L’Encyclopédie/1re édition/PRESSION

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PRESSION, s. f. (Physiq.) est proprement l’action d’un corps qui fait effort pour en mouvoir un autre ; telle est l’action d’un corps pesant appuyé sur une table horisontale. La pression se rapporte également au corps qui presse & à celui qui est pressé. Ainsi si un corps A fait effort pour mouvoir un autre corps B, on dit la pression du corps A, en parlant de la force que le corps A exerce sur le corps B ; & la pression du corps B, pour désigner ce que le corps B souffre, pour ainsi dire, de cette action.

Pression, dans la philosophie cartésienne, signifie une sorte de mouvement impulsif, ou plutôt de tendance au mouvement imprimé à un milieu fluide & qui s’y propage. Voyez Mouvement, Fluide & Cartésianisme.

C’est dans une pareille pression que consiste, selon les Cartésiens, l’action de la lumiere, voyez Lumiere, & ces philosophes croient que la différence des couleurs vient des différentes modifications que reçoit cette pression par la surface des corps sur lesquels le milieu agit. Voyez Couleur.

Mais M. Newton soutient qu’en cela les Cartésiens se trompent : en effet, si la lumiere ne consistoit que dans une simple pression sans mouvement actuel, elle ne pourroit agiter & échauffer comme elle fait les corps qui la renvoient & la rompent. Et si elle consistoit en un mouvement instantané qui se répandît à quelque distance que ce fût dans un instant, comme il doit résulter d’une telle pression, il faudroit à chaque instant une force infinie dans chaque particule du corps lumineux pour produire un tel effet.

De plus, si la lumiere consistoit dans une pression ou mouvement propagé dans un fluide, soit en un instant, soit successivement, il s’ensuivroit que les rayons devroient se plier & se fléchir vers l’ombre. Car une pression propagée dans un fluide ne sauroit s’étendre en ligne droite derriere un obstacle qui l’arrête en partie ; mais elle doit se rompre, pour ainsi dire, & se répandre en tout sens devant & derriere le corps qui lui fait obstacle.

Ainsi, quoique la force de la gravité tende de haut en bas, la pression d’un fluide qui vient de cette force agit également en tout sens, & se propage avec autant de facilité en ligne courbe qu’en ligne droite.

Lorsque les vagues qui se forment sur la surface de l’eau viennent à rencontrer quelque obstacle, elles se brisent, se dilatent & se répandent dans l’eau stagnante & tranquille qui est derriere l’obstacle. Les vibrations &, pour ainsi dire, les vagues de l’air qui forment le son, se répandent en tout sens ; car le son d’une cloche ou d’un canon peut être entendu derriere une montagne qui cache l’objet sonore à notre vue ; & le son se répand aussi aisément par des tuyaux courbes que par des tuyaux droits.

Mais on ne remarque point que la lumiere s’étende autrement qu’en ligne droite, ni qu’elle se brise vers l’ombre : car les étoiles fixes disparoissent des qu’il passe devant elles quelque planete ; de même le Soleil, ou une partie de son disque, est caché par l’interposition du corps de la Lune, de Venus ou de Mercure.

Sur la pression de l’air, voyez Air & Atmosphere.

Beaucoup d’effets que les anciens attribuoient à l’horreur du vuide, sont aujourd’hui unanimement attribués à la pression & au poids de l’air.

La pression de l’air sur la surface de la terre est égale à la pression d’une colonne d’eau de même base & d’environ 32 piés de haut, ou d’une colonne de mercure d’environ 28 pouces. Voyez Toricelli, Air, Barometre.

La pression de l’air sur chaque pié quarré de la surface de la terre est d’environ 32 fois 70 livres, ou 2240 livres, parce que le poids d’un pié cube d’eau est d’environ 70 livres.

Sur la pression des fluides, voyez Fluide & Hydrostatique. Chambers. (O)