L’Encyclopédie/1re édition/CROISSANT

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CROISSANT, s. m. (Astron.) se dit de la Lune nouvelle, qui montre une petite partie éclairée de sa surface en aboutissant en pointes, quand elle commence à s’éloigner du Soleil ; cette partie éclairée augmente jusqu’à ce que la lune soit pleine & dans son opposition. Voyez Lune.

Ce mot est latin, crescens, & vient de crescere, cresco, je crois, j’augmente. Les pointes ou extrémités du croissant s’appellent cornes ; l’une est méridionale, l’autre boréale. Tertia, dit Virgile, jam lunæ se cornua lumine complent, pour dire voilà le troisieme mois.

On appelle aussi croissant, la même figure de la Lune en décours : mais alors ses pointes ou cornes sont tournées du côté de l’occident, au lieu que dans l’autre cas elles sont du côté de l’orient.

Peu avant ou après la nouvelle Lune, lorsque le croissant paroît assez foible & mince, on peut appercevoir, outre le croissant, le reste du globe de la Lune, à la vérité d’une lumiere beaucoup moins vive que le croissant. C’est qu’alors la partie éclairée de la Terre étant presque toute entiere tournée vers la Lune, renvoye à la Lune une certaine quantité de lumiere, qui est de nouveau réflechie par la Lune & renvoyée à la Terre. Plus la Lune approche des quadratures, plus cette lumiere s’affoiblit. (O)

Croissant, adj. (Géom.) On appelle quantité croissante, une quantité qui augmente à l’infini ou jusqu’à un certain terme, par opposition à une quantité constante (voyez Constant) ou à une quantité décroissante. Ainsi dans l’hyperbole rapportée aux asymptotes, l’abscisse étant décroissante, l’ordonnée est croissante. De même dans un cercle l’abscisse prise depuis le sommet étant croissante, l’ordonnée est croissante jusqu’au centre, & ensuite décroissante, &c. (O)

Croissant, (Hist. mod.) est le nom d’un ordre militaire, institué par René d’Anjou roi de Sicile, &c. en 1448 les chevaliers portoient sur le bras droit un croissant d’or émaillé, duquel pendoient autant de petits bâtons travaillés en forme de colonne, que le chevalier s’étoit trouvé de fois en bataille ou autres occasions périlleuses.

Ce qui donna occasion à l’établissement de cet ordre, c’est que René avoit pris pour dévise un croissant, sur lequel étoit écrit le mot los, ce qui en style de rébus vouloit dire los-en-croissant, c’est-à-dire qu’en avançant en vertus on mérite des loüanges.

Les chevaliers portoient le manteau de velours cramoisi, le mantelet de velours blanc, avec la doublure & la soutane de même. L’ordre étoit composé de cinquante chevaliers, y compris le sénateur ou président, c’est-à-dire le chef, & nul n’y pouvoit être reçu ni porter le croissant s’il n’étoit duc, prince, marquis, comte, vicomte, ou issu d’ancienne chevalerie, & gentilhomme de ses quatre lignées, & que sa personne fût sans vilain cas de r proche. D’anciens manuscrits de la bibliotheque de S. Victor nous ont conservé la formule du serment qu’ils prêtoient en vers de ce tems-là.

La messe oüir, ou pour Dieu tout donner,
Dire de Notre-Dame, ou manger droit le jour
Que pour le souverain, ou maitre, ou sa cour,
Armer ses freres ou garder son honneur,
Fête & dimanche doit le croissant porter,
Obéir sans contredit toûjours au senateur.

Cet ordre étoit sous la protection de S. Maurice, & s’assembloit dans l’église de S. Maurice d’Angers. Favin, théat. d’honn. (G)

Croissant. On appelle ainsi, en termes de Blason, une demi-lune. Les Ottomans portent de sinople au croissant montant d’argent.

Avant que les Turcs se fussent rendus maîtres de Constantinople, & de toute antiquité, la ville de Bysance avoit pris un croissant pour symbole, comme il paroît par les médailles des Bysantins, frappées à l’honneur d’Auguste, de Trajan, de Julia Domna, de Caracalla.

On appelle croissant montant, celui dont les pointes sont tournées en-haut vers le chef, qui est sa représentation la plus ordinaire. Les croissans adossés, sont ceux qui ont leurs parties les plus grosses & les plus pleines à l’opposite l’une de l’autre, & dont les pointes regardent le flanc de l’écu.

Le croissant renversé ou couché, est celui dont les pointes sont au rebours du montant. Les croissans tournés se posent comme les adossés : la différence est, qu’ils tournent toutes leurs pointes d’un même côté vers le flanc dextre de l’écu, soit en face, soit en bande ; les croissans contournés, au contraire, ont leurs pointes vers le côté gauche de l’écu. Les croissans affrontés ou appointés ont leur assiette contraire à celle des adossés, parce que leurs pointes se regardent. Voyez le Dict. de Trév. Menet. & Chambers. (V)

Croissant, (Bas au métier.) Il y a le croissant du bas de presse. Voyez l’article Bas au métier.

Croissant, en terme de Boutonnier ; c’est un outil aigu, plat, & creusé en forme de croissant ; il est garni d’un manche, & sert à faire des coulans. Voyez Coulans.

Croissant, outil de Jardinage. V. Jardinage.

Croissant, (Maréchall.) suite de la fourbure. Voyez Fourbure. (V)

Croissant, (Lutherie.) Les Facteurs d’orgue appellent ainsi des planches entaillées en demi-cercles concaves, dont l’usage, après qu’elles ont été affermies contre les montans des tourelles du fût d’orgue, est de soûtenir les grands tuyaux de montre par-derriere, & les tenir écartés les uns des autres à une distance convenable.