Histoire du Canada et des Canadiens français/Partie 2/Chapitre 4

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CHAPITRE IV


De l’union des deux Canadas jusqu’à la démission du cabinet Lafontaine
(1840-1851)


L’Angleterre avait suivi, non sans inquiétude, les phases d’une insurrection qui menaçait, si elle avait pu compter sur le secours des États-Unis, de lui enlever ses dernières possessions dans l’Amérique du Nord. Lord Durharn, le prédécesseur de sir John Colborne comme gouverneur du Canada, avait été chargé d’aller faire sur place une enquête afin d’éclairer le Gouvernement et le Parlement anglais sur les changements qu’on sentait la nécessité d’apporter à l’état des choses et, en particulier, à la constitution de 1791, instrument désormais faussé et hors d’usage. Toute la politique de lord Durham était d’étouffer, si possible, la nationalité canadienne française, trop vivace à ses yeux et de donner une prépondérance exclusive à l’élément anglo-saxon. On lui prête ce mot typique : « Le Canada doit être anglifié, dût-il pour cela cesser d’appartenir à la Grande-Bretagne. »

Son projet, qui fut d’ailleurs adopté, dans tous ses articles, par le Parlement britannique, était, en effet, bien conçu pour amener à ce résultat. Le bill qui réunissait les deux Canadas, le Bas-Canada (français) et le Haut-Canada (anglais) jusqu’alors séparés, voté dans la session de 1840, promulgué le 23 juillet 1840, et mis en vigueur le 10 février de l’année suivante, portait, entre autres dispositions :

Que l’anglais serait la seule langue légale et parlementaire ;

Que le nombre des représentants serait le même (de quarante-deux) pour chacune des deux provinces, quoique le Haut-Canada n’eut alors qu’une population bien inférieure à celle de la province française (500,000 contre 700,000 en 1844) ;

Que le chiffre de la représentation, ainsi que l’assiette des divisions électorales ne pourraient être changés que par une majorité des deux tiers des voix dans l’Assemblée législative ;

Que la dette du Haut-Canada, qui s’élevait alors à près de six millions de piastres, passerait à la charge de l’Union, et grèverait par suite de moitié le Bas-Canada qui n’avait presque pas de dettes et fournissait la plus grande somme des revenus publics ;

Enfin, que le choix de la capitale serait laissé au bon plaisir du gouvernement, lequel préféra à Québec et à Montréal, qui avaient tous les droits à cet honneur, une petite ville du Haut-Canada, Kingston, qui n’avait d’autre titre que d’être habitée par une population exclusivement anglaise.

On peut voir, par là, combien l’acte d’Union était partial et injuste, et comme il favorisait l’élément anglo-saxon au détriment de l’élément français. Ce n’était, d’ailleurs, que la continuation du système employé depuis la conquête, et qui poursuivait obstinément l’absorption ou l’annihilation de la nationalité française, dans le pays qui avait été la Nouvelle France. La constitution de 1791 avait été déjà forgée dans ce but ; la nouvelle constitution devait, dans la pensée de ses auteurs, parachever l’œuvre, en réduisant les Canadiens français à l’état de minorité d’abord, à l’état d’incapacité ensuite.

Les protestations des Canadiens français ne manquèrent point, on peut le croire, contre ce tissu d’injustices ; mais la métropole était décidée à passer outre. Forcés de subir un nouvel ordre de choses, établi sans l’assentiment ni même sans la consultation préalable de la population, qu’ils n’avaient point désiré et pour lequel ils n’avaient même pas été consultés, les Canadiens d’origine française firent contre male fortune bon cœur, resserrèrent entre eux les liens de la fraternité de race et manœuvrèrent si bien sur ce terrain parlementaire, nouveau pour eux, et où ils allaient désormais se trouver en face d’une majorité de race et de langue différente[1], qu’au bout de quelques années ils avaient obtenu le retrait des clauses les plus vexatoires de l’acte d’Union, forcé l’estime de leurs adversaires, rétabli leur race sur un pied d’égalité parfaite avec la race anglo-saxonne, assuré le self-government à leur pays en enlevant à la métropole quelques-unes des prérogatives qu’elle s’était jusque-là le plus jalousement réservées, enfin préparé l’indépendance, très réelle, dont jouit aujourd’hui le Canada français qui, depuis la constitution de 1866, s’administre lui-même et par un parlement particulier, pour toutes les questions dont il ne doit pas partager le règlement avec ses confédérés.


L’histoire de ces conquêtes successives occupe toute la période qui va de 1841 à 1866. Nous regrettons de ne pouvoir la suivre dans ses détails et d’être obligé de nous en tenir aux grandes lignes.

Le 10 février 1841, le nouveau gouverneur du Canada, M. Thompson, récemment créé baron de Sydenham et de Toronto, prêtait serment et dictait une proclamation au peuple des deux provinces où il dissimulait peu ses préférences pour le Haut-Canada. Trois jours après, paraissait la liste du Ministère, exclusivement composé d’Anglais du parti tory, et dont quelques membres étaient particulièrement impopulaires, non seulement auprès de la population du Bas-Canada, mais encore auprès d’une notable partie de celle du Haut. La période électorale, qui s’ouvrit sur ces entrefaites, fut l’occasion d’une bonne et active campagne, qui propagea, dans tout le Bas-Canada, avec les idées de liberté et de protestation contre l’arbitraire gouvernemental, des notions exactes sur le fonctionnement du régime parlementaire. Quelle que fût la pression exercée dans ces élections par le gouvernement de lord Sydenham, l’opposition conduite par un homme éminent, M. La Fontaine, et prenant pour « plateforme » la protestation contre l’Union, fit passer, dans le Bas-Canada, vingt-trois de ses candidats contre dix-neuf inféodés au gouvernement. Dans le Haut-Canada, la lutte électorale n’eut pas lieu sur la question de l’Union, acceptée par tous les partis, mais sur le terrain des réformes et de la substitution d’un régime véritablement parlementaire avec ministère responsable devant les Chambres, au gouvernement personnel et irresponsable qui était encore en vigueur, sous la nouvelle constitution comme sous l’ancienne. Les « réformistes » l’emportèrent aux élections sur le parti conservateur alors connu sous le nom de « Family compact », et la nouvelle Chambre compta vingt-six députés du premier parti contre seize seulement du second.

Lord Sydenham manœuvra de façon à se concilier, pour un temps au moins, les réformistes du Haut-Canada. Il voulait, avant tout, faire ratifier l’acte d’Union par la majorité de l’Assemblée législative, et il y parvint sans trop de peine ; vingt-cinq voix seulement, presque toutes de Canadiens français, protestèrent contre cette constitution imposée sans consultation préalable du pays. Sur une interpellation des réformistes, les ministres durent aussi prendre l’engagement de résigner leurs fonctions, du jour où ils n’auraient plus l’appui de la majorité de la Chambre. « Nous tenons enfin le gouvernement responsable », s’écria-t-on de toutes parts, et, en effet, depuis ce moment, le Canada posséda la réalité du régime représentatif, dont il n’avait eu que l’ombre jusqu’à ce moment.

Lord Sydenham ne tarda pas d’ailleurs à s’apercevoir, aux résistances que soulevèrent dans la Chambre plusieurs de ses propositions, que l’esprit d’indépendance avait soufflé sur ses administrés. Bien que la majorité de l’Assemblée législative eût été composée artificiellement et comptât une quantité de créatures du gouverneur, cette majorité même manqua au pouvoir en mainte occasion. C’est ainsi qu’un projet d’émission de papier-monnaie, proposé par le gouvernement, fut repoussé ; c’est ainsi encore que, malgré le ministère, la Chambre prescrivit une enquête sur les élections contestées et entachées de fraude. Le Conseil législatif, sorte de Chambre des pairs servile, dont tous les membres étaient nommés par le gouvernement, fut employé à réfréner ces velléités d’indépendance ; il refusa son approbation à dix-huit projets de loi adoptés par la Chambre des députés. L’opposition allait croissant dans tout le pays, et notamment dans le Bas-Canada, mais le gouverneur ne vécut pas assez pour en voir le triomphe. Le 19 septembre 1841, le lendemain même de la clôture de la session parlementaire, lord Sydenham mourut des suites d’une chute de cheval qu’il avait faite quelques jours auparavant. Il laissait la réputation d’un homme énergique et habile, mais aussi d’un administrateur partial et peu scrupuleux sur le choix des moyens. Parmi les Canadiens-Français en particulier, cette mort n’excita que peu de regrets.

Sir Charles Bagot, qui lui succéda comme gouverneur, arriva à Kingston le 10 janvier 1842. L’une de ses premières déclarations fut : qu’il « ne ferait aucune distinction de race ni de partis politiques, et que son seul désir était de se concilier l’approbation et l’appui de toutes les parties du pays ». Il témoigna tout d’abord de la réalité de ces dispositions en donnant à des Canadiens d’origine française quelques emplois importants dans l’administration et dans la magistrature. Mais les griefs des Canadiens français étaient trop nombreux pour être apaisés à si bon compte. « …Nous avons bu la coupe jusqu’à la lie, s’écriait dans le Canadien un publiciste de talent, M. Étienne Parent. Depuis un demi-siècle, nous sommes abreuvés d’amertume ; on peut nous faire endurer plus que nous n’avons souffert, nous sommes familiers avec les souffrances et nous les redoutons moins que le déshonneur… Ces réflexions ne sont pas les divagations d’une imagination échauffée ; c’est l’expression fidèle et réfléchie du sentiment qui anime un demi-million d’hommes dans le Bas-Canada. L’appât des faveurs a pu amollir quelques courages, mais la masse de la population ne fléchira jamais. Le soleil du pouvoir pourra dessécher quelques rameaux, mais l’arbre conservera toujours sa sève et sa verdeur. »

Le nouveau gouverneur convoqua les Chambres pour le 8 septembre 1842. Dans l’intervalle de la dernière session, le parti libéral avait été renforcé dans les deux Canadas par un certain nombre d’élections partielles. Grâce à ces nouvelles recrues, l’opposition était en état de livrer au ministère un vigoureux assaut. Pour en détourner la menace, le gouverneur fit appel à M. Lafontaine, le chef reconnu des Canadiens français, et lui demanda d’entrer dans le cabinet, de concert avec les conservateurs anglais qui y figuraient déjà. M. Lafontaine eut la fermeté de refuser. Il avait lutté jusque-là avec les réformistes du Haut-Canada ; c’était avec eux seuls qu’il voulait arriver aux affaires. Il fallut en passer par là. M. Lafontaine fut chargé de composer lui-même et à titre de premier ministre le nouveau Cabinet. Il s’associa, pour cette tâche, Robert Baldwin, le chef des libéraux du Haut-Canada. La population du Canada français salua avec enthousiasme ce fait si nouveau de l’avènement de l’un des siens à la tête des affaires publiques, dans ce pays civilisé par elle et où elle était, depuis quatre-vingts ans, traitée en inférieure et en étrangère.

Le ministère Lafontaine-Baldwin put compter, dès son arrivée aux affaires, sur une majorité considérable dans la Chambre. Il en profita pour faire voter, dans la session suivante, plusieurs mesures de réparation et d’équité. Les ministres firent transférer la capitale du Canada-Uni de Kingston à Montréal qui était déjà la ville la plus populeuse (40,000 âmes en 1842) et la plus riche du Canada. Ils firent modifier l’assiette de la liste civile et reconnurent à la Chambre seule le droit de voter le budget et de fixer les impôts. Enfin, en rendant les juges indépendants de la couronne et en faisant proclamer l’incompatibilité entre les fonctions administratives et le mandat de représentant, ils mirent fin à des abus qui avaient menacé de corrompre, dès le début, le fonctionnement du régime parlementaire.

Ces mesures, quoique votées toutes à une majorité considérable, n’allèrent pas sans de vives protestations du fait des conservateurs dépossédés du pouvoir et qui affectaient de prétendre, par l’organe de sir Allan Mac Nab, que « les rebelles étaient récompensés, au détriment des sujets fidèles et loyaux de Sa Majesté ».

Sir Charles Bagot, enlevé sur ces entrefaites par la mort, fut remplacé comme gouverneur par lord Metcalfe (1843). Ce dernier gouverna quelque temps de concert avec le cabinet libéral ; mais bientôt, trouvant son rôle trop borné par celui des ministres, il voulut faire acte de gouvernement personnel et, de son chef, nomma à divers emplois publics des personnages plus ou moins hostiles aux vues du Cabinet. Les ministres, qui n’avaient pas été consultés, protestèrent au nom des règles ordinaires du gouvernement constitutionnel ; mais en vain. Metcalfe prétendit qu’il dégraderait le caractère de sa charge et sacrifierait la prérogative royale s’il consentait à soumettre aux ministres le choix des fonctionnaires publics. Voyant qu’ils ne pouvaient vaincre l’entêtement du gouverneur, les membres du Cabinet Lafontaine-Baldwin prirent le parti de donner leur démission. Lord Metcalfe constitua un conseil provisoire de trois membres, où un Canadien-Français, M. Denis Viger eut le tort d’accepter de figurer. Ce conseil ne pouvait d’ailleurs prétendre à rallier les sympathies et la confiance de la Chambre. Après divers atermoiements, il fallut dissoudre celle-ci et convier le pays à des élections générales.

La cause représentée par les ministres démissionnaires triompha à une grande majorité dans le Bas-Canada. M. Viger fut battu dans deux collèges électoraux, tandis que M. Lafontaine et ses amis réunissaient la presque unanimité des votants. Malheureusement, le Haut-Canada ne seconda pas ce mouvement de protestation. Les intrigues du ministère se donnèrent là libre carrière et trouvèrent des électeurs trop crédules ou trop inconstants[2]. Les réformistes ne purent faire passer qu’une dizaine de leurs candidats. Finalement, à l’ouverture du second Parlement, le cabinet Viger-Draper se trouvait en possession d’une majorité de quelques voix.

Mais l’opposition, conduite par les ministres démissionnaires, MM. Lafontaine et Baldwin, était assez nombreuse et assez compacte pour que le gouvernement dût compter avec elle, à toute heure. Aussi l’une des premières mesures de l’administration, en quête de popularité, fut-elle de demander à la reine une amnistie générale pour tous les condamnés qui avaient pris part aux mouvements insurrectionnels de 1837-1838. Cette amnistie ne fut accordée formellement par le gouvernement anglais, que six ans plus tard, en 1849 ; mais, dès 1843, par l’effet de grâces particulières, les portes des prisons se rouvrirent pour une foule de détenus politiques, et plusieurs exilés, entr’autres le célèbre Papineau, furent admis aussi à franchir le seuil de leur terre natale. Papineau, qui avait cherché un refuge en France, revint au Canada en 1845 ; les Canadiens français lui firent une véritable ovation.

Ce ministère conservateur prit encore l’initiative de proposer une adresse à Sa Majesté britannique pour demander l’abrogation de la clause de l’Acte d’Union qui proscrivait l’usage légal de la langue française. Cette motion fut reçue aux applaudissements unanimes de l’Assemblée et votée aussitôt par acclamation. Néanmoins, ce ne fut que trois ans plus tard et sous le second ministère Baldwin-Lafontaine que la disposition qui proscrivait notre langue fut définitivement rapportée.

Mais, pendant qu’ils accordaient aux Canadiens français ces satisfactions surtout morales et nous pourrions ajouter toutes platoniques, les ministres assuraient aux habitants du Haut-Canada, sur lesquels ils s’appuyaient surtout, des avantages beaucoup plus réels, accordant à la province supérieure la plus grosse part des subsides pour les travaux publics, pour la construction de canaux, chemins, etc. — Le Haut-Canada recevait encore une somme de 40,000 livres sterling, à titre d’indemnité pour les pertes qu’il avait subies pendant les troubles civils ; pendant ce temps, le Bas-Canada, qui avait des réclamations au moins aussi justes à faire valoir, était renvoyé, pour le règlement de ses indemnités, aux calendes grecques.

Cependant lord Metcalfe, déjà saisi par les étreintes d’un mal qui devait le conduire au tombeau, avait demandé son rappel et, en attendant la nomination de son successeur, avait passé les rênes du gouvernement à lord Cathcart, commandant des forces militaires de l’Angleterre au Canada (1845). Le gouvernement métropolitain continua ce choix à titre provisoire et d’autant plus que l’état, fort tendu à ce moment, des relations de l’Angleterre avec les États-Unis pouvait faire désirer à la première de ces puissances de voir l’administration de la colonie entre des mains militaires.


Déjà quelques années auparavant (1841) des difficultés s’étaient élevées, entre la République américaine et les possessions britanniques, au sujet d’un territoire en litige sur la frontière nord de l’État du Maine. L’Angleterre avait envoyé à cette occasion à Washington un plénipotentiaire, lord Ashburton, qui fut assez peu heureux dans ses négociations et finit par concéder aux États-Unis tout le territoire contesté, plus de quinze cent mille hectares, qui, d’après la carte dressée au congrès de Versailles, mais ignorée du plénipotentiaire, appartenaient légitimement au Canada. C’était encore en 1845 une question de frontières, mais cette fois à l’extrême Ouest, sur les rivages du Pacifique, qui menaçait de mettre de nouveau aux prises les États-Unis et leur ancienne métropole. L’Angleterre ne fut pas plus heureuse dans la conduite et dans l’issue de cette nouvelle contestation.

Au delà des montagnes Rocheuses, découvertes et franchies pour la première fois (en 1742) par un Français, le chevalier La Varenne de la Vérandrye[3], s’étend, des bouches de l’Orégon aux confins de la presqu’île d’Alaska, tout une vaste région où la colonisation commençait seulement alors à envoyer ses premiers pionniers, mais qui ne devait pas tarder à recevoir un accroissement considérable de population et à prendre une importance réelle. Les États-Unis, héritiers des prétentions de la France, depuis la cession de la Louisiane, et de l’Espagne depuis le traité de 1819, se heurtaient là à des prétentions contraires des Anglais et même des Russes. Un arrangement était intervenu en 1824, entre la Russie et les États-Unis, suivi l’année suivante d’un traité entre la Russie et la Grande-Bretagne. Le territoire de l’Amérique russe était limité au sud par une ligne qui, partie du détroit de Vancouver, embrassait l’archipel du prince de Galles et la Nouvelle-Cornouailles et, longeant la côte jusqu’au mont Saint-Élie, se dirigeait ensuite vers le Nord et la mer glaciale, selon le 141° de longitude (méridien de Greenwich)[4].

Mais le débat restait pendant entre la Grande-Bretagne qui par la compagnie de la baie d’Hudson possédait depuis longtemps des comptoirs fortifiés sur le fleuve Orégon, et les États-Unis, ceux-ci persistant à réclamer tout le bassin de l’Orégon et prétendant que la Louisiane, que le premier consul Bonaparte leur avait cédée, en 1802, pour 75 millions de francs, s’étendait sur les deux versants des Montagnes-Rocheuses jusqu’au quarante-neuvième degré de latitude nord. La prétention était hardie, mais elle s’adaptait si bien à la fameuse doctrine de Monroë (l’Amérique aux Américains) que le gouvernement des États-Unis n’hésita pas à la soutenir à grand renfort d’arguties et aussi par des paroles menaçantes. La guerre parut un moment sur le point d’éclater. « Mais il advint, dit l’histoire ou la légende[5], que, vers cette époque, un frère du premier ministre britannique faisait partie de l’état-major d’un navire de guerre en station sur les côtes du pays contesté. Grand amateur de pêche, il ne trouvait que déception dans l’exercice de son sport favori. Les saumons de la Colombie, peu faits aux nouveautés de la civilisation se refusaient obstinément à mordre aux hameçons perfectionnés. De dépit, le noble pêcheur écrivit à Londres que tout ce pays ne valait pas la peine qu’on se querellât pour le conserver, et son frère le premier ministre s’empressa de suivre ce conseil désintéressé. Se non è vero, è ben trovato ; ce qui est certain, c’est qu’aujourd’hui encore tous les habitants de la Colombie anglaise sont convaincus de l’authenticité de cette histoire. Si le grand fleuve Orégon n’est pas la limite méridionale de leur province au lieu de la ridicule ligne quarante-neuvième, si les colonies naissantes du Puget-Sound et tout le territoire actuel de Washington ont passé sous la bannière étoilée, tout cela, disent-ils, tient uniquement à ce que les saumons du pays n’ont point su comprendre tout l’honneur que leur faisait le frère du premier d’Angleterre, en daignant les prendre de sa propre main. On sait que depuis la récente décision arbitrale de l’empereur Guillaume, dans l’affaire de l’île San-Juan, les Anglais n’ont même plus la possession exclusive du détroit le plus rapproché des côtes de leur colonie de Vancouver[6]. »

L’écho de ces difficultés diplomatiques avait un moment agité les deux Canadas. La Chambre vota, sans discussion, une loi qui organisait une milice canadienne pour la défense du territoire. Un député du Canada français, le Dr Taché, prononça, à cette occasion, un discours animé d’un souffle belliqueux, où il rappela les exploits de ses compatriotes en 1812 et protesta qu’en semblable occurence les Canadiens français étaient prêts à agir de même, quelles que fussent les injustices du parti anglais à leur égard.

Cette agitation ne tarda pas à disparaître avec les causes qui l’avaient fait naître, et les Canadiens tant français qu’anglais purent de nouveau porter leur attention sur les intérêts et les luttes de la politique intérieure. La rivalité entre les deux provinces et les deux races était toujours l’aliment principal de ces luttes. C’est à ce moment qu’on voit s’ébaucher les premières tentatives de rapprochement entre les Canadiens français et les conservateurs du Haut-Canada. C’est à ce moment aussi que se fait jour, dans les débats parlementaires, la théorie, longtemps discutée, de la « double majorité », théorie d’après laquelle les cabinets qui présidaient au gouvernement des deux provinces ne devaient rester en fonctions qu’autant qu’ils s’appuyaient, dans le Parlement, sur la majorité des représentants de l’une et de l’autre province.

Mentionnons ici la prise de possession par lord Elgin (20 janvier 1847) des fonctions de gouverneur du Canada. Cette administration, l’une des plus longues qu’ait eues le Canada, puisqu’elle dura jusqu’en 1854, fut généralement habile, modérée et impartiale. Lord Elgin prit au sérieux son rôle de gouverneur constitutionnel : toute sa politique fut de laisser faire ses ministres, qu’il prit toujours, conformément aux règles du parlementarisme, dans la majorité de la Chambre élue. Il n’en fallait pas davantage pour lui assurer une belle page dans l’histoire du Canada et une grande place dans la reconnaissance du peuple canadien.

Il nous faut aussi mentionner, à la même époque, un grand mouvement d’émigration qui, parti d’Irlande à la suite de l’horrible famine qui sévit dans cette contrée en 1846-1847, jeta sur la terre du Canada près de cent mille malheureux, que décimèrent, pendant la traversée et à leur arrivée, la fièvre typhoïde et d’autres maladies épidémiques, suite de la misère et des privations. Une faible part de ces infortunés survécurent au fléau qui fit rage encore après leur débarquement sur la terre hospitalière du Canada ; mais l’historien aime à noter, pour l’honneur de l’humanité et du christianisme, le dévouement dont firent preuve, à cette occasion, les populations canadiennes, menacées elles-mêmes de la contagion, et au premier rang les membres du clergé de toutes les confessions. Dans la liste des victimes de leur charité, on trouve les noms du maire de Montréal, M. Mills, de l’évêque de Toronto, M. Power, du grand vicaire Hudon, de M. Chaderton, pasteur protestant, de M. Roy, curé de Charlesbourg, etc. (1847).

Les élections générales eurent lieu au commencement de l’année suivante (1848). Elles assurèrent le triomphe du parti libéral ou réformiste, dans toute l’étendue de l’Union. Dans le Bas-Canada c’est à peine si le ministère conservateur put faire élire élire cinq ou six de ses candidats ; dans le Haut-Canada, l’opposition porta aux affaires vingt-six députés contre seize élus seulement partisans de la politique ministérielle.

À la rentrée du nouveau Parlement, le candidat des libéraux pour la présidence de la Chambre, M. Morin, réunit cinquante-quatre voix contre dix-neuf données à sir Allan, candidat des conservateurs, et la même proportion se retrouva dans le vote qui mit fin aux jours de l’ancien cabinet. Lord Elgin fit appeler les chefs du parti libéral, MM. Lafontaine et Baldwin, et les chargea de constituer la nouvelle administration. Les libéraux recueillaient les fruits de leur sagesse et de leur persévérance à réclamer l’application des principes du self-government. À partir de ce moment, on peut dit que le Canada fut vraiment l’arbitre de ses propres destinées.

Parmi les premières mesures dues à l’initiative du nouveau ministère, il faut noter les efforts faits pour ouvrir à la colonisation les cantons de l’Est, les rives du Saguenay et du lac Saint-Jean et pour diriger sur ces points, non-seulement le courant de l’immigration venue de l’étranger, mais le trop plein de la population canadienne-française elle-même, qui dès lors, paraissait vouloir se porter de préférence vers les États-Unis.

Un fait considérable aussi pour l’avenir commercial du Canada fut l’abrogation, par le Parlement anglais (1849), de l’acte de navigation dont les dispositions fermaient les ports du Canada à tous autres vaisseaux qu’à ceux de la marine anglaise. Désormais le Canada put importer des marchandises et exporter directement ses produits. La liberté de la navigation amena dans le Saint-Laurent des vaisseaux américains, français, allemands et autres. Un traité conclu à la même époque avec le gouvernement des États-Unis permit aux Canadiens de recevoir en douane les marchandises destinées aux États-Unis et de faire passer par les États-Unis les marchandises destinées à l’exportation. Ainsi le Canada devenait de plus en plus indépendant, tant au point de vue commercial qu’au point de vue politique, de la métropole anglaise : sous ce régime nouveau, son industrie et son commerce ne devaient pas tarder à prendre un nouvel essor.

C’est encore en cette année 1849 que l’usage de la langue française fut officiellement rétabli dans les délibérations du Parlement canadien et dans les actes judiciaires. Lord Elgin poussa la courtoisie jusqu’à prononcer lui-même le discours de la couronne en langue française. L’émotion fut grande sur les bancs occupés par les députés de race française. « Que je me sens heureux et soulagé, s’écria le vénérable M. Viger, d’entendre dans ma langue les paroles du discours du trône ! »


On comprend que ces concessions faites par l’Angleterre, que ces conquêtes précieuses obtenues par les Canadiens français désormais placés sur un pied d’égalité parfaite avec les Anglais et voyant un des leurs à la tête du cabinet, aient désarmé bien des rancunes et produit une détente générale dans les dispositions de toute cette population de race et de langue françaises, qui après avoir si longtemps lutté pour ses droits les plus élémentaires, voyait maintenant son indépendance et ses libertés assurées.

L’erreur de M. Papineau — le vieux combattant de toutes les luttes libérales, que la reconnaissance de ses concitoyens venait de renvoyer au Parlement, — fut de ne pas s’associer, à ce moment, à cette détente universelle et de conserver dans une situation toute nouvelle l’attitude et le langage, les passions et les défiances d’autrefois. Au lieu de reconnaître les avantage déjà obtenus sur le terrain constitutionnel et de joindre ses efforts à ceux de MM. Lafontaine, Caron et autres qui tâchaient de tirer des institutions en vigueur tout ce qu’elles pouvaient donner, pour améliorer de plus en plus la condition de la race française au Canada et redresser ses derniers griefs, M. Papineau s’obstinait à dénoncer l’Acte d’Union de 1841, au moment même où — par suite de l’accroissement de la population du Haut-Canada, qui promettait de dépasser sous peu celle du Bas-Canada, — le vice originel de la constitution, l’inégalité qu’elle consacrait dans la représentation des deux provinces, allait disparaître ou même profiter à la province inférieure. En homme qui « n’a rien oublié, ni rien appris », il se posait en théoricien de l’absolu ; il citait en exemple les nations d’Europe alors travaillées, à la suite de notre République de 1848, de la fièvre des révolutions ; il attaquait, il harcelait le ministère Lafontaine-Baldwin, lui reprochant de trahir les principes qui l’avaient porté au pouvoir et laissant entendre que, pour son compte personnel, il préférerait l’annexion à la grande République voisine, à un état de choses ou le Canada français n’aurait pas sa complète autonomie.

Mais cette attitude de l’ancien tribun populaire ne correspondait plus à la situation, non plus qu’aux sentiments de la grande majorité de la population d’origine française. Aussi cette voix, qui soulevait autrefois des orages, n’éveillait-elle plus que de rares échos ; presque isolé dans le Parlement, son influence allait aussi diminuant auprès de ses concitoyens. Le temps était à la conciliation, non aux luttes, ni à la discorde.

Une mesure de haute équité, prise par le Parlement sur l’initiative du Cabinet, vint cependant réveiller, un moment, la violence des partis et raviver le feu des haines de race qu’on croyait éteint. On se souvient que les habitants du Bas-Canada avaient vainement réclamé, sous le ministère précédent, leur part des indemnités accordées à leurs voisins du Haut-Canada en réparation des dommages causés par l’insurrection de 1837-1838. Le ministère Lafontaine-Baldwin — qui avait déjà obtenu de la couronne une amnistie générale pour les personnes impliquées dans l’insurrection — voulut panser aussi les blessures matérielles de cette crise et proposa d’affecter 100,000 livres sterling, en vue d’indemniser les victimes innocentes de la guerre civile. Les conservateurs du Haut-Canada poussèrent les hauts cris, et voyant là un moyen de reconquérir l’influence qu’ils avaient perdue dans leur province, ils firent de l’agitation autour de cette mesure et réveillèrent les jalousies et les inimitiés de race encore mal assoupies, en prétendant que le ministère voulait récompenser les « rebelles français » et punir, du même coup, les « loyaux » de leur dévouement à la métropole. Les discussions furent vives dans le Parlement et ce fut le tour des Anglais de menacer de se joindre aux États-Unis, si on ne faisait pas droit à leurs réclamations. « Les Haut-Canadiens, disait sir Allan Mac Nab se plaignent d’être aujourd’hui placés sous la domination de maîtres français. J’avertis le ministère du danger ; je l’avertis que sa conduite est propre à jeter le peuple du Haut-Canada dans le désespoir, et à lui faire penser que, s’il doit être gouverné par des étrangers, il lui serait bien plus avantageux d’être gouverné par un peuple voisin et de même race, plutôt que par des hommes avec qui il n’a rien de commun, ni le sang, ni la langue, ni les intérêts. »

Malgré ces clameurs la proposition du gouvernement fut votée à une forte majorité (48 voix contre 23) ; mais les excitations passèrent de la tribune du Parlement dans le pays et amenèrent en plusieurs endroits de regrettables collisions entre les Canadiens des deux origines. À Belleville, les deux partis en vinrent aux mains et sans cause. À Montréal même, une bande d’Anglo-Saxons fanatiques assaillit le gouverneur, lord Elgin, à sa sortie du Parlement on il venait de sanctionner l’acte réparateur, en lançant sur lui et sur son escorte des pierres et des œufs pourris. Après cet exploit, qui heureusement n’entraîna pas d’accidents graves, la bande se retourne contre le palais du Parlement, fait le siège de l’édifice et lance une grêle de pierres dans la salle que les députés abandonnent en désordre. Les émeutiers pénètrent alors dans la salle, brisent les pupitres et les fauteuils, maltraitent les députés qu’ils rencontrent et proclament, de leur autorité propre, la dissolution du Parlement. Au même moment une main criminelle allumait l’incendie ; et l’édifice tout entier du Parlement, y compris les archives et la bibliothèque qui contenait vingt-deux mille volumes, devenait la proie des flammes (25 avril 1849).

L’émeute fut bientôt réprimée et quelques arrestations eurent raison de ces forcenés. Montréal perdit, à ces troubles, son rang de capitale, et l’Assemblée législatives vota une adresse au gouverneur, lui demandant de convoquer la législature alternativement, de quatre ans en quatre ans, à Québec et à Toronto. La session en cours s’acheva à Toronto. Il fut convenu que Québec aurait le Parlement pendant les quatre années suivantes.

Cette agitation passa vite, comme ces torrents qui tombent en grondant des montagnes, qui menacent, pour un moment, de tout engloutir sur leur passage et qui, rentrés ensuite dans leur lit de cailloux, offrent à peine un mince filet d’eau. Le filet d’eau fut ici un manifeste, signé par quelques centaines d’ultra-conservateurs, d’Américains, de Canadiens-Français démocrates, de commerçants ruinés par le changement de régime commercial, et déclarant que le seul remède aux maux du pays était une séparation amicale et paisible d’avec l’Angleterre et une union conclue, sur de justes bases, avec les États-Unis. MM. Papineau, Dorion, J. de Witt, membres du Parlement, ainsi que les rédacteurs du Courrier, de l’Avenir et du Moniteur canadien, organes démocratiques de Montréal, étaient parmi les signataires de ce manifeste. On s’en émut un moment en Angleterre, mais il parut bientôt, aux élections partielles qui suivirent, que les chefs de ce mouvement avaient peu d’attaches dans le pays, et depuis lors le parti « annexionniste », vivement combattu par les organes conservateurs et catholiques, ou cessa d’exister, ou jugea plus prudent de dissimuler ses aspirations.

Le calme rétabli, le ministère Lafontaine-Baldwin put continuer, avec le concours du Parlement, sa politique d’améliorations et de réformes sages et progressives. Une loi dota les deux Canadas d’un meilleur régime judiciaire : le régime municipal fut, de son coté, heureusement modifié, et des droits plus étendus, dans l’administration de leurs affaires locales, furent donnés aux districts et aux paroisses ; les écoles furent multipliées, sous le régime du principe confessionnel, c’est-à-dire de la distinction entre les divers cultes ; le contrôle des postes rendu à la province et en même temps le tarif des lettres diminué ; un vaste système de canaux, destiné à faciliter dans les passages difficiles (sauts et rapides), la navigation du Saint-Laurent, s’achevait à la même époque. « À la fin de l’année 1850, dit un auteur canadien-français[7], le Canada se trouvait dans une excellente position ; son commerce devenait de plus en plus florissant ; près de cent navires étrangers, profitant des avantages accordés par les nouvelles lois de navigation, avaient visité les ports canadiens. Les canaux de la province venaient d’être achevés et livrés à la circulation commerciale ; plusieurs chemins de fer étaient en voie de construction ; en outre, une abondante récolte avait amené, en 1850, la prospérité dans les campagnes. Dans le même temps, la province jouissait à l’intérieur de la plus grande tranquillité ; l’idée annexionniste avait été abandonnée par ceux-là mêmes qui lui avaient donné le jour. Toute l’attention et toute l’énergie des citoyens se concentraient sur les entreprises commerciales, la construction des chemins de fer, la colonisation, etc. » Le succès de la première exposition provinciale, organisée à Montréal en octobre de cette même année 1850 et la part prise par le Canada à l’exposition universelle de Londres en 1851, permettent de constater les progrès constants et très réels faits par les arts et les industries canadiennes.

C’est ce moment, alors qu’ils jouissaient dans tout le pays d’une popularité de bon aloi et qu’ils pouvaient compter sur une majorité compacte dans le Parlement, que les chefs du cabinet, MM. Lafontaine et Baldwin, choisirent pour résigner, de la façon la plus inopinée, leurs hautes fonctions. M. Baldwin, le premier, donna sa démission, au cours de la session de 1851, à la suite d’un vote sur une motion d’intérêt secondaire, où il n’obtint la majorité que grâce à l’appoint des voix du Bas-Canada. M. Lafontaine annonça l’intention de le suivre dans sa retraite, aussitôt après l’achèvement de la session. Toutes les instances faites pour le faire revenir sur sa détermination furent vaines. La retraite volontaire de ces deux hommes d’État, dans un temps où leur influence et leur autorité étaient encore entières pour le bien de leur pays, peut être diversement jugée par l’histoire ; toujours est-il qu’elle excita d’universels regrets. Le Canada français, en particulier, perdit beaucoup à cette retraite de M. Lafontaine, l’homme politique le plus distingué, peut-être, dont puisse s’illustrer son histoire et à coup sur celui qui réussit le mieux à rétablir ses concitoyens de race française dans les franchises et dans les droits dont les avait dépouillés la conquête[8].

  1. En effet, tandis que les 42 collèges électoraux du Haut-Canada étaient représentés exclusivement par des Anglo-Saxons, ceux-ci pouvaient encore compter sur une dizaine de sièges du Bas-Canada où la population anglaise égalait ou dominait la population franco-canadienne.
  2. « On doit remarquer, dit un auteur, que les Haut-Canadiens ont, de tout temps, montré de l’inconsistance en politique : à chaque élection, les partis conquéraient tour à tour la majorité. Il suffisait qu’un gouverneur montrât de la sympathie envers la minorité, pour que cette minorité devînt la majorité : c’est ce qui a fait souvent la faiblesse et l’embarras des gouvernements. Les Bas-Canadiens étaient beaucoup plus fidèles à leurs principes… » Louis P. Turcotte. Le Canada sous l’Union, p. 166.
  3. Né aux Trois-Rivières (Nouvelle-France) ; quatre de ses fils et l’un de ses neveux, nommé de la Janeraye, l’accompagnèrent dans ce voyage qui s’accomplit au milieu de difficultés innombrables. Voir p. 198.
  4. On sait qu’en 1867, la Russie a cédé ce territoire aux États-Unis, il forme maintenant le « territoire d’Alaska. »
  5. H. de Lamothe. — Cinq mois chez les Français d’Amérique, p. 254.
  6. Quoique les Canadiens aient encore assez de terres inhabitées pour ne savoir qu’en faire, ces petites amputations territoriales consommées sans leur intervention, presque à leur insu, et par des négociateurs le plus souvent ignorants de leurs intérêts, ont piqué au vif leur amour-propre national. La métropole l’a senti, et lors du traité de Washington où la question des pêcheries du golfe Saint-Laurent devait être débattue, en même temps que le règlement des déprédations de l’Alabama, elle adjoignit un homme d’État canadien sir J.-A. Macdonald, à son plénipotentiaire ordinaire. C’est un précédent important et un pas de plus vers la reconnaissance formelle du droit du Canada à intervenir dans toute négociation internationale où ses intérêts seraient mis en question. (Lamothe, ouvrage cité, p. 235.)
  7. Louis P. Turcotte. — Le Canada sous l’Union. T. II. 148. — C’est à cet ouvrage, très complet sur cette partie de l’histoire du Canada, que nous avons emprunté la plupart des renseignements sur la période qui s’étend de 1841 à 1867.
  8. M. Lafontaine, après sa démission des fonctions de premier ministre, reprit sa place au barreau. En 1853, il fut nommé juge en chef de la cour d’appel, et exerça ces fonctions jusqu’à sa mort survenue en 1864.