L’Encyclopédie/1re édition/CHUTE

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CHUTE, s. f. en Physique, est le chemin que fait un corps pesant en s’approchant du centre de la terre. Voyez Descente.

Galilée est le premier qui ait découvert la loi de l’accélération des corps qui tombent ; savoir qu’en divisant tout le tems de la chûte en instans égaux, le corps fera trois fois autant de chemin dans le second instant de sa chûte que dans le premier, cinq fois autant dans le troisieme, sept fois autant dans le quatrieme, &c. & ainsi de suite, suivant l’ordre des nombres impairs. Voyez un plus long détail sur ce sujet à l’article Accélération. Pour la cause de la chûte des corps, voyez Pesanteur.

Pour les lois de la chûte des corps, voyez Descente. (O)

Chûte de l’anus ou fondement, (Chirurg.) c’est un accident qui consiste en ce que, quand le malade va à la selle, l’intestin rectum lui sort si considérablement, qu’il ne peut plus rentrer dans le corps, ou que s’il y rentre, il retombe. Voyez Rectum.

C’est quelquefois une maladie chronique, surtout quand elle vient de paralysie : ses causes sont le relâchement des fibres du rectum ou du muscle sphincter ; ou bien la constriction du ventre, la diarrhée, la dyssenterie, ou le tenesme.

On en guérit difficilement quand elle est accompagnée d’hémorrhoïdes. Les médicamens les plus propres pour la cure, sont les astringens. Il est besoin aussi d’une opération manuelle pour faire rentrer l’intestin, qui exposé à l’air, ne manqueroit pas de se tuméfier & de se mortifier, s’il ne l’est pas déjà.

Il arrive souvent qu’il retombe aux enfans, après qu’on l’a fait rentrer, principalement lorsqu’ils crient ; & dans le cas où il y a diarrhée, il est bien difficile de le contenir en-dedans.

M. Suret, maître chirurgien de Paris, a imaginé un bandage pour la chûte du rectum, qui est très-ingénieux & qui a mérité l’approbation des plus grands maîtres de l’art. Il doit le présenter à l’académie royale de Chirurgie, & sa découverte sera rendue publique dans la suite des mémoires que cette académie donnera. Le grand avantage de cet instrument est de contenir les parties au même degré de compression, dans quelque attitude que puisse prendre le malade, debout, couché, assis, &c. le bandage comprime toûjours également. Ceux qui seront dans le cas d’en éprouver les effets, sentiront tout le prix d’une pareille invention.

Chûte de la matrice, est la descente de cette partie en-embas, causée par le relâchement des ligamens destinés à la retenir dans sa place. Voyez Uterus.

Si la matrice est tombée dans le vagin de maniere qu’on en sente l’orifice avec les doigts en-dedans des levres de la vulve, ou qu’on le voye des yeux en-dedans, cela s’appelle un abbaissement de matrice. Si elle est tout-à-fait tombée de sorte qu’elle traîne pendante en-dehors des levres, mais de sorte qu’on n’en voye pas plus le dedans que l’orifice, cela s’appelle chûte de matrice. Si étant descendue elle est retournée de maniere que le dedans sorte par les levres, & qu’il pende une espece de sac charnu avec une surface inégale, cela s’appelle renversement de matrice.

Ces desordres peuvent procéder de mouvemens violens, de toux, d’éternument, de fleurs blanches. Ils arrivent le plus souvent aux femmes grosses, en conséquence du poids qui porte & presse sur l’uterus ; mais principalement si le fœtus est mort, s’il est dans une mauvaise posture, ou qu’il ait été tiré par force.

Le renversement de matrice est ordinairement la suite immédiate de l’extraction d’un placenta, adhérent au fond de cet organe : dès qu’on s’apperçoit de cet accident & qu’on a réussi à détacher l’arriere-faix, il faut faire promptement la réduction. Si l’on ne peut pas y réussir, la vie de la malade est dans un grand danger par la mortification qui est l’effet de l’étranglement du fond de l’utérus par l’orifice.

Après avoir replacé la partie, il faut employer les astringens, tels que ceux dont on fait usage dans les diarrhées, les hémorrhoïdes, la gonorrhée simple, &c. & retenir la matrice avec un pessaire. Voyez Pessaire.

Chûte de la luette, est la descente ou le relâchement de la luette ou des amygdales. Voy. Luette. (Y)

Chûte, en Architecture, est un ornement de bouquets pendans, composés de fleurs ou de fruits qu’on place assez souvent dans les ravalemens des arriere-corps de chambranles, de pilastres de pierre, ou paneaux de menuiserie. (P)

Chûte, terme d’Horlogerie. Lorsqu’une des dents de la roue de rencontre est parvenue à l’extrémité de la palette qui lui répond, son opposée tombe avec accélération sur l’autre palette, & lui donne un petit coup ; c’est ce coup, & l’espace que la roue parcourt, qu’on nomme chûte. Elle est nécessaire pour éviter les accrochemens qui naîtroient infailliblement du jeu des pivots dans leurs trous, de l’usure des parties, & de l’inégalité des dents de la roue de rencontre. Voyez Accrochement.

S’il faut absolument donner un peu de chûte à un échappement, c’est en même tems une chose fort préjudiciable à la montre ou pendule où il est appliqué, de lui en laisser trop ; les inconvéniens qui en résultent sont, beaucoup moins de liberté dans les vibrations du régulateur, plus d’usure de ses pivots, des trous dans lesquels il roule, des pointes de la roue, & de l’endroit des palettes sur lequel elles tombent.

Dans un échappement bien fait, la chûte est égale sur chaque palette ; on parvient à cette égalité par le moyen du nez ou du lardon de la potence. Voyez Nez, Lardon, Potence.

Chûte se dit aussi dans un engrenage, du petit arc parcouru par la roue, quand une de ses dents quitte l’aile du pignon dans lequel elle engrene, & qu’une autre tombe sur la suivante. Cette chûte devient considérable dans les pignons de bas nombre ; mais elle est peu sensible dans ceux qui ont huit, dix, ou douze ailes, &c. Quand un engrenage est trop fort, il y a beaucoup de chûte, ce qui occasionne des précipitations dans le mouvement des roues. Voyez Engrenage. (T)

Chûte d’eau, (Hydraul.) On dit qu’un ruisseau, qu’une rigole, qu’une petite riviere vient former une chûte d’eau sur la roue d’un moulin, ou bien qu’elle tombe en cascade dans quelque bassin. (K)

Chute de terrein, (Jardin.) se dit d’un terrein inégal & rampant, dont il faut ménager la chûte en le coupant par différentes terrasses, ou en adoucissant la pente de maniere qu’elle ne fatigue point en se promenant. (K)

Chute de voile, (Marine.) c’est la longueur d’une voile. (Z)

Chute, ce mot est encore employé dans un sens moral, comme la chûte d’Adam (Voyez Péché originel), la chûte de l’empire Romain, &c.

Il y a des auteurs qui prétendent que Platon a eu connoissance de la chûte d’Adam, & qu’il l’avoit apprise par la lecture des livres de Moyse. Eusebe, de preparat. evangel. lib. XII. cap. xj. cite une fable des Sympos. de Platon, dans laquelle toute cette histoire est rapportée d’une maniere allégorique. (G)