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Henri Cornélis Agrippa/V

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V

Au déclin de l’année 1519, il annonce à un ami, sans lui en exposer les raisons, sous prétexte qu’il lui en parlera plus tard avec détails, qu’il va quitter Metz. C’est lui-même qui en a obtenu, dit-il, la permission de ses supérieurs. Il faut croire que le séjour lui en était devenu insupportable. Il en sort avec sa femme et son enfant, et nous trouvons de lui une lettre du 19 février 1520, datée de Cologne, et une autre du 12 mars suivant, adressée à Jean Rogier dit Brennon, curé de la paroisse de Sainte-Croix à Metz, dans laquelle il le prie de lui faire savoir à Cologne, où il est de nouveau revenu, l’attitude de ses ennemis[1] pendant son absence. Il termine cette lettre en saluant plusieurs de ses amis, Thilman, Châtelain, Mérian, Michaud. Les médecins Renaud et Frison, le notaire Baccarrat, l’horloger Thirion, le libraire Jacques et autres. Ces détails prouvent à quel point Agrippa savait se concilier les sympathies de ceux qu’il fréquentait, quand il n’avait pas affaire avec des moines. La correspondance échangée entre Roger Brennon et lui se prolonge pendant deux années consécutives avec des lacunes que l’on peut réellement déplorer. On rencontre fréquemment dans ces lettres le nom de Châtelain à propos d’une affaire soigneusement recommandée à Brennon, sans doute quelques découvertes chimiques qu’Agrippa et ses disciples tenaient à conserver secrètes. Quand on examine son œuvre à cet égard on verra combien il a été mal connu par Paul Jove, Thevet, Delrio et autres biographes de ce genre.

Que fait Agrippa à Cologne ? Il y paraît heureux et ne cesse de proposer à Brennon de le venir voir dans sa petite maison où tout rit, où tout est heureux et où ce bon Brennon trouvera la plus aimable hospitalité. Seulement il y a aussi à Cologne des querelles religieuses. La tentation est trop forte pour notre Agrippa. On attaque Reuchlin, son maître, ce Capnion qui lui a déjà suscité tant de désagréments ; il se jette encore dans la mêlée avec violence, si bien qu’il fut obligé d’abandonner Cologne pour Genève.

Ce n’était pas là l’intention qu’il avait tout d’abord, mais il avait espéré, pour aller à Chambéry, que le duc de Savoie lui donnerait une pension[2], et cette pension promise, il l’attendait dans la ville Suisse, sans ressources à ce point qu’il n’avait pas l’argent nécessaire pour aller de Genève à Chambéry. Il était pauvre et seul alors ; sa femme était morte à Metz, où il passait en voyage de Cologne à Genève, et ce fut peut-être là un des plus puissants motifs qui lui firent abandonner la lutte. Il parle, dans diverses de ses lettres, de la santé de cette première épouse d’une fort touchante façon ; mais on ne trouve aucune lettre relative à la circonstance douloureuse de son deuil. Cela se comprend aisément : n’était-il pas à Metz même entouré de ses amis qu’autrement il n’aurait point manqué de prévenir ?

Le nom de cette femme est ignoré ; on sait seulement qu’elle était de Pavie, qu’Agrippa l’avait épousée vers la fin de l’année 1514. Elle suivit son mari en 1518 à Metz, où elle était remarquée par sa gentillesse et par l’étrangeté de son costume, au dire de Philippe de Vigneulles[3], qui la connaissait. Brennon lui donna la sépulture dans son église de Sainte-Croix de Metz, et le philosophe ne manqua jamais de s’acquitter pieusement du devoir des anniversaires pour le repos de l’âme de la défunte[4]. Du 21 mars 1521 à une date quelque peu antérieure au 26 juin, se placent d’après sa correspondance[5] son départ de Cologne, son passage dramatique à Metz, son arrivée en Suisse et son installation à Genève où il emmena avec lui son fils Théodoric, qui avait dû voir le jour en Italie au commencement de l’année 1515, et dont on perd la trace vers 1522.

  1. Nicole Roucel, un membre des Paraiges ; Claude Drouin l’écrivain Nicolas Savini l’inquisiteur de la foi à Metz ; Claude Salini dominicain, prieur du couvent des Frères-Prêcheurs ; le franciscain Dominique Dauphin ; Nicolas Orici, religieux cordelier ; l’archiprêtre Regnault et Jean Léonard, official de la cour épiscopale. Mais Agrippa n’était pas mal avec tous les moines l’un des nombreux couvents de Metz celui des Célestins, ou les études étaient en honneur, lui avait offert un bienveillant accueil, et il y rencontrait en Claude Dieudonné, frère célestin, un véritable ami, un disciple et un admirateur enthousiaste : les lettres échangées entre eux sont au nombre de sept entre 1518 et 1519 à Metz, puis à Annecy, nouveau séjour du célestin en 1521, et au nombre de cinq en Suisse (1521).
  2. Ou bien un emploi de médecin ducal : Epist., III, 24, 29, 30. Quelques mois auparavant, Agrippa écrivait de Cologne à Brennon : « Je vais passer encore ici l’année présente, mais l’an prochain je compte me transporter en Savoie. »
  3. Dans Huguenin, chroniques de la ville de Metz, p. 756.
  4. Voir l’éloge qu’il en fait dans sa lettre 19 des Epist., liv. II, et les fondations pieuses à son intention, dans Epist., IV, 20, 27.
  5. Epist., III, 6 et 7 ; I, 47 ; II, 57.