L’Encyclopédie/1re édition/BLÉ

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Texte établi par D’Alembert, Diderot (Tome 2p. 280-281).
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BLÉ, s. m. plante qui produit un grain dont on fait le pain, qui est la principale nourriture de l’homme. Voyez Pain.

On donne aussi le nom de blé au grain ou semence de cette plante, après qu’elle est séparée de son épi. Voyez Grain & Semence.

Dans le commerce des blés on n’en distingue que de trois sortes : le blé proprement dit, qu’on nomme autrement froment ; voyez Froment : le seigle qui est une espece bien différente, & d’une qualité fort inférieure ; voy. Seigle : & un troisieme blé qui résulte du mêlange des deux autres, qu’on appelle blé méteil ; voyez Méteil.

A l’égard des laboureurs, ils mettent encore au nombre des blés plusieurs de ces grains que l’on seme au mois de Mars, comme l’orge, l’avoine, les pois, la vesce, &c. voyez ces mots : mais pour les distinguer, ils les qualifient de petits blés.

Le maïs & le sarasin sont encore des grains auxquels on donne le nom de blé : l’un s’appelle blé de Turquie & blé d’Inde, & l’autre blé noir. Voyez Blé de Turquie & Blé noir.

Il n’y a que l’Europe, mais non pas par-tout ; l’Egypte, & quelques autres cantons de l’Afrique, le long des côtes de Barbarie, & peu d’endroits de l’Amérique, défrichés & cultivés par les Européens, comme la nouvelle France, la nouvelle Angleterre, & l’Acadie, qui produisent du blé.

Les autres parties du monde ont en place le maïs & le riz ; & même en quelques lieux des îles & du grand continent de l’Amérique, de simples racines, telles que sont les patates & la manioc. Voyez Patate & Manioc.

L’Egypte passoit autrefois pour le pays le plus fertile en blé. On sait par l’histoire sainte, en quelle réputation elle étoit sur ce point dès les premiers tems ; & l’on apprend par l’histoire profane, qu’elle en fournissoit à une partie des peuples soûmis à l’empire Romain, & qu’on la nommoit la mere nourrice de Rome & de l’Italie. La France, l’Angleterre, & la Pologne semblent avoir pris la place de l’Egypte ; & c’est de leur abondance & de leur superflu, que la plûpart des autres nations de l’Europe subsistent.

L’opinion commune est que dans les premiers siecles du monde on ne vivoit que des fruits de la terre & de gland : quelques-uns ajoûtent cette espece de noisette que produit le hêtre, qu’ils prétendent avoir été appellé pour cela fagus en Latin, du mot Grec φάγω, je mange. Ils disent qu’on n’avoit ni l’usage du blé, ni l’art de le préparer & de le rendre mangeable. Voyez Boulanger.

On dit que c’est Cerès qui a fait connoître le blé aux hommes ; ce qui la fit mettre au rang des dieux. D’autres attribuent cet honneur à Triptoleme, fils de Celée, roi des Eleusiniens. D’autres veulent que Cerès ait trouvé le blé, & que Triptoleme ait inventé l’art de le semer & de le cultiver.

Diodore de Sicile dit que ce fut Isis ; surquoi Polydore Virgile observe qu’il ne differe point des autres, parce qu’Isis & Cerès sont la même. Les Athéniens prétendoient que c’étoit chez eux que cet art avoit commencé. Les Crétois & les Siciliensaspiroient à la même gloire, aussi-bien que les Egyptiens. Quelques-uns croyent que les Siciliens sont mieux fondés, parce que la Sicile étoit la patrie de Cerès, & que cette déesse n’enseigna ce secret aux Athéniens, qu’après l’avoir appris aux Siciliens.

D’autres prétendent que Cerès passa d’abord dans l’Attique, de-là en Crete, & enfin en Sicile. Il est cependant des savans qui soûtiennent que c’est en Egypte que l’art de cultiver les blés a commencé ; & certainement il y avoit des blés en Egypte & dans l’Orient, long-tems avant Cerès. Voyez aux articles Froment, Seigle, Epautre, Méteil , &c. le choix de terre, la culture, & les autres parties de l’agriculture qui leur conviennent.

Pour conserver le blé, il faut le bien sécher & le tenir net. Le grenier doit avoir ses ouvertures au septentrion ou à l’orient, & des soûpiraux au haut. Il faut avoir soin de le travailler de quinze en quinze jours tout au moins, les six premiers mois : dans la suite il suffit de le cribler tous les mois. Après deux années il ne s’échauffe plus, & il n’a plus rien à craindre que de l’air & de l’humidité étrangere. Voyez Grenier.

Peu de tems après le siége que soûtint Metz sous Henri II. le duc d’Epernon fit faire de grands amas de grains dans la citadelle, qui se sont conservés jusqu’en 1707. Quoique la citadelle eût été bâtie sous Henri III. il y en avoit un tas dans le magasin, avec lequel on fit du pain, dont le roi, le dauphin, & les seigneurs qui passerent par cette ville mangerent.

Une des choses qui contribue le plus à la conservation du blé, c’est la croûte qui se forme sur toute la superficie par la germination des grains extérieurs, jusqu’à l’épaisseur d’un pouce & demi. On se promenoit sur celui de Metz, sans que cette croûte obéît. On a vû à Sedan un magasin taillé dans le roc & assez humide, dans lequel il y avoit un tas de blé très-considérable depuis 110 ans : il étoit revêtu d’une forte croûte épaisse d’un pié.

Il y a des greniers à Chaalons où l’on conserve le blé 30 ou 40 ans.

On choisit le plus beau blé & du meilleur cru qu’il est possible. Après l’avoir travaillé, on en fait un tas aussi gros que le plancher le peut permettre : on met ensuite dessus un lit de chaux vive en poudre de trois pouces d’épaisseur ; puis avec des arrosoirs on humecte cette chaux qui forme avec le blé une croûte. Les grains de la superficie germent, & poussent une tige d’environ un pié & demi de haut, que l’hyver fait périr : on n’y touche point que quand la nécessité y oblige.

Blé de Turquie, maïs ; genre de plante dont la fleur n’a point de pétales : elle est composée de plusieurs étamines qui sortent d’un calice. Cette fleur est stérile ; les embryons naissent séparément des fleurs ; ils sont rassemblés en épis, & terminés par un long filet. Les épis sont enveloppés dans des feuilles qui leur servent de gaines. Chaque embryon devient une semence arrondie, anguleuse, & enchâssée dans l’un des chatons du poinçon qui soûtient l’épi du fruit. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez Plante.

Il y a du blé de Turquie en Bourgogne, en Franche-Comté, & ailleurs. Il vient facilement, & c’est toûjours un secours dans les famines. On en fait du pain assez sain. On en consomme considérablement dans l’Amérique, aux Indes, & en Turquie. Il aime la terre grasse bien remuée, & les sillons larges ; le froid lui est très-contraire. Quant à sa culture, voy. Agriculture.

Blé noir ou Sarasin, fagopyrum ; genre de plante dont la fleur n’a point de pétales : elle est composée de plusieurs étamines qui sortent d’un calice divisé en cinq parties. Le pistil devient dans la suite une semence triangulaire, renfermée dans une enveloppe qui a servi de calice à la fleur. Ajoûtez aux caracteres de ce genre, que les fleurs naissent en grappe ou en épi, & que les racines sont chevelues. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez Plante. (I)

* Le sarrasin est plus commun en France que le blé de Turquie. Il ne sert qu’à nourrir la volaille. Les faisans en sont friands ; c’est pourquoi l’on en seme dans les bois, & par-tout où l’on veut attirer ces oiseaux. Le pain & la bouillie qu’on en fait, sont noirs & amers, à moins qu’on n’y mêle d’autres grains. Le fourrage en est bon pour les vaches. Il vient dans toutes sortes de terres, & aime la secheresse. Les labours lui sont avantageux, & on le seme en sillons. Les pierres & les cailloux ne l’empêchent pas de pousser. En semant de bonne-heure dans les pays chauds, on en fera jusqu’à deux récoltes par an. Quant à sa culture, c’est la même que celle des autres grains. Voyez Agriculture.