L’Encyclopédie/1re édition/TROMPE

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TROMPE, s. f. (Conchyl.) ce mot désigne la partie inférieure du buccin ; coquille que les Hollandois appellent trompette. (D. J.)

Trompes de Fallope, en Anatomie, sont deux canaux qui partent du fond de la matrice, l’un d’un côté, l’autre de l’autre, & qui aboutissent aux ovaires : elles ont beaucoup de part dans les opérations de la conception. Voyez Conception.

On les appelle tubæ, c’est-à-dire, trompes à cause de leur forme ; parce qu’à leur commencement ou à leur extrémité qui est dans la matrice, elles sont si étroites, qu’on auroit peine à y introduire une aiguille à tricotter ; mais à mesure qu’elles s’avancent vers les ovaires, elles deviennent plus grosses, & sont enfin assez larges pour y mettre le doigt ; d’où elles se contractent encore, & aux extrémités qui sont proches des ovaires, elles s’étendent comme un feuillage qui est garni tout autour d’une frange faite d’un nombre infini de petites fibres qui ressemblent assez au pavillon d’une trompette.

Les trompes de Fallope ont quatre ou cinq pouces de long : elles sont composées d’une double membrane qui vient des membranes internes & externes de l’uterus. Leur extrémité vers l’ovaire, dans le tems de la conception, tems auquel toute la trompe se dilate, s’attache à l’ovaire & l’embrasse, quoique dans un autre tems elle paroisse en être un peu distante & ne toucher que superficiellement avec sa frange le côté inférieur de l’ovaire.

L’usage de ces trompes est de transporter la semence, ou plutôt les œufs de la femme & des autres animaux, des testicules ou ovaires dans l’uterus ou la matrice. Voyez Ovaire & Matrice.

Elles sont composées pour la plus grande partie de fibres charnues dont les unes sont longitudinales & les autres circulaires, & d’un tissu de veines & d’arteres qui forment une espece de corps réticulaire ou creux, qui est semblable au clitoris. Cette structure les rend capables de dilatation & de contraction, suivant la quantité & l’obstacle que le sang y apporte ; & par conséquent, suivant la maniere dont elles se redressent & embrassent l’ovaire pendant le coït ; ce qu’elles ne peuvent pas faire dans leur état naturel. Voyez Génération.

Elles tirent leur dénomination de Fallope de Modène, qui mourut en 1562, & qu’on regarde comme celui qui les a découverts le premier : cependant nous trouvons que Rufus d’Ephèse en a fait une description exacte, long-tems avant Fallope.

Les œufs ou embryons sont quelquefois arrêtés dans les trompes de Fallope, sans pouvoir descendre dans la matrice. Voyez Fœtus.

On en a souvent trouvé des exemples dans les dissections : mais le plus remarquable est celui qu’a rapporté Abraham Cyprianus, célebre médecin d’Amsterdam, dans une lettre adressée à monsieur Thomas Millington, dans laquelle il fait une description de la maniere dont il tira un fœtus de vingt & un mois, hors de la trompe de Fallope, d’une femme qui a vécu & a eu plusieurs enfans depuis cette opération. Voyez Planch. anat. (Myol.) fig. 9. c. c. & fig. 11. e. e.

Il est fait mention, Mem. de l’Acad. royale des Sc. année 1702. de deux observations sur un fœtus humain trouvé dans une des trompes de la matrice, année 1712, d’une autre, sur un fœtus renfermé dans un sac formé par la membrane externe de la trompe droite.

Trompe d’Eustache, est le canal de communication entre la bouche & le tympan de l’oreille. Vasalva lui donne ce nom de sa figure, & c’est Eustache qui l’a découvert. Voyez Oreille & Bouche.

Trompe, (Hist. nat. des Insectes.) en latin lingua, promuscis, partie de la bouche des insectes ; cette partie s’appelle autrement le syphon ou la langue des insectes. Aristote la nomme trompe, par allusion à celle des élephans, & c’est sous cet ancien nom, que nous en parlerons ici fort briévement.

Quelques insectes, comme les grillons sylvestres, la portent entre leurs tenailles. Il y en a qui peuvent la retrécir & l’étendre selon leur volonté.

Les papillons la portent fort adroitement entre les deux tiges ou lames barbues, qui servent à la cacher & à la garantir ; & d’autres la couchent sous leur ventre, qui pour cet effet a une petite canelure, où elle est en sureté. Les punaises des arbres sont dans ce cas ; elles ont une fente dans laquelle elles couchent leur trompe.

Cette trompe des insectes n’est pas toujours d’une égale longueur ; les uns l’ont fort courte, & dans les autres elle est plus longue que tout le corps : telle est encore la trompe des papillons, qui est un chef d’œuvre en son genre. Quand elle est étendue, sa longueur excede celle de l’animal même, & il la roule & le déroule cependant avec une vîtesse incroyable.

Quand on regarde la trompe de quelque insecte au-travers d’une loupe, l’on découvre qu’elle est finement travaillée, & d’une maniere proportionnée à leur genre de vie ; toutes les parties en sont disposées avec tant d’art, qu’il n’y a rien de trop, ni de trop peu.

Dans plusieurs insectes elle est renfermée dans une espece de fourreau, dont le bout pointu leur sert à percer les choses qui contiennent leur nourriture. Quand ils l’ont fait, ils ouvrent ce fourreau, & appliquent la trompe dans l’ouverture afin de tirer le suc qui y est. Elle leur sert donc, comme on le voit, de syphon pour attirer les liqueurs dont ils font leur aliment ; & outre cela elle leur sert à piquer & à blesser comme on pourroit le faire avec une lancette.

Quoique cette trompe soit si petite, qu’on ne sauroit l’appercevoir sans le secours d’une loupe ; elle est néanmoins si forte, qu’elle peut sans peine percer le cuir le plus dur & le plus épais. La trompe du moucheron, par exemple, a cet avantage.

La trompe des cousins, des mouches & de divers autres insectes, leur sert seulement pour sucer le sang des animaux, & les autres liqueurs dont ils se nourrissent : ce qu’ils font de cette maniere : leur trompe étant un tuyau disposé de telle sorte qu’il se plisse pour s’accourcir, & qu’il étend ses plis pour s’alonger, il arrive que quand l’insecte veut tirer le sang d’un animal, il alonge sa trompe & cherche dans la peau un pore ouvert pour l’y introduire, & l’y fourrer assez avant pour trouver le sang qui monte dans la cavité de la trompe, par le moyen de la dilatation qui arrive au corps de l’insecte. (D. J.)

Trompe, (Archit.) espece de voûte en saillie qui semble se soutenir en l’air. Elle est ainsi nommée, ou parce que sa figure est semblable à une trompe, ou conque marine, ou parce qu’elle trompe ceux qui la regardent, & qui ne connoissent point l’artifice de son appareil.

Trompe dans l’angle ; trompe qui est dans le coin d’un angle rentrant ; il y en a une dans la rue de la Savaterie à Paris, que Philibert de Lorme avoit faite pour un banquier. Voyez son architecture, liv. IV. chap. xj.

Trompe de Montpellier ; espece de trompe dans l’angle qui est en tour ronde & différente des autres trompes en ce qu’elle a de montée deux fois la largeur de son ceintre. On en voit dans Montpellier, où cette trompe a été inventée ; une autre au quartier du palais qui est barlongue : elle est plus estimée que l’autre. Elle a environ 7 piés de large sur 11 de long.

Trompe en niche ; trompe concave en maniere de coquille, & qui n’est pas réglée par son profil, comme la trompe qui porte le bout de la galerie de l’hôtel de la Vrilliere, rue neuve des Bons-Enfans à Paris. On la nomme aussi trompe sphérique.

Trompe en tour ronde ; trompe dont le plan sur une ligne droite rachete une tour ronde par le devant, & qui est faite en maniere d’éventail ; telles sont les trompes de l’extrémité de la galerie de l’hôtel de la Feuillade, à la place des Victoires à Paris.

Trompe ondée ; trompe dont le plan est ceintré en onde par sa fermeture. Telle est la trompe du château d’Anet, qui a été démontée de l’endroit où Philibert de Lorme l’avoit bâtie, pour servir de cabinet au roi Henri II. & remontée en une autre place avec beaucoup de soin par Girard Vyet, architecte du duc de Vendôme.

Trompe réglée ; trompe qui est droite par son profil ; il y en a une derriere l’hôtel de Duras, près la place Royale à Paris.

Trompe sur le coin ; c’est une trompe qui porte l’encoigneure d’un bâtiment pour faire un pan coupé au rez-de-chaussée. Il y a une de ces trompes au village de Saint-Cloud ; mais la plus belle qui ait été construite, est celle qui est au bout du pont de pierre sur la Saône à Lyon, ouvrage de M. Desargues, qui est un monument de sa capacité dans l’art de la coupe des pierres. Daviler. (D. J.)

Trompe, (Pyrothech.) une trompe est une assemblage de plusieurs pots-à-feu, les uns au-dessus des autres, & qui partent successivement ; de maniere que le premier en jettant sa garniture, donne feu à la composition lente du porte-feu du second, & ainsi des autres. On en fait à autant de reprises que la longueur du fourreau en peut contenir, mais communément à cinq ou six.

Les trompes sont peu en usage dans les feux de terre ; on n’en fait guere que pour les tirer à la main, & s’amuser à diriger leur garniture où l’on veut ; mais on les emploie beaucoup dans les feux sur l’eau, soit pour faire vomir du feu à un monstre marin, soit pour en former ce qu’on appelle des barrils de trompes dans les auteurs de Pyrotechnie, car il n’est pas possible d’entrer ici dans ces petits détails. (D. J.)

Trompe, (terme de Mercier.) on dit à Paris guimbarde ; sorte d’instrument composé seulement de deux petites lames de laiton ou d’acier, réunies avec une languette au milieu qui fait ressort, & qu’on touche lestement avec les doigts, tandis qu’on la tient entre les dents ; elle rend un frémissement ou bourdonnement sourd musical par le mouvement de la langue & l’ouverture de la bouche. (D. J.)

Trompe, cors de chasse, petit & grand.