sa mère Christine fut déclarée régente. Ce prince fut le bienfaiteur de son peuple et le législateur de son pays; il fonda les villes de Clermont en Argonne, Lunéville, Stenay, et arrêta le plan de la ville de Nancy. Il avait épousé Claude, fille du roi de France Henri II, et prétendit au trône en 1589.

CHARLES III (ou IV), fils du précéd., né en 1604, duc de Lorraine en 1624, se mit imprudemment en hostilité avec la France et fut dépouillé de ses États par Louis XIII (1631). Il en recouvra une partie par les traités de St-Germain (1641) et des Pyrénées(1659); mais il en fut chassé de nouveau par Louis XIV pour avoir violé ces traités et être entré dans la coalition contre la France. Il mourut en 1675, après avoir remporté une victoire à Consarbruck sur le maréchal de Créqui. Il n'avait pas d'enfants. Par un testament signé en 1660, il avait institué Louis XIV son héritier.

CHARLES IV (ou V), né à Vienne en 1643, m. en 1690, était neveu du préc., et succéda à ses droits en 1675, malgré l'opposition de Louis XIV. Ne pouvant se mettre en possession de ses États, il prit du service en Autriche. Il fut un des meilleurs généraux de l'empire, battit les Turcs sous les murs de Vienne, leur prit Bude et gagna sur eux la victoire de Mohacz (1687). L'empereur Léopold lui avait donné la main de sa sœur, l'archiduchesse Marie-Éléonore.

CHARLES Ier, roi de Navarre, le même que CHARLES IV, roi de France, roi de Navarre du chef de sa mère.

CHARLES II, dit le Mauvais, né en 1332, était arrière petit-fils de Philippe III, et devint roi de Navarre en 1349, à la mort de sa mère Jeanne de Flandre. Ayant des droits sur la couronne de France en cas d'extinction de la branche de Valois, il ne cessa de fomenter des troubles en France, dans l'espoir d'arriver au trône. Il s'allia dans ce but avec le roi d'Angleterre, éleva des prétentions sur plusieurs provinces, souleva Paris, de concert avec Ét. Marcel, contre le Dauphin (Charles V), tenta même de l'empoisonner (1377), et ne resta tranquille qu'après avoir été battu à Cocherel par Du Guesclin (1364) et quand il vit le roi solidement établi sur le trône. Il se tourna alors vers l'Espagne, et eut de longs démêlés avec Pierre le Cruel et Henri de Transtamare, qui se disputaient la Castille. Trahissant tous les partis à la fois, il se fit tant d'ennemis qu'il fut forcé pour se tirer d'affaire d'abandonner une portion de ses États (1379). Instruit enfin par l'adversité, il passa ses dernières années en paix, ne s'occupant que de l'administration de son royaume. Il mourut en 1387. Il avait épousé une fille du roi Jean.

CHARLES III, dit le Noble, fils du préc., lui succéda en 1387, et s'appliqua à vivre en paix avec ses voisins. Il renonça aux prétentions de son père sur plusieurs provinces de France (1404), et reçut en dédommagement des sommes considérables. Il mourut en 1425 après un règne long et paisible.

Empereurs d'Allemagne.

CHARLES I et CHARLES II. V CHARLEMAGNE et CHARLES-LE-CHAUVE à la série des rois de France.

CHARLES III, dit le Gros ou le Gras, 3e fils de Louis le Germanique, né en 832, roi d'Alémanie en 876, empereur en 881, réunit en 882 tout le patrimoine de son père par suite de la mort de ses deux frères, Carloman, roi de Bavière, et Louis, roi de Saxe. Des bandes normandes étant venues ravager la Lorraine, il les éloigna en achetant la paix au lieu de les combattre. Nommé régent de la France (884) pendant la minorité de Charles le Simple, et lorsque les Normands envahissaient la Neustrie, il traita encore avec ces barbares, et ne les éloigna qu'en leur payant une somme de 700 liv. d'argent. Il s'attira, par cette lâche conduite, le mépris universel, se vit abandonné par son armée et fut déposé solennellement à la diète de Tribur en 887. Il mourut l'année suivante à l'abbaye de Reichnau, dans un abandon universel.

CHARLES IV, empereur, né en 1316, mort en 1378. fils de Jean de Luxembourg, roi de Bohême, et petit fils de l'empereur Henri VII, fut couronné roi de Bohême en 1346, et empereur l'année suivante. Il publia la fameuse Bulle d'Or (1356), qui jusqu'à nos jours a été la loi fondamentale de l'empire germanique. Charles IV montra une grande condescendance envers le pape et le clergé, établit en faveur du Saint-Siége des impôts onéreux, affranchit le clergé de toute autorité temporelle et s'attira par là de grandes difficultés. C'est contre lui que les villes libres de l'empire formèrent la Ligue de Souabe. Ce prince fonda les universités de Prague et de Vienne.

CHARLES V, dit Charles-Quint, empereur d'Allemagne, roi d'Espagne et des Deux-Siciles, né en 1500 à Gand, était fils de Philippe le Beau, archiduc d'Autriche, et de Jeanne la Folle, fille de Ferdinand et d'Isabelle et héritière de Castille. Déclaré roi d'Espagne en 1516, du vivant de sa mère, il fut élu empereur trois ans après, et succéda à l'empereur Maximilien, son aïeul; il avait eu pour compétiteur François I, roi de France. Les deux rivaux se firent longtemps la guerre. Après différents succès, Charles l’emporta, et François I, fait prisonnier à la bataille de Pavie (1525), fut conduit en Espagne et contraint de signer à Madrid un traité désastreux. Ce traité ne put être exécuté : de là une nouvelle guerre (1526), que signalèrent la prise de Rome par le connétable de Bourbon (1527), et l'expédition de Lautrec dans le roy. de Naples (1528); la paix de Cambray (1529) mit fin à cette guerre. En 1536, Charles Quint reprit les armes, pour secourir son allié, le duc de Savoie, attaqué par François I, et vint assiéger Marseille; il fut obligé de se retirer, et conclut à Nice en 1538 une trêve de 10 ans. En 1539, il obtint du trop confiant François I la permission de traverser la France pour aller réprimer la révolte des Gantois et fut reçu à Paris avec magnificence. Il n'en recommença pas moins la guerre trois ans après; mais son armée fut défaite à Cérisoles, ce qui amena la paix de Crespy (1544). En Allemagne, Charles fit tous ses efforts pour s opposer à la Réforme, et défit à Mühlberg les Protestants confédérés (1547); il fut contraint néanmoins de signer en 1552 la paix de Passaw, qui assurait aux Réformés la liberté de conscience. La même année, il tourna de nouveau ses armes contre la France, mais il assiégea inutilement Metz, que défendait le duc de Guise (1552). Charles Quint fit aussi plusieurs expéditions en Afrique : il défit Barberousse en 1535 et prit Tunis, mais il échoua contre Alger (1541). Affaibli par la vieillesse et les maladies, aigri par les revers, cet empereur abdiqua en 1556 et céda l'empire à Ferdinand son frère. Déjà depuis plusieurs mois il avait placé la couronne d'Espagne sur la tête de Philippe son fils. Il se retira dans le monastère de St-Just ou Yuste en Estramadure et y mourut en 1558. On a dit, mais à tort, qu'il regretta le pouvoir dont il s'était démis. Ce prince était du caractère le plus dissimulé; il était ferme, mais impitoyable et sans générosité. On a plusieurs fois écrit sa Vie ; l'ouvrage le plus connu est l’Histoire de Charles V de Robertson, trad. par Suard. M. Mignet a donné l'histoire de son Abdication et de son séjour au monastère de Yuste. Lanz a pub. ses Lettr., Leips., 1845 (en franç.).

CHARLES VI, 2e fils de l'empereur Léopold, né en 1685, se fit d'abord couronner roi d'Espagne à Vienne en 1703, à la mort de Charles II, et se rendit dans ce royaume en 1704; il trouva un redoutable concurrent dans Philippe V, petit-fils de Louis XIV, et ne put réussir à se mettre en possession de cette couronne (V. Guerre de Succession); cependant il fut reconnu roi de Naples (1707). A la mort de Joseph I, son frère (1711), il fut nommé empereur d'Allemagne. Par le traité de Rastadt (1714), il renonça à ses prétentions sur l'Espagne et obtint la cession de Naples, des duchés de Milan et de Mantoue, de la Sardaigne et des Pays-Bas. Sous son règne, les troupes impériales, conduites par le prince Eugène, remportèrent sur les Turcs les victoires de Peterwaradin (1716) et de Belgrade (1717), et les forcèrent à signer la paix de Passarowitz (1718). Charles VI entreprit aussitôt après une nouv. guerre contre le roi d'Espagne Philippe V, et entra dans la quadruple alliance formée contre ce prince par la Grande-Bretagne, la France, l'empereur et les États de Hollande (1718); mais ces différends furent arrangés par le traité de Vienne en 1725. La guerre se ralluma encore en 1733 à l'occasion de l'élection du roi de Pologne, Frédéric-Auguste, que l'empereur Charles VI avait favorisée, tandis que la France soutenait Stanislas : cette guerre fut terminée en 1735 par un traité qui donnait la Lorraine à Stanislas en dédommagement de sa couronne. Attaqué par les Turcs peu après, Charles VI leur abandonna en 1739 la Valachie, la Servie et Belgrade. Il mourut en 1740. Il avait pour fille aînée Marie-Thérèse : il voulut assurer ses États d'Autriche à cette princesse et publia dans ce but dès 1713 une Pragmatique-Sanction; néanmoins sa succession fut vivement disputée. Ce prince a laissé des Commentaires sur sa propre vie, qui ont été publ. à Bruxelles en 1862.

CHARLES VII (Charles Albert), fils de Maximilien-Emmanuel, électeur de Bavière, né en 1697, épousa en 1722 une fille de l'empereur Joseph I, et succéda en 1726 à son père dans l'électorat de Bavière. Après la mort de l'empereur Charles VI (1740), il refusa de reconnaître Marie-Thérèse, fille de Charles VI, pour héritière des États d'Autriche, et prétendit avoir droit à la couronne en vertu d'un testament de Ferdinand I. Il fut soutenu par la France, et les troupes de Louis XV parvinrent à le faire couronner duc d'Autriche à Lintz, roi de Bohême à Prague, et enfin empereur à Francfort en 1742. Mais la fortune ne tarda pas à l'abandonner : il perdit en peu de temps toutes ses conquêtes et fut même chassé de ses États héréditaires. Cependant en 1744, le roi de Prusse Frédéric II ayant fait dans la Bohême une diversion qui occupa l'armée impériale, Charles en profita pour recouvrer ses États et rentra enfin dans Munich. Il y mourut en 1745. Il eut pour successeur à l'électorat son fils Maximilien-Joseph, et à l'empire François I, époux de Marie-Thérèse.

Rois d'Angleterre.

CHARLES I, roi d'Angleterre, fils de Jacques I, monta sur le trône en 1625, âgé de 26 ans. Il se laissa gouverner par Buckingham, qui avait été aussi le favori de son père; tenta contre l'Espagne et la France des expéditions qui eurent l'issue la plus malheureuse: renvoya successivement quatre parlements qui lui refusaient des subsides ou qui lui adressaient de justes réclamations, entre autres la célèbre pétition des droits (1628), et prétendit gouverner seul et sans contrôle. Après avoir mécontenté ses peuples par la violation de leurs privilèges, il les irrita encore en voulant imposer dans tout le royaume une nouvelle liturgie établie par l'archevêque Laud. Les Presbytériens se soulevèrent alors et rédigèrent le fameux Covenant, acte par lequel ils s'engageaient à défendre leur religion jusqu'à la mort (1638). Charles, ne pouvant les réduire, se vit forcé de convoquer un nouveau Parlement (1640), mais cette assemblée, connue sous le nom de Long-Parlement, loin de lui prêter secours, s'érigea en juge de sa conduite, condamna à mort Strafford, son principal ministre, et assembla contre lui-même une armée à la tête de laquelle elle mit Essex et Cromwell. Les troupes royales furent battues en plusieurs rencontres, notamment à Newbury (1643), Marston-Moor (1644), à Naseby (1645), et Charles I, qui s'était réfugié en Écosse, fut livré aux révoltés par les Écossais (1647). Traduit devant le Parlement, il fut condamné à mort comme tyran, et exécuté en 1649 devant le palais de White-Hall : il subit le supplice avec dignité. Ce prince avait épousé Henriette de France, fille de Henri IV et sœur de Louis XIII. Il eut pour fils Charles II et Jacques II.

CHARLES II, fils de Charles I, né en 1630, mort en 1685, était réfugié en Hollande quand son père fut mis à mort (1649). Il prit aussitôt le titre de roi, vint en Écosse où il trouva des partisans et se fit couronner à Scone (1651); mais ayant été battu à Dunbar et à Worcester, il fut obligé de se retirer sur le continent. Il ne put monter sur le trône qu'en 1660, deux ans après la mort du Protecteur; il le dut surtout au dévouement du général Monk. Profitant peu de l'exemple de son père, Charles II cassa comme lui plusieurs parlements, voulut gouverner seul et s'entoura de ministres corrompus (V. CABAL). Avide de plaisirs, il employa toutes sortes de moyens pour se procurer de l'argent, vendit à Louis XIV Dunkerque, et reçut pendant longtemps une pension de ce monarque. Le mécontentement excité par sa conduite donna naissance au parti des whigs, opposé à celui des tories, et à plusieurs conspirations, qui devinrent à leur tour l'occasion d'exécutions sanglantes : on cite dans le nombre la conspiration de Rye-House, suivie du supplice de lord Russell et d'Algernon Sidney. La peste (1665) et l'incendie de Londres (1666) ajoutèrent encore aux malheurs de cette époque. On doit à ce prince la fondation de la Société royale de Londres (1660); son règne est remarquable par les progrès de la littérature, mais plus encore par la dissolution des mœurs qui s'étendit de la cour dans toutes les classes de la société. Charles ne laissa pas d'enfants et eut pour successeur son frère Jacques II.

CHARLES-ÉDOUARD, dit le Prétendant. V. STUART.

Rois de Suède.

La Suède compte 14 rois du nom de Charles : les règnes des six premiers n'offrant aucun fait historique certain, et leur existence même n'étant point authentique, nous les passerons sous silence.

CHARLES VII, fils de Swerker I, succéda à son père comme roi de Gothie en 1151, et devint roi de toute la Suède en 1161. Il fit la guerre aux habitants de l'Ingrie et de l'Esthonie pour les contraindre à embrasser le Christianisme, fonda beaucoup d'églises et de monastères qu'il dota richement, et obtint du pape l'érection du siége épiscopal d'Upsal; cependant le pouvoir du clergé ayant pris des accroissements excessifs, il allait y mettre un terme, lorsqu'il fut assassiné en 1168 par Canut Ericson, fils de son prédécesseur.

CHARLES VIII, fils de Canut Bonde, ce qui le fait souvent désigner sous le nom de Canutson, descendait du roi Eric IX, dit le Saint. L'union des royaumes de Danemark, de Suède et de Norwége, proclamée à Calmar en 1397 par Marguerite de Waldemar, n'ayant été pour la Suède qu'une source de calamités, fut rompue en 1448, et Charles Canutson fut élu roi de Suède. La Norwége le reconnut en cette qualité l'année suivante; mais ce royaume na tarda pas à lui être enlevé par Christian I d'Oldenbourg, qui le força même quelque temps après d'abandonner le trône de Suède (1457). Charles le reprit bientôt, mais pour le perdre de nouveau. Remis une 3e fois en possession de sa couronne (1467), il la conserva jusqu'à sa mort, en 1470.

CHARLES IX, 4e fils de Gustave Wasa, né en 1550, porta d'abord le titre de duc de Sudermanie. A la mort de son frère aîné, Jean III (1592), il profita de l'absence de l'héritier légitime, Sigismond, son neveu, qui avait été élu roi de Pologne, pour se faire décerner l'administration de l'État, et bientôt après, il se fit proclamer roi (1604). Il avait fait décréter en 1595 que le Luthéranisme serait la seule religion tolérée en Suède. Il eut à combattre les Russes, les vainquit et soumit la Finlande; mais il éprouva des revers dans les guerres qu'il fit aux Polonais et aux Danois. Il fonda Gothenbourg en 1607 et mourut en 1611. Il eut pour successeur son fils, Gustave Adolphe.

CHARLES X OU CHARLES-GUSTAVE, né en 1622, fils de Jean Casimir, prince palatin du Rhin, et de Catherine, fille de Charles IX, monta sur le trône en 1654, après l'abdication de Christine, sa cousine. Il tourna d'abord ses armes contre les Polonais (1655), dont le roi, Jean Casimir, protestait contre son avènement, gagna la célèbre bataille de Varsovie, qui dura trois jours (1656), et s'empara de toute la Pologne en moins de trois mois. L'année suivante, il eut à combattre le roi de Danemark : il soumit rapidement le Holstein, le Slesvig et le Jutland, conduisit son armée sur les glaces du petit Belt, traversa à pied la mer d'île en île, et arriva ainsi dans l'île de Seeland. La terreur se répandit aussitôt dans Copenhague, et Charles, par le traité de Rothschild, se fit céder la Scanie et plusieurs autres provinces qui sont restées depuis à la Suède (1658). Prétextant que le traité n'avait pas été exécuté, Charles, qui ambitionnait l'empire du Nord, reparut bientôt devant Copenhague et livra l'assaut; mais il fut repoussé. Il avait converti le siége en blocus et préparait une nouvelle attaque, lorsqu'il mourut subitement, en 1660, à Gothenbourg.

CHARLES XI, fils de Charles X (Gustave), fut reconnu roi en 1660, n'ayant que cinq ans. Le traité d'Oliva, conclu en 1660 par le conseil de régence, termina la guerre entreprise par Charles X, et assura à la Suède une extension considérable de territoire. Charles commença à gouverner par lui-même en 1672; il s'allia avec Louis XIV, battit en plusieurs rencontres Christian V, roi de Danemark, qui lui avait déclaré la guerre, et le força à lui accorder une paix avantageuse (1679). Déclaré souverain absolu par les États assemblés (1680), il ne s'occupa plus que du soin d'améliorer l'administration intérieure de son royaume. Il mourut en 1697. Ce monarque laissa à son fils un royaume florissant, une armée et une flotte respectables, et un trésor tel que n'en avait jamais possédé aucun souverain du Nord. Il encouragea le commerce, et protégea les sciences, les lettres et les arts : on lui doit la fondation du port de Carlscrona et de l'Université de Lund.

CHARLES XII, fils de Charles XI, né en 1682, monta sur le trône en 1697, n'ayant que quinze ans. Frédéric IV, roi de Danemark, Auguste II, roi de Pologne, Pierre I, czar de Moscovie, se coalisèrent contre ce jeune prince. Charles tourna d'abord ses armes contre le Danemark, alla mettre le siége devant Copenhague, et força Frédéric à signer la paix à Travendahl (août 1700). Il marcha aussitôt contre les Russes qui, au nombre de 60 000 hommes, assiégeaient Narwa, et les battit complètement avec 9000 Suédois (nov. 1700). Après cette bataille, Charles court attaquer Auguste, roi de Pologne, remporte une victoire signalée sur les bords de la Duna (1701), se rend maître de toute la Pologne, détrône Auguste, à la place duquel il met Stanislas Leczinsky, poursuit son ennemi jusque dans ses États de Saxe, et le force à signer le traité d'Alt-Ranstadt (1706), par lequel il renonçait à la couronne de Pologne. De la Saxe, Charles XII, à la tête d'une armée de 43 000 hommes, se dirige sur Moscou. Mais éprouvant enfin l'inconstance de la fortune, il fut battu par le czar à Pultawa (1709), et se vit réduit à chercher un asile chez les Turcs. Il se retira à Bender où il séjourna plusieurs années. Pendant son absence, Auguste remonta sur le trône de Pologne, Pierre entra en Livonie, et Frédéric, roi de Danemark, envahit la Scanie. Cependant Charles, en quelque sorte prisonnier des Turcs, suscitait la Porte contre le czar. La paix ayant été conclue entre les deux puissances, on voulut le forcer à quitter sa retraite : il se retrancha dans sa maison, s'y défendit (1713) avec quelques domestiques contre un corps d'armée, et ne se rendit que quand la maison fut en feu. Il partit enfin, et, prenant le costume d'un simple officier allemand, il traversa à cheval les États de l'empereur, et arriva après seize jours et seize nuits de marche à Stralsund (1714). Assiégé dans cette ville par une armée combinée de Danois, de Saxons, de Prussiens et de Russes, il y fit des prodiges de valeur; mais la place ne pouvant plus tenir, il se retira à Lund en Scanie. Aidé des conseils du baron de Gœrtz, il était parvenu à rétablir ses affaires; la Norwége était déjà en partie occupée, et la prise de la forteresse de Frédericshald allait le rendre maître du reste du pays, lorsqu'il fut tué devant cette place (1718). On croit que la balle qui le frappa partit d'une main suédoise. La fermeté, la valeur, l'amour de la justice, dominaient dans le caractère de ce prince; mais il outra ces belles qualités et les rendit souvent funestes à ses peuples et à lui-même. A sa mort, le baron de Gœrtz, son principal ministre, fut décapité. Après lui, son pays disparut du nombre des grandes puissances. Le Dr Norberg a écrit en suédois une histoire de Charles XII qui a été trad. en français par Warmholtz. L’Histoire de Charles XII par Voltaire, bien que moins complète, n'est pas moins exacte et offre plus d'intérêt; c'est l'un des livres les mieux écrits de notre langue.

CHARLES XIII, né en 1758, mort en 1818, était le 2e fils d'Alphonse-Frédéric. Nommé régent après l'assassinat de Gustave III, son frère (1792), il s'était retiré, à la majorité de Gustave IV, et vivait en simple particulier, lorsqu'en 1809, par suite de la révolution qui renversa le nouveau roi, il fut placé lui-même sur le trône. A son avènement il fit la paix avec la France, la Russie et le Danemark; cependant, quelques années après, il eut à soutenir une guerre avec le Danemark au sujet de la Norwége; il conquit cette province et l'annexa définitivement à ses États; elle lui fut assurée après les événements de 1814. N'ayant pas d'enfants, il avait adopté pour successeur le prince de Holstein-Augustenbourg; ce jeune prince étant mort (1810), le général français Bernadotte fut choisi pour le remplacer.

CHARLES XIV ou CHARLES-JEAN (J. B. BERNADOTTE, roi sous le nom de), né à Pau en 1764, mort en 1844, était fils d'un avocat. Il s'engagea comme simple soldat, et n'était encore que sergent-major en 1789. Après s'être distingué aux armées du Rhin et de Sambre-et-Meuse, il fut proclamé, par Kléber, général de brigade sur le champ de bataille en 1794, devint peu de mois après général de division, contribua puissamment aux victoires de Fleurus et de Juliers (1794), fit capituler Maestricht et prit Altdorf (1795). Chargé en 1797 de conduire à Bonaparte en Italie 20 000 hommes de l'armée de Sambre-et-Meuse, il rivalisa d'ardeur avec le jeune général, et, quoiqu'il éprouvât peu de sympathie pour lui, soupçonnant ses desseins ambitieux, il le seconda de tout son pouvoir : il eut une part glorieuse au passage du Tagliamento, prit Gradiska, Trieste, Laybach, Idria, et vint après la campagne présenter au Directoire les drapeaux enlevés à l'ennemi. Envoyé en Autriche comme ambassadeur (1798), il y excita une émeute pour avoir arboré le drapeau tricolore, et quitta bientôt Vienne, parce qu'on lui refusait des réparations. Porté au ministère de la guerre par l'influence de Barras après le 30 prairial, il réorganisa en 2 mois (2 juillet-11 sept. 1799) les services qui étaient dans un état déplorable ; déjà il avait rappelé la victoire sous nos drapeaux quand il fut écarté par une intrigue de Sieyès. Après la révolution du 18 brumaire, à laquelle il avait refusé de concourir, il fut envoyé par les consuls dans la Vendée (1800) : il sut par ses habiles dispositions empêcher les Anglais de débarquer à Quiberon et rétablir la tranquillité dans le pays. En 1804, il reçut de Napoléon le bâton de maréchal, avec le gouvernement du Hanovre; il forma dans ce pays un beau corps d'armée, à la tête duquel il exécuta plusieurs glorieux faits d'armes : ainsi, en 1805, il rétablit dans Munich l'électeur de Bavière, allié de la France, conquit le pays de Salzbourg, et contribua à la victoire d'Austerlitz, après laquelle il reçut la principauté de Ponte-Corvo; en 1806, il battit les Prussiens devant Halle et à Lubeck, où il fit Blücher prisonnier; puis, marchant sur la Pologne, passa la Vistule, occupa Elbing, Braunsberg, et défit les Russes à Mohrungen et à Spanden sur la Passarge, où il fut grièvement blessé (1807). Nommé, après sa guérison, gouverneur des villes anséatiques, et chargé d'opérer contre la Suède, il suspendit les hostilités dès qu'il eut appris qu'une révolution avait précipité du trône Gustave IV, seul hostile à la France (13 mars 1808); cette conduite loyale lui concilia l'estime et l'affection des Suédois, mais elle paraît avoir excité le mécontentement de Napoléon, dont elle contrariait les projets. En 1809, il commanda le 9e corps, composé en grande partie de Saxons, et contribua puissamment avec eux à la victoire de Wagram; mais il se retira après la bataille, ne trouvant pas que l'Empereur eût dans ses bulletins rendu justice à ses troupes. Il n'en fut pas moins chargé de repousser les Anglais débarqués à Walcheren (juillet 1809); il accomplit en 60 jours cette difficile mission. Malgré ce nouveau succès, il se vit encore une fois privé de son commandement; il était en disgrâce complète lorsqu'un trône lui fut offert. Élu le 20 août 1810 prince royal de Suède, adopté par le roi Charles XIII, il partit avec l'assentiment de Napoléon. Il consentit d'abord à seconder la politique de l'Empereur et accéda même au blocus continental; mais au commencement de 1812, les troupes françaises ayant envahi le territoire suédois, il rompit avec Napoléon et entra dans la coalition contre la France. Nommé généralissime de l'armée du Nord, le prince royal débarqua à Stralsund avec 30 000 Suédois, vainquit Oudinot à Gross-Beeren, Ney à Dennevitz, et eut une part décisive à la funeste bataille de Leipsick (1813); toutefois, il ne pénétra pas à main armée sur le territoire français, et s'arrêta sur les bords du Rhin; il tenta même, mais inutilement, de déterminer Napoléon à la paix, et de détourner les alliés de passer le Rhin. A peine de retour en Suède, où il fut reçu avec enthousiasme, il marcha sur la Norvége, dont la possession lui avait été assurée par les alliés, et s'en rendit maître en 15 jours (1814). Reconnu roi de Suède à la mort de Charles XIII, en 1818, Charles-Jean ne s'occupa plus que de faire prospérer ses États; il cimenta l'union des Suédois et des Norvégiens, tout en laissant à chacun des deux peuples sa constitution propre, développa l'instruction publique, l'agriculture, l'industrie et le commerce, et réunit, par le canal de Gothie, l'Océan et la Baltique (1822). II avait pris pour devise : L'amour de mon peuple est ma récompense; il mérita en effet d'être chéri des Suédois. — On a publié sa Correspondance avec Napoléon de 1810 à 1814, Paris, 1819, et un Recueil de ses Lettres, proclamations et discours (Stockholm, 1825). Son Histoire a été écrite par Touchard-Lafosse, 1838, et par Sarrans jeune, 1845. — Bernadotte avait eu d'Eugénie Clary, belle-sœur de Joseph Bonaparte, un fils, qui lui a succédé sous le nom d'Oscar I (1844-1859).

CHARLES XV, successeur d'Oscar I, son père (1859-1872). Son règne fut marqué par deux faits importants : la réforme de la représentation nationale (1866), et l'extension du droit de suffrage (1869).

Rois d'Espagne.

CHARLES I ou Charles-Quint, roi d'Espagne. V. CHARLES V, à la série des empereurs d'Allemagne.

CHARLES II, roi d'Espagne et de Naples, fils de Philippe IV, né en 1661, était d'une complexion si débile qu'il ne put marcher et parler qu'à 5 ans. Il fut proclamé roi en 1665, sous la tutelle de sa mère Anne d'Autriche. La destinée de ce prince faible fut d'être sans cesse gouverné : il le fut d'abord par sa mère, puis par don Juan d'Autriche, son frère naturel; par sa femme, Louise d'Orléans, et enfin par ses ministres. Ayant eu l'imprudence d'entrer dans la coalition contre Louis XIV, il se vit enlever la Franche-Comté et plusieurs provinces des Pays-Bas (1678). N'ayant pas d'enfants, quoiqu'il eût été marié deux fois, il vit à trois reprises les puissances européennes régler sans lui le partage de ses États (1668, 1698, 1700) : dans son indignation, il fit, en 1700, un testament par lequel il déclarait héritier de toute la monarchie espagnole Philippe de France, duc d'Anjou et petit-fils de Louis XIV; on sait quelle guerre excita ce testament, contre lequel protesta la maison d'Autriche (V. SUCCESSION). Il mourut peu après, le 1er nov. En lui finit la branche aînée de la maison d'Autriche, qui régnait en Espagne depuis deux siècles. Sous ce règne, l'Espagne, plongée dans un désordre extrême, perdit le reste de considération dont elle jouissait en Europe.

CHARLES III, fils de Philippe V et d’Élisabeth Farnèse, né en 1716, mort en 1788, porta longtemps le nom de don Carlos. Il régna d'abord sur Parme, dont il avait hérité par sa mère en 1731 ; quelques années après (1734), son père lui céda ses droits sur le royaume des Deux-Siciles. Il sut en peu de temps se mettre en possession de cette nouvelle couronne, battit à Bitonto les Impériaux qui la lui disputaient, et fut reconnu par la France en 1735; il prit, comme roi de Naples, le nom de Charles VII. Bien secondé par son ministre Tanucci, il gouvernait avec sagesse depuis 28 ans ses États d'Italie, lorsqu'en 1759 il fut appelé au trône d'Espagne par la mort de son frère Ferdinand VI; il laissa les Deux-Siciles à son 3e fils, Ferdinand, et monta sur le trône d'Espagne sous le nom de Charles III. Il conclut avec Louis XV le Pacte de famille (1761), et se joignit à la France dans les deux guerres qu'elle eut à soutenir contre l'Angleterre en 1762 et 1778; il n'éprouva que des revers dans la 1re de ces deux guerres, mais il répara en partie ses pertes dans la 2e, et recouvra Minorque et la Floride, que les Anglais lui avaient enlevées. Il tenta à plusieurs reprises (1775, 1783, 1784) de punir l'insolence des pirates d'Alger; mais il ne réussit pas dans ces expéditions. Ce prince s'occupa surtout d'améliorer l'état intérieur de l'Espagne. On lui doit des canaux, des grands chemins, l'hôtel des douanes et celui des postes à Madrid, le cabinet d'histoire naturelle, le jardin botanique, les académies de peinture et de dessin ; il créa des écoles militaires et navales, et fit d'importants armements maritimes. Il voulut aussi réformer le costume des Espagnols; mais ce projet causa un terrible soulèvement à Madrid (1765). Il se montra très-opposé aux Jésuites et les bannit en 1767 de son royaume et de ses colonies. — Ce prince fonda en 1771, à l'occasion de la naissance de l'Infant, l’Ordre de Charles III, destiné à récompenser le mérite. La croix est blanche et bleue, à 8 pointes; au milieu on voit l'image de la Vierge, avec cette devise : Virtuti et merito. Le ruban est bleu liseré de blanc.

CHARLES IV, roi d'Espagne, fils de Charles III, né à Naples en 1748, mort en 1819, succéda à son père en 1788. Prince faible et incapable, il fut sans cesse dominé par la reine Marie-Louise ainsi que par le favori de cette princesse, Manuel Godoy, prince de la Paix, et fut à la merci de tous les événements. En 1793, après l'exécution de Louis XVI, il déclara la guerre à la France; mais il se vit bientôt contraint de faire la paix et même de conclure avec la France un traité d'alliance offensive et défensive (Bâle, 1795). En conséquence de ce traité, il dut faire la guerre au Portugal et à l'Angleterre; cette dernière puissance lui fit éprouver un terrible échec à Trafalgar (1805) et lui enleva ses plus belles colonies. Il devint ensuite le jouet de Napoléon. Accablé du joug que lui imposait l'Empereur, il voulut se retirer en Amérique; mais la révolte d'Aranjuez, excitée par son fils Ferdinand (18 mars 1808), l'empêcha d'exécuter ce projet, et il se vit contraint d'abdiquer en faveur de ce fils; deux mois après, Napoléon, que les deux princes avaient invoqué comme arbitre, le forçait, dans l'entrevue de Bayonne, à rétracter cette abdication et à en faire une nouvelle en sa propre faveur (5 mai). Charles IV fut envoyé à Compiègne, puis il alla résider à Marseille (jusqu'en 1811) et enfin à Rome, où il mourut.

Rois de Naples et des Deux-Siciles.

CHARLES I, comte d'Anjou et de Provence, puis roi de Naples, né en 1220, mort en 1285, était fils de Louis VIII et frère de S. Louis. Il suivit son frère en Égypte et fut fait prisonnier comme lui après la bat. de Mansourah (1250). Rendu à la liberté, il vint gouverner la Provence dont il avait hérité par sa femme, Béatrix, fille de Raymond-Béranger. En 1264, le pape Urbain IV l'appela à combattre Mainfroi, roi de Naples et de Sicile, qui avait encouru la disgrâce du Saint-Siége, et lui donna la couronne de ce prince. Il réussit en effet à s'emparer du royaume de Naples en battant Mainfroi à Bénévent (1266) et son neveu Conradin à Tagliacozzo (1268); mais il souilla sa victoire par ses cruautés et rendit son gouvernement tellement odieux aux Siciliens, que ceux-ci, guidés par Jean de Procida, conspirèrent contre lui : l'an 1282, tous les Français qui se trouvaient dans Palerme furent massacrés le lundi de Pâques, à l'heure de vêpres, ce qui a fait nommer ce massacre les Vêpres siciliennes. Charles perdit la Sicile par suite de cet événement, mais il resta maître du royaume de Naples. A partir de cette époque, il n'éprouva que des revers.

CHARLES II D'ANJOU, dit le Boiteux, fils du précèdent. Lorsque son père mourut, il était en captivité, ayant été fait prisonnier en 1284 dans un combat qu'il avait livré imprudemment aux Siciliens. Il ne recouvra la liberté qu'en 1289 et se fit couronner roi de Naples. Il s'efforça inutilement de reconquérir la Sicile que son père avait perdue; mais il gouverna ses peuples avec plus de douceur et de sagesse que lui. Il mourut en 1309, laissant le trône à son fils Robert. Un autre de ses fils, Charles-Martel, disputa à André III le trône de Hongrie, 1290.

CHARLES III, dit Charles de Duras, petit-fils de Jean de Duras, frère du roi Robert, et arrière-petit-fils du préc., fut appelé en 1381 au trône de Naples par le pape Urbain VI, mécontent de la reine Jeanne. Il se mit en possession de la couronne sans coup férir et fit étouffer Jeanne; mais il eut ensuite à combattre Louis I, duc d'Anjou, à qui cette princesse avait cédé ses droits. Il finit par avoir aussi des démêlés avec le pape qui, l'ayant placé sur le trône, prétendait le dominer. En 1385, il fut appelé au trône de Hongrie, dont il était le seul héritier mâle; mais au moment où il croyait avoir triomphé de tous les obstacles, il fut assassiné par ordre de la reine de Hongrie, veuve du dernier roi, qui avait feint de renoncer à ses droits (1386). Son fils Ladislas lui succéda sur le trône de Naples. CHARLES IV, comte du Maine, prétendant. V. CHARLES D'ANJOU (parmi les princes français).

CHARLES IV, roi de Naples, le même que CHARLES I (Espagne) et CHARLES V (Allemagne).

CHARLES V, roi de Naples. V. CHARLES II (Espagne).

CHARLES VI. V. CHARLES VI (Allemagne).

CHARLES VII, le même que CHARLES III (Espagne).

CHARLES-MARTEL, roi de Hongrie, 2e fils de Charles II, roi de Naples, et de Marie, reine de Hongrie, fut reconnu roi en 1290, à la mort de Ladislas IV; mais ne prit jamais possession de son trône et mourut à Naples en 1295, à 23 ans. Il laissa un fils, Charobert, qui régna après lui sur les Hongrois.

CHARLES-ROBERT. V. CHAROBERT.

Rois de Sardaigne (Pour les ducs de Savoie, qui ont précédé, V. SAVOIE).

CHARLES-EMMANUEL I (III comme duc de Savoie), roi de Sardaigne, fils de Victor-Amédée II, naquit en 1701, et monta sur le trône en 1730, après l'abdication de son père. Il s'unit en 1733 à la France et à l'Espagne, qui avaient projeté d'affaiblir la maison d'Autriche : à la tête des troupes confédérées, il fit la conquête du Milanais, vainquit les Impériaux à Guastalla, et obtint en récompense le Novarais et quelques fiefs de l'empire. La promesse d'une augmentation de territoire l'ayant déterminé en 1742 à prendre parti pour la reine de Hongrie, Marie-Thérèse, contre la France et l'Espagne, il s'empara de Modène, puis de la Mirandole, et déploya de grands talents militaires; mais, après avoir perdu 5000 hommes à Coni (1744), il signa en 1746, à Turin, la paix avec la France. Depuis, il consacra tous ses soins à soulager ses peuples. Il mourut en 1773.

CHARLES-EMMANUEL II, 4e fils de Victor-Amédée III, succéda en 1796 à son père, auquel la France venait d'enlever la plus grande partie de ses États. Associé aux infortunes de la famille des Bourbons, à laquelle il était allié (il avait épousé une petite-fille de Louis XV), Charles-Emmanuel IV fit d'infructueux efforts pour comprimer dans son royaume les ferments de révolution. Il fut forcé de céder à la république française ses États continentaux, et se retira en Sardaigne (1798). Il abdiqua en 1802 en faveur de son frère Victor-Emmanuel, et alla vivre à Rome, où il mourut en 1819, sous l'habit de jésuite.

CHARLES-FÉLIX, né en 1765, devint roi de Sardaigne en 1821 par l'abdication forcée de son frère Victor-Emmanuel, réprima les rebelles, régularisa l'administration et donna un code militaire. Il mourut en 1831, sans enfants, laissant la couronne au duc de Carignan (Charles-Albert).

CHARLES-ALBERT, né en 1798, mort en 1849, était issu de la branche collatérale de Savoie-Carignan. Élevé en France, il y puisa les idées libérales et se passionna pour l'indépendance de l'Italie. Il commandait l'artillerie du roi de Sardaigne lorsque éclata l'insurrection de 1821. Victor-Emmanuel, en abdiquant (13 mars), le nomma régent du roy. jusqu'à l'arrivée du nouveau roi Charles-Félix. Il proclama aussitôt la constitution des Cortès d'Espagne, et institua une junte provisoire; mais, au bout de peu de jours (21 mars), il fut forcé de se retirer devant l'intervention autrichienne. Exilé en Toscane, il resta longtemps en disgrâce; cependant il fut nommé en 1829 vice-roi de Sardaigne. Appelé au trône en 1831 à défaut d'héritier direct, il opéra d'utiles réformes, créa un conseil d'État, reconstitua les conseils provinciaux, fit rédiger un code complet de lois civiles et criminelles, réorganisa l'armée, encouragea l'agriculture, l'industrie et les sciences, abolit le système féodal, toutes mesures qui le rendirent agréable au parti national; mais, dans la suite, dominé sans doute par des influences étrangères, il se montra beaucoup moins favorable à la cause de la liberté. Cependant, en 1848, après la révolution de Février, revenant aux idées de sa jeunesse, il donna à son peuple une constitution libérale, embrassa ouvertement la cause de l'indépendance et de l'unité de l'Italie et appuya de ses armes les peuples insurgés de la Lombardie, de la Vénétie, des duchés de Parme et de Modène. Il obtint d'abord de brillants succès, battit les Autrichiens à Pastrengo (30 avril 1848), à Goito (30 mai), à Rivoli (10 juin), à Somma-Campagna (24 juillet), enleva Pizzighettone, Peschiera; mais, mal secondé par les troupes lombardes, il fut à son tour battu à San-Donato par le maréchal Radetzky (4 août), se vit forcé d'évacuer précipitamment Milan, où il faillit être pris, et dut solliciter un armistice. Cédant aux exigences du parti démagogique, il recommença imprudemment la guerre à l'expiration de l'armistice; mais il n'éprouva plus que des revers : il perdit, malgré des prodiges de valeur, la bataille décisive de Novare (23 mars 1849). Il abdiqua le jour même en faveur de son fils Victor-Emmanuel II, s'expatria, et mourut peu de mois après, à Oporto en Portugal, à la suite d'une longue maladie. Ce prince était profondément religieux; on a dit de lui : « Il s'est battu en héros, a vécu en moine et est mort en martyr. » Il encourageait les lettres et les sciences, et publia à ses frais les Monumenta historiæ patriæ, Turin, 1838, etc. Une statue lui a été élevée à à Turin.

Personnages divers.

CHARLES-LOUIS, comte palatin du Rhin, né en 1617, fils de Frédéric V, comte palatin, rentra, après le traité de Westphalie (1648), en possession du Bas-Palatinat, qu'avait perdu son père (V. FRÉDÉRIC V), et obtint, en dédommagement du reste de ses États héréditaires, l'investiture d'un 8e électorat, qui fut créé en sa faveur, ainsi que la charge d'architrésorier de l'empire. En 1673, il entra dans la ligue formée contre la France. L'année suivante, Turenne ayant châtié, par l'incendie de trente bourgs du Palatinat, les excès auxquels les habitants de ce pays s'étaient livrés envers les Français, l'électeur lui fit porter, dit-on, un défit en combat singulier. Il mourut en 1680. — Charles, son fils et successeur, mort en 1685, fut le dernier électeur de la maison de Simmeren.

CHARLES-THÉODORE, électeur palatin, de la maison de Sulzbach, né en 1724, fut investi des duchés de Juliers et de Berg en 1742, à la mort de son frère Charles-Philippe, et prit parti pour la Bavière dans la guerre de la succession d'Autriche. Au rétablissement de la paix en 1748, il ne s'occupa que du bien-être de ses sujets. Il fonda en 1757 à Manheim une académie de dessin et de sculpture, puis en 1763 une académie des sciences et un cabinet d'antiquités. Appelé comme chef de la branche cadette de la maison palatine à la souveraineté des États de l'électeur de Bavière Maximilien-Joseph, qui était mort sans enfants, il fut proclamé duc de Bavière à Munich, en 1777. Il céda une partie de la Bavière à l'Autriche par le traité de Teschen (1779), et mit fin par là à une guerre dont cette succession avait été le prétexte entre le roi de Prusse et la maison d'Autriche. Il mourut sans postérité en 1799, et ses États échurent à la maison de Deux-Ponts.

CHARLES D'AUTRICHE (l'archiduc), général autrichien, fils de l'empereur Léopold II, et frère puîné de François II, né en 1771, mort en 1847, commanda en 1796 les troupes impériales sur le Rhin, obtint quelques avantages sur Jourdan et Moreau, qu'il obligea à repasser le fleuve, prit Kehl en 1797, mais fut moins heureux contre Bonaparte et Masséna, disputa la victoire à Caldiero, à Eckmuhl, à Essling, perdit la bat. décisive de Wagram, où il fut blessé (1809), et se vit forcé de signer l'armistice de Znaïm. Après cet échec, il quitta le service et consacra ses loisirs à l'étude. On a de lui : Principes de stratégie, Vienne, 1814; Campagne d'Allemagne et de Suisse en 1799, Vienne, 1819, Favorable aux idées libérales, il fut longtemps, pour ce motif, en défaveur à la cour.

CHARLES (J. Alexandre César), physicien, né en 1746, mort à Paris en 1823, s'est fait un nom par l'habileté avec laquelle il faisait les expériences. Il s'occupa avec succès de l'électricité, perfectionna l'aérostat en y appliquant le gaz hydrogène, et fit à l'aide de ce procédé une ascension des plus hardies. Il devint membre de l'Académie des sciences (1785), et professeur au Conservatoire des arts et métiers.

CHARLES, landgraves de Hesse-Cassel. V. HESSE.

CHARLES DE BADE. V. BADE.

CHARLES-QUINT. V. CHARLES V, empereur.

CHARLESTON, v. forte des États-Unis (Caroline mérid.), entre les riv. Ashley et Cooper, à 10 k. de la mer; 45 000 h., dont env. le tiers d'esclaves. Beau port, quatre forts, palais de l'État, hôtel de ville, douane, théâtres. Évêché catholique, évêché protestant, écoles de médecine et de droit, biblioth., sociétés diverses. Grand commerce, grande exportation de coton et de riz. Plusieurs chemins de fer. — Fondée en 1672 par les Anglais sous Charles II, elle reçut en 1786 une colonie française. Assiégée par les Fédéraux en 1863-64.

CHARLESTOWN, v. de l'État de Massachussets, à 1 kil. N. de Boston; 17 000 h. Arsenal, hospice d'aliénés, chantiers pour la marine. Monument de Bunker-Hill, érigé en mémoire de la 1re victoire remportée en ce lieu par les Américains sur les Anglais.

CHARLET (Nicolas Toussaint), artiste, né en 1792 à Paris, mort en 1845, était fils d'un dragon des armées de la République, et fut élevé à l’École des enfants de la patrie. Il professa sous la Restauration des opinions qui lui firent perdre un petit emploi qu'il occupait dans une mairie. Il se voua dès lors tout entier à l'art, pour lequel il se sentait une puissante vocation : il réussit surtout dans le dessin et la lithographie, et acquit bientôt une vogue immense en traitant avec un talent supérieur les sujets militaires ou des scènes populaires; tout le monde connaît : la Garde meurt et ne se rend pas; Vous ne savez donc pas mourir ? l'Aumône du Soldat, la Résignation. Il excellait dans la charge. Cet artiste infatigable a laissé plus de 800 lithographies, et près de 2000 dessins à la sépia, à l'aquarelle, à la plume. Il s'exerça aussi avec succès dans la peinture : on remarque son Épisode de la campagne de Russie et son Passage du Rhin en 1796.

CHARLEVAL (Ch. FAUCON DE RIS, seigneur de), un des beaux-esprits du XVIIe siècle, né en Normandie en 1612, d'une famille de robe, mort en 1693, cultiva les lettres par plaisir, fut lié avec Voiture, Scarron, Sarrasin, Ninon de Lenclos, et se signala par sa générosité autant que par son goût : il fit don spontanément de 10 000 louis d'or à M. et Mme Dacier, dont il avait appris la gêne. Le recueil manuscrit de ses poésies a été perdu ; ce qui s'en est conservé a été publié par St-Marc. C'est lui qui est l'auteur de la Conversation du maréchal d'Hocquincourt et du P. Canaye (dans les Œuvres de St-Évremond).

CHARLEVILLE, ch.-l. de cant. (Ardennes), sur la r. g. de la Meuse, vis-à-vis de Mézières; 8336 h. Collége. Anc. manufacture d'armes à feu; fonderies. Commerce de houille, fer, marbre, etc. — Fondée en 1609 par le duc de Rethel, Charles de Nevers.

CHARLEVOIX (P. Franç. Xavier de), jésuite, né à St-Quentin en 1682, mort à La Flèche en 1761, fit partie des missions du Canada, navigua sur le fleuve St-Laurent et sur les lacs, visita le pays des Illinois et St-Domingue, et publia à son retour plusieurs ouvrages écrits avec exactitude et intérêt : Histoire et description du Japon, 1715; Histoire de l'île de St-Domingue, 1730; Histoire générale de la Nouvelle-France, 1744; Histoire du Paraguay, 1756.

CHARLIER (Jean). V. GERSON.

CHARLIEU, Carilocus, ch.-l. de c. (Loire), sur l'Ornain, à 20 k. N. E. de Roanne; 3492 h. Tanneries, mégisseries, chamoiseries; cotonnades. Ruines d'une abbaye de Bénédictins, qui remonte au IXe s., hôpital fondé par S. Louis.

CHARLOTTE, reine de Chypre (1458-64), fille de Jean III, épousa Jean de Portugal, duc de Coïmbre, puis Louis, duc de Savoie. A la mort de Jean III, elle fut sacrée à Nicosie reine de Chypre, de Jérusalem et d'Arménie; mais Jacques, bâtard de son père, qui était ecclésiastique, ayant mis dans ses intérêts le soudan d’Égypte, la priva de ses États. Elle mourut à Rome en 1487, après avoir fait donation du roy. de Chypre au duc de Savoie, son neveu.

CHARLOTTE DE SAVOIE, fille de Louis II, duc de Savoie, née en 1445, fut épousée par Louis XI, qui malgré ses vertus la négligea. Elle fut mère de Charles VIII et d'Anne de Beaujeu. Elle mourut en 1483, peu après son mari, dans un grand abandon.

CHARLOTTE-ÉLISABETH DE BAVIÈRE, fille de Charles-Louis, électeur palatin du Rhin, née en 1652, morte en 1722, fut la 2e femme de Monsieur, frère de Louis XIV, et devint mère du duc d'Orléans, qui fut régent de France. Elle avait beaucoup d'esprit et parlait avec une franchise qui la faisait redouter à la cour. On a publié en 1788 des fragments des Lettres originales de Madame, etc., écrites de 1715 à 1720 au duc Ulric de Brunswick et à la princesse de Galles; réimprimés en 1823 sous le titre de Mémoires sur la cour de Louis XIV et de la Régence, extraits de la correspondance de Mme Élisabeth Charlotte, etc. Sa Correspondance complète a été trad. de l'allemand et publ. en 1855 par G. Brunet.

CHARLOTTE D'ANGLETERRE, princesse de Galles, fille de George-Frédéric, prince de Galles (Georges IV), et de Caroline de Brunswick, si fameuse par son divorce, naquit en 1796, et fut mariée en 1816 au prince Léopold de Cobourg. Elle devait hériter de la couronne, mais elle mourut en couches en 1817, après avoir mis au monde un enfant qui ne lui survécut point. Cette princesse aima toujours sa mère malgré les torts qu'on lui imputait.

CHARLOTTENBOURG, ville de Prusse (Brandebourg), sur la Sprée, à 6 k. O. de Berlin; 10 000 h. Maison de plaisance bâtie en 1706 par Sophie-Charlotte, femme de Frédéric I; tombeau de la reine Louise-Amélie, femme de Frédéric-Guillaume III; manufacture de porcelaine. Sources minérales.

CHARLOTTESTOWN, v. de la Nouv.-Bretagne, ch.-l. de l'île du Prince-Édouard; 2000 h. Bon port.

CHARLOTTESVILLE, v. des États-Unis (Virginie), ch.-l. du comté d'Albemarle, à 110 k. N. O. de Richemond; 3000 h. Université fondée en 1819.

CHARLY, ch.-l. de c. (Aisne), à 10 k. S. O. de Château-Thierry et près de la Marne; 1580 hab. Bonneterie, draps, serges; fonderies de cuivre.

CHARMES, ch.-l. de c. (Vosges), sur la Moselle. à 18 k. N. E. de Mirecourt; 2950 h. Station. Beau pont, belle église. Vins, bois, cuirs. Louis XIII y fit signer en 1632 par le duc de Lorraine un traité qui livrait provisoirement Nancy à la France.

CHARMETTES, lieu pittoresque de Savoie, à 1 k. S. O. de Chambéry. J. J. Rousseau, qui y passa 5 ans, l'a célébré dans ses Confessions.

CHARMEY, vge de Suisse (Fribourg), dans la vallée de Bellegarde, à 25 k. S. de Fribourg, près de la Sane, est le centre de la grande fabrication du fromage dit de Gruyère. Près de là, anc. chartreuse.

CHARNY, ch.-l. de c. (Yonne), à 32 k. S. O. de Joigny; 800 h. — Ch.-l. de c. (Meuse), à 8 k. N. de Verdun, sur la Meuse; 500 h.

CHAROBERT ou CHARLES-ROBERT, roi de Hongrie, fils de Charles-Martel, roi de Hongrie, et petit-fils de Charles II d'Anjou, roi de Naples, fut choisi pour souverain par les Hongrois en 1308. En 1314, il vainquit Matthieu, comte palatin, qui s'était révolté contre lui; mais il fut battu en 1330 par le voyvode de Valachie, et se vit obligé d'aller chercher un refuge à Naples. Il revint pourtant dans ses États, défit ses ennemis, et éleva même la Hongrie à un haut degré de splendeur. Il mourut en 1342, laissant la couronne à son fils Louis.

CHAROLAIS, un des quatre comtés dépendant du duché de Bourgogne, est auj. compris dans le dép. de Saône-et-Loire. Villes principales : Charolles (ch.-l.), Paray-le-Monial, Toulon-sur-Arroux. Dans l'origine le Charolais fut une simple châtellenie ; Jean, comte de Châlons, qui le possédait en 1237, le céda à Hugues IV, duc de Bourgogne ; il passa ensuite à Jean, second fils de ce prince; puis à Béatrix, qui en 1272 épousa Robert de France, fils de S. Louis. Le Charolais fut alors érigé en comté. En 1327 ce comté passa par mariage dans la maison d'Armagnac; et celle-ci, en 1390, le vendit à Philippe le Hardi, duc de Bourgogne. Charles le Téméraire, du vivant de son père Philippe le Bon, porta le titre de comte de Charolais. Après sa mort, Marie, sa fille, fit entrer ce comté dans la maison d'Autriche. Il fut réuni à la France par Louis XI, en 1477; mais il fut rendu par Charles VIII à Philippe le Beau, archiduc d'Autriche ; dans la suite il fut souvent disputé entre la France, l'Espagne et l'Autriche. Le traité des Pyrénées l'avait cédé à l'Espagne, 1659; mais Louis II, prince de Condé, le fit saisir et se le fit adjuger par arrêt du parlement de Paris; il devint au XVIIIe siècle l'apanage de Charles de Bourbon, comte de Charolais, prince qui n'est connu que par ses débauches et sa cruauté; il fut réuni à la couronne en 1761, à la mort de ce prince.

CHAROLAIS (canal du). V. CENTRE (canal du).

CHAROLLES, Quadrigellæ, ch.-l. d'arr. (Saône-et-Loire), à 51 kil. N. O. de Mâcon; 3226 hab. Collége, biblioth., soc. d'agriculture: forges. Jadis ch.-l. du Charolais. Patrie de Bayard, auteur comiq.

CHARON, nocher des Enfers, transportait dans sa barque les âmes des morts au delà du Styx et de l'Achéron : il ne recevait que ceux qui avaient eu la sépulture. Une obole était le prix du voyage, et l'on avait coutume pour payer le passage de mettre dans la bouche des morts une pièce de monnaie que l'on appelait le denier de Charon. Ce mythe paraît originaire de l’Égypte, où les habitants payaient en effet pour le transport des corps au delà du lac Mœris.

CHARON de Lampsaque, historien grec qui florissait un peu avant Hérodote, avait composé une Histoire de la Perse et une Histoire de l’Éthiopie, dont il ne reste que peu de fragments réunis par l'abbé Sévin (Académ. des inscript., XIV, p. 56), par Creuzer dans ses Historiæ græcæ fragm., 1806, et par MM. Didot dans leur collection, 1841.

CHARONDAS, législateur de Catane, de Rhégium et de Thurii, vivait vers 600 av. J.-C. et était pythagoricien. Il se perça, dit-on, de son épée, pour se punir d'avoir enfreint, quoique involontairement, une loi qu'il avait portée, et qui défendait de se présenter en armes dans l'assemblée du peuple.

CHARONAS (Loys LE CARON, dit), jurisconsulte français, né en 1536 à Paris, mort en 1617. Il se fit par ses écrits une haute réputation, et fut nommé lieutenant au bailliage de Clermont en Beauvoisis, charge qu'il exerça jusqu'à sa mort. Il a composé : Le grand Coutumier de France, 1593 ; Coutume de Paris avec des commentaires, 1598. Il a aussi écrit sur la philosophie et a laissé des poésies.

CHARONNE, anc. bourg du dép. de la Seine, arr. de St-Denis, à l'E. de Paris et contigu à cette ville, est depuis 1860 englobé en partie dans Paris. Papiers peints, eau de javelle, eau-de-vie de pommes de terre, produits chimiques.

CHAROST, ch.-l. de cant. (Cher), sur l'Arnon, à 25 kil. S. O. de Bourges; 1150 hab. Il a donné son nom à une branche de la maison de Béthune, et a été érigé en duché-pairie en 1672. V. BÉTHUNE.

CHARPENTIER (Jacques), docteur en philosophie et en médecine, né en 1524 à Clermont en Beauvoisis, mort en 1574, professa les mathématiques au Collége de France et la philosophie au Collége de Bourgogne, défendit avec ardeur le Péripatétisme, se signala par son intolérance philosophique et religieuse, et eut de vifs démêlés avec son collégue Ramus : on l'accuse même de sa mort (V. RAMUS). Charles IX le nomma son médecin. Il a publié, entre autres écrits : Orationes contra Ramum, 1566, Comparatio Platonis cum Aristotele, 1573, et un ouvrage de théologie mystique qu'il attribue à Aristote et qu'il prétend avoir traduit de l'arabe (Libri XIV qui Aristotelis esse dicuntur de secretiore parte divinæ Sapientiæ secundum Ægyptios), 1572.

CHARPENTIER (Franç.), littérateur, né à Paris en 1620, mort en 1702, fut admis dès 1651 à l'Académie française et fut placé par Colbert à la tête de l'Académie des inscriptions lors de sa fondation. Dans la querelle sur le mérite des anciens et des modernes, il prit parti pour les modernes et écrivit à cette occasion des pamphlets, qui lui valurent les sarcasmes de Boileau. On lui doit une traduction de la Cyropédie, 1659, et une Vie de Socrate, 1650. Il travailla à la rédaction des Voyages de Chardin.

CHARPENTIER (Franç. Phil.), fécond inventeur, né à Blois en 1734, mort en 1817. On lui doit des machines à scier, à forer les canons de fusil; de nouveaux systèmes de pompe à feu, d'éclairage, de signaux pour phare; mais il est surtout connu pour avoir inventé la manière de graver au lavis sur cuivre, dite manière noire. Comme la plupart des inventeurs, il vécut dans la gêne.

CHARQIEH, prov. de la Basse-Égypte, entre la Méditerranée, le désert (au S. E.) et les provinces de Damiette, Mansourah, Garbieh, Kelyoub; ch.-l., Belbeys.

CHARRA-MONGOLIE. V. MONGOLIE.

CHARRON (Pierre), moraliste, né à Paris en 1541, était fils d'un libraire qui eut 25 enfants. Il exerça d'abord la profession d'avocat, puis reçut les ordres, et se fit bientôt un nom par ses prédications. Plusieurs évêques l'attirèrent auprès d'eux, et il séjourna comme théologal à Bazas, Lectoure, Agen, Cahors, Condom, Bordeaux. Dans cette dernière ville il se lia avec Montaigne et adopta bientôt sa philosophie. En 1595, il fut envoyé à Paris comme député à l'assemblée du clergé et devint secrétaire de cette assemblée. Il mourut à Paris en 1603, d'apoplexie. Charron a composé un Traité de la Sagesse, Bordeaux, 1601, qui est encore un des meilleurs traités de morale que nous ayons; mais on y trouve quelques propositions hasardées qui en firent longtemps défendre l'impression et le firent mettre à l’Index à Rome. L'auteur y reproduit les idées sceptiques de Montaigne; il imite également son style, mais il a moins de grâce et de naïveté. Charron a aussi laissé un Traité des Trois Vérités (existence de Dieu, vérité du Christianisme, vérité du Catholicisme), 1594, fort estimé, et un Abrégé du Traité de la Sagesse. La meilleure édition de la Sagesse est celle qu'a donnée Amaury Duval, 1820, 3 v. in-8.

CHARROUX, ch.-l. de cant. (Vienne), à 10 kil. S. E. de Civray; 1600 hab. Anc. abbaye de Bénédictins. Il s'y tint en 989 un concile particulier où pour la 1re fois on essaya de réprimer les guerres privées par la Paix de Dieu.

CHARRUAS, peuplade indigène de l'Amérique du Sud, erre entre le Parana et l'Uruguay. Cette peuplade est très-belliqueuse : autrefois nombreuse et puissante, elle est auj. presque anéantie.

CHARTE. Deux chartes surtout ont de l'importance dans l'histoire : la Grande Charte d'Angleterre, qui est la base des libertés anglaises : elle fut signée en 1215 par Jean sans Terre et confirmée en 1264 par son fils Henri III ; et la Charte constitutionnelle de France, donnée en 1814 par Louis XVIII, et réformée en 1830 après la déchéance de Charles X.

CHARTE NORMANDE, ordonnance rendue en 1315, par Louis X le Hutin, pour confirmer les droits et priviléges des nobles de Normandie. Cette ordonnance fut confirmée par Philippe de Valois, 1339; Louis XI, 1461; Henri III, 1579. Elle cessa d'être en vigueur à la fin du XVIe siècle, mais continua de figurer dans les ordonnances et les priviléges du roi jusqu'en 1789.

CHARTIER (Alain), écrivain et poëte, né à Bayeux en 1386, se distingua de bonne heure, fut secrétaire de Charles VI et Charles VII, et remplit sous ces deux princes avec succès plusieurs missions diplomatiques. On croit qu'il mourut en 1458. Il jouit en son temps d'une grande réputation et fut surnommé le Père de l'éloquence française. Pasquier rapporte que Marguerite d’Écosse, épouse du Dauphin (depuis Louis XI), le voyant endormi sur une chaise, lui donna un baiser sur la bouche, pour marquer le cas qu'elle faisait de cette bouche d'où étaient sortis tant de beaux discours. A. Chartier a beaucoup contribué à former la langue. Parmi ses ouvrages en prose on remarque le Curial (Courtisan), le Quadrilogue invectif, où il se déchaîne contre les abus; et parmi ses ouvrages en vers le Débat du Réveil-Matin, la Belle Dame sans mary, le Bréviaire des nobles, le Livre des Quatre Dames. On trouve dans tous ses écrits une aimable naïveté. L'édition la plus complète de ses œuvres est celle de Duchesne, Paris, 1617, in-4. — Jean Chartier, son frère, moine de l'abbaye de St-Denis, historiographe de Charles VII, a publié les Grandes Chroniques de France, avec une Histoire de Charles VII, rédigée par lui-même, 1476 et 1493, 3 Vol. in-fol., réimprimée en 1858 par M. Vallet de Viriville.

CHARTIER (René), médecin, né à Vendôme en 1572, mort en 1654, fut professeur à la Faculté de Paris et au Collége de France, et publia une édition complète et très-estimée des œuvres réunies d'Hippocrate et de Galien, gr.-lat., 1639-79, 13 vol. in-fol.

CHARTISTES, nom donné en Angleterre à un parti composé surtout de prolétaires, qui sollicite une Charte du peuple, dans le but d'abolir la constitution aristocratique, d'établir le suffrage universel et d'assurer l'existence des classes ouvrières. Depuis 1817, ce parti a signalé son existence par de pressantes pétitions, couvertes de millions de signatures, et par de terribles insurrections, que le gouvernement anglais a réussi à réprimer. Hunt et Owen en ont été les principaux chefs.

CHARTRAIN (pays), pays dont Chartres est la v. principale, était compris dans la Beauce et l'Orléanais et fait auj. partie du dép. d'Eure-et-Loir.

CHARTRES, Autricum, Carnutes, ch.-l. du dép. d'Eure-et-Loir, à 88 kil. S. O. de Paris (92 par la route de Rambouillet); 19 531 h. Évêché, trib. de 1re inst. et de commerce, collége, soc. d'agr., bibliothèque. Chemin de fer; belle cathédrale ; entrepôt des grains de la Beauce ; pâtés renommés, Patrie du chancelier d'Aligre, du moraliste Nicole, du poëte Régnier, du P. Fr. Lami, de Brissot, Péthion, Marceau, etc. — Autrefois capitale des Carnutes, Chartres fut depuis la ville principale de la Beauce, et eut des comtes particuliers dès le Xe siècle; ces comtes possédaient en outre les comtés de Blois et de Champagne. Elle appartint ensuite à la maison de Châtillon, qui la vendit à Philippe le Bel (1286). Ce prince donna le comté de Chartres à son frère Charles de Valois, dont le fils (Philippe VI) le réunit à la couronne, 1349. François I l'aliéna de nouveau, et Louis XIII la racheta en 1623. Le comté de Chartres fut ensuite érigé par Louis XIV en duché et donné à la maison d'Orléans. Il devint alors l'apanage du fils aîné de cette maison, ce qui dura jusqu'en 1830 (V. ORLÉANS). Chartres fut prise par Dunois en 1432. Les Calvinistes l'assiégèrent vainement en 1568; Henri IV s'en empara en 1591 et y fut sacré en 1593.

CHARTREUSE, Cartusia en lat., Certosa en ital., nom donné à divers monastères de Chartreux, situés soit en France, soit à l'étranger. Le plus célèbre est la Grande Chartreuse, située dans le dép. de l'Isère, à 20 k. N. de Grenoble, au milieu de montagnes arides et de difficile accès, et où réside le général de l'ordre. Bien que la fondation de l'ordre des Chartreux par S. Bruno date de 1084, le couvent ne fut bâti qu'en 1134, près de la cellule qu'avait occupée le saint. Il a été reconstruit en 1678. Les Chartreux, qui en avaient été expulsés en 1790, lors de la suppression des ordres religieux, y sont rentrés en 1816, et ils l'occupent encore; mais leur nombre, qui s'élevait jadis à 300, est aujourd'hui réduit à une trentaine. Ils hébergent les voyageurs et préparent une liqueur stomachique connue sous le nom de Liqueur de la Chartreuse.

CHARTREUX, ordre religieux ainsi appelé du désert de la Grande Chartreuse (V. ce mot), où il prit naissance, fut fondé par S. Bruno qui s'établit dans la désert en 1084 avec six religieux. Cet ordre est un des plus austères : les religieux observent une clôture perpétuelle, un silence presque absolu, de fréquents jeûnes et l'abstinence entière de viande; ils portent une robe de drap blanc, serrée avec une ceinture de cuir, et un capuce du même drap. Ils sont toujours couverts du cilice; une corde appelée lombar entoure leurs reins. Ils se consacrent à la vie contemplative et se livrent en outre à des travaux manuels. — Outre la Grande Chartreuse de France, leur maison mère, ils comptent dans les autres pays catholiques 92 établissements dont les plus importants sont ceux de Florence, de Pise et de Pavie. Ils ont en outre 5 communautés de filles, dont 3 en France. La règle des Chartreux, rédigée en 1228 par Guigues, 5e prieur général, a été imprimée en 1581.

CHARYBDE, Charybdis, célèbre gouffre, situé sur la côte N. E. de la Sicile, au S. O. de celui de Scylla, qui se trouvait sur la côte méridionale de l'Italie. Tous deux sont dans le détroit de Messine. Le danger qu'offrait jadis le passage entre ces deux écueils a donné lieu au proverbe connu : tomber de Charybde en Scylla. Auj. le gouffre porte le nom de Garofalo; le danger n'y est plus le même; cependant on y sent un courant qui porte du N. E. au S. O. et qui remonte et descend à peu près toutes les 6 heures. — Selon la Fable, Charybde était une femme sicilienne, fille de Neptune et de la Terre, qui, ayant volé des bœufs à Hercule, fut foudroyée et changée par Jupiter en un gouffre affreux.

CHASIDIM ou HASIDIM, c.-à-d. Pieux, Piétistes secte juive récente, répandue surtout en Pologne, en Russie et autres pays slaves, se compose d'hommes d'une piété austère, qui vont au delà de ce que prescrit la loi. Cette secte prit naissance en Ukraine vers 1760.

CHASSELAS, bourg du dép. de Saône-et-Loire, à 10 k. S. O. de Mâcon; 370 h. Il a donné son nom à la variété de raisin dite chasselas.

CHASSELOUP-LAUBAT (François, marquis de), né en 1754 à St-Sornin (Charente-Inf.), d'une famille déjà illustrée dans les armes, mort en 1833, était colonel du génie en 1789. Il défendit Montmédy contre les Prussiens, dirigea en 1794 l'attaque principale contre Maëstricht, qui capitula bientôt, commanda en chef les travaux du siége de Mayence, 1795; accompagna Bonaparte en Italie en 1796, eut une grande part aux succès de cette brillante campagne, à la suite de laquelle il fut fait général de division; assiégea, prit, puis fortifia Peschiera, Mantoue, Alexandrie, et appliqua à ces fortifications un système nouveau dont il était l'auteur; fit en 1807 les siéges mémorables de Dantzick et de Stralsund, commanda le génie dans la campagne de Russie, et fut, en récompense de ses services, fait par Napoléon comte de l'Empire et sénateur. Devenu sous la Restauration pair de France et marquis, il n'en compta pas moins parmi les défenseurs des institutions constitutionnelles. Chasseloup a écru des Mémoires sur l'artillerie; son système de fortification est représenté en relief aux Invalides, à côté de ceux de Vauban et Cormontaigne. — Un de ses fils, Prosper de Chass.-Laubat (1805-1873), a été député depuis 1837, ministre de la marine en 1851 et 1860, ministre de l'Algérie en 1859. Comme membre de l'Assemblée nationale de 1871, il a pris une grande part à la nouvelle organisation militaire.

CHASSENEUIL, bourg du dép. de la Charente, à 10 k. N. E. de La Rochefoucauld; 1600 h. Maison ou manse royale au temps des Carlovingiens.

CHASSIRON (Tour de), phare de l'île d'Oléron, à l'extrémité N. O., dans le hameau du même nom; il a 2 feux pour le distinguer de la tour de Cordouan.

CHASSUARII ou ATTUARII, peuple de la Germanie, au S. des Chérusques et à l'E. des Sicambres, habitait vers le confluent de la Fulde et la Werra et le long de l'Eder.

CHASTELAIN, CHASTELET. V. CHATELAIN, etc.

CHASTELARD (P. de BOSCOSEL de), gentilhomme dauphinois, petit-fils de Bayard, conçut une violente passion pour Marie Stuart, épouse de François II, suivit cette princesse en Écosse après la mort de ce monarque, fut surpris caché dans sa chambre, et condamné à perdre la tête.

CHASTELLUX (Claude de BEAUVOIR, seigneur de), né vers la fin du XIVe siècle en Bourgogne, mort en 1453, servit avec le plus grand zèle le duc de Bourgogne, Jean sans Peur, pendant les troubles du règne de Charles VI; surprit Paris en 1418 par la connivence de Perrinet Leclerc, eut une grande part à la victoire de Cravant, 1423, et fut en récompense nommé maréchal par le duc. Il assista aux assemblées tenues à Auxerre pour la paix en 1451. L'aîné de cette famille était de droit premier chanoine d'Auxerre : cet honneur lui avait été décerné en mémoire de ce que Claude de Chastellux, après avoir pris Cravant, avait remis cette place au chapitre d'Auxerre, de qui elle dépendait.

CHASTELLUX (Franç. Jean, marquis de), né à Paris en 1734, mort en 1788, fut colonel d'un régiment qui portait son nom, servit en Allemagne, 1756-63, puis passa comme major général en Amérique, en 1780, et s'y lia avec Washington. Ami de Voltaire et des encyclopédistes, il cultivait la littérature au milieu des camps et fut admis à l'Académie française. On a de lui entre autres écrits : De la félicité publique, 1772, ouvrage exalté par Voltaire ; Éloge d'Helvétius, 1774; Voyages dans l'Amérique septentrionale, 1780-1782, ouvrage plein d'intérêt.

CHASTENET DE PUYSÉGUR. V. PUISÉGUR.

CHAT (lac du), lac de l'Amérique septentrionale, sur la limite du Haut et du Bas-Canada, a environ 31 k. de long sur 4 de large. Il est alimenté par l'Ottawa, qui forme une chute après l'avoir traversé.

CHATAM. V CHATHAM.

CHÂTEAU (LE), ou LE CHÂTEAU-D'OLÉRON, ch.-l. de cant. (Charente-Inf.), à l'extrémité S. E. de l'île d'Oléron, sur la passe de Maumusson; 1406 hab. Petite place de guerre, château fort. Sel, vin.

CHÂTEAUBOURG, ch.-l. de c. (Ille-et-Vilaine), à 15 k. O. de Vitré; 1300 h. Ardoisières.

CHÂTEAUBRIAND (Franç. René, vicomte de), né en 1768 à St-Malo, d'une famille noble et ancienne, passa son enfance dans le manoir patrimonial de Combourg, fit de rapides études aux colléges de Dol et de Rennes, obtint un brevet de sous-lieutenant au régiment de Navarre à 17 ans, fut fait capitaine à 19, vint à Paris en 1788, s'y lia avec La Harpe, André Chénier, Fontanes et autres littérateurs de l'époque, et débuta par des vers pour l'Almanach des Muses. Il s'éloigna de la France à la vue des excès populaires, s'embarqua pour le Nouveau-Monde, parcourut pendant une année les immenses solitudes et les forêts vierges de l'Amérique du Nord, vivant avec les sauvages et ébauchant sur les lieux son poëme des Natchez; revint en Europe en 1792, alla rejoindre à Coblentz l'armée des émigrés, fut blessé au siége de Thionville et transporté mourant à Jersey; vécut quelques années à Londres dans le dénûment, réduit à donner des leçons de français et à faire des traductions pour les libraires; publia en cette ville en 1797 son premier ouvrage, l’Essai sur les révolutions anciennes et modernes dans leur rapport avec la Révolution française, où il exprimait en politique et en religion des idées peu en harmonie avec celles qu'il professa plus tard, mais où se révélait déjà son talent d'écrivain; fut ramené aux idées religieuses par une lettre de sa mère mourante, rentra en France en 1800, rédigea pendant quelques années le Mercure avec Fontanes, et fit paraître dans ce recueil, en 1801, Atala, création originale qui excita une admiration universelle; composa vers la même époque René, œuvre empreinte d'une mélancolie rêveuse, où se trahit le secret de son propre cœur, et donna en 1802 le Génie du Christianisme, qu'il avait en partie rédigé en Angleterre, et dont Atala et René n'étaient que des épisodes : il s'était proposé d'y montrer que le Christianisme, si supérieur au Paganisme par la pureté de la morale, n'est pas moins favorable à l'art et à la poésie que les fictions de l'antiquité; ce livre fit événement et donna le signal d'une sorte de restauration religieuse. L'auteur, remarqué par le Premier Consul, fut choisi en 1803 pour accompagner le cardinal Fesch à Rome comme secrétaire d'ambassade; il venait d'être chargé en 1804 de représenter la France près de la république du Valais lorsqu'il connut l'exécution du duc d'Enghien : il s'empressa de donner sa démission et ne cessa depuis de se montrer hostile à l'Empire. Rendu aux lettres, Chateaubriand conçut le projet d'une épopée chrétienne, où seraient mis en présence le Paganisme expirant et la religion naissante; il voulut visiter par lui-même les lieux où devait être placé le théâtre de l'action, et parcourut dans ce but la Grèce, l'Asie Mineure, la Palestine et l’Égypte (1806). A son retour, il alla s'enfermer dans une modeste retraite, qu'il appelait la Vallée-aux-Loups, à Aunay, près de Sceaux, et y composa les Martyrs, sorte d'épopée en prose, qui ne parut qu'en 1809 : ce beau poëme, qui est son chef-d'œuvre, offre la plus heureuse application des théories du Génie du christianisme. Les notes que l'auteur avait recueillies dans son voyage formèrent la matière de l’Itinéraire de Paris à Jérusalem (1811). La même année, Chateaubriand fut élu membre de l'Académie française, à la place de M.-J. Chénier; mais ayant, dans son projet de discours de réception, sévèrement blâmé certains actes de la Révolution, il ne lui fut pas permis de prendre possession de son siége; il ne put siéger qu'après la Restauration. — Chateaubriand accueillit avec transport le retour des Bourbons : dès le 30 mars 1814, il avait publié contre le souverain déchu un virulent pamphlet, De Buonaparte et des Bourbons, qui fut répandu par milliers, et qui, au dire de Louis XVIII, valut à ce prince une armée. Nommé ambassadeur en Suède, il n'avait pas encore quitté Paris quand Napoléon revint en France (1815). Il accompagna Louis XVIII à Gand, devint un des membres de son cabinet, lui adressa un célèbre Rapport sur l'état de la France, et fut au retour nommé ministre d'État et pair de France; mais ayant, dans La monarchie selon la Charte, attaqué l'ordonnance du 5 septembre 1816 qui dissolvait la Chambre introuvable, il fut disgracié et perdit son poste de ministre d'État. Il se jeta dès lors dans l'opposition ultra-royaliste et devint l'un des principaux rédacteurs du Conservateur, le plus puissant organe de ce parti. Le meurtre du duc de Berry (1820) le rapprocha de la cour : il écrivit à cette occasion d'intéressants Mémoires sur la vie et la mort du duc. Nommé la même année ministre de France à Berlin, puis ambassadeur en Angleterre (1822), il fut l'un des plénipotentiaires au congrès de Vérone, et fit décider la guerre d'Espagne, malgré l'opposition de l'Angleterre. A son retour, il reçut le portefeuille des affaires étrangères; mais, n'ayant pu s'accorder avec M. de Villèle, chef du cabinet, il se vit brutalement congédié (5 juin 1824). Il rentra aussitôt dans l'opposition, mais pour s'unir cette fois au parti libéral, et combattit à outrance le ministère Villèle, soit à la Chambre des Pairs, soit dans le Journal des Débats, où il donna le signal de la défection : il se montra à cette époque le zélé défenseur de la liberté de la presse et de l'indépendance de la Grèce, ce qui lui valut une grande popularité. A la chute de M. de Villèle, il fut nommé ambassadeur à Rome (1828); mais il donna sa démission à l'avénement du ministère Polignac. Après la révolution de 1830, il montra une fidélité chevaleresque à la cause de la légitimité : il se retira des affaires, quitta même la Chambre des Pairs et ne signala plus son existence politique que par des critiques acerbes contre le nouveau gouvernement (De la Restauration et de la Monarchie élective, 1831), par des voyages auprès de la famille déchue, et par la publication d'un Mémoire sur la captivité de la duchesse de Berry (1833), mémoire au sujet duquel il fut poursuivi, mais acquitté. Il avait donné en 1831 des Études historiques (4 vol. in-8), résumé d'histoire universelle où il voulait montrer le Christianisme réformant la société; cet ouvrage devait être le frontispice d'une histoire de France qu'il méditait depuis longtemps, mais qu'il n'a pas exécutée. Ses dernières années furent passées dans une profonde retraite; il ne quittait guère sa demeure que pour aller à l'Abbaye-aux-Bois, chez Mme Récamier, dont il fut l'ami constant et dont le salon réunissait l'élite du monde littéraire. Il avait commencé dès 1811 des mémoires sur sa propre vie; il les reprit et les continua presque jusqu'à ses derniers moments; ces mémoires, qu'il intitula Mémoires d'Outre-Tombe, ne devaient paraître qu'après sa mort; toutefois, pressé par des besoins d'argent, qui l'assiégèrent toute sa vie, il les céda dès 1836 à une société qui lui assura un revenu convenable pour le reste de ses jours. Il mourut en 1848 à Paris; ses restes furent transportés à St-Malo, et déposés, selon son vœu, au rocher du Grand Bé, îlot d'aspect romantique situé dans la rade de sa ville natale; il lui fut fait des obsèques magnifiques.

Chateaubriand est sans contredit le plus grand écrivain du siècle et peut-être le plus grand peintre de la nature qui ait existé : il brille surtout par l'éclat, le coloris et le grandiose des images, empruntées pour la plupart à une nature toute nouvelle; chez lui le sentiment, noble ou tendre, est presque toujours mêlé de mélancolie et d'amertume. On a relevé, surtout dans ses premiers écrits, des traces de mauvais goût, un style ampoulé, des idées bizarres, des alliances de mots forcées; les sages conseils de Fontanes parvinrent peu à peu à faire disparaître ces imperfections. Par ses qualités comme par ses défauts, Chateaubriand peut être considéré comme le père du romantisme en France. Comme homme politique, sa conduite et ses écrits semblent offrir de nombreuses contradictions; cependant, il fut toujours, ou du moins il voulut être à la fois l'ami de la royauté légitime et de la liberté, défendant alternativement celle des deux qui lui semblait être en péril : « Je suis, a-t-il dit lui-même, bourbonien par honneur, monarchiste par raison, républicain par goût et par caractère. » Aux avantages de l'esprit, Chateaubriand joignait ceux de la personne : « Le génie était dans ses yeux, a dit un de ses panégyristes, la grâce dans son sourire; la noblesse et la fermeté de son âme se répandaient sur tous ses traits. » Comme plusieurs hommes célèbres, il avait une vanité excessive, qui éclate dans ses Mémoires.

Outre de nombreuses éditions de chacun des ouvrages séparés de Chateaubriand, il a été fait plusieurs édit. de ses Œuvres complètes; les meilleures sont celles de Ladvocat, en 31 vol. in-8, Paris, 1826-31, revue par l'auteur même, qui y a joint des éclaircissements et des notes critiques, et l'a enrichie de quelques œuvres inédites (les Abencerrages, les Natchez, Moïse, tragédie, des poésies diverses, des discours politiques); et celle de Ch. Gosselin, 25 vol. in-8, 1836-38 (on y trouve en plus le Congrès de Vérone, un Essai sur la littérature anglaise, une traduction du Paradis perdu de Milton). Chateaubriand n'a donné depuis que la Vie de Rancé, 1844. Les Mémoires d'Outre-Tombe, publiés d'abord dans le feuilleton de la Presse, ont été édités en 12 vol. in-8 de 1849 à 1850. — M. de Noailles, son successeur à l'Académie, y a fait son Éloge. MM. Marin et Ancelot ont écrit sa Vie, M. Collombet Châteaubr., sa vie et ses écrits, M. Ste-Beuve Châteaubr. et son groupe liitér.; M. Danilo, Chât. et ses critiques; M. Benoît Étude sur Châteaubr.

CHÂTEAUBRIANT, Brientii castellum, ch.-l. d'arr. (Loire-Inf.), sur la Chère, à 60 kil. N. da Nantes; 3634 hab. Cuirs ; conserves d'angélique. Cette v. tire son nom d'un château construit vers 1515 par Brient, comte de Penthièvre, et a donné son nom aux comtes de Châteaubriant. — Henri II y rendit en 1551 un édit contre les Protestants.

CHÂTEAUBRIANT (Françoise, comtesse de), femme célèbre par sa beauté, née vers 1475, morte en 1537, était fille de Jean de Foix et sœur du vicomte de Lautrec et du maréchal de Foix. Mariée très-jeune à Jean de Laval-Montmorency, seigneur de Châteaubriant, qui l'amena à la cour, elle inspira une vive passion à François I; mais elle fut au bout de peu d'années supplantée par la duchesse d'Étampes et resta en butte à la jalousie de son mari, qu'on accuse d'avoir hâté sa mort. On raconte sur elle des aventures fort romanesques. Cependant quelques-uns contestent même sa liaison avec François I, et attribuent à Louise de Crèvecœur, épouse de Bonnivet, toute l'histoire qu'on raconte d'elle.

CHÂTEAUBRUN (J. B. VIVIEN DE), littérateur, membre de l'Académie française, né à Angoulême en 1686, mort en 1775, fut sous-précepteur, puis maître d'hôtel ordinaire du duc d'Orléans, et composa quelques tragédies : Mahomet II, jouée en 1714; les Troyennes, jouée en 1754, et restée au théâtre; Philoctète, 1755; Astyanax, 1756.

CHÂTEAU-CHALON, bourg de France (Jura) à 12 kil. N. E. de Lons-le-Saulnier; 650 hab. Anc. abbaye de Bénédictins. Vins blancs excellents.

CHÂTEAU-CHINON, Canicum castellum, ch.-l. d'arr. (Nièvre), à 59 kil. N. E. de Nevers; 2775 hab. Trib. de 1re inst., biblioth. Commerce de vins, bois, charbon, bestiaux. Autrefois capit. du Morvan.

CHÂTEAU-DAUPHIN ou CASTEL-DELFINO, bourg des États Sardes, sur la frontière de France, à 30 k. O. S. O. de Saluces, sur le versant S. du mont Viso; 1500 hab. Ancien fort qui appartint longtemps à la France: Charles-Emmanuel, duc de Savoie, s'en empara en 1588, mais le rendit bientôt. La France le céda à la Savoie en 1713.

CHÂTEAU-DU-LOIR, ch.-l. de cant. (Sarthe) à 35 kil. S. O. de St-Calais; 3017 hab. Station. Toile à voiles, filature de coton, tanneries; marrons.

CHÂTEAUDUN, Castellodunum en latin moderne, ch.-l. d'arr. (Eure-et-Loir), près de la r. g. du Loir, à 44 kil. S. O. de Chartres; 6776 hab. Trib. de 1re inst., collége, biblioth. Ancien château des comtes de Dunois. Grains, farine; tanneries, etc. — Bâtie au Xe siècle. — Héroïque résistance contre les troupes allemandes (18 oct. 1870).

CHÂTEAU-GAILLARD, c.-à-d. Château fort, nom donné en France à plusieurs forteresses. La plus célèbre est le Château-Gaillard d'Andely (Eure), sur la r. dr. de la Seine, à la porte des Andelys. Il fut construit en 1197 par Richard Cœur de Lion, pris en 1204 par Philippe-Auguste, servit de prison aux belles-filles de Philippe le Bel (1314) et à Charles le Mauvais (1356); fut pris par les Anglais en 1419, et repris par Charles VII en 1449. Il fut démantelé de 1603 à 1610; il n'en reste que le donjon, avec quelque tours et des souterrains.

CHÂTEAU-GIRON, ch.-l. de c. (Ille-et-Vilaine), à 17 kil. S. E. de Rennes; 2000 hab. Toile à voiles.

CHÂTEAU-GONTHIER, ch. d'arr. (Mayenne), sur la Mayenne, à 29 kil. S. E. de Laval; 8000 hab. — Trib. de 1re inst., collége diocésain, biblioth., curieuse église du Xe siècle. Serges, étamines, toiles; blanchisseries; tanneries. Bois, vin, fer, graine de trèfle, etc. — Cette ville se forma autour d'un château bâti en 1037 par Foulques Néra, comte d'Anjou, et fut érigée par Louis XIV en marquisat.

CHÂTEAU-HAUT-BRION, hameau de la Gironde, arr. de Libourne, cant. de Pujols. Vignoble célèbre, l'un des 4 premiers crus de vins rouges de Bordeaux. CHÂTEAU-LAFFITTE, hameau et vignoble renommé du Haut-Médoc (Gironde), commune de Pauillac, arr. de l'Esparre. C'est un des 4 premiers crus de vins rouges dits de Bordeaux.

CHÂTEAU-LANDON, ch.-l. de cant. (Seine-et-Marne), à 30 kil. S. de Fontainebleau; 1800 hab. Pierre dure très-estimée, blanc d'Espagne. Anc. capitale du Gâtinais. Prise par les Anglais en 1436, reprise en 1437.

CHÂTEAU-LATOUR, hameau de la Gironde, dans le Haut-Médoc, arr. de Lesparre, canton de Pauillac; un des 4 premiers crus de vins de Bordeaux.

CHÂTEAU-LA-VALLIÈRE, ch.-l. de cant. (Indre-et-Loire), à 38 kil. N. O. de Tours; 1200 hab. Sources minérales, forges. Terre érigée en duché en 1667 par Louis XIV pour Mlle de La Vallière.

CHÂTEAULIN, ch.-l. d'arr. (Finistère), sur l'Aulne, à 28 kil. N. de Quimper; 3000 h. Petit port. Trib. de 1re inst. La ville tire son nom d'un château fondé au Xe siècle par Alain, comte de Cornouailles.

CHÂTEAU-MARGAUX, commune de la Gironde, dans l'anc. Haut-Médoc, à 22 kil. N. O. de Bordeaux. Vignoble célèbre, l'un des 4 premiers crus de vins rouges de Bordeaux.

CHÂTEAU-MEILLANT, ch.-l. de cant. (Cher), à 29 kil. S. O. de St-Amand; 3062 hab. Vieux château, et tour antique, bâtie, dit-on, par César.

CHÂTEAUNEUF, ch.-l. de cant. (Hte-Vienne), sur la Combade, à 34 kil. S. E. de Limoges; 1200 h. — Ch.-l. de cant. (Ille-et-Vilaine), sur l'Auzon, à 14 kil. S. E. de St-Malo; 680 hab. Fort hexagone, élevé en 1777, pour protéger la côte.

CHÂTEAUNEUF (le baron de). V. AUBESPINE.

CHÂTEAUNEUF (Renée de RIEUX, dite la belle de), maîtresse de Henri III, née vers 1550 d'une famille noble de Bretagne. Fille d'honneur de Catherine de Médicis, elle inspira une vive passion au duc d'Anjou (depuis Henri III), qui lui adressa nombre de sonnets galants. Quand ce prince, devenu roi, eut épousé Louise de Vaudemont, elle ne craignit pas de braver la reine et fut exilée. Elle épousa depuis un Florentin, qu'elle poignarda dans un accès de jalousie, puis un capitaine des galères, que le roi fit comte de Castellane.

CHÂTEAUNEUF (Franç. de CHASTAGNER, abbé de), né vers 1645, mort en 1708, était un homme d'esprit, de goût et de savoir, à qui l'on doit d'intéressantes études sur la musique des anciens; mais il est surtout connu pour avoir été l'ami de Ninon de Lenclos et le parrain de Voltaire. — Son frère aîné, Pierre Antoine de Châteauneuf, marquis de Châteauneuf, 1744-1728, fut ambassadeur en Turquie, en Portugal et en Hollande.

CHÂTEAUNEUF-DE-RANDON, ch.-l. de cant. (Lozère), à 24 kil. N. E. de Mende; 2200 hab. Jadis place forte. Du Guesclin l'assiégeait lorsqu'il mourut : le gouverneur de la place, qui lui avait promis de se rendre, vint déposer les clefs sur son cercueil (1380).

CHÂTEAUNEUF-DU-FAOU, ch.-l. de c. (Finistère), sur l'Aulne, à 19 kil. E. de Châteaulin: 2000 hab.

CHÂTEAUNEUF-EN-THIMERAY, Castrum Theodomirense, ch.-l. de cant. (Eure-et-Loir), à 21 kil. S. O. de Dreux ; 1250 hab. Mine de fer. Cette ville possédait un château fort, qui fut rasé en 1058.

CHÂTEAUNEUF-SUR-CHARENTE, ch.-l. de c. (Charente), à 27 kil. S. E. de Cognac; 2200 hab. Commerce de vin, tabac, etc. Anc. place forte.

CHÂTEAUNEUF-SUR-CHER, ch.-l. de c. (Cher), à 22 kil. N. O. de St-Amand; 1840 hab. Jadis fortifié. Érigé en marquisat pour Colbert.

CHÂTEAUNEUF-SUR-LOIRE, ch.-l. de c. (Loiret), à 26 kil. E. d'Orléans: 3075 hab. Raffinerie de sucre de betteraves, tuilerie; lainages, vinaigres.

CHÂTEAUNEUF-SUR-SARTHE, ch.-l. de cant. (Maine-et-Loire), à 29 kil. E. de Segré; 1240 hab. Filatures, tuileries, tanneries. Ville autrefois fortifiée et importante, la 2e de l'Anjou.

CHÂTEAU-PONSAC, ch.-l. de cant. (H.-Vienne), sur la Gartempe, à 13 kil. E. de Bellac; 3829 hab.

CHÂTEAU-PORCIEN, ch.-l. de cant. (Ardennes), dans une île de l'Aisne, à 9 kil. O. de Réthel; 2197 hab. Château sur un rocher. Serges, étamines, casimirs; filatures de laine. Anc. seigneurie, érigée en comté en 1288 et en principauté en 1561.

CHÂTEAU-RENARD, ch.-l. de cant. (Loiret), sur l'Ouanne, à 17 kil. S. E. de Montargis; 2100 hab. Drap pour la troupe ; commerce de safran et de laine. Jadis place forte appartenant aux Calvinistes, démolie en 1627 par Louis XIII. — Ch.-l. de cant. (Bouches-du-Rhône), près de la Durance, à 25 kil. N. E. d'Arles; 5500 hab. Ruines d'un château de la reine Jeanne de Naples. Anc. fief de la Provence, concédé en 1380 comme baronnie à Gabriel de Valois.

CHÂTEAU-RENAULT ou REGNAUD, Caramentum, puis Castellum Reginaldi; ch.-l. de cant. (Indre-et-Loire), à 26 kil. N. E. de Tours, 2000 h. Draps communs, tapis, bonneterie, etc. — Village des Ardennes, à 20 kil. N. E. de Sedan. Château fondé au XIIe siècle. Cette ville avait titre de principauté souveraine; Louis XIII la racheta.

CHÂTEAU-RENAULT (Fr. L. ROUSSELET, comte de), vice-amiral, maréchal de France, né en 1637, mort en 1716. Chef d'escadre en 1673, il défit Ruyter en 1675, battit les Anglais à Bantry, conduisit un convoi en 1689 en Irlande au secours de Jacques II, et l'année d'après en ramena les troupes françaises avec 18 000 Irlandais. Dans la guerre de la succession d'Espagne, il conduisit les flottes espagnoles d'Amérique en Europe, et mit en sûreté les îles de l'Amérique. H reçut le bâton de maréchal en 1703.

CHÂTEAUROUX, ch.-l. du dép. de l'Indre, sur l'Indre, à 230 kil. S. O. de Paris (253 par la route d'Orléans); station; 16 170 hab. Trib., lycée. Vieux château, fondé en 950 par un certain Raoul de Déols, qui a donné son nom à la ville (Château-Raoul, et par corruption Châteauroux) ; c'est auj. l'hôtel de la préfecture. Chemin de fer. Draps, laines, merceries; manufact. de tabac. Grains, bestiaux. Patrie de Placide Porcheron, bénédictin, de Guimond Delatouche, du général Bertrand. — Châteauroux devint sous Louis XIII le ch.-l. d'un duché-pairie érigé en faveur d'Henri de Bourbon. Sous Louis XV ce duché fut donné à Marie Anne de Mailly, qui prit de là le titre de duchesse de Châteauroux.

CHÂTEAUROUX (Marie Anne DE MAILLY, duchesse de), de la maison de Nesle, épousa en 1734 le marquis de La Tournelle. Veuve à 23 ans, elle inspira la passion la plus vive à Louis XV, que ses deux sœurs, Mmes de Vintimille et de Mailly, avaient précédemment captivé. Devenue favorite en titre et soutenue par le duc de Richelieu, elle fut quelque temps toute-puissante à Versailles; mais animée de nobles sentiments, elle sut arracher Louis XV aux délices de la cour et le conduire à la tête de ses armées en Flandre et en Alsace. Renvoyée honteusement à Paris lorsque Louis XV tomba malade à Metz en 1744, elle retrouva tout son crédit après la guérison du roi. La place de surintendante de la maison de la Dauphine lui était promise, lorsqu'une mort imprévue l'enleva (1744) : on la crut empoisonnée; mais ce fait est dénué de preuves. Elle s'était fait construire à Choisy un magnifique château. On a publié en 1806 2 vol. de lettres qui lui sont attribuées. Mme Sophie Gay a publié sous le titre de La duchesse de Châteauroux, 1835, un roman plein d'intérêt.

CHÂTEAU-SALINS, ch.-l. d'arr. (Meurthe et Moselle), sur la Petite-Seille, à 30 kil. N. E. de Nancy; 2621 hab. Sources salines qu'on n'exploite plus, soude; bonneterie. Anc. château, qui appartint aux évêques de Metz, puis aux ducs de Lorraine.

CHÂTEAU-THIERRY, ch.-l. d'arr. (Aisne), sur la Marne, à 73 kil. S. O. de Laon; 4761 h. Tribunal. collége, biblioth.; station. Toiles, filatures de coton; commerce de blé, vin, laines, etc. Patrie de La Fontaine, à qui une statue y a été érigée. — Château-Thierry doit son origine à un château bâti vers 720 pour Thierry IV, et dont on voit encore des ruines. En 927, Herbert II, comte de Vermandois, y amena Charles le Simple, qu'il y retint prisonnier. Charles-Quint s'empara de cette ville en 1544; le duc de Mayenne la prit en 1591; elle se soumit à Henri IV en 1595. Un combat acharné s'y livra le 12 février 1814.

CHÂTEAU-VILLAIN, ch.-l. de cant. (H.-Marne), sur l'Aujon, à 21 kil. S. O. de Chaumont; 1700 h. Forges; chevaux, bestiaux. Anc. comté, érigé en duché-pairie en 1703 pour le comte de Toulouse.

CHÂTEL ou CHÂTEL-SUR-MOSELLE, ch.-l. de c. (Vosges), à 16 kil. N. O. d'Épinal; 1200 hab.

CHÂTEL (Jean), fanatique, tenta en 1594 d'assassiner Henri IV : il s'introduisit dans la chambre du roi, et lui porta un coup de couteau à la lèvre, pendant qu'il se baissait pour relever deux officiers qui étaient à ses genoux. Arrêté sur-le-champ, il fut condamné à être écartelé. Il était fils d'un marchand de draps et n'avait que 19 ans. On accusa les Jésuites, qui furent à cette occasion bannis du royaume, mais bientôt rappelés, faute de preuves. Les Ligueurs inscrivirent J. Châtel dans leur martyrologe, et Jean Boucher écrivit son Apologie.

CHÂTELAIN (George), Castellanus, littérateur flamand, né à Gand en 1404, mort en 1475, visita l'Espagne, la France, l'Italie et l'Angleterre, où il se fit remarquer par son adresse et sa bravoure. Le duc de Bourgogne, Philippe le Bon, l'attacha à sa personne en qualité de panetier, puis d'écuyer, et le fit membre de son conseil privé. Il périt au siége de Neuss, où il accompagnait le prince. On a de lui : Chronique des ducs de Bourgogne (1461-69), publ. en 1827 par Buchon; Récollection des merveilles advenues de mon temps, en prose et en vers, ouvrage fort intéressant, mais en grande partie perdu (ce qu'on en possède fut publié, avec une continuation, par Jean Molinet, Paris, 1531), et la Chronique de Normandie, publ. à Londres, 1850. On lui a attribuée tort l’Histoire du bon chevalier Jacques de Lalain. Le baron Kervyn de Lettenhove a publié à Bruxelles ses Œuvres complètes, 1863 et ann. suiv.

CHAT-EL-ARAB, c.-à-d. riv. des Arabes, fleuve de la Turquie d'Asie, formé par la jonction du Tigre et de l'Euphrate, se jette dans le golfe Persique après un cours d'env. 200 kil., du N. O. au S. E.

CHÂTELARD, ch.-l. de cant. (Savoie), arr. de Chambéry; 1000 hab. Ruines d'un château féodal.

CHÂTELAUDREN, ch.-l. de cant. (Côtes-du-Nord), à 17 kil. O. de St-Brieuc, 900 hab. Plomb, argentifère. Ce lieu tire son nom d'un château bâti au Ve s. par Audren, comte de Bretagne.

CHÂTELDON, ch.-l. de cant. (Puy-de-Dôme), à 18 kil. N. de Thiers; 1600 hab. Eaux acidulés.

CHÂTELET (le), ch.-l. de cant. (Seine-et-Marne), à 10 kil. S. E. de Melun; 1000 hab. — Ch.-l. de c. (Cher), à 49 kil. S. E. de Bourges; 1100 hab.

CHÂTELET (le GRAND et le PETIT). On nommait ainsi deux forts de Paris, situés, l'un sur la r. dr. de la Seine, à l'entrée de la rue St-Denis, du côté du Pont-au-Change, l'autre sur la r. g., à l'extrémité du Petit-Pont, près de l'Hôtel-Dieu. Le 1er bâti, dit-on, par l'empereur Julien, reconstruit par Louis le Gros ou Philippe-Auguste, devint plus tard le siége de la justice prévôtale de Paris; il était en même temps une célèbre prison. Il fut démoli en 1802; son emplacement est devenu la place du Châtelet. Le 2e, construit d'abord en bois, fut renversé par un débordement de la Seine en 1296 et rebâti en pierre par Charles V en 1369 ; il servit alors de prison. Il fut démoli en 1782. — V. DUCHÂTELET.

CHÂTEL-GUYON, bourg du Puy-de-Dôme, à 5 k. de Riom; 2000 hab. Eaux thermales purgatives. Anc. château fort, bâti en 1185 par Guy, comte d'Auvergne, démoli en 1592.

CHÂTELLERAUT, Castellum Heraldi, ch.-l. d'arr. (Vienne), à 29 kil. N. E. de Poitiers, sur la Vienne; 14 210 h. Station. Église gothique de St-Jean, tour de l'église Notre-Dame, beau pont. Trib. de 1re inst. et de commerce, collége, soc. d'agriculture. Coutellerie célèbre, grande manufacture d'armes blanches et à feu; dentelles façon Mâlines. — Cette v. tire son nom d'un de ses principaux seigneurs, Hérauld ou Hérald, qui y construisit un château vers le IXe siècle. Elle fut érigée en duché-pairie en 1514 pour des princes de Bourbon et cédée en 1551 par Henri II au comte d'Arran (V. ce nom). Elle embrassa de bonne heure la Réforme, fut prise par les Catholiques en 1562 et reprise par les Protestants en 1569. C'est de Châtelleraut qu'Henri de Navarre (H. IV) publia le célèbre manifeste par lequel il se portait médiateur entre Henri III et la Ligue.

CHÂTELUS, ch.-l. de cant. (Creuse), à 15 kil. S. O. de Boussac; 1075 hab. — V. CHASTELLUX.

CHÂTENAY, Castanetum, joli vge de la Seine, ainsi nommé de ses bois de Châtaigniers, à 12 kil. S. de Paris et à 2 S. O. de Sceaux; 600 hab. Maisons de campagne. On y fait naître Voltaire. — Hameau de Seine-et-Marne, cant. de Nemours, où Henri III signa en 1576 un traité qui accordait aux Calvinistes le libre exercice de leur religion.

CHÂTENOY, ch.-l. de cant. (Vosges), à 11 kil. S. E. de Neufchâteau; 1150 hab. Fabriques d'orgues.

CHATHAM, v. et port militaire d'Angleterre (Kent), sur la Medway, à 45 kil. S. E. de Londres; 21 000 hab. Elle est contiguë à Rochester, dont on la regarde comme un faubourg. Fortifications admirables : magnifique arsenal, chantiers de construction, bassins, forges, fonderies, corderies; école de génie militaire et principale station de la marine anglaise. — L'arsenal de Chatham fut fondé par Henri VIII, agrandi et fortifié par Élisabeth et Charles II. Ruyter détruisit en partie cette place en 1667. C'est de cette ville que la famille des Pitt a pris le titre de lord Chatham. V. PITT.

CHÂTILLON, ch.-l. de cant. (Drôme), à 10 kil S. E. de Die; 1400 hab. Commerce de chanvre.

CHÂTILLON-DE-MICHAILLE, ch.-l. de cant. (Ain), à 20 kil. E. de Nantua; 1100 hab. Foires.

CHÂTILLON-EN-BAZOIS, ch.-l. de cant. (Nièvre), sur l'Aron, à 26 kil. O. de Château-Chinon; 860 hab.

CHÂTILLON-LÈS-DOMBES ou CHÂTILLON-SUR-CHALARONNE, ch.-l. de cant. (Ain), à 26 kil. N. E. de Trévoux; 2814 hab. Cette ville était près du pays de Dombes, mais n'en faisait pas partie. Patrie de Commerson. S. Vincent de Paul fut curé de Châtillon.

CHÂTILLON-SOUS-BAGNEUX, vge du dép. de la Seine, à 8 kil. S. O. de Paris; 800 hab. 1er combat du siége de Paris (19 sept. 1870). Carrières. Belle vue.

CHÂTILLON-SUR-INDRE, ch.-l. de cant. (Indre), à 47 kil. N. O. de Châteauroux; 3312 hab. Anc. seigneurie, possédée sous Philippe-Auguste par Dreux de Mélo. S. Louis la reprit à ses descendants en 1251. Louis XI la donna à Tanneguy du Châtel en 1472.

CHÂTILLON-SUR-LOING, ch.-l. de cant. (Loiret), à 22 kil. S. E. de Montargis; 2160 hab. Patrie des Coligny, dont le château existe encore.

CHÂTILLON-SUR-LOIRE, ch.-l. de cant. (Loiret), à 16 kil. S. E. de Gien; 1800 hab.

CHÂTILLON-SUR-MARNE, ch.-l. de cant. (Marne) à 30 kil. S. O. de Reims; 1000 hab. Patrie du pape Urbain II. Jadis capitale d'un comté particulier. V. ci-après CHÂTILLON (maison de).

CHÂTILLON-SUR-SEINE, ch.-l. d'arr. (Côte-d'Or), à 84 kil. N. O. de Dijon; 4430 hab. Joli château, collége, biblioth. Draps communs; chapeaux, forges, clouteries; haras. Patrie de Marmont. — Il se tint à Châtillon, en février et mars 1814, entre Napoléon et les alliés qui avaient envahi la France, un congrès célèbre, mais qui n'amena aucun résultat.

CHÂTILLON-SUR-SÈVRE, Mons Leonis, ch.-l. de cant. (Deux-Sèvres), à 25 kil. N. O. de Bressuire; 600 h. Commerce de moutons; fabriques de siamoises, etc. Cette ville a porté le nom de Mauléon jusqu'en 1737, époque où elle fut érigée en duché en faveur d'un comte de Châtillon dont elle prit le nom.

CHÂTILLON (maison de), illustre famille, dont l’origine remonte au IXe siècle, et qui s’éteignit en 1762, tirait son nom d’un comté champenois dont Châtillon-sur-Marne était le chef-lieu, et forma les branches de St-Pol, Blois, Penthièvre, Chartres ; etc. Elle possédait de vastes domaines et était alliée à plusieurs maisons souveraines. Les comtes de Châtillon joignaient à leur titre celui de princes de Porcian. Les principaux membres de cette famille sont : Eudes, qui fut pape sous le nom d’Urbain II ; Renaud de Châtillon, qui prit part à la 2e croisade, administra la principauté d’Antioche et fut pris en 1160 par les Musulmans ; Gaucher de Châtillon, sénéchal de Bourgogne, mort en 1219, qui accompagna Philippe-Auguste à la Terre-Sainte et se distingua au siége d’Acre et à la bat. de Bouvines ; un autre Gaucher de Châtillon, arrière-petit-fils du préc., né en 1250, m. en 1329, connétable de France sous Philippe le Bel et ministre de Louis X ; Charles de Châtillon (1300-1364), dit aussi Charles de Blois, issu d’une branche collatérale qui possédait les comtés de Blois et de Champagne.

Une maison toute différente, celle de Châtillon-sur-Loing, a produit aussi plusieurs hommes célèbres, entre autres les trois frères Coligny, Dandelot et Odet, cardinal de Châtillon. V. COLIGNY, etc.

CHATOU, vge de Seine-et-Oise, à 10 kil. N. de Versailles et à 15 kil. O. de Paris, sur le chemin de fer de Paris à St-Germain, près de la r. dr. de la Seine, qu’on y passe sur un beau pont de pierre ; 1300 hab. Jolies maisons de campagne ; monument érigé dans l’église à la mémoire du duc de Berry.

CHÂTRE (La). V. LACHÂTRE.

CHÂTRES, anc. nom d’Arpajon. V. ce nom.

CHATTERTON (Thomas), poëte anglais, remarquable par sa précocité et ses malheurs, né à Bristol en 1752, était fils d’un pauvre maître d’école. Il composa des satires dès l’âge de 11 ans, fit paraître à 16 ans plusieurs morceaux écrits dans un style antique, qu’il mettait sous le nom d’un vieux poëte nommé Rowley, attira par là quelque attention, et vint à Londres, croyant y faire fortune ; mais n’ayant pas trouvé de moyens suffisants d’existence, il s’empoisonna (1770), après avoir lutté quelques jours contre la faim ; il avait 17 ans et quelques mois. On s’intéressa à lui après sa mort, et l’on recueillit ses œuvres, 1771 et 1803. Elles ont été trad. par Javelin-Pagnon (avec une Vie de Chatterton, par A. Callet), 1840. 2 vol. in-8. M. A. de Vigny a composé un drame de Chatterton.

CHAUCER (Geoffroy), ancien poëte anglais, né à Londres en 1328, mort en 1400, fut page d’Édouard III, obtint l’amitié du duc de Lancastre, fils du roi, et fut chargé de plusieurs missions, particulièrement à Gênes et à Milan, ce qui lui permit de connaître les grands écrivains de l’Italie de cette époque. Ayant embrassé les opinions de Wiclef, il fut persécuté sous Richard II, et forcé pour quelque temps de quitter l’Angleterre ; mais lorsqu’une révolution eut placé sur le trône le fils de son protecteur, Henri de Lancastre (Henri IV), il rentra en faveur (1399). Il avait épousé la sœur de Catherine Swynford, qui devint la femme de son protecteur, et se trouvait ainsi allié à la famille royale. Chaucer est considéré comme le père de la poésie anglaise ; il est auj. difficile à comprendre. Parmi ses poëmes, on remarque la Cour d’Amour ; la Maison de la Renommée, imitée par Pope ; le Testament de l’Amour, imité de la Consolation de Boëce ; Troilus et Cresida, imité du Filostrato de Boccace, enfin les Contes de Cantorbéry, le meilleur de tous, imité du Décameron. On a réuni ses Œuvres à Londres en 1721, in-fol., et 1798, 2 vol. in-4, avec notes par Tyrwnitt. L’éd. la plus complète est celle de R. Bell, 1855.

CHAUCES, Chauci, peuple de la Germanie septentrionale, habitait entre l’Albis (l’Elbe) et le Visurgis (Weser), dans le pays correspondant aux territoires d’Oldenbourg, de Brême et de Hanovre. Ils entrèrent au IIIe s. dans la confédération des Francs.

CHAUDES-AIGUES, Calentes Aquæ, ch.-l. de c. (Cantal), à 33 kil. S. O. de St-Flour ; 2000 hab. Eaux thermales, qui lui ont valu son nom,

CHAUDET (Ant. Denis), sculpteur et peintre, né à Paris en 1763, mort en 1810, remporta à Rome le grand prix en 1784, sur le sujet de Joseph vendu par ses frères, fut admis à l’Académie en 1805 et nommé professeur à l’École des beaux-arts. On lui doit le groupe de l’Émulation de la gloire, pour le péristyle du Panthéon, en 1801 ; Œdipe enfant, un de ses meilleurs ouvrages ; le Papillon et la Rose ; la statue de Dugommier, et celle de Napoléon qui surmontait avant 1814 la colonne de la place Vendôme. Comme peintre, il a traité le tableau d’Énée et Anchise, etc. Il réussissait surtout dans les sujets gracieux.

CHAUDIÈRE, riv. du Bas-Canada, sort du lac Mégartik et se jette dans le St-Laurent, au-dessous de Québec ; elle forme à 4 kil. au-dessus de son emb. une cataracte de 40m. Cours, 130 kil. — Lac situé entre le Haut et le Bas-Canada, est formé par l’Ottawa, au-dessous du lac du Chat, dont le sépare la chute de ce nom ; il a 50 kil. sur 7.

CHAUDON (Dom Louis MAIEUL), biographe, né en Provence en 1737, mort en 1817, entra chez les Bénédictins de Cluny. Il est connu par un Nouveau Dictionnaire historique, qu’il publia en 1766, Avignon, 4 vol. in-8, et qui fut porté à 13 vol. dans une 8e édition, publiée à Lyon en 1804, avec Delandine, et à 21 dans une refonte due à Prudhomme, 1810-12. On a encore de Chaudon un Dictionn. antiphilosophique, où il combat Voltaire. — Son frère, Esprit Chaudon, 1738-1800, a donné la Bibliothèque de l’homme de goût, Avignon, 1772, ouvrage utile, refondu depuis par Desessarts et Barbier.

CHAUFFAILLES, ch.-l. de cant. (Saône-et-Loire), à 29 kil. S. de Charolles ; 3582 h. toiles, calicots.

CHAUFFEPIÉ (J. Georges DE), né à Leuwarden en 1702, mort en 1786, était ministre calviniste, et résida longtemps à Amsterdam. On lui doit un Nouv. Dictionnaire historique et critique pour servir de supplément à celui de Bayle, Amsterdam, 1750-56, 4 vol. in-fol., ouvrage plein de savantes recherches. Il a traduit, plusieurs volumes de l’Histoire universelle anglaise.

CHAUFFEURS, brigands qui, pendant la Révolution, envahissaient les maisons isolées et chauffaient les pieds de leurs victimes jusqu’à ce qu’elles déclarassent l’endroit où elles avaient déposé leur argent. S’étant mêlés aux Chouans, ils affectèrent un caractère politique, ce qui contribua à les rendre plus fameux. Ils disparurent en 1803.

CHAULIAC (Gui DE), médecin, né vers 1320 à Chauliac dans le Gévaudan, exerça son art à Lyon, puis à Avignon où il fut médecin de trois papes, et composa en 1363 un traité qui fut longtemps regardé comme classique, Inventarium sive collectorium chirurgicalis medicinæ, impr. à Bergame dès 1498, in-f., trad. en fr. par L. Joubert, Lyon, 1592. Il se signala par son dévouement dans la peste de 1348.

CHAULIEU (Guill. AMFRYE, abbé de), poëte aimable, né en 1639 à Fontenay dans le Vexin, mort en 1720 à 81 ans, prit le petit collet, obtint par la protection du duc de Vendôme de riches bénéfices, qui lui permirent de se livrer à son goût pour la repos et pour les plaisirs de l’amour et de la table. Il résidait habituellement au Temple, où se réunissait une société choisie, et mérita par l’élégance de sa poésie épicurienne d’être appelé l’Anacréon du Temple. On remarque surtout son Ode contre l’Esprit, ses vers sur la Mort, sur la Retraite, ses stances sur la Goutte et sur la Solitude de Fontenay. Il fut particulièrement lié avec le marquis de la Fare, poëte comme lui. Leurs œuvres ont été plusieurs fois publiées ensemble, notamment en 1750 par St-Marc. Des Lettres inédites de Chaulieu ont été publiées en 1850 par le marquis de Bérenger.

CHAULNES, ch.-l. de cant. (Somme) à 80 kil. S. O. de Péronne ; 1250 hab. Toiles, baptistes ; blanchisseries de toile. Patrie du grammairien Lhomond, à qui une statue y a été érigée en 1860. Titre d'un comté qui en 1619 fut érigé en duché, et qui appartenait à la maison d'Albert.

CHAULNES (Honoré D'ALBERT, duc de), maréchal de France, né vers la fin du XVIe siècle, mort en 1649, était frère de Charles d'Albert de Luynes. Il parut à la cour sous le nom de Cadenet; devint successivement mestre de camp, lieutenant général de Picardie, maréchal de France; fut créé en 1619 duc de Chaulnes, et pair de France en 1621. Il partagea avec le maréchal de La Force le commandement de l'armée de Picardie, 1625, devint gouverneur de cette province en 1633; commanda en Artois et s'empara d'Arras en 1640, avec le maréchal de Châtillon.

CHAULNES (Ferdinand D'ALBERT D'AILLY, duc de), arrière-neveu du préc., pair de France, lieutenant général et gouverneur de Picardie, né en 1714, mort en 1769, cultiva la physique et l'histoire naturelle, et employa son immense fortune au progrès des sciences. En 1743, il devint membre honoraire de l'Acad. des sciences. On a de lui : Nouvelle Méthode pour diviser les instruments mathématiques, suivie d'une Description d'un microscope, Paris, 1768, in-fol., et des Mémoires, dans le recueil de l'Académie des sciences. Il eut le premier l'idée de la fabrication des eaux minérales factices. — Louis d'Albert d'Ailly, duc de Chaulnes, fils du précéd., né en 1741, mort vers 1793, porta jusqu'à la mort de son père le titre de duc de Pecquigny. Il cultiva les sciences avec succès, et fut reçu membre de la Société royale de Londres. Il découvrit les moyens d'extraire et de purifier les sels de l'urine, l'art de faire cristalliser les alcalis, et de secourir les asphyxiés. Il visita l’Égypte et publia un Mémoire sur l'entrée du monument de Sakkara, 1785.

CHAUMERGY, ch.-l. de cant. (Jura), à 27 kil. S. de Dôle; 400 hab.

CHAUMETTE (Pierre Gaspard), né à Nevers en 1763, était fils d'un cordonnier qui lui fit faire quelques études. Il vint à Paris en 1789, travailla à un journal intitulé les Révolutions de Paris, et fut nommé en 1792 procureur syndic de la Commune. Il professa alors les opinions les plus violentes et se mit avec Hébert, son substitut, à la tête d'une faction de démagogues dite des Hébertistes. Orateur de carrefour, il exerça une déplorable influence sur le peuple : il essaya de détruire tous les cultes religieux et provoqua la destruction d'un grand nombre d'œuvres d'art consacrées au culte catholique. Il inventa les fêtes de la Raison, qui se célébraient à Notre-Dame, et dont la déesse était représentée par une actrice de l'Opéra. Robespierre, qui craignait en lui un rival, le fit décapiter en 1794. Chaumette avait pris le nom d’Anaxagoras.

CHAUMONT (en Bassigny), Calvus mons, Calvimontium, ch.-l. du dép. de la Hte-Marne, à 254 k. S. E. de Paris par route (262 par chemin de fer); 6318 hab. Trib. de 1re inst. et de comm., lycée, bibliothèque; société d'agric., sc. et arts. Chemin de fer, avec un admirable viaduc à 3 étages d'arcades. Bas drapés, chapeaux, gants, coutellerie, sucre de betteraves, mégisseries, etc. Patrie de Bouchardon. — Chaumont était jadis le ch.-l. de Bassigny et du comté de Chaumont, comté qui eut des seigneurs particuliers jusqu'à sa réunion au comté de Champagne en 1228. En 1814, après la rupture du congrès de Châtillon, l'Autriche, la Russie, la Prusse, signèrent à Chaumont un acte portant qu'on ne traiterait plus avec Napoléon et que la France serait réduite a ses anciennes limites.

CHAUMONT-EN-VEXIN, ch.-l. de cant. (Oise), à 28 k. S. O. de Beauvais; 1000 hab. Dentelles, éventails.

CHAUMONT-PORCIEN, ch.-l. de cant. (Ardennes), sur l'Aisne, à 22 k. N. O. de Réthel; 1000 h. Toiles.

CHAUMONT-SUR-LOIRE, bourg de Loir-et-Cher, sur la Loire, r. g., à 16 kil. S. O. de Blois; 950 hab. Anc. domaine de la maison d'Amboise : vieux château, où résidait souvent Catherine de Médicis; pont de 700m sur la Loire.

CHAUNY, ch.-l. de cant. (Aisne), sur l'Oise et sur un embranchement du canal de St-Quentin, à 37 k. N. O. de Laon; 4483 hab. Autrefois place forte. Chemin de fer; station. Bonneterie, fabrique de soude, usine hydraulique pour polir les glaces de St-Gobain, etc. Patrie de l'abbé Racine.

CHAUSSARD (J. B. Publicola), littérateur et poëte, né à Paris en 1766, mort en 1823, fut un chaud partisan de la Révolution, se fit nommer secrétaire de la mairie de Paris, puis du Comité du salut public, et devint plus tard un des adeptes de la secte des Théo-philanthropes. Lors du rétablissement de l'Université, il professa les belles-lettres au collége de Rouen, puis la poésie latine à la Faculté de Nîmes. On a de lui : l'Éducation des peuples, 1793; l’Esprit de Mirabeau, 1797; Les Fêtes et les courtisanes de la Grèce, 1801, et Héliogabale, 1803, ouvrage trop souvent licencieux; une traduction des Expéditions d'Alexandre, d'Arrien, 1803; des odes, et une Épître sur les genres dont Boileau n'a pas fait mention dans l'Art poétique, 1811, transformée depuis en un poëme en 4 chants sous le titre de Poétique secondaire, 1819 : c'est son meilleur ouvrage.

CHAUSSÉE-DES-GÉANTS, cap d'Irlande (Antrim), au N., formé d'une immense quantité de colonnes basaltiques qui se prolongent au loin dans la mer.

CHAUSSEY, île de France (Manche), dans la Manche, à 13 kil. N. de Granville; 2500m sur 1300. Beau granit bleu. Phare.

CHAUSSIER (Br.), médecin, né à Dijon en 1746, mort à Paris en 1828, enseigna d'abord l'anatomie à Dijon, fut appelé à Paris en 1794 pour concourir à la réorganisation de l'enseignement de la médecine, occupa une chaire d'anatomie dans la nouvelle école, fut nommé en 1804 médecin de la Maternité, puis médecin en chef de l’École polytechnique. Il créa pour l'anatomie des muscles une nomenclature nouvelle qui malgré son mérite n'a pas été conservée, et rédigea un grand nombre de mémoires intéressants. On estime ses Tables synoptiques d'anatomie, 1799-1816, et ses travaux sur la médecine légale. Il admettait la doctrine du vitalisme organique.

CHAUSSIN, ch.-l. de cant. (Jura), sur la r. g. du Doubs, à 14 kil. S. O. de Dôle; 1100 hab. Près de là, château de Villarceau.

CHAUVEAU-LAGARDE (Claude François), avocat de Paris, né en 1756 à Chartres, mort en 1841, se distingua sous le régime de la Terreur en défendant, au péril de sa vie, un grand nombre d'accusés, notamment la reine Marie-Antoinette, Mme Élisabeth, sœur du roi, et Charlotte Corday. Dénoncé par Hébert et mis en arrestation, il était sur le point d'être traduit devant le tribunal révolutionnaire lorsque le 9 thermidor lui sauva la vie. Sous les divers régimes qui se succédèrent, il continua avec la même indépendance l'exercice de sa profession, et mérita l'estime de tous. En 1806, Napoléon le gratifia d'une des charges d'avocat au Conseil d'État qui furent créées alors. Les Bourbons, à leur retour, lui donnèrent la croix d'honneur avec des titres de noblesse. Il fut nommé en 1828 conseiller à la Cour de cassation. Il a publié une Notice sur le procès de la reine et de Mme Élisabeth (1816), et quelques plaidoyers. Son nom a été donné à une rue de Paris.

CHAUVELIN (Germain Louis de), garde des sceaux et secrétaire d'État aux affaires étrangères, né en 1685, mort en 1762, fut de 1727 à 1737 le second et l'homme de confiance du cardinal Fleury, alors premier ministre; mais ayant été soupçonné par celui-ci de vouloir le supplanter, il fut aussitôt exilé (1737). — Son fils, Franç. Claude, marquis de Chauvelin, mort en 1774, servit en Italie et en Flandre, devint ambassadeur à Gênes et à Turin, et passa ses derniers jours à la cour, dans l'intimité de Louis XV. — Bernard François, marquis de Chauvelin, fils du préc., né en 1766, mort en 1832, adopta les principes de la Révolution de 1789, fut chargé d'une mission diplomatique à Londres en 1792, siégea au Tribunat après le 18 brumaire, et fut nommé intendant de la Catalogne en 1812. Élu en 1816 membre de la Chambre des Députés, il prit place parmi les plus ardents champions de la cause nationale. Sa vie parlementaire ne fut qu'un long combat contre le ministère ultra-royaliste. Il donna sa démission en 1829, désespérant d'une cause qui triompha quelques mois plus tard. Chauvelin brillait surtout à la tribune par son esprit et par son originalité.

CHAUVELIN (Henri Philippe de), chanoine de Notre-Dame et conseiller au parlement de Paris, frère du marquis Franç. Claude, né en 1716, mort en 1770, attaqua avec ardeur les Jésuites et défendit le Jansénisme, ce qui le fit enfermer en 1763 au mont St-Michel. Dès qu'il fut libre, il recommença le combat et publia, en 1761, deux écrits qui firent grand bruit : Discours sur les constitutions des Jésuites; Compte rendu sur la doctrine des Jésuites.

CHAUVIGNY, ch.-l. de cant. (Vienne), sur la Vienne, et à 24 kil. N. O. de Montmorillon; 1600 h. Ville autrefois forte et défendue par 4 châteaux.

CHAUX (La). V. LA CHAUX.

CHAVANGES, ch.-l. de cant. (Aube), à 30 kil. E. d'Arcis; 1100 hab. Cotonnades.

CHAVANNES, v. du dép. de l'Ain, sur le Suran, à 17 kil. N. de Bourg; 1950 hab. Autrefois ville forte. Avant la conquête de la Franche-Comté en 1674, elle était sur l'extrême frontière de la France.

CHAVES, Aquæ Flaviæ, v. de Portugal (Tras-os-Montes), à 70 k. O. de Bragance; 5250 hab. Pont romain de 18 arches sur la Tamega. Eaux thermales.

CHAVES (Silveyra Pinto DE FONSECA, marquis de), comte d'Amarante, général portugais, né vers 1780, mort en 1830, se mit en 1823 à la tête d'un petit corps de troupes afin de soustraire le roi Jean VI au joug des Cortès, s'empara de Chaves, de Villaréal, ramena le roi libre à Lisbonne, et fut en récompense créé marquis de Chaves.

CHEF-BOUTONNE, ch.-l. de cant. (Deux-Sèvres), à 14 kil. S. E. de Melle, près de la source de la Boutonne; 1550 hab. Serges, faïence, bestiaux.

CHEHREZOUR, pachalik de Turquie (Kourdistan), entre ceux de Van au N., de Bagdad au S., de Mossoul et de Diarbékir à l'O., et la Perse à l'E.; 330 k. sur 220. Il a pour v. principales Chehrezour (ch.-l. et évêché grec), Betlis et Kerkouk.

CHEIK, c.-à-d. ancien, nom que donnent à leurs chefs les tribus Arabes. Ce titre est aussi donné aux desservants des mosquées et aux savants.

CHÉLIF, Chinalaph chez les anciens, la plus importante riv. de l'Algérie, sort du Djebel Amour, dans le versant septentrional de l'Atlas, reçoit peu après les 70 Fontaines, et se jette dans la Méditerranée entre Tenez et Arzew, à 13 kil. N. E. de Mostaganem, après avoir coulé au N. E., puis au N. O., dans les prov. d'Alger et d'Oran, pendant un cours de 250 kil. env.

CHELLA ou SEBILAH, Salla ou Mansalla au moyen âge, v. du Maroc, à 140 kil. O. de Fez, est regardée comme une ville sainte par les Maures.

CHELLES, Cellæ, bourg de Seine-et-Marne, à 28 kil. S. O. de Meaux, et à 9 kil. O. de Lagny; 1200 hab. Station. Canal abrégeant la navigation de la Marne. Célèbre abbaye fondée par Bathilde, femme de Clovis II, vers 670, et où furent confinés plusieurs princes mérovingiens. En 1008, il s'y tint un concile. C'est dans un bois des environs de Chelles que Chilpéric I fut assassiné en 584.

CHELM, v. de la Pologne russe, à 60 kil. de Lublin; 2000 hab. Château fort. Jadis ch.-l. d'un palatinat et florissante; c'est encore un évêché. Les Polonais furent vaincus par les Prussiens à Chelm en 1794.

CHELMSFORD, Cæsaromagus, v. d'Angleterre, ch.-l. du comté d'Essex, à 49 kil. N. E. de Londres, sur le Chelmer; 6000 h. Beau pont, théâtre, caserne. Courses annuelles de chevaux.

CHELSEA, v. d'Angleterre (Middlesex), à l'O. et tout près de Londres, sur la Tamise; 32 000 hab. Pont de bois sur la Tamise. Hôtel des Invalides, fondé par Charles II en 1682; maison d'Orphelins militaires, fondée par le duc d'York en 1801. Palais de l'évêque de Winchester; jardin botanique.

CHELTENHAM, v. d'Angleterre (Glocester), à 14k. N. E. de Glocester; 3000 h. en 1801, 42 000 en 1860. Église et théâtre remarquables. Eaux minérales et thermales, découvertes en 1716, et très-fréquentées.

CHEMILLÉ, ch.-l. de cant. (Maine-et-Loire), à 20 kil. E. de Beaupréau; 3888 hab. Fabriques de toile, filatures de coton, blanchisseries, etc.

CHEMIN, ch.-l. de cant. (Jura), à 18 kil. S. O. de Dôle; 250 hab.

CHEMINAIS (le P.), jésuite, né à Paris en 1652, mort en 1689, se livra avec succès à l'enseignement et à la prédication. On a de lui des Sermons estimés, publ. en 1690 par le P. Bretonneau.

CHEMMIS, v. de la Hte-Égypte, auj. Akmym.

CHEMNITZ, v. du roy. de Saxe, ch.-l. de l'Erzgebirge, sur une riv. de même nom, à 62 kil. S. O. de Dresde; 32 000 hab. Fabriques de tissus divers; filatures, teintureries. Patrie de Puffendorf, G. Fabricius, Heyne. Anc. abbaye, fondée en 1125. — Chemnitz est une des plus anc. villes de Saxe; elle fut fondée par les Serbes et fortifiée par Henri l'Oiseleur; elle était ville impériale avant le XIVe siècle.

CHEMNITZ (Martin), Chemnitius, théologien protestant, né en 1522 à Britzen dans le Brandebourg, mort en 1586, a publié : Examen concilii Tridentini, Francfort, 1585, 4 vol. in-fol. ; Traité des indulgences, traduit du latin en français, Genève, 1599; Harmonia evangelica, Francfort-sur-le-Mein, 1600 à 1611; Theologia Jesuitarum, La Rochelle, 1589. — Son petit-fils, Philippe Ch., mort en 1678, connu sous le nom de Hippolytus à Lapide, est auteur de l'ouvrage intitulé De Ratione status in imperio Romano-Germanico, 1640, où il blâme l'abus des droits impériaux.

CHEMNIZER (Ivan), né a St-Pétersbourg en 1744, mort à Smyrne en 1784, servit dans la garde impériale et cultiva en même temps les lettres. Il est regardé comme le La Fontaine des Russes. La meilleure édition de ses fables a paru à St-Pétersbourg en 1799; elle sont été trad. par Masclet, Moscou, 1830.

CHENDI, v. de Nubie, jadis capit. de l’État de Chendi, sur la r. dr. du Nil, à 350 kil. N. de Sennaar, avait de 8 à 900 maisons et comptait 6 à 7000 hab. avant que Méhémet-Ali, pacha d’Égypte, l'eût détruite en 1822, pour venger le meurtre de son fils Ismaïl, qui y avait été tué en 1819. C'était l'entrepôt et le grand marché d'esclaves de la Nubie. Le roi du Chendi, avec celui de l'Halfay, pouvait armer 30 000 cavaliers. L’État de Chendi est auj. tributaire du pacha d’Égypte. C'est dans cet État que se trouve l'île Méroé des anciens.

CHÊNEDOLLÉ (Ch. LIOULT de), poëte, né à Vire en 1769, mort en 1833, passa le temps de la Révolution en Hollande et en Allemagne, revint en France sous l'Empire, fit paraître en 1807 le Génie de l'homme, poëme didactique qui attira l'attention, fut nommé professeur à Rouen, puis inspecteur de l'Académie de Caen (1812), et enfin inspecteur général de l'Université (1830). Outre le Génie de l'Homme, on a de lui l'Invention, poëme dédié à Klopstock, 1795; des Études poétiques, 1820, et l'Esprit de Rivarol, 1808.

CHÊNE-POPULEUX (le). V. CHESNE-POPULEUX.

CHÉNÉRAILLES, ch.-l. de cant. (Creuse), à 18 k. N. d'Aubusson; 950 hab. Jadis place forte. Antiquités.

CHÉNIER (Marie Joseph de), poëte français, né en 1764 à Constantinople où son père était consul, mort à Paris en 1811, suivit d'abord la carrière militaire, mais la quitta au bout de deux ans pour se consacrer aux lettres et cultiva avec succès plusieurs genres, mais surtout le théâtre. Enthousiaste des idées républicaines, il leur dut le plus souvent ses inspirations. Il fit représenter successivement ' Charles IX, en 1789; Henri VIII et la Mort de Calas, 1791; Gracchus, 92, Fénelon, 93; Timoléon, 94. Dans toutes ses pièces, on trouvait exprimés, dans un style pur, noble et énergique, la haine du despotisme et un vif amour de la liberté; aussi eurent-elles pour la plupart un succès prodigieux. Chénier fut de toutes les assemblées politiques qui se succédèrent depuis 1792 jusqu'en 1802; quoique ardent démocrate, il s'efforça d'arrêter les excès révolutionnaires. Il s'était surtout occupé d'instruction publique : aussi fut-il, lors du rétablissement des écoles, nommé inspecteur général des études; mais il fut destitué sous l'Empire. Il était membre de l'Académie française, et fut chargé de faire au nom de ce corps le rapport sur les progrès de la littérature de 1788 à 1808, pour les prix décennaux. Outre ses tragédies, Chénier a composé des poésies lyriques (odes, hymnes, chants imités d'Ossian), dont il publia un recueil en 1797 ; des épîtres, des satires pleines de verve et de sel, parmi lesquelles on remarque l’Épître à Voltaire; quelques ouvrages en prose, dont le plus estimé est son Tableau de la littérature française depuis 1789, ouvrage posthume, Paris, 1815. Il a en outre composé une foule de chants patriotiques pour les fêtes républicaines. La calomnie l'accusa, mais contre toute vérité, de n'avoir rien fait pour soustraire son frère à l'échafaud : il a repoussé cette accusation avec éloquence dans son Épître sur la calomnie (1797). Ses œuvres ont été réunies par Arnault, 1824-26, 8 vol. in-8. Daunou a donné ses Œuvres posthumes, avec une Notice, 1824, 3 v. in-8. On y trouve plusieurs tragédies qui n'avaient pas été représentées, Philippe II, Brutus et Cassius, Œdipe roi, Œdipe à Colone, et Tibère, son chef-d'œuvre.

CHÉNIER (André de), frère aîné du préc., né à Constantinople en 1762, se distingua de bonne heure par son talent poétique; il réussissait surtout dans l’élégie. Révolté par les excès de la Révolution, il osa les blâmer hautement dans des lettres qu'il fit insérer au Journal de Paris; traduit pour ce fait devant le tribunal révolutionnaire, il fut condamné à mort, en 1794. Quelques jours avant l'exécution, il composa sur sa fin prématurée les vers les plus touchants. Ses œuvres, recueillies longtemps après sa mort, ont été publ. en 1819 par H. de La Touche. Une édition plus complète a paru en 1840. Nourri des poëtes grecs, A. Chénier sut comme eux unir aux sentiments les plus élevés un style pur, élégant, harmonieux. Parmi ses poésies, on admire surtout l'Aveugle, la Liberté, le Jeune Malade, le Mendiant, la Jeune Captive. C'est de lui qu'est ce vers qui définit bien son talent :

Sur des pensers nouveaux faisons des vers antiques.

CHENNAB, l’Acesines, fl. de l'Inde. V. TCHENNAB.

CHENONCEAUX, bourg du dép. d'Indre-et-Loire, sur le Cher, à 14 kil. S. d'Amboise. Beau château bâti par François I pour la duchesse d'Étampes, et qu'habita ensuite Catherine de Médicis. Il est auj. possédé par le comte de Villeneuve.

CHEN-SI, prov. septentr. de la Chine, entre celles de Chan-si à l'E., de Kan-sou à l'O.; 845 k. sur 310; 14 800 000 h.; ch.-l. Si-an. Elle se div. en 7 dép.

CHÉOPS, anc. roi d’Égypte, régnait à Memphis, et fit élever la grande pyramide : il accabla son peuple d'impôts et de corvées afin d'exécuter ce travail gigantesque. On plaçait jusqu'ici son règne au XIIe s. av. J.-C. (1178-22); mais, d'après les monuments récemment explorés, il paraît antérieur à Abraham.

CHÉPREM, roi d’Égypte, frère et successeur de Chéops, régna 56 ans au dire d'Hérodote, et construisit une des pyramides, la 2e en grandeur.

CHEPSTOW, v. et port d'Angleterre (Monmouth), à 17 k. S. de Monmouth, à l'emb. de la Wye; 3000 h. Vieux château sur un roc presque perpendiculaire. Pont-tube en fer. Construction de navires.

CHER, Caris, riv. de France, naît près du hameau de Cher (Creuse), baigne Auzance, Montluçon, St-Amand, Châteauneuf, Vierzon, St-Aignan, Montrichard, Bléré, St-Sauveur, reçoit l'Yèvre, l'Arnon, l'Auron, et se jette dans la Loire au Bec-du-Cher (Indre-et-Loire), après un cours de 345 kil., dont 200 de flottage. Elle est peu navigable. — Il y a en Bretagne une petite riv. du nom de Cher, qui se jette dans la Vilaine au-dessus de Redon.

CHER (dép. du), le dép. le plus central, entre ceux du Loiret au N., de la Creuse au S., de l'Allier et de la Nièvre à l'E., de Loir-et-Cher, de l'Indre à l'O.; 7133 kil. carrés; 323 393 hab.; ch.-l., Bourges. Il est formé de la partie orient. du Berry et d'une portion du Bourbonnais. Sol plat, sablonneux. Fer, houille, marbre, grès, pierre de taille, pierre lithographique, argile, etc. Grains, vin, lin, eau chanvre, châtaignes, cire; chevaux, bétail, moutons estimés, quelques mérinos. Forges et fonderies; draps, toiles de chanvre; porcelaine, faïence, papeteries, etc. Commerce de fer, laines, merrain, huile de noix, salin, potasse, salpêtre, etc. — Ce dép. a 3 arr. (Bourges, St-Amand, Sancerre), 29 c., 297 comm.; il appartient à la 13e div. militaire, possède une cour impér. et un archevêché, (à Bourges).

CHERASCO, Clarascum, en français Quérasque, v. murée du Piémont, au confluent de la Stura et du Tanaro, à 35 kil. N. de Mondovi; 9000 hab. Jolie ville. — Ville libre jusqu'au XIIIe siècle, elle appartint depuis aux rois de Naples (1260), aux comtes et ducs de Savoie, aux Français (1796), et enfin aux rois de Sardaigne (1814). C'est auj. un des boulevards du roy. d'Italie. Richelieu y conclut en 1631 un traité qui maintenait le duc de Nevers, Charles I, dans le duché de Mantoue. Le général Bonaparte y signa en 1796 un armistice avec le Piémont.

CHERBOURG, Cæsaris burgus, peut-être le Coriallum des anciens, Carusbur au Xe s., v. et port du dép. de la Manche, ch.-l. du 1er arrond. de marine milit., sur une baie de la Manche, à l'embouch. de la Divette, à 340 k. N. O. de Paris (361 par la route de St-Lô), à 370 k. par chemin de fer; 28 800 h. Superbe port militaire, le seul que nous ayons dans la Manche : il peut contenir 50 vaisseaux de ligne; il est défendu par plusieurs forts construits sur des îlots environnants, dont les principaux sont le fort Impérial et le fort de Querqueville. La rade est fermée par une digue de 3866m, au milieu de laquelle est le Fort central. Outre le port militaire, il y a un port marchand. Trib. de 1re inst., de comm. et de marine. Collége, école préparatoire à la marine, école d'hydrographie. Chemin de fer. Dentelles, bonneterie, raffinerie de soude de varec; chantiers de construction, etc. — Vainement assiégée par Édouard III, roi d'Angleterre, en 1346, elle fut plus tard livrée aux Anglais par la trahison de son gouverneur (1418). Les Français la reprirent en 1450. Les Anglais s'en emparèrent une 2e fois en 1758 et la ravagèrent. La construction de son port actuel date de 1808; la digue, faite de main d'homme, a été commencée par Louis XVI en 1784 et n'a été terminée qu'en 1853. C'est à Cherbourg que s'embarqua Charles X en 1830.

CHERBURY (lord). V. HERBERT.

CHERCHELL, Iol, puis Julia Cæsarea, v. d'Algérie, sur la mer Méditerranée, à 60 k. O. d'Alger; 3050 hab. Cette ville, qui, sous les Romains, donna son nom à la Mauritanie Césarienne, appartint au roi Juba le Jeune, qui l'appela Cæsarea en l'honneur d'Auguste, son protecteur. Dévastée par les Vandales et les Arabes, elle fut reconstruite au XVe s. par les Maures chassés d'Espagne. Elle fut prise en 1531 par André Doria et en 1840 par les Français.

CHÉRÉA (Cassius), tribun d'une cohorte prétorienne, tua de sa main Caligula, et tenta de rétablir la république. Claude le fit mettre à mort dès qu'il fut sur le trône, 41 de J.-C.

CHÉRÉDIN, pour Kaïr-Eddyn. V. BARBEROUSSE.

CHERI'A (EL), l'ancien Jourdain. V. JOURDAIN.

CHÉRIBON, v. de l'île de Java, ch.-l. de la prov. (jadis roy.) de Chéribon, sur une baie de la côte N. ; 8000 h. Palais du sultan et hôtel du résident de la prov. Grand commerce; café, indigo, bois de construction. Aux env., volcan qui fume encore.

CHÉRIF, nom arabe qui signifie noble, est un titre que prennent ceux qui descendent de Mahomet par sa fille Fatime et son gendre Ali. Il est aussi donné spécialement aux chefs de divers États, notamment aux princes qui gouvernent La Mecque, et qu'on nomme grands chérifs, et aux souverains de Fez, de Maroc et de Tafilet. Les chérifs, prétendus descendants de Mahomet, forment des familles assez nombreuses que l'on trouve répandues dans la plupart des États musulmans. Ils se distinguent par un turban vert. — Le mot de chérif s'emploie aussi adjectivement pour dire auguste, comme dans hatti-chérif, firman auguste, signé de la main du sultan.

CHÉRILUS. V. CHOERILUS.

CHÉROKIES, tribu indienne dés États-Unis, habite le nord des États de Géorgie et d'Alabama, et le S. E. du Tennessee. Leur nombre n'est plus guère que de 15 000 indiv. C'est le peuple indigène de l'Amérique sept. le plus civilisé; il a un gouvt représentatif.

CHÉRON (Élisabeth Sophie), fille d'un peintre en émail, née à Paris en 1648, morte en 1711, se distingua dans la peinture, la musique et la poésie, et fut reçue en 1672 à l'Académie de peinture et de sculpture. Ses talents la firent rechercher par Le Hay, ingénieur du roi, qui l'épousa. Élevée dans la religion protestante, elle abjura. On estime surtout son portrait de Mme Deshoulières et sa Descente de Croix, d'après Zumbo. Ses écrits sont : Livre des principes à dessiner, 1706; Psaumes et Cantiques mis en vers, 1694; le Cantique d'Habacuc et le Psaume CIII, trad. en vers, et les Cerises renversées, petit poëme publ. après sa mort, 1717 et mis en vers latins, par Raux, 1797.

CHÉRON (L. Claude), né à Paris en 1758, mort en 1807, membre de l'Assemblée législative, puis préfet de la Vienne (1805), cultiva la littérature avec quelque succès. On a de lui : Caton d'Utique, tragédie imitée d'Addison, le Tartufe de Mœurs, comédie imitée de Sheridan (School for Scandal), des Poésies fugitives, et une trad. de Tom Jones, 1804.

CHÉRONÉE, Cheronea, d'abord Arné, auj. Kapréna, v. de Béotie, au N. O., vers les confins de la Phocide, sur le Céphise, est célèbre par plusieurs victoires: 1° des Béotiens sur les Athéniens, 447 av. J.-C.; 2° de Philippe sur Athènes et Thèbes, 338 av. J.-C.; 3° de Sylla sur Archélaüs, général de Mithridate, 87 av. J.-C. Patrie de Plutarque.

CHÉROY, ch.-l. de c. (Yonne), à 21 k. O. de Sens; 900 h. Bestiaux.

CHERSO, Crepsa, île et v. d'Illyrie (Trieste), dans l'Adriatique. La v. a 3400 h.; bon port. Un pont unit l'île à celle d'Osero.

CHERSON, v. grecque de l'anc. Tauride, sur la côte occ. probablement près de la ville actuelle de Sébastopol, était une colonie de l'Héraclée-du-Pont et fut longtemps puissante. Attaquée par les Barbares, elle se mit sous la protection de Mithridate, puis passa sous le joug des Romains. — C'est en souvenir de cette ville que le nom de Kherson a été donné à une ville de la Russie mérid.

CHERSONÈSE, mot grec qui veut dire presqu'île.

CHERSONÈSE CIMBRIQUE, auj. le Jutland, entre la mer de Germanie et le Codanus sinus (mer Baltique), ainsi appelée des Cimbres qui l'habitaient.

CHERSONÈSE DE THRACE, auj. presqu'île de Gallipoli, au S. E. de la Thrace, entre le golfe de Mélas et l'Hellespont; villes : Sestos, Callipolis, Lysimachie, Cardie. Miltiade la soumit à Athènes, qui la perdit pendant la guerre du Péloponèse.

CHERSONÈSE D'OR, auj. la. presqu'île de Malacca, ou plutôt l'Inde Transgangétique tout entière.

CHERSONÈSE TAURIQUE, auj. la Crimée, entre le Pont-Euxin et le Palus Méotide. Elle doit son nom aux Tauri, peuple inhospitalier qui l'habitait et qui massacrait tous les étrangers qui venaient y aborder. Villes principales : Cherson, Théodosie, Panticapée.

CHÉRUBINI (Salvador), compositeur, né à Florence en 1760, mort à Paris en 1842, était fils d'un maître de musique. Il reçut les leçons de Sarti, composa sa 1re messe à 13 ans et son 1er opéra à 19; donna en 1784, à Londres, la Finta principessa et Giulo Sabino; vint en 1787 se fixer a Paris, où la direction principale de l’Opera-Buffa lui fut confiée; donna en 1788 à Turin Ifigenia in Aulide, qui eut un grand succès, et à Paris Démophon, qui réussit moins bien; fit représenter en 1791 au théâtre Feydeau Lodoïska, qui mit le sceau à sa réputation; donna en 1794 Misa, en 1800 les Deux Journées; composa pour les cérémonies républicaines plusieurs morceaux admirables, parmi lesquels on remarque la marche funèbre pour les obsèques de Hoche; rédigea en 1806, pour le théâtre de Vienne, l'opéra de Faniska, et en 1809, pour le théâtre des Tuileries, Pygmalion, opéra italien qui fut froidement accueilli de Napoléon; fut élu en 1816 membre de l'Académie des beaux-arts; devint la même année surintendant de la musique du roi, fut nommé en 1822 directeur du Conservatoire, où depuis longtemps il était professeur, et rédigea lui-même plusieurs solféges pour l'instruction des élèves. Il reparut au théâtre en 1833, entonnant à l'Opéra Ali-Baba, composition pleine de grâce et de fraîcheur, mais à laquelle nuisit la faiblesse du livret. Il composa encore depuis, malgré son grand âge, plusieurs morceaux des plus remarquables, entre autres un Requiem destiné à ses propres funérailles. Chérubini a réussi dans les genres les plus divers : musique de théâtre, musique d'église, musique de chambre, musique didactique. Au théâtre, il sut concilier le goût français, qui veut la vérité de l'expression, avec le charme séduisant des formes italiennes. Sa musique d'église sera peut-être son principal titre à l'admiration de la postérité. Sa Méthode de contre-point et de fugue (1835) est restée classique. M. Raoul-Rochette a lu à l'Institut en 1843 une Notice sur Chérubini.

CHÉRUSQUES, Cherusci en latin, peuple de la Germanie, habitait entre le Weser et l'Elbe, dans le duché de Brunswick et la prov. de Lunebourg. Soumis par Drusus l'an 12 av. J.-C., les Chérusques se révoltèrent sous la conduite d'Arminius, et taillèrent en pièces les légions de Varus, l'an 9 de J.-C. Ils résistèrent longtemps aux armes de Germanicus, qui finit par les vaincre à Idistavisus, l'an 16. Affaibli par les attaques continuelles des Lombards, ce peuple disparut vers le IIIe siècle en se fondant dans la grande confédération des Francs.

CHERVIN (Nicolas), courageux médecin, né et, 1783 à St-Laurent près de Villefranche (Rhône), mort en 1843, voua toute sa vie à établir la non-contagion de la fièvre jaune. Après avoir étudié le typhus à Mayence en 1814, il alla visiter les lieux où sévit la fièvre jaune, la Nouv.-Orléans, les Antilles, la Havane, Cayenne (1824), Cadix (1828), s'exposant lui-même à tous les dangers de la contagion, revêtant même la chemise des victimes du fléau; de retour en France, il soutint sa thèse avec force dans des Mémoires qui furent combattus vivement par Pariset, mais qui lui valurent un prix de 10 000 fr. décerné par l'Institut et un siége à l'Académie de médecine (1832). Il réussit enfin à faire réformer les lazarets et les quarantaines.

CHESAPEAK (baie de), grande baie formée par l'Océan Atlantique sur la côte des États-Unis, dans les États de Virginie et de Maryland, a 310 k. de long sur 50 de large. Elle renferme beaucoup d'îles et reçoit les eaux de la Susquehannah, du Potomac, du Rappahannoc, etc. Les villes de Baltimore et d'Annapolis sont sur cette baie.

CHESELDEN ( W.), chirurgien anglais, né en 1688 à Burrow (Leicester), mort à Londres en 1752, était chirurgien de l'hôpital de Chelsea. On lui doit des traités estimés sur l'anatomie (1713), sur la Taille de la pierre (1723), sur l’Ostéographie (1732); mais il s'est surtout fait un nom pour avoir le premier fait l'opération de la cataracte sur des aveugles-nés. En 1728, il rendit la vue par ce procédé à un jeune homme de 14 ans, et donna, dans un mémoire inséré dans les Transactions philosophiques, les plus intéressants détails sur les progrès du nouveau sens que ce jeune homme venait d'acquérir.

CHESNE-POPULEUX (le), ch.-l. de cant. (Ardennes) sur le canal des Ardennes, à 14 kil. N. de Vouziers; 1201 h. C'est un des 5 passages de l'Argonne.

CHESTER, Deva ou Cestria, ville d'Angleterre, ch.-l. du comté de Chester, sur la Dee, à 270 kil. N. O. de Londres; 23 000 hab. Évêché anglican, belle cathédrale. Prisons remarquables, château fort, construit par Guillaume le Conquérant. Tabac, plomb à tirer, céruse; chantiers de construction, etc. Grand commerce, 2 grandes foires. — Le comté de Chester est situé sur la mer d'Irlande, au S. du comté de Lancaster, au N. de ceux de Shrop et de Flint; 82 k. sur 48; 334 000 hab. Agriculture florissante. Sel gemme et houille; fromages de C