Histoire de la Commune de 1871 (Lissagaray)/Chapitre 17

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CHAPITRE XVII


Les Parisiennes. — Suspension d’armes pour l’évacuation de Neuilly. — L’armée de Versailles et celle de Paris.

La grande flamme de Paris voilait encore ces faiblesses. Qui n’en fut brûlé ne saura la décrire. Les journaux communeux, malgré leur romantisme, étaient ternes à côté. La mise en scène, peu de chose. Dans les rues, sur les boulevards silencieux, un bataillon de cent hommes qui va au feu ou en revient, quelque femme qui suit, un passant qui applaudit, c’est le drame de cette révolution, simple et gigantesque comme un drame d’Eschyle.

Le commandant, en vareuse, poussiéreux, les galons roussis. Les hommes, tous cheveux gris ou têtes blondes, les vieux de Juin et les pupilles de l’idée. Bien souvent le fils marche à côté du père [1].

Cette femme qui salue ou accompagne, c’est la vaillante et vraie Parisienne. L’immonde androgyne née des fanges impériales a suivi sa clientèle à Versailles ou exploite la mine prussienne de Saint-Denis. Celle qui tient le pavé maintenant, c’est la femme forte, dévouée, tragique, sachant mourir comme elle aime, de ce pur et généreux filon qui, depuis 89, court vivace dans les profondeurs populaires. La compagne de travail veut aussi s’associer à la mort. « Si la nation française ne se composait que de femmes, quelle terrible nation ce serait ! » écrivait le correspondant du Times. Le 24 mars, aux bataillons bourgeois de la mairie du Ier arrondissement, un fédéré dit ce mot qui fit tomber leurs armes. « Croyez-moi, vous ne pouvez tenir ; vos femmes sont en larmes et les nôtres ne pleurent pas. »

Elle ne retient pas son homme [2], au contraire, le pousse à la bataille, lui porte aux tranchées, le linge et la soupe, comme elle faisait au chantier. Beaucoup ne veulent plus revenir, prennent le fusil. Le 4 avril, au plateau de Châtillon, elles font le coup de feu. Les cantinières, simplement vêtues, en travailleuses. Le 3 avril, à Meudon, celle du 66e la citoyenne Lachaise, resta toute la journée sur le champ de bataille, soignant les blessés presque seule, sans médecin.

Au retour, elles battent le rappel des dévouements, les centralisent dans un comité à la mairie du Xe, affichent des proclamations touchantes : « Il faut vaincre ou mourir. Vous qui dites : Qu’importe le triomphe de notre cause, si je dois perdre ceux que j’aime, sachez que le seul moyen de sauver ceux qui vous sont chers, c’est de vous jeter dans la lutte. » Elles s’offrent à la Commune, demandent des armes, des postes de combat, s’indignent contre les lâches. « J’ai le cœur saigné, écrit l’une, de voir qu’il n’y a absolument que ceux qui le veulent qui combattent. Ce n’est point, citoyen délégué, une dénonciation que je viens vous faire ; loin de moi cette idée ; mais mon cœur de citoyenne craint que la faiblesse des membres de la Commune ne fasse avorter nos projets d’avenir. »

André Léo, d’une plume éloquente, expliquait la Commune, sommait le délégué à la Guerre d’utiliser « la sainte fièvre qui brûle le cœur des femmes. » Une jeune Russe de grande naissance, instruite, belle, riche, qui se faisait appeler Dimitrieff, fut la Théroïgne de cette révolution. Toute peuple de geste et de cœur cette Louise Michel, institutrice au XVIIe arrondissement. Douce et patiente aux petits enfants qui l’adoraient, pour la cause du peuple, la mère devenait lionne. Elle avait organisé un corps d’ambulancières qui soignaient les blessés sous la mitraille. Elles allaient aussi dans les hôpitaux disputer leurs chers camarades aux religieuses revêches, et l’œil des mourants se ranimait au murmure de ces douces voix qui parlaient de République et d’espoir.

Dans cette mêlée de dévouement, les enfants défiaient les hommes et les femmes. Les Versaillais, vainqueurs, en prirent 660, et beaucoup périrent dans la lutte des rues. Ils suivaient les bataillons aux tranchées, dans les forts, s’accrochaient aux canons. Quelques servants de la porte Maillot étaient des enfants de 13 à 14 ans. En rase campagne, ils faisaient des folies de bravoure [3].

Cette flamme parisienne rayonnait au delà de l’enceinte. Les municipalités de Sceaux et de Saint-Denis se réunissaient à Vincennes pour protester contre le bombardement, revendiquer les franchises municipales et l’installation de la République. La chaleur en venait jusqu’à la province.

Elle commençait à croire Paris imprenable, malgré les dépêches de M. Thiers, le 3 avril : « Cette journée est décisive pour le sort de l’insurrection » ; le 4 : « Les insurgés ont éprouvé aujourd’hui un échec décisif » ; le 7 : « Cette journée est décisive » ; le 11 : « On prépare contre les insurgés des moyens irrésistibles » ; le 12 : « Les insurgés fuient à toutes jambes ; on attend le moment décisif » ; le 15 : « Nous tenterons, par une épreuve décisive, de mettre un terme à cette guerre civile » ; le 17 : « Nous persistons à éviter les petites actions jusqu’à l’action décisive. » Malgré tant de succès décisifs et de moyens irrésistibles, l’armée versaillaise se morfondait toujours aux avant-postes parisiens. Ses seules victoires décisives étaient contre les maisons de l’enceinte et de la banlieue.

Le voisinage de la porte Maillot, l’avenue de la Grande-Armée, les Ternes, s’allumaient d’incendies continuels. Asnières, Levallois, se remplissaient de ruines. Les habitants de Neuilly végétaient, affamés, dans leurs caves. Les Versaillais lançaient, sur ces points seulement, quinze cents obus par jour, et M. Thiers d’écrire à ses préfets : « Si quelques coups de canon se font entendre, ce n’est pas le fait du Gouvernement, mais de quelques insurgés voulant faire croire qu’ils se battent lorsqu’ils osent à peine se faire voir. »

La Commune assistait les bombardés de Paris ; elle ne pouvait rien pour ceux de Neuilly pris entre deux feux. Un appel à la pitié partit de toute la presse, demandant un armistice pour l’évacuation de Neuilly. Les francs-maçons, la Ligue des droits de Paris s’interposèrent. Avec beaucoup de peine — les généraux ne voulaient pas d’armistice — les délégués de la Ligue obtinrent une suspension d’armes de huit heures. La Commune chargea cinq de ses membres de recevoir les bombardés, et les municipalités leur préparèrent un asile. Des comités de femmes partirent avec des secours.

Le 25, à neuf heures du matin, le canon se tut depuis la porte Maillot jusqu’à Asnières. Une foule immense de Parisiens vint visiter les ruines de l’avenue, la porte Maillot, monceau de terre, de granit, d’éclats d’obus, s’arrêta devant ces artilleurs accoudés sur leurs pièces déjà fabuleuses. Beaucoup se répandirent dans Neuilly. La petite ville, si coquette jadis, n’étalait plus aux rayons d’un beau soleil que ses maisons éventrées. Aux limites convenues, deux haies, l’une de lignards, l’autre de fédérés, séparés par vingt mètres d’intervalle. Les Versaillais, choisis parmi les plus sûrs, gardés par des officiers à mine de chiourme. Quand les Parisiens, bons enfants, s’approchaient des soldats, les officiers donnaient de la gueule. Comme un soldat répondait poliment à deux dames, un officier lui arracha son fusil et, croisant la baïonnette sur les Parisiennes, « Voilà comment on parle ! » Quelques personnes ayant franchi les lignes de part et d’autre, furent prisonnières. On put atteindre cinq heures sans bataille. Chaque Parisien, en rentrant, apporta son sac de terre aux fortifications de la porte Maillot. Dombrowski fit fusiller un des misérables qui avaient mis à profit les déménagements pour piller.

Le soir, les Versaillais rouvrirent le feu. Il n’avait pas cessé contre les forts du sud où l’ennemi démasqua de nouvelles batteries, première partie du plan de M. Thiers.

Le 6, il avait rendu le commandement d’une armée française à ce Mac-Mahon qui ne rendit jamais compte de l’armée par lui précipitée dans Sedan. La Versaillaise, raccolée partout, comptait au début 46 000 hommes, en majeure partie résidus de dépôts, incapables d’une action sérieuse. L’appel aux volontaires de Paris et de province n’avait donné que deux corps : les volontaires de la Seine avec 350 hommes, ceux de Seine-et-Oise 200 environ, sorte de guérillas d’anciens officiers ou sous-officiers de francs-tireurs, mobiles, et dont l’uniforme rappelait beaucoup celui de la garde nationale. Pour avoir une force, M. Thiers envoya Jules Favre repleurer auprès de Bismarck. Le Prussien rendit 60 000 prisonniers et autorisa son confrère à porter à 130 000 hommes le nombre des soldats sous Paris qui, d’après les préliminaires de paix, ne devait pas dépasser 40 000. Le 25 avril, l’armée versaillaise comprenait cinq corps, dont deux, Douai et Clinchant, formés de libérés d’Allemagne et, une réserve commandée par Vinoy, en tout 110 000 hommes. Elle monta jusqu’à 130 000 combattants et eut 170 000 rationnaires. M. Thiers montra une habileté réelle à la dresser contre Paris. Les soldats furent bien nourris, bien habillés, sévèrement éloignés de tout contact avec le dehors ; la discipline se rétablit. Ce n’était pas cependant une armée d’attaque et les hommes détalaient devant une résistance soutenue. Malgré les vantardises officielles, les généraux ne comptaient réellement que sur l’artillerie à laquelle ils devaient les succès de Courbevoie et d’Asnières. Le canon seul pouvait battre Paris.

Il était littéralement entouré de baïonnettes comme au temps du premier siège, cette fois moitié étrangères, moitié françaises. L’armée allemande en hémicycle depuis la Marne jusqu’à Saint-Denis, occupant les forts de l’est — sauf celui de Vincennes désarmé — et du nord, l’armée versaillaise fermant le cercle depuis Saint-Denis jusqu’à Villeneuve-Saint-Georges, maîtresse seulement du Mont-Valérien. Les fédérés avaient les cinq forts d’Ivry, de Bicêtre, de Montrouge, de Vanves, d’Issy, les tranchées, les avant-postes qui les reliaient et les villages de Neuilly, Asnières, Saint-Ouen.

Le point vulnérable de l’enceinte, au sud-ouest, était le saillant du Point-du-Jour. Le fort d’Issy le gardait. Suffisamment défendu à droite par le parc, le château d’Issy et une tranchée le reliant à la Seine que balayaient les canonnières fédérées, ce fort était dominé en face et à gauche par les hauteurs de Bellevue, Meudon et Châtillon. M. Thiers les arma de grosses pièces venues de Toulon, Cherbourg, Douai, Lyon et Besançon — 293 bouches de siège — et leur effet fut tel que, dès les premiers jours, le fort d’Issy craqua. Le général Cissey, chargé de conduire ces opérations, commença aussitôt les cheminements.

Éteindre le fort d’Issy et celui de Vanves qui le soutenait, forcer ensuite le Point-du-Jour d’où une armée peut se déployer dans Paris, tel était le plan de M. Thiers.

Les opérations, de Saint-Ouen à Neuilly, n’avaient pour objet que d’arrêter le débouché des Parisiens sur Courbevoie.

Quelles forces et quel plan opposait la Commune ?

Les effectifs disaient 96 000 soldats et 4 000 officiers environ pour la garde nationale active ; pour la sédentaire, 100 000 soldats et 3 500 officiers. Chiffres très approximatifs, car les états étaient erronés, souvent fictifs, surtout depuis l’administration du chef d’état-major Mayer. Trente-six corps francs prétendaient compter pour 3 450 hommes. Toutes déductions faites, on pouvait obtenir 60 000 combattants si l’on savait s’y prendre. Mais la faiblesse de la Guerre laissait en dehors du contrôle les moins braves ou ceux qui pouvaient se passer de solde. En réalité, de Saint-Ouen à Ivry, on ne sut opposer à l’armée de Versailles qu’un rideau de 15 à 16 000 fédérés.

La cavalerie ne figurait que sur les états : cinq cents chevaux au plus pour traîner l’artillerie ou les fourgons, monter les officiers et les estafettes. Le service du génie fut rudimentaire, malgré les plus beaux arrêtés. Des 1 200 bouches à feu que Paris possédait, la Guerre n’en utilisa que 200. Il n’y eut que cinq cents artilleurs quand les états en accusaient 2 500.

Dombrowski occupait le pont d’Asnières, Levallois, Neuilly, avec quatre ou cinq mille hommes au plus [4]. Pour se couvrir il avait : à Clichy et Asnières une trentaine de bouches à feu et deux wagons blindés qui, depuis le 15 avril jusqu’au 22 mai, même après l’entrée des troupes, ne cessèrent de sillonner la voie ; à Levallois, une dizaine de pièces. Les remparts du nord l’assistaient et la valeureuse porte Maillot le couvrait à Neuilly.

Sur la rive gauche d’Issy à Ivry, dans les forts, les villages, les tranchées, il y avait dix à onze mille fédérés. Le fort d’Issy contenait en moyenne six cents hommes et cinquante pièces de sept et de douze, dont les deux tiers inactives. Les bastions 72 et 73 le soulageaient un peu, aidés de quatre locomotives blindées, en panne sur le viaduc du Point du Jour. Au-dessous, les canonnières réarmées tiraient sur Breteuil, Sèvres, Brimborion, osaient même s’aventurer jusqu’à Châtillon et canonner Meudon à découvert. Quelques centaines de tirailleurs occupaient le parc et le château d’Issy, les Moulineaux, le Val et les tranchées qui reliaient le fort d’Issy à celui de Vanves. Ce dernier, dominé comme Issy, soutenait vaillamment son effort avec une garnison de cinq cents hommes et une vingtaine de canons. Les bastions de l’enceinte le secondaient très mal.

Le fort de Montrouge, avec 350 hommes et dix ou quinze bouches à feu, n’avait d’autre rôle que d’appuyer les feux de Vanves. Celui de Bicêtre, pourvu de 500 hommes et de vingt bouches à feu, tirait au jugé. Trois redoutes considérables l’éclairaient : les Hautes-Bruyères, fortes de 500 hommes et de vingt pièces, le Moulin Saquet avec sept cents hommes et quatorze pièces environ, Villejuif avec trois cents hommes et quelques obusiers. À l’extrême gauche, le fort d’Ivry et ses dépendances avaient cinq cents hommes et une quarantaine de pièces. Les villages intermédiaires, Gentilly, Cachan, Arcueil, étaient occupés par deux mille à deux mille cinq cents fédérés.

Le commandement nominal des forts du sud, d’abord confié à Eudes assisté par un ex-colonel du génie à l’armée de la Loire, La Cécilia, passa, le 20 avril, à l’alsacien Wetzel, officier de la même armée. De son quartier général d’Issy, il devait surveiller les tranchées d’Issy et de Vanves et la défense des forts. En réalité, les commandants des forts qui changèrent souvent, agirent toujours à leur guise.

Le commandement d’Ivry à Arcueil fut donné, vers le milieu d’avril, à Wroblewski, un des meilleurs officiers de l’insurrection polonaise de 63, jeune, avec de bonnes études militaires, brave, méthodique, délié, utilisant tout et tous, excellent chef pour de jeunes troupes.

Tous ces officiers généraux ne reçurent qu’un ordre : « Défendez-vous. » De plan général, il n’y en eut pas. Il n’y eut jamais de conseil général de défense. Les hommes furent très souvent abandonnés à eux-mêmes, sans soins ni surveillance. Peu ou point de roulement. Tout l’effort portait sur les mêmes. Tels bataillons restaient vingt, trente jours aux tranchées, dénués du nécessaire, tels demeuraient continuellement en réserve. Si quelques intrépides s’endurcissaient au feu au point de ne plus vouloir rentrer, d’autres se décourageaient, venaient montrer leurs vêtements pouilleux, demandaient du repos ; les chefs étaient forcés de les retenir, n’ayant personne pour les remplacer.

Cette incurie tua vite la discipline. Les hommes braves ne voulurent relever que d’eux seuls, les autres esquivèrent le service. Les officiers firent de même, ceux-ci quittant leur poste pour aller au feu du voisin, ceux-là abandonnant. La cour martiale que présidait Rossel voulut punir. On se plaignit à la Commune de sa sévérité. Longuet dit qu’il n’avait pas « d’esprit politique ». La Commune cassa ses arrêts, commua en trois mois d’emprisonnement une condamnation à mort. Rossel se retira et fut remplacé par Gois.

Puisqu’on reculait devant la discipline de la guerre, il fallait changer de tactique. On ne fit qu’incriminer Cluseret. À la séance du 23, Avrial le met sur la sellette, le presse de questions sur le nombre d’hommes, de canons dont dispose la Commune. Cluseret prend des attitudes. « Les airs de dictateur ne nous vont pas », lui dit brutalement Delescluze qui reproche à Cluseret de laisser Dombrowski à Asnières avec 1 200 hommes et lâche le mot trahison. « Je suis un homme déshonoré ! » s’écrie Cluseret et il veut quitter la salle. On s’y oppose. Longuement il se disculpe sans convaincre, car le surlendemain un membre de la Commune demande qu’il soit arrêté pour avoir favorisé les sous-comités.

Ces sous-comités sont des boutures du Comité Central qui ont pris un peu partout. Le 1er avril, la Commune demande ce que signifie ce comité de la rue d’Aligre qui donne des ordres ; le 6, elle décide que ces sous-comités seront dissous ; le 9, Theisz annonce qu’ils persistent, que celui du xviiie vient d’être installé par le Comité Central. Le 26, les sous-comités sont toujours si envahissants que la Commune vote encore leur dissolution, et Vermorel : « Il faut savoir qui a le pouvoir, de la Commune ou du Comité Central » ; il veut qu’on en finisse. Mais on n’en finit pas. Le 26, la commission militaire, reconnaissant que décrets et ordres restent lettre morte, charge les municipalités, le Comité Central, les chefs de légion de réorganiser la garde nationale ; aucun de ces mécanismes ne fonctionne sérieusement, ce qui fait que des membres de la Commune et des officiers généraux se mettent à rêver d’une dictature militaire.

Avant la fin d’avril, pour tout œil exercé, l’offensive promise par Cluseret est impossible. Au dedans, des hommes actifs, dévoués, s’épuisent en luttes énervantes contre les bureaux, les comités, les sous-comités, les mille rouages prétentieux d’administrations rivales et perdent une journée à se faire délivrer un canon. Aux remparts, quelques artilleurs criblent les lignes de Versailles, et, sans demander autre chose que du pain et du fer, ne quittent leurs pièces qu’enlevés par les obus. Les forts aux casemates défoncées, aux embrasures pulvérisées, répondent à l’averse des hauteurs. Les braves tirailleurs, à découvert, vont surprendre les lignards dans leurs trous. Ces dévouements, ces héroïsmes vont s’éteindre dans le vide. On dirait une chaudière de machine, dont toute la vapeur fuirait par cent issues.




  1. Appendice iv
  2. D’une foi sublime dans sa naïveté. Nous entendîmes, en omnibus, deux femmes qui revenaient de voir leurs maris aux tranchées. L’une pleurait ; l’autre lui disait : « Ne te désole pas ; nos hommes reviendront. Et puis, la Commune a promis de prendre soin de nous et de nos enfants. Mais non ! il est impossible qu’ils soient tués en défendant une cause si bonne. Et, enfin, tiens, je préfère le mien mort qu’entre les mains de ces Versaillais. »
  3. Appendice V.
  4. Ces chiffres ont été soigneusement vérifiés, de visu d’abord, pendant la lutte, ensuite auprès des commandants d’armée, officiers supérieurs et fonctionnaires de la Commune. Le général Appert a dressé des tableaux de pure fantaisie. Il a créé des brigades imaginaires, construit des effectifs d’armée avec des situations de prises d’armes, comme si les bataillons désignés étaient tous réellement sortis, fait des double emplois continuels. Il arrive ainsi à donner plus de 20 000 hommes à Dombrowski et jusqu’à 50 000 aux trois commandants d’armée. Son rapport fourmille d’erreurs de noms, d’attributions, ignore jusqu’aux noms de certains commandants généraux.