Histoire de Charles XII/Édition Garnier/Avis important sur l’ histoire

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Histoire de Charles XIIGarniertome 16 (p. 142-143).


AVIS IMPORTANT
SUR L’HISTOIRE DE CHARLES XII[1].

On se croit obligé, par respect pour le public et pour la vérité, de mettre au jour un témoignage irrécusable qui apprendra quelle foi on doit ajouter à l’Histoire de Charles XII.

Il n’y a pas longtemps que le roi de Pologne, duc de Lorraine[2], se faisait relire cet ouvrage à Commercy ; il fut si frappé de la vérité de tant de faits dont il avait été le témoin, et si indigné de la hardiesse avec laquelle on les a combattus dans quelques libelles et dans quelques journaux, qu’il voulut fortifier par le sceau de son témoignage la créance que mérite l’historien ; et que, ne pouvant écrire lui-même, il ordonna à un de ses grands officiers de dresser l’acte suivant[3] :

« Nous, lieutenant général des armées du roi, grand maréchal des logis de Sa Majesté polonaise, et commandant en Toulois, les deux Barrois, etc., certifions que Sa Majesté polonaise, après avoir entendu la lecture de l’Histoire de Charles XII, écrite par M. de Voltaire (dernière édition de Genève), après avoir loué le style... de cette histoire, et avoir admiré ces traits... qui caractérisent tous les ouvrages de cet illustre auteur, nous a fait l’honneur de nous dire qu’il était prêt à donner un certificat à M. de Voltaire, pour constater l’exacte vérité des faits contenus dans cette histoire. Ce prince a ajouté que M. de Voltaire n'a oublié ni déplacé aucun fait, aucune circonstance intéressante ; que tout est vrai, que tout est en son ordre dans cette histoire ; qu'il a parlé sur la Pologne, et sur tous les événements qui y sont arrivés, etc., comme s'il en eût été témoin oculaire. Certifions, de plus, que ce prince nous a ordonné d'écrire sur-le-champ à M. de Voltaire pour lui rendre compte de ce que nous venions d'entendre, et l'assurer de son estime et de son amitié.

« Le vif intérêt que nous prenons à la gloire de M. de Voltaire, et celui que tout honnête homme doit avoir pour ce qui constate la vérité des faits dans les histoires contemporaines, nous a pressé de demander au roi de Pologne la permission d'envoyer à M. de Voltaire un certificat en forme de tout ce que Sa Majesté nous avait fait l'honneur de nous dire. Le roi de Pologne non-seulement y a consenti, mais même nous a ordonné de l'envoyer avec prière à M. de Voltaire d'en faire usage toutes les fois qu'il le jugera à propos, soit en le communiquant, soit en le faisant imprimer, etc.

« Fait à Commercy, ce 11 juillet 1759.

Le comte de Tressan. »

  1. Cet Avis important, et l’Autre Avis qui le suit, sont dans l’édition in-4° de 1768. (B.)
  2. Stanislas.
  3. On est obligé de le faire imprimer ; on a pris seulement la liberté d’épargner aux yeux du lecteur quelques termes trop honorables : on sent assez qu’on ne les doit qu’à l’indulgence et à la bonté, et on se réduit uniquement au témoignage donné en faveur de la vérité. (Note de Voltaire.) — Ce certificat a été imprimé dans l’Histoire de Pierre Ier plusieurs années avant la mort du roi de Pologne. (K.) — Il avait été imprimé, dès 1759, dans le premier volume de l’Histoire de l’empire de Russie sous Pierre le Grand. Le roi de Pologne Stanislas n’est mort qu’en 1766 ; le comte de Tressan en 1783. (B.)