L’Encyclopédie/1re édition/HORLOGE

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Briasson, David l’aîné, Le Breton, Durand (Tome 8p. 298-302).
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* HORLOGE, s. m. (Art méchan.) machine qui, par un mouvement uniforme quelconque dont les parties se peuvent mesurer, indique les parties du tems qui sont écoulées. Ainsi tout l’art de l’Horlogerie n’est autre chose que l’application du tems à l’espace.

Les hommes ont senti de bonne heure l’utilité de cet art ; voyez dans les articles suivans, les progrès qu’il a faits depuis les premiers tems jusqu’à nos jours.

Horloge à eau, (Littérat.) l’horloge à eau, autrement nommée clepsydre, étoit chez les anciens un vase qui servoit à mesurer le tems par l’écoulement d’une certaine quantité d’eau ; voyez au mot Clepsydre, ce qui regarde la construction de ces vases, & la difficulté de déterminer avec exactitude la vîtesse du fluide qui sort par le trou des clepsydres ; nous ne considérons ici ce sujet que du côté de la littérature.

Elle distingue deux horloges à eau, l’ancienne, & la nouvelle inventée par Ctésibius ; cette derniere étoit une machine hydraulique que l’eau mettoit en action, & qui marquoit par ses mouvemens les différentes heures du jour. La premiere, suivant la description d’Athénée, n’étoit autre chose qu’un vase avec une espece de tuyau étroit, percé d’une petite ouverture, par où découloit goutte à goutte l’eau qu’on y avoit versée. C’est-là cette clepsydre fameuse, à laquelle les orateurs & les historiens font si souvent allusion par tant d’expressions allégoriques, que Harpocration composa un livre exprès, pour en donner l’intelligence.

On mesuroit, nous dit-il, par ces sortes d’horloges à eau le tems des combats des plus habiles orateurs ; de-là vient cette phrase, qu’un fréquent usage fit passer en proverbe : Qu’il parle dans mon eau, c’est-à-dire, pendant le tems qui m’est destiné, ἐν τῷ ἐμῷ ὕδατ’δειξάτω ; vivre de ce qu’on retiroit des déclamations, dont le tems se limitoit par l’écoulement de la clepsydre, s’appelloit τοῦ κλεψυδρίου μετέχειν.

En effet, comme on avoit coûtume de verser trois parts d’eau égales dans le vase, une pour l’accusateur, l’autre pour l’accusé, & la troisieme pour le juge ; cette coûtume fit naître les expressions usitées qu’on trouve dans Eschine, πρῶτον, δεύτερον, τρίτον ὕδωρ, premiere, seconde, troisieme eau. Aussi voyoit-on une fontaine dans le barreau d’Athènes destinée à ce seul usage, & gardée par un lion d’airain, sur lequel s’asseyoit celui qui avoit l’emploi de distribuer l’eau dans le vase pour le jugement des procès. Il y avoit en même tems un inspecteur choisi par le sort, pour prendre garde que l’eau fût également distribuée, ainsi que Pollux le rapporte.

Platon considérant les bornes qu’on mettoit aux plaidoyeries des avocats par cette distribution d’eau limitée, n’a pu s’empêcher de dire que les orateurs étoient esclaves, au lieu que les philosophes étoient libres, parce que ceux-ci s’étendoient dans leurs discours sans aucune gêne, tandis que ceux-là étoient contraints par plusieurs entraves, & sur-tout par l’écoulement de l’eau d’une miserable clepsydre qui les forçoit à se taire, κατεπείγει γὰρ ὕδωρ ῥέον.

Cependant l’usage du barreau d’Athènes passa dans celui de Rome sans aucune altération. On trouve dans plusieurs endroits des œuvres de Cicéron, aqua mihi hæret, aquam perdere. Pline déclamant contre la précipitation avec laquelle les juges de son siecle décidoient des plus grandes affaires ; après avoir dit que leurs peres n’en usoient pas ainsi, ajoûte ironiquement : « Pour nous, qui nous expliquons plus nettement, qui concevons plus vîte, qui jugeons plus équitablement, nous expédions les affaires en moins d’heures, paucioribus clepsydris, qu’ils ne mettoient de jours à les entendre ».

On sait en effet qu’on obligeoit l’orateur de suivre la loi, & qu’on ne lui laissoit pas le tems de prononcer un discours, qui étoit le fruit de plusieurs veilles : in actione aqua deficit, dit Quintilien. Quand les juges doubloient par extraordinaire le tems qui devoit être accordé par la loi, c’étoit clepsydras clepsydris addere.

On observoit seulement de suspendre l’écoulement de l’eau pendant la lecture des pieces qui ne faisoient pas le corps du discours, comme la déposition des témoins, le texte d’une loi, la teneur d’un décret ; c’étoit-là aquam sustinere.

Ce soin de mettre l’eau dans l’horloge, ou de l’arrêter, regardoit un ministere inférieur, & les personnes qui l’exerçoient, étoient d’un caractere assez méprisable. Souvent emportés par une haine particuliere ou corrompus par des présens, ils avoient l’art de faire couler l’eau plus promptement : alors dès qu’elle étoit écoulée, un sergent en avertissoit, & l’orateur étoit contraint de s’arrêter : s’il en usoit autrement, celui qui devoit parler après lui, avoit droit de l’interrompre, & de lui dire : Il ne t’est pas permis de puiser dans mon eau ; de-là ces expressions proverbiales, parler en son eau, avoir la mesure d’eau, pour signifier être borné & assujetti à un tems fixe.

Mais, malgré la sevérité de la loi, la faveur ou la haine amenerent insensiblement beaucoup d’injustices. Cicéron n’obtint qu’une demi-heure pour la défense de Rabirius, & les accusateurs de Milon eurent deux heures pour l’attaquer. Enfin il arriva que l’horloge d’eau ne s’arrêta plus que pour les gens sans crédit.

D’ailleurs on avoit imaginé toutes sortes de ruses pour accélérer ou retarder l’écoulement de l’eau, soit en employant des eaux plus ou moins épaisses, soit en détachant, ou en ajoûtant de la cire à la capacité du verre.

Les horloges à eau, dont nous venons de parler, étoient encore d’usage à l’armée, pour diviser les veilles aux sentinelles, comme on peut le recueillir des anciens auteurs tactiques : plusieurs peuples s’en servoient aussi, pour marquer les heures du jour & de la nuit ; témoin ce que dit César dans sa description de l’Angleterre, qu’il avoit observé par leurs horloges d’eau, que les nuits y étoient plus courtes que dans les Gaules. (D. J.)

Horloge à rouages, à ressorts, à contrepoids, à sonnerie, (Hist. de l’Horlog.) ce sont là tout autant de machines automates inventées pour mesurer le tems. De songer à le fixer, seroit un dessein extravagant ; mais, dit M. l’Abbé Saillier, marquer les momens de sa fuite, compter les parties par lesquelles il nous échappe, c’est un fruit de la sagacité de l’homme, & une découverte qui ayant eu la grace de la nouveauté, conserve encore la beauté de l’invention, jointe à son utilité reconnue ; cette découverte est celle des horloges en général.

Nous avons fait l’article historique des horloges à eau ; pour ce qui regarde les horloges à sable, voyez Sable. De cette maniere il nous reste seulement à parler de celles à rouages, à ressorts, à contrepoids, & à sonnerie ; comme elles succéderent aux premieres, leur histoire nous intéresse de plus près. Voici ce que j’en ai recueilli, particuliérement d’un mémoire de M. Falconet, inséré dans le recueil de l’académie des Inscriptions.

Après que Ctésibius, qui fleurissoit vers l’an 613 de Rome, eut imaginé la machine hydraulique des horloges à eau, on trouva le secret d’en faire à rouage sur le même modele, & ces nouvelles horloges prirent une grande faveur ; Trimalcion en avoit une dans sa salle à manger. Cette invention néanmoins ne se perfectionna point ; car pendant plus de sept siecles, il n’est parlé d’aucune horloge remarquable. Nous ne connoissons de nom que celles de Boëce & de Cassiodore. On sait que Cassiodore avoit lui-même du goût pour la méchanique ; l’histoire rapporte que s’étant retiré sur ses vieux jours dans un monastere de la Calabre, il s’y amusoit à faire des horloges à rouages, des cadrans & des lampes perpétuelles.

Mais la barbarie enveloppa si bien tous les arts dans l’oubli, que lorsque deux cens ans après, le pape Paul I. envoya vers l’an 760, une horloge à rouage à Pepin le Bref, cette machine passa pour une chose unique dans le monde.

Vers l’an 807, le calife Aaron Raschild, si connu par son amour pour les sciences & les arts, ayant contracté une étroite amitié avec Charlemagne, lui fit entr’autres présens, celui d’une horloge, dont nos historiens parlent avec admiration, & qui étoit vraissemblablement dans le goût de celle du Pape Paul I. Ce n’étoit pas du-moins une horloge sonnante, car il n’y en avoit point de telle du tems de Charlemagne, & dans toutes les villes de son empire ; il n’y en eut même que vers le milieu du xiv. siecle. De là vient l’ancienne coûtume qui se conserve en Allemagne, en Suisse, en Hollande, en Flandres & en Angleterre, d’entretenir des hommes qui avertissent de l’heure pendant la nuit.

Les Italiens à qui l’on doit la renaissance de toutes les sciences & de tous les arts, imiterent aussi les premiers les horloges à roues du pape Paul & du calife des Abassides. Cette gloire appartient à Pacificus, archidiacre de Vérone, excellent méchanicien, mort en 846. Il n’est donc pas vrai, pour le dire en passant, que Gerbert qui mourut sur le siege pontifical en 1003, soit l’inventeur des horloges à roues, comme quelques-uns l’ont avancé ; en effet, outre que la prétendue horloge de Gerbert n’étoit qu’un cadran solaire, les roues étoient employées dans les horloges dont nous venons de parler, qui quoique vraies clepsydres au fond, devenoient horloges automates par le moyen des roues.

Dans le xiv. siecle, parut à Londres l’horloge de Walingford, Bénédictin anglois, mort en 1325, & elle fit beaucoup de bruit dans son pays ; mais bientôt après, l’on vit à Padoue celle de Jacques de Dondis, la merveille de son tems ; il nous sera facile de faire connoître au lecteur cette merveille, en transcrivant ici ce qu’en dit un témoin oculaire, le sieur de Mézieres, dans son songe du vieux pélerin. D’ailleurs, c’est un morceau assez curieux pour l’histoire de l’ancienne horlogerie ; le voici mot pour mot.

« Il est à savoir que en Italie, y a aujourd’huy ung homme en Philosophie, en Medecine & en Astronomie, en son degré singulier & solempnel, par commune renommée sur tous les autres excellent ès dessus trois sciences, de la cité de Pade. Son sournom est perdu, & est appellé maistre Jehan des Orloges, lequel demeure à présent avec le comte de Vertus, duquel pour science treble (triple) il a chacun an de gaiges & de bienfaits, deux mille flourins, ou environ. Cetuy maistre Jehan des Orloges, a fait dans son tems grands œuvres & solempnelles, ès trois sciences dessus touchiées, qui par les grands clercs d’Italie, d’Allemaigne & de Hongrie, sont autorisées, & en grant réputation, entre lesquels œuvres, il a fait un grant instrument par aucuns appellé espere (sphere) ou orloge du mouvement du ciel, auquel instrument, sont tous les mouvemens des signes & des planetes, avec leurs cercles & épisticules (apparemment épicycles), & différences par multiplication des roes sans nombre, avec toutes leurs parties, & a chacune planete en ladite espere, particuliérement son mouvement.

» Par telle nuit on peut voir clairement en quel signe & degré les planetes sont, & étoiles solempnelles du ciel. Et est faite si soubtilement cette espere, que nonobstant la multitude des roes, qui ne se pourroient nombrer bonnement, sans défaire l’instrument ; tout le mouvement d’icelle est gouverné par un tout seul contrepoids, qui est si grant merveille, que les solempnels Astronomiens de loingtaines régions viennent visiter à grant révérence ledit maistre Jehan, & l’œuvre de ses mains ; & dient tous les grant clercs d’Astronomie, de Philosophie & de Medecine, qu’il n’est mémoire d’homme, par escript ne autrement, que en ce monde, ait fait si soubtil, ne si soulempnel instrument du mouvement du ciel, comme l’orloge desusdit ; l’entendement soubtil dudit maistre Jehan, il, de ses propres mains, forgea ladite orloge, toute de laiton & de cuivre, sans aide de nulle autre personne, & ne fit autre chose en seize ans tout entiers, si comme de ce a été informé l’écrivain de cestuy livre, qui a eu grant amistié audit maistre Jehan ».

Ce récit simplifié en deux mots, nous apprend que l’horloge de Jacques de Dondis, né à Padoue, marquoit outre les heures, le cours annuel du soleil suivant les douze signes du zodiaque, avec le cours des planetes. Cette horloge merveilleuse, qui fut placée sur la tour du palais de Padoue en 1344, valut à son auteur & à tous ses descendans, le surnom de Horologius, qui dans la suite prit la place du nom même. Cette famille subsiste encore avec honneur en deux branches, l’une aggrégée au corps des Patriciens, & l’autre décorée du titre de marquis.

L’horloge de Dondis excita l’émulation des ouvriers dans toute l’Europe ; on ne vit plus que des horloges à roues, à contrepoids & à sonnerie, en Allemagne, en France & ailleurs. L’horloge de Courtray fut une de celles qui fut le plus célébrée ; Philippe le Hardi duc de Bourgogne, la fit démonter en 1363, & emporter par charrois à Dijon, où il la fit remonter. C’est l’ouvrage le plus beau, dit Froissart, qu’on pût trouver deçà ni delà la mer ; entre les pieces singulieres de cette horloge, décrite par le même auteur, il y avoit vingt-quatre brochettes, qui devoient apparemment servir à faire sonner les heures, ou du-moins à les indiquer.

La France ne fut pas moins curieuse que les autres pays, à se procurer des horloges à la nouvelle mode. Paris montra l’exemple par celle du palais qui est la premiere grosse horloge que la capitale du royaume ait possédée. Elle fut faite par Henri de Vic, que Charles V. fit venir d’Allemagne ; il assigna six sols parisis à cet ouvrier, & lui donna son logement dans la tour, sur laquelle l’horloge fut placée en 1370. L’horloge du château de Montargis fut faite vers l’an 1380 par Jean Jouvence.

Mais Nuremberg, ville où les ouvriers se sont toujours signalés par une adresse industrieuse, se distingua singuliérement par la variété de méchanique qu’elle mit dans les horloges de sa façon, Pontus de Thyard, mort évêque de Châlons, rapporte en avoir vû où les heures de chaque jour & de chaque nuit, de quelque durée que fussent l’une & l’autre, y étoient séparément divisées en douze parties égales. M. Fardoit, mort il y a environ quarante-cinq ans, a renouvellé de nos jours cette invention. Il a fait une horloge où le cadran marque deux fois douze heures, séparément sur deux especes d’éventails, dont les branches de l’un s’écartent, à proportion que celles de l’autre se rapprochent, l’une & l’autre alternativement selon la durée des heures qui suit celle des jours & des nuits ; cette horloge étoit dans le cabinet de M. d’Onsembray mort en 1754.

On juge bien que l’Horlogerie ne tomba pas en Italie : l’horloge de Dondis, qui y avoit été tant admirée, excita l’émulation d’un habile ouvrier, qui en 1402 en fit une à Pavie presque toute semblable, & fort promptement, sous la protection de Jean Galéas Visconti.

Dans le tems de Louis XI. c’est-à-dire sur le déclin du xv. siecle, il falloit qu’il y eût des horloges portatifs à sonnerie. Un gentilhomme ruiné par le jeu, étant entré dans la chambre de ce prince, prit son horloge, & la mit dans sa manche, où elle sonna : Louis XI. dit du Versdier, non-seulement lui pardonna le vol, mais lui donna généreusement l’horloge. Carovagius sur la fin du même siecle, fit un réveil pour André Alciat, lequel réveil sonnoit l’heure marquée, & du même coup battoit le fusil, & allumoit une bougie.

Vers le milieu du xvj. siecle, la méchanique des grosses horloges s’étendit, & se perfectionna par-tout. Henri II. fit faire celle d’Anet, qui fut admirée. Celle de Strasbourg, achevée en 1573, soutient encore aujourd’hui sa premiere réputation, & passe pour une des plus merveilleuses de l’Europe, comme celle de Lyon passe pour la plus belle de France. L’horloge de Lyon fut construite par Nicolas Lippius de Basle, en 1598, rétablie & augmentée en 1660, par Guillaume Nourrisson, habile horloger lyonnois.

Derham fait une mention très-honorable de l’horloge de la cathédrale de Limden en Suede, laquelle, selon la description qu’en donne le docteur Heylin, n’est point inférieure à celle de Strasbourg. En un mot, on ne peut douter qu’il n’y ait dans diverses villes de l’Europe, beaucoup d’horloges de ces derniers siecles, d’une structure très-curieuse.

Il paroît même qu’on n’a pas tardé d’exécuter en petit des horloges merveilleuses. Pancirolle assure que de son tems, c’est-à-dire sur la fin du xv. siecle, l’on exécutoit de telles horloges de la grosseur d’une amande, que l’on pouvoit porter au col. Un nommé Myrmécide se distingua dans ce genre de travail ; ces derniers siecles ont eu leurs Myrmécides ; mais toutes ces petites machines, qui prouvent l’adresse & l’industrie de l’ouvrier, ne sont ni de durée, ni d’un goût éclairé, parce que le violent frottement des pieces qui les composent, augmente à proportion de l’augmentation des surfaces qui suit leur petitesse. (D. J.)

* Horloge, (Machin.) quoique ce terme s’entende en général de toute machine, qui par l’engrainement de ses roues sert à mesurer ou à indiquer les différentes parties du tems ; il se dit cependant plus particuliérement de celles que l’on place dans les clochers des églises, des châteaux, dans les salles & sur les escaliers, & qu’on appelle horloges à pié ou de chambre.

Dans les commencemens on les appella cadrans nocturnes, pour les distinguer des cadrans solaires.

Quoique ces mesures du tems aient toujours été en se perfectionnant depuis le tems de leur invention, elles étoient encore fort imparfaites vers le milieu du siecle passé. Mais dès que Huyghens eut imaginé ou perfectionné la maniere de substituer la pendule au balancier, on les vit dans peu de tems parvenir à un degré de justesse qu’on n’auroit osé espérer sans cette heureuse découverte. Voyez l’article Horlogerie.

Une horloge, comme on l’a dit, étant une machine qui doit avoir un mouvement égal & d’une assez grande durée pour pouvoir mesurer le tems, on voit qu’il faut d’abord produire du mouvement, & le déterminer ensuite à être égal. Il doit donc y avoir, 1°. une force motrice, 2°. un enchaînement de parties qui détermine l’égalité du mouvement ; d’où il suit qu’une horloge a toujours un poids ou un ressort pour produire du mouvement, & des roues & un échappement pour le modifier ; c’est cette partie d’une horloge que l’artiste appelle le mouvement. Il donne aux autres qui servent à sonner ou à répéter les heures, les noms de sonnerie, répétition, &c. Voyez les articles Sonnerie, Mouvement, Répétition, &c.

Description des grosses horloges, ou horloges de clochers. Depuis le tems de leur invention, la construction générale a été toujours la même jusqu’aux environs de 1732, que M. Leroi pere inventa les horloges horisontales, qui sont incontestablement préférables aux autres.

Nous avons représenté dans nos planches une grosse horloge horizontale vue par-dessus. La cage, qui est une espece de rectangle, est composée des barres AB, BC, CD, DA, qui sont retenues ensemble par des clavettes. Ces barres sont posées sur le champ, afin qu’elles aient plus de forces. FE est une autre barre posée dans le même sens, & qui sert à porter les pivots de la sonnerie & du mouvement. Le rectangle EFCD contient le mouvement, R est la grande roue ; G le rouleau sur lequel s’enveloppe la corde qui porte le poids. Ce rouleau porte un cliquet q, qui s’engage dans les croisées de la grande roue de façon que le rouleau peut bien tourner de G en X sous la grande roue ; mais de G en P il ne le peut pas. H est la seconde roue ; I la roue de rencontre, & KF la verge des palettes à laquelle le pendule est attaché ; mais qu’on ne peut voir ici à cause que l’on voit l’horloge en dessus. Ainsi supposant que le poids P entraîne le rouleau, il fera tourner la grande roue qui fera tourner la seconde roue, ainsi de suite jusqu’à la roue de rencontre qui les tourneroit avec toute la vîtesse qui lui est imprimée par le poids, si cette vîtesse n’étoit retardée & modifiée par le pendule que la roue de rencontre est obligée de faire vibrer en agissant sur les palettes K. On voit par là, qu’ici le poids P produit le mouvement, & que l’action du pendule sur la roue de rencontre au moyen des palettes KK le modifient. Les nombres des roues & des pignons son. 80 à la grande roue ; 10 au pignon de la seconde roue, qui est de 72 ; 8 au pignon de la roue de rencontre, qui a 25 dents. Comme la grande roue doit faire un tour par heure, il est facile de voir qu’en conséquence de ces nombres la pendule battera les secondes. Voyez là-dessus les articles Nombre, Vibration, Échappement, Pendule, &c.

Dans cette horloge, il y a, comme on voit, trois roues au mouvement ; mais comme le nombre des roues est toûjours desavantageux, à cause que, multipliant les frottemens de l’horloge, elles en augmentent les inégalités ; il s’en suit que lorsqu’on le peut, il est toûjours avantageux de diminuer leur nombre, & qu’il seroit mieux dans ce cas-ci de n’avoir que deux roues : par-là on gagneroit deux avantages ; car, on diminueroit non-seulement les frottemens, mais on auroit encore un pendule plus long, pendule qui a toûjours plus de puissance régulatrice. C’est ainsi que dans l’horloge exécutée sous les yeux de mon pere pour le séminaire des missions étrangeres, on n’a mis que deux roues avec un pendule, dont chaque vibration est de deux secondes.

Le remontoir est formé par la lanterne N, qui engrene les dents de la roue O adaptée sur le rouleau ; ainsi au moyen de la manivelle 20, on remonte le poids.

La sonnerie est contenue dans le rectangle ADEF ; 4, Z & Y sont la grande roue, le rouleau & la lanterne du remontoir, qui sont construits de même que dans le mouvement, excepté cependant que la grande roue a des chevilles au nombre de 9, qui servent à lever la bascule du marteau ; 12 est la seconde roue, 21 est le pignon du volant, & 18, 19 le volant ; 6, 5, 9 est la bascule du marteau, dont la partie 9, comme on peut le voir dans la tige, s’avance sur les chevilles ; r9a est la premiere détente mobile dans les points c & b : cette détente a une partie a, qui doit s’avancer dessous la partie 3, 21 du volant. SUT♁ est la seconde détente, dont la partie ♁ ou le compteur entre dans les entailles du chaperon. La cheville u sur la tige du pignon du volant forme l’arrêt de la sonnerie ; lorsque la premiere détente r9a est levée par la roue de cadran, elle éleve au moyen de la partie S la détente ST, & la dégage de la cheville u ; mais, dans le même moment, le volant est arrêté par la partie 21, 3, qui rencontre la partie a de la premiere détente, de sorte que la sonnerie ne peut partir que lorsque cette détente n’étant plus soûtenue par la cheville de la roue de cadran, elle tombe & dégage le pignon du volant. Les nombres sont 81 à la grande roue, 9 à la lanterne, dans laquelle elle engrene. Quant à la seconde roue & au pignon du volant, leur nombre est indéterminé. Voyez là-dessus l’article Sonnerie. La roue de compte a 90 ; le pignon, dans lequel elle engrene, fixé sur l’extrémité de l’arbre de la grande roue a9 ; de façon qu’un tour du chaperon équivaut à 90 coups de marteau, nombre de coups qu’une horloge doit sonner dans 12 heures, lorsqu’elle sonne les demies. Voyez l’article Sonnerie.

Les grosses horloges anciennes ne different point essentiellement de celle-ci quant aux roues du mouvement, de la sonnerie, au volant & aux détentes, &c. mais elles en different beaucoup à l’égard de la cage & de la maniere dont les roues y sont placées. Cette cage est composée d’onze pieces ; savoir, de cinq montans, de quatre piliers, & de deux rectangles, l’un supérieur, l’autre inférieur, semblables à-peu-près à celui de l’horloge que nous venons de décrire ; chaque rectangle est ajusté & retenu avec les piliers de la même façon que les barres BC, AD, avec les barres CD, AB, ils ont chacun au milieu une traverse comme EF, qui sert à affermir le montant du milieu. Deux autres montans sont placés au milieu des petits côtés des rectangles, de sorte que ces trois montans sont sur la même ligne, & vis-à-vis les uns des autres : ils servent à soûtenir les roues de la sonnerie & du mouvement. Le quatrieme montant est placé sur l’un des deux côtés des rectangles ; son usage est de soûtenir la roue de compte, & le pignon qui la fait tourner. Le cinquieme montant est opposé à celui qui porte la roue de compte, & sert à porter la roue de cadran ou l’étoile qui la doit faire tourner. Il suit de cette disposition des montans dans les grosses horloges ordinaires, que les roues du mouvement & de la sonnerie ne peuvent être placées autrement que dans la même verticale, ou à peu-près, d’où il arrive que le frottement produit par le poids sur l’axe de la grande roue, est beaucoup plus grand qu’il ne pourroit l’être ; inconvénient qui ne subsiste point dans l’horloge de M. le Roy, & qui est d’autant plus considérable que la grande roue est obligée de faire un tour par heure, pour faire détendre la sonnerie. Pour bien comprendre la raison de ceci, imaginez qu’il y ait une puissance en P, qui tende à faire tourner la grande roue, & que la roue H dans le pignon de laquelle elle engrene, au lieu de se mouvoir, soit arrêtée fixément ; il est clair que l’on peut supposer que le fuseau e sur lequel la dent porte, est le point d’appui de la grande roue, & qu’étant entraînée en en-bas par la puissance P, son pivot en conséquence de cette action appuie sur la parois de son trou avec une certaine force : or, pour estimer cette force, on peut regarder la distance entre le point e & l’axe de la grande roue comme un levier de la troisieme espece, dont le point d’appui comme e est à un bout, le poids ou la résistance à l’autre, & la puissance comme P au milieu ; mais on sait que dans un levier de cette espece la puissance est toûjours plus grande que le poids : donc la pression du pivot sur son trou occasionnée par la puissance, est moindre que cette puissance, & cela dans le rapport de la distance de d’entre le rouleau & le point d’appui à celle qui est entre l’axe de la grande roue & ce même point.

Mais si l’on suppose pour un moment que la même puissance, au lieu d’être en P, soit en X, & qu’elle tende à faire tourner la roue de G en X, le levier deviendra par ce changement de la seconde espece, la puissance étant à une extrémité, le point d’appui à l’autre, & le poids ou la résistance entre les deux ; mais dans un levier de cette espece, la puissance est toûjours plus grande que le poids ; donc la pression du pivot sur son trou, occasionnée par la puissance, sera plus grande que cette puissance même, & cela dans le rapport du diametre du rouleau, plus la distance de à cette même distance ; donc lorsque la puissance, qui fait tourner la roue, est entre son pivot & le pignon, la pression est toûjours moindre que cette puissance ; & que lorsqu’elle est de l’autre côté, & que le pivot est entre elle & le point d’appuy, cette pression est au contraire toûjours plus grande, mais les frottemens sont dans le même rapport que les pressions ; donc, &c.

Ainsi on voit qu’il faut toûjours, autant qu’on le peut, que le poids ou la puissance qui fait tourner la grande roue, soit entre son pivot & le pignon, dans laquelle elle engrene.

Horloge, Poudrier, Ampoulette, Sable, (Marine.) noms que l’on donne sur mer à un petit vaisseau composé de deux especes de bouteilles de verres jointes ensemble, dont l’une est remplie de sable, ou plûtôt d’une poudre fort déliée, qui emploie une demi-heure à s’écouler ou passer d’une bouteille dans l’autre. C’est de-là que les matelots appellent une derniere heure une horloge, divisent les vingt-quatre heures en quarante-huit horloges. Ainsi le quart, qui est la faction que chaque homme fait pour le service du vaisseau, est composé de six horloges, qui valent trois heures. Il y a cependant des vaisseaux où le quart est de huit horloges, ou quatre heures. La construction de cette petite machine est si simple & si connue, qu’elle ne mérite pas une description particuliere ; cependant on peut en voir la construction dans le Traité de la construction des instrumens de Mathématique, de M. Bion.

Il y a des horloges ou sabliers d’une demi-minute, qui servent à estimer le chemin que fait le vaisseau.

Il y en a aussi d’une heure pour l’usage commun.

On dit, l’horloge dort, lorsque le sable s’arrête, c’est à quoi le timonier doit prendre garde ; & l’horloge moud, lorsque le sable coule bien. (Z)