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Ion (trad. Méridier)

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Traduction par Louis Méridier.
Texte établi par Louis MéridierLes Belles Lettres (Œuvres complètes de Platon, tome V, 1re partiep. 29-48).

ION

[ou sur l’Iliade, genre probatoire.]


SOCRATE.  ION

Préambule.
Présentation du personnage d’Ion.

Socrate. — 530 À Ion salut ! D’où viens-tu aujourd’hui dans notre pays ? Est-ce de chez toi, d’Éphèse ?

Ion. — Nullement, Socrate, mais d’Épidaure. Je viens des fêtes d’Asclépios[1].

Socrate. — Serait-ce qu’ils organisent aussi un concours de rhapsodes en l’honneur du dieu, les gens d’Épidaure ?

Ion. — Parfaitement, et même de tous les autres arts des Muses.

Socrate. — Et alors, prenais-tu quelque part au concours ? Et comment as-tu concouru ?

Ion. — Les premiers prix ont été pour nous, b Socrate.

Socrate. — À la bonne heure ! Tâchons donc d’être vainqueurs aussi aux Panathénées.

Ion. — Mais il en sera ainsi, s’il plaît à Dieu.

Socrate. — Ma parole, je vous ai plus d’une fois, Ion, envié votre art, à vous autres rhapsodes ! Vous êtes tenus par votre art d’être toujours parés sur votre personne, et de vous montrer aussi beaux que possible ; en même temps, c’est pour vous une nécessité de vivre dans la compagnie d’une foule de bons poètes, surtout dans celle d’Homère, le meilleur et le plus divin de tous, et de connaître à fond sa pensée c et non seulement ses vers : sort enviable ! Car on ne saurait être rhapsode si l’on ne comprenait ce que dit le poète. Le rhapsode, en effet, doit être l’interprète de la pensée du poète auprès des auditeurs. Or, s’en acquitter comme il faut est impossible, si l’on ne sait ce que veut dire le poète. Tout cela est bien digne d’envie.


Ion commentateur d’Homère.

Ion. — Tu as raison, Socrate. En ce qui me concerne, c’est la partie de mon art qui m’a donné le plus de peine, et je crois être de tous les hommes celui qui dit les plus belles choses sur Homère. Ni Métrodore de Lampsaque, ni d Stésimbrote de Thasos, ni Glaucon[2], ni aucun de ceux qui ont jamais existé n’a su exprimer sur Homère autant de belles pensées que moi.

Socrate. — À la bonne heure, Ion ! Évidemment tu ne refuseras pas de me montrer ton talent.

Ion. — Ma foi ! Socrate, il vaut la peine d’entendre comme j’ai su parer Homère avec art. Je crois mériter des Homérides[3] une couronne d’or.


Pourquoi le talent d’Ion ne s’applique-t-il qu’à Homère ?

Socrate. — Eh bien, je prendrai le temps de t’écouter une autre fois. 531 Aujourd’hui je ne te demande qu’une réponse : est-ce sur Homère seulement que tu es habile ? Ou l’es-tu aussi sur Hésiode et Archiloque ?

Ion. — Point du tout ; sur Homère seulement. Cela me paraît suffisant.

Socrate. — Y a-t-il des sujets sur lesquels Homère et Hésiode disent tous deux les mêmes choses ?

Ion. — C’est mon avis, et même il y en a beaucoup.

Socrate. — Sur ces sujets-là, saurais-tu mieux expliquer ce que dit Homère que ce que dit Hésiode ?

Ion. — Aussi bien l’un que l’autre, Socrate, du moins sur les sujets où ils disent les mêmes choses.

Socrate. — Et ceux b où ils ne disent pas les mêmes choses ? Voilà, par exemple, l’art divinatoire : il en est question à la fois chez Homère et chez Hésiode.

Ion. — Parfaitement.

Socrate. — Et alors ? Les points sur lesquels s’accordent et ceux sur lesquels diffèrent ces deux poètes touchant l’art divinatoire, est-ce toi qui saurais le mieux les expliquer, ou un devin, un bon devin ?

Ion. — Un devin.

Socrate. — Mais supposons que tu fusses devin : si tu étais en état d’expliquer les endroits où ils s’accordent, ne saurais-tu pas aussi expliquer ceux où ils diffèrent ?

Ion. — Évidemment.

Socrate. — Comment donc c se peut-il que tu sois habile sur Homère, mais non sur Hésiode ni sur les autres poètes ? Homère traite-t-il d’autres sujets que l’ensemble des autres poètes ? N’est-ce pas sur la guerre qu’il discourt le plus souvent, sur les rapports mutuels d’hommes bons et méchants, profanes et gens de métier, sur les relations que les dieux ont entre eux et avec les hommes, sur les phénomènes célestes et le monde de l’Hadès[4], sur les générations des dieux et des héros ? N’est-ce pas sur ces sujets d que porte la poésie d’Homère ?

Ion. — Tu dis vrai, Socrate.

Socrate. — Et les autres poètes ? Ne traitent-ils pas ces mêmes sujets ?

Ion. — Oui, Socrate, mais ils n’ont pas fait œuvre de poètes de la même façon qu’Homère.

Socrate. — Comment cela ? Plus mal ?

Ion. — Beaucoup plus mal.

Socrate. — Et Homère a fait mieux ?

Ion. — Bien mieux, par Zeus !

Socrate. — Voyons donc, chère tête d’Ion. Lorsque plusieurs personnes parlent de nombres, et que l’une d’elles en parle excellemment, quelqu’un reconnaîtra sans doute celle qui parle bien ?

Ion. — e Oui

Socrate. — Est-ce le même qui reconnaîtra aussi celles qui parlent mal, ou est-ce un autre ?

Ion. — Le même, évidemment.

Socrate. — Celui qui possède la science des nombres, c’est celui-là ?

Ion. — Oui.

Socrate. — Et lorsque plusieurs personnes parlent des aliments qui sont bons pour la santé, et que l’une d’elles en parle excellemment, est-ce un tel qui reconnaîtra l’excellence de celle qui parle le mieux, et tel autre l’infériorité de celle qui parle moins bien, ou est-ce le même ?

Ion. — Le même, évidemment : c’est clair.

Socrate. — Qui est-ce ? Quel est son nom ?

Ion. — Le médecin.

Socrate. — Nous disons donc, en résumé, que le même reconnaîtra toujours, entre plusieurs personnes parlant des mêmes sujets, qui en parle bien et 532 qui mal ; ou, s’il ne reconnaît pas qui parle mal, évidemment il ne reconnaîtra pas davantage qui parle bien, du moins sur le même sujet.

Ion. — C’est cela.

Socrate. — Ainsi le même homme s’entend à reconnaître également l’un et l’autre ?

Ion. — Oui.

Socrate. — Et ainsi, suivant toi, Homère et les autres poètes, notamment Hésiode et Archiloque[5], parlent des mêmes choses, mais non de la même façon, — j’entends l’un bien, et les autres moins bien ?

Ion. — Et j’ai raison de le dire.

Socrate. — Donc, si tu reconnais celui qui parle bien, tu saurais reconnaître aussi b l’infériorité de ceux qui parlent moins bien.

Ion. — Apparemment.

Socrate. — Donc, excellent ami, en disant qu’Ion est également habile sur Homère et sur les autres poètes, nous ne nous tromperons pas ; car il est le premier à convenir que le même homme sera juge compétent de tous ceux qui parlent des mêmes choses, et, d’autre part, que les poètes traitent presque tous les mêmes sujets.

Ion. — Alors, Socrate, comment expliquer ce qui m’arrive ? Quand on s’entretient de quelque autre poète, je n’y fais pas attention, c et je suis impuissant à énoncer rien qui vaille ; je sommeille, tout bonnement. Mais fait-on mention d’Homère ? aussitôt me voilà éveillé, l’esprit attentif, et les idées me viennent en foule.


Le talent d’Ion n’est pas l’effet d’un art.
Première démonstration.

Socrate. — Il n’est pas difficile de le deviner, mon camarade ; pour tout le monde il est clair que tu es incapable de parler d’Homère en vertu d’un art et d’une science ; si l’art t’en donnait le moyen, tu serais en état de parler aussi de tous les autres poètes sans exception. Car il existe, je suppose, un art de la poésie en général. N’est-ce pas ?

Ion. — Oui.

Socrate. — d Quand on prend un autre art, n’importe lequel, dans son ensemble, le même genre d’enquête s’applique-t-il à tous les arts sans exception ? Ce que j’entends par là, désires-tu, Ion, l’apprendre de moi ?

Ion. — Oui, par Zeus ! Socrate, je ne demande pas mieux ; car j’ai plaisir à vous entendre, vous autres savants.

Socrate. — Que ne dis-tu vrai, Ion ! Mais les savants, c’est vous, j’imagine ; ce sont les rhapsodes et les acteurs[6], et ceux dont vous chantez les poèmes ; moi, je me borne à dire la vérité, comme il est naturel e à un profane. Par exemple, pour la question que je te posais tout à l’heure, considère combien il est simple, vulgaire et à la portée du premier venu de reconnaître, comme je le disais, que l’enquête est la même quand on prend un art dans son ensemble. Prenons un exemple : y a-t-il un art de la peinture en général ?

Ion. — Oui.

Socrate. — Une foule de peintres existent et ont existé, bons et médiocres ?

Ion. — Parfaitement.

Socrate. — As-tu donc déjà vu un homme capable, à propos de Polygnote[7], fils d’Aglaophon, de montrer ce qui est bien et mal dans ses peintures, mais incapable de le faire pour les autres peintres ? 533 Et qui, lorsqu’on expose les œuvres des autres peintres, sommeille et reste court, sans trouver aucune idée à exprimer, au lieu que, s’il s’agit de donner son avis sur Polygnote ou tel autre peintre à ton choix, mais sur lui seulement, il est éveillé, devient attentif, et a une foule de choses à dire ?

Ion. — Non, par Zeus ! assurément non.

Socrate. — Et en statuaire ? As-tu déjà vu un homme qui, sur Dédale, fils de Métion, ou Épéios, fils de Panopée, ou Théodore de Samos[8] b ou tout autre sculpteur, mais sur lui seulement, s’entende à expliquer ce qu’il a fait de bien, et sur les œuvres des autres sculpteurs reste court, sommeille, et n’ait rien à dire ?

Ion. — Non, par Zeus ! celui-là non plus, je ne l’ai pas encore vu.

Socrate. — D’ailleurs, à mon avis, ni dans le jeu de la flûte, ni dans celui de la cithare, ni dans le chant accompagné de cithare, ni dans la déclamation du rhapsode, tu n’as jamais vu non plus d’homme qui s’entende à commenter Olympos, ou Thamyras, ou c Orphée, ou Phémios, le rhapsode d’Ithaque[9], et qui sur Ion d’Éphèse reste court, sans pouvoir expliquer ce qui est bien ou non dans sa déclamation.

Ion. — Je ne puis te contredire là-dessus, Socrate ; mais j’ai conscience que sur Homère je parle mieux que personne, j’abonde en idées, et tout le monde reconnaît mon talent de parole, tandis que pour les autres il n’en est rien. Vois pourtant ce que cela signifie.


Explication de Socrate.
L’inspiration.

Socrate. — Je le vois, Ion, et même je m’en vais te faire connaître ce que cela signifie, d selon moi. Ce don de bien parler sur Homère est chez toi, non pas un art, comme je le disais tout à l’heure, mais une force divine. Elle te met en branle, comme il arrive pour la pierre qu’Euripide a nommée magnétique, et qu’on appelle communément d’Héraclée[10]. Cette pierre n’attire pas seulement les anneaux de fer eux-mêmes ; elle communique aux anneaux une force qui leur donne le même pouvoir qu’a la pierre, celui d’attirer d’autres anneaux, e de sorte qu’on voit parfois une très longue chaîne d’anneaux de fer suspendus les uns aux autres. Et pour tous, c’est de cette pierre-là que dépend leur force. De même aussi la Muse fait des inspirés par elle-même, et par le moyen de ces inspirés d’autres éprouvent l’enthousiasme : il se forme une chaîne. Car tous les poètes épiques, les bons poètes, ce n’est point par un effet de l’art, mais pour être inspirés par un dieu et possédés qu’ils débitent tous ces beaux poèmes. Il en est de même des bons poètes lyriques : comme les gens en proie au délire des Corybantes 534 n’ont pas leur raison quand ils dansent, ainsi les poètes lyriques n’ont pas leur raison quand ils composent ces beaux vers ; dès qu’ils ont mis le pied dans l’harmonie et la cadence, ils sont pris de transports bachiques, et sous le coup de cette possession, pareils aux bacchantes qui puisent aux fleuves du miel et du lait[11] lorsqu’elles sont possédées, mais non quand elles ont leur raison, c’est ce que fait aussi l’âme des poètes lyriques, comme ils le disent eux-mêmes. Car ils nous disent, n’est-ce pas ? les poètes, que c’est à des sources de miel, dans certains b jardins[12] et vallons des Muses qu’ils butinent les vers pour nous les apporter à la façon des abeilles[13], et voltigeant eux-mêmes comme elles. Et ils disent vrai : c’est chose légère que le poète, ailée, sacrée ; il n’est pas en état de créer avant d’être inspiré par un dieu, hors de lui, et de n’avoir plus sa raison ; tant qu’il garde cette faculté, tout être humain est incapable de faire œuvre poétique et de chanter des oracles. Par suite, comme ce n’est point en vertu d’un art qu’ils font œuvre de poètes en disant tant de belles choses sur les sujets qu’ils traitent, comme toi sur Homère, c mais par un privilège divin, chacun d’eux n’est capable de composer avec succès que dans le genre où il est poussé par la Muse : l’un dans les dithyrambes, l’autre dans les éloges ; celui-ci dans les hyporchèmes, celui-là dans l’épopée, tel autre dans les iambes ; dans le reste chacun d’eux est médiocre. Car ce n’est point par l’effet d’un art qu’ils parlent ainsi, mais par un privilège divin, puisque, s’ils savaient en vertu d’un art bien parler sur un sujet, ils le sauraient aussi pour tous les autres. Et si la Divinité leur ôte la raison, en les prenant pour ministres, comme les prophètes et les devins d inspirés, c’est pour nous apprendre, à nous les auditeurs, que ce n’est pas eux qui disent des choses si précieuses — ils n’ont pas leur raison — mais la Divinité elle-même qui parle, et par leur intermédiaire se fait entendre à nous. La meilleure preuve à l’appui de notre thèse est Tynnichos de Chalcis[14]. Il n’a jamais fait de poème que l’on pût juger digne de mémoire, à l’exception du péan qui est dans toutes les bouches, peut-être le plus beau de tous les poèmes lyriques, une vraie « trouvaille des Muses », comme il le dit lui-même. Par cet exemple e plus que par aucun autre la Divinité, selon moi, nous démontre, pour prévenir nos doutes, que ces beaux poèmes n’ont pas un caractère humain et ne sont pas l’œuvre des hommes, mais qu’ils sont divins et viennent des dieux, et que les poètes ne sont autre chose que les interprètes des dieux, étant possédés chacun par celui dont il subit l’influence. C’est pour le démontrer que la Divinité a fait exprès de chanter le plus beau poème lyrique 535 par la bouche du poète le plus médiocre. Ne crois-tu pas que j’ai raison, Ion ?

Ion. — Si, par Zeus ! je le crois. Tes paroles me touchent à l’âme, Socrate, et je pense que c’est par un privilège divin que les bons poètes sont ainsi auprès de nous les interprètes des dieux.

Socrate. — Vous autres rhapsodes, à votre tour, vous interprétez les œuvres des poètes ?

Ion. — Cela est encore vrai.

Socrate. — Vous êtes donc des interprètes d’interprètes ?

Ion. — Absolument.

Socrate. — b Or çà, Ion, dis-moi encore, et réponds sans feinte à ma question. Quand tu récites comme il faut des vers épiques, et que tu fais sur les spectateurs l’impression la plus profonde, soit que tu chantes Ulysse sautant sur le seuil, se découvrant aux prétendants et répandant les flèches à ses pieds[15], ou Achille s’élançant sur Hector[16], ou un des endroits pathétiques sur Andromaque[17], Hécube[18] ou Priam[19], as-tu alors ta raison ? n’es-tu pas hors de toi, et c ton âme transportée d’enthousiasme ne croit-elle pas assister aux événements dont tu parles, soit à Ithaque, soit à Troie, ou partout où la scène se passe ?

Ion. — La preuve frappante que tu me donnes là, Socrate ! Je vais te parler sans feinte. Pour moi, quand je débite quelque passage pathétique, mes yeux s’emplissent de larmes ; si c’est un endroit effrayant ou étrange, d’effroi mes cheveux se lèvent tout droits et mon cœur se met à battre.

Socrate. — Eh bien, Ion, devons-nous le dire alors maître de sa raison, d cet homme qui, paré d’un costume aux teintes variées et de couronnes d’or, se met à pleurer dans les sacrifices et les fêtes, sans avoir rien perdu de ces parures, ou éprouve de l’effroi devant plus de vingt mille personnes bien disposées pour lui, quoique nul ne le dépouille ni ne lui fasse tort ?

Ion. — Non, par Zeus ! point du tout, Socrate, pour dire la vérité.

Socrate. — Sais-tu que sur la plupart des spectateurs vous produisez aussi les mêmes effets ?

Ion. — Je le sais e fort bien. Je les vois chaque fois, du haut de mon estrade, qui pleurent, jettent des regards menaçants et restent, comme moi, saisis à mes paroles. C’est que je suis bien obligé d’avoir l’œil sur eux : si je les fais pleurer, je rirai, moi, en recevant l’argent, tandis que, si je les fais rire, c’est moi qui pleurerai en perdant mon salaire.

Socrate. — Sais-tu que ce spectateur est le dernier des anneaux dont je parlais, qui par la vertu de la pierre d’Héraclée tirent l’un de l’autre leur force d’attraction ? Celui du milieu, c’est toi, le rhapsode et l’acteur ; le 536 premier, c’est le poète en personne. Et la Divinité, à travers tous ces intermédiaires, attire où il lui plaît l’âme des humains, en faisant passer cette force de l’un à l’autre. À elle, comme à cette pierre-là, est suspendue une chaîne immense de choreutes et de maîtres de chœur et de sous-maîtres, obliquement rattachés aux anneaux qui dépendent de la Muse. Tel poète se rattache à une Muse, tel autre à une autre ; nous exprimons la chose en disant : il est b possédé, ce qui revient au même, car il est tenu. À ces premiers anneaux — les poètes — d’autres se trouvent rattachés à leur tour, ceux-ci à l’un, ceux-là à l’autre, et éprouvent l’enthousiasme ; les uns, c’est à Orphée[20], les autres à Musée[21] ; mais la plupart, c’est Homère qui les possède et les tient. Tu es de ceux-là, Ion : tu es possédé par Homère. Quand on chante quelque passage d’un autre poète, tu t’endors et ne trouves rien à dire ; mais vient-on à faire entendre un air de ce poète ? aussitôt te voilà éveillé, ton âme entre en danse et les idées c te viennent en foule. Car ce n’est point par l’effet d’un art ni d’une science que tu tiens sur Homère les discours que tu tiens ; c’est en vertu d’un privilège divin et d’une possession divine. Les gens en proie au délire des Corybantes ne saisissent qu’un air avec promptitude, celui du dieu qui les possède, et pour se conformer à cet air-là, trouvent sans peine gestes et paroles, sans se soucier des autres. Toi, Ion, tu es comme eux : est-ce d’Homère qu’on fait mention ? tu n’es pas en peine ; mais s’il s’agit des autres, tu restes court. Tu me demandes la cause d de cette facilité que tu as pour Homère, mais non pour les autres : c’est que tu ne dois pas à un art, mais à un privilège divin ton habileté à louer Homère.

Ion. — Tu parles bien, Socrate ; je serais surpris, pourtant, si tu parlais assez bien pour me persuader que c’est sous le coup d’une possession et d’un délire que je fais l’éloge d’Homère. Toi-même, je pense, tu ne le croirais pas, si tu m’entendais parler d’Homère.


Seconde démonstration.
Chaque art a son domaine propre.

Socrate. — Ma foi ! je ne demande pas mieux que te t’entendre ; pas avant, toutefois, que tu n’aies répondu à ceci : e parmi les sujets que traite Homère, quel est celui dont tu parles bien ? Car ce n’est évidemment pas de tous.

Ion. — Sache-le, Socrate : de tous sans exception.

Socrate. — Ce n’est évidemment pas de ceux qu’il t’arrive d’ignorer et que traite Homère.

Ion. — Et de quelle nature sont-ils, ces sujets que traite Homère et que j’ignore ?

Socrate. — Des arts, en particulier, Homère ne parle-t-il pas 537 en maint endroit et longuement ? Par exemple, de l’art du cocher ; si je me rappelle les vers, je te les citerai.

Ion. — Mais moi, je vais les dire. Moi, je me les rappelle.

Socrate. — Récite-moi donc ce que dit Nestor à son fils Antiloque, quand il lui conseille de prendre garde au tournant, dans la course de chevaux en l’honneur de Patrocle[22].

Ion. —

Toi-même, penche-toi sur le char bien poli,
à gauche, doucement ; puis, le cheval b de droite,
excite-le de l’aiguillon et de la voix ; rends-lui la main.
Que le cheval de gauche rase si bien la borne
qu’on croie la voir touchée au bord par le moyeu
de la roue ! Mais garde-toi de heurter la pierre !

Socrate. — Il suffit. Si ces vers d’Homère, Ion, c sont justes ou non, qui peut le mieux en juger, le médecin ou le cocher ?

Ion. — Le cocher, évidemment.

Socrate. — Parce que c’est son art, ou pour une autre raison ?

Ion. — Non ; parce que c’est son art.

Socrate. — Chacun des arts a-t-il donc reçu du dieu la faculté de connaître un certain ouvrage ? Car, n’est-ce pas ? ce que nous connaissons par l’art du pilote, nous ne le connaîtrons pas aussi par l’art du médecin.

Ion. — Assurément non.

Socrate. — Ni par l’art du menuisier ce que nous connaissons par celui du médecin.

Ion. — Non certes.

Socrate. — d En est-il donc ainsi de tous les arts ? Ce que nous connaissons par l’un, nous ne le connaîtrons point par l’autre ? Mais avant de me répondre là-dessus, dis-moi : accordes-tu que de deux arts, l’un diffère de l’autre ?

Ion. — Oui.

Socrate. — Pour moi, c’est en me fondant sur ce que celui-ci est la science de tels objets, et celui-là de tels autres, que je donne aux arts des noms différents. Fais-tu de même ?

Ion. — e Oui.

Socrate. — Car, n’est-ce pas ? si c’était une science des mêmes objets, pourquoi distinguerions-nous un art de l’autre, du moment qu’on pourrait également savoir les mêmes choses par les deux ? Ainsi, moi, je connais qu’il y a là cinq doigts, et toi, tu fais là-dessus la même constatation. Et si je te demandais : est-ce par le même art, l’arithmétique, que nous connaissons, toi et moi, les mêmes choses, ou par un autre ? tu dirais évidemment : par le même art.

Ion. — Oui.

Socrate. — Réponds donc maintenant 538 à la question que j’allais te poser tout à l’heure[23]. Dans tous les arts, crois-tu qu’il en soit ainsi, que le même art nous fasse nécessairement connaître les mêmes choses ; l’autre, non pas les mêmes, mais, puisqu’il est différent, nécessairement aussi d’autres choses ?

Ion. — C’est mon avis, Socrate.

Socrate. — Donc, celui qui ne possède pas un art ne sera pas en état de bien juger de ce qui appartient à cet art, paroles ou actes ?

Ion. — Tu as raison.

Socrate. — b Dans les vers que tu as récités, est-ce toi ou un cocher qui jugera le mieux si Homère parle bien ou non ?

Ion. — Un cocher.

Socrate. — C’est, n’est-ce pas ? que tu es rhapsode et non cocher.

Ion. — Oui.

Socrate. — Et l’art du rhapsode diffère de l’art du cocher ?

Ion. — Oui.

Socrate. — Si donc il en diffère, il est aussi la science d’objets différents.

Ion. — Oui.

Socrate. — Et quand Homère parle de Machaon blessé, à qui Hécamédè, la concubine de Nestor, donne à boire c le cycéon ? Il s’exprime à peu près ainsi[24] :

Sur le vin de Pramnos[25] elle râpait du fromage
de chèvre avec la râpe de bronze ; et puis tout auprès,
elle mit de l’oignon, condiment du breuvage.

Si ces paroles d’Homère sont justes ou non, est-ce à l’art du médecin ou à celui du rhapsode qu’il appartient de le bien discerner ?

Ion. — À l’art du médecin.

Socrate. — Et quand Homère dit[26] :

Elle plongea au fond, tel un plomb qui s’en va,
dfixé au bout de la corne d’un bœuf champêtre,
vite porter la mort aux poissons carnassiers[27],

comment nous prononcer ? Est-ce à l’art du pêcheur ou à celui du rhapsode qu’il appartient plutôt de juger ce que disent ces vers, et s’ils le font bien ou non ?

Ion. — Évidemment, Socrate, à l’art du pêcheur.

Socrate. — Voyons, suppose que tu interroges. Si tu me demandais : e « Eh bien, Socrate, puisque tu trouves chez Homère des choses dont le jugement appartient à chacun de ces arts, allons ! tâche de découvrir aussi, en ce qui concerne le devin et l’art divinatoire, de quelle nature sont les choses où il convient au devin de savoir discerner les qualités ou les défauts du poète », considère combien il me sera facile de te répondre avec vérité. Maintes fois il en parle, et dans l’Odyssée, — ainsi quand un des descendants de Mélampe, le devin Théoclymène[28], s’adresse aux prétendants :

539 Infortunés ! quel mal vous arrive ? La nuit
vous couvre, de la tête et de la face aux pieds,
et une plainte éclate et vos joues sont en larmes ;
de fantômes le porche est plein, la cour est pleine ;
ils s’en vont vers l’Érèbe et l’ombre ; le soleil
a disparu du ciel, sous la b brume sinistre[29],

et maintes fois dans l’Iliade ; par exemple, au combat du mur. Là encore, il dit[30] :

Un oiseau vint sur eux, qui tentaient le passage,
un aigle de haut vol, à gauche, arrêtant l’ost.
c Aux serres il portait un serpent rouge, énorme,
vivant et palpitant, et belliqueux encore :
il piqua son vainqueur près du col, à la gorge,
en retournant la tête ; et l’autre, de douleur,
le rejeta à terre, au milieu de la foule,
d et puis, avec un cri, s’envola dans le vent.

Ces endroits, et ceux du même genre, c’est au devin, dirai-je, qu’il appartient de les examiner et de les juger.

Ion. — Et tu auras raison, Socrate.

Socrate. — Toi aussi, Ion, tu as raison de le dire. Allons ! à ton tour : je t’ai choisi dans l’Odyssée et dans l’Iliade des endroits qui, par leur nature, appartiennent au devin, au médecin et au e pêcheur. Cite-m’en de même, puisqu’aussi bien tu es plus versé que moi dans les œuvres d’Homère, qui appartiennent au rhapsode, Ion, et à l’art du rhapsode, et qu’il convienne au rhapsode et d’examiner et de juger, de préférence aux autres hommes.

Ion. — Je le déclare, Socrate : tous sans exception.

Socrate. — Ce n’est pas toi, Ion, qui dis : tous sans exception. As-tu si peu de mémoire ? Pourtant le défaut de mémoire siérait mal à un rhapsode de profession.

Ion. — En quoi donc 540 manqué-je de mémoire ?

Socrate. — Ne te souviens-tu pas d’avoir dit[31] que l’art du rhapsode diffère de celui du cocher ?

Ion. — Je m’en souviens.

Socrate. — Puisqu’il en diffère, tu convenais donc aussi que ses connaissances seront différentes ?

Ion. — Oui.

Socrate. — Ce n’est donc pas à tout que s’étendront, d’après toi, les connaissances de l’art rhapsodique ni celles du rhapsode.

Ion. — Si, sauf peut-être aux cas de ce genre[32].

Socrate. — Par « cas de ce genre » b tu veux dire : sauf ce qui appartient aux autres arts, à peu près[33]. Mais alors, quelle sorte de choses connaîtra le tien, puisqu’il ne connaît pas tout ?

Ion. — Selon moi, le langage qui convient à un homme comme à une femme, à un esclave comme à un homme libre, à un subalterne comme à un chef.

Socrate. — Veux-tu dire que le langage convenable à qui gouverne en mer un vaisseau battu par la tempête, le rhapsode le connaîtra mieux que le pilote ?

Ion. — Non, celui-là, ce sera le pilote.

Socrate. — Mais le langage c convenable à qui gouverne un malade, le rhapsode le connaîtra-t-il mieux que le médecin ?

Ion. — Celui-là non plus.

Socrate. — Veux-tu dire celui qui convient à un esclave ?

Ion. — Oui.

Socrate. — Par exemple, d’après toi, le langage que doit tenir un esclave[34] bouvier pour apaiser ses génisses effarouchées, c’est le rhapsode qui le connaîtra, et non le bouvier ?

Ion. — Certes non.

Socrate. — Est-ce le genre de propos qu’il est convenable à une fileuse de tenir sur le travail d de la laine ?

Ion. — Non.

Socrate. — Est-ce le genre de propos qu’il convient à un général de profession de tenir à des soldats pour les exhorter ?

Ion. — Oui, voilà le genre de choses que connaîtra le rhapsode.

Socrate. — Quoi ! l’art du rhapsode est celui du général ?

Ion. — En tout cas je saurais, pour ma part, ce qu’un général doit dire.

Socrate. — C’est peut-être que tu as aussi les talents d’un général, Ion. Et en effet, si tu te trouvais unir les talents du cavalier à ceux du joueur de cithare[35], tu connaîtrais les chevaux qui sont bonnes ou mauvaises montures. Mais si e je te demandais, moi : « En vertu de quel art, Ion, connais-tu les chevaux qui sont bonnes montures ? Est-ce en qualité de cavalier, ou de joueur de cithare ? », que me répondrais-tu ?

Ion. — En qualité de cavalier, dirais-je.

Socrate. — Si. donc tu savais aussi discerner ceux qui jouent bien de la cithare, tu conviendrais que tu les discernes en qualité de cithariste et non de cavalier.

Ion. — Oui.

Socrate. — Puisque tu connais l’art militaire, est-ce en qualité d’habile général que tu le connais, ou de bon rhapsode ?

Ion. — Je n’y vois aucune différence.

Socrate. — Comment ? aucune 541 différence, dis-tu ? L’art du rhapsode et celui du général ne font-ils qu’un, d’après toi, ou sont-ce deux arts ?

Ion. — Un seul art, à mon avis.

Socrate. — À ce compte-là, quiconque est bon rhapsode se trouve être aussi bon général ?

Ion. — Tout juste, Socrate.

Socrate. — Par conséquent, quiconque se trouve être bon général est aussi bon rhapsode ?

Ion. — La réciproque ne me semble pas juste.

Socrate. — Mais il te semble que tout bon rhapsode est aussi b bon général ?

Ion. — Parfaitement.

Socrate. — Tu es, toi, le meilleur rhapsode de la Grèce ?

Ion. — Oui, Socrate, et de beaucoup.

Socrate. — Et général, Ion, es-tu aussi le meilleur de la Grèce ?

Ion. — N’en doute pas, Socrate ; et cela, parce que je l’ai appris dans Homère.

Socrate. — Alors, au nom des dieux, Ion, pourquoi donc, étant le meilleur des Grecs à la fois comme général et comme rhapsode, circules-tu par la Grèce en faisant le rhapsode, au lieu de commander des armées ? Crois-tu que les Grecs aient grand besoin c d’un rhapsode orné d’une couronne d’or, et nul besoin d’un général ?

Ion. — C’est que notre cité, Socrate, est gouvernée par vous[36], et sous votre commandement militaire ; elle n’a point besoin de général. Quant à la vôtre et à Lacédémone, ce n’est pas moi qu’elles iraient choisir pour général. À vous seuls vous croyez vous suffire.

Socrate. — Excellent Ion, ne connais-tu pas Apollodore de Cyzique[37] ?

Ion. — Quel Apollodore ?

Socrate. — Celui que les Athéniens ont souvent choisi pour général, d bien qu’étranger. De même Phanosthène d’Andros et Héraclès de Clazomène ; ce sont des étrangers, mais notre ville, les ayant vus faire la preuve de leur mérite, les élève aux commandements militaires et aux autres charges. Et Ion d’Éphèse, n’ira-t-elle donc pas le choisir pour général et lui confier des postes honorifiques, si on lui trouve du mérite ? N’êtes-vous pas d’ailleurs, vous autres gens d’Éphèse, Athéniens d’origine[38], et Éphèse le cède-t-elle à aucune autre ville ? e Mais venons au fait, Ion. Si tu dis vrai en attribuant à un art et à une science ton talent de louer Homère, tu es bien coupable : après t’être fait fort, devant moi, de savoir tant de belles choses sur Homère, et tout en promettant de m’en donner la preuve, tu te joues de moi ; et, bien loin de me montrer ton talent, tu ne veux même pas me dire quels sont ces sujets sur lesquels tu es habile à parler, malgré mon insistance prolongée. Tu te conduis tout bonnement comme Protée[39], prenant toutes les formes et te tournant dans tous les sens, et finalement, après m’avoir échappé, tu es apparu en général, pour ne pas faire voir combien tu es habile 542 dans la science d’Homère. Si donc, comme je le disais à l’instant, tu as sur Homère les connaissances de l’art, et si, après avoir promis de les montrer, tu te joues de moi, tu es coupable. Si, au contraire, tu n’as pas les connaissances de l’art, et si c’est en vertu d’un privilège divin et possédé par Homère que, sans rien savoir, tu dis sur ce poète tant de belles choses, comme je l’ai dit à ton sujet, tu n’es point coupable. Choisis donc ce que tu préfères, de passer à nos yeux pour un homme injuste ou pour divin.

Ion. — La différence est grande ! b Socrate. Il est bien plus beau de passer pour divin.

Socrate. — Eh bien, nous t’accordons, Ion, ce qui te paraît le plus beau : d’être divin et non d’avoir les connaissances de l’art dans tes éloges d’Homère.


  1. Les Μεγάλα Ἀσκλαπίεια se célébraient tous les quatre ans. La fête, qui durait au moins trois jours, se plaçait entre la fin d’avril et le début de juillet (Defrasse et Lechat, Épidaure, p. 233).
  2. Sur Métrodore, Stésimbrote et Glaucon, voir la Notice, p. 10.
  3. Famille de Chios (cf. p. 7, note 3) dont les membres prétendaient descendre d’Homère (Strabon, XIV, 645). Pindare, Ném. II, début, fait d’eux des aèdes ou des rhapsodes ; Platon parle des poèmes dont ils sont dépositaires (Phèdre, 252 bc ; Rép., 599 e, etc.). Mais ce nom désignait aussi, en général, les amateurs de poésie homérique.
  4. La poésie homérique décrit souvent le lever et le coucher du soleil, les phénomènes de l’atmosphère (Il., III, 10 sq. Notos et le brouillard ; IV, 75 sq. étoile filante, etc.) ; les astres (Il., V, 5 sq. Sirius ; cf. XIII, 26 sq. etc. ; XXII, 317 sq. Hespéros, etc.). — Le pays des morts est décrit dans la Nékyia (Od., XI).
  5. Cf. 531 a et 531 d. Les anciens n’hésitaient pas à mettre à côté d’Homère Archiloque, le maître de la satire.
  6. Le nom d’ὑποκριταί, habituellement réservé aux acteurs tragiques et comiques, est justement appliqué aux rhapsodes (Cf. 535 b sq., 536 a).
  7. Peintre fameux, contemporain de Cimon.
  8. Dédale passait pour avoir le premier exécuté des statues avec les yeux ouverts et en mouvement. — Épéios avait construit le fameux cheval de bois. — Théodore l’ancien inventa, dit-on, avec Rhoecos, son père, l’art de couler le bronze et le fer. Sur les œuvres attribuées à Théodore le jeune, voir Hérodote, I, 51 ; III, 41, etc.
  9. Olympos, joueur de flûte phrygien, à qui l’on attribuait la création de la musique intrumentale et l’invention des modes et rythmes propres à l’aulétique. — Thamyras (ou Thamyris), musicien thrace légendaire, fit le premier, dit-on, résonner la cithare sans accompagnement vocal (κιθάρισις). — Orphée, fils de Calliope, Thrace lui aussi, représente ici le chant accompagné de lyre (κιθαρῳδία). — Phémios est l’aède que l’Odyssée montre chantant à contre-cœur devant les prétendants.
  10. Aimant naturel (ou pierre d’aimant), appelé Μαγνῆτις λίθος par Euripide (Nauck, fr. 571, Æneus). Μαγνῆτις se rapporte-t-il à la presqu’île thessalienne de Magnésie ? L’autre nom (pierre d’Héraclée) indiquerait plutôt une ville d’Asie Mineure. L’expression, Λυδικὸς λίθος, dont se sert Sophocle (A. C. Pearson, fr. 800), peut faire penser à Magnésie de l’Hermos, en Lydie. Mais il y avait en Carie, au sud de Magnésie du Méandre, une ville du nom d’Héraclée.
  11. Euripide, Bacchantes, 708-711.
  12. Cf. Pindare, Ol., IX, 26-7 : « Si le sort a bien voulu que ma main sache cultiver le jardin privilégié des Charites » (trad. A. Puech).
  13. Aristophane, Ois., 748-751 : « C’est là que, pareil à l’abeille, Phrynichos allait butiner l’ambroisie de ses vers… »
  14. N’est connu, sauf ce passage, que par Porphyre, De Abst., II, 18 : « Les Delphiens ayant demandé à Eschyle d’écrire un péan, il répondit que Tynnichos l’avait déjà fait dans la perfection. »
  15. Odyssée, XXII, début. Socrate rappelle un peu inexactement les faits. C’est seulement au v. 35 que le héros se fait reconnaître, après avoir percé d’un trait Antinoos.
  16. Iliade, XXII, 312 sq.
  17. Il., VI, 370-502 ; XXII, 437-515 ; XXIV, 723-746.
  18. XXII, 79-89 ; XXII, 405 sq. ; 430-436 ; XXIV, 747-760.
  19. XXII, 33-78 ; XXII, 408-428 ; XXIV, 160-717.
  20. Orphée représente pour Platon (cf. 535 c) l’art citharodique. En outre on mettait sous son nom toute une littérature mystique (hymnes, discours sacrés, chants de purification) se rattachant aux rites de l’orphisme.
  21. À ce Thrace légendaire, fils ou disciple d’Orphée, et premier prêtre des mystères d’Éleusis, suivant la tradition, on attribuait divers poèmes religieux (Remèdes, Initiations, hymnes) et des Recueils d’oracles. Pausanias (I, 22, 7) rejette toute cette production comme étant l’œuvre d’Onomacrite, et ne reconnaît comme authentique qu’un Hymne à Démêter.
  22. La course de chevaux en l’honneur de Patrocle était peut-être le nom de cette partie de l’Iliade. Platon, non plus qu’Aristote, ne connaît d’autres divisions des poèmes homériques que celles qui sont marquées par le nom des épisodes essentiels (Λιταί, Hipp. min., 364 e ; Crat., 428 c ; Ἀλκίνου ἀπόλογοι, Rép., X, 614 b ; Τειχομαχία, Ion, 540 b). La division de l’Iliade et de l’Odyssée en vingt-quatre chants a été l’œuvre des critiques alexandrins, peut-être de Zénodote (voir les observations de V. Bérard dans son Introduction à l’Odyssée, tome III, p. 125 et suiv.). — Le passage cité ici est tiré de l’Iliade XXIII, 335-340 : jeux célébrés par les Achéens après les funérailles de Patrocle.
  23. Socrate revient à la question posée 537 d. Dans l’intervalle il a fait accepter à Ion cette idée que les sciences sont indépendantes l’une de l’autre.
  24. Iliade, XI, 639.
  25. Suivant les uns, le vin de Pramnos était ainsi désigné du nom d’une montagne dans l’île d’Icaros, qui donnait un vin rude et sec ; d’après Didyme, πραμνία était une espèce particulière de vigne ; selon d’autres, le vin provenait des environs d’Éphèse.
  26. Iliade, XXIV, 80-82, à propos d’Iris que Zeus envoie auprès de Thétis.
  27. Le morceau de plomb destiné à faire plonger la ligne du pêcheur était enfermé à la pointe d’une corne de bœuf. À cette extrémité se trouvait fixé l’hameçon.
  28. La généalogie de Théoclymène est détaillée dans l’Odyssée, XV, 225-256. Revenant à Ithaque et passant par Pylos, Télémaque est abordé par Théoclymène, un devin qui vient d’Argos, d’où il a été exilé pour un meurtre. Il accepte de le prendre avec lui et le ramène à Ithaque.
  29. Odyssée, XX, 351-357. Parmi les prétendants attablés, qui viennent d’entendre les paroles de Télémaque, Pallas, égarant leur raison, suscite un rire inextinguible. En même temps leurs yeux s’emplissent de larmes. C’est alors que Théoclymène prophétise leur mort prochaine et leur descente dans l’Hadès. Mais en l’écoutant ils se mettent à rire.
  30. Iliade, XII, 200-207. Les Troyens, qui ont repoussé les Achéens jusqu’au rempart du camp, s’apprêtent à le franchir, conduits par Polydamas et Hector. À la vue du présage, ils sont saisis de crainte Polydamas l’interprète et conseille à Hector la retraite.
  31. 538 b.
  32. Les cas spéciaux dont on a parlé (l’art du cocher, celui du médecin, etc., voir 539 de). Pour Ion ils sont peu importants.
  33. Πλὴν τὰ τῶν ἀλλῶν τεχνῶν σχεδόν τι commente τὰ τοιαῦτα. Mot à mot : « Tu dis : (sauf) les cas de ce genre, c’est-à-dire : sauf ce qui concerne à peu près les autres arts (autres que celui du rhapsode) ».
  34. Socrate va reprendre, l’un après l’autre, les exemples énumérés plus haut par Ion : après celui qui commande, l’esclave, la femme, etc.
  35. Socrate ne veut pas dire qu’Ion a les talents du joueur de cithare. Les rhapsodes déclamaient sans s’accompagner d’un instrument, et plus haut (533 b) l’art du cithariste est expressément distingué de celui du rhapsode. C’est simplement un exemple que Socrate imagine pour faire comprendre sa pensée (voir un peu plus loin : « si donc tu savais aussi discerner ceux qui jouent bien de la cithare », et noter dans les deux cas l’emploi de l’irréel).
  36. Voir la Notice, p. 23.
  37. Sur Apollodore de Cyzique, Phanosthène d’Andros et Héraclide de Clazomène, voir la Notice, p. 23-24.
  38. D’après la tradition, Éphèse avait été fondée par Androclos, fils de Codros, roi d’Athènes (Strabon, XIV, 1 ; Pausanias, VII, 2, 5). On y montrait encore son tombeau (Paus., VII, 2, 6).
  39. Odyssée, IV, 455 sq. Protée ne se laisse maîtriser par Ménélas qu’après toutes sortes de métamorphoses : il se change tour à tour en lion, en dragon, en panthère, en porc énorme, en eau et en arbre.