L’Encyclopédie/1re édition/BISTOURI

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Texte établi par D’Alembert, Diderot (Tome 2p. 265-266).
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BISTOURI, s. m. instrument de Chirurgie, en forme de petit couteau, destiné à faire des incisions : on en a de droits & de courbes. On considere deux parties à cet instrument ; la lame & le manche : la lame doit être d’un bon acier bien trempé. La partie de la lame qui est opposée à la pointe, se nomme le talon ; c’est un quarré allongé percé dans son milieu pour y passer un clou. L’extrémité postérieure du talon se termine par une queue fort courte, qui finit par un petit rouleau ou par une petite lentille de deux lignes de diametre, pour s’arrêter sur la châsse avec fermeté, & empêcher que la lame ne tourne comme celle d’un rasoir. La partie tranchante du bistouri droit est perpendiculaire, & son dos forme une ligne oblique, & a une ligne d’épaisseur à sa base ; il va insensiblement en diminuant jusqu’à la pointe. On considere en outre à la lame d’un bistouri le biseau & l’évuidé. Le biseau est une petite surface plate qui commence à la base de la lame, & qui accompagne le dos de chaque côté dans presque toute la longueur. Cette surface se fait par la meule ; elle a environ une ligne de diametre, & va insensiblement se perdre avant d’être arrivée à la pointe. On appelle l’évuidé l’espace qui est compris depuis le biseau jusqu’au tranchant, il est un peu cave ; il s’étend depuis le talon jusqu’à la pointe ; il est fait par la rondeur de la meule ; son utilité est de rendre le tranchant plus fin, en diminuant de la matiere. Fig. 1. Pl. II.

Le bistouri courbe doit avoir les mêmes qualités : la courbure n’en doit pas être fort grande ; il faut qu’elle commence dès sa base, qu’elle se continue insensiblement jusqu’à la pointe, & que dans tout le trajet, la courbure n’excede pas trois lignes. Le tranchant est dans la courbure. Fig. 2. Pl. II.

Je me sers dans plusieurs cas, & surtout dans l’extirpation des cancers, d’un bistouri courbe, tranchant sur sa convexité. Cet instrument a beaucoup d’avantage, parce que le tranchant agit tout-à-la-fois dans toute sa longueur ; & dans les bistouris ordinaires, il n’y a presque que la pointe qui soit d’usage.

Le manche des bistouris est composé de deux lames d’écaille de la même configuration que la lame. Elles sont percées à leur base d’un trou qui doit être moins large que celui du talon sur lequel elles s’appliquent, & auquel elles sont unies par un clou de fil de laiton rivé sur deux rosettes d’argent. L’extrémité de la châsse est aussi percée, & les deux pieces sont jointes par un clou rivé pareillement.

Les dimensions des bistouris peuvent varier ; ils ont communément deux pouces au plus de tranchant, & les autres parties sont proportionnées à celle-ci.

Il y a des bistouris boutonnés par leur extrémité ; on s’en sert dans les cas où l’on craint de piquer les parties par la pointe de l’instrument : on se sert aussi de bistouris à deux tranchans pour l’ouverture des abcès, l’opération du séton, &c. Fig. 3. Pl. II.

Bistouri à la lime, est un instrument de l’invention de M. Petit ; c’est un couteau dont la lame a deux pouces & demi de longueur, dont le tranchant est mousse, & qui n’a été trempé qu’après avoir été fabriqué. La pointe de ce bistouri est terminée par un petit bouton. Il est monté sur un manche d’ivoire taillé à pans. L’usage de ce bistouri est de dilater les étranglemens dans différentes opérations, comme dans les hernies, &c. ce qu’il exécute sans aucun danger, parce que son tranchant, qui est mousse, ne coupe que les parties qui résistent. Pl. III. fig. 17.

Btstouri gastrique, est un instrument inventé par M. Morand pour dilater les plaies du bas-ventre, afin de réduire les parties qui en sont sorties. Cet instrument est composé de deux pieces ; une fixe, & une mobile : la piece fixe est semblable à un manche de ciseaux, excepté qu’elle est plus longue ; elle est terminée d’un côté par un anneau, & de l’autre par un stylet ou une sonde boutonnée, & un peu recourbée : la piece mobile est plus courte ; elle est composée d’une lame dont le tranchant est extérieur, & d’un petit manche au bout duquel est un anneau semblable à celui de la piece fixe ; la partie antérieure de la lame est jointe à la piece fixe par une petite charniere à jonction passée ; l’union de la piece mobile à l’immobile est à deux pouces de distance du bout du stylet. (Voyez fig. 4. Pl. VI.) Pour se servir de cet instrument, on le tient par les anneaux comme des ciseaux ; on porte perpendiculairement le stylet dans l’endroit où l’on veut dilater, & lorsqu’il est entré aussi avant qu’il est nécessaire, on éloigne la partie mobile de l’immobile, afin de couper avec le tranchant les parties qui font l’étranglement. Cet instrument réunit la sonde & le bistouri qui occupoient les deux mains du chirurgien. C’est un grand avantage, puisque l’opérateur en se servant du bistouri gastrique, peut ranger de l’autre main les intestins, & se dispenser d’emprunter le secours d’une main étrangere, qui n’est jamais si sûre que la sienne.

Bistouri herniaire, est un bistouri courbe caché dans une cannule qui n’est plus en usage, pour dilater l’anneau du muscle oblique externe dans l’opération de la hernie. Feu M. de la Peyronie, premier chirurgien du Roi, a changé la destination de cet instrument, lequel au moyen de quelques corrections qu’il y a faites, est fort convenable pour l’opération du phymosis.

Cet instrument est composé de deux pieces principales ; d’une cannule d’argent ou d’acier, & d’un bistouri. Voyez fig. 15. & 16. Pl. III.

La cannule est arrondie, longue de quatre pouces, épaisse de quatre lignes à sa partie postérieure ; elle va insensiblement en diminuant pour se terminer par une pointe un peu mousse. Cette cannule est un peu courbe dans toute sa longueur ; sa partie supérieure & postérieure est plate depuis le manche, à la longueur de quatorze lignes : on observe dans le plus large de cette surface un trou taraudé pour recevoir une vis qui sert à attacher un ressort : cette surface plate est bornée par une éminence olivaire qui s’éleve du corps de la cannule à la hauteur de trois lignes, & qui peut avoir trois lignes & demie d’épaisseur, sur cinq lignes de longueur.

La cannule est fendue à jour, suivant l’épaisseur de son corps ; de maniere que cette fente regne supérieurement depuis la fin de la surface plate jusqu’à l’extrémité antérieure de la cannule, coupant dans ce chemin l’éminence olivaire en deux ; & inférieurement elle se termine à quatre ou cinq lignes de l’extrémité antérieure ; de sorte que ce qui reste de la cannule est coupé en talud, & ne paroît point du côté de sa convexité.

L’éminence olivaire qui est coupée en deux par la fente que nous venons d’observer, est percée diamétralement & dans son milieu, ayant une de ses ailes tournée en écrou pour recevoir une vis saillante.

La partie postérieure de la cannule se termine par une soie mastiquée dans un manche d’ébene ou d’ivoire tourné en pommette ; il doit être assez gros, & de la longueur de deux pouces quatre lignes.

Il y a en outre une petite lame d’acier battue à froid pour faire ressort ; sa figure est pyramidale ; elle est très-mince, large de deux lignes & demie vers sa base, & d’une bonne ligne & demie à sa pointe, qui est mousse & arrondie ; sa longueur est de quatorze lignes ; elle est recourbée dans son milieu, de maniere que la pointe s’éloigne de l’axe. Ce ressort est percé à sa base pour le passage d’une vis qui s’engage dans l’écrou qui est pratiqué à l’endroit le plus large de la surface plate de la cannule, pour fixer & attacher une extrémité du ressort sur la cannule, tandis que son autre extrémité éloignée de l’axe de la cannule pousse la piece de pouce dont nous allons parler.

La seconde piece principale de cet instrument est le bistouri ou la lame : on y considere deux parties ; la lame tranchante & le talon : la lame est fort étroite, elle n’a point de biseau, tout est evuidé ; sa pointe est fort allongée & fort aiguë, ce qui est fort utile pour l’opération du phymosis. La seconde partie de la lame est le talon ; on y observe une crête arrondie de trois lignes de haut, sur cinq lignes de longueur, située perpendiculairement sur la partie supérieure du talon : cette crête est percée dans son milieu par un trou qui la traverse : sur le sommet de cette crête est attachée horisontalement une piece de pouce, ou petite plaque légerement convexe, longue d’un pouce cinq lignes, & large d’environ sept à huit lignes à sa base.

La jonction de la lame avec la cannule est telle, que la premiere est entierement cachée dans la fente de la cannule ; & la crête se trouvant entre les deux pieces de l’éminence olivaire, elle y est arrêtée par une vis saillante qui traverse les deux pieces & la crête de la lame. Cette jonction forme une charniere ; lorsqu’on appuie sur la piece de pouce, on l’approche du manche en forçant le ressort ; le tranchant de la lame fait en même tems la bascule, & il sort de dedans la fente de la cannule : dès qu’on cesse d’appuyer sur la piece de pouce, la pointe du ressort s’éleve avec vîtesse, & fait rentrer la lame dans la cannule.

La vis qui attache le ressort sur la surface plate de la cannule doit avoir une petite rainure ou échancrure sur le milieu de sa tête, afin de pouvoir être démontée par le moyen d’un tourne-vis. Mais la vis saillante qui fait l’essieu de la charniere doit avoir un manche en forme de petite aile, pour pouvoir séparer aisément dans le besoin la lame, & retirer la cannule.

Cet instrument, qu’on a nommé bistouri herniaire parce qu’il a été imaginé pour faire la dilatation des étranglemens dans les hernies, n’est point propre à cet usage, parce que ces obstacles sont extérieurs (Voyez Hernie), & que ce bistouri couperoit intérieurement beaucoup au-delà des obstacles ; inconvénient qui l’a fait proscrire de l’usage auquel il avoit été destiné.

M. de la Peyronie qui a fait ajoûter la vis ailée, qui a beaucoup de prise & qu’on peut facilement ôter, au lieu d’une vis perdue qui tenoit la lame montée sur la cannule, s’est servi de cet instrument pour l’opération du phymosis ; il introduisoit ce bistouri avec la cannule au-delà de la couronne du gland, sans courir risque de piquer le malade : il ôtoit ensuite la vis & retiroit doucement la cannule, de sorte que la lame restoit seule entre le prépuce & le gland ; il la prenoit par sa petite plaque avec la main droite, & le pouce & le doigt index de la main gauche étant appliqués aux deux côté de l’endroit où il jugeoit que la pointe de l’instrument sortiroit, il perçoit le prépuce, passoit aussi-tôt le doigt index derriere le dos du bistouri, & achevoit l’opération en retirant à lui le bistouri avec les deux mains. Voyez Phymosis.

M. le Dran a imaginé un bistouri herniaire, dont la lame est cachée dans une sonde creuse ; le talon de la lame est relevé & retiré en arriere en sortant de la sonde creuse, lorsqu’on appuie le pouce sur la plaque ; & cela sans que la pointe puisse sortir de la sonde, au moyen d’une queue d’aronde qui termine la lame, & qui coule dans deux rainures. Voyez fig. 5. Planche VI. deux petites ailes qui sont aux parties latérales du corps de cet instrument, & qui assujettissent & défendent l’intestin, lorsqu’on a introduit dans l’anneau la sonde creuse où la lame est renfermée. (L)