L’Encyclopédie/1re édition/IMAGE

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Briasson, David l’aîné, Le Breton, Durand (Tome 8p. 559-560).
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IMAGE, s. f. en Optique, est la peinture naturelle & très-ressemblante qui se fait des objets, quand ils sont opposés à une surface bien polie. Voyez Miroir.

Image signifie plus généralement le spectre ou la représentation d’un objet que l’on voit, soit par réflexion, soit par réfraction. Voyez Vision.

C’est un des problêmes des plus difficiles de l’Optique, que de déterminer le lieu apparent de l’image d’un objet que l’on voit dans un miroir, ou à-travers un verre. Voyez ce que nous avons dit sur ce sujet aux articles Apparent, Miroir, Dioptrique &c.

Image, (Hist. anc. & mod.) se dit des représentations artificielles que font les hommes, soit en peinture ou sculpture ; le mot d’image dans un sens est consacré aux choses saintes ou regardées comme telles. L’usage & l’adoration des images ont essuyé beaucoup de contradictions dans le monde. L’hérésie des Iconoclastes ou Iconomaques, c’est-à-dire, brise-images, qui commença sous Leon l’Isaurien en 724, remplit l’empire grec de massacres & de cruautés, tant sous ce prince, que sous son fils Constantin Copronyme ; cependant l’église grecque n’abandonna point le culte des images, & l’église d’Occident ne le condamna pas non plus. Le concile tenu à Nicée sous Constantin & Irenne, rétablit toutes choses dans leur premier état ; & celui de Francfort n’en condamna les décisions que pour une erreur de fait & sur une fausse version. Cependant depuis l’an 815 jusqu’à l’année 855, la fureur des Iconoclastes se ralluma en Orient, & alors leur hérésie fut totalement éteinte : mais diverses sectes, à commençer par les Petrobrusiens & les Henriciens l’ont renouvellée en Occident depuis le douzieme siecle. A examiner tout ce qui s’est passé à cet égard, & à juger sainement des choses, on voit que ces sectaires & leurs successeurs ont fait une infinité de fausses imputations à l’église Romaine, dont la doctrine a toujours été de ne déférer aux images qu’un culte relatif & subordonné très-distinct du culte de latrie, comme on le peut voir dans l’exposition de la foi de M. Bossuet. Ainsi tant de livres, de déclamations, de satyres violentes des ministres de la Religion Prétendue Réformée, pour prouver que les Catholiques romains idolatroient & violoient le premier commandement du décalogue, ne sont autre chose que le sophisme que les Dialecticiens appellent ignoratio elenchi. Ces artifices sont bons pour séduire des ignorans ; mais il est étonnant que l’esprit de parti ait aveuglé des gens habiles d’ailleurs, jusqu’à leur faire hasarder de pareils écrits, & à les empêcher de discerner les abus qui pourroient se rencontrer dans le culte des images, d’avec ce que l’Eglise en avoit toujours cru, & d’avec le fond de sa doctrine sur cet article.

Les Luthériens blâment les Calvinistes d’avoir brisé les images dans les églises des Catholiques, & regardent cette action comme une espece de sacrilége, quoiqu’ils traitent les Catholiques romains d’idolâtres, pour en avoir conservé le culte. Les Grecs ont poussé ce culte si loin, que quelques-uns d’entr’eux ont reproché aux Latins de ne point porter de respect aux images ; cependant l’église d’Orient & celle d’Occident n’ont jamais disputé que sur des termes ; elles étoient d’accord pour le fond.

Les Juifs condamnent absolument les images, & ne souffrent aucunes statues ni figures dans leurs maisons, & encore moins dans leurs synagogues & dans les autres lieux consacrés à leurs dévotions. Les Mahométans ne les peuvent souffrir non plus, & c’est en partie pour cela qu’ils ont détruit la plûpart des beaux monumens d’antiquité sacrée & prophane, qui étoient à Constantinople.

Les Romains conservoient avec beaucoup de soin les images de leurs ancêtres, & les faisoient porter dans leurs pompes funebres & dans leurs triomphes. Elles étoient pour l’ordinaire de cire & de bois, quoiqu’il y en eût quelquefois de marbre ou d’airain. Ils les plaçoient dans les vestibules de leurs maisons, & elles y demeuroient toujours, quoique la maison changeât de maître, parce qu’on regardoit comme une impiété de les déplacer.

Appius Claudius fut le premier qui les introduisit dans les temples l’an de Rome 259 & qui y ajouta des inscriptions, pour marquer l’origine de ceux qu’elles représentoient, aussi bien que les actions par lesquelles ils s’étoient distingués.

Il n’étoit pas permis à tout le monde de faire porter les images de ses ancêtres dans les pompes funebres. On n’accordoit cet honneur qu’à ceux qui s’étoient acquittés glorieusement de leurs emplois. Quant à ceux qui s’étoient rendus coupables de quelques crimes, on brisoit leurs images.

Image, (Belles-Lettres.) se dit aussi des descriptions qui se font par le discours. Voyez Description.

Les images, suivant la définition qu’en donne Longin, sont des pensées propres à fournir des expressions, & qui présentent une espece de tableau à l’esprit.

Il donne, dans un autre endroit, à ce mot un sens beaucoup moins étendu, lorsqu’il dit que les images sont des discours que nous prononçons, lorsque par une espece d’enthousiasme, ou émotion extraordinaire de l’ame, nous croyons voir les choses dont nous parlons, & que nous tâchons de les peindre aux yeux de ceux qui nous écoutent.

Les images, dans la Rhétorique, ont un tout autre usage que parmi les Poëtes. Le but qu’on se propose dans la Poésie, c’est l’étonnement & la surprise ; au lieu que dans la prose, c’est de bien peindre les choses, & de les faire voir clairement. Elles ont pourtant cela de commun, qu’elles tendent à émouvoir dans l’un & l’autre genre. Voyez Poésie.

Ces images ou ces peintures sont d’un grand secours pour donner du poids, de la magnificence & de la force au discours. Elles l’échauffent & l’animent, & quand elles sont menagées avec art, dit Longin, elles domptent, pour ainsi dire, & soumettent l’auditeur.

On appelle généralement images, tant en éloquence qu’en poésie, toute description courte & vive, qui présente les objets aux yeux autant qu’à l’esprit. Telle est dans Virgile cette peinture de la consternation de la mere d’Euryale, en apprenant la mort de son fils :

Miseræ calor ossa reliquit,
Excussi manibus radii, revolutaque pensa.
Æneid. IX.

ou cette autre de Verrès par Ciceron : Stetit soleatus prætor populi romani, cum pallio purpureo, tunicaque talari, mulierculâ nixus in littore ; ou cette image de Racine dans Athalie :

De princes égorgés la chambre étoit remplie,
Un poignard à la main l’implacable Athalie
Au carnage animoit ses barbares soldats, &c.

Voyez Hypotipose.

Image, (Gravure.) il se dit aussi de certaines estampes pieuses, ou autres, grossierement gravées. C’est de-là que vient le substantif imager, ou marchand d’images. On dit de ceux qui sont curieux de livres embellis d’estampes, qu’ils aiment les images.

On fait des images & médailles avec la colle de poisson. Pour cet effet, prenez de la colle de poisson bien nette & bien claire ; brisez-la avec un marteau ; lavez-la d’abord en eau claire & fraiche, ensuite en eau tiede ; ayez un pot neuf ; mettez-la dans ce pot à tremper dans de l’eau pendant une nuit ; faites-la bouillir doucement une heure jusqu’à ce qu’elle prenne corps ; elle en aura suffisamment, si elle fait la goute sur l’ongle. Cela fait, ayez vos moules prêts ; serrez-les à l’entour d’une corde, ou avec du coton, ou d’une meche de lampe, qui serve à retenir la colle ; frottez-les de miel ; versez dessus la colle jusqu’à ce que tout le moule en soit couvert ; exposez-les au soleil ; la colle s’égalisera & se séchera ; quand elle sera seche, l’image se détachera du creux, d’elle-même, sera mince comme le papier, ou de l’épaisseur d’une médaille, selon la quantité de colle dont on aura couvert le moule. Les traits les plus déliés seront rendus, & l’image sera lustrée. Si on l’eût voulu colorer, on eût teint l’eau dans laquelle on a fait bouillir la colle, soit avec le bois de Brésil, de Fernambouc, soit avec la graine d’Avignon, le bois d’Inde, &c. Il faut que l’eau n’ait qu’une teinte légere, & que la colle ne soit pas trop épaisse ; l’image en viendra d’autant plus belle.