L’Encyclopédie/1re édition/REPOS

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REPOS, s. m. (Physique.) c’est l’état d’un corps qui demeure toujours dans la même place, ou son application continuelle, ou sa contiguité avec les mêmes parties de l’espace qui l’environnent. Voyez Espace. Le repos est ou absolu ou relatif, de même que le lieu. Voyez Lieu. On définit encore le repos, l’état d’une chose sans mouvement ; ainsi le repos est ou absolu ou relatif, de même que le mouvement. Voyez Mouvement.

Newton définit le repos absolu, l’état continué d’un corps dans la même partie de l’espace absolu & immuable, & le repos relatif, l’état continué d’un corps dans une même partie de l’espace relatif ; ainsi dans un vaisseau qui fait voile, le repos relatif est l’état continué d’un corps dans le même endroit du vaisseau, & le repos vrai ou absolu est son état continué dans la même partie de l’espace absolu, dans lequel le vaisseau & tout ce qui renferme est contenu. Si la terre est réellement & absolument en repos, le corps relativement en repos dans le vaisseau sera mû réellement & absolument, & avec la même vîtesse que le vaisseau ; mais si la terre se meut, le corps dont il s’agit aura un mouvement absolu & réel, qui sera occasionné en partie par le mouvement réel de la terre dans l’espace absolu, & en partie par le mouvement relatif du vaisseau sur la mer. Enfin si le corps est aussi mu relativement dans le vaisseau, son mouvement réel sera composé en partie du mouvement réel de la terre dans l’espace immuable, en partie du mouvement relatif d’un vaisseau sur la mer, & en partie du mouvement propre du corps dans le vaisseau : ainsi si la partie de la terre où est le vaisseau se meut vers l’orient avec une vîtesse de 10010 degrés, & que le vaisseau soit porté par les vents vers l’occident avec 10 degrés, & qu’en même tems un homme marche dans le vaisseau vers l’orient avec un degré de vîtesse, cet homme sera mu réellement & absolument dans l’espace immuable vers l’orient avec 10001 degrés de vîtesse, & relativement à la terre avec neuf degrés de vîtesse vers l’occident.

On voit par conséquent qu’un corps peut être dans un repos relatif, quoiqu’il soit mu d’un mouvement commun relatif ; car les marchandises qui sont dans un vaisseau à voile ou dans une barque y reposent d’un repos relatif, & sont mues d’un mouvement relatif commun, c’est-à-dire avec le vaisseau même dont ils font comme partie.

Il se peut aussi qu’un corps paroisse mu d’un mouvement relatif propre, quoiqu’il soit cependant dans un repos absolu. Supposons qu’un vaisseau fasse voile d’orient en occident, & que le pilote jette d’occident en orient une pierre qui aille avec autant de vîtesse que le vaisseau même, mais qui prenne un chemin tout opposé ; cette pierre paroîtra à celui qui est dans le vaisseau avoir autant de vîtesse que le vaisseau, mais celui qui est sur le rivage & qui la considere verra cette même pierre, & elle est effectivement dans un repos absolu, puisqu’elle se trouve toujours dans la même portion de l’espace. Comme cette pierre est poussée d’orient en occident à l’aide du mouvement du vaisseau, & qu’elle est poussée avec la même vîtesse d’occident en orient par la force de celui qui la jette, il faut que ces deux mouvemens qui sont égaux & qui se détruisent l’un l’autre laissent de cette maniere la pierre dans un repos absolu. Musch. Ess. de Phys. p. 77.

Les Philosophes ont agité la question, si le repos est quelque chose de positif ou une simple privation. Voyez sur cela l’article Mouvement.

C’est un axiome de philosophie, que la matiere est indifférente au repos ou au mouvement ; c’est pourquoi Newton regarde comme une loi de la nature que chaque corps persevere dans son état de repos ou de mouvement uniforme, à-moins qu’il n’en soit empêché par des causes étrangeres. Voyez au mot Nature. Les Cartésiens croient que la dureté des corps consiste en ce que leurs parties sont en repos les unes auprès des autres, & ils établissent ce repos comme le grand principe de cohésion par lequel toutes les parties sont liées ensemble. Voyez Dureté. Ils ajoutent que la fluidité n’est autre chose que le mouvement intestin & perpétuel des parties. Voyez Fluidité & Cohésion. Pour éviter l’embarras que la distinction de repos absolu & repos relatif mettroient dans le discours, on suppose ordinairement lorsqu’on parle du mouvement & du repos, que c’est d’un mouvement & d’un repos absolu ; car il n’y a de mouvement réel que celui qui s’opere par une force résidente dans le corps qui se meut, & il n’y a de repos réel que la privation de cette force.

Il n’y a point dans ce sens de repos dans la nature, car toutes les parties de la matiere sont toujours en mouvement, quoique les corps qu’elles composent puissent être en repos ; ainsi, on peut dire qu’il n’y a point de repos interne.

Il n’y a point de degrés dans le repos, comme dans le mouvement ; car un corps peut se mouvoir plus ou moins vîte : mais quand il est une fois en repos, il n’y est ni plus, ni moins. Cependant le repos & le mouvement ne sont souvent que relatifs pour nous ; car les corps que nous croyons en repos, & que nous voyons comme en repos, n’y sont pas toujours.

Un corps qui est en repos ne commence jamais de lui-même à se mouvoir. Car puisque toute matiere est douée de la force passive, par laquelle elle résiste au mouvement, elle ne peut se mouvoir d’elle-même. Pour que le mouvement ait lieu, il faut donc une cause qui mette ce corps en mouvement. Ainsi, tout corps en repos resteroit éternellement en repos, si quelque cause ne le mettoit en mouvement, comme il arrive, par exemple, lorsque je retire une planche, sur laquelle une pierre est posée, ou que quelque corps en mouvement communique son mouvement à un autre corps, comme lorsqu’une bille de billard pousse une autre bille. C’est par le même principe qu’un corps en mouvement ne cesseroit jamais de se mouvoir, si quelque cause n’arrêtoit son mouvement en consumant sa force ; car la matiere résiste également au mouvement & au repos par son inertie ; d’où résulte cette loi générale. Un corps persévere dans l’état où il se trouve, soit de repos, soit de mouvement, à moins que quelque cause ne le tire de son mouvement ou de son repos. Voyez. Institut. de Physique de madame du Châtelet, §. §. 220. 229. Cet article est de M. Formey.

Repos, (Critique sacrée.) ce mot que la vulgate rend par requies, signifie cessation, relâche, soulagement, affranchissement des maux. Au jour du sabbat étoit la cessation de toute sorte de travail, requies, Exod. xxxj. 15. Lorsque le Seigneur aura terminé vos maux, Is. xiv. 3. Cum requiem dederit tibi Deus. 2°. repos se prend encore pour habitation, demeure fixe. La tribu d’Issachar, vit que le lieu de sa demeure, (requiem) étoit avantageux. 3°. Le ciel est appellé par métaphore un repos. Il reste un repos, un état de repos, σαϐϐατισμὸς, pour le peuple de Dieu ; entrons donc dans ce repos, κατάπαυσιν, dit S. Paul aux Héb. iv. 9. & 11. (D. J.)

Repos, (Mytholog.) les Romains avoient personnifié le repos, & en avoient fait une déesse, parce que quies en latin est féminin. Elle avoit deux temples à Rome, l’un hors de la porte Collatine, & l’autre sur la voie Lavicane. (D. J.)

Repos, (Poésie.) c’est la césure qui se fait dans les grands vers, à la sixieme syllabe, & dans les vers de dix à onze à la quatrieme syllabe ; on appelle cette césure repos, parce que l’oreille & la prononciation semblent s’y reposer ; c’est pourquoi le repos ne doit point tomber sur des monosyllabes où l’oreille ne s’auroit s’arrêter. Le mot repos se dit encore en poésie, de la pause qui se fait dans les stances de six ou de dix vers ; savoir, dans celles de six, après le troisieme vers ; dans celles de dix après le quatrieme, & après le septieme vers. A la fin de chaque stance ou couplet, il faut qu’il y ait un plein repos, c’est-à-dire, un sens parfait. Mourgues. (D. J.)

Repos, s. m. en Musique ; c’est le lieu où la phrase se termine, & où le chant se repose plus ou moins parfaitement. Le repos ne peut s’établir que par une cadence pleine ; si la cadence est évitée, il ne peut y avoir de repos, car il est impossible à l’oreille de se reposer sur une dissonnance. On voit par-là qu’il y a précisement autant d’espece de repos que de sorte de cadences (voyez Cadence) ; & ces différens repos produisent dans la musique l’effet de la ponctuation dans le discours.

Quelques-uns confondent mal-à-propos le repos avec les silences, quoique ces choses soient fort différentes. Voyez Silence. (S)

Repos, (Méd. Diéte.) se dit de la cessation du mouvement du corps que l’on fait en se livrant à l’exercice, au travail : c’est l’état opposé à celui de l’action qu’opere ce mouvement.

C’est, par conséquent, en ce sens, une des choses de la vie des plus nécessaires à l’économie animale ; une des six choses qu’on appelle dans les écoles non-naturelles, qui est très-utile à la santé, lorsque l’usage en est reglé, mais dont l’excès, comme le défaut, lui est très-nuisible, & influe beaucoup à y faire naître des desordres considérables. Voyez Mouvement, Exercice, Oisiveté, Hygiene, Non-naturelles (choses), Régime.

Repos, (Peint.) c’est le contraste des clairs opposés aux bruns, & alternativement des bruns opposés aux clairs. Ces masses de grands clairs & de grandes ombres s’appellent repos, parce qu’en effet elles empêchent que la vue ne se fatigue par une continuité d’objets trop pétillans ou trop obscurs.

Il y a deux manieres de produire ces repos, l’une qu’on appelle naturelle, & l’autre artificielle. La naturelle consiste à faire une étendue de clairs ou d’ombres qui suivent naturellement & comme nécessairement plusieurs figures groupées ensemble, ou des masses de corps solides ; l’artifice dépend de la distribution des couleurs que le peintre donne telles qu’il lui plaît à certaines choses, & les compose de sorte qu’elles ne fassent point de tort aux objets qui sont auprès d’elle. Une draperie, par exemple, qu’on aura faite jaune ou rouge en certains endroits, pourra être dans un autre endroit de couleur brune, & y conviendra mieux pour produire l’effet que l’on demande. Les figures jettées en trop grand nombre, représentées sous des attitudes trop vives & trop bruyantes étourdissent la vue & troublent ce repos, ce silence qui doit regner dans une belle composition.

Sit procul iste fragor, placido sed in æquore telæ
Serpat amœna quies, & docta silentia regnent.


(D. J.)

Repos d’escalier, (Charpent.) on appelle ainsi les marches plus grandes que les autres, qui servent comme de repos dans les grands perrons où il y a quelquefois des palliers de repos dans une même rampe ; ces palliers doivent avoir du-moins la largeur de deux marches. Ceux qui sont dans les retours des rampes des escaliers, doivent être aussi longs que larges. (D. J.)

Repos, Reposer, (Jardinage.) il est si nécessaire aux végétaux de se reposer, que les arbres d’eux-mêmes prennent du relâche, en ne rapportant jamais abondamment deux années de suite.

Les terres sont de même, mais on leur donne des années de jachere tous les trois ans. Voyez Jachere.

Repos, (Horlogerie.) c’est dans l’échapement dit à repos l’excès de la force motrice sur le régulateur, qui, par son mouvement acquis suspend celui de la roue de rencontre.

Sans faire l’énumération des différens échapemens à repos, je ne parlerai que de ceux appellés à cylindre pour les montres, & à ancre pour les pendules.

Dans les premieres, l’on sait que l’axe de la roue de rencontre est parallele à l’axe du régulateur, & opere les vibrations sur le cylindre, qui n’est autre chose qu’un tube creux entaillé jusqu’au centre, & sur les tranches duquel agissent alternativement les dents de la roue qui porte une espece de plan incliné rentrant au-dedans de la circonférence de la roue, & agissant sur les tranches du cylindre du dehors au-dedans, & du dedans au-dehors, en faisant décrire des arcs de levée proportionnés à l’inclinaison des plans.

Je suppose que la roue poussant de l’une de ses dents la premiere tranche du cylindre du dehors au-dedans, elle lui fait décrire l’arc de levée ; après quoi cette dent abandonne la tranche du cylindre, & tombe sur la circonférence concave. Dans cet état le balancier qui a acquis du mouvement, continue l’arc commencé, qui devient cinq à six fois plus grand, & par-là suspend entierement le mouvement propre de la roue de rencontre : mais comme il reste cependant dans un mouvement relatif, eu égard à la position circulaire que la dent parcourt dans la concavité du cylindre ; c’est ce qui fait l’un des repos de cet échapement. La vibration étant achevée, la réaction du ressort spiral ramene le balancier, & la dent parcourt à contresens le même espace circulaire, toujours par un mouvement relatif, & dans un repos absolu, jusqu’à ce que cette dent atteigne la seconde tranche du cylindre : alors reprenant son mouvement propre, elle fait décrire un arc de levée du dedans au-dehors : après quoi elle abandonne cette tranche, & la dent suivante tombe & appuie sur la circonférence convexe ; ce qui fait l’autre repos de cet échapement.

Dans cet état, le balancier continue son arc de vibration, qui devient aussi cinq à six fois plus grand ; & la dent parcourt sur la convexité un espace circulaire, comme elle l’a fait ci-devant dans la concavité.

La propriété de suspendre le mouvement de la roue de rencontre a fait croire à la plûpart des horlogers que le régulateur achevoit sa vibration avec une entiere liberté, & que par-là elle compensoit parfaitement l’inégalité de la force motrice. En l’examinant, l’on voit bien que cela n’est pas vrai : car la liberté de la vibration est gênée par le frottement de la dent sur les diametres extérieurs & intérieurs du cylindre ; c’est pourquoi dans cet échapement le régulateur est moins puissant que dans celui à recul.

Il est un autre échapement à repos appellé échapement à virgule, qui a un avantage sur celui à cylindre, surtout depuis que j’ai réduit les rayons des repos aussi courts qu’il étoit possible, & rendu par ce moyen la vibration plus libre, & par-là augmenté la puissance du régulateur. L’académie des Sciences a jugé favorablement & de l’échapement & de l’usage qu’on en a fait. Voyez Échapement.

Dans l’échapement à ancre & à repos dans les pendules, l’alternative des vibrations se fait comme dans celui à recul, avec cette différence, que pour être à repos, il faut que les dents de la roue, au lieu de tomber sur le dedans ou dehors des bras de l’ancre, qu’elle tombe sur les faces faites en portions circulaires & concentriques au centre du mouvement, pour rester en repos dessus, tandis que l’ancre décrit sa portion de cercle en achevant son oscillation.

Comme dans tous les échapemens à repos il se fait un frotement à double sens sur le repos ; il suit qu’il faut de l’huile pour en faciliter le mouvement : ainsi, le repos, bien loin de permettre l’entiere liberté de la vibration, est précisément ce qui la gêne. Article de M. Romilly.