L’Encyclopédie/1re édition/CAPILLAIRE

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CAPILLAIRE, tiré du Latin capilli, cheveux, se dit de plusieurs choses, pour marquer leur petitesse, &c. qui ressemble à celle des cheveux.

Vaisseaux Capillaires, en Anatomie, ce sont les dernieres & les plus petites ramifications des veines & des arteres, qui sont insensibles, & qui lorsqu’on les coupe ou rompt, ne rendent que fort peu de sang. Voyez Veine & Artere.

Les vaisseaux capillaires doivent être beaucoup plus fins que les cheveux ; on ne sauroit mieux les comparer qu’aux fils des toiles d’araignée, & on les appelle quelquefois vaisseaux évanoüissans. Voyez Circulation. (L)

Les tuyaux ou tubes capillaires, en Physique, sont de petits tuyaux les plus étroits que les ouvriers puissent faire, & non pas dont le diametre ne passe pas la grosseur d’un cheveu ; car on n’en a peut-être jamais fait de cette espece.

Le diametre ordinaire des vaisseaux capillaires est de la moitié, du tiers, ou du quart d’une ligne : cependant le docteur Hook nous assûre qu’il a tiré à la flamme d’une lampe des tuyaux plus petits encore, & au moins aussi fins qu’un fil de toile d’araignée. Ce fait est assez difficile à croire.

L’ascension de l’eau dans les tuyaux capillaires est un phénomene, dont l’explication embarasse fort les philosophes. Mettez dans l’eau l’un des bouts d’un petit tuyau ou d’un petit tube ouvert des deux côtés, & l’eau s’élevera à une hauteur sensible dans le tube où elle demeurera suspendue : de plus plongez dans le fluide plusieurs tubes capillaires, dont l’un soit d’un diametre beaucoup plus petit que l’autre ; l’eau montera beaucoup plus haut dans le petit tube capillaire : son élévation sera en raison réciproque du diametre des tubes.

Cette élevation spontanée, contraire en apparence aux loix de la pesanteur mérite une attention particuliere. Le corps humain est une machine hydraulique ; & dans le nombre presqu’infini de tuyaux qui le composent, celui des capillaires est sans comparaison le plus grand ; & c’est par conséquent la connoissance de cette espece de tuyaux qui nous intéresse le plus.

M. Carré, aidé de M. Geoffroy, dit avoir fait sur les tuyaux capillaires les expériences suivantes. 1°. l’eau s’étant élevée au-dessus de son niveau dans un tuyau capillaire, si ensuite on pompe l’air aussi exactement qu’il soit possible, elle ne redescend point ; au contraire elle monte encore un peu : 2°. si l’on enduit de suif le dedans d’un tuyau capillaire, l’eau ne s’y met que de niveau au reste de sa surface : mais si ce tuyau n’est enduit de suif que jusqu’à une hauteur moindre que celle où il est plongé dans l’eau, elle monte à son ordinaire au-dessus de son niveau ; & s’il n’est enduit de suif que d’un côté, l’eau de ce côté-là se met de niveau, & de l’autre monte au-dessus. Hist. accad. 1705.

Plusieurs auteurs attribuent l’ascension de l’eau dans ces tuyaux, à la pression inégale de l’air dans des tubes inégaux : l’air, disent-ils, est composé de parties rameuses, spongieuses, entremêlées & embarrassées les unes avec les autres : ainsi une colonne d’air étant placée perpendiculairement sur l’ouverture d’un petit tuyau capillaire, une partie sensible de la pression agira sur les parois de la surface du tube, de façon que la colonne ne pressera pas avec tout son poids sur le fluide placé au-dessous, mais qu’elle en aura perdu une quantité plus ou moins grande, suivant que le diametre sera plus petit ou plus grand. Mais une explication si vague se détruit & par elle-même, & par cette observation, que l’expérience réussit aussi bien dans le vuide que dans l’air.

D’autres, comme M. Hauksbée, &c. ont recours à l’attraction des anneaux de la surface concave du tube ; & le docteur Morgan souscrit à cette opinion en ces termes. « Une partie de la gravité de l’eau dans ce tube étant arrêtée par la force attractive de la surface interne concave du verre ; le fluide qui est dans le tube devra, au moyen de la supériorité du poids extérieur, monter aussi haut qu’il faudra pour compenser cette diminution de gravité produite par l’attraction du verre ». Il ajoûte que comme la force de l’attraction des tubes est en raison réciproque des diametres, on pourra en diminuant ces diametres, ou en prenant des tubes de plus en plus petits, faire monter l’eau à telle hauteur qu’on voudra.

Mais cet auteur s’est un peu mépris en cela, selon M. Jurin ; car puisque dans les tuyaux capillaires la hauteur à laquelle l’eau s’élevera naturellement, est réciproquement comme le diametre du tube, il s’ensuit de-là que la surface qui tient l’eau suspendue est toûjours une quantité donnée : mais la colonne d’eau suspendue dans chaque tube est comme le diametre du tube ; & par conséquent si l’attraction de la surface contenante étoit la cause de la suspension de l’eau, il s’ensuivroit de-là, selon M. Jurin, que des causes égales produiroient des effets inégaux ; ce qui est absurde. De plus, M. Jurin ajoûte que ce n’est pas seulement l’explication de M. Hauksbée qui s’étend trop loin, mais aussi le phénomene qu’il suppose ; car il n’a pas lieu dans tous les fluides : il arrive même tout le contraire dans le mercure ; cette liqueur ne s’élevant pas dans le tube jusqu’au niveau de celle qui est dans le vaisseau, & la hauteur qui s’en manque se trouvant d’autant plus grande, que le vaisseau est plus petit.

M. Jurin propose une autre explication de ce phénomene, laquelle est confirmée, selon lui, par les expériences. « La suspension de l’eau, dans le système de cet auteur, doit s’attribuer à l’attraction de cette circonférence de la surface concave du tube, à laquelle la surface supérieure de l’eau est contiguë, & adhere ; cette circonférence étant la seule partie du tube de laquelle l’eau doive s’éloigner en sortant du repos, & par conséquent la seule qui par la force de sa cohésion & de son attraction, s’oppose à la descente de l’eau ». Il fait voir que c’est une cause proportionnelle à l’effet, parce que cette circonférence & la colonne suspendue sont toutes deux en la même proportion du diametre du tube. Après cette explication de la suspension de la liqueur, l’ascension qui paroît spontanée de cette même liqueur dans ce tube s’expliquera aussi fort aisément ; car puisque l’eau qui entre dans les tuyaux capillaires, aussi-tôt que leur orifice y est plongé, perd une partie de sa gravité par l’attraction de la circonférence à laquelle sa surface touche ; il faut donc nécessairement qu’elle s’éleve plus haut, soit par la pression de l’eau stagnante, soit par l’attraction de la circonférence qui est immédiatement au-dessus de celle qui lui est contiguë.

M. Clairaut, dans sa Théorie de la figure de la terre, imprimée à Paris en 1743, a donné une théorie de l’élévation ou de l’abaissement des liqueurs dans les tuyaux capillaires, où il combat l’explication de M. Jurin. Voici ce qu’il lui objecte.

1°. On ne sauroit employer le principe que les effets sont proportionnels aux causes, que quand on remonte à une cause premiere & unique, & non lorsqu’on examine un effet qui résulte de la combinaison de plusieurs causes particulieres, qu’on n’évalue pas chacune séparément : or quand on compare l’élévation de l’eau dans deux tubes différens, l’attraction de chaque surface est le résultat de toutes les attractions de chaque particule de verre sur toutes celles de l’eau ; & comme toutes les petites forces qui composent la force totale d’une de ces surfaces ne sont pas égales entr’elles, on n’a aucune raison pour conclurre l’égalité d’attraction de deux surfaces, de l’égalité d’étendue de ces surfaces ; il faudroit de plus que ces surfaces fussent pareilles. Par la même raison, quand même on admettroit que le seul anneau du verre qui est au-dessus de l’eau seroit la cause de l’élevation de l’eau, on n’en sauroit conclurre que le poids élevé devroit être proportionnel à ce diametre ; parce qu’on ne peut connoître la force de cet anneau, qu’en sommant celle de toutes les particules.

2°. Supposé qu’on eût trouvé que la force d’un anneau de verre fût en raison constante avec son diametre, on n’en pourroit pas conclurre qu’une colonne du fluide d’un poids proportionnel à cette force, seroit suspendue par son moyen. On voit bien qu’un corps solide tiré en en-haut par une force égale à son poids, ne sauroit tomber : mais si ce corps est fluide, ses parties étant détachées les unes des autres, il faut faire voir qu’elles se soûtiennent mutuellement.

M. Clairaut examine ensuite la question des tuyaux capillaires, par les principes généraux de l’équilibre des fluides : son exposé est trop géométrique pour être rendu ici, & nous renvoyons à l’ouvrage même ceux qui voudront s’en instruire. Nous nous contenterons de dire que M. Clairaut attribue l’élevation de l’eau à l’attraction du bout inférieur du verre, & à celle du bout supérieur ; & qu’il fait voir que quand le tube a un fort petit diametre, l’eau doit s’y élever à une hauteur qui est en raison inverse de ce diametre ; pourvû qu’on suppose que l’attraction du verre agisse suivant une certaine loi. Il ajoûte que quand même l’attraction du tuyau capillaire seroit d’une intensité plus petite que celle de l’eau, pourvû que cette intensité ne fût pas deux fois moindre, l’eau monteroit encore ; ce qu’il prouve par ses formules. Il explique en passant une expérience de M. Jurin, qui au premier coup d’œil paroît contraire à ses principes : cette expérience consiste en ce que si on soude deux tuyaux capillaires d’inégale grosseur, & qu’on trempe le bout le plus étroit dans l’eau, cette liqueur n’y monte pas plus haut que si tout le tuyau étoit de la même grosseur que par le bout d’en-haut. Quant à la descente du vif-argent dans les tuyaux capillaires, il l’explique en montrant que les forces qui tirent en en-bas dans la colonne qui traverse le tube, sont plus grandes que les forces qui agissent dans les autres colonnes ; & qu’ainsi cette colonne doit être la plus courte, afin de faire équilibre aux autres.

Au reste dans cette explication M. Clairaut suppose que l’attraction n’est pas en raison inverse des quarrés des distances, mais qu’elle suit une autre loi, & dépend d’une fonction quelconque de la distance ; sur quoi voy. la fin de l’art. Attraction.

Il faut pourtant ajoûter à ce que nous avons dit dans cet article, que si on suppose les phénomenes des tuyaux capillaires produits par l’attraction, il paroît difficile d’exprimer la loi de cette attraction, autrement que par une fonction de la distance ; car cette attraction ne sauroit être en raison inverse du quarré de la distance, parce qu’elle est trop forte au point de contact ; nous l’avons prouvé à l’article Attraction. Elle ne sauroit être non plus comme une simple puissance plus grande que le quarré ; car elle seroit infinie à ce point de contact ; elle ne peut donc être que comme une fonction : il est vrai qu’une telle loi seroit bien bisarre, & que cela suffit peut-être pour suspendre son jugement sur la cause de ce phénomene.

On trouve dans les tomes VIII. & IX. des Mémoires de l’Académie de Petersbourg, des dissertations sur cette même matiere, par M. Weitbrecht. L’auteur paroît la bien entendre, & l’avoir approfondie. La dissertation de M. Jurin sur lès tuyaux capillaires, contient un choix ingénieux d’expériences faites pour remonter à la cause de ces phénomenes ; elle est insérée dans les Transactions philosophiques, & on la trouve en François à la fin des Leçons de Physique expérimentales de M. Cotes, traduites par M. le Monnier, & imprimées à Paris en 1742.

De toutes les liqueurs qui s’élevent dans les tuyaux capillaires, l’eau est celle qui monte le plus haut : c’est ce que M. Carré a trouvé en faisant les expériences des tuyaux capillaires avec un grand nombre de liqueurs différentes. Selon cet auteur, la raison de cette ascension plus grande de l’eau, c’est que les surfaces de ses petites parties sont d’une telle configuration, qu’elles touchent plus immédiatement, c’est-à-dire, en un plus grand nombre de points, la surface du verre. Il est aisé d’appliquer ce raisonnement aux liqueurs qui mouillent certains corps, & n’en peuvent mouiller d’autres : car lorsque les parties des liqueurs ont leurs surfaces telles qu’elles peuvent s’appliquer plus immédiatement à la surface des corps qu’elles touchent, elles y adherent, & y sont comme collées, soûtenues d’ailleurs par la pression du fluide environnant ; & c’est par cette raison que les gouttes d’eau suspendues aux feuilles des arbres, ou à d’autres corps, ne tombent pas. L’on peut aussi par ce même principe rendre raison pourquoi certaines liqueurs, comme l’huile & l’eau, ne s’unissent pas ; & au contraire, pourquoi les parties d’une même liqueur s’unissent si facilement.

Nous devons à M. Formey une partie de cet article. (O)

Capillaire, (fracture) est une fracture au crane si peu marquée, qu’à peine la peut-on voir : elle ne laisse pas d’être mortelle. Voyez Fracture & Fissure.

La fracture capillaire est l’effet d’un coup, d’une chûte, qui peut procurer un dépôt sous le crane ; ainsi lorsqu’on l’a reconnue, il faut faire l’opération du trépan. Voy. Trépaner. (N)

Capillaire, (Hist. nat. bot.) adiantum, genre de plante que l’on peut reconnoître par ses feuilles. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez Plante. (I)

Capillaire, (Medecine.) se dit de cinq plantes dont voici les noms ; savoir l’adiante commun ou noir ; l’adiante blanc, appellé capillaire de Montpellier ; le polytric (Voyez Polytric) ; le céterach ou la scolopendre (Voyez Ceterach) ; & la salvia vitæ ou ruta muraria. V. Rue de muraille.

La vertu de tous les capillaires est d’être incisifs, atténuans, diurétiques, stomachiques, & propres pour aider l’expectoration. Le meilleur capillaire est le suivant.

C’est de l’adiantum fruticosum brasilianum, C. B. P. qu’on fait le sirop de capillaire, qui est très-adoucissant ; on peut lui substituer le capillaire commun ; filicula quæ adiantum nigrum officinarum pinnulis obtusioribus. J. R. H. Il entre dans le sirop de chicorée composé, & dans le sirop de guimauve de Fernel.

Le meilleur après ceux-là est le capillaire de Montpellier ; adiantum foliis coriandri. C. P. B. & J. R. H.

Capillaire, (sirop de) se prépare de plusieurs façons ; le meilleur est celui qui nous vient de Montpellier.

Sirop de capillaire, selon la Pharmacopée nouvelle de Paris. Prenez capillaire de Canada deux onces ; faites-les infuser pendant deux heures, en y versant eau bouillante six livres : cette infusion se fera dans un vaisseau fermé ; on y fondra sucre blanc six livres ; on clarifiera ensuite, & l’on fera cuire à consistance de sirop, ou mieux encore à consistance d’électuaire : on y ajoûtera une nouvelle infusion de capillaire ; on aromatisera ensuite le sirop avec l’eau de fleur d’orange.

Le sirop de capillaire est très-vanté ; il possede toutes les vertus de cette plante : on l’employe dans les maladies de poitrine : on le mêle dans la tisane ordinaire ; dans les émulsions, dans le thé, pour les rendre plus adoucissans. (N)