L’Encyclopédie/1re édition/ENERVATION

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ENERVATION, s. f. terme dont on se sert en Anatomie pour exprimer les tendons qui se remarquent dans les différentes parties des muscles droits du bas-ventre. Voyez Droit.

Les fibres des muscles droits de l’abdomen ne vont pas d’une extrémité de ce muscle à l’autre, mais elles sont entre-coupées par des endroits nerveux que les anciens ont appellés énervations, quoiqu’ils soient de véritables tendons. Voyez Tendon.

Leur nombre n’est pas toûjours le même, puisque les uns en ont trois, d’autres quatre, &c. (L)

Enervation, enervatio, est plus un terme de Medecine que de l’usage ordinaire ; il signifie à-peu-près la même chose que débilitation, affoiblissement. On employe en françois le verbe énerver plus communément que son substantif, pour exprimer les effets de la débauche du vin, des femmes, qui rend les hommes qui s’y adonnent, foibles, débiles, énervés. Voyez Débilité, Foiblesse.

Le mot énervation est composé de nerf, nervus, & de e privatif. Nerf est là pris dans le sens du vulgaire, qui appelle de ce nom les tendons & les muscles même ; ainsi on dit d’un homme musculeux qu’il est nerveux : on dit par conséquent d’un homme nerveux, qu’il est fort, vigoureux ; & au contraire d’un homme exténué, usé, qu’il est énervé, sur-tout quand l’affoiblissement provient des excès mentionnés.

Enervation, dans cette signification, est donc ce que les Grecs appellent ἔκλυσις, virium prostratio. C’est un abattement de forces, une langueur dans l’exercice des fonctions. On restraint même quelquefois encore plus le sens du mot énerver, pour exprimer l’action d’affoiblir, qu’opere une trop grande & trop fréquente répétition de l’acte vénérien, ou de l’effusion de la liqueur séminale, excitée par quelque moyen que ce soit ; & on se sert du mot énervé, pour indiquer celui qui est affoibli par ces causes : ainsi on dit d’une femme voluptueuse qui a un commerce assidu de galanterie, & qui excite son amant à des excès fréquens, qu’elle énerve cet homme. On dit aussi de bien des jeunes gens qu’ils s’énervent par la mastupration, lorsqu’ils se livrent avec excès à ce pernicieux exercice. Voyez Semence, Mastrupration. (d)