L’Encyclopédie/1re édition/CRANE

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CRANE, s. m. (Anatom.) c’est, comme on sait, la boîte osseuse qui renferme le cerveau, le cervelet, & la moelle allongée, & défend toutes ces parties des injures extérieures. Cette boîte osseuse a une figure approchante de l’ovale ; elle est éminente dans la partie antérieure & dans la postérieure, & applatie sur les côtés.

Le crane est formé de l’assemblage de huit os, que l’on a distingué en communs & en propres. Parmi ces derniers on compte pour l’ordinaire le coronal, l’occipital, les deux pariétaux, & les temporaux. L’on range parmi les communs l’os sphénoïde & l’ethmoïde : cependant de tous ces os il n’y a que l’occipital & les pariétaux qu’on puisse regarder comme des os propres au crâne, les cinq autres étant communs à cette partie & à la face.

Tous ces os sont composés de deux lames nommées tables, entre lesquelles se rencontre une substance spongieuse appellée diploé.

De plus, ils sont percés de plusieurs trous extérieurs & intérieurs, qui donnent passage à la moelle de l’épine, aux nerfs, aux arteres, & aux veines.

Enfin ils sont joints entre eux, & quelques-uns même avec ceux de la face, par sutures ; & ces sutures sont d’autant plus apparentes, que les sujets sont plus jeunes.

Cependant il n’en est pas moins vrai que les diverses pieces des os du crane n’en font véritablement qu’une seule ; qu’elles ne sont pas seulement appliquées les unes contre les autres, mais que dans tout le crane, dès le moment de sa formation, il n’y a pas une seule interruption de continuité : c’est une belle découverte qu’on doit à M. Hunauld.

Pour s’assûrer de cette vérité, qui en a d’abord si peu les apparences, il faut avec soin enlever le péricrane dessus une suture ; on apperçoit alors la continuité d’un os avec son voisin par le moyen d’une membrane qui est placée entre deux, & qui fait partie de l’une & de l’autre : on remarque des filets membraneux qui sortant du fond des échancrures, s’implantent dans les dents de l’os opposé, & qui lorsqu’on remue en différens sens un des os que forme la suture, s’étendent & se relâchent. Après avoir détaché exactement la dure-mere, on apperçoit la même chose au-dedans du crane. Tout cela se remarque très-bien dans la tête d’un enfant mort d’hydrocéphale.

Cela se concevra sans peine, si l’on fait attention à la maniere dont se forment les différens os du crane. Le crane, dans un fœtus peu avancé, n’est qu’une membrane qui se métamorphose insensiblement en os. Un endroit de cette membrane commence peu-à-peu à s’ossifier ; cette ossification gagne & se continue par des lignes qui partent comme d’un centre de l’endroit où l’ossification a commencé : dans différens endroits de cette calote membraneuse commencent en même tems d’autres ossifications, qui de même font du progrès & s’étendent ; lorsqu’elles sont parvenues à un certain point, le bord de chaque ossification commence à prendre en partie la conformation que le bord de l’os doit avoir par la suite, & à s’ajuster avec l’ossification voisine. Voyez les mém. de l’acad. des Scienc. 1730.

On trouve assez souvent entre les sutures du crane, mais sur-tout dans la lambdoïde, de petits os de différente grandeur & figure, que les Anatomistes nomment clés, & en latin ossa wormiana. Voyez Suture, Trou, Diploé, Table, &c. On détaillera l’explication de tous ces mois dans cet ouvrage.

Le crane est une partie du corps humain qui fournit le plus de variétés dans la structure de ses os, & par rapport aux sutures qui les unissent : ces phénomenes peuvent mieux se comprendre que ceux des variétés qu’on rencontre souvent dans d’autres parties du corps humain. Ce qui est un crane actuellement, n’a été d’abord, comme on l’a dit ci-dessus, qu’une membrane, dans différens endroits de laquelle l’ossification ayant commencé plus ou moins tôt, a occasionné des conformations particulieres : là où l’ossification s’est arrêtée, elle a laissé des parties membraneuses ; & suivant qu’elle a été plus ou moins prompte, les sutures se sont conservées plus ou moins long-tems.

Mais les variétés qu’on rencontre dans la figure de certains cranes sont quelquefois si étranges, qu’on ne comprend pas comment le cerveau a pû se développer d’une façon qui y réponde, & qui soit si différente de celle qu’il doit naturellement avoir.

On trouve par toute l’Europe, dans les cabinets des curieux, quantité de cranes de toutes sortes de figures irrégulieres, & qui présentent des exemples de ces variétés étranges difficiles à concevoir. Les uns sont extrèmement allongés, les autres applatis sur les côtés, les autres singulierement saillans ou épais, les autres enfoncés & déprimés de diverses manieres.

J’ai vû chez M. Hunauld le crane d’un Caraïbe qui n’avoit absolument point de front ; ce crane sembloit regagner postérieurement en longueur ce qui lui manquoit sur le devant. M. Hunauld possédoit encore le crane d’un sujet assez avancé en âge, dans lequel il y avoit au milieu de la suture sagittale un enfoncement considérable fait dans la jeunesse, & remplacé par deux especes de bosses sur les côtés. Le même anatomiste conservoit un autre crane fort resserré sur le côté, & qui en récompense s’étendoit de devant en arriere.

Il y a dans le cabinet du Roi à Paris un crane, n°. cxv. dont l’endroit le plus élevé sur l’os pariétal gauche a dix lignes de distance de la suture sagittale. La compression qui a causé ce défaut de naissance a été telle, que l’orbite gauche est plus élevé que le droit, & les machoires sont plus basses du côté droit que du côté gauche.

Il y a un autre crane, n°. cxviij. dont le bord supérieur du côté droit de l’os occipital déborde d’un pouce, & ce même os se trouve de niveau au pariétal vers sa partie moyenne.

Il y a un troisieme crane, n°. cxxij. dont le côté droit du front est plus avancé que le côté gauche, tandis que le côté droit de l’occipital accompagné d’une dépression, est moins saillant que le gauche.

Le n°. cxxjv. est la coupe d’un crane dont l’occipital a jusqu’à demi-pouce d’épaisseur. On peut parcourir à ce sujet le tome III. de la description du cabinet du Roi par M. Daubenton ; & ce n’est pas le cabinet de l’Europe qui soit rempli du plus grand nombre de pieces rares en ce genre, produites par défaut de conformation, par des accidens, ou des maladies.

M. Hunauld a fait voir à l’académie des Sciences le crane d’un enfant de trois ou quatre ans, dont les os avoient presque sept ou huit lignes d’épaisseur ; ils étoient assez mous, & en les pressant on en faisoit sortir du sang & de la lymphe en abondance. Le même fait a été observé par Hippocrate, & c’est un cas bien singulier. Voy. son traité des plaies de la tête, sect. 2. Velschius, dans ses observations de Physique & de Medecine, parle aussi d’un homme dont le crane fut trouvé épais d’un doigt, & sans suture.

Enfin il y a des peuples entiers qui défigurent de différentes manieres le crane de leurs enfans des le moment de leur naissance. Les Omaguas, au rapport de M. de la Condamine (Mém. de l’ac. des Sc. 1745, p. 428.), ont la bisarre coûtume de presser entre deux planches le front des enfans qui viennent de naître, & de leur procurer l’étrange figure qui en résulte, pour les faire mieux ressembler, disent-ils, à la pleine lune.

On jugera que le cerveau sera plus disposé à se détruire, qu’à se prêter à un développement différent de celui qu’il doit naturellement acquérir, si l’on fait attention qu’il est un assemblage d’une infinité de tuyaux d’une petitesse extrème, & que les parties qui composent ces tuyaux n’ont entr’elles qu’une liaison bien foible. En effet, on sait que lorsque l’injection a pénétré jusque dans la substance corticale, si on remue légerement cette substance dans l’eau, ses parties se détachent les unes des autres, les vaisseaux se détruisent, & il ne reste que des filets prodigieusement petits qui ont pénétré jusque dans leur cavité. Cependant il n’arrive chez les peuples à tête plate dont nous venons de parler, aucun accident de la configuration difforme qu’ils procurent au crane en le comprimant dès la naissance, ni aucun développement de leur cerveau, différent de celui qui se feroit naturellement L’organe des organes, le cerveau, le siége de l’ame, est donc pour nos foibles lumieres d’une nature aussi cachée, aussi incompréhensible, que l’ame même. Art. de M. le Chevalier de Jaucourt.

Crane, (Blessures du) Chirurg. Il n’y a qu’un chirurgien bien instruit de la structure du crane, qui puisse être en état de traiter avec succès le grand nombre d’accidens auxquels cette partie du corps est exposée ; accidens, qui sont souvent de la derniere importance pour la santé & pour la vie.

En effet, selon la variété de la cause vulnérante, & le degré de violence du coup, le crane peut être piqué, fendu, rompu, contus, enfoncé, ou privé d’une portion de sa substance ; ce qui peut arriver dans l’une ou dans l’autre de ses tables, ou dans toutes les deux, & cela plus ou moins avant ; les plus profondes plaies dans ces parties sont les plus difficiles à guérir.

Dans tous les coups portés au crane, on doit commencer par examiner soigneusement s’il n’a point été endommagé ; & on n’y sauroit regarder de trop près, depuis qu’Hippocrate a reconnu avec cette candeur si digne de lui, qu’il se trompa dans un cas de cette nature.

L’on tâche de s’assûrer que le crane a été endommagé ou non, 1°. par la violence de la cause vulnérante, ce qu’on ne peut cependant pas toûjours savoir bien précisément.

2°. Par la grandeur de la plaie comparée avec la figure de la partie blessée. Il faut encore observer qu’on porteroit un jugement faux, en se fondant sur l’apparence de la plaie lorsqu’elle a été faite avec un instrument mousse, concave, ou qu’elle est petite, mais accompagnée de contusion considérable.

3°. Par la sonde mousse, polie, menue, & souple ; le Chirurgien habile cherchera d’abord en tatonnant avec la sonde, si l’os est tout-à-fait découvert, ce qu’il connoîtra par le son que renverra la sonde sur le crane. S’il est découvert, il conduira sa sonde sur toute la surface pour sentir s’il n’y a rien de raboteux ; si l’os paroît continu & poli, excepté dans les endroits où il est naturellement raboteux, il est vraissemblable qu’il n’est pas endommagé.

4°. En versant sur la partie quelque liqueur innocente colorée ; mais comme la sonde par la rencontre des sutures & des aspérités peut induire en erreur, cette méthode de la sonde peut y induire de même, & à peu-près par les mêmes raisons ; car la liqueur colorée s’insinue dans les interstices des sutures, & peut s’attacher aux inégalités du crane.

5°. Par l’étonnement que sent le malade dans la tête, en serrant quelque chose entre ses dents. Ce moyen donne quelques lumieres si la fracture est considérable ; mais on ne pourra jamais découvrir une fente ou fissure au crane par cette méthode. Elle a été imaginée, parce que les muscles crotaphites qui partent des deux côtés de la partie latérale du crane, sont toûjours en action lorsqu’on mâche.

6°. En voyant le crane rompu, contus, pâle, ou bleuâtre en certains endroits, cette inspection découvrira les fissures ou fractures s’il y en a : mais s’il y a contusion, sans que l’os soit séparé, il sera plus difficile de le découvrir, comme Hippocrate l’a remarqué ; ce signe tiré de l’altération de la couleur naturelle de l’os, & de sa pâleur, est très-décisif.

7°. Par le tact ; mais il ne faut pas oublier qu’on peut ici par ce moyen tomber dans l’erreur, & croire souvent que l’os est affaissé, quoiqu’il ne le soit pas, parce que dans de violentes contusions, les tégumens du crane sont élevés par les parties subjacentes, & la membrane cellulaire se gonfle par les humeurs qui s’y déchargent.

8°. Par les accidens que souffrent les tégumens, par l’abscès qui se forme le septieme jour, plutôt ou plûtard, par la douleur, par la nature du pus ichoreux, fétide, par la malignité étrangere de la plaie, & qui ne lui est pas ordinaire quand il n’y a que les tégumens d’affectés. En effet, les simples plaies des tégumens sont bien plutôt guéries, mais les tristes symptomes ici détaillés prouvent seulement que le crane a été offensé, & que sa plaie a été inconnue ou mal traitée.

Telle est la nature des signes ici mentionnés ; que si plusieurs concourent ensemble, ils fournissent un diagnostic certain, & ceux que nous rapporterons tout-à-l’heure, marquent infailliblement le danger arrivé au crane. Mais ce desordre caché se découvre souvent trop tard, pour qu’il soit encore tems de le guérir, au lieu que s’il eût été connu plutôt, on auroit pû y remédier.

Les effets de ce desordre sont 1°. la mortification ou la destruction d’une partie de l’os qui se sépare du reste. 2°. La corruption des parties voisines. 3°. Souvent la putréfaction ou la carie des tables externes & internes du crane. 4°. Celle du diploé. 5°. La corruption des membranes, & même du cerveau. 6°. La suite de ce dernier accident, sont tous les desordres qu’entraîne après soi celui de l’affection du cerveau, telle que les convulsions, l’assoupissement profond, la paralysie, & la mort.

Il est présentement facile de comprendre le prognostic qu’on peut déduire des blessures du crane ; & l’on doit, en le formant, redouter tous les symptomes dont nous avons parlé, non pas qu’ils arrivent toûjours, mais seulement parce qu’il est possible qu’ils arrivent.

Les indications curatives sont 1°. de découvrir l’os endommagé, & seulement lorsqu’on le soupçonne violemment d’être endommagé ; car il faut éviter ici les deux extrémités où l’on tombe d’ordinaire : 2°. nettoyer la plaie : 3°. trépaner l’os si la nécessité le requiert, & en ce cas conduire le trépan suivant les regles de l’art : 4°. procurer la régénération du périoste de l’os : 5°. consolider & guérir la plaie par les bandages & la méthode ordinaire.

On découvrira la partie, 1°. en faisant avec un bistouri fort & tranchant, aux tégumens blessés jusqu’au crane, une incision simple, droite, perpendiculaire, angulaire, cruciale, &c. On évitera autant qu’il sera possible, de toucher aux grosses arteres, nerfs, tendons, & sutures, dont il n’est pas permis au chirurgien d’ignorer la situation. Lorsqu’il se trouve sous les tégumens des fragmens d’os rompus & vacillans, il faut beaucoup de prudence, & faire différemment cette incision, selon la variété du lieu offensé & de la plaie ; 2°. en séparant du crane exactement avec un bistouri les tégumens coupés : 3°. en remplissant de charpie la plaie, de peur que les parties qu’on vient de séparer ne se joignent. Il est bon de prévenir en même tems l’inflammation.

On absorbe avec des éponges le sang, le pus, la sanie, & toutes les ordures qui empêcheroient de voir à découvert la superficie du crane ; ensuite on doit chercher avec tout le soin possible s’il n’y a rien à ôter ou à rétablir, afin d’écarter tout ce qui peut gêner ou incommoder dans la cure. Pour les fragmens d’os, les petites esquilles, & les lames écailleuses qui se séparent d’elles-mêmes, il faut les regarder comme des corps hétérogenes nuisibles, les emporter avec des instrumens convenables, s’ils sont petits, & s’ils ne tiennent plus aux parties vives, ne pas tarder à les extirper ; mais d’un autre côté ne pas les tirer avec violence s’ils tiennent encore aux membranes. C’est là ce qu’on appelle modification artificielle.

Si les fragmens, les esquilles, ou les lames écailleuses du crane sont considérables & fort adhérentes, ou qu’elles soient tellement cachées qu’on n’y puisse pas atteindre aisément, il faut les laisser ; elles se sépareront d’elles-mêmes ou se réuniront aux autres parties. Voilà la mondification naturelle.

Si l’os paroît fendu, contus, blanc, brun, livide, alors on y fera, par le trépan, un grand nombre de petites perforations dans les regles, afin que ces vaisseaux vivans percent à-travers les trous, & se déchargent des humeurs putréfiées qui y sont en stagnation ; car il se reformera par cette voie un nouveau périoste. On se conduira pour le surplus de la cure, comme dans les simples plaies des tégumens.

On conçoit par-là, pourquoi une fissure du crane est souvent d’une conséquence plus dangereuse qu’une grande contusion, ou même qu’une fracture. De plus, il est évident que cette conduite est préférable aux cauteres actuels, & aux rugines ou trépans exfoliatifs si douloureux dont les anciens se servoient ; en effet, notre méthode a le double avantage de séparer promptement les parties gâtées, & de créer une nouvelle substance qui répare celle qui s’est perdue.

Quand le crane est enfoncé en-dedans dans les jeunes sujets sans fracture, & dans les adultes avec fracture, il en résulte nécessairement la compression du cerveau. Voyez Compression, Commotion, Contusion, Dépression, &c. Nous n’entrons ici que dans des généralités ; nous renvoyons pour les détails aux meilleurs traités sur cette matiere, & nous mettons Hippocrate à la tête.

N’oublions pas de remarquer qu’un segment du crane peut être enlevé & emporté tout-à-fait, ce qui arrive quand un instrument vulnérant coupe avec les tégumens une portion de l’os, c’est ce qu’on appelle dédolation ou section du crane : l’on ne manque pas d’exemples de blessés, qui malgré ce malheur ont été parfaitement guéris.

Enfin une partie du crane peut s’exfolier dans toute son épaisseur, & se séparer du reste ; témoin cette femme de l’hôtel-Dieu dont parle Saviard (obs. xc.) qui demandoit l’aumône dans son crane. Objet touchant pour l’humanité ! C’est cette même femme dont il est question dans l’hist. de l’acad. des Sc. an. 1700. p. 45. Comme elle avoit, dit M. Poupart, en conséquence de son accident, la moitié de la dure-mere découverte, un jour que quelqu’un la lui toucha légerement du bout du doigt elle jetta un grand cri, & dit qu’on lui avoit fait voir mille chandelles. Autre sujet de spéculation pour un anatomiste physicien ! Art. de M. le Chevalier de Jaucourt.

Crane, (Mat. medic.) Le crane d’un jeune homme robuste mort de mort violente, est mis par plusieurs écrivains de la matiere médicale, au rang des grands remedes internes de l’apoplexie & de l’épilepsie en particulier. On le rapera & on le pulvérisera, disent-ils, sans le calciner pour n’en point détruire les vertus, & la dose sera depuis un scrupule jusqu’à trois. Il étoit en effet naturel en adoptant une fois des secours de cette espece contre ces terribles maladies du cerveau, de recourir plûtôt à la boîte osseuse qui le couvre & le défend, qu’à tout autre os fort éloigné. Il est vrai que le bon sens & l’expérience n’ont jamais trouvé de propriété medicinale dans aucun crane ; il est vrai encore que l’analyse chymique n’en tire rien de différent des autres os, & que même la corne de cerf seroit préférable à tous égards : mais tous les os ensemble & la corne de cerf ne frappant pas l’imagination du vulgaire comme le crane de quelqu’un qu’on vient d’exécuter, ne pouvoient jamais faire fortune ; cependant un auteur moderne par l’attention qu’il a eu d’avertir le public de prendre bien garde, à cause du danger immanquable où l’on s’exposeroit, d’employer par hasard, en guise de médicament, le crane d’une personne qui auroit été infectée de virus vénérien, a peut-être indiqué, sans le vouloir, le vrai secret de détourner de ce prétendu remede les gens qui seroient les plus portés à y mettre leur confiance. Ce que la raison ne sauroit opérer chez les hommes, la crainte du péril en vient à bout ; c’est bien un autre agent dans la Nature. Article de M. le Chevalier de Jaucourt.