L’Encyclopédie/1re édition/SOLEIL

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SOLEIL s. m. en Astronomie, est le grand astre qui éclaire le monde, & qui par sa présence constitue le jour. Voyez Jour.

On met ordinairement le soleil au nombre des planetes ; mais on devroit plutôt le mettre au nombre des étoiles fixes. Voyez Étoile, Planete.

Suivant l’hypothèse de Copernic, qui est à-présent généralement reçue, & qui même est appuyée par des démonstrations, le soleil est le centre du système des planetes & des cometes ; autour duquel toutes les planetes & les cometes, & entr’autres notre terre, font leurs révolutions en des tems différens, suivant leurs différentes distances du soleil. Voyez l’article Planete.

La grande distance de la terre au soleil est l’unique cause qui nous empêche d’en appercevoir la sphéricité, ce qui n’est pas fort étonnant, puisque nous ne voyons pas même celle de la lune, qui est beaucoup moins éloignée de nous : au lieu d’appercevoir leur surface sphérique, nous jugeons au contraire l’un & l’autre planes ou comme des disques, au milieu desquels nous nous imaginons un point qui, quoique réellement dans leur superficie, n’en est pas moins regardé comme le centre de l’astre, n’étant que celui de la surface ou du disque apparent.

Quoique le soleil soit déchargé de ce mouvement prodigieux que les anciens s’imaginoient qu’il faisoit tous les jours autour de la terre, il n’est point cependant parfaitement en repos.

Il paroît évidemment, par les apparences de ses taches, qu’il a un mouvement de rotation autour de son axe, semblable à celui de la terre qui mesure le jour naturel, mais seulement plus lent. On apperçoit quelques-unes de ces taches au bord du disque du soleil, & quelques jours après on les voit sur le bord opposé ; d’où après un délai de quatorze jours, elles reparoissent à la place où on les avoit vues d’abord, & recommencent leurs cours ; elles finissent ainsi tout leur circuit en 27 jours de tems : d’où on conclut que ce tems est celui de la rotation du soleil sur son axe. Ces taches se meuvent d’occident en orient ; on en infere que le mouvement du soleil se fait d’occident en orient. Pour ce qui regarde les différentes apparences des taches du soleil, leur cause, &c. voyez Taches.

Outre ce mouvement du soleil autour de son axe, cet axe en a encore d’autres, mais moins sensibles, suivant M. Newton. Car, selon ce philosophe, les planetes pesent vers le soleil & le soleil vers les planetes ; de sorte que si le soleil, qui est considérablement plus gros que toutes les planetes prises ensemble, attire les planetes à lui, les planetes doivent aussi attirer le soleil & le déranger du lieu qu’il occupe ; il est vrai que ce dérangement n’est pas fort considérable, mais il l’est assez pour produire quelques inégalités dans le mouvement des planetes. Car comme dans toutes observations astronomiques on suppose le soleil immobile & fixe au foyer des orbites des planetes, il est évident que les dérangemens que l’action des planetes causent au soleil, étant rapportés à ces mêmes planetes, doivent empêcher qu’elles n’observent constamment & exactement la même loi dans leurs mouvemens apparens autour de cet axe.

A l’égard du mouvement annuel que le soleil paroît avoir autour de la terre, les Astronomes font voir facilement que c’est le mouvement annuel de la terre qui occasionne cette apparence.

Un observateur qui seroit dans le soleil, verroit la terre se mouvoir d’occident en orient, par la même raison que nous voyons le soleil se mouvoir d’orient en occident ; & tous les phénomenes qui résultent de ce mouvement annuel dans quelque corps que ce puisse être, paroîtront les mêmes de l’un comme de l’autre.

Soit par exemple S, (Plan. d’astron. fig. 39.) représentant le soleil, ABCD l’orbite de la terre, qui en fait le tour en allant d’occident en orient dans l’espace d’un an. Un observateur placé en S voyant la terre en A, la rapportera au point ♈ qui est dans la sphere des étoiles : quand elle arrivera en B, l’observateur la verra comme si elle étoit au point ♋ : quand elle sera en C, il la verra au point ♎, &c. jusqu’à ce qu’après avoir fait tout son circuit, elle reparoîtra en ♈. Ainsi il lui semblera que la terre aura décrit l’écliptique, & passé successivement de signe en signe.

Supposons maintenant que l’observateur passe du soleil sur la terre au point C, la distance des étoiles fixes est si grande, que celle du soleil n’est qu’un point par rapport à elles ; par conséquent l’observateur, qui est à-présent sur la terre, verra la même face des cieux, les mêmes étoiles, &c. qu’auparavant ; avec cette seule différence qu’au lieu qu’auparavant il s’imaginoit que la terre étoit dans les cieux & le soleil au centre, il s’imaginera maintenant que le soleil est dans les cieux & la terre au centre.

Donc la terre étant en C, l’observateur verra le soleil en ♈ ; & cet observateur étant emporté avec la terre, & partageant son mouvement annuel, n’appercevra point son propre mouvement ou celui de la terre ; mais observant le soleil lorsque la terre sera en D, le soleil lui semblera être en ♋ : de plus quand la terre avancera en A, le soleil paroîtra avoir parcouru les signes ♋, ♌, & ♍ ; & tandis que la terre décrit le demi-cercle ABC, le soleil paroîtra avoir parcouru sur la surface concave des cieux les six signes ♎, ♏, ♐, ♑, ♒, ♓ ; de maniere qu’un habitant de la terre verra le soleil parcourir le même cercle dans les cieux & dans le même espace de tems, qu’un observateur qui seroit dans le soleil, verroit parcourir la terre.

C’est de-là que vient le mouvement apparent du soleil, par lequel il semble avancer insensiblement vers les étoiles du côté de l’orient ; de sorte que si une étoile qui est proche l’écliptique se leve dans un tems avec le soleil, quelques jours après le soleil sera plus avancé à l’orient de cette étoile, & l’étoile se levera & se couchera avant lui.

Pour ce qui regarde les phénomenes qui résultent du mouvement apparent du soleil, ou du mouvement réel de la terre, par rapport à la diversité des jours & des nuits, des saisons, &c. Voyez Terre & Parallelisme.

Nature, propriétés, figure, &c. du soleil. 1°. De ce qu’on trouve que les taches du soleil restent quelquefois trois jours plus long-tems derriere le soleil, qu’elles n’en employent à parcourir son hémisphere visible, quelques auteurs ont conclu qu’elles ne sont point adhérentes à la surface du soleil, mais qu’elles en sont à quelque distance.

Mais cette opinion ne paroît point fondée ; car il semble au contraire que les taches suivent une loi assez réguliere dans leurs oppositions. Il y a certaines taches du soleil à qui l’on a vu faire deux ou trois révolutions de suite, & qui sont revenues constamment au même lieu au bout des 27 jours qui se sont écoulés à chaque période. Or toutes ces taches ont employé exactement 13 jours & demi à passer du bord occidental du soleil à son bord oriental. Donc puisqu’elles ont employé à chaque fois la moitié du tems périodique à parcourir le disque apparent du soleil, leur orbite doit convenir précisément avec la surface extérieure du corps lumineux, c’est-à-dire, qu’elles nagent, pour ainsi dire, sur le soleil. S’il y a quelques taches qui aient paru ne pas suivre exactement cette loi, il faut croire que l’observation n’en a pas été bien faite, & qu’on a peut-être pris d’autres taches pour les mêmes, ou que par quelque raison que nous ne saurions savoir, la révolution de ces taches dans la partie postérieure du soleil avoit été retardée.

2°. De ce que ces taches paroissent & disparoissent souvent, même au milieu du disque du soleil, & éprouvent différens changemens par rapport à leur masse, ou à leur figure, ou à leur densité, il s’ensuit que souvent il s’en éleve de nouveau autour du soleil, & qu’aussi il y en a qui s’évanouissent.

3°. Puisque les taches se dissolvent souvent & disparoissent même au milieu du disque du soleil, la matiere des taches, c’est-à-dire, les exhalaisons solaires retournent donc au soleil : d’où il suit qu’il doit se faire différentes altérations dans la matiere de cet astre, &c.

4°. Puisqu’en tout état le soleil paroît comme un disque circulaire, sa figure, quant aux sens, doit être sphérique ; cependant nous ferons voir bientôt qu’elle est réellement sphéroïde.

Outre les macules ou taches obscures, plusieurs auteurs parlent des facules, ou taches, qui sont plus brillantes que le reste du disque du soleil. Celles-ci sont en général plus larges, & bien différentes des macules en figure, durée, &c.

Kirker, Scheiner, &c. supposent que ces facules sont des éruptions de flammes ; c’est pourquoi ils représentent la face du soleil comme couverte de volcans, &c.... Mais Huygens prenant de meilleurs télescopes, n’a jamais rien pu trouver de semblable, quoiqu’il ait remarqué quelquefois, même dans les macules, des endroits plus brillans que le reste.

5°. La substance du soleil est une matiere ignée ; voici comment on le prouve. Le soleil éclaire, & ses rayons rassemblés par des miroirs concaves, ou des verres convexes, brûlent, consument & fondent les corps les plus solides, ou même les convertissent en cendres ou en verre.

6°. Puisque les taches du soleil sont formées par les exhalaisons du soleil, il paroît que le soleil n’est pas un feu pur ; mais que ce feu est mêlé de particules hétérogènes.

7°. La figure du soleil est un sphéroïde plus élevé sous son équateur que sous ses poles. En effet, le soleil a un mouvement autour de son axe, & par conséquent la matiere solaire doit faire des efforts pour s’éloigner des centres des cercles dans lesquels elle se meut, avec d’autant plus de force que les circonférences sont plus grandes. Or l’équateur est le plus grand cercle, & les autres qui sont vers les poles, vont toujours en diminuant. Donc la matiere solaire tend à s’éloigner du centre de l’équateur avec plus de force, que des centres des cercles paralleles. Par conséquent elle s’éloignera du centre, plus sous l’équateur que sous aucun des cercles paralleles ; & ainsi le diametre du soleil qui passe par l’équateur, sera plus grand que celui qui passe par les poles, c’est-à-dire que la figure du soleil n’est pas parfaitement sphérique, mais sphéroïde.

Il est vrai que la différence des axes du soleil doit être fort petite, comme M. de Maupertuis l’a fait voir dans son Discours sur la figure des astres, & cela, parce que la force centrifuge des parties du soleil est beaucoup moins grande que leur pesanteur vers le soleil. C’est pour cette raison que nous n’appercevons point d’inégalités sensibles entre les deux diametres du soleil.

Parallaxe du soleil. Voyez Parallaxe.

A l’égard de la distance du soleil, comme sa détermination dépend de celle de la parallaxe, & qu’on ne peut trouver la parallaxe du soleil sans faire des calculs longs & difficiles ; aussi les Astronomes ne sont point d’accord sur la distance du soleil.

La moyenne distance du soleil à la terre est suivant quelques-uns, de 7490 diametres de la terre ; selon d’autres 10000 ; selon d’autres 12000, & suivant d’autres 15000. Mais suivant la parallaxe de M. de la Hire, qui est 6″ ; la moyenne distance du soleil sera 17188 diametres de la terre, & suivant celle de Cassini 14182. Voyez Distance.

Le diametre apparent du soleil n’est pas toujours le même. Lorsqu’il est le plus grand, Ptolomée l’estime de 33′, 20″ ; Tycho 32′ ; Kepler 31′, 4″ ; Riccioly 32′, 8″ ; Cassini 32′, 20″ ; de la Hire 32′, 43″. Son diametre apparent moyen, est suivant Ptolomée 32′, 13″ ; suivant Tycho 31′ ; suivant Riccioly 31′, 40″ ; suivant Cassini 31′, 40″ ; suivant de la Hire 32′, 10″ ; & suivant Kepler 30′, 30″. Son plus petit diametre apparent, est suivant Ptolomée de 31′, 20″ ; suivant Tycho 30′ ; suivant Kepler 30′ ; suivant Riccioly 31′ ; suivant Cassini 31′, 8″ ; & suivant de la Hire 31′, 38″. Chambers. (O)

Soleil, (Crit. sacr.) cet astre lumineux, objet de l’ancien culte de la plûpart des peuples de l’orient, a donné lieu dans l’Ecriture, tantôt à des comparaisons, tantôt à des façons de parler figurées. Ainsi, lorsque les prophetes veulent marquer la durée d’une chose brillante & glorieuse, ils la comparent à l’éclat & à la durée du soleil. Son trône est semblable au soleil, dit David, ps. 88. 38. Le bonheur présent, c’est le soleil qui s’éleve ; au contraire, quand Jérémie déclare ch. xv. 9. que le soleil ne luit plus pour Jérusalem, c’est-à-dire, que son bonheur est passé. Les ardeurs du soleil m’ont ternie, s’écrie l’épouse, dans le cantique, j. 5. c’est-à-dire, je suis dans l’affliction, dans la douleur. De même, lorsqu’Isaïe veut peindre un désastre, une calamité, il dit seulement que le soleil est obscurci, obtenebratus est sol, ch. xiij. 10e &c. Ce petit nombre d’exemples suffit pour en rappeller d’autres semblables à la mémoire du lecteur. (D. J.)

Soleil, (Mythol. Iconolog.) cet astre a été le premier objet de l’idolatrie. L’idée d’un être purement spirituel, s’étant effacée dans l’esprit des hommes, ils porterent leurs vœux à ce qu’ils trouverent dans la nature de plus approchant de l’idée qu’ils avoient de Dieu : la beauté du soleil, le vif éclat de sa lumiere, la rapidité de sa course, sa régularité à éclairer successivement toute la terre, & à porter par-tout la lumiere & la fécondité ; tous ces caracteres essentiels à la divinité, tromperent aisément les hommes grossiers ; c’étoit le Bel, ou Baal des Chaldéens ; le Moloch des Chananéens ; le Béelphégor des Moabites ; l’Adonis des Phéniciens & des Arabes ; le Saturne des Carthaginois ; l’Osiris des Egyptiens ; le Mithras des Perses ; le Dionysius des Indiens ; & l’Apollon ou Phœbus des Grecs & des Romains. Il y a même des savans qui ont prétendu que tous les dieux du paganisme se réduisoient au soleil, & toutes les déesies à la lune : ces deux astres furent les premieres divinités des Egyptiens.

On sait, par les marbres d’Arondel, que les Grecs adoroient le soleil, puisqu’ils juroient par cet astre, une entiere fidélité à leurs engagemens. Ménandre déclare qu’il faut adorer le soleil comme le premier des dieux, parce que ce n’est que par sa bienfaisance qu’on peut contempler les autres divinités. Les Rhodiens, dit-on, lui-avoient consacré leur magnifique colosse. Il étoit adoré par les Syracusains & les Troézéniens, sous le nom de Jupiter libérateur. Les Corinthiens, selon Pausanias, lui dédierent plusieurs autels. Sa fête se solemnisoit à Rome, sous le nom de Soli invicto, & l’on célébroit des jeux publics en son honneur, à la fin de chaque année.

Si les habitans de Hiéropolis dérendirent qu’on lui dressât des statues, c’étoit parce qu’il étoit assez visible ; & c’est peut-être la raison pour laquelle ce même dieu n’étoit représenté à Emese, que sous la figure d’une montagne ; enfin. selon Jules-César, les anciens Germains adoroient aussi le soleil, & lui sacrifioient des chevaux, pour marquer par la légereté de cet animal, la rapidité du cours de cet astre.

Les anciens poëtes, & particulierement Homére, ont communément distingué Apollon du Soleil, & les ont reconnu pour deux divinités différentes ; en effet, il avoit ses sacrifices à part, & son origine n’étoit pas la même ; il passoit pour fils d’Hypérion, & Apollon l’étoit de Jupiter. Les marbres, les médailles, & tous les anciens monumens les distinguent ordinairement, quoique les physiciens aient pris Apollon pour le soleil, comme ils ont pris Jupiter pour l’air, Neptune pour la mer, Diane pour la lune, & Cérès pour les fruits de la terre.

On représentoit ordinairement le soleil en jeune homme, qui a la tête rayonnante ; quelquefois il tient dans sa main une corne d’abondance, symbole de la fécondité dont le soleil est l’auteur ; assez souvent il est sur son char tiré par quatre chevaux, lesquels vont tantôt de front, & tantôt comme séparés en deux couples. (D. J.)

Soleil, (Inscr. Médail.) Plusieurs écrivains & poëtes grecs, donnent au soleil le titre de seigneur, δεσπότης, à la mode des Orientaux, qui l’ont appellé béel-samen, ou bal-schamain, c’est-à-dire, seigneur du ciel.

Ammien Marcellin, l. XVII. cite une inscription greque d’un obélisque, portant ces mots en grec, sol deus magnus, despotes cœli : Gruter, l. XXXIII. c. iv. en indique une latine, avec ces mots : domino soli.

Quant aux médailles, on a celles d’Aurélien, ayant pour inscription : sol dominus imperii romani. On connoit aussi deux médailles d’Héliogabale ; l’une représente un soleil couronné de rayons, avec cette légende : sancto deo soli, au soleil dieu saint ; sur la seconde on lit : invicto soli, à l’invincible soleil. Il ne faut pas s’en étonner, car ce prince se glorifia toujours d’avoir été prêtre du soleil, dans la Syrie, & par reconnoissance, il lui consacra un superbe temple à Rome.

Mais pour dire quelque chose de plus singulier, il se trouve des médailles de Constantin, frappées à l’honneur du soleil ; c’étoit vraisemblablement avant qu’il eût renoncé au culte des faux dieux. Dans ces médailles, le soleil est représenté comme le guide & le protecteur de cet empereur, avec l’inscription soli invicto, ou soli invicto comiti : une de ces médailles offre à la vue la tête toute radieuse du soleil ; l’autre représente ce dieu debout, avec sa couronne rayonnante, un globe dans la main gauche, & mettant de la droite une couronne sur la tête de Constantin, qui tient le labarum : l’une & l’autre médailles portent au revers le nom & la tête de Constantin. (D. J.)

Soleil, (Poésie anc. & mod.) comment Pindare, Homere, Virgile, Ovide, &c. n’auroient-ils pas célébré dans leurs écrits le pere & le modérateur des saisons, l’œil & le maitre du monde, les délices des humains, la lumiere de la vie : car ce sont là autant de surnoms que les Grecs & les Romains donnoient au soleil. Cependant j’aime encore mieux les tableaux que nos poëtes modernes & autres, ont faits de cet astre du jour, que les descriptions de l’antiquité ; je les trouve plus nobles, plus remplies d’images, & plus philosophiques.

On ne peut s’empêcher de louer ces beaux vers de Milton :

Oh son ! of this great world’s, both eye and soul !
Oh thou ! that with surpassing glory crown’d,
Look’st from thy sole dominion, like the god
Of this great worlds, at whose sight all the stars
Hide their diminish’d heads.


Soleil astre du jour,
Toi qui sembles le dieu des cieux qui t’environnent,
Devant qui leur éclat disparoit & s’enfuit,
Qui sait pâlir le front des astres de la nuit, &c.

On connoit encore davantage les vers suivans de M. de Voltaire.

Dans le centre éclatant de ces orbes immenses,
Qui n’ont pû nous cacher leur marche & leurs distances,
Luit cet astre du jour par Dieu même allumé,
Qui tourne autour de soi sur son axe enflammé ;
De lui partent sans fin des torrens de lumiere ;
Il donne en se montrant, la vie à la matiere,
Et dispense les jours, les saisons, & les ans,

A des mondes divers, autour de lui flottans.
Ces astres asservis à la loi qui les presse,
S’attirent dans leur course, & s’évitent sans cesse
Et servant l’un à l’autre & de regle & d’appui,
Se prêtent les clartés qu’ils reçoivent de lui.

Henriade, ch. vij.

Enfin M. Thompson peint avec tant de magnificence tous les biens que le soleil repand sur la nature, que ce morceau même dans une traduction françoise, ne peut que plaire aux gens assez heureusement nés pour gouter les belles choses, indépendamment de l’harmonie.

Puissant roi du jour, dit le poëte anglois, ô soleil, ame des mondes qui nous environnent, miroir fidele & transparent de ton créateur, puisse ma foible voix apprendre à te chanter ! ta force secrette & attractive, enchaine, gouverne, & regle tout le tourbillon, depuis les limites éloignées de Saturne, dont la révolution remplit une durée de trente ans, jusqu’à Mercure, dont le disque perdu dans l’éclat de tes rayons, peut à peine être apperçu par l’œil philosophique.

Créateur de toutes les planetes, puisque sans ton regard vivifiant, leurs orbes immenses seroient des masses informes & sans mouvement ; esprit de vie, combien de formes d’êtres t’accompagnent, depuis l’ame que tu délies, jusqu’à la race la plus vile, composée de millions d’êtres mélangés, & produits de tes rayons ?

Pere des saisons, le monde végétal reconnut ton empire ! la pompe précede & suit ton trône, & décore majestueusement au milieu de ton vaste domaine annuel ta brillante route céléptique ; éclat triomphant qui réjouit la nature ! en cet instant, une multitude d’êtres en attente, implorent ta bonté, ou pleins de reconnoissance, chantent une hymne commune en ton honneur ; tandis qu’au-tour de ton char brillant, les saisons menent à leur suite, dans une harmonie fixe & changeante, les heures aux doigts de rose ; les zéphirs se jouant nonchalamment ; les pluies favorables, & la rosée passagere ; toute cette cour verse & prodigue odeurs, herbes, fleurs, & fruits, jusqu’à ce que tout s’allumant successivement par ton souffle, tu décores le jardin de l’univers.

Ton pouvoir ne se borne pas à la surface de la terre, ornée de collines, de vallons, & de bois épais, qui forment ta riante chevelure ; mais dardant profondément tes feux jusques dans ses entrailles, tu regnes encore sur les minéraux ! ici brillent les veines du marbre éclatant ; plus loin se tirent les outils précieux du labourage ; là, les armes étincelantes de la guerre ; ailleurs, les plus nobles ouvrages, qui font dans la paix, le bonheur du genre humain, & les commodités de la vie, & sur-tout ces métaux précieux qui facilitent le commerce des nations.

Le stérile rocher, lui-même, impregné de tes regards, conçoit dans son sein obscur, la pierre précieuse & transparente ; le vif diamant s’abreuve de tes plus purs rayons, lumiere rassemblée, compacte, dont l’éclat ose ensuite le disputer aux yeux de la beauté dont elle pare le sein : de toi, le rubis reçoit sa couleur foncée : de toi, le solide saphir prend l’azur qui le décore : par toi, l’améthiste se revêt d’ondes pourprées, le topaze brûle du feu de tes regards ; la robe du printems, agitée par le vent du sud, n’égale pas la verte émeraude dont tu nous caches l’origine ; mais tous tes rayons combinés & épais, jouent à-travers l’opale blanche, & plusieurs s’échappant de sa surface, forment une lumiere vacillante de couleurs répétées, que le moindre mouvement fait jaillir à l’œil du spectateur.

La création inanimée semble recevoir par ton influence, le sentiment & la vie : par toi, le ruisseau transparent joue avec éclat sur la prairie ; la fougueuse cataracte qui répand l’horreur sur le fleuve bouillonnant, s’adoucit à ton retour ; le désert même, & ses routes mélancholiques, semblent s’égayer ; les ruines informes réfléchissent ton éclat, & l’abysme salé, apperçu du sommet de quelque promontoire, s’agite, & renvoie une lumiere flottante dans toute la vaste étendue de l’horison. Mais tout ce que mon esprit transporté pourroit peindre, l’éclat même de la nature entiere, détaillée ou réunie, n’est rien en comparaison de ta propre beauté ; source féconde de la lumiere, de la vie, des graces, & de la joie d’ici bas, sans ton émanation divine, tout seroit enseveli dans la plus triste obscurité. (D. J.)

Soleil, chevaux du, (Mythol.) les poëtes donnent quatre chevaux au soleil, qu’ils nomment Pyroéis, Eoüs, Æthon & Phlégon, noms grecs, dont l’étymologie explique les attributs. Le premier marque le lever du soleil, lorsque ses rayons sont encore rougeâtres. Le second désigne le tems où ses rayons sortis de l’atmosphere sont plus clairs, vers les neuf heures du matin. Le troisieme figure le midi, où la lumiere du soleil est dans toute sa force. Le quatrieme représente le coucher, où le soleil semble s’approcher de la terre. Fulgence donne aux chevaux du soleil des noms différens Erythreus, le rouge ; Acteon, le lumineux ; Lampas, le resplendissant ; Philogéus, qui aime la terre. Le premier dans cet auteur, se prend du lever du soleil ; le second de la clarté du soleil, lorsque n’ayant plus un atmosphere épais à percer, il répand une lumiere plus pure ; le troisieme peint le midi, tems où il a toute sa splendeur ; le quatrieme désigne son coucher, où il semble tendre vers la terre. On voit assez que les noms de Fulgence reviennent à ceux des poëtes, il n’avoit aucun besoin de les changer. (D. J.)

Soleil, coucher du, (Mythol.) la fable qui regarde le Soleil comme un dieu, donne une idée bien différente de son coucher, que ne fait l’Astronomie ; Cowley va vous l’apprendre aussi joliment qu’Ovide.

It is the time when witty poëts tell
That Phœbus into Thetis bosom fell,
She blush’d at first, and then put out the light
And drew the modest curtains of the night.


(D. J.)

Soleil, (Marine.) il y a sur cet astre quelques façons de parler, dont voici l’explication.

Le soleil a baissé : cela signifie que le soleil a passé le méridien, ou qu’il a commencé à décliner.

Le soleil a passé le vent : cela signifie que le soleil a passé au-delà du vent. Exemple : le vent étant au sud, si le soleil est au sud-sud-ouest, il a passé le vent : & on dit que le vent a passé le soleil, lorsque le contraire a lieu. Ainsi le vent s’étant levé vers l’est, il est plutôt au sud que le soleil, & le vent a passé le soleil.

Le soleil chasse le vent : façon de parler dont on se sert, lorsque le vent court de l’ouest à l’est devant le soleil.

Le soleil chasse avec le vent : on entend par cette expression, que le vent souffle de l’endroit où se trouve le soleil.

Le soleil monte encore : c’est-à-dire que le soleil n’est pas encore arrivé au méridien, lorsque le pilote prend hauteur.

Le soleil ne fait rien : on entend par-là que le soleil est au méridien, & qu’on ne s’apperçoit pas en prenant hauteur, qu’il ait commencé à décliner.

Soleil brillant, (Artificier.) cet artifice, qui est un des plus apparens pour l’exécution d’un spectacle, imite si bien le soleil par le brillant de sa lumiere, qu’il cause ordinairement des exclamations de surprise parmi les spectateurs, au moment qu’il vient à paroître.

Sa construction n’est autre chose qu’une grande quantité de jets ou de fusées à aigrettes, rangées en forme de rayons autour d’un centre.

La composition de la matiere combustible peut être la même que celle des aigrettes, ou si on la veut plus simple, il suffit de mettre sur trois parties de poudre une de limaille de fer ou d’acier neuve, c’est-à-dire, qui ne soit pas rouillée, & passée par un tamis médiocrement fin. On s’est piqué dans quelques artifices à Paris de faire des soleils d’un diametre extraordinaire, auxquels on donne le nom de gloire ; car on lit dans la description de celui qui fut fait en 1739, sur le pont-neuf, à l’occasion du mariage de madame Premiere de France, qu’il y en avoit un sur l’entablement du temple de l’Hymen, qui avoit 60 piés de diametre.

Supposé qu’on veuille faire un soleil de grandeur au-dessus de la moyenne, on prend des fusées à aigrettes d’environ 20 lignes de diametre, & de 15 à 20 pouces de long. qui jettent leur feu à 12 & 15 piés de hauteur ; laissant un pié de vuide dans le milieu, il en résulte un soleil de 25 à 30 piés de diametre. Si l’exaltation des flammes augmente à-peu-près en raison des quarrés des surfaces des mêmes matieres combustibles, il est visible que pour faire un soleil du diametre de 60 piés, il a falu des fusées à aigrettes au-moins de 4 pouces de diametre, pour qu’elles aient pu jetter leur feu à 28 ou 30 piés de distances, qui font la moitié de ce diametre, y compris l’espace vuide du milieu qu’occupent les longueurs des cartouches des fusées.

Puisque les fusées peuvent si fort varier de grandeur, & que la durée de cet artifice dépend de leur longueur, ou de la répétition des rangs de ces fusées, il est clair que les moyens de le former peuvent aussi beaucoup varier. Sur quoi il faut observer qu’on ne peut se dispenser de laisser au milieu du soleil un espace vuide d’une grandeur proportionnée à la grosseur des fusées, & au nombre qu’on y en veut mettre, à cause qu’elles doivent être rangées en rayon, & que l’espace compris par ces rayons diminue toujours à mesure qu’il approche du centre.

Je m’explique par un exemple. Supposons qu’on se serve de fusées de 20 lignes de grosseur ; il est évident que si l’on mettoit leurs têtes au centre, il n’y en auroit que deux qui puissent y être appliquées immédiatement ; trois commenceront à laisser un espace triangulaire ; quatre, un quarré ; cinq, un pentagone, &c. de 20 lignes de côte, de sorte qu’une douzaine de ces fusées, qui se toucheroient par leur tête, laisseroient nécessairement an vuide de 7 pouces de diametre. D’où il suit que le vuide du milieu est déterminé par le nombre des fusées qu’on veut employer à faire le soleil, & que réciproquement le diametre du vuide détermine le nombre des fusées, parce qu’elles doivent toutes se toucher. Ainsi, supposant qu’on veuille y employer trois douzaines de fusées qui donnent une circonférence de 5 piés, le diametre du vuide sera d’environ 19 pouces.

On voit par cette observation, que pour attacher les fusées, il faut leur préparer pour assiete un anneau de la largeur que donne la longueur des fusées, & d’une ouverture fixée par leur grosseur & par leur nombre. Cet anneau peut être fait d’un assemblage de planches ; mais il est plus solide de le faire de deux cercles de fer concentriques, liés par 4 ou 6 entretoises, observant d’y ajouter des queues percées, pour qu’on puisse le clouer solidement sur des pieces de bois placées exprès sur le théâtre des artifices où il doit être exposé.

Cette carcasse de l’artifice étant faite, il ne s’agit plus que d’y appliquer ces fusées avec du petit fil-de-fer recuit pour être plus flexible, en les dirigeant toutes du centre à la circonférence, & les attachant aux deux bouts sur les cercles de fer préparés pour les y arranger, la gorge tournée en-dehors ; on y fait ensuite passer une étoupille bien attachée sur chacune, & enfermée dans des cartouches, s’il faut éviter le feu des artifices qu’on doit faire jouer avant le soleil.

Comme la durée de cet artifice ne seroit pas considérable, s’il n’y avoit qu’un rang de fusées, on la prolonge par un second rang, qui prend feu après que le premier est consumé ; on peut même, si l’on veut, y en ajouter un troisieme, pour tripler cette durée.

La maniere de disposer ce second rang, est à-peu-près la même que la premiere, observant seulement qu’afin qu’elles ne prennent pas feu avant le tems, leurs gorges doivent être couvertes & un peu éloignées des premieres, soit en les reculant, comme lorsqu’elles sont séparées par des rouelles de bois, ou en les rapprochant du centre, si elles sont sur un même plan ; comme sur le double anneau de fer dont on a parlé.

Tout l’art de la communication des feux ne consiste qu’à lier à la tête qui n’est pas étranglée, un porte-feu fait d’un cartouche vuide, dans lequel on fait passer une étoupille, ou qu’on remplit d’une composition un peu vive sans être foulée.

Ce porte-feu doit être collé dans l’intervalle des deux cartouches rebouché par les deux bouts, pour recevoir & donner le feu par des ouvertures faites à ses côtés, situé au bout d’en-bas, l’autre à celui d’en-haut, ainsi que l’on voit dans nos Pl. d’Artif. où la premiere fusée qui a sa gorge comme on l’a placée, sa tête non étranglée, mais seulement formée ou bouchée par un papier collé, le long d’une partie de cette fusée est collée contre le cartouche qui reçoit le feu par une ouverture de laquelle sort une étoupille qui passe par ce trou dans le porte-feu, & qui en sort par le trou du haut, pour entrer dans la gorge de la seconde fusée du second rang.

Il est visible que s’il y avoit trois rangs, on devroit observer la même disposition du second à l’égard du troisieme pour y porter le feu ; mais cet arrangement sur un même plan ne convient point, parce qu’il laisse trop d’intervalle d’une gorge de feu à l’autre ; il vaut mieux que le feu soit continu ou sans une interruption sensible ; c’est pourquoi il est plus à-propos que les rangs soient placés les uns devant les autres, & séparés par des cloisons de bois ou de carton.

Lorsqu’on met plusieurs rangs de fusées, on peut, pour varier le spectacle, teindre les feux de chaque rang de couleurs inégales, dont la lumiere du soleil est susceptible en apparence, par l’interposition des vapeurs de la terre ou des nuées, comme du clair brillant, du rougeâtre, du pâle & du verdâtre, au moyen de la limaille de fer, de cuivre, du charbon de chêne pilé, de la poudre de buis, &c.

Comme il ne convient pas que le centre du soleil, qui est l’espace compris entre les têtes des fusées & celui qu’occupent les longueurs des corps de fusées doubles ou rayons opposés, soit obscur, on y colle un papier huilé qu’on peint de la figure d’un visage d’Apollon attribué au soleil, ou de quelques rayons de feu qu’on éclaire par derriere par le moyen des lampions ou lances à feu un peu éloignées, crainte d’embrasser ce papier. Pour plus de sureté on peut y mettre de la corne ou du verre peint de couleur d’aurore ou jaune, avec des couleurs transparentes, qui n’aient pas assez de corps pour le rendre trop opaque, comme la gomme gutte.

Lorsque l’intervalle de ce centre est d’un diametre plus grand que de 20 à 30 pouces, on peut mettre au centre du soleil une girandole, ou roue de feu, qui y forme un tourbillon, pendant que le reste du soleil jette ses rayons au-dehors, observant que les feux de l’un & de l’autre artifice soient exactement de la même couleur.

Il est visible qu’on peut étendre la surface du feu du soleil, en faisant plusieurs rangs de fusées attachées sur des cercles de fer concentriques, & plus grands les uns que les autres ; c’est par ce moyen qu’on a fait à Paris de ces soleils, qu’on dit avoir eu 60 piés de diametre.

Soleil d’eau tournant sur son centre : Il ne s’agit que de couvrir le plat des fusées de la girandole pour l’eau de feux brillans arrangés du centre à la circonférence, pour former la figure d’un soleil qui tournera sur son centre par le mouvement de circulation causé par les fusées posées en jante, dont le feu croise par-dessous celle qui forment le soleil, ce qui produit un très bel effet sur l’eau.

Soleil, terme de Blason, en armoirie on peint le soleil d’ordinaire avec douze rayons, dont les uns sont droits, & les autres en ondes ; & son émail est d’or. Quand il est de couleur, & représenté sans aucuns traits du visage, on l’appelle proprement ombre du soleil. (D. J.)

Soleil, s. m. (Hist. nat. Bot.) corona solis, genre de plante à fleur radiée, dont le disque est composé de plusieurs fleurons, & la couronne de demi-fleurons : ces fleurons & ces demi-fleurons sont portés par des embryons, & séparés les uns des autres par de petites feuilles pliées en gouttiere. Dans la suite ces embryons deviennent des semences garnies de deux feuilles. Tournefort, inst. rei herb. Voyez Plante.

Soleil de mer, on a donné ce nom à différentes especes d’étoiles de mer qui different des étoiles proprement dites, en ce que les rayons ne partent pas du centre ; le milieu du corps des soleils est arrondi, & les rayons sortent de ce cercle. Rondelet, hist. des zoophites, ch. xvj. Voyez Étoile de mer.