Histoire du Canada et des Canadiens français/Partie 1/Chapitre 7

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CHAPITRE VII


Du traité d’Aix-la-Chapelle à l’arrivée de Montcalm
(1747-1756)


La paix était à peine conclue que les Anglais, sachant qu’ils n’avaient plus à craindre la marine de la France, s’empressèrent d’envoyer par milliers de nouveaux colons en Amérique, usant ainsi du moyen le plus sûr et le seul efficace de fonder des colonies puissantes, moyen que la France a malheureusement, — soit répugnance de son peuple à s’expatrier, soit vue courte de ses gouvernants, — toujours négligé d’employer.

Une compagnie d’actionnaires anglais et virginiens se forma, en 1748, pour coloniser la vallée de l’Ohio, et en 1750, le Parlement anglais lui concéda 6,000 acres de terrain, dans lesquels la Compagnie envoya aussitôt ses agents et commença d’établir des colons. La vallée de l’Ohio était cependant une possession bien française ; la « Belle-Rivière » avait été découverte en 1670 et 1671 par Cavelier de la Salle qui en avait pris solennellement possession au nom de Louis XIV. Mais les colons anglais voulaient être les seuls maîtres de l’Amérique et étaient décidés à ne respecter ni les traités, ni les droits acquis[1].

Un puissant effort fut également fait pour peupler de colons anglais la péninsule acadienne.

Jusqu’alors la « Nouvelle-Écosse », ainsi que s’appelait désormais l’Acadie, n’avait compté d’autres habitants — sauf la garnison anglaise d’Annapolis — que les Acadiens, descendants des anciens colons français et les Indiens Micmacs, alliés constants de ces derniers. Or cette population d’Acadiens, restés Français de cœur comme de langue, s’accroissait dans des proportions qui n’étaient pas sans inquiéter le gouvernement anglais. Elle se doublait par elle-même tous les seize ans, tant était grande sa fécondité. Au lieu des 2,000 individus que ce petit peuple comptait au moment de la conquête en 1710, on en comptait 5,000 en 1731, 8,000 en 1739 et, si cette progression se continuait, ils pouvaient être plus de 100,000 à la fin du siècle. Que deviendrait alors, malgré le traité d’Utrecht, la domination anglaise sur un pays demeuré français par son sang, par sa langue, par ses traditions, par toutes les fibres de son cœur ? Déjà, pendant la dernière guerre, il s’en était fallu de peu que les Acadiens ne s’unissent à leurs frères de France et du Canada pour reprendre leur vieux Port-Royal aux Anglais. Ils n’avaient consenti à s’abstenir que sur la promesse qu’on respecterait leur neutralité, car leur prétention constante, depuis la conquête, et lorsqu’on les pressait le plus sur le serment d’allégeance à l’Angleterre, était de ne prêter ce serment que sous une réserve, qui les dispensât de porter les armes en cas de guerre contre les Français : d’où le nom de French neutrals sous lequel on les désignait dans toute l’Amérique anglaise. Le premier moyen (et plût au ciel qu’il n’eût employé que celui-là !) dont se servit le gouvernement anglais pour assurer sa conquête et prévenir le danger d’un retour de l’Acadie à la France, fut d’établir à tout prix une forte population anglaise dans le pays même. Des fonds considérables (57,582 livres sterling en 1749, et 53,927 l’année suivante) furent consacrés à la colonisation de la Nouvelle-Écosse. On ne perdit point de temps et, pendant l’année 1749, on vit débarquer dans le hâvre de Chibouctou 2,544 colons accompagnés d’une forte garnison. Jamais le gouvernement anglais en aucun pays du monde n’avait encore tenté un pareil essai ni réalisé un tel effort. C’était une véritable ville que l’on créait de toutes pièces sur cette baie déserte, où se trouvaient à peine deux ou trois huttes de pécheurs acadiens[2]. La nouvelle ville fut nommée Halifax ; elle est restée, depuis lors, la capitale de la Nouvelle-Écosse.

Cette fondation dessilla complètement les yeux de la plupart des Acadiens ; il leur était bien difficile de conserver aucune illusion sur l’avenir, et ils comprirent l’étendue ainsi que l’imminence du danger. Dans les îles du golfe Saint-Laurent (île Saint-Jean, île du Cap-Breton, etc.), qu’occupaient encore les Français, se trouvaient déjà quelques villages créés par leurs compatriotes ; plusieurs y émigrèrent[3]. Ceux qui restèrent furent profondément troublés ; les discussions avec les Anglais s’aigrirent, les esprits s’échauffèrent, la situation se tendit outre mesure, en attendant le fatal dénouement que nous raconterons plus loin.

Pour contrebalancer l’influence de cette nouvelle émigration anglaise et pour diminuer l’avantage que la supériorité si écrasante de leur nombre assurait aux colonies anglaises, il n’eût fallu rien moins que l’envoi au Canada de toute une armée de colons. C’est ce que comprit bien M. de la Galissonnière qui, depuis 1747, remplaçait M. de Beauharnais comme gouverneur du Canada. Le futur vainqueur de l’amiral Byng devant Minorque n’était pas seulement un marin distingué autant que vaillant ; c’était encore un homme d’un jugement sûr, fort instruit en toutes choses et particulièrement dans les sciences naturelles, un administrateur actif et clairvoyant. Il demanda au gouvernement d’établir dix mille paysans français au sud-ouest des grands lacs, et plus particulièrement dans le pays des Illinois, à moitié distance entre le Canada et la Louisiane, et de façon à offrir une forte barrière aux entreprises des Anglo-Américains, qui tendaient toujours à s’étendre au-delà de leur limite naturelle des monts Alleghanys. Heureux si ses conseils eussent été suivis ! mais la cour fit aussi peu de cas de ses adjurations qu’elle avait fait de celles de ses prédécesseurs. La France, qui avait toujours des soldats à sacrifier par milliers dans toutes ses guerres européennes, nées souvent de causes si futiles, n’avait jamais de cultivateurs à envoyer en Amérique où ils eussent trouvé, avec les richesses d’un sol vierge, les perspectives d’une aisance et d’une indépendance que le sol de la patrie ne garantissait guère, à cette époque, à ses laboureurs.

Obligé de renoncer à l’espoir d’obtenir jamais ce renfort de colons, si vainement sollicité, M. de la Galissonnière tira du moins le meilleur parti possible des ressources qu’il avait sous la main. Il fit construire ou augmenter deux forts sur l’isthme de l’Acadie, et s’efforça d’attirer les Acadiens sur le territoire français, afin de donner à cette frontière une population capable de la défendre. Il éleva sur le Saint-Laurent, entre Montréal et le fort Frontenac, le fort de la Présentation pour s’assurer le fleuve et maintenir les Iroquois ; on construisit sur le lac Ontario le fort de Toronto pour relier le fort Frontenac (aujourd’hui Kingston) et Détroit. Il exista, dès lors, de Québec au Mississipi, une grande ligne de postes militaires qui assuraient les communications entre le Canada et la Louisiane ; elle se composait de Québec, Montréal, la Présentation, Frontenac, Toronto, Détroit, fort des Miamis, fort Sainl-Joseph, Chicago, fort Crèvecœur sur l’Illinois et fort de Chartres sur le Mississipi. En avant de cette ligne, entre le lac Ontario et le Mississipi, et en suivant le cours de l’Ohio, on éleva une autre série de postes militaires, destinés à fortifier notre frontière et à retenir les Anglais derrière les Alléghanys. Cette ligne de postes avancés commençait à Niagara et se continuait, par le fort Presqu’île, le fort de la Rivière-aux-Bœufs, le fort Machault et le fort Duquesne qu’on éleva un peu plus tard.

M. de la Galissonnière réorganisa la milice et la porta à 12, 000 hommes. En même temps, il envoya un détachement de 300 hommes dans la vallée de l’Ohio pour en chasser les traitants et les colons anglais, avec ordre de reprendre possession du pays d’une manière solennelle[4].

Au dedans, M. de la Galissonnière s’occupait, le Canada manquant encore d’une imprimerie, d’en établir une ; il encourageait les sciences, faisait le meilleur accueil au naturaliste suédois Kalm, qui vint à cette époque visiter le Canada et qui ne tarit pas d’éloges sur la bonté du gouverneur. Il eût été bien souhaitable, en effet, pour la colonie, qu’elle gardât longtemps M. de la Galissonnière à sa tête. Mais la cour avait besoin de ses services ; il fut rappelé en France et nommé, avec M. de Silhouette, pour discuter, contre les commissaires anglais Shirley et Mildmay, la délicate et grave question des frontières de l’Acadie. Il quitta donc le Canada à la fin de septembre 1749.

Le marquis de la Jonquière, marin distingué, le même qui avait soutenu, deux ans auparavant, le combat du cap Finistère et qui avait été fait prisonnier dans ce combat, fut nommé gouverneur général en remplacement du comte de la Galissonnière ; mais il avait déjà passé la soixantaine quand il vint prendre possession de son gouvernement, et il mourut peu de temps après (1752), ayant eu le tort, pendant son court séjour au Canada, de donner prise à des accusations de népotisme et de péculat, vices trop communs aux administrateurs français de cette époque qui ne suivaient que trop docilement en cela les exemples donnés par la cour de Versailles.

L’ancien commissaire de Louisbourg, l’intendant François Bigot, qui exerçait dès lors ses fonctions au Canada, mérite de rester comme le type de ces administrateurs improbes à qui tous les moyens étaient bons pourvu qu’ils grossissent leur fortune, et qui ne craignaient pas de trafiquer sur l’argent et sur les marchandises que l’État leur faisait passer dans l’intérêt de la colonie. Nous retrouverons ce personnage un peu plus tard.

Quant à M. de la Jonquière, et pour en revenir à lui, il convient de n’accepter que sous bénéfice d’inventaire les articulations qui furent formulées contre lui (accusations de s’être emparé du commerce des Pays d’en haut, de faire tyranniser les marchands par son secrétaire, auquel il avait donné le monopole du trafic de l’eau-de-vie chez les Indiens, etc.). Les Pères Jésuites qui furent les principaux propagateurs de ces attaques, paraissent bien avoir poursuivi avant tout une vengeance personnelle. « Ces Pères, écrit Garneau, faisaient toujours la traite dans leur mission du Saut-Saint-Louis, sous le nom de deux demoiselles Desauniers, et envoyaient leur castor à Albany, par contrebande. Cet exemple était imité par d’autres. M. de la Jonquière à qui la Compagnie des Indes se plaignait de cette violation des lois et de son privilège, voulut la faire cesser et sur l’ordre que le roi lui transmit, coupa court au mal en fermant leur comptoir du Saut-Saint-Louis. Le gouverneur ne fut pas longtemps sans éprouver le ressentiment de l’ordre puissant qu’il venait d’offenser. On écrivit contre lui au ministre ; on l’accusa, outre les griefs énumérés plus haut, de donner les meilleurs postes à ses associés ou à ses favoris. Les trafiquants, qui n’auraient pas osé prendre l’initiative, firent écho à ces accusations. » Ces attaques, justifiées ou non, empoisonnèrent ses derniers jours et abrégèrent sa vie.

Le marquis Duquesne de Menneville qui fut nommé pour succéder à M. de la Jonquière, arriva à Québec en juillet 1752. Il trouva la colonie dans un assez grand désordre et la discipline militaire fort relâchée. Il s’en explique dans deux lettres au ministre, datées d’octobre 1753. Dans l’une, il se plaint des officiers qui « paroissent consternés », lorsqu’ils reçoivent un ordre de service. Dans l’autre, ses plaintes tombent sur les soldats : « leur indiscipline est outrée : cela provient de l’impunité dans les cas les plus griefs. » En vingt mois d’efforts persévérants, Duquesne parvint, à force de sévérités et de salutaires exemples, à remédier au mal, en grande partie du moins. Il mit à la tête des troupes des officiers expérimentés, fit de nouvelles recrues dans les campagnes et donna des ordres pour que tous les postes militaires fussent tenus en bon état de défense. « Le Canada, — écrivait le ministre de la marine, Rouillé, à son collègue d’Argenson, ministre de la guerre, — a au moins 15,000 hommes en état de porter les armes, sur lesquels on peut compter en tout temps. » Ce n’était pas trop, ce n’était pas même assez, car les événements allaient prendre une extrême gravité et déchaîner la grande guerre qui ne finira plus qu’avec la perte de nos colonies.

Voltaire raconte ainsi[5] l’origine et les commencements de cette nouvelle guerre :

« Les révolutions que le roi de Prusse et ses ennemis préparaient dès lors était un feu qui couvait sous la cendre ; ce feu embrasa bientôt l’Europe, mais les premières étincelles vinrent d’Amérique.

« Une légère querelle entre la France et l’Angleterre pour quelques terrains sauvages vers l’Acadie, inspira une nouvelle politique à tous les souverains d’Europe. Il est utile d’observer que cette querelle était le fruit de la négligence de tous les ministres qui travaillèrent, en 1712 et 1713, au traité d’Utrecht. La France avait cédé à l’Angleterre, par ce traité, l’Acadie, voisine du Canada, avec toutes ses anciennes limites ; mais on n’avait pas spécifié quelles étaient ces limites ; on les ignorait : c’est une faute qu’on n’a jamais commise dans des contrats entre particuliers. Des démêlés ont résulté nécessairement de cette omission. Si la philosophie et la justice se mêlaient des querelles des hommes, elles leur feraient voir que les Français et les Anglais se disputaient un pays sur lequel ils n’avaient aucun droit : mais ces premiers principes n’entrent point dans les affaires du monde. Une pareille dispute élevée entre de simples commerçants, aurait été apaisée en deux heures par des arbitres ; mais entre des couronnes il suffit de l’ambition ou de l’humeur d’un simple commissaire pour bouleverser vingt États. On accusait les Anglais de ne chercher qu’à détruire entièrement le commerce de la France dans cette partie de l’Amérique. Ils étaient très supérieurs par leurs nombreuses et riches colonies dans l’Amérique septentrionale ; ils l’étaient encore plus sur mer par leurs flottes ; et ayant détruit la marine de France, dans la guerre de 1741, ils se flattaient que rien ne leur résisterait ni dans le nouveau monde, ni sur nos mers. Leurs espérances furent d’abord trompées. »

Les premières hostilités s’engagèrent en dehors de tout ordre des métropoles et par une de ces rencontres devenues à peu près inévitables dans ces lointains territoires sur lesquels Français et Anglais élevaient des prétentions égales. Georges Washington, le futur président de la République américaine, dont le nom apparaît pour la première fois à cette époque, était alors major dans les milices de la Virginie. Il fut envoyé avec une colonne pour occuper les terres de l’Ohio ; mais les Français venaient déjà d’y établir le fort Duquesne, au lieu où s’élève aujourd’hui la grande ville manufacturière de Pittsburg, dans une situation admirablement choisie et commandant tout le bassin de l’Ohio. Apprenant l’approche de l’officier anglais, M. de Contrecœur, qui commandait dans cette région, fit arrêter une petite troupe d’avant-garde qui marchait sous les ordres de l’enseigne Ward et envoya un parlementaire (M. de Jumonville) à Washington, pour lui porter « une sommation de se retirer, attendu qu’il étoit sur le territoire françois ». Washington, à son tour, tirant prétexte de la capture de l’enseigne Ward, ordonna de faire feu sur le parlementaire et sur son escorte, qui furent tués ou pris. Cet acte, si contraire au droit des gens et que les Français qualifièrent hautement d’assassinat, ne pouvait manquer d’exciter chez les nôtres la colère et la soif de la vengeance. M. de Villiers, frère de Jumonville, fut aussitôt lancé contre les Anglais avec 600 Français-Canadiens et une centaine de sauvages. Cette troupe se comporta, comme on pouvait s’y attendre, avec un courage que doublait l’exaspération. Le fort « de la Nécessité » où s’était réfugié Washington, était défendu par 500 Anglais et neuf pièces de canon ; au bout de dix heures de combat et malgré une pluie torrentielle, notre mousqueterie força l’artillerie anglaise à cesser son feu. Les Anglais qui avaient eu 90 hommes tués ou blessés à mort et beaucoup d’autres blessés légèrement, se décidèrent à capituler.

« Nous pourrions venger un assassinat, dit M. de Villiers à Washington, nous ne l’imitons pas[6]. »

La fuite des Anglais après la signature de cette capitulation fut si précipitée, dit un témoin, qu’ils abandonnèrent jusqu’à leur pavillon. Cette victoire ne nous avait coûté que deux Français tués et 70 blessés.

Ces évènements, se produisant en pleine paix, ne faisaient que trop pressentir une guerre imminente. La France avait tout intérêt cependant à gagner du temps, car sa marine commençait à peine à renaître des cendres de la dernière guerre, et quoique on eût, après la paix d’Aix-la-Chapelle, adopté le plan de construire, dans l’espace de dix ans, cent onze vaisseaux de guerre et cinquante-quatre frégates, on était encore fort loin d’avoir mené ce plan à exécution. Mais par la même raison qui devait nous engager à différer, les Anglais, qu’inquiétait la reconstitution de notre marine, avaient intérêt à précipiter la rupture. Le « bonhomme Franklin », alors membre de l’assemblée de Pensylvanie, y poussait de tout son pouvoir. « Prendre et garder le Canada, écrit Sainte-Beuve[7], c’était pour lui la conclusion favorite, comme de détruire Carthage pour Caton… Il avait le sentiment des destinées croissantes et illimitées de la jeune Amérique ; il la voyait du Saint-Laurent au Mississipi, peuplée de sujets anglais en moins d’un siècle ; mais, si le Canada restait à la France, ce développement de l’empire anglais en Amérique serait constamment tenu en échec, et les races indiennes trouveraient un puissant auxiliaire toujours prêt à les rallier en confédération et à les lancer sur les colonies. » Franklin fera bientôt (en 1757) un voyage en Angleterre pour soutenir et appuyer ces vues auprès du gouvernement anglais. Washington, Franklin ! Ainsi, dans les débuts de cette guerre, nous trouvons au premier rang de nos adversaires, pour nous enlever le Canada, ces mêmes hommes qui seront, vingt ans plus tard, au premier rang de nos alliés pour enlever l’Amérique à l’Angleterre ! Pour être conformes à la loi de croissance des États, ces retours des choses n’en sont pas moins parmi les plus étranges coups de théâtre de l’histoire.

Quoique la guerre ne fût pas encore déclarée, il était clair qu’on ne pouvait laisser le Canada sans secours. La disproportion était trop grande entre les forces de nos colonies et celles des colonies anglaises d’Amérique pour que la France pût espérer de conserver son empire colonial autrement qu’en mettant dans la balance tout le poids de son épée ; encore n’eût-il pas fallu se laisser entraîner, presque en même temps, à la fatale guerre de Sept-Ans ! La population des provinces anglo-américaines s’élevait, en 1705, suivant les calculs de Franklin, à un million deux cent mille âmes, tandis que le Canada, le Cap-Breton et la Louisiane réunis en comptaient, à peine de 75 à 80 mille. Les forces régulières du Canada ne s’élevaient pas à mille hommes, tandis qu’on pouvait évaluer à 15,000 celles que la Nouvelle-Angleterre et la Nouvelle-York allaient bientôt mettre sur pied. Dans ces conditions, nous l’avons dit, la France ne pouvait hésiter, si elle tenait à conserver le Canada, à envoyer de solides renforts de l’autre côté de l’Atlantique.

On embarqua à Brest, en avril 1755, six bataillons d’infanterie qui comptaient un peu plus de 3,000 soldats et de 200 officiers. Toutes ces troupes partirent pleines d’ardeur, leur entrain faisant pressentir les victoires qu’elles allaient remporter à quinze cents lieues de leur patrie. « Tout s’est passé dans le meilleur ordre, écrit un commissaire[8], l’esprit de ce régiment (de Guyenne) est admirable ; tous se sont embarqués avec joie et un empressement si décidé, qu’il n’y a pas un seul homme qui ne soit de bonne volonté. » — « Le régiment de Languedoc, écrit le lieutenant-général, (M. de Crémille), vient de suivre parfaitement le bon exemple du régiment de Guyenne ; il n’y est entré que des soldats de bonne volonté, et il y a même eu bien des contestations entre eux pour la préférence qu’ils demandoient tous également. »

On a plaisir, remarque à ce propos M. Dussieux[9], à voir ces braves gens, qui feront si bien leur devoir au Canada, partir avec autant d’entrain. Cependant la traversée n’était pas facile comme elle l’est aujourd’hui ; c’était un long voyage, pénible et dangereux, pendant lequel presque toujours des épidémies décimaient cruellement les passagers, embarqués en grand nombre sur des bâtiments où les règles de l’hygiène moderne étaient méconnues.

Une escadre de quatorze vaisseaux, dont trois seulement armés en guerre, et de quatre frégates, appareilla de Brest, le 3 mai, emportant ces troupes et des approvisionnements de toute espèce. L’amiral Dubois de la Mothe qui la commandait arriva sur les bancs de Terre-Neuve presque en même temps que l’amiral anglais Boscawen qui avait reçu l’ordre d’intercepter ce convoi et qui disposait de onze vaisseaux de ligne et de plusieurs frégates. Des brouillards séparèrent l’escadre française, et trois de nos navires, l’Alcide, le Lys et le Dauphin-Royal se trouvèrent, le 8 juin, à portée du feu des Anglais. Le capitaine de l’Alcide demanda, à l’aide d’un porte-voix : « Sommes-nous en paix ou en guerre ? — En paix ! » répondit-on des vaisseaux anglais, mais presque en même temps une bordée de mitraille tombant sur nos vaisseaux venait donner un sanglant démenti à ces paroles[10]. L’Alcide et le Lys, ainsi attaqués inopinément par des forces de beaucoup supérieures, furent bientôt contraints de se rendre. Quant au Dauphin-Royal, la supériorité de sa marche assura son salut, et son capitaine, M. de Montalais, eut la satisfaction de pouvoir conduire jusqu’à Louisbourg les troupes qui lui étaient confiées.

Cette attaque fut le signal de « pirateries » sans exemple jusques alors. Sans aucune déclaration de guerre, les Anglais prirent plus de trois cents vaisseaux marchands, « comme on saisirait, des barques de contrebande, » ( Voltaire), ils s’emparèrent même de quelques navires des autres nations, qui portaient aux Français des marchandises. On estime que 10,000 matelots et trois cents millions de livres tombèrent ainsi, en quelques mois, au pouvoir des croiseurs anglais.

À la nouvelle de ces « actes de brigandages », ainsi qu’il les qualifiait justement dans sa lettre au roi d’Angleterre (21 décembre), Louis XV se décida enfin à rappeler son ambassadeur de Londres, et le gouvernement français se prépara activement à la guerre. Le marquis Duquesne, ayant repris du service dans la marine, venait d’être remplacé, comme gouverneur du Canada, par le second marquis de Vaudreuil, fils du précédent ; (celui-ci reçut du ministère des instructions très énergiques ; malheureusement c’était un homme un peu faible, et que son caractère irrésolu rendait peu propre à affronter les graves responsabilités de temps si critiques). On lui adjoignit, pour commander les troupes, le baron de Dieskau, qui avait été compagnon d’armes et « ami intime, dit Diderot, du maréchal de Saxe. » Ni l’un ni l’autre, malheureusement, le premier par trop de faiblesse, le second par trop d’assurance, ne se montrèrent complètement à la hauteur des circonstances.

Les Anglais, décidés à soutenir énergiquement l’effort de leurs colonies pour nous prendre le Canada, avaient envoyé de la métropole le général Braddock avec deux régiments. Crâce à ce renfort, les Anglo-Américains pouvaient mettre, avons-nous dit, 15,000 hommes en ligne, tandis que Dieskau, y compris ses 2,800 soldats, les milices canadiennes et les sauvages, ne pouvait rassembler plus de 7,000 hommes. Le général français résolut, en conséquence, de se tenir sur la défensive et d’attendre l’attaque des Anglais. Cette attaque porta sur trois points à la fois : à l’est, contre les forts placés sur les frontières acadiennes, à l’ouest, contre ceux de la vallée de l’Ohio, au centre, contre ceux qui dominaient le lac Champlain. Nous indiquerons successivement et succinctement l’issue de ces trois opérations.

En Acadie, le colonel Winslow, avec plus de 2, 000 hommes, assiégea les forts Gaspareaux et de Beauséjour qui défendaient l’isthme de Shédiac. Le premier de ces forts n’était retranché qu’avec des pieux très écartés et n’avait que 19 hommes de garnison ; les remparts du second, gardés par 400 soldats, étaient en très mauvais état. Les Anglais s’emparèrent, sans coup férir, des deux forts, qui ne firent pas, dans ces circonstances, toute la résistance qu’ils auraient dû[11].

La prise de ces forts assurait aux Anglais, avec le libre passage de l’isthme acadien, une domination plus incontestée que jamais sur la population de race française qui continuait d’habiter la presqu’île et les rivages de la baie de Fundy. Il est profondément regrettable, pour leur réputation d’humanité, que les Anglais se soient départis, en cette occasion, de la justice et de l’humanité qui sied à des vainqueurs, en présence surtout d’un peuple désarmé. L’épisode que nous allons raconter a mis dans leur histoire une tache qu’aucun essai de justification ne saurait effacer.

La population totale des Acadiens français s’élevait, à cette époque, à 16,000 âmes ; de ce nombre 4,000 peut-être avaient émigré dans les îles du golfe St-Laurent où elles se retrouvaient sous le pavillon de la France ; un nombre à peu près égal s’était réfugié dans les postes encore occupés par les troupes françaises autour de l’isthme de Shédiac et c’étaient des Acadiens qui composaient la plus grande partie de la garnison dans les forts de Beauséjour et de Gaspareaux que nous venons de voir pris par le colonel Winslow. Le reste des Acadiens, soit donc une population de 8,000 habitants, vivaient paisiblement dans leur presqu’île, sur les terres qui les avaient vus naître, que leurs pères avaient défrichées et qu’ils cultivaient avec amour, donnant l’exemple de toutes les vertus privées et domestiques. Ils avaient subi, sans trop protester, la souveraineté de l’Angleterre, et tout ce qu’ils demandaient, c’était qu’on les laissât cultiver en paix leurs petits domaines et qu’on ne les contraignît pas à porter leurs armes contre leurs anciens compatriotes, contre les hommes de leur langue, de leur religion et de leur sang. Une sorte de convention tacite s’était établie sur ce point entre eux et leurs gouverneurs, et leur avait valu leur nom de « Français neutres ». « Peuple simple et bon, dit Raynal dans la langue un peu mièvre de son temps, l’agriculture était son occupation ; leur mœurs étaient extrêmement simples ;… on n’y connaissait pas la misère, et la bienfaisance prévenait la mendicité… C’était une société de frères, également prêts à donner ou à recevoir ce qu’ils croyaient commun à tous les hommes. Cette précieuse harmonie écartait jusqu’à ces liaisons de galanterie qui troublent si souvent la paix des familles. On ne vit jamais dans cette société de commerce illicite entre les deux sexes. C’est que personne ne languissait dans le célibat. Dès qu’un jeune homme avait atteint l’âge convenable au mariage, on lui bâtissait une maison, on défrichait, on ensemençait des terres autour de sa demeure ; on y mettait les vivres dont il avait besoin pour une année. Il y recevait la compagne qu’il avait choisie, et qui lui apportait en dot des troupeaux. Cette nouvelle famille croissait et prospérait à l’exemple des autres. Qui ne serait touché de l’innocence des mœurs et de la tranquillité de cette heureuse peuplade ? Qui ne ferait des vœux pour la durée de son bonheur ?[12] »

Or, voici qu’à ce tableau champêtre, que trace ici Raynal, va succéder brusquement un spectacle de dévastation et de ruine. Des proclamations, dressées avec une perfide habileté, avaient invité les Acadiens à s’assembler tous à un jour fixé (le 5 septembre) en différents endroits. Ce jour-là, un jour de dimanche, les Acadiens accourent, en effet, en foule, dans leurs églises. Aussitôt, des soldats les y cernent, et on leur déclare que, par ordre royal, leurs biens sont confisqués et qu’ils vont être transportés, loin de leur pays, dans les autres colonies anglaises. L’exécution fut immédiate, impitoyable ; on les retint prisonniers sur place et, dès le lendemain, on les conduisait par longues files aux vaisseaux qui, la veille, étaient venus atterrir sur la côte et qui devaient les emmener. Quelques Acadiens s’étant échappés dans les bois, on dévasta le pays pour les empêcher de subsister. Dans le canton des Mines, on brûla 276 granges, 155 autres petits bâtiments, onze moulins et une église.

Le beau poème de Longfellow, Évangéline, a tiré son thème de cette impitoyable exécution. Il décrit ce « triste cortège » et le « grand désordre » qui s’en suivit :

« Dans le tumulte de l’embarquement, des femmes furent séparées de leurs maris, et des mères s’apercevaient trop tard qu’elles avaient laissé sur la grève des enfants qui, dans une angoisse amère, tendaient les bras. (Evangéline, chap. V.) »


Tout fut, en effet, entraîné pêle-mêle, hommes, femmes et enfants ; et les navires déposèrent confusément ces familles disloquées dans les endroits les plus éloignés. Ceux qui avaient rendu des services au gouvernement anglais ne furent pas mieux traités que les amis les plus zélés des Français ; tel ce vieux notaire nommé Le Blanc, qui mourut à Philadelphie de chagrin et de misère en cherchant ses fils dispersés dans les provinces anglaises. On évalue à 6,000 environ le nombre de ceux qui furent ainsi transportés dans le Massachussets, la Pensylvanie, la Virginie et en Angleterre. La plupart des colons anglais, il faut le dire à leur honneur, reçurent ces malheureux avec bonté, comme pour protester contre la rigueur inexorable de leur gouvernement. Benezet, issu d’une famille française bannie à la révocation de l’édit de Nantes, les accueillit comme des frères à Philadelphie[13].

Quelques-uns de ces exilés se réfugièrent ensuite à la Louisiane, où ils s’établirent à Bayou-la-Fourche (Donaldsonville) ; d’autres passèrent dans la Guyane française[14] ; quelques-uns purent parvenir en France, et on leur donna, dans les landes du duché de Châtellerault, un canton qui prit le nom d’Acadie. D’autres enfin, ne pouvant vivre loin de leur sol natal, se décidèrent, à la paix, et surmontant mille obstacles, à retourner en Acadie où nous retrouverons leurs traces. Ainsi dispersé par une violence sans nom et dont il n’est peut-être pas d’autre exemple dans l’histoire, aux quatre vents du ciel, le petit peuple Acadien ne devait pourtant pas périr. Plus de cent mille âmes dans les provinces de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick et dans les îles voisines du Cap-Breton et du Prince-Édouard (ancienne île St-Jean) se réclament encore aujourd’hui de ce nom d’Acadiens, rendu si honorable par le courage et par les souffrances de leurs ancêtres ; avant qu’il soit quarante ans, par le seul mouvement constamment ascendant de la natalité dans ce peuple vigoureux et sage, ils auront dépassé 300,000 âmes. Preuve nouvelle, après tant d’autres, que les nationalités, même les plus faibles, même les plus opprimées, ne meurent jamais, au moins tant qu’elles sont gardées par ce doublee bouclier de la moralité et de la justice.

Pendant que les Anglais commettaient, en Acadie, un acte si barbare et si contraire au droit des gens, leur principal général, Braddock, éprouvait, dans la vallée de l’Ohio, un échec sanglant et honteux. Le général Braddock avait tenu à prendre en personne le commandement de 2,000 hommes qu’il dirigeait contre le fort Duquesne. À trois lieues du fort, après avoir passé la Monongahéla, son armée rencontra, le 9 juillet, les troupes françaises commandées par M. de Beaujeu, et composées en tout de 600 sauvages et de 250 soldats ou miliciens du Canada. M. de Beaujeu mit ses Canadiens, tous adroits tireurs, au centre et déploya en demi cercle ses sauvages aux deux ailes. Le combat s’engagea et dura cinq heures ; nos tirailleurs firent reculer l’armée anglaise, malgré son artillerie. Braddock battit en retraite, en désordre, et fut ensuite blessé à mort. La retraite fut bientôt changée en déroute, et les sauvages, chargeant avec furie, massacrèrent impitoyablement les fuyards. Plus de la moitié des Anglais, 13,000 hommes, restèrent sur le champ de bataille ou furent noyés dans la Monongahéla. « Nous avons été battus, — écrivait Washington, l’un des survivants, — battus honteusement par une poignée de Français. » De notre côté, nous ne perdîmes pas plus de quarante hommes, parmi lesquels le commandant, M. de Beaujeu, qui fut tué dès le commencement de l’action et fut remplacé sur le champ de bataille par M. Dumas, capitaine dans les milices de la colonie.

La victoire de la Monongahéla nous donnait un immense butin, 15 pièces de canon, la caisse, les armes, les munitions et les papiers de l’ennemi. La vallée de l’Ohio nous resta, au moins pour cette année ; et nos sauvages alliés entrèrent de ce côté dans les colonies anglaises, où ils portèrent l’épouvante « en levant des chevelures sur l’Anglais »[15].

Cette victoire exalta fort les imaginations au Canada. M. Doreil, commissaire des guerres, écrivant de Québec au ministre, le 12 août 1755, et lui annonçant le départ de Dieskau contre les Anglais de l’armée du centre, ne craignait pas de dire : « Je regarde comme certain, par le mépris que l’on a pour eux, qu’ils seront battus partout. »

Ce propos n’était pas sans quelque outrecuidance et les événements allaient en fournir la preuve. Dieskau quittant ses retranchements du fort Saint-Frédéric vint, avec 1,500 hommes, offrir la bataille aux Anglais qu’il rencontra sur les bords du lac Saint-Sacrement, au point où fut élevé depuis le fort William-Henry. Les premiers engagements lui furent favorables. Le 8 septembre, il battit les Anglais en avant de leur camp, et, le 11, il essaya de l’enlever ; mais les sauvages refusèrent de donner et, malgré la furia francese de ses soldats, Dieskau ne put forcer les ouvrages des Anglais. Il fut grièvement blessé et pris par l’ennemi, et sa troupe, diminuée de sept ou huit cents hommes, dut battre en retraite. Malgré notre échec, les Anglais n’osèrent pas marcher contre Saint-Frédéric ; ils laissèrent une garnison au fort Édouard et retournèrent dans la Nouvelle-Angleterre.

L’hiver allait d’ailleurs bientôt sévir et suspendre les opérations. Les Français utilisèrent les derniers jours de l’automne à faire quelques travaux de fortification dans la position de Carillon, en avant du fort Frédéric. Avant la fin des neiges, ils étaient prêts pour l’offensive. Un parti de 340 hommes, sous M. de Léry, alla assiéger le petit fort de Hull, qui renfermait une quantité de provisions et de munitions. Ce fort qui n’était gardé que par 90 hommes, fut enlevé en moins de deux heures. Les Français y mirent le feu, après s’être emparés des provisions, dont on avait un extrême besoin dans la colonie.

Du côté de Chouégen, M. de Villiers alla asseoir son camp sur les bords de la rivière au Sable et y construisit un fortin d’où il harcelait continuellement l’ennemi. À la Belle-Rivière, Dumas qui avait remplacé M. de Contrecœur, comme commandant du fort Duquesne, tenait continuellement des partis en campagne et lançait ses sauvages alliés sur les villages anglais de la frontière on ils portèrent plus d’une fois la ruine et la désolation[16].

  1. Dussieux, Le Canada sous la domination française, p. 112.
  2. Rameau, p. 156.
  3. Ibid.
  4. Dussieux, p. 114.
  5. Précis du siècle de Louis XV, chap. 31.
  6. Cf. Dussieux : Le Canada sous la domination française (2e édition). Grâce aux nombreux documents qu’il a consultés aux Archives de la marine, c’est l’ouvrage le plus sûr pour tout ce qui concerne les opérations militaires de la guerre franco-anglaise à partir de l’époque où nous sommes parvenus.
  7. Causeries sur Franklin.
  8. Lettre de M. Doreil au ministre de la guerre.
  9. P. 130.
  10. Relation du combat du vaisseau l’Alcide. (Dépôt de la guerre, vol. 3417, pièce 4).
  11. Traduits, deux ans après, devant un conseil de guerre, pour répondre de leur conduite peu honorable, les commandants des forts, (MM. de Villeray et Vercors-Duchambon) obtinrent pourtant leur acquittement.
  12. Tome VIII,p. 78.
  13. Garneau. — Rameau.
  14. Le recensement du camp de La Ricamarie (Guyane), fait au commencement de 1765, mentionne une trentaine de familles originaires d’Acadie : (plusieurs du nom de Hébert, plusieurs du nom de Trahan, puis des Le Blanc, des Benoît, des Gautreau, des Thibault, des Thibaudeau, des Saunier, des Boudrau, des Barillon, des Lapierre, etc.) Une cinquantaine de familles sont mentionnées comme originaires de Louisbourg (familles Denis, Ouette, Codet, Tallard, Langouette, Marsanne, Jaudin, Brot ou Braud, Cousin, Guedry, Colin, Besson, Allain, Verdier, Petitpas, Villedieu, Joussiaume, Deschamps, Lecerf, Berthaud, Frequant, etc.) Onze venaient de l’île Saint-Jean (familles Cloquesinet, Gérard, Charpentier, Billard, Boriris, Bouchard, Grossin, Boulanger, Jacquier, Dubocq et Duvivier). Nous avons relevé enfin dix-huit familles originaires du Canada proprement dit et répondant aux noms suivants : Lallemand, Colin, Barre, Bouchard, Reboulet, Desbois, Norot, Pelissier, La Chaussée, Marchand, Dolia, Campagnan, Duvergé, Udol, Fortin, Paquet, Lanouette, Perault. (Archives de la Guyane au ministère de la marine).
  15. Dussieux, p. 141.
  16. Ferland. — Dussieux. — Garneau.