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Iconologie (Cesare Ripa, 1643)/I/Flatterie

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Ripa - Iconologie - 1643 - p.73 - flatterie.jpg

Flatterie. LXIII.


C’Est vne Femme agreablement veſtuë, & qui joüe d’vne fluſte ; ayant un Cerf qui dort à ſes pieds, auprés d’vne ruche, ou du tronc d’vn arbre, d’où ſortent des mouches à miel.

Hier. lib. 7. Cette Figure, comme le remarque Pierius, eſt de l’inuention d’Orus Apollo. Ils diſent tous deux, Que le Cerf aime tellement le ſon de la fluſte, & en eſt si fort charmé, qu’en l’eſcoutant il s’oublie ſoy-meſme, & ſe laiſſe prendre. Cela nous enſeigne, Que les ames foibles tombent ordinairement dans les pieges des Flateurs, pource qu’ils leur preſtent volontiers l’oreille, & ſe plaiſent qu’on les endorme de belles paroles, dequoy toutefois ils ne ſe trouuent pas ſi bien, qu’ils n’eſpreuuent à la fin, que cette douceur, comme celle des mouches à miel, eſt ſuiuie d’vne dangereuſe picqueure.

Quelques autres l’habillent d’vne couleur changeante, luy faiſant tenir vne corde d’vne main, & des ſoufflets de l’autre ; Outre qu’à ſes pieds ils mettent vn Cameleon. Le changement des couleurs, dont elle eſt veſtuë, ſignifie ſon inconſtance, & ſon artificieuſe ſoupleſſe, qui luy fait changer à tout moment de diſcours & de viſage, pour s’accomoder au gouſt de celuy qui l’eſcoute ; En cela ſemblable au Cameleon, qui pour eſtre peu ſanguin, & fort timide, que la Flatterie eſt vn vice Ariſtot. Eth. 4 laſche, qui ne poſſede iamais que les ames baſſes & ſeruiles.

Dauantage, comme on vſe de ſoufflets à r’allumer le feu quand il eſt eſteint, ou à l’eſteindre quand il eſt allumé ; Les Flatteurs de meſme du doux vent de leurs paroles attiſent l’ardeur des paſſions, ſi on les eſcoute ; ou bien ils eſtouffent la lumiere de la verité, en perſuadant le menſonge.

Quant à la corde qu’elle tient en la main gauche, cela nous In Pſal. 9 apprend, comme dit S. Auguſtin, Qu’il n’y a rien qui attache les hommes au peché ſi fort que la Flatterie ; car elle ſe plaiſt à certaines choſes, qui pour vicieuſes qu’elles ſoient, font loüer par cette maudite engeance ceux qui en ſont les autheurs, tant s’en faut qu’on les en daigne reprendre.