L’Encyclopédie/1re édition/VENUS

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VENUS, s. f. (Astronomie.) l’une des planetes inférieures. On la représente par ce caractere ♀. Voyez Planete.

Vénus est aisée à reconnoître par son éclat & sa blancheur, qui surpassent celles de toutes les autres planetes. Sa lumiere est si considérable, que lorsqu’on la reçoit dans un endroit obscur, elle donne une ombre sensible.

Cette planete est située entre la Terre & Mercure. Elle accompagne constamment le Soleil, & ne s’en écarte jamais de plus de 47 degrés. Lorsqu’elle précede le soleil, c’est-à-dire, lorsqu’elle va en s’en éloignant, on l’appelle Phosphore, ou Lucifer, ou l’étoile du matin. Lorsqu’elle suit le Soleil, & qu’elle se couche après lui, on la nomme Hesperus ou Vesper, ou étoile du soir. Voyez Phosphorus, &c.

Le demi-diametre de Venus est à celui de la Terre, comme 10 à 19, sa distance du Soleil est la partie de celle de la Terre au Soleil. Son excentricité est de de sa moyenne distance, l’inclinaison de son orbite de 3° 23′. Voyez Inclinaison, Excentricité

Le tems de sa révolution dans son orbite est de 224 jours 17 heures ; & son mouvement au-tour de son axe se fait en 23 heures. Voyez Période & Révolution.

Le diametre de Vénus vu du Soleil, selon M. le Monnier, ne seroit que d’environ 15″. Lorsque cette planete s’approche le plus de la Terre, son diametre apparent est de 85″. Or la distance de Vénus périgée est à la distance moyenne de la Terre au Soleil, à-peu-près comme 21 est à 82. Donc si Vénus venoit à se trouver au centre du Soleil, elle ne paroîtroit plus que sous un angle de 21″ 46‴ ; d’où il suit que le diametre apparent de Vénus est à celui du Soleil, comme 1 à 84 environ.

Venus a des phases comme la Lune, qu’on peut appercevoir avec le télescope ; & ce qu’il y a de singulier, c’est que le tems où elle jette le plus de lumiere, n’est pas celui où elle est pleine, c’est au-contraire dans le croissant ; ce qui vient de ce qu’elle se trouve dans ce cas beaucoup plus proche de la Terre, que dès qu’elle est pleine. Au-lieu que quand elle est pleine, elle est éloignée de la Terre le plus qu’il est possible ; ensorte que sa distance devenant alors trop grande, fait que la force de la lumiere par rapport à la Terre, diminue en plus grande raison que la quantité de lumiere qu’elle reçoit du soleil n’augmente. Le plus grand éclat de Vénus n’arrive donc pas (fig. 49. astron.) lorsque Vénus est au point A, & qu’elle est pleine par rapport à la Terre qui est en T ; mais lorsque cette planete est environ au point O de son orbite, où elle paroît en croissant, rmq étant sa partie éclairée par le Soleil, & mq la partie que l’on voit de la Terre.

Je suppose, par exemple, que Vénus soit quatre fois plus proche de la Terre au point O, que lorsqu’elle étoit en A : il est évident qu’une même partie du disque lumineux de Vénus sera seize fois plus grande ; ainsi, quoique nous ne puissions appercevoir, lorsque Vénus est en O, qu’environ la quatrieme partie de son disque éclairé ; il est cependant vrai de dire, que son éclat est bien plus augmenté, à cause de sa proximité, qu’il ne doit être affoibli par la perte que nous faisons d’une partie du disque.

Si l’on veut connoître plus précisément quelle doit être la situation de Vénus, pour qu’elle nous paroisse dans son plus grand éclat, on peut voir dans les Transactions philosophiques, n°. 349. la solution que le célebre astronome M. Halley a donnée de ce problème. Ce savant mathématicien a démontré que cela arrive soit avant, soit après la conjonction inférieure, lorsque l’élongation de Vénus au Soleil est d’environ 40 degrés ; c’est-à-dire lorsque l’angle TSO est d’environ 40 degrés : on n’apperçoit alors que la quatrieme partie environ du disque de Vénus ; mais cette planete est alors si brillante, qu’on la voit en plein jour à la vue simple, lors même que le Soleil est dans les plus grandes hauteurs sur l’horison. Il n’y a rien assurement de plus digne de notre attention, ni de plus étonnant que cette lumiere & la route de Vénus, qui même, quoiqu’elle ne lui soit pas propre (puisque ce n’est qu’une lumiere empruntée du Soleil qu’elle nous réfléchit), est néanmoins si vive, & lancée avec tant de force, qu’elle est supérieure à celle de Jupiter & de la Lune, lorsque ces planetes sont à pareille distance, c’est-à-dire à même degré d’élongation du Soleil. Car si on compare leur lumiere à celle de Vénus, à la vérité celle-ci devroit paroître moins considérable, parce que leurs diametres apparens surpassent celui de Vénus. Mais d’un autre côté la lumiere de Jupiter ou de la Lune paroît si foible, qu’elle n’étincelle jamais, sur-tout celle de Jupiter, qui tire un peu sur la couleur du plomb ; au-lieu que Vénus lance une lumiere vive & éclatante, qui semble nous éblouir presque à chaque instant.

M. de la Hire, en 1700, vit avec un télescope de 16 piés des montagnes sur Vénus, qu’il jugea plus grandes que celle de la Lune. Voyez Lune.

M M. Cassini & Campani, dans les années 1665 & 1666, découvrirent des taches sur le disque de Venus, par le moyen desquelles on a déterminé le mouvement que cette planete a autour de son axe. Voyez Tache, &c.

Venus paroît quelquefois sur le disque du Soleil, comme une tache ronde. Voyez Passage.

L’année prochaine, 1761 (ceci est écrit en Juillet 1760), elle doit passer ainsi sur le disque du Soleil, & M. Halley a fait voir qu’au moyen de cette observation on pourroit avoir la parallaxe du Soleil à une cinquieme partie près, pourvu que l’observation en soit faite selon les circonstances que cet auteur marque. On trouve le détail de ces circonstances, & l’explication de la méthode de M. Halley dans les institutions astronomiques de M. le Monnier, ainsi qu’une méthode pour déterminer l’orbite de Vénus par l’observation de son passage sur le Soleil, méthode qui a été donnée à l’académie en 1677, par M. Picard.

En 1672 & en 1686, M. Cassini, avec un télescope de 54 piés, crut voir un satellite à cette planete, & qui en étoit distant d’environ les du diametre de Vénus. Ce satellite avoit les mêmes phases que Vénus ; mais sans être bien terminé. Son diametre supposoit à peine le quart de celui de Vénus.

M. Gregory regarde comme plus que probable que c’étoit véritablement un satellite de Vénus qu’on apperçoit rarement, à cause que sa surface peut être couverte de taches, & n’être point propre à renvoyer les rayons de lumiere. Il dit à cette occasion, que si le disque de la Lune étoit par-tout comme il paroît dans les taches, on ne la verroit point du tout à la distance où est Vénus.

Ce qui est surprenant, c’est que quelques recherches que M. Cassini ait faites depuis en divers tems pour achever une découverte de si grande importance, il n’a jamais pu y réussir, & nul autre astronome dans l’espace de 54 ans n’a pu voir ce phénomene après lui, non pas même M. Bianchini, si célebre par les découvertes sur la planete de Vénus, pour lesquelles il a employé d’excellentes lunettes de Campani, de plus de 100 piés de longueur.

Enfin, en 1641 M. Short, écossois, revit ou crut revoir ce même satellite, si c’en est un, avec les mêmes apparences que M. Cassini a décrites. Mais cette nouvelle apparition du satellite de Vénus n’a pas été de plus longue durée que les deux premieres. L’observation avoit été faite à Londres le 3 Novembre 1740 ; & au mois de Juin suivant M. Short n’avoit encore pu revoir le satellite prétendu. Il apperçut d’abord comme une petite étoile fort proche de Vénus, dont il détermina la distance à Vénus. Prenant ensuite une meilleure lunette, il vit avec une agréable surprise que la petite étoile avoit une phase, & la même phase que Vénus ; son diametre étoit un peu moins que le tiers de celui de Vénus, sa lumiere moins vive, mais bien terminée. M. Short le vit pendant une heure avec différens télescopes, jusqu’à ce que la lumiere du jour ou du crépuscule le lui ravit entierement. Les deux observations de M. Cassini n’avoient guere duré qu’une heure non plus.

Si c’est là un satellite de Vénus, il devient encore plus difficile de déterminer quel peut être l’usage des satellites. Seroit-ce de suppléer, pour ainsi dire, à la lumiere que les planetes ne reçoivent pas du soleil ? Mais voilà une planete plus proche du soleil que nous, & qui en a un aussi gros que notre Lune ; d’ailleurs Mars ne paroit point avoir de satellite, quoiqu’il soit plus éloigné du soleil que la Terre. Voyez l’histoire de l’acad. 1741.

Les phénomenes de Vénus démontrent la fausseté du système de Ptolemée, puisque ce système suppose que l’orbite de Vénus enveloppe celle de la Terre, & qu’elle est placée entre le Soleil & Mercure. Car il suit de ce système qu’elle ne devroit jamais paroître au-delà de la distance qui est entre nous & le Soleil, ce qui arrive cependant souvent, ainsi que toutes les observations s’accordent à le prouver. Voyez Systeme, Terre, &c.

L’orbite de Vénus n’est pas dans le même plan que l’écliptique ; mais elle est, comme on l’a dit, inclinée à ce plan, avec lequel elle fait un angle de 3 degrés environ.

La position du nœud de cette planete, & le vrai mouvement de ce nœud, ne sauroient être mieux déterminés que par le passage de Vénus sur le Soleil qu’on attend en 1761. Le mouvement de ce nœud, dont M. de la Hire a publié diverses observations en 1692, a cependant été déjà calculé ; mais les astronomes sont fort peu d’accord entr’eux sur ce sujet. (O)

Vénus, (Astron.) les curieux feront bien de lire sur la planete de Vénus, l’ouvrage de Bianchini (François) mis au jour à Rome, en 1728, in-fol. sous ce titre : Hesperi & phosphori phoenomena, sive observationes circa planetam venerem, &c. c’est-à-dire, nouveau phénomenes de la planete de Vénus, ou la description de ses taches, le tournoyement sur son axe en vingt-quatre jours & huit heures, le parallélisme du même axe, & la parallaxe de cette planete, dédié à Dom Juan V. roi de Portugal.

M. de Fontenelle, hist. de l’acad. des Sc. an. 1729. remarque que Vénus est très-difficile à observer, autant & de la maniere dont il le faudroit pour en apprendre tout ce que la curiosité astronomique demanderoit.

M. Bianchini commença par la recherche de la parallaxe de cette planete, & il trouva qu’elle étoit de 24 secondes. Cependant, il ne faut pas trop compter encore sur cette observation : selon l’historien de l’académie, c’est plutôt la maniere de trouver la parallaxe de Vénus, qui est enfin trouvée par M. Bianchini, que ce n’est cette parallaxe même. Il fut plus heureux dans l’observation, encore plus importante, des taches de Vénus, qu’il fit en 1626 ; il les vit, & les distingua assez nettement pour y établir, selon lui, vers le milieu du disque, sept mers, qui se communiquent par quatre détroits, & vers les extrémités deux autres mers sans communication avec les premieres ; les parties qui sembloient se détacher du contour de ces mers, il les appella promontoires, & en compta huit, & il imposa des noms à ces mers, à ces détroits, & à ces promontoires. Les astronomes se servent du privilege des célebres navigateurs qui font des découvertes de terres inconnues, auxquelles ils imposent des noms.

M. Bianchini a déterminé aussi l’axe de la rotation de Vénus, & sa rotation même, qu’il a fixée à vingt-quatre jours & huit heures. Enfin une découverte remarquable & plus certaine qu’il a faite, est celle du parallélisme constant de l’axe de Venus sur son orbite, pareil à celui que Copernic fut obligé de donner à la terre. Je me borne à indiquer ces découvertes du savant Italien : ceux qui aiment les détails sur ces matieres, & qui souhaiteront d’être instruits des différentes observations qu’il a faites sur ce sujet, peuvent avoir recours à ce qu’en a dit M. de Fontenelle, & aux curieux extraits qu’on a donné de l’ouvrage de M. Bianchini, dans la bibliotheque Italique, où l’on trouvera même par-ci par-là, des remarques qui sont intéressantes pour ceux qui aiment l’astronomie. (D. J.)

Vénus, (Mythol.) déesse de l’amour :

Tu dea, iu rerum naturam tota gubirnas,
Nec sine te quicquam dias in luminis oras,
Exoritur, nique fit loetum, nec amabile quicquam.

C’est Lucrece qui invoque en ces mots cette déesse si célebre dans l’antiquité payenne. Homere la dit fille de Jupiter & de Dioné. Hésiode la fait naître près de Cythere ; mais voici les traits sous lesquels les poëtes l’ont dépeinte.

Accompagnée de son fils Cupidon, des jeux, des ris, des graces, & de tout l’attirail de l’amour, elle fit sur la terre les délices des hommes, & celles des Dieux, quand les Heures chargées du soin de son éducation la conduisirent dans l’Olympe. Elle étoit alors montée sur un char, trainé par deux colombes, dans une nuée d’or & d’azur. Elle avoit cette éclatante beauté, cette vive jeunesse, & ces graces tendres qui séduisent tous les cœurs ; sa démarche étoit douce & légere comme le vol rapide d’un oiseau qui fend l’espace immense des airs.

Jamais elle ne faisoit un pas sans laisser après elle une odeur d’ambroisie qui parfumoit tous les environs ; elle ne pouvoit même ni parler, ni remuer la tête sans repandre une odeur délicieuse dont l’air d’alentour étoit embaumé. C’est le prince des poëtes latins qui nous le dit, & on doit l’en croire :

Avertens roseâ cervice resulsit,
Ambrosiæque coma divinum vertice odorem
Spiravere.

Ses cheveux flottoient tantôt sur ses épaules découvertes, & tantôt étoient négligemment attachés par derriere avec une tresse d’or ; sa robe avoit plus d’éclat que toutes les couleurs dont Iris se paroit dans ses plus beaux jours ; elle étoit quelquefois flottante, & quelquefois nouée par cette divine ceinture sous laquelle paroissoient les graces.

Qui ne connoît ce ceste ou cette ceinture mystérieuse de la déesse, qu’Homere semble lui avoir dérobée, pour la mieux décrire. In eo delireamenta omnia inclusa erant. Ibi inerat amor, inerat desiderium, inerat & amantium colloquium ; inerat & blandi loquentia qua furtim mentem prudentium subripit. Là se trouvoient tous les charmes, les attraits les plus séduisans, l’amour diversifié sous mille formes enchanteresses, les desirs renaissans sans cesse, les amusemens délicats & voluptueux, les entretiens secrets, les innocentes ruses, & cet heureux badinage qui gagne l’esprit & le cœur des personnes mêmes les plus raisonnables. En un mot le ceste de Vénus avoit tant de vertu pour inspirer la tendresse, que Junon fut obligée de l’emprunter le jour qu’elle voulut gagner les faveurs du maître du monde, en se trouvant avec lui sur le mont Ida.

Il ne faut pas s’étonner qu’à cette peinture qu’on nous fait de Vénus, les dieux ne fussent quelquefois éblouis de sa beauté suprème, comme le sont les yeux des foibles mortels, quand Phébus, après une longue nuit, vient les éclairer par ses rayons. Jupiter lui-même ne pouvoit voir les beaux yeux de cette déesse mouillés de larmes, sans en être extrèmement ému. Enfin elle tenoit sous son empire presque tous les héros du monde, & la plûpart des immortels.

La rose, le myrthe appartiennent à la déesse de Paphos. Les cygnes, les colombes & les moineaux sont tes oiseaux favoris ; les uns ou les autres ont l’honneur de tirer son char ; & souvent on les voit sur sa main.

Voila l’idée que les poëtes, les peintres, & les sculpteurs, nous donnent de la mere de l’amour ; les monumens nous font voir cette divinité sortant du sein de la mer, tantôt soutenue sur une belle coquille par deux tritons, & tenant ses grands cheveux ; tantôt montée sur un dauphin & escortée des Néréides. Selon cette opinion, elle étoit surnommée Epipontia, Anadiomene, Aphrodite, Tritonia, &c.

Platon distingue deux Vénus, la céleste, & la mere de Cupidon. Cicéron en admet quatre principales : la premiere, dit-il, est fille du Ciel & du Jour, de laquelle nous avons vu un temple en Elide ; la seconde est née de l’écume de la Mer ; la troisieme, fille de Jupiter & de Dioné, eût Vulcain pour mari ; la quatrieme, née de Syria & de Tyrus, s’appelle Astarté, elle épousa Adonis.

Pausanias dit qu’il y avoit chez les Thébains trois statues de Vènus, faites du bois des navires de Cadmus ; la premiere étoit Vénus céleste, qui marquoit un amour pur ; la seconde étoit de Vénus la populaire, qui marquoit un amour déréglé ; & la troisieme de Venus préservatrice, qui détournoit les cœurs de la sensualité.

Mais de toutes ces Vénus dont les mythologistes font mention, c’est la Vènus Anadiomène, qui s’est attirée presque tous les hommages des Grecs & des Romains. C’est elle dont l’histoire a été chargée de la plûpart des galanteries éclatantes, comme de celles de Mars. Cependant, si nous en croyons plusieurs modernes, il n’a jamais existé d’autre Vénus qu’Astarté, femme d’Adonis, dont le culte fut mêlé avec celui de la planete de ce nom. Ce culte passa de Phénicie dans les îles de la Grece, & sur-tout dans celle de Cythère, aujourd’hui Cérigo, où elle eut le premier temple. Les Phéniciens l’avoient érigé en son honneur, lorsqu’ils donnerent à cette île de l’Archipel le nom de Cythère, c’est-à-dire des rochers, parce que cette île en est environnée.

Les autres lieux spécialement consacrés à Vènus, étoient Gnide, Idalie, aujourd’hui Dalion, Amathonte nommée de nos jours Limisso, & la ville de Paphos dans l’île de Chypre, qu’on appelle à présent Basta. Dans tous ces endroits les temples de Vénus ouverts à la licence de l’amour, apprirent à ne pas respecter la pudeur. Oh Vénus, dit un payen, j’ai brûlé comme d’autres, de l’encens sur vos autels ; mais maintenant revenu à moi-même, je déteste cette infâme mollesse avec laquelle les habitans de vos îles, célebrent vos mysteres & vos fêtes. Voyez Vénus fête de, (Littérat.)

Je n’oublierai pas de parler de ses temples ; les poëtes ont enrichi leurs ouvrages des noms de cette déesse ; ils l’appellent Aphrodite, Amathusia, Callipyga, Aurea, Cypris, Cythérée, Dionée, Cnidienne, Myrtea, Paphienne, &c. Elle est surnommée Ridens, Philoméides, Gelarisa, autant d’épithetes de son goût pour les ris & les jeux.

Enée apporta de Sicile en Italie une statue de Vénus Erycine. On lui fit bâtir depuis un temple à Rome avec de magnifiques portiques, hors de la porte colline ; ce nom fut donné à la déesse, parce qu’elle étoit révérée sur le mont Erix en Sicile, qui est aujourd’hui monte san Juliano, dans le val de Mazara, proche de Trepano, ou plutôt la déesse & la montagne prirent ce nom d’un roi Erix, fils de Vénus & de Buté.

Praxitèle fit deux statues de Vénus, l’une vêtue, que ceux de Cos acheterent ; & l’autre nue, qu’il vendit aux Cnidiens. Le roi Nicomède voulut acheter cette derniere à un prix immense, mais les Cnidiens refuserent ses offres. La beauté de cette statue attiroit un concours de gens qui venoient de tous côtés pour l’admirer.

Entre les statues de Vénus qui nous restent, la plus belle est la Vénus de Médicis ; on en a fait l’article. La Vénus de M. Maffei semble être faite pour ce passage de Térence, sine Cerere & Baccho friget Venus. Elle est accompagnée de deux cupidons, tenant un Thyrse entouré de pampres & couronné d’épis de blé. Elle a trois fleches dans sa main droite, pour marquer peut-être qu’elle décoche plus sûrement ses traits quand Cérès & Bacchus sont de la partie. On sait que les Spartiates représentoient Vénus armée, & cette idée qui enchantoit l’un & l’autre sexe, ne pouvoit convenir qu’à Lacédémone. (Le Chevalier de Jaucourt.)

Vénus Anadioméne, (Peint. ant.) ce tableau étoit le chef-d’œuvre d’Apelles. Vénus étoit peinte sortant toute nue du sein de la mer, & c’étoit sur le modele de la belle concubine d’Alexandre, dont ce peintre admirable devint si tendrement épris en la peignant dans cet état, qu’Alexandre par une générosité aussi estimable qu’aucune de ses victoires, ne put s’empêcher de la lui donner ; magnus animo, major imperii sui, nec minor hoc facto, quàm victoriâ aliquâ, dit Phne, l. XXXV. c.x. Auguste mit dans le temple de Jules César, ce magnifique tableau. Voyez l’article d’Apelles au mot Peintres anciens. (D. J.)

Vénus Victrice, (Mythol.) cette déesse fut ainsi nommée par les poëtes, en conséquence du prix de la beauté qu’elle remporta sur Pallas & sur Junon ; elle est représentée ayant le bras appuyé sur un bouclier, tenant une victoire de la main droite, & son sceptre de la main gauche ; d’autres fois elle est représentée tenant de la main droite un morion, au-lieu de la victoire, & tenant de la gauche la pomme que lui adjugea l’amoureux Paris ; aussi lui promit-elle pour récompense une des plus belles femmes du monde, & elle lui tint si bien sa parole, qu’elle le favorisa de tout son pouvoir dans l’enlevement d’Hélene.

Vénus la voilée, (Mythologie.) Plutarque parle d’un temple dédié à Vénus la voilée. On ne sauroit, dit-il, entourer cette déesse de trop d’ombres, d’obscurité & de mysteres. Cette idée est aussi vraie qu’ingénieuse. La pudeur est si nécessaire aux plaisirs, qu’il faut la conserver même dans les tems destinés à la perdre. Le voile est une maniere délicate d’augmenter les charmes & d’enrichir les appas ; ce qu’on dérobe aux yeux, leur est rendu par la libéralité de l’imagination. Lisez sur ce sujet les réflexions semées çà & là dans la nouvelle Héloyse ; elles sont pleines d’esprit & de délicatesse. (D. J.)

Vénus Uranie, (Mythologie.) ou la Vénus céleste, étoit fille du Ciel & de la Lumiere ; c’est elle, selon les anciens, qui animoit toute la nature.

Lucrece l’invoque au commencement de son ouvrage, & en fait un portrait qui contient toutes ses qualités.

Æneadum genitrix, hominum divûmque voluptas
Alma Venus, cœli subter labentia signa
Concelebras, per te queniam genus omne animantûm
Concipitur, visuque exortum lumina solis,
&c.

Cette Vénus Uranie n’inspiroit que des amours chastes, au-lieu que la Vénus terrestre présidoit aux plaisirs sensuels.

On voit à Cythere, dit Pausanias, un temple de Vénus Uranie, qui passe pour le plus ancien & le plus célebre de tous les temples que Vénus ait dans la Grece. Elle avoit à Elis un autre temple de sa statue d’or & d’ivoire, ouvrage de Phidias. On représentoit cette déesse ayant un pié sur une tortue pour remarquer la modestie qui lui étoit propre, car, selon Plutarque, la tortue étoit le symbole de la retraite. Les Perses, au rapport d’Hérodote, tenoient des Assyriens & des Arabes le culte qu’ils rendoient à Uranie, c’étoit la lune ; les Arabes l’adoroient sous le nom de Melitta, & leur Dyonisius étoit le soleil. (D. J.)

Vénus de Médicis, (Sculpt. antiq.) statue antique de marbre blanc, haute de cinq piés. Elle a pris son nom de Cosme de Médicis, qui fit l’acquisition de ce chef-d’œuvre de l’art.

C’est, disent les curieux qui l’ont vue dans le palais ducal de Florence, le plus beau corps & le plus bel ouvrage du monde. Cette incomparable statue a la tête un peu tournée vers l’épaule gauche ; elle porte la main droite au-devant de son sein, mais à quelque distance ; de l’autre main elle cache, & cependant sans y toucher, ce qui fait la distinction des deux sexes. Elle se panche doucement, & semble avancer le genou droit, afin de se cacher mieux s’il lui est possible. La pudeur & la modestie sont peintes sur son visage avec une douceur, un air de jeunesse, une beauté & une délicatesse inexprimables. Son bras rond & tendre s’unit insensiblement à sa belle main. Sa gorge est admirable, &, pour tout dire, si le vermillon & la voix ne manquoient à cette statue, ce seroit une parfaite imitation de la plus belle nature. (D. J.)

Vénus, fétes de, (Antiq. rom.) les fêtes de Vénus commençoient le premier jour du mois d’Avril, qui pour cela se nommoit mensis Veneris. Les jeunes filles faisoient des veillées pendant trois nuits consécutives ; elles se partageoient en plusieurs bandes, & l’on formoit dans chaque bande plusieurs chœurs. Le tems s’y passoit à danser & à chanter des hymnes en l’honneur de la déesse. Un ancien a dit en parlant de ces fêtes :

Jam tribus choros videres
      Feriatos noctibus
Congreges inter catervas
      Ire per saltus tuos,
Floreas inter coronas
      Myrteas inter casas.


« Vous verriez pendant trois nuits une aimable jeunesse, libre de tout autre soin, se partager en plusieurs bandes, y former des chœurs, se répandre dans vos bocages, se couronner de guirlandes de fleurs, s’assembler sous des cabanes ombragées de myrte ». Le même auteur y fait trouver aussi les graces & les nymphes : mais Horace semble avoir mis de la distinction dans les fonctions de toutes ces déesses. Les nymphes & les graces entrent dans les danses ; mais Vénus qui est, pour ainsi dire, la reine du bal, ouvre la fête, forme l’assemblée, distribue la jeunesse en différens chœurs, & leur donne le mouvement, choros ducit. Les fleurs nouvelles, & sur-tout le myrte consacré à la déesse, y étoient employés. L’ancienne hymne en fait mention on plusieurs endroits.

Cras amorum copulatrix
     Inter umbras arborum
Implicat casas virentes
     E flagello myrteo.


« Demain Vénus doit réunir les amours. Elle dressera des tentes de verdure avec des branches de myrte.

Ipsa nympha diva lucos
     Jussit ire myrteos.


» Vénus assemble les nymphes dans les bosquets de myrte.

Floreas inter coronas,
     Myrteas inter casas.


» Parmi des guirlandes de fleurs, sous des cabanes ombragées de myrte ». Voilà comme on célébroit les fêtes de Vénus. (D. J.)

Vénus, (Art numismat.) les médailles nous présentent deux Vénus ; la céleste & celle Paphos. La Vénus céleste ou uranie, figure sur les médailles avec son astre, ou avec le soleil, dans une posture modeste ; l’inscription est Venus cœlestis. Les courtisanes qui vouloient contrefaire les sages, se défendoient par Vénus uranie ; mais c’est sous la figure de Venus paphienne que Julia, fille de Titus, & Faustine la jeune se trouvent représentées sur quelques-unes de nos médailles. Dans les médailles de cette espece, Vénus est dépeinte presque nue, appuyée sur une colonne, avec le casque, & les armes de Mars dans les mains. L’inscription porte Veneri victrici ou Veneri genitrici.

Il y a dans Athénée des vers de Philémon, comique grec, où il explique la raison qui porta Solon, à permettre des courtisanes à Athènes, & à faire bâtir un temple à Vénus la populaire, avec l’inscription Ἀφροδίτῃ τῇ πανδήμῳ ; ce n’est pas ncanmoins la seule mere des amours qui fut appellée du nom de πάνδημος ; le pere & le roi du ciel eut aussi cette épithete, mais dans un sens plus noble & plus digne d’un dieu. (D. J.)

Vénus, (Jeux de hasard des Romains.) les Latins nommoient aux osselets vénus ou venerius jactus le coup qui arrivoit quand toutes les faces des osselets étoient différentes. Ce coup déclaroit le roi du festin ; c’est pour cela qu’Horace dit, ode VII. lib. II.

Quem venus arbitrum
Dicet bibendi.

Voyons au sort celui que vénus établira roi de la table. Le même coup étoit appellé basilicus, coïes & suppus. (D. J.)

Vénus, pierre de, (Hist. nat.) gemma veneris, nom donné par quelques auteurs à l’améthyste. Voyez cet article.

Vénus, (Chimie.) les Chimistes ont souvent désigné le cuivre par le mot de vénus, c’est ainsi qu’on dit du vitriol de vénus, au-lieu de dire du vitriol cuivreux, &c. Voyez Cuivre.

Vénus, (Medecine.) le plaisir de vénus pris à propos ou à contre-tems, n’est point indifférent pour affermir ou pour détruire la santé ; car il est certain, par l’expérience, que la semence retenue cause dans le corps un engourdissement, & produit quelquefois des désordres terribles dans le système nerveux. D’ailleurs la semence doit être bien ménagée, étant la partie la plus subtile du sang. L’éjection de la semence demande un tempérament sain & vigoureux, parce qu’elle épuise les forces & affoiblit les personnes. De-là vient qu’Hippocrate répondit si sagement au sujet du tems qu’il falloit user du coït : c’est, dit-il, quand on est d’humeur à s’affoiblir ; ainsi les personnes foibles ou trop jeunes, ou trop vieilles, & les convalescentes doivent s’en abstenir. On ne doit pas non plus user de ces plaisirs après une forte application d’esprit ou de longues veilles, parce que ce sont des causes qui affoiblissent déja le corps par elles-mêmes ; outre que le coït est bon aux personnes robustes & saines, il est salutaire lorsque l’estomac est vuide, que l’on transpire bien, qu’on a bien dormi, usé de bains, & pris des alimens nourrissans & faciles à digérer, &c. mais le coït est plus favorable au printems que dans toute autre saison. Pour le réitérer souvent, on doit éviter les excès dans le boire & le manger, la faim, les travaux, l’étude excessive, les saignées, les veilles, les purgations, & tout ce qui peut affoiblir ou détruire les forces.

Celse dit que le coït est avantageux lorsqu’il n’est point suivi de langueur, ni de douleur, qu’alors au-lieu de diminuer les forces, il les augmente. On doit s’en abstenir après le repas, le travail ou les veilles. La modération sur ce point est importante : on doit là-dessus consulter son tempérament. Selon Celse, on doit s’en abstenir l’été, parce qu’il peut causer une trop grande commotion ; & l’expérience apprend que le coït enleve les maladies, & qu’il en peut produire d’autres. Le coït est salutaire aux femmes cachéctiques & dont les regles sont supprimées, parce que la semence rend aux solides & aux fluides leur premiere qualité ; car, selon Hippocrate, le coït échauffe le sang & facilite le flux menstruel, d’autant que la suppression arrive en conséquence de l’étroitesse & de la contraction des vaisseaux de l’utérus. Hoffman.

Nombre d’auteurs citent des expériences de personnes qui ont ruiné leur santé par l’usage immodéré de ce plaisir ; & Celse, déja cité, dit que pendant la santé on doit ménager les secours assûrés contre beaucoup de maladie ; souvent des maladies légeres en elles-mêmes deviennent sérieuses & funestes, parce que le corps se trouve malheureusement épuisé par l’usage immodéré des plaisirs de venus.