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Henri Cornélis Agrippa/Lettre XXII

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XXII
Agrippa à un ami.

Genève, 19 septembre 1522.

Salut, homme d’une distinction parfaite. J’ai écrit dernièrement une courte lettre sur mon affaire au Magnifique Chancelier. Elle lui a été remise par le Révérend Seigneur l’Élu de Genève, l’Abbé de Bonmont[1], auprès de Moûtier en Tarantaise. À son retour, celui-ci m’a raconté qu’en sa présence et en celle du dit Chancelier le Duc[2] avait recommandé particulièrement mon affaire au dit Chancelier. Il l’a prié de veiller à ce que je reçoive une pension raisonnable et même avantageuse. Il m’a dit, en outre, que ce dernier devait aller bientôt à Chambéry et qu’il y resterait quelques jours. Je vous supplie donc de choisir l’occasion et le moment favorables à votre avis pour parler de moi au Chancelier ; je vous supplie de ne pas m’oublier, et de faire avec tout le bon vouloir, toute la diligence dont vous êtes capable, tout ce que vous pourrez faire dans mes intérêts auprès de ce haut dignitaire. Voilà deux ans, en effet, que je me ne aux promesses de l’illustre Prince. Je me rendrais bien à Chambéry si je le pouvais, mais le mauvais état de mes finances s’y oppose. Voilà, dis-je, deux ans d’incessante attente à mon grand dommage, obligé à de grandes dépenses et, perdant de l’argent, forcé d’emprunter. Jusqu’ici je n’ai obtenu que de bonnes paroles. Je ne sais pas vraiment ce qu’en ce moment même je dois espérer, si je n’ai pas lâché les oiseaux pour me rabattre sur les mouches. Ces jours derniers, on m’appelait en France, en m’offrant une position des plus honorables et des plus lucratives. Mais je suis décidé à faire passer le Sérénissime Duc avant tout le monde, pourvu toutefois que les grandes dépenses qu’entraînent de longs délais ne me réduisent pas à la besace.

Je voudrais donc savoir le plus tôt possible ce que le Chancelier veut faire à mon égard, comment et dans quel bref délai cette affaire qui m’occupe va se terminer. En effet, j’en ai besoin et surtout de rapidité dans la manière dont elle sera menée. Sans cela je deviendrai ma propre victime et me priverai moi-même de tout espoir. Et lorsqu’à l’improviste, contre mon attente, on m’appelle, on me prie d’accepter des fonctions élevées, je me perdrais moi-même par ma propre négligence. Je vous en prie donc encore une fois, faites en sorte de recommander mon affaire. Ne sais-je pas tout l’avantage que je peux retirer de votre crédit, de votre bonne recommandation auprès du Chancelier, si toutefois il a songé quelque peu à moi. Dans le cas contraire, veuillez m’avertir afin qu’après une si grande perte de temps et d’argent je cesse d’espérer en vain, me faisant comprendre ainsi d’accepter un meilleur sort. Quoi qu’il en soit, je me montrerai toujours tel à votre égard qu’on ne pourra jamais m’accuser de la moindre ingratitude. Adieu, très cher.

  1. C’était un protecteur dévoué d’Agrippa.
  2. Le duc Charles III de Savoie (1504-1553).