L’Encyclopédie/1re édition/LUMIERE

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LUMIERE, s. f. (Optiq.) est la sensation que la vûe des corps lumineux apporte ou fait éprouver à l’ame, ou bien la propriété des corps qui les rend propres à exciter en nous cette sensation. Voyez Sensation.

Aristote explique la nature de la lumiere, en supposant qu’il y a des corps transparens par eux-mêmes, par exemple, l’air, l’eau, la glace, &c. c’est-à dire des corps qui ont la propriété de rendre visibles ceux qui sont derriere eux ; mais comme dans la nuit nous ne voyons rien à-travers de ces corps, il ajoute qu’ils ne sont transparens que potentiellement ou en puissance, & que dans le jour ils le deviennent réellement & actuellement ; & d’autant qu’il n’y a que la présence de la lumiere qui puisse réduire cette puissance en acte, il définit par cette raison la lumiere l’acte du corps transparent considéré comme tel. Il ajoute que la lumiere n’est point le feu ni aucune autre chose corporelle qui rayonne du corps lumineux, & se transmet à-travers le corps transparent, mais la seule présence ou application du feu, ou de quelqu’autre corps lumineux, au corps transparent.

Voilà le sentiment d’Aristote sur la lumiere ; sentiment que ses sectateurs ont mal compris, & au lieu duquel il lui en ont donné un autre très-différent, imaginant que la lumiere & les couleurs étoient de vraies qualités des corps lumineux & colorés, semblables à tous égards aux sensations qu’elles excitent en nous, & ajoutant que les objets lumineux & colorés ne pouvoient produire des sensations en nous, qu’ils n’eussent en eux-mêmes quelque chose de semblable, puisque nihil dat quod in se non habet. Voyez Qualité.

Mais le sophisme est évident : car nous sentons qu’une aiguille qui nous pique nous fait du mal, & personne n’imaginera que ce mal est dans l’aiguille. Au reste on se convaincra encore plus évidemment au moyen d’un prisme de verre, qu’il n’y a aucune ressemblance nécessaire entre les qualités des objets, & les sensations qu’ils produisent. Ce prisme nous représente le bleu, le jaune, le rouge, & d’autres couleurs très-vives, sans qu’on puisse dire néanmoins qu’il y ait en lui rien de semblable à ces sensations.

Les Cartésiens ont approfondi cette idée. Ils avouent que la lumiere telle qu’elle existe dans les corps lumineux, n’est autre chose que la puissance ou faculté d’exciter en nous une sensation de clarté très-vive ; ils ajoutent que ce qui est requis pour la perception de la lumiere, c’est que nous soyons formés de façon à pouvoir recevoir ces sensations ; que dans les pores les plus cachés des corps transparens, il se trouve une matiere subtile, qui à raison de son extrême petitesse peut en même tems pénétrer ce corps, & avoir cependant assez de force pour secouer & agiter certaines fibres placées au fond de l’œil ; enfin que cette matiere poussée par ce corps lumineux, porte ou communique l’action qu’il exerce sur elle, jusqu’à l’organe de la vûe.

La lumiere premiere consiste donc selon eux en un certain mouvement des particules du corps lumineux, au moyen duquel ces particules peuvent pousser en tout sens la matiere subtile qui remplit les pores des corps transparens.

Les petites parties de la matiere subtile ou du premier élément étant ainsi agitées, poussent & pressent en tout sens les petits globules durs du second élément, qui les environnent de tous côtés, & qui se touchent. M. Descartes suppose que ces globules sont durs, & qu’ils se touchent, afin de pouvoir transmettre en un instant l’action de la lumiere jusqu’à nos yeux ; car ce philosophe croyoit que le mouvement de la lumiere étoit instantané.

La lumiere est donc un effort au mouvement, ou une tendance de cette matiere à s’éloigner en droite ligne du centre du corps lumineux ; & selon Descartes l’impression de la lumiere sur nos yeux, par le moyen de ces globules, est à-peu-près semblable à celle que les corps étrangers font sur la main d’un aveugle par le moyen de son bâton. Cette derniere idée a été employée depuis par un grand nombre de philosophes, pour expliquer différens phénomenes de la vision ; & c’est presque tout ce qui reste aujourd’hui du systême de Descartes, sur la lumiere. Car en premier lieu la lumiere, comme nous le ferons voir plus bas, emploie un certain tems, quoique très-court, à se répandre ; & ainsi ce philosophe s’est trompé, en supposant qu’elle étoit produite par la pression d’une suite de globules durs. D’ailleurs si les particules des rayons de lumiere étoient des globules durs, elles ne pourroient se réfléchir de maniere que l’angle de réflexion fût égal à l’angle d’incidence. Cette propriété n’appartient qu’aux corps parfaitement élastiques. Un corps d’or qui vient frapper perpendiculairement un plan, perd tout son mouvement, & ne se réfléchit point. Il se réfléchit au contraire dans cette même perpendiculaire, s’il est élastique ; si ce corps vient frapper le plan obliquement, & qu’il soit dur, il perd par la rencontre du plan tout ce qu’il avoit de mouvement perpendiculaire, & ne fait plus après le choc, que glisser parallélement au plan : si au contraire le corps est élastique, il reprend en arriere en vertu de son ressort, tout son mouvement perpendiculaire, & se réfléchit par un angle égal à l’angle d’incidence. Voyez Réflexion. Voyez aussi Matiere subtile, & Cartésianisme.

Le P. Malebranche déduit l’explication de la lumiere, d’une analogie qu’il lui suppose avec le son. On convient que le son est produit par les vibrations des parties insensibles du corps sonore. Ces vibrations ont beau être plus grandes ou plus petites, c’est-à-dire se faire dans de plus grands ou de plus petits arcs de cercle, si malgré cela elles sont d’une même durée, elles ne produiront en ce cas dans nos sensations, d’autre différence que celle du plus ou moins grand degré de force ; au lieu que si elles ont différentes durées, c’est-à-dire si un des corps sonores fait dans un même tems plus de vibrations qu’un autre, les deux sons différeront alors en espece, & on distinguera deux différens tons, les vibrations promptes formant les tons aigus, & les plus lentes les tons graves. Voyez Son aigu & grave.

Le P. Malebranche suppose qu’il en est de même de la lumiere & des couleurs. Toutes les parties du corps lumineux sont selon lui dans un mouvement rapide ; & ce mouvement produit des pulsations très-vives dans la matiere subtile qui se trouve entre le corps lumineux & l’œil ; ces pulsations sont appellées par le P. Malebranche, vibrations de pression. Selon que ces vibrations sont plus ou moins grandes, le corps paroît plus ou moins lumineux ; & selon qu’elles sont plus promptes ou plus lentes, le corps paroîtra de telle ou telle couleur.

Ainsi on voit que le P. Malebranche ne fait autre chose que de substituer aux globules durs de Descartes, de petits tourbillons de matiere subtile. Mais indépendamment des objections générales qu’on peut opposer à tous les systêmes qui font consister la lumiere dans la pression d’un fluide, objections qu’on trouvera exposées dans la suite de cet article ; on peut voir à l’article Tourbillon, les difficultés jusqu’ici insurmontables, que l’on a faites contre l’existence des tourbillons tant grands que petits.

M. Huyghens croyant que la grande vitesse de la lumiere, & la décussation ou le croisement des rayons ne pouvoit s’accorder avec le système de l’émission des corpuscules lumineux, a imaginé un autre système qui fait encore consister la propagation de la lumiere dans la pression d’un fluide. Selon ce grand géometre, comme le son s’étend tout-à-l’entour du lieu où il a été produit par un mouvement qui passe successivement d’une partie de l’air à l’autre, & que cette propagation se fait par des surfaces ou ondes sphériques, à cause que l’extension de ce mouvement est également prompte de tous côtés ; de même il n’y a point de doute selon lui, que la lumiere ne se transmette du corps lumineux jusqu’à nos yeux, par le moyen de quelque fluide intermédiaire, & que ce mouvement ne s’étende par des ondes sphériques semblables à celles qu’une pierre excite dans l’eau quand on l’y jette.

M. Huyghens déduit de ce système, d’une maniere fort-ingénieuse, les différentes propriétés de la lumiere, les lois de la réflection, & de la réfraction, &c. mais ce qu’il paroît avoir le plus de peine à expliquer, & ce qui est en effet le plus difficile dans cette hypothèse, c’est la propagation de la lumiere en ligne droite. En effet M. Huyghens compare la propagation de la lumiere à celle du son : pourquoi donc la lumiere ne se propage-t-elle pas en tout sens comme le son ? L’auteur fait voir assez bien que l’action ou la pression de l’onde lumineuse doit être la plus forte dans l’endroit où cette onde est coupée par une ligne menée du corps lumineux ; mais il ne suffit pas de prouver que la pression ou l’action de la lumiere en ligne droite, est plus forte qu’en aucun autre sens. Il faut encore démontrer qu’elle n’existe que dans ce sens-là ; c’est ce que l’expérience nous prouve, & ce qui ne suit point du système de M. Huyghens.

Selon M. Newton, la lumiere premiere, c’est-à-dire la faculté par laquelle un corps est lumineux, consiste dans un certain mouvement des particules du corps lumineux, non que ces particules poussent une certaine matiere fictice qu’on imagineroit placée entre le corps lumineux & l’œil, & logée dans les pores des corps transparens ; mais parce qu’elles se lancent continuellement du corps lumineux qui les darde de tous côtés avec beaucoup de force ; & la lumiere secondaire, c’est-à-dire, l’action par laquelle le corps produit en nous la sensation de clarté, consiste selon le même auteur non dans un effort au mouvement, mais dans le mouvement réel de ces particules qui s’éloignent de tous côtés du corps lumineux en ligne droite, & avec une vitesse presqu’incroyable.

En effet, dit M. Newton, si la lumiere consistoit dans une simple pression ou pulsation, elle se répandroit dans un même instant aux plus grandes distances ; or nous voyons clairement le contraire par les phénomenes des éclipses des satellites de Jupiter. En effet lorsque la terre approche de Jupiter, les immersions des satellites de cette planete anticipent un peu sur le tems vrai, ou commencent plutôt ; au lieu que lorsque la terre s’éloigne de Jupiter, leurs émersions arrivent de plus en plus tard, s’éloignant beaucoup dans les deux cas du tems marqué par les tables.

Cette déviation qui a été observée d’abord par M. Roemer, & ensuite par d’autres astronomes, ne sauroit avoir pour cause l’excentricité de l’orbe de Jupiter ; mais elle provient selon toute apparence, de ce que la lumiere solaire que les satellites nous réfléchissent, a dans un cas plus de chemin à faire que dans l’autre, pour parvenir du satellite à nos yeux : ce chemin est le diametre de l’orbe annuel de la terre. Voyez Satellite.

Descartes qui n’avoit pas une assez grande quantité d’expérience, avoit cru trouver dans les éclipses de lune, que le mouvement de la lumiere étoit instantané. Si la lumiere, dit-il, demande du tems, par exemple une heure pour traverser l’espace qui est entre la terre & la lune, il s’ensuivra que la terre étant parvenue au point de son orbite où elle se trouve entre la lune & le soleil, l’ombre qu’elle cause, ou l’interruption de la lumiere ne sera pas encore parvenue à la lune, mais n’y arrivera qu’une heure après ; ainsi la lune ne sera obscurcie qu’une heure après que la terre aura passé par la conjonction avec la lune : mais cet obscurcissement ou interruption de lumiere ne sera vû de la terre qu’une heure après. Voilà donc une éclipse qui ne paroîtroit commencer que deux heures après la conjonction, & lorsque la lune seroit déjà éloignée de l’endroit de l’écliptique qui est opposé au soleil. Or toutes les observations sont contraires à cela.

Il est visible qu’il ne résulte autre chose de ce raisonnement, sinon que la lumiere n’emploie pas une heure à aller de la terre à la lune, ce qui est vrai ; mais si la lumiere n’emploie que 7 minutes à venir du soleil jusqu’à nous, comme les observations des satellites de Jupiter le font connoître ; elle employera beaucoup moins d’une minute à venir de la terre à la lune, & de la lune à la terre, & alors il sera difficile de s’appercevoir d’une si petite quantité dans les observations astronomiques.

J’ai cru devoir rapporter cette objection pour montrer que si Descartes s’est trompé sur le mouvement de la lumiere, au-moins il avoit imaginé le moyen de s’assurer du tems que la lumiere met à parcourir un certain espace. Il est vrai que la lune étant trop proche de nous, les éclipses de cette planete ne peuvent servir à décider la question ; mais il y a apparence que si les satellites de Jupiter eussent été mieux connus alors, ce philosophe auroit changé d’avis ; & on doit le regarder comme le premier auteur de l’idée d’employer les observations des satellites, pour prouver le mouvement de la lumiere.

La découverte de l’aberration des étoiles fixes, faite il y a 20 ans par M. Bradley, a fourni une nouvelle preuve du mouvement successif de la lumiere, & cette preuve s’accorde parfaitement avec celle qu’on tire des éclipses des satellites. Voyez Aberration.

La lumiere semblable à cet égard aux autres corps, ne se meut donc pas en un instant. M. Roemer & M. Newton ont mis hors de doute par le calcul des éclipses des satellites de Jupiter, que la lumiere du soleil emploie près de sept minutes à parvenir à la terre, c’est-à-dire, à parcourir une espece de plus de 23,000,000, de lieues, vitesse 10000000 fois plus grande que celle du boulet qui sort d’un canon.

De plus, si la lumiere consistoit dans une simple pression, elle ne se répandroit jamais en droite ligne ; mais l’ombre la feroit continuellement fléchir dans son chemin. Voici ce que dit là-dessus M. Newton : « Une pression exercée sur un milieu fluide, c’est-à-dire un mouvement communiqué par un tel milieu au-delà d’un obstacle qui empêche en partie le mouvement du milieu, ne peut point être continuée en ligne droite, mais se répandre de tous côtés dans le milieu en repos par-delà l’obstacle. La force de la gravité tend en en-bas, mais la pression de l’eau qui en est la suite, tend également de tous côtés, & se répand avec autant de facilité & autant de force dans des courbes que dans des droites ; les ondes qu’on voit sur la surface de l’eau lorsque quelques obstacles en empêchent le cours, se fléchissent en se répandant toujours & par degré dans l’eau qui est en repos, & par-delà l’obstacle. Les ondulations, pulsations, ou vibrations de l’air, dans lesquelles consiste le son, subissent aussi des inflexions, & le son se répand aussi facilement dans des tubes courbes, par exemple dans un serpent, qu’en ligne droite » ; or on n’a jamais vû la lumiere se mouvoir en ligne courbe ; les rayons de lumiere sont donc de petits corpuscules qui s’élancent avec beaucoup de vitesse du corps lumineux. Sur quoi voyez l’article Émission.

Quant à la force prodigieuse avec laquelle il faut que ces corpuscules soient dardés pour pouvoir se mouvoir si vîte, qu’ils parcourent jusques à plus de 3000000 lieues par minutes, écoutons là-dessus le même auteur : « Les corps qui sont de même genre, & qui ont les mêmes vertus, ou une force attractive, d’autant plus grande par rapport à leur volume, qu’ils sont plus petits. Nous voyons que cette force a plus d’énergie dans les petits aimans que dans les grands, eu égard à la différence des poids ; & la raison en est, que les parties des petits aimans étant plus proches les unes des autres, elles ont par-là plus de facilité à unir intimement leur force, & à agir conjointement ; par cette raison, les rayons de lumiere étant les plus petits de tous les corps, leur force attractive sera du plus haut degré, eu égard à leur volume ; & on peut en effet conclure des regles suivantes, combien cette attraction est forte. L’attraction d’un rayon de lumiere, eu égard à sa quantité de matiere est à la gravité qu’a un projectile, eu égard aussi à sa quantité de matiere, en raison composée de la vîtesse du rayon, à celle du projectile, & de la courbure de la ligne que le rayon décrit dans la réfraction, à la courbure de la ligne que le projectile décrit aussi de son côté ; pourvû cependant que l’inclinaison du rayon sur la surface réfractante, soit la même que celle de la direction du projectile sur l’horison. De cette proportion il s’en suit que l’attraction des rayons de lumiere est plus que 1,000,000,000,000,000, fois plus grande que la gravité des corps sur la surface de la terre, eu égard à la quantité de matiere du rayon & des corps terrestres, & en supposant que la lumiere vienne du soleil à la terre en 7 minutes de tems ».

Rien ne montre mieux la divisibilité des parties de la matiere, que la petitesse des parties de la lumiere. Le docteur Nieuwentit a calculé qu’un pouce de bougie, après avoir été converti en lumiere, se trouve avoir été divisé par-là en un nombre de parties exprimé par le chifre 269617040, suivi de quarante zéros, ou, ce qui est la même chose, qu’à chaque seconde que la bougie brûle, il en doit sortir un nombre de parties exprimé par le chiffre 418660, suivi de trente-neuf zéros, nombre beaucoup plus que mille millions de fois plus grand que celui des sables que pourroit contenir la terre entiere, en supposant qu’il tienne cent parties de sable dans la longueur d’un pouce.

L’expansion ou l’étendue de la propagation des parties de la lumiere est inconcevable : le docteur Hook montre qu’elle n’a pas plus de bornes que l’univers, & il le prouve par la distance immense de quelques étoiles fixes, dont la lumiere est cependant sensible à nos yeux au moyen d’un télescope. Ce ne sont pas seulement, ajoute-t-il, les grands corps du soleil & des étoiles qui sont capables d’envoyer ainsi leur lumiere jusques aux points les plus reculés des espaces immenses de l’univers, il en peut être de même de la plus petite étincelle d’un corps lumineux, du plus petit globule qu’une pierre à fusil aura détaché de l’acier.

Le docteur Gravesande prétend que les corps lumineux sont ceux qui dardent le feu, ou qui donnent un mouvement au feu en droite ligne ; & il fait consister la différence de la lumiere & de la chaleur, en ce que pour produire la lumiere, il faut selon lui, que les particules ignées viennent frapper les yeux, & y entrent en ligne droite, ce qui n’est pas nécessaire pour la chaleur. Au contraire, le mouvement irrégulier semble plus propre à la chaleur ; c’est ce qui paroît par les rayons qui viennent directement du soleil au sommet des montagnes, lesquelles n’y font pas à beaucoup près autant d’effet, que ceux qui se font sentir dans les vallées, & qui ont auparavant été agités d’un mouvement irrégulier par plusieurs réflexions. Voyez Feu & Feu électrique.

On demande s’il peut y avoir de la lumiere sans chaleur, ou de la chaleur sans lumiere ; nos sens ne peuvent décider suffisamment cette question, la chaleur étant un mouvement qui est susceptible d’une infinité de degrés, & la lumiere une matiere qui peut être infiniment rare & foible ; à quoi il faut ajouter qu’il n’y a point de chaleur qui nous soit sensible, sans avoir en même tems plus d’intensité que celle des organes de nos sens. Voyez Chaleur.

M. Newton observe que les corps & les rayons de lumiere agissent continuellement les uns sur les autres ; les corps sur les rayons de lumiere, en les lançant, les réfléchissant, & les réfractant ; & les rayons de lumiere sur les corps, en les échauffant, & en donnant à leurs parties un mouvement de vibration dans lequel consiste principalement la chaleur : car il remarque encore que tous les corps fixes lorsqu’ils ont été échauffés au-delà d’un certain degré, deviennent lumineux, qualité qu’ils paroissent devoir au mouvement de vibrations de leurs parties ; & enfin, que tous les corps qui abondent en parties terrestres & sulphureuses, donnent de la lumiere s’ils sont suffisamment agités de quelque maniere que ce soit. Ainsi la mer devient lumineuse dans une tempête ; le vif-argent lorsqu’il est secoué dans le vuide ; les chats & les chevaux, lorsqu’on les frotte dans l’obscurité ; le bois, le poisson, & la viande, lorsqu’ils sont pourris. Voyez Phosphore.

Hawksbée nous a fourni une grande variété d’exemples de la production artificielle de la lumiere par l’attrition des corps qui ne sont pas naturellement lumineux, comme de l’ambre frotté sur un habit de laine, du verre sur une étoffe de laine, du verre sur du verre, des écailles d’huitres sur une étoffe de laine, & de l’étoffe de laine sur une autre, le tout dans le vuide.

Il fait sur la plûpart de ces expériences les réflexions suivantes, que différentes sortes de corps donnent diverses sortes de lumieres, qui different soit en couleur, soit en force ; qu’une même attrition a divers effets, selon les différentes préparations des corps qui la souffrent, ou la différente maniere de les frotter, & que les corps qui ont donné une certaine lumiere en particulier, peuvent être rendus par la friction incapables d’en donner davantage de la même espece.

M. Bernoulli a trouvé par expérience que le mercure amalgamé avec l’étain, & frotté sur un verre, produisoit dans l’air une grande lumiere, que l’or frotté sur un verre en produisoit aussi & dans un plus grand degré ; enfin, que de toutes ces especes de lumieres produites artificiellement, la plus parfaite étoit celle que donnoit l’attrition d’un diamant, laquelle est aussi vive que celle d’un charbon qu’on souffle fortement. Voyez Diamant, & Electricité.

M. Boyle parle d’un morceau de bois pourri & brillant, dont la lumiere s’éteignit lorsqu’on en eut fait sortir l’air, mais qui redevint de nouveau brillant comme auparavant, lorsqu’on y eut fait rentrer l’air. Or il ne paroît pas douteux que ce ne fût-là une flamme réelle, puisqu’ainsi que la flamme ordinaire, elle avoit besoin d’air pour s’entretenir ou se conserver. Voyez Phosphore.

L’attraction des particules de la lumiere par les autres corps, est une vérité que des expériences innombrables ont rendues évidentes. M. Newton a observé le premier ce phénomene ; il a trouvé par des observations répétées, que les rayons de lumiere dans leur passage près des bords des corps, soit opaques, soit transparens, comme des morceaux de métal, des tranchans de lames de couteaux, des verres cassés, &c. sont détournés de la ligne droite. Voyez Distraction.

Cette action des corps sur la lumiere s’exerce à une distance sensible, quoiqu’elle soit toûjours d’autant plus grande, que la distance est plus petite ; c’est ce qui paroît clairement dans le passage d’un rayon entre les bords de deux plaques minces à différentes ouvertures. Les rayons de lumiere lorsqu’ils passent du verre dans le vuide, ne sont pas seulement fléchis ou pliés vers le verre ; mais s’ils tombent trop obliquement, ils retournent alors vers le verre, & sont entierement réfléchis.

On ne sauroit attribuer la cause de cette réflexion à aucune résistance du vuide ; mais il faut convenir qu’elle procede entierement de quelque force ou puissance qui réside dans le verre, par laquelle il attire & fait retourner en-arriere les rayons qui l’ont traversé, & qui sans cela passeroient dans le vuide. Une preuve de cette vérité, c’est que si vous frottez la surface postérieure du verre avec de l’eau, de l’huile, du miel, ou une dissolution de vif-argent, les rayons qui sans cela auroient été réfléchis, passeront alors dans cette liqueur & au-travers ; ce qui montre aussi que les rayons ne sont pas encore réflechis tant qu’ils ne sont pas parvenus à la seconde surface du verre ; car si à leur arrivée sur cette surface, ils tomboient sur un des milieux dont on vient de parler ; alors ils ne seroient plus réfléchis, mais ils continueroient leur premiere route, l’attraction du verre se trouvant en ce cas contre-balancée par celle de la liqueur. De cette attraction mutuelle entre les particules de la lumiere, & celles des autres corps, naissent deux autres grands phénomenes, qui sont la réflexion & la réfraction de la lumiere. On sait que la direction du mouvement d’un corps, change nécessairement s’il se rencontre obliquement dans son chemin quelqu’autre corps ; ainsi la lumiere venant à tomber sur la surface des corps solides, il paroîtroit par cela seul qu’elle devroit être détournée de sa route, & renvoyée ou réfléchie de façon que son angle de réflexion fût égal, (comme il arrive dans la réflexion des autres corps) à l’angle d’incidence ; c’est aussi ce que fait voir l’expérience, mais la cause en est différente de celle dont nous venons de faire mention. Les rayons de lumiere ne sont pas réfléchis en heurtant contre les parties des corps mêmes qui les réfléchissent, mais par quelques puissances répandues également sur toute la surface des corps, & par laquelle les corps agissent sur la lumiere, soit en l’attirant, soit en la repoussant, mais toûjours sans contact : cette puissance est la même par laquelle dans d’autres circonstances les rayons sont réfractés. Voyez Réflexion & Réfraction.

M. Newton prétend que tous les rayons qui sont réfléchis par un corps ne touchent jamais le corps, quoiqu’à la vérité ils en approchent beaucoup. Il prétend encore que les rayons qui parviennent réellement aux parties solides du corps s’y attachent, & sont comme éteins & perdus. Si l’on demande comment il arrive que tous les rayons ne soient pas réfléchis à la fois par toute la surface, mais que tandis qu’il y en a qui sont réfléchis, d’autres passent à-travers, & soient rompus :

Voici la réponse que M. Newton imagine qu’on peut faire à cette question. Chaque rayon de lumiere dans son passage à-travers une surface capable de le briser, est mis dans un certain état transitoire, qui dans le progrès du rayon se renouvelle à intervalles égaux ; or à chaque renouvellement le rayon se trouve disposé à être facilement transmis à-travers la prochaine surface réfractante. Au contraire, entre deux renouvellemens consécutifs, il est disposé à être aisément réfléchi : & cette alternative de réflexions & de transmissions, paroît pouvoir être occasionnée par toutes sortes de surfaces & à toutes les distances. M. Newton ne cherche pas par quel genre d’action ou de disposition ce mouvement peut être produit ; s’il consiste dans un mouvement de circulation ou de vibration, soit des rayons, soit du milieu, ou en quelque chose de semblable ; mais il permet à ceux qui aiment les hypothèses, de supposer que les rayons de lumiere lorsqu’ils viennent à tomber sur une surface réfringente ou réfractante, excitent des vibrations dans le milieu réfringent ou réfractant, & que par ce moyen ils agitent les parties solides du corps. Ces vibrations ainsi répandues dans le milieu, pourront devenir plus rapides que le mouvement du rayon lui-même ; & quand quelque rayon parviendra au corps dans ce moment de la vibration, où le mouvement qui forme celle-ci, conspirera avec le sien propre, sa vitesse en sera augmentée, de façon qu’il passera aisément à-travers de la surface réfractante ; mais s’il arrive dans l’autre moment de la vibration, dans celui où le mouvement de vibration est contraire au sien propre, il sera aisément réfléchi ; d’où s’en suivent à chaque vibration des dispositions successives dans les rayons, à être réfléchis ou transmis. Il appelle accès de facile réflexion, le retour de la disposition que peut avoir le rayon à être réfléchi, & accès de facile transmission, le retour de la disposition à être transmis ; & enfin, intervalle des accès, l’espace de tems compris entre les retours. Cela posé, la raison pour laquelle les surfaces de tous les corps épais & transparens réfléchissent une partie des rayons de lumiere qui y tombent & en réfractent le reste, c’est qu’il y a des rayons qui au moment de leur incidence sur la surface du corps, se trouvent dans des accès de réflexion facile, & d’autres qui se trouvent dans des accès de transmission facile.

Nous avons déja remarqué à l’article Couleur, que cette théorie de M. Newton, quelque ingénieuse qu’elle soit, est encore bien éloignée du degré d’évidence nécessaire pour satisfaire l’esprit sur les propriétés de la lumiere réfléchie. V. Réflexion & Miroir.

Un rayon de lumiere qui passe d’un milieu dans un autre de différente densité, & qui dans son passage, se meut dans une direction oblique à la surface qui sépare les deux milieux, sera réfracté ou détourné de son chemin, parce que les rayons sont plus fortement attirés par un milieu plus dense que par un plus rare. Voyez Réfraction.

Les rayons ne sont point réfractés en heurtant contre les parties solides des corps, & le sont au contraire sans aucun contact, & par la même force par laquelle ils sont réfléchis, laquelle s’exerce différemment en différentes circonstances. Cela se prouve à-peu-près par les mêmes argumens qui prouvent que la réflexion se fait sans contact.

Pour les propriétés de la lumiere rompue ou réfractée, voyez Réfraction & Lentille.

On observe dans le crystal d’Islande, une espece de double réfraction très-différente de celle qu’on remarque dans tous les autres corps. Voyez à l’article Crystal d’Islande, le détail de ce phénomene, & les conséquences que M. Newton en a tirées.

M. Newton ayant observé que l’image du soleil projetée sur le mur d’une chambre obscure par les rayons de cet astre, & transmise à-travers un prisme, étoit cinq fois plus longue que large, se mit à rechercher la raison de cette disproportion ; & d’expérience en expérience, il découvrit que ce phénomene provenoit de ce que quelques-uns des rayons de lumieres étoient plus réfractés que d’autres, & que cela suffisoit pour qu’ils représentassent l’image du soleil allongée. Voyez Prisme.

De-là il en vint à conclure, que la lumiere elle-même est un mélange hétérogene de rayons différemment refrangibles, ce qui lui fit distinguer la lumiere en deux especes ; celle dont les rayons sont également refrangibles, qu’il appella lumiere homogene, similaire ou uniforme ; & celle dont les rayons sont inégalement refrangibles, qu’il appella lumiere hétérogene. Voyez Réfrangibilité.

Il n’a trouvé que trois affections par lesquelles les rayons de lumiere différassent les uns des autres ; sçavoir, la réfrangibilité, la réflexibilité & la couleur ; or les rayons qui conviennent entr’eux en réfrangibilités, conviennent aussi dans les autres affections, d’où il s’ensuit qu’ils peuvent à cet égard être regardés comme homogenes, quoiqu’à d’autres égards, il fût possible qu’ils fussent hétérogenes.

Il appelle de plus, couleurs homogenes, celles qui sont représentées par une lumiere homogene, & couleurs hétérogenes, celles qui sont produites par une lumiere hétérogene. Ces définitions expliquées, il en déduit plusieurs propositions. En premier lieu, que la lumiere du soleil consiste en des rayons qui different les uns des autres par des degrés indéfinis de réfrangibilités. Secondement, que les rayons qui different en réfrangibilité, différeront aussi à proportions dans les couleurs qu’ils représenteront lorsqu’ils auront été séparés les uns des autres. Troisiémement, qu’il y a autant de couleurs simples & homogenes, que de degrés de réfrangibilité ; car à chaque degré différent de réfrangibilité, répond une couleur différente.

Quatriémement, que la blancheur semblable à celle de la lumiere immédiate du soleil, est un composé de sept couleurs primitives. Voyez Couleur.

Cinquiémement, que les rayons de lumiere ne souffrent aucunes altérations dans leurs qualités par la réfraction.

Sixiémement, que la réfraction ne sauroit décomposer la lumiere en couleurs qui n’y auroient pas été mélées auparavant, puisque la réfraction ne change pas les qualités des rayons, mais qu’elle sépare seulement les uns des autres ceux qui ont différentes qualités, par le moyen de leurs différentes réfrangibilités.

Nous avons déja observé que les rayons de lumiere sont composés de parties dissimilaires ou hétérogenes, y en ayant probablement de plus grandes les unes que les autres. Or plus ces parties sont petites, plus elles sont réfrangibles ; c’est-à-dire plus il est facile qu’elles se détournent de leur cours rectiligne. De plus nous avons encore fait remarquer que les parties qui différoient en réfrangibilité, & par conséquent en volume, différoient en même tems en couleur.

De-là on peut déduire toute la théorie des couleurs. Voyez Couleur.

L’académie royale des Sciences de Paris, ayant proposé pour le sujet du prix de 1736, la question de la propagation de la lumiere, M. Jean Bernoulli le fils, docteur en Droit, composa à ce sujet une dissertation qui remporta le prix. Le fond du système de cet auteur est celui du pere Malebranche, avec cette seule différence que M. Bernoulli ajoute aux petits tourbillons des petits globules durs ou solides, répandus çà & là, selon lui, dans l’espace que les petits tourbillons occupent. Ces petits globules, quoiqu’éloignés assez considérablement les uns des autres, par rapport à leur petitesse, se trouvent en grand nombre dans la plus petite ligne droite sensible. Ces petits corps demeureront toujours en repos, étant comprimés de tous côtés. Mais si on conçoit que les particules d’un corps lumineux, agitées en tout sens avec beaucoup de violence, frappent suivant quelque direction, les tourbillons environnans ; ces tourbillons ainsi condensés, chasseront le corpuscule le plus voisin ; celui-ci comprimera de même les tourbillons suivans, jusqu’au second corpuscule, &c. Cette compression étant achevée, les tourbillons reprendront leur premier état, & feront une vibration en sens contraire, puis ils seront chassés une seconde fois, & feront ainsi des oscillations, par le moyen desquelles la lumiere se répandra. M. Bernoulli déduit de cette explication plusieurs phénomenes de la lumiere ; & les recherches mathématiques dont sa piece est remplie sur la pression des fluides élastiques, la rendent fort instructive & fort intéressante à cet égard. C’est sans doute ce qui lui a mérité le glorieux suffrage de l’académie ; car le fond du système de cet auteur est d’ailleurs sujet à toutes les difficultés ordinaires contre le système de la propagation de la lumiere par pression. Le système de ceux qui avec M. Newton, regardent un rayon de lumiere comme une file de corpuscules émanés du corps lumineux, ne peut être attaqué que par les deux objections suivantes. 1°. On demande comment dans cette hypothese, les rayons de lumiere peuvent se croiser sans se nuire. A cela on peut répondre, que les rayons qui nous paroissent parvenir à nos yeux en se croisant, ne se croisent pas réellement, mais passent l’un au-dessus de l’autre, & sont censés se croiser à cause de leur extrème finesse. 2°. On demande comment le soleil n’a point perdu sensiblement de sa substance, depuis le tems qu’il envoie continuellement de la matiere lumineuse hors de lui. On peut répondre que non-seulement cette matiere est renvoyée en partie au soleil par la réflexion des planetes, & que les cometes qui approchent fort de cet astre, servent à le reparer par les exhalaisons qui en sortent ; mais encore que la matiere de la lumiere est si subtile, qu’un pouce cube de cette matiere suffit peut-être pour éclairer l’univers pendant l’éternité. En effet, on démontre aisément, qu’étant donnée une si petite portion de matiere qu’on voudra, on peut diviser cette portion de matiere en parties si minces, que ces parties rempliront un espace donné, en conservant entr’elles des intervalles moindres que , &c. de ligne. Voyez dans l’introduction ad veram Physicam de Keill, le chapitre de la divisibilité de la matiere. C’est pourquoi une portion de matiere lumineuse, si petite qu’on voudra, suffit pour remplir pendant des siecles un espace égal à l’orbe de Saturne. Il est vrai que l’imagination se revolte ici ; mais l’imagination se revolte en vain contre des vérités démontrées. Voyez Divisibilité. Chambers.

Il est certain d’une part, que l’opinion de Descartes & de ses partisans, sur la propagation de la lumiere, ne peut se concilier avec les lois connues de l’Hydrostatique ; & il ne l’est pas moins de l’autre, que les émissions continuelles lancées des corps lumineux, suivant Newton & ses partisans, effrayent l’imagination. D’ailleurs, il n’est pas facile d’expliquer (même dans cette derniere hypothese) pourquoi la lumiere cesse tout d’un coup dès que le corps lumineux disparoît, puisqu’un moment après que ce corps a disparu, les corpuscules qu’il a lancés, existent encore autour de nous, & doivent conserver encore une grande partie du mouvement prodigieux qu’ils avoient, étant lancés par ce corps jusqu’à nos yeux. Les deux opinions, il faut l’avouer, ne sont démontrées ni l’une ni l’autre ; & la plus sage réponse à la question de la matiere & de la propagation de la lumiere, seroit peut être de dire que nous n’en savons rien. Newton paroît avoir bien senti ces difficultés, lorsqu’il dit de naturâ radiorum lucis, utrum sint corpora nec ne, nihil omninò disputans. Ces paroles ne semblent-elles pas marquer un doute si la lumiere est un corps ? mais si elle n’en est pas un, qu’est-elle donc ? Tenons-nous-en donc aux assertions suivantes.

La lumiere se propage suivant une ligne droite d’une maniere qui nous est inconnue, & les lignes droites suivant lesquelles elle se propage, sont nommées ses rayons. Ce principe est le fondement de l’Optique. Voyez Optique & Vision.

Les rayons de lumiere se réfléchissent par un angle égal à l’angle d’incidence. Voyez Reflexion & Miroir. Ce principe est le fondement de toute la Catoptrique. Voyez Catoptrique.

Les rayons de lumiere qui passent d’un milieu dans un autre, se rompent de maniere que le sinus d’incidence est au sinus de réfraction en raison constante. Ce principe est le fondement de toute la Dioptrique. Voyez Dioptrique, Réfraction, Verre, Lentille, &c. Avec ces propositions bien simples, la théorie de la lumiere devient une science purement géométrique, & on en démontre les propriétés sans savoir ni en quoi elle consiste, ni comment se fait sa propagation ; à peu-près comme le professeur Saunderson donnoit des leçons d’Optique quoiqu’il fût presque aveugle de naissance. Voyez Aveugle. Voyez aussi Vision.

Lumiere zodiacale, (Physiq.) est une clarté ou une blancheur souvent assez semblable à celle de la voie lactée que l’on apperçoit dans le ciel en certains tems de l’année après le coucher du soleil ou avant son lever, en forme de lame ou de pyramide, le long du zodiaque, où elle est toujours renfermée par sa pointe & par son axe, appuyée obliquement sur l’horison par sa base. Cette lumiere a été découverte, décrite & ainsi nommée par feu M. Cassini.

M. de Mairan, en son traité de l’aurore boréale, est entré dans un assez grand détail sur la lumiere zodiacale : nous allons faire l’extrait de ce qu’il dit sur ce sujet, & c’est lui qui parlera dans le reste de cet article.

Les premieres observations de feu M. Cassini sur la lumiere zodiacale, furent faites au printems de 1683, & rapportées dans le journal des Savans, du 10 Mai de la même année. M. Fatio de Duillier, qui se trouvoit alors à Paris en liaison avec M. Cassini, & qui étoit très-capable de sentir toute la beauté de cette découverte, y fut témoin de plusieurs de ces observations. Ayant passé peu de tems après à Genève, il observa de son côté très-soigneusement le même phénomene pendant les années 1684, 1685, & jusque vers le milieu de 1686, où il en écrivit à M. Cassini une grande lettre qui fut imprimée à Amsterdam la même année. M. Cassini a fait mention de cette lettre & avec éloge, en plus d’un endroit du traité qu’il nous a laissé sur ce sujet, sous le titre de découverte de la lumiere céleste qui paroît dans le zodiaque, & qui fut donné au public quatre ans après, dans le volume des voyages de l’académie des Sciences. Il est parlé encore dans les miscellanea naturæ curiosorum, de plusieurs observations de cette lumiere faites en Allemagne par MM. Kirch & Eimmart, aux années 1688, 89, 91 & 93, jusqu’au commencement de 1694 ; mais il n’y en a qu’un petit nombre qui y soient détaillées.

On pourroit conjecturer, dit M. Cassini, que ce phénomene a paru autrefois, & qu’il est du nombre de ceux que les anciens ont appellés trabes ou poutres. M. Cassini se rappelle aussi avoir vû dès l’année 1668, étant à Boulogne, un phénomene fort semblable à celui dont il s’agit, dans le tems que le chevalier Chardin en observoit un tout pareil dans la ville capitale de l’une des provinces de Perse.

Mais un avertissement que Childrey donna aux Mathématiciens à la fin de son histoire naturelle d’Angleterre, Britannia Baconica, écrite environ l’an 1659, porte quelque chose de plus positif sur ce sujet, & dont M. Cassini n’a pas oublié de lui faire honneur. « C’est, dit le savant anglois, qu’au mois de Février, un peu avant, un peu après, il a observé, pendant plusieurs années consécutives vers les six heures du soir, & quand le crépuscule a presque quitté l’horison, un chemin lumineux fort aisé à remarquer, qui se darde vers les pléïades, & qui semble les toucher ».

Enfin M. Cassini ajoute à ces témoignages celui de plusieurs anciens auteurs qui ont vû des apparences célestes qu’on ne peut méconnoître pour la lumiere zodiacale, quoiqu’ils ne l’aient pas soupçonnée en tant que telle, ce qui acheve de le convaincre de l’ancienneté de ce phénomene.

L’opinion la plus reçue touchant la lumiere de la queue des cometes, est qu’elle consiste dans la réflexion des rayons du soleil qui les éclaire. Or M. Cassini remarque en cent endroits de son ouvrage la ressemblance extrème de la lumiere zodiacale avec la queue des cometes. « Les queues des cometes, dit-il, sont une apparence semblable à celle de notre lumiere, elles sont de la même couleur..... Leur extrémité qui est plus éloignée du soleil, paroît aussi douteuse : de sorte qu’en un même instant elles paroissent diversement étendues à diverses personnes, étant de même variables selon les divers degrés de clarté de l’air, & selon le mélange de la lumiere de la lune & des autres astres. On voit aussi à-travers de ces queues les plus petites étoiles : de sorte que par tous ces rapports on peut juger que l’une & l’autre apparence peut avoir un sujet semblable ».

M. Fatio, qui a aussi examiné très-assidument la lumiere zodiacale pendant trois ou quatre années, en porte le même jugement. Ce sera donc vraissemblablement, comme M. Fatio l’insinue en plusieurs endroits de sa lettre, une espece de fumée ou de brouillard, mais si délié, qu’on voit à-travers les plus petites étoiles. Cette derniere circonstance est remarquable, & se trouve souvent de même ou à-peu-près, soit dans les parties les plus claires & les plus brillantes de l’aurore boréale, soit dans les plus obscures & les plus fumeuses, telles que le segment qui borde ordinairement l’horison, & qui est concentrique aux arcs lumineux.

M. Cassini compare encore très-souvent la lumiere zodiacale à la voie lactée, tant parce qu’elle paroît ou disparoît dans les mêmes circonstances, que par leur rapport de clarté. C’est sous cette idée qu’il l’annonça aux Savans dans le journal de 1683… « Une lumiere semblable à celle qui blanchit la voie de lait, mais plus claire & plus éclatante vers le milieu, & plus foible vers les extrémités, s’est répandue par les signes que le soleil doit parcourir, &c ». Mais il paroît qu’elle augmenta de force & de densité dans la suite, & sur-tout en 1686 & 1687.

A en juger par mes propres yeux depuis que j’observe, dit M. de Mairan, elle est aussi plus forte, plus dense que la lumiere de la voie de lait, dans les jours favorables à l’observation, & presque toujours plus uniforme, moins blanche quelquefois, & tirant un peu vers le jaune ou le rouge dans sa partie qui borde l’horison, ce qui pourroit aussi venir sans doute des vapeurs & du petit brouillard dont il est rare que l’horison soit parfaitement dégagé ; & dans cet état je ne vois pas, ajoute le même auteur, qu’on puisse distinguer les petites étoiles à-travers, excepté vers les extrémités de la lumiere. M. Derham, de la société royale de Londres, a apperçu cette couleur rougeâtre dans la lumiere zodiacale en 1707. On peut avoir pris garde aussi depuis quelques années, que sa base est très-souvent confondue avec une espece de nuage fumeux qui nous en dérobe la clarté, qui déborde plus ou moins au-delà à droite & à gauche sur l’horison, & qui est tout-à-fait semblable par sa couleur & par sa consistence apparente, au segment obscur qu’on a coutume de voir au-dessous de l’arc lumineux de l’aurore boréale. Ce phénomene s’y mêle encore d’ordinaire dans cette occasion, & fait corps avec la lumiere zodiacale au dessus du nuage fumeux, en s’étendant vers le nord-ouest, & quelquefois jusqu’au nord & au-delà.

Enfin, je ne dois pas passer sous silence, continue M. de Mairan, une singularité remarquable du tissu apparent de cette lumiere, c’est qu’en la regardant attentivement par de grandes lunettes, feu M. Cassini y a vû petiller comme de petites étincelles ; il a douté cependant si cette apparence n’étoit point causée par la forte application de l’œil, ne pouvant déterminer ni le nombre ni la configuration de ces atomes lumineux, & ceux qui observoient avec lui n’y distinguant rien de plus fixe. M. de Mairan a vu deux fois ce petillement avec une lunette de 18 piés. & même avec une de 7, & il lui semble l’avoir vu une fois sans lunettes. J’avoue, continue-t-il, que je me défie beaucoup, avec M. Cassini, du témoignage des yeux, quand il s’agit des objets de cette nature, & si peu marqués. Mais je trouve encore quelques autres observations dont on peut inférer qu’il y a eu des tems & certains cas où les étincelles apperçues dans la lumiere zodiacale, & ce pétillement, ont été sensibles à la vue simple, si ce n’est dans cette lumiere, du-moins dans celle de la queue des cometes, qui lui ressemble déja si fort par d’autres endroits.

A en juger par les observations, & à rassembler toutes les circonstances qui les accompagnent, M. de Mairan trouve que la lumiere zodiacale, lorsqu’elle a été apperçue, n’a jamais occupé guere moins de 50 ou 60 degrés de longueur depuis le soleil jusqu’à sa pointe, & de 8 à 9 degrés de largeur à sa partie la plus claire & la plus proche de l’horison : ce sont des dimensions qu’elle eut souvent en l’année 1683, où M. Cassini commença de l’observer. Elle ne parut avoir que 45 degrés de longueur en 1688, le 6 Janvier, mais les brouillards qu’il y avoit près de l’horison, & la clarté de la planete de Vénus, où elle se terminoit, ne peuvent manquer de l’avoir beaucoup diminuée. M. de Mairan trouve de même que sa plus grande étendue apparente, & c’est aux années 1686, 1687, a été de 90, 95, & jusqu’à 100 ou 103 degrés de longueur, & de plus de 20 de largeur.

Je n’ai jamais pu me convaincre, dit M. de Mairan, d’aucun mouvement propre dans la lumiere zodiacale, & je ne trouve pas que M. Cassini lui en ait attribué d’autre que celui qu’elle doit avoir ou paroît avoir en qualité de compagne ou d’atmosphere du soleil. « Elle paroît, dit-il, s’avancer peu-à peu d’occident en orient, & parcourir les signes du zodiaque par un mouvement à-peu-près égal à celui du soleil ». Ce fut d’abord une des principales raisons qu’il apporta pour prouver que le sujet de cette lumiere n’étoit pas dans la sphere élémentaire.

Voilà un précis de ce que M. de Mairan nous a donné sur la lumiere zodiacale, qu’il attribue à une atmosphere répandue autour du soleil. On peut voir dans l’ouvrage dont nous venons d’extraire ce qui précede, les raisons sur lesquelles M. de Mairan se fonde pour attribuer à cette atmosphere la lumiere zodiacale, raisons trop mêlées de géométrique, & qui demandent un trop grand détail pour pouvoir être insérées ici. Voyez aussi l’article Aurore boréale.

Lumiere, (Artillerie.) La lumiere d’un canon, d’un mortier, ou d’une autre arme à feu, est un trou proche la culasse qui communique avec l’ame de la piece par où on met l’amorce pour faire prendre feu à sa charge. Voyez Canon & Mortier.

La lumiere des pieces de canon, mortiers & pierriers, doit, suivant l’ordonnance du 7 Octobre 1732, être percée dans le milieu d’une masse de cuivre rouge pure rozette, bien corroyée, & elle doit avoir la figure d’un cone tronqué renversé ; cette masse sert à conserver la lumiere, parce qu’elle resiste davantage à l’effort de la poudre que le métal ordinaire du canon.

Dans les pieces de 12 le canal de la lumiere aboutit à 8 lignes du fond de l’ame ; dans celles de 8, à 7 lignes ; & dans celles de 4, à 6 lignes. Ce canal va un peu en biaisant de la partie supérieure de la piece à l’intérieur de l’ame : en sorte qu’il fait à-peu-près un angle de 100 degrés avec la partie intérieure de la piece vers la volée.

Dans les pieces de 24 & de 16, où y a de petites chambres, elles ont deux pouces 6 lignes de longueur dans les premieres, & un pouce 6 lignes de diametre ; dans les secondes, elles ont un pouce 19 lignes de longueur, & un pouce de diametre ou de calibre. La lumiere aboutit à 9 lignes du fond de ces petites chambres dans les pieces de 24, & à 8 lignes dans les pieces de 16.

Ces petites chambres n’étant point sphériques, mais cylindriques, elles ne sont pas propres à retenir des parties de feu comme les sphériques dont on a parlé à l’article du Canon. Ainsi elles n’ont pas l’inconvénient de ces chambres qui conservoient du feu qui a causé différens accidens. Voyez Chambre.

Il a été proposé autrefois différentes inventions pour diminuer l’action de la poudre sur le canal de la lumiere ; mais comme elles n’étoient pas sans inconvénient, on a conservé l’ancienne maniere, qui consiste à percer le canal de la lumiere comme on vient de l’expliquer.

On a montré dans nos Planches de Fortification la disposition du canal de la lumiere c d dans une piece de 24. La masse de cuivre rouge dans laquelle elle est percée, est marquée par une hachure particuliere qui sert à la faire distinguer du métal de la piece.

Lumiere, terme à l’usage de ceux qui travaillent l’ardoise. Voyez l’article Ardoise.

Lumiere, terme d’Arquebusier, c’est le petit trou qui est fait dans le côté droit du canon à un pouce de la culasse qui communique dans le bassinet, & qui sert pour faire passer la flamme de l’amorce dans le canon de fusil, & pour enflammer la poudre qui est dedans.

Lumiere, (Peinture.) Par ce terme l’on n’entend point en Peinture la lumiere en elle-même, mais l’imitation de ses effets représentés dans un tableau : on dit, voilà une lumiere bien entendue, une belle intelligence de lumiere, une belle distribution, une belle économie de lumiere, un coup hardi de lumiere, &c.

Il y a lumiere naturelle & lumiere artificielle. La lumiere naturelle est celle qui est produite par le soleil lorsqu’il n’est point caché par des nuages, ou celle du jour lorsqu’il en est caché ; & la lumiere artificielle est celle que produit tout corps enflammé, tel qu’un feu de bois, de paille, un flambeau, &c. On appelle lumiere directe, soit qu’elle soit naturelle ou artificielle, celle qui est portée sans interruption sur les objets & lumiere de reflet, celle qui renvoie en sens contraire les objets éclairés sur le côté ombré de ceux qui les entourent, voyez Reflet. Il ne faut qu’une lumiere principale dans un tableau ; & que celles qu’on pourroit y introduire par une porte, par une lucarne, ou à l’aide d’un flambeau, &c. qu’on appelle accidentelle, lui soient subordonnées en étendue & en vivacité. Il faut que les objets éclairés participent à la nature des corps lumineux qui les éclairent, c’est-à-dire qu’ils soient plus colorés si c’est un flambeau que si c’est le soleil ; & plus colorés si c’est le soleil que si c’est le jour qui les éclaire, &c. On doit observer que ces lumieres colorent plus ou moins les objets, suivant les différentes heures du jour.