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Histoire véritable de la mutinerie, tumulte et sédition faite par les prêtres Saint-Médard contre les fidèles

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Histoire veritable de la mutinerie, tumulte et sedition faite par les prestres Sainct-Medard contre les fidèles, le samedy XXVII. jour de decembre 1561.

1561



Histoire veritable de la mutinerie, tumulte et sedition faite par les prestres Sainct-Medard contre les fidèles, le samedy XXVII. jour de decembre 156l.

Pseau. XLVI.

Dès qu’adversité nous offense,
Dieu nous est appuy et defense :
Au besoin l’avons esprouvé,
Et grand secours en luy trouvé.

Le bruit commun, dès sa naissance, et quand il vient premierement à sortir en evidence, est ordinairement accompaigné de tant de mensonges, qu’en son accroissement elles multiplient de telle sorte qu’avant qu’estre espandu jusques aux lieux où il prend fin se trouve tant perverti, deguisé et corrompu qu’il n’a plus rien de conforme à la verité ; et ce advient principalement pour deux occasions : l’une pour estre mal affecté à la cause, l’autre pour se faire savant des choses que l’on a veues ; dont la première induist à enrichir le compte de ce qui sert à la cause exposée, et taire ou deguiser ce qui est contraire ; la seconde fait rapporter tout ce qu’on imagine de vray semblable pour très certain et veritable, par un desir de satisfaire à la curiosité de ceux qui s’en enquierent. Or, les choses où les hommes se monstrent plus curieux et se rendent plus affectez sont celles de la religion, qui en rend la verité si peu cogneue qu’à grand peine se peut-elle savoir que bien obscurcie et masquée de quelque fiction mensongère. Ce que ayant consideré, j’ay entrepris de garantir une esmotion advenue ces derniers jours de l’injure des faux rapports et déguisemens de verité, à ce que tel evenement, qui n’est de petite importance bien entendu au vray, retourne à la confusion de ceux que l’on jugera avoir le tort, promettant de m’employer du tout à dire verité, et ne reciter que les choses dont je suis tesmoing occulaire, me sumettant aux reproches de tous ceux qui y ont assisté qui en voudront parler sans affection.

L’an M.D.LXI., le samedy d’après Noël, feste de sainct Jean, vingt-septiesme jour de decembre, les fidèles faysoient, ainsi qu’il leur est permis, assemblée publique aux faux bourgs S. Marceau en un lieu dit le Patriarche1, et faisoit l’exhortation monsieur Mallot, ministre2, qui, après les prières faites et le psalme chanté, commença d’interpreter ce passage de sainct Mathieu : Venez à moy, vous tous qui estes chargez ; et lequel avoit pris comme lieu de grande doctrine et edification, à ce que la compagnie (qui estoit plus grande beaucoup que de coustume, pour n’estre ce jour ouvrable3) en peust à son contentement raporter plus grand fruict. Ayant executé environ un quart d’heure, commencèrent ceux de sainct Medard, paroisse dudit faubourg, sur les trois heures (jà leurs vespres dites), de malice deliberée, à sonner toutes leurs cloches ensemble, d’un tel bransle qu’aussi pour n’y avoir qu’une ruelle de distance entre les deux lieux, retentissoit le son si grand dans le dit Patriarche qu’il estoit du tout impossible d’entendre la dite exhortation ; ce que voians ceux de l’assemblée, deux d’entre eux s’en allèrent sans aucunes armes prier que l’on desistast de sonner, à ce que si bonne compagnie ne fust empeschée d’ouir la parole de Dieu. À ceste prière et humble requeste, s’esleva une voix de prestres, et quelques autres mutins, crians que en despit d’eux l’on sonneroit, et sus ces entrefaites s’essayent à donner plus grand bransle à leurs cloches, et à l’instant fort mutinez fermèrent la grande porte de leur eglise, enfermans l’un des deux dessusdits ; l’autre se sauva de vitesse et se retira vers les siens, et, comme ainsi fust que il n’avoit qu’un petit couteau, le massacrèrent de sept coups, tant de longs bois que d’espée, quasi tous mortels, selon le recit des chyrurgiens ; aussi soudain furent closes deux autres portes, l’une grande du presbitaire, l’autre plus petite du cymetière, issantes en la ruelle joignant le Patriarche, et commencèrent à jetter pierres et tirer traits d’arbalestres, dont avoient fait bonne munition. Le cry de ceux qui demandoient secours donna l’alarme à toute la compagnie, qui pour lors ne presumoit rien moins que telle esmeute, en grand effroy et confusion, et qui la redoubla plus chaude fut le son du toxin que les prestres sonnèrent aussi tost. Or furent ces trois portes susdites fermées, la baterie de pierres et arbalestres commencée, et le toxin sonné en moment si subit qu’il est à presumer qu’en tous ces lieux estoient gens disposez dès auparavant la semonce de cesser la sonnerie ; toutes fois en chose si subite et inesperée fut mis si bon et prompt ordre par les evangelistes qu’ayans tiré hors de l’assemblée tous les hommes qui se trouvèrent en estat de deffence, qui estoient fort peu pour une si grande troupe, non moindre (à mon jugement) que de douze à treize mille personnes, asseurèrent si bien les autres qu’après un psalme chanté se continua l’exhortation ; cependant se sonnoit tousjours le toxin, avec furieuse baterie de pierres et traits d’arbalestres.

Or y avoit en l’assemblée monsieur le prevost des mareschaux, Rouge Oreille, commis de monseigneur le gouverneur ; pour la garde et seureté d’icelle, estoit accompagné de cinq ou de six de ses archers4, desquels en envoya un pour parlementer avec le curé et faire deffense de par le roy de plus sonner le toxin et jeter pierres ; puis il y voulut aller luy-mesme, mais la gresle des pierres et traits d’arbalestres le contraignirent de se retirer bien viste, et sans apporter autre response.

Tel refus et rebellion faite à la justice, se deliberèrent les evangelistes de ne laisser branler longuement cest espouvantail de peuple et appeau de sedition, discourans fort bien en quel danger evident estoit toute leur compagnie. Adonc mieux armez de bon cœur et ardent zèle, qui les incitoit à la tuition de ceste troupe de leurs frères qui se reposoit sur leur deffense et main forte du seigneur, que d’armes deffensives à repousser l’injure de leurs ennemis, ou offensives pour les endommager, tous d’un courage firent tel effort qu’ils foncèrent les portes de l’eglise, qui ne fut executé sans estre plusieurs d’entre eux blessez, qui leur augmente la colère, estant outre plus excitez et encouragez à vengeance par la compassion dont furent saisis quand ils trouvèrent au bas du seuil de l’eglise leur pauvre frère si outrageusement assassiné et meurdry, selon que cy-dessus avons recité. En ceste première furie se presentèrent nombre de prestres et autres mutins embastonnez d’espées, rondelles, longs bois, gros pavez et arbalestres, faisans armes à toute outrance et cruelle resistence, qui dura toutesfois fort peu contre le courageux effort des autres, si que furent tantost espris de frayeur et crainte, dont une grande partie d’eux se sauvèrent dans le cloché, abandonnans laschement leur troupeau qu’ils avoient conduit et exposé à la tuerie et boucherie ; et entre autres prestres y avoit monsieur le curé, chef, conducteur et entrepreneur de la mutinerie, gagne le plus haut du cloché, dont avec ses complices ne cessa d’endommager les evangelistes, tant que les munitions qu’il avoit faites de longue main luy durèrent. Je ne puis passer sous silence une furie prodigieuse de certains prestres, enflammez de telle rage que, leur defaillant leurs amas de pierres fais dans l’eglise, montèrent sur les autels, et, de leurs propres mains brisans les images, qu’auparavant souloient tout reveremment adorer, se servoient des pièces à jeter contre leurs ennemis, chose toutesfois moins esmerveillable qu’il ne semble, veu que ceste furie leur est tournée en nature, car il seroit malaisé à juger s’ils estoient plus furieux et maniaques lors qu’ainsi irreligieusement brisoient la chose par eux tant honorée, ou quand ils adoroient choses si insensibles.

Or en ce conflit, qui dura une bonne demie heure, furent blessez des mutins environ trente ou quarante, dont en furent pris prisonniers quatorze ou quinze des principaux chefs et plus apparens ; plusieurs se sauvèrent, et fut pardonné à la temerité du seditieux populasse, bien qu’il n’y eust vieille qui n’eust rendu tout devoir à amasser et jeter pierres, ne se sçachans ayder d’armes plus nuisibles ; et fut chose digne d’une louable admiration de veoir des cœurs si esmeus et enflambez si soubdain convertis à pitoiable misericorde : car chacun s’efforçoit de conserver et garentir d’estre outragez ces pauvres idiots populaires ne donnant aucun lieu à cruauté ou vengeance.

Ce neantmoins, ceux qui s’estoient renfermez dans le cloché, dont estoit chef le moyne curé, persistoient en leurs entreprinses de branler tant le toxin qu’auroient secours d’autres mutins, pour mettre en pièces toute ceste innocente troupe qui persistoit à ouir la parole de Dieu, qui s’advançoit, et n’y eut autre remède, pour la confiance qu’ils avoient en la forteresse de leur cloché, de les faire cesser que par menace de mettre le feu au pied ; et ainsi print fin la dite esmotion ; environ lequel temps survient Guabaston, chevalier du guet, accompagné de sept ou huict chevaux5. Il restoit, l’exhortation finie, de conduire ce grand peuple sans deffence, et rendre chacun en sa demeure en la plus grande seureté que faire se pourroit, chose qui sembloit fort difficile, et requeroit un grand ordre et prevoiance, veu l’apparente presomption qu’il y avoit en ce grand fauxbourg et mesme en la ville se feust esmeu quelque chose, oyant ce toxin, appeau de sedition, sonné par si longue espace de temps. Or se trouvèrent pour la conduitte environ de cinquante ou soixante chevaux et près de deux cents hommes de pied, ayans espées et dagues, dont le tout fut ainsi disposé : une moitié des chevaux se mist avec Guabaston pour l’avant-garde, l’autre demeura avec Monsieur le prevost Rougeoreille pour l’arrière-garde et conduitte des prisonniers, qui estoient liez deux à deux d’une longue corde, dont y avoit d’entre eux quelques prestres qui portoient fort triste chère6. Les gens de pied avoient deux capitaines et estoient divisez en deux bandes et marchoient à la file, tenans un costé de la rue, et le peuple l’autre, qui s’escouloit sous leur garde ; en ceste ordonnance fut le tout conduit fort paisiblement et sans aucune confusion. Près la porte Saint-Marceau fut donnée une fauce alarme par aucuns qui se mirent en fuitte à vauderoute, pour avoir veu jeter quelques pierres en une ruelle et accourir grande troupe de populasse qui s’amassoit à les voir passer en ceste nouvelle ordonnance, comme le peuple parisien s’amasse aisement à la moindre nouveauté qui se presente ; mais, le tout soudainement rappaisé, fut chacun, par la grâce de Dieu, rendu en sa maison, et les prisonniers conduits au petit Chastelet : voylà le fait de toute la sedition à la pure verité, selon qu’il m’est passé devant les yeux7.

Mais je ne me puis contenter d’avoir si nuement narré une chose tant memorable, bien que j’aye quasi desjà attaint au but que je m’estois propose, comme ainsi soit que desjà assez evidemment apparoist de quelle part tourne le tort, et qu’on ne peut plus douter qui sont les premiers moteurs de la sedition. Je me licenciray donc plus outre de faire un brief discours de certaines circonstances bien dignes d’estre remerquées, par le moyen desquelles se decouvrira la source première, cause motive et origine de toute la sedition, et se descouvrira que c’estoit une entreprinse brassée de plus longue main que beaucoup ne pensent, et, apparoissant au vray le danger plus grand que n’en a l’apparence, aurons plus grande occasion de rendre grâces à l’Eternel, qui, par sa bonne et seure veille sur son troupeau, l’a delivré de la gueule gloute des loups ravissants qui avoient tendu leurs lacs pour le ruiner et devorer, et a fait tourner leurs machinations sur leur chef, en grande confusion. Il est donc à sçavoir que, trois ou quatre jours avant l’esmeute advenue, se faisant assemblée au mesme lieu du Patriarche, avoient comme de present sonné leurs cloches les prestres S. Medard à tout branle en mesme intention d’empescher d’ouir la parole de Dieu, et furent dès lors semons par plusieurs d’apparence de cesser un tel son extraordinaire, empeschement trop insupportable, ce que leur fut force de faire, pour la crainte qu’ils eurent, se voyans les plus foibles, d’estre contraints de ce faire par autre voye, le refusans par amitié ; qui leur fut de si dure digestion, qu’ils en conceurent tel crève-cœur que dès lors conspirèrent curé et prestres, d’un monopole, la première fois que là on s’assembleroit, de sonner tant que cordes pourroient tirer et cloches branler, et, pour festoyer ceux qui les en voudroyent empescher, se fortifièrent et se munirent de pierres, arbalestres, espées, rondelles et long-bois, s’adjoignans bon nombre des plus mutins et seditieux de toute la paroisse. Estoit chef de l’entreprise monsieur le curé, moyne de S. Geneviefve, lequel avec ses prestres demanda secours de gens et d’armes à son abbé, comme luy-mesme a confessé ; mais, pour estre chose de grand advis et deliberation, en consultèrent avec messieurs le Premier et Saint-André, presidens, ensemble le procureur general Bourdin, desquels eurent bon confort et ayde, avec asseurance de les garentir en tout evenement, et de ceste promesse fortifioit au jour de la sedition le curé ses complices prestres et mutins (en ces termes) : « Ruez, frappez, tuez, n’espargnez personne ; nous avons bons garans, et des plus grans de la ville. » Estans donc fortifiez de tels appuis, plus hardiment divulguoient leur conseil envers ceux que cognoissoient plus enclins à mutinerie, les solicitans de s’adjoindre à leur entreprinse, et par ce moyen de l’un à l’autre fut communiqué à tant de sortes de gens que furent advertis aucuns de ceux qui frequentent les assemblées de ne s’y trouver ce jour de samedy ; et mesmes aucuns des conspirateurs, jà s’esgayans comme de ville gagnée, se vantoient dès le matin qu’il se feroit beau carnage de huguenots. Or les principaux nerfs de la sedition estoient au toxin, au son duquel devoit venir secours de Nostre-Dame-des-Champs, S. Victor et S. Geneviefve, et, pour l’attendre en seureté, s’estoient reserrez et remparez les mutins dedans leur eglise, munis et fortifiez de toutes armes necessaires à soustenir le siége. De fait, au premier son, s’achemina grande troupe embastonnée, venant du costé des champs, au devant desquels s’avança une troupe de chevaux ; mais, aussi tost que les eurent apperceus, se retira à la fuite toute ceste canaille, et est chose seure que telle diligence faite par les gentils-hommes de cheval les intimida de telle crainte que ceux des autres quartiers, en oyant le vent, n’osèrent s’esbranler. Aussi furent getées force pierres de quelques maisons voisines de l’Eglise, et faites saillies avec long-bois ; mais le tout fut rambarré de si près, et tindrent si peu ceux de l’Eglise, que tous ensemble perdirent cœur, dont les prestres et aucuns autres prisonniers, pendant qu’on les menoit, et depuis en la prison, ont fait maintes complaintes, disans que trop laschement leur avoit esté rompue la foy par ceux qui leur avoient promis secours, et qu’ils s’asseuroient bien, s’ils n’eussent manqué de promesse, qu’ils n’eussent pas esté les plus foibles. Tels regrets plusieurs gens de foy leur ont ouy faire ; outre plus est assez confirmée telle conspiration, parce que, dès le matin, avoient les prestres retiré de l’Eglise, en maisons voisines de leurs plus feables, tous leurs reliques, calices, platines, chasubles et ornemens de pris, pour estre plus seurement en tout evenement. Assez d’autres conjectures pourrois-je amener, si je n’estimois ceux-ci assez valables et de suffisante attestation et preuve, laissant desormais au jugement de tous bons cerveaux à prononcer qui a le tort, qui sont les assaillans, rebelles aux edits du roy et seditieux, et selon iceux quelles peines meritent les autheurs, moteurs et complices d’une mutinerie de telle consequence, en la ville capitale de ce royaume, que toutes les croniques françoises tesmoignent avoir de tous temps esté fort encline à toutes sortes d’esmotions et mutineries, dont tous fidèles ont bonne occasion de glorifier le Tout Puissant, protecteur de son eglise, qui par sa main forte a preservé les siens, environnant son troupeau des legions de ses anges, pour leur rempart, au milieu de ses ennemis, et a tellement amoli le cœur du peuple parisien et contenu en tel devoir, qui ne monstra aucune apparence de s’esmouvoir. Or le lendemain se fit le matin, au mesme lieu du Patriarche8, l’exhortation accoustumée, à laquelle se trouvèrent les evangelistes en bon equipage d’armes accoustumées à porter et belle ordonnance, et y avoit tel nombre de bons hommes de deffense qu’ils avoient assez moyen de se ressentir des coups et outrages qu’avoient receu le jour precedant, et de chastier les seditieux mutins qui leurs avoient couru sus et brassé telle menée pour leur faire à tous perdre la vie. Toutes fois, monstrans que vouloient oublier toutes choses pour le desir qu’avoient de vivre en paix, se comportèrent en telle patience et modestie qu’il n’y a aucun qui se puisse plaindre d’avoir seulement esté outragé de parole, et ainsi en grande paix se retirent en leurs maisons après l’exhortation finie. Mais l’après dinée quelques prestres, qui s’estoient sauvez de la mutinerie le jour precedent, sachans bien que de tout le jour l’on ne se rassembleroit plus audit lieu du Patriarche, voulant en revenge du passé mettre à fin ce que pourroient de leur première entreprise, rassemblèrent grand nombre de populasse seditieux du fauxbourg, sus les quatre heures, à ce que la nuit, qui estoit proche, leur donnast plus seure retraite, qui d’impetuosité brutale rompirent les portes du Patriarche, et, amas de bois fait, mirent le feu dans toutes les chambres d’un grand corps d’hostel, accompagné d’un petit, brisèrent en pièces la chaire du ministre, rompirent tuiles, firent brèche aux murailles d’un grand pourpris de deux jardins, avec tel degast et debris dont se peurent aviser9, dont le bruit espars par ville parvint aux evangelistes. Quelques gentilshommes avertis montèrent à cheval, et à la course donnèrent jusques audit lieu, où n’arrivèrent que dix ou douze chevaux du commencement, qui mirent toute ceste canaille en fuitte ; survenoient tousjours chevaux à la file, qui se trouvèrent à la fin en nombre de quarante ou cinquante. Survint aussi le procureur du roy en Chastelet, avec cinq ou six sergeans ; luy furent livrez six ou sept prisonniers ; puis, le feu esteint en toute diligence, chacun se retira. Ainsi desgorgèrent le reste de leur venin et fureur enragée sur les maisons, que n’avoient peu executer sur les personnes.



1. Nous avons déjà parlé de cette maison et dit à quel patriarche elle devoit son nom (V. t. 3, p. 51, et Jaillot, Recherches sur Paris, quartier de la Place Maubert, p. 97). En l’année 1561, elle n’appartenoit plus depuis cent cinquante ans environ au patriarche d’Alexandrie. Étienne Carrage, conseiller au Parlement, la tenoit par succession de Thibault Carrache, bourgeois de Paris, et l’avait louée à Ange de Caule, marchand Lucquois, qui lui-même la prêtoit ou la donnoit à bail aux calvinistes. Leurs assemblées, tolérées en vertu du récent édit de pacification, s’y tenoient, ainsi qu’à Popincourt.

2. L’un des plus ardents parmi les ministres calvinistes. Partout on le trouvoit prêchant et répandant la religion nouvelle, qui « auparavant je ne diray pas harrassée, écrit Pasquier, ains terrassée, commença de lever les cornes et se lever au milieu de nous d’une furieuse insolence. Nous la vismes, continue-t-il, estre preschée non en lieux sombres et escartez, ains à huis ouvert en la maison de la comtesse de Senigant dans cette ville de Paris, et du mesme temps par le ministre Malo, dans les fossez du faubourg St-Jacques, comme s’il eût voulu escheller la ville, et depuis, par jours alternatifs, au Patriarche et à Popincourt, par le mesme Malo et La Rivière, ministres. » (Lettres de Pasquier, liv. 15, lettre 19.)

3. Pendant long-temps les ministres n’avoient eu permission de prêcher que les jours ouvrables. On craignoit, dit Pasquier, « que, si les jours de feste ils preschoient pendant que le peuple chommoit, ce n’eust esté faire ouverture à nouvelle sedition » ; ce qui arriva justement, comme on le voit ici : car la requête qu’ils firent pour être autorisés à prêcher les dimanches et jours de fête, en remontrant que la moitié de leurs ouailles, « affamée de la parole de Dieu », ne pouvoit être à la fois au travail et à leur sermon, ayant été « enterinée vers la feste de Noël », les troubles qu’on craignoit ne se firent pas attendre. M. de la Roche-sur-Yon « avoit resisté fortement » ; mais, quand de guerre lasse il eut quitté le gouvernement de Paris, le maréchal de Montmorency, son successeur, avoit accordé la permission si long-temps refusée.

4. « Ceux de la religion, dit Pasquier (Lettres, liv. 4, lettre 13), estoient assistez du guet et des prevosts des mareschaux, pour garder qu’on ne leur mesfit. Ceux-ci, ajoute-t-il, se mirent de la partie. » Rouge-Aureille, le prévôt, étoit d’ailleurs de lui-même fort bien porté pour les religionnaires. Peu de jours auparavant, il avoit, sans en être trop prié, mis la main sur frère Jean de Hans, qui dans ses prédications « faisoit rage de maltraiter » les réformés, et il l’avoit mené lié et garotté à St-Germain, où le peuple l’étoit allé chercher pour le ramener en triomphe à Paris. Enfin Rouge-Aureille et le chevalier du guet, dont il sera parlé tout à l’heure, penchoient certainement pour le parti de la religion, et on les vit là, dit Pasquier, « faire espaule contre l’authorité du Parlement ». (Liv. 15, lettre 19.)

5. Gabaston, « vaillant soldat », dit Pasquier, avoit été mis à la tête du guet de soixante hommes, qui, lors de la promotion du maréchal de Montmorency au gouvernement de Paris, avoit été créé « tant pour la sûreté de la personne du maréchal que pour garentir la ville de sédition. » Nous avons déjà dit que, comme Rouge-Aureille, il favorisoit le parti des religionnaires. Il le paya cher : après s’être par là grandement attiré la haine du peuple, il finit par être mis en jugement et décapité. (Pasquier, Recherches de la France, liv. III, ch. 45.)

6. « Le battu a payé l’amende, dit Pasquier, dont le cœur en saigne : les gens de Gabatton et Rouge-Aureille ont mené par troupe prisonniers les catholics, comme autheurs de cette sédition, nuls des autres. Les bourgeois de Paris en crient, disant que l’on les a taillez pour payer les gages de ce nouveau guet à leur ruine. » (Liv. IV, lettre 13.)

7. L’affaire n’en resta pas là : requeste fut adressée au Parlement par les Catholiques « afin de leur estre faict droict sur les meurdres, emprisonnement, vols de chapes, calices et ornemens de l’église. » Juges sont nommés, l’un M. Gayant, conseiller catholique, l’autre M. Fumée, conseiller de la Religion ; mais les catholiques récusèrent le huguenot, et les Huguenots le catholique. On mit tout le monde d’accord en lacérant la requête et en ne donnant pas suite au procès. Les catholiques arrêtés furent relâchés ; mais, comme il falloit que quelques uns payassent pour tous, deux religionnaires, Cage père et fils, chefs, ou, comme dit Pasquier, « confanoniers de l’entreprise », qui avoient été assez tardivement « pris au corps », furent gardés, puis pendus, en même temps que, comme nous l’avons dit, l’on décapitoit Gabatton. (Pasquier, Recherches, liv. III, ch. 45, et Lettres, IV, 13.)

8. Les assemblées au Patriarche furent bientôt suspendues, comme on le verra plus loin. Le prêche fut fermé, ainsi que l’église sa voisine. « L’église St-Médard, écrit Pasquier quelque temps après l’émeute, chôme aujourd’hui, sans que l’on y fasse le service divin, comme ayant été profanée ; pour éviter à pareil inconvénient on a enjoint aux ministres de se choisir autre lieu que le Patriarche. » (Liv. IV, lettre 13.) Quand on rouvrit l’église, il y eut une procession, composée de tout le clergé de Ste-Geneviève et des cours souveraines, qui vint en grande pompe à St-Médard. (Jaillot, Quartier de la Place Maubert, p. 99.)

9. Jacques Canage, qui étoit propriétaire de la maison, déclara qu’il l’abandonnoit aux pauvres. (Jaillot, Ibid.)