L’Encyclopédie/1re édition/PASSAGE

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PASSAGE, s. m. se dit en général de l’action d’un corps qui se meut d’un lieu dans un autre : je l’ai tiré au passage.

Il se dit encore en général d’un chemin pratiqué d’un lieu dans un autre.

Passage, s. m. en terme d’Astronomie, se dit proprement d’une planete qui passe sur le soleil.

Le passage de la lune devant une étoile s’appelle plus proprement occultation de cette étoile par la lune. Voyez Occultation.

Mercure & Vénus dans leur passage sur le soleil, paroissent comme des taches noires ou obscures.

Les passages de Mercure sur le soleil sont assez fréquens ; depuis l’invention des grandes lunettes, c’est-à-dire depuis 1610, on en a dejà observé onze. Voyez Mercure. La premiere de ces observations fut faite à Paris par Gassendi, le 7 Novembre 1631, & comme le dit ce philosophe, selon le vœu & l’avertissement de Kepler : car Kepler avoit prédit ce passage, & en avoit publié ou écrit l’année précédente, qui fut celle de sa mort. Il est vrai que le même auteur avoit rapporté dans son optique d’après une ancienne histoire de la vie de Charlemagne, qu’en 807 ou 808 la planete de Mercure fut vue dans le soleil comme une petite tache noire pendant huit jours ; mais le fait est manifestement faux ou équivoque, cette planete ne pouvant demeurer tout au plus que 5 à 6 heures sur le disque solaire ; & quoique, selon Kepler, il faille lire huit fois, octoties, au lieu de 8 jours, octo dies, on sait aujourd’hui qu’il n’est pas possible que dans un si court intervalle Mercure passe 8 fois ni même 2 fois sur le soleil. Ainsi il y a apparence que l’on avoit pris pour Mercure une grosse tache qui parut alors dans le soleil. Il devroit y avoir eu trois autres passages de Mercure par le soleil en 1615, 1618 & 1628, tous visibles de quelque endroit de la terre, & celui de 1618 a pu même se voir de divers lieux de l’Europe. Mais ou l’on n’étoit point en ces tems-là assez au fait de la théorie de Mercure, ou on ne se tenoit pas assez assuré de ces sortes de phénomenes pour se préparer à les observer, moins encore pour aller les chercher dans des pays éloignés. Shakerley, astronome anglois, fut le premier qui alla exprès à Surate en 1651, pour y observer un passage de Mercure sur le soleil, qui ne devoit arriver que de nuit en Europe. Ce fut la seconde des neuf observations ; elle fut suivie de six autres en 1661, 1677, 1690, 1697, 1723, 1736, 1743, 1753, & enfin la derniere a été en 1756. Nous en aurions cinq ou six de plus si on avoit imité le zele de Shakerley.

Tous ces passages de Mercure par le disque du soleil, tombent dans le commencement de Mai ou de Novembre, leur retour se trouvant jusqu’ici renfermé dans ces limites. Ces retours ont aussi différentes périodes de six à sept ans, de dix, de treize, &c. mais qui reviennent les mêmes après un certain nombre d’années conformément à la théorie de M. Halley, le premier qui ait approfondi cette matiere.

Les passages de Vénus sur le soleil ne sont pas à beaucoup près si fréquens. Il paroît que le premier qu’on a observé a été le 3 Décembre 1639, & l’observation est rapportée dans l’astronomie philolaïque de Bouillaud. On en a eu un autre en 1761, & M. Halley a averti les Astronomes de s’y préparer à cause de l’usage qu’on pourra en faire pour déterminer la parallaxe du soleil.

Les observations des passages de Mercure & de Vénus sur le soleil, sont très-utiles pour déterminer différens points de la théorie de ces planetes. On trouve dans les Institutions astronomiques de M. le Monnier, un mémoire de M. Picard sur ce sujet. Hist. acad. des Sciene. 1743, & les Inst. de M. le Monnier. Voyez Mercure & Vénus.

Passage se dit aussi lorsqu’une planete ou une étoile passe par le méridien, ou par quelque autre cercle. Voyez Culmination & Méridien. (O)

Passages, instrumens des, (Astron.) est un instrument qui sert à observer les ascensions droites des astres. Il peut servir aussi pour regler les pendules, en observant l’instant auquel le soleil passe au méridien. Messieurs Roemer & de Louville furent des premiers à le proposer pour observer les passages des planetes & des étoiles fixes, soit par le méridien, soit par le premier vertical ; mais il leur manquoit dans ce tems-là beaucoup de choses, de sorte que l’on peut dire que ce n’est que depuis une vingtaine d’années qu’on lui a donné une entiere perfection.

Cet instrument est composé principalement, voyez la fig. 1. d’une lunette fixée à angles droits sur un axe horisontal très-solide, avec lequel elle tourne dans le plan du méridien, & d’un autre axe vertical OC, sur lequel les supports du premier sont solidement adaptes. Ainsi on voit clairement qu’au moyen de ces deux axes, on peut observer les astres dans toutes sortes de verticaux, & à toutes sortes de hauteurs dans leur passage par le méridien : c’est ce qu’on reconnoitra encore plus clairement par la description suivante.

La fig. 1. représente une lunette AB, d’environ 2 piés, dont le tuyau cylindrique entre exactement & peut tourner en même tems dans un autre cylindre creux ab. perpendiculaire à l’axe MN. Toutes ces pieces soit de cuivre bien écroui, principalement les deux cones tronqués GHIK, EFOL, que l’on a fait creux en-dedans afin de les rendre plus légers. Les extrémités cylindriques de cet axe sont solides & d’une matiere dure qui peut exactement s’arrondir au tour. C’est de la perfection à laquelle on peut parvenir en travaillant ces deux extrémités cylindriques de l’axe, que dépend toute la justesse de l’instrument. Au foyer commun X de l’objectif & de l’oculaire est place le réticule de la fig. 2. ce qui se pratique par le moyen d’un petit tube, fig. 4. que l’on fait entrer dans le tuyau de la lunette, où il demeure arrêté lorsque le réticule est parvenu en X, c’est-à-dire au foyer du verre objectif. Ce petit tube est construit de maniere que la piece qui porte le réticule, & dont la fig. 3. représente le profil, puisse couler librement à droite ou à gauche : mais comme il est nécessaire d’assujettir cette piece afin de centrer la lunette, on se sert pour cet effet d’une vis, dont la tête en forme de chappe, est retenue dans un trou cylindrique pratiqué en Z, fig. 1. au tuyau de la lunette. Cette chappe est recouverte d’une platine percée d’un petit trou par où l’on introduit la clé ou tourne-vis quarré V. Comme cette vis ainsi contretenue ne peut avancer ni reculer, son écrou, & par conséquent le réticule dont l’écrou fait partie, doit se mouvoir toutes les fois que l’on tournera la clé. De cette maniere le réticule a la liberté de parcourir tout l’espace ombré que l’on apperçoit dans la fig. 5. c’est-à-dire l’espace que lui laisse l’épaisseur de l’anneau applati, qui est soudé à l’extrémité du petit tube de la fig. 4. Comme il est nécessaire qu’il y ait au foyer de la lunette au moins deux fils qui soient arrêtes, l’un dans une situation verticale, & l’autre dans une situation horisontale, on voit d’abord qu’il est facile d’y parvenir en tournant la lunette AB dans le cylindre creux ab, jusqu’à ce qu’un même objet, que je suppose que l’on appercevra à l’horison sous le filet vertical, paroisse suivre exactement ce filet lorsqu’on roulera peu-à-peu la lunette au-tour de son axe horisontal MN : on arrêtera pour lors cette lunette dans le cylindre creux ab, par le moyen de deux viroles ou anneaux brisés CC, DD, qui faisant ressort, peuvent s’ouvrir ou se resserrer à volonté par le moyen d’une petite vis. Il faut aussi remarquer que ce cylindre creux ab est fendu vers ses extrémités en deux endroits diamétralement opposés, comme on le voit dans la fig. 12. de sorte qu’on le resserre peu-à-peu à mesure qu’on tourne la petite vis de chaque anneau CC, DD. Du côté de l’objectif on a pratiqué à l’extrémité du tuyau, la coulisse gg, où l’on fait entrer l’extrémité de la piece B, fig. 6. laquelle sert à éclairer par reflexion, les fils de la lunette pendant la nait. On a renversé la 1. fig. afin de la faire voir par-dessous, & que par conséquent on y puisse mieux distinguer toutes les parties de la lunette, comme aussi la maniere dont le demi-cercle de la fig. 12. y est attaché. Ce demi cercle, qui sert à pointer la lunette, en plein jour, aux planetes ou aux étoiles fixes dont la hauteur est connue, n’est représenté dans cette premiere figure, que comme une simple regle de cuivre attachée avec deux vis de part & d’autre proche les deux viroles CC, DD.

Il nous reste maintenant à expliquer comment on place cet instrument, ensorte que son axe soit horisontal, & que sa lunette puisse rouler dans un plan vertical ou perpendiculaire à l’horison, & comment on peut le faire mouvoir successivement dans tous les azimuths, sans, que son axe ou sa lunette souffre aucune inclinaison.

La figure 12. représente l’instrument en entier, attache avec quatre vis contre l’appui d’une fenêtre ou balcon destiné aux observations que l’on fait chaque jour du passage des astres par le méridien. Il est beaucoup plus avantageux, principalement lorsqu’en veut observer dans les verticaux, d’attacher cet instrument à une barre de fer verticale terminée par trois empatemens soudés en plomb sur un plancher voûté ou sur une terrasse ; mais de quelque maniere qu’il soit arrêté, soit contre une piece de bois, soit contre un mur, on peut toujours s’en servir, en le vérifiant à chaque observation si c’est en plein jour, ou bien en prenant les passages des étoiles voisines de la lune ou des autres planetes que l’on observera pendant la nuit. On apperçoit dans la figure 12. la maniere dont l’axe AD est placé sur les deux coussinets qui sont à l’extrémité supérieure des deux montans AB, CD, attachés à une même piece de laiton BC. L’arbre de fer EFG est aussi attaché à angles droits à la piece BC ; ainsi les quatre pieces AB, BC, EFG, CD, ne forment qu’un même corps solide supporté en G par la piece OPQ abcd, & retenu par le collet KIL. Les deux montans AB, CD, sont inclinés vers l’œil de l’observateur ensorte qu’ils s’écartent d’environ 30°. de la ligne verticale, ce qui fait qu’on y peut observer tous les passages des astres depuis l’horison jusqu’au zénith.

L’axe AD doit toujours être dans une situation parfaitement horisontale ; ce à quoi l’on parvient au moyen d’un des coussinets qui peut hausser ou baisser autant qu’il est nécessaire, ce que l’on determine par le secours d’un niveau à l’esprit-de-vin, suspendu librement sur les tourillons qui sont aux deux extrémités de l’axe. La figure 7. représente la construction particuliere du coussinet mobile, sur lequel on voit le bout de l’axe qui ne porte qu’en deux points tt, l’écrou x étant immobile ; par le mouvement de la vis qui a la liberté de hausser ou de baisser, on fait monter ou descendre le coussinet entier abcdy. Il y a à l’extrémité supérieure du montant W une rainure pratiquée de façon que la piece abycd puisse y glisser exactement.

Le niveau à esprit-de-vin enchâssé de la maniere représentée dans la figure 8. se peut mettre parallele à l’axe horisontal par le moyen de la vis RT ; mais cela n’est pas absolument nécessaire d’abord, on saura bien le reconnoître, en mettant l’axe parfaitement horisontal par la pratique suivante. Il faut premierement mettre le niveau sur les tourillons de cet axe, comme dans la figure 12. & hausser ou baisser le coussinet mobile jusqu’à ce que l’extrémité de la bulle d’air du niveau réponde à un index ou à un trait délié marqué sur le tuyau ; ensuite on changera le niveau bout pour bout, ensorte que celui des crochets qui portoit, par exemple, à droite sur l’un des tourillons de l’axe, soit pour-lors à gauche sur l’autre tourillon ; si alors la bulle d’air revient au même endroit du tuyau marqué par l’index, l’on sera assuré que l’axe est parfaitement horisontal ; si elle n’y revient pas, on haussera ou baissera le coussinet mobile, jusqu’à ce que la bulle d’air ait parcouru la moitié de l’espace compris entre les deux différens points où elle s’étoit arrêtée sur le tuyau pendant la vérification, & alors l’instrument sera parfaitement rectifié quant à la position de l’axe horisontal. La raison de la méthode de vérification que nous venons de donner est trop évidente pour qu’il soit nécessaire de s’y arrêter, quoique M. Smith, dans son traité d’Optique, p. 323, en donne une longue démonstration ; car il est clair, 1°. qu’un niveau à l’esprit-de-vin qui ne seroit pas monté de façon que la bulle fût au milieu lorsqu’il seroit sur un plan horisontal, auroit toujours cette propriété que la bulle s’arrêteroit au même point lorsque ce niveau seroit sur ce plan, & par conséquent qu’en retournant bout pour bout le niveau sur l’axe des tourillons, & observant si la bulle revient au même point, on est sûr de reconnoître si cet axe est horisontal, car cette pratique revient à retourner le niveau sur un plan horisontal ; 2°. qu’en supposant le tube qui contient l’esprit-de-vin courbé, quoique fort peu, en portion de cercle (ce que l’on observe ordinairement), le milieu de la distance entre le point le plus haut & le point le plus bas où se trouve la bulle dans les différentes positions du niveau, est celui où elle doit s’arrêter lorsque l’axe sera horisontal.

Quand l’axe AD de rotation est une fois horisontal, il faut nécessairement que l’axe de la lunette parcoure un cercle vertical, autrement ces deux axes ne seroient pas exactement perpendiculaires l’un à l’autre ; & dans ce cas la lunette ne décriroit plus un grand cercle de la sphere. Nous avons déja expliqué la maniere dont on peut faire mouvoir le réticule qui est au foyer de la lunette, c’est pourquoi lorsqu’il y aura quelque erreur, c’est-à-dire, lorsque ses deux axes seront inclinés l’un à l’autre, l’on corrigera cette erreur en faisant mouvoir le réticule de la moitié de la différence observée dans la lunette pointée à l’horison, avant & après le retournement que je suppose que l’on aura fait. Si, par exemple, l’instrument étant dans sa situation ordinaire & sa lunette pointée au midi, l’axe de cette lunette est incliné à l’orient ; en retournant bout pour bout les extrémités de l’axe de rotation, de maniere que celui qui porte en A se trouve à la place de celui qui étoit en D, l’axe de la lunette paroîtra pour-lors incliné vers l’occident ; ce qui fera connoître par conséquent le double de l’erreur qui lui convient : en un mot, l’axe de rotation & l’axe de la lunette seront exactement à angles droits, lorsqu’avant & après le retournement, le fil de la lunette paroîtra répondre au même objet de l’horison.

Il n’est pas moins évident que cet instrument doit parcourir les verticaux, si l’on peut parvenir à mettre l’arbre EFG dans une situation verticale ; mais il faut faire ensorte que cet arbre soit bien rond vers ses deux extrémités, c’est-à-dire, au-dessous de EF & vers sa pointe G : car supposons qu’il soit dirigé vers quelque objet à l’horison ; par exemple, à celui que l’on aura reconnu dans le méridien du côté du sud, en faisant parcourir à la piece ABEGFCD un demi-cercle, ensorte que la lunette pointe du côté du nord, on reconnoîtra facilement si l’arbre ne panche pas du côté de l’orient ou du côté de l’occident, puisque, dans ce mouvement, le niveau qui est resté suspendu sur les tourillons fera connoître le double de l’erreur ou de l’inclinaison de l’arbre EFG ; c’est pourquoi faisant mouvoir les vis HM, c’est-à-dire, les vis ων (fig. 9.), on fera glisser la piece βθζδ, & changer peu-à-peu la situation de l’arbre, jusqu’à ce qu’il ne panche plus à l’orient ni à l’occident. L’on voit encore dans cette même figure 9. une autre vis μ qui sert à faire avancer la piece λ, afin de retrécir le trou cylindrique de la piece βθζδ par où passe l’arbre vertical, qui ne porte par conséquent qu’en trois endroits de ce trou cylindrique. L’écrou brisé α qui appartient à la vis ω ou ν, est représenté dans la figure supérieure qui est le profil de l’autre.

Lorsqu’on est une fois assuré que l’arbre EFG n’incline plus à l’orient ou à l’occident, il faut aussi s’assurer s’il ne panche pas vers le septentrion ou vers le midi, ce qui se pratique en dirigeant successivement la lunette à l’orient & à l’occident : car si la bulle d’air du niveau paroît changer de position, on corrige l’erreur ou l’inclinaison de l’arbre, en faisant parcourir à cette bulle la moitié de l’espace ou de la différence observée ; puisqu’en tournant la vis V, on peut reculer ou avancer la piece G, & par conséquent rectifier l’inclinaison de l’arbre EFG. Cette piece G se voit dans un plus grand détail (fig. 10.), où la vis υ étant contretenue fait mouvoir, lorsqu’on la tourne, son écrou φ, & par conséquent la piece γ qui soutient l’arbre vertical EFG.

Si après toutes ces vérifications l’on fait enfin parcourir à la lunette le tour de l’horison, & que la bulle d’air du niveau paroisse fixe, c’est-à-dire, précisément au même endroit du tube, l’arbre vertical EFG, de même que l’axe horisontal AD, n’auront pour-lors aucune inclinaison : c’est pourquoi l’instrument étant en cet état, si l’on eleve la lunette de plusieurs degrés au-dessus de l’horison, & que par le moyen de quelques vis on l’arrête immobile à cette hauteur, tous les astres qui passeront par son filet horisontal du côté de l’orient, seront précisément à même hauteur lorsqu’ils reparoîtront passer au même endroit du filet du côté de l’occident ; ainsi les observations de l’heure du passage de ces astres au filet horisontal, donneront à la pendule l’heure de leurs vrais passages au méridien, & par conséquent leurs différences en ascension droite, ce que l’on pourra vérifier un grand nombre de fois par rapport aux étoiles fixes. Mais parce qu’il suffit d’observer un astre, dont la déclinaison est septentrionale, deux heures avant & deux heures après son passage au méridien pour en déduire le tems de son arrivée au plan de ce cercle, il suit qu’étant une fois donnée la différence en ascension droite de deux étoiles fixes éloignées d’environ soixante degrés, si l’on observe encore la premiere de ces deux étoiles à l’orient & à l’occident pour connoître l’heure vraie de son passage au méridien, l’on en déduira fort exactement l’heure à laquelle la seconde étoile passera au méridien le même jour, & par ce moyen l’on fixera dans ce plan la lunette de l’instrument des passages. On fixe cette lunette dans le plan du méridien en serant les vis ZY de la piece XTQ ; car l’instrument ne sauroit alors parcourir les azimuths, ni s’écarter du midi à l’orient ou à l’occident, à-moins qu’on ne tourne peu-à-peu les vis RS. Quand donc on aura arrêté cette lunette dans le plan du méridien, & qu’on aura reconnu le point de l’horison qui lui répond, s’il arrivoit quelques changemens à la direction de l’instrument, causés par le chaud ou le froid, ou par le mouvement du mur contre lequel il est attaché, on pourra le rétablir facilement en dirigeant la lunette à l’horison, & faisant mouvoir les vis RS, jusqu’à ce que l’objet qui est au méridien, paroisse coupé en deux également par le fil vertical qui est au centre de la lunette. Il faut bien remarquer qu’on ne doit serrer les vis ZY, que lorsqu’on a presque entierement interrompu le mouvement autour de l’arbre vertical par le moyen de la vis N. Il est encore nécessaire que ce même arbre soit arrondi à l’endroit du cylindre creux XT, & même il peut y être taillé tout autour en X, afin que l’extrémité cylindrique de la petite vis X y soit retenue, qu’elle soutienne la piece XYTZQ, & l’empêche de retomber sur la branche horisontale OP à laquelle elle doit demeurer parallele : les figures 11. représentent cette piece plus en grand & avec tout le détail nécessaire. On a été obligé de construire deux différentes échelles, dont la premiere convient aux figures 2. 3. 4. 5. 6. 7. 9. 10. & 11. & l’autre aux figures 1. & 8. Voyez l’optique de Smith, pag. 321. & l’histoire céleste de M. le Monnier de l’acad. royale des Sciences, pag. 77.

Passage, le, des rivieres par les armées, est une des principales opérations de l’art militaire : elle souffre beaucoup de difficultés lorsque le général opposé est rusé & vigilant, & qu’il ne néglige aucune des attentions nécessaires pour n’être point surpris.

On passe les rivieres à la guerre pour pénétrer dans le pays ennemi, pour combattre l’armée opposée, pour se retirer & se mettre en sûreté à l’abri de la riviere lorsque les circonstances l’obligent, soit par la perte d’une bataille ou la grande supériorité de l’ennemi.

Les rivieres qu’il faut passer sont grandes ou petites ; celles qui ont des gués se passent à gué ; les autres se passent sur des ponts lorsqu’il s’en trouve dans le lieu du passage : mais comme les ponts construits sur les rivieres sont en petit nombre ; que d’ailleurs s’il s’en trouve qui puissent favoriser le passage, l’ennemi ne manque guere de les détruire pour en empêcher l’usage, on est obligé d’y suppléer par des ponts de bateaux ou de pontons, où par des radeaux. Voyez Pont de bateaux, Pontons & Radeaux.

Lorsqu’il n’y a point d’ennemis à combattre, le passage des rivieres est toujours facile, soit qu’on le fasse à gué ou sur des ponts de bateaux, supposant qu’on a toutes les différentes choses nécessaires à leur construction. Mais lorsqu’il s’agit de traverser une riviere en presence de l’ennemi qui emploie tous ses soins & ses forces pour s’y opposer ; il y a alors beaucoup de précaution à prendre pour éluder les difficultés qu’il peut opposer. Il faut joindre ensemble la ruse & la force pour lui faire prendre le change sur le lieu où l’on a dessein de passer ; faire ensorte de lui donner de l’inquiétude & de la jalousie sur plusieurs endroits, afin de l’engager par-là à partager son armée en plusieurs parties, qui opposent alors bien moins de résistance que si elle étoit réunie.

Quoiqu’il soit plus facile de défendre le passage d’une riviere que de le forcer, parce que l’armée qui veut l’empêcher est bien moins gênée dans ses manœuvres & ses mouvemens que celle qui veut traverser la riviere ; il arrive cependant que celui qui l’entreprend réussit presque toujours. La raison en est sans doute qu’on ignore la plûpart des avantages de la défense ; qu’on ne pénetre pas assez les desseins de l’ennemi, & qu’on se laisse tromper par les dispositions simulées qu’il fait dans un endroit, tandis qu’il effectue le passage dans un autre lieu sur lequel on n’a eu aucune attention.

Le premier objet de celui qui veut faire passer une riviere à son armée sur une riviere non-guéable, doit être d’en connoître bien exactement les deux bords, ainsi que la nature du terrein qui se trouve de part & d’autre. Il doit s’informer si la riviere est sujette à grossir tout d’un coup par les pluies ou la fonte des neiges dans certaines saisons de l’année, ou bien par des écluses dont l’ennemi pourroit se servir pour rompre les ponts, & augmenter ainsi la difficulté du passage.

A l’égard des lieux les plus propres au passage de la riviere, ce sont ceux où les bords n’ont point d’escarpement ; où ils font au contraire une espece de pente insensible où l’armée peut arriver aisément, & se mettre en bataille de l’autre côté dans une position avantageuse pour résister à l’ennemi.

Les endroits où la riviere fait une espece de coude, ou d’angle rentrant, sont très-favorables pour le passage, ainsi que ceux qui sont au confluent de la riviere qu’on veut passer, & d’une autre riviere navigable. Dans le premier cas la disposition de la riviere donne lieu de protéger le passage, ou la construction du pont par un feu d’artillerie qui découvre une plus grande partie du terrein opposé ; & dans le second, on a la commodité d’assembler les bateaux hors des yeux & de la portée de l’ennemi, & de les faire descendre promptement & sans obstacle dans l’endroit où il s’agit de construire les ponts.

Lorsqu’il y a des îles dans la riviere, elles peuvent encore servir à faciliter le passage, sur-tout si elles sont boisées. On joint d’abord le terrein de l’île par un pont qui y aboutit ; on gagne ensuite le bord opposé par un autre pont, qui, étant protégé du feu de l’artillerie que l’on établit dans l’île, & de la mousqueterie, s’acheve sans grandes difficultés.

Comme le passage d’une armée qui défile sur un seul pont demande bien du tems, que d’ailleurs il peut arriver que le pont se rompe par quelqu’accident, dans le tems qu’il n’y a encore qu’une petite partie de l’armée de passé, ce qui exposeroit cette partie à être battue par l’ennemi, sa communication avec l’autre partie se trouvant ainsi coupée ou interrompue, il est à propos pour éviter ces inconvéniens, de faire ensorte d’avoir assez de bateaux pour construire deux ponts à la fois, à peu de distance l’un de l’autre.

Lorsqu’on a tous les bateaux & les ustenciles nécessaire pour la construction d’un pont, on le fait très-promptement sur-tout si l’ennemi n’est pas en force sur la rive opposée pour en empêcher. M. le chevalier de Follard dit, dans son commentaire sur Polybe, avoir vu faire un pont de cinquante pontons sur le Rhin, qui fut achevé en moins de huit heures. Cette opération ne se fait pas toujours avec la même diligence ; elle dépend des circonstances plus ou moins favorables du terrein, des obstacles qu’on éprouve de la part de l’ennemi, & particulierement de l’habileté de celui qui conduit ou dirige cet ouvrage. Voyez Pont de bateaux.

Quelque vivacité que l’on apporte à la construction du pont sur lequel on veut passer une riviere, l’ennemi, pour peu qu’il veille avec attention sur les démarches de son adversaire, peut toujours en être informé ; & comme le passage des troupes exige du tems, il lui est facile de tomber promptement sur les premieres troupes parvenues de l’autre côté de la riviere, & de les culbuter dedans. Pour ne point être exposé à cet inconvénient, on ne manque jamais, soit qu’on passe les rivieres à gué, ou sur des ponts de bateaux, de protéger le passage par des batteries établies sur le bord de la riviere, & lorsqu’il y a quelques troupes de parvenues à l’autre bord, on fait, sans différer, un retranchement pour les couvrir & les mettre en état de résister aux attaques des différens corps que l’ennemi peut envoyer pour empêcher ou inquiéter le passage. On agrandit ensuite ce retranchement à mesure que le nombre des troupes qui y arrivent devient grand ; ensorte que toute l’armée puisse s’y réunir ou s’y assembler, & se porter de-là dans les lieux que le général juge à-propos de lui faire occuper.

Si l’ennemi est en bataille de l’autre côté de la riviere que l’on veut passer, il n’est guere possible de réussir dans cette entreprise, à-moins qu’on ne trouve le moyen de l’en éloigner par un grand feu d’artillerie, secondé de celui de la mousqueterie, si la largeur de la riviere n’excede pas la portée du fusil. Lorsqu’elle a plus d’étendue, on peut placer des fusiliers dans des bateaux, dont les bords soient assez élevés pour former une espece de parapet, derriere lequel les soldats puissent tirer à couvert des coups de l’ennemi. Ces bateaux étant protégés par le feu du canon, & bien garnis de soldats, assurent la construction du pont, & ils empêchent que l’ennemi ne puisse en interrompre le travail.

Si l’ennemi s’est fortifié sur le bord opposé de la riviere par de bons retranchemens, le passage est alors presque impossible dans cet endroit, à-moins qu’on ne trouve des situations sur le bord que l’on occupe, propres à établir des batteries qui foudroient & labourent tout le camp de l’ennemi, & qui ne lui permettent pas d’y demeurer.

Comme le terrein n’offre pas toujours des positions aussi avantageuses pour les batteries, ce qu’on a de mieux à faire en pareil cas, c’est de chercher à tromper l’ennemi. Pour cet effet, on feint d’abandonner l’entreprise pour aller chercher un passage où il y ait moins d’obstacles à vaincre. On fait marcher l’armée avec tout l’attirail des ponts, & l’on se met en devoir de faire le passage dans des lieux éloignés du pont ; mais on laisse secretement un bon corps de troupes dans les environs, avec ordre de profiter du départ de l’armée ennemie pour assûrer la tête du pont, si elle prend le parti de suivre celle qui veut forcer le passage.

Si l’ennemi abandonne sa position, les troupes qu’on a laissé pour l’observer se hâtent de passer dans de petits bateaux pour aller occuper le bord opposé, & s’y retrancher ; l’armée revenant ensuite pour protéger la construction du pont, peut par ce moyen effectuer le passage de la riviere sans grandes difficultés. Si au contraire l’ennemi reste toujours en force dans le même endroit, on cherche à faire le passage dans quelqu’autre lieu plus favorable qu’on a reconnu pour cet effet. Quand on craint qu’il ne vienne s’y opposer, on reste avec la plus grande partie de l’armée vis-à-vis de lui, en faisant toujours les démonstrations nécessaires pour lui faire croire qu’on veut s’obstiner à forcer le passage dans cet endroit. Pendant ce tems-là, les troupes qu’on a détachées pour chercher & tenter un autre passage, peuvent, en usant de beaucoup de diligence, passer la riviere dans le lieu où elles présument de trouver moins d’obstacles, & lorsqu’elles ont formé un bon retranchement à l’autre bord, & même du côté qu’elles occupoient d’abord pour mettre les deux issues du pont à l’abri des entreprises des détachemens de l’ennemi, l’armée alors marche à cet endroit où l’on acheve de construire le pont, & de faire passer les troupes malgré les efforts que l’ennemi peut faire par les détachemens de son armée pour s’y opposer. Comme il n’est guere possible qu’il garde également une grande étendue du cours de la riviere, les petits corps qu’il peut poster en différens endroits ne sont pas suffisans pour empêcher le passage : il faut qu’il leur envoye du secours. Si ce secours forme un corps considérable, la lenteur ou la pesanteur de sa marche donne le tems de se fortifier contre lui avant son arrivée. Si au contraire ce corps est petit, sa marche est plus légere & plus prompte, mais aussi il est plus aisé de se mettre en état de lui résister.

On voit par-là qu’en rusant un peu avec l’ennemi, & en calculant le tems de la durée, les différentes manœuvres qu’il peut faire, on peut avec de l’adresse & de la diligence le tromper & traverser les rivieres malgré les soins qu’il peut prendre pour s’y opposer. C’est ce que l’expérience fait voir tous les jours à la guerre.

Les précautions nécessaires pour passer les rivieres à gué, sont à-peu-près les mêmes que lorsqu’il s’agit de les passer sur des ponts. Il faut seulement avoir soin de bien faire reconnoître les gués avant que de commencer le passage, & s’assurer que l’ennemi ne les a ni gâtés, ni rompus.

Lorsque la riviere que l’on passe à gué est fort rapide, M. le marquis de Sancta-Crux conseille de mettre au-dessus des gués quelques escadrons de cavalerie qui, en se tenant bien fermes & bien serrés, rompent ainsi la force du courant que l’infanterie traverse par ce moyen avec plus de sureté & moins de danger. Ce même auteur observe qu’il est à-propos que l’infanterie interrompe de tems-en-tems son passage, & que les escadrons au-dessus se retirent pour un peu de tems, afin de donner un écoulement libre aux eaux de la riviere, dont le cours étant en partie arrêté pendant un tems considérable, pourroit par sa force entraîner ces escadrons & l’infanterie qui se trouveroit dans la riviere.

« Quelques auteurs, & en particulier Vegece, veulent que l’on mette aussi un peu au-dessous des gués, des escadrons qui y demeurent fermes, afin que le fantassin qui auroit été entraîné par l’eau, puisse s’arrêter à ces escadrons & se sauver. Cet expédient a été mis en pratique par plusieurs généraux. Il me paroît pourtant que cette cavalerie au-dessous du gué arrêtera l’eau, & par conséquent que l’espace entre les deux troupes au-dessus & au-dessous du gué deviendra plus difficile à passer. Je crois donc qu’il seroit seulement à-propos de prendre ce parti, lorsque la difficulté ne vient pas de la hauteur des eaux, mais uniquement de la rapidité du courant ; ou du moins il ne faut pas si fort doubler les rangs de la cavalerie, portée au-dessous du gué où passe l’infanterie, que le cours de l’eau en soit arrêté. Le plus sûr, au lieu de ces rangs de la cavalerie au-dessous du gué, seroit de faire traverser des cordes arrêtées sur les bords par de bons pieux, & soutenues au milieu par des tonneaux bien calfatés, afin que la corde ne s’enfonce pas, lorsque les fantassins qui auront été entraînés par l’eau viendront à la prendre. A cette corde seront attaches plusieurs autres cordes qui pendront dans la riviere, avec des morceaux de bois ou de liege au bout pour que ces mêmes fantassins puissent plus facilement les voir & les saisir.

» Quelque sorte de troupes que ce soit qui passe un gué rapide, doit le passer sur un front aussi grand que le gué le permet, & se tenir côte-à-côte les unes avec les autres pour mieux résister à la force du courant, pour passer plus vîte & se trouver déja rangées à mesure qu’elles sortent à l’autre bord. Les bataillons ou les escadrons ne doivent pas marcher si serrés de la tête à la queue qu’en arrêtant trop le courant des eaux, ils en augmentent la profondeur. La meilleure maniere de prendre les gués est de couper un peu vers le haut, excepté que pour chercher le fond bas, il ne faille s’écarter de cette regle. Réflex. milit. par M. le marq. de Sancta-Crux, tom. II. »

Lorsqu’on est parvenu à passer une riviere de quelque maniere que ce soit, on ne doit rien négliger de tous les avantages que le terrein peut procurer pour s’y mettre promptement en état de défense ; car il est certain que si l’on a en tête un ennemi actif & courageux, il ne manquera pas de tomber brusquement sur les troupes qui ont passé la riviere pour forcer le retranchement qui couvre le pont & interrompre le passage. Des troupes valeureuses & bien conduites ont dans ce cas, quel qu’en soit le nombre, un grand avantage dans l’action : elles peuvent être soutenues & secondées de celles qui les suivent, au lieu que celles de l’armée qui passe la riviere & qui sont parvenues à la traverser, ne reçoivent que des secours lents & tardifs ; elles sont d’ailleurs totalement perdues pour peu qu’elles soient poussées & enfoncées, inconvénient auquel les autres sont moins exposées. Comme l’ennemi néglige souvent de profiter du premier instant pour attaquer les troupes qui passent une riviere, il n’est pas étonnant que ce passage réussisse presque toujours ; en effet, s’il hésite un moment, s’il délibere & qu’il temporise un tant soit peu pour commencer son attaque, lorsqu’il n’y a encore qu’une petite partie de l’armée de passée, il donne le tems de se mettre en état de lui résister, de le combattre, & même de lui faire quitter le terrein.

Lorsqu’une armée se trouve obligée de passer une riviere pour s’éloigner de l’ennemi, elle doit prendre de grandes précautions pour qu’il ne vienne point la troubler & la combattre pendant cette opération. Non-seulement les ponts doivent être couverts des deux côtés de la riviere par de grands retranchemens bien garnis de troupes ; mais il faut encore que l’armée se renferme elle-même dans des especes de lignes du côté de l’ennemi qui la mettent en état de lui résister, s’il veut l’inquiéter dans le passage de la riviere. Ces lignes peuvent être formées par une espece d’enceinte de plusieurs rangs de redoutes qui se soutiennent les unes & les autres, de maniere que les troupes en se retirant, s’en trouvent couvertes & protégées jusqu’aux ponts ou au bord de la riviere. Les troupes qui gardent ces redoutes les abandonnent à mesure que l’armée se retire : lorsqu’elle est presque entierement passée, elles occupent le retranchement qui couvre les ponts, & lorsqu’on a commencé à les rompre, elles gagnent le bord opposé dans des bateaux particuliers préparés pour les recevoir.

Cet article deviendroit d’une longueur excessive, si l’on vouloit entrer dans tout le détail dont le passage des rivieres est susceptible. On s’est borné à donner ici ce qu’il y a de plus général sur cette importante matiere : ceux qui voudront des observations plus détaillées pourront avoir recours aux auteurs militaires, particulierement au commentaire sur Polybe, par M. le chevalier Folard, tom. IV. & V. pag. 56. & 142. aux réfléxions Militaires de M. le marquis de Sancta-Crux, tom. II. pag. 282. à l Ingénieur de campagne, par M. le chevalier de Clairac, page 163, &c.

On trouvera dans ces différens ouvrages, les principaux moyens qu’on doit employer à la défense du passage des rivieres. Nous remarquerons seulement ici que pour le faire avec succès, il faut s’appliquer à pénétrer les desseins de l’ennemi, & à bien reconnoître les endroits où le passage doit lui être le plus facile & le plus avantageux ; ce sont sur ces lieux qu’il faut veiller avec la plus grande attention, sans se négliger néanmoins sur les autres endroits. On ne doit point trop étendre son armée pour garder à la fois une grande étendue de riviere ; il suffit d’avoir de bons postes ou des redoutes de distance en distance dans les lieux où l’on présume que l’ennemi peut tenter le passage, de faire ensorte de n’être point surpris & de s’attacher à bien démêler ses mouvemens feints des véritables. Lorsqu’on a bien pris toutes les précautions que la science de la guerre suggere à cet égard, on peut rendre le passage d’une riviere très-difficile à l’ennemi. Il est important de convenir de signaux avec les différens postes qui gardent le bord de la riviere, & même avec les habitans des villages voisins, pour être informé promptement de toutes les démarches de l’ennemi. Si malgré les troupes qu’on lui oppose, il veut forcer le passage dans un endroit, il faut s’y retrancher & s’y bien épauler contre le feu de son artillerie ; la cavalerie doit être assez éloignée pour n’en avoir rien à craindre, de cette maniere elle est en état d’agir avec plus de force & d’impétuosité, lorsqu’il s’agit de lui donner ordre de charger.

Si malgré les obstacles qu’on oppose à l’ennemi, il parvient, sous la protection du feu de son artillerie, à établir ses ponts & à commencer de faire passer ses troupes ; on ne doit pas pour cela abandonner la défense du passage, mais tomber courageusement & sans délibérer, sur les premieres qui l’ont franchies, pour les culbuter dans la riviere ou leur faire regagner leurs ponts : comme l’ennemi ne peut les soutenir que difficilement, une attaque vigoureuse ne peut guere manquer de réussir. Si on ne peut parvenir à les chasser entierement, on retarde au moins le passage, & l’on se soutient ainsi pendant tout le jour. Lorsque la nuit est venue, & qu’il y a lieu de craindre que l’ennemi ne se trouve trop en force, le matin pour qu’on puisse lui résister, on se retire pour aller occuper un poste avantageux à peu de distance, où l’on puisse lui en imposer ou le gêner dans les opérations qu’il a dessein d’exécuter.

Quand on défend une riviere qui peut se passer à gué, il faut avoir soin de rompre & de garder les gués : on y jette pour cet effet des chausses-trapes, des arbres avec toutes leurs branches, bien amarrées avec de forts piquets dans le fond de la riviere, des madriers attachés de même & bien lardés de grands clous dont la pointe sort en-dehors, &c. (Q)

Passage du fossé le, (Fortification) est dans l’attaque des places le chemin qu’on pratique dans le fossé pour parvenir au pié de la breche, soit que le fossé soit sec ou plein d’eau.

Le fossé sec se passe à la sape, en s’épaulant du côté des parties des ouvrages par lesquels il est flanqué ou défendu. On forme vers ce côté un parapet de fascines, de barriques, ou vieilles futailles, de gabions, &c.

C’est dans le passage du fossé sec que l’ennemi a le plus d’avantage pour l’exécution de toutes les chicannes qui peuvent le retarder.

Le passage du fossé plein d’eau se fait en le comblant de fascines dans la largeur de 12 ou 15 piés. Pour cet effet, après avoir rompu la contrescarpe, on fait ranger dans toute l’étendue de la descente un nombre d’hommes suffisant pour en occuper la longueur, étant placés à deux piés de distance les uns des autres. Les hommes sont adossés au parapet de la descente, & ils se passent des fascines de main en main jusqu’à l’ouverture du débouchement, ou à la tête du passage. Le sapeur qui est en cet endroit jette les fascines dans le fossé, & il s’en forme en même tems un épaulement du côté de la place qui a vue sur le passage.

Après avoir jetté un assez grand nombre de fascines pour s’avancer de quelques pas dans le fossé & se couvrir, il continue d’en jetter la quantité nécessaire pour le comblement du fossé en cet endroit.

On pose les fascines de différens sens, & on en fait différens lits qu’on couvre de terre pour les faire enfoncer plus aisément. On pique aussi tous ces différens lits de fascines par de longs piquets, afin qu’ils soient liés ensemble plus solidement. A mesure que le passage avance, on fait avancer l’épaulement, sans lequel le travail ne pourroit se faire qu’avec un très grand péril.

Lorsque le passage se trouve plongé du feu du parapet de la place qui est vis-à-vis, ou de quelqu’autre endroit, on fait en sorte de s’en parer en se couvrant avec une montagne de fascines, ou par quelqu’autre expédient ; mais quel qu’il puisse être, dans ce cas le passage du fossé est toujours fort difficile & fort périlleux.

Après avoir dit un mot des passages des fossés secs & pleins d’eau dormante, il reste à parler de ceux qui sont remplis par un courant, & de ceux qui sont secs, mais qu’on peut remplir d’eau quand on le veut. Ces sortes de fossés sont fort difficiles à passer, à-moins que l’on ne puisse détourner le courant, en lui donnant un cours dans la campagne, différent de celui qui le fait passer dans les fossés de la ville, ou qu’on ne puisse parvenir à rompre les écluses qui retiennent les eaux que l’ennemi conserve pour inonder le fossé.

Il y auroit bien des choses à dire pour entrer dans tout le détail du travail qu’il faut faire pour le passage de ces sortes de fossés ; nous n’en donnerons ici qu’une idée.

Supposant que les fossés soient remplis d’eau par un courant, ou autre riviere à laquelle on ne puisse pas donner un autre cours, ce qui s’appelle saigner le fossé, il faudra jetter à l’ordinaire dans le fossé une grande quantité de fascines chargées de terre & de pierres, bien liées ensemble par de forts & longs piquets, & avancer ainsi le passage jusqu’à ce qu’en ait retréci le fossé à une largeur de 20 à 30 piés, sur laquelle on puisse mettre de petites poutres qui joignent le pont de fascines aux décombres de la breche. On peut encore se faciliter le comblement du fossé, & par conséquent son passage, en faisant passer le mineur dans ces décombres, & en lui faisant faire une mine qui fasse sauter une partie du revêtement de la face attaquée dans le fossé.

Si l’ennemi a des retenues d’eau dont il puisse disposer pour détruire tous les logemens du fossé, lorsqu’il ne pourra plus s’y défendre, il faut pendant le siége tâcher de ruiner les écluses, c’est-à-dire, les solides de maçonnerie, ou les travaux de charpente qui servent de barriere à ces eaux. On les peut détruire en jettant une grande quantité de bombes sur les endroits où l’on sait qu’elles sont placées. Si l’on peut parvenir à les rompre, on donnera un libre cours à l’eau, & l’on travaillera après son écoulement au passage du fossé, comme si l’eau étoit dormante ; s’il n’y a plus qu’un petit courant, on laissera un passage pour son écoulement, comme on vient de le dire précédemment.

Tout ce travail est fort long, fort difficile, & fort périlleux ; il ne peut absolument se faire qu’autant qu’il est protégé d’un grand feu, non-seulement de toutes les batteries du chemin couvert, & de celle des ricochets, mais encore de celui des logemens du glacis, & de ceux du chemin couvert.

Tout ce que nous venons de dire pour le passage du fossé est général, tant pour les fossés des dehors, que pour ceux du corps de la place.

Nous avons supposé qu’ils étoient revêtus, mais s’ils ne l’étoient point, la descente en seroit plus facile. On pourroit la faire dans son talud, & le passer ensuite comme nous avons dit.

Dans tout ce détail nous n’avons point parlé des cunettes, espece de petit fossé de trois ou quatre toises de large, & dans lequel il y a toujours de l’eau, qu’on pratique quelquefois dans le milieu du grand ; la cause de notre silence à son sujet, c’est qu’il ne peut guere augmenter la difficulté du passage du fossé dans lequel il se trouve construit. Dès qu’on est parvenu au bord de la cunette, on y jette des fascines pour la combler, comme dans le fossé plein d’eau. Son peu de largeur donne assez de facilité pour la combler ; elle n’augmente la difficulté du passage du fossé, que lorsqu’il se trouve dans le fossé des caponieres qui la commandent & l’enfilent. Alors pour faire le passage de la cunette, il faut nécessairement chasser l’ennemi de ces caponieres ; & c’est ce qu’on peut faire avec les bombes & les pierriers, & en faisant un feu continuel dessus, du logement du chemin couvert.

On se servoit autrefois pour le passage d’un fossé plein d’eau qu’on n’avoit ou saigner, d’un pont flottant de la largeur du fosse sur lequel on faisoit une galerie large de quatre ou cinq piés en-dedans, & haute de cinq à six tout compris. Elle étoit couverte en dos d’âne avec des peaux de vaches fraîches dessus, ou du fer blanc, pour empêcher que les feux d’artifices de l’ennemi ne l’endommageassent. La disposition de sa couverture en dos d’âne servoit à faire couler dans le fossé tout ce qu’on jettoit dessus.

Lorsque le fossé étoit sec, on construisoit une pareille galerie dans la largeur du fossé pour arriver au pié de la breche ; mais elles ne sont plus en usage à présent. Elles servoient particulierement à faire arriver le mineur plus sûrement au pié de la breche pour s’y attacher. Il y parvient aujourd’hui ou par une galerie souterraine qu’il conduit sous le fossé, si la nature du terrein le permet, ou à la faveur de l’épaulement qui couvre le passage du fossé. Lorsque le fossé est plein d’eau, & que son passage est fort avancé, le mineur fait ensorte de gagner le pié de la breche, soit à la nage, soit par le moyen d’un radeau. Dès qu’il y est arrivé il s’enterre très-promptement dans les décombres de la breche. Voyez Attachement du mineur. (q)

Passage, (Hist. mod.) dans l’ordre de Malte, est le droit de réception que payent les membres qui y entrent, & qui n’est pas le même pour tous Le passage d’un chevalier est de 250 écus d’or pour le trésor de l’ordre, & de douze écus blancs pour le droit de la langue, soit qu’il soit reçu chevalier d’âge ou page du grand-maître. Le passage d’un chevalier reçu de minorité est de mille écus d’or pour le trésor, & de cinquante écus d’or pour la langue. Celui des servans d’armes est de deux cens écus d’or pour le trésor, & de douze cens blancs pour la langue, & le passage des diaco est de cent écus d’or, avec douze écus blancs pour le droit de la langue. Autrefois on rendoit ces sommes aux présentés, quand leurs preuves n’étoient pas admises à Malte ; mais l’usage aujourd’hui est qu’elles demeurent acquises au trésor, dès qu’elles sont une fois consignées. Voyez Malte.

Passage, dans le Commerce, ou droit de passage, est un impôt que plusieurs princes exigent par le moyen de leurs officiers ou de leurs fermiers, dans de certains détroits ou lieux resserrés de leurs territoires, soit par terre ou par mer, de tous les vaisseaux, chariots, & voitures de toute espece, & même quelquefois des personnes ou passagers qui entrent dans les ports, ou qui en sortent, &c.

Le passage du Sund, (ce fameux détroit qui communique de la mer Germanique à la mer Baltique) est le passage le plus célebre qui soit en Europe. Les revenus en appartiennent au roi de Danemark, & se payent à Elseneur ou à Cronembourg. Voyez Sund. Les Suédois étoient exempts de ces droits par la paix de 1658 ; mais ils y ont été assujettis de nouveau par celle de 1720. Les François y jouissent aussi de quelque exemption qui ne regarde pas les droits, mais seulement la visite de leurs vaisseaux & marchandises, & le tems du payement pour lequel il leur est accordé trois mois. Dictionnaire de Commerce.

Passage, est aussi un droit que l’on paye pour le transport par mer des personnes & marchandises. On le nomme autrement fret. Voyez Fret. Idem.

Passage, (Architect.) c’est dans une maison une allée différente du corridor, en ce qu’elle n’est pas si longue.

Passage de servitude, c’est un passage dont on jouit sur le terrein d’autrui, par convention ou par prescription.

Passage de souffrance, passage qu’on est obligé de souffrir en vertu d’un titre.

Passage, en Musique, est un trait de chant fort court, composé de plusieurs petites notes ou diminutions, qui se chantent on se jouent très-légerement. C’est ce que les Italiens appellent passo. Voyez Broderie. (S)

Passage, se dit en Peinture, de la lumiere & des couleurs : on dit ces passages de couleur, de lumieres, sont charmans ; de beaux passages.

Passages de lumiere, se dit d’une ombre ou demi-teinte extrèmement légere, placée entre des masses de lumieres, & qui loin de les séparer semblent les réunir, en servant comme de route à l’œil pour passer facilement de l’une à l’autre.

Passage de couleur, se dit de l’espace qui se trouve dans un tableau entre deux couleurs différentes, & qui par degrés insensibles participe autant de l’une que de l’autre. Il est à remarquer que passage, en ce cas, ne seroit que fonte de couleur, si ces couleurs qui le forment, n’étoient pas ce qu’on appelle de beaux tons. On ne se sert jamais du terme de passage, sans l’épithete de beau ; ainsi de beaux passages, en ce cas, signifient toujours fonte ou passage de beaux tons de couleur.

Passage de couleur, se dit encore de celles qui restent distinctes, ne se perdant point ensemble par degrés insensibles, & qui par leur accord, font passer l’œil de l’une à l’autre d’une façon satisfaisante.

Passage, terme de Manége ; le passage se fait lorsque le cheval en tournant ou marchant de côté, croise les jambes, un peu moins celles de derriere que celles de devant ; & pour faire le passage des voltes bien proportionné, il faut que les jambes de devant fassent un cercle à-peu-près de la longueur du cheval, & celles de derriere un autre plus petit des deux tiers.

La méthode du passage est si bonne, qu’elle habitue le cheval à obéir franchement à la main, à la bride, & aux talons ; en un mot, à exécuter promptement & sans répugnance tout ce qu’on exige de lui.

Passage, terme d’ouvriers en cuir, qui signifie la préparation que l’on donne aux peaux en les passant dans différentes drogues, afin de les adoucir & de les rendre maniables & propres à être employées à différentes sortes d’ouvrages. Voyez Passer.

Passage du patron, (Rubanier.) est la même chose que le passage des rames. Voyez Passage des rames.

Passage des rames, (Rubanier.) voici la maniere de les passer ; on a dit ailleurs que le porte-rames de devant conteroient neuf rouleaux dont voici Pusage : on prend neuf rames ; savoir, six de figure, & trois de glacis, qui seront mises alternativement sur chacun, de la façon qu’il va être expliqué. Supposez que la premiere rame d’un patron fasse un pris, un laissé, un pris deux fois, deux laissés, deux pris, un laissé, un pris trois fois, deux laissés, deux pris, un laissé, un pris, deux laissés & le dernier pris ; je passe la rame de la premiere haute-lisse, puis la seconde haute-lisse faisant un laissé, je passe la rame à côté de la bouclette de cette seconde haute-lisse, qui fait un pris dans la bouclette, ensuite la troisieme haute-lisse faisant un pris, je passe la rame dans la bouclette de cette haute-lisse. La quatrieme faisant un laissé, je passe à côté de la bouclette de cette quatrieme ; la cinquieme qui fait un pris, doit être prise dans la cinquieme haute-lisse ; la sixieme & septieme haute-lisse faisant deux laissés, il faut de même que la rame passe à côté des bouclettes de ces deux hautes-lisses ; la huitieme & neuvieme font deux pris, la rame doit passer dans les bouclettes de ces deux hautes-lisses ; la dixieme fait un laissé ; la onzieme un pris trois fois alternativement ; il faut faire comme ci-dessus consécutivement, ce qui mene jusqu’à la quinzieme haute-lisse incluse ; la seizieme & dix-septieme haute-lisse faisant deux laissés, je passe la rame à côté des bouclettes de ces hautes-lisses ; la dix-huitieme & dix-neuvieme faisant deux pris, la rame est passée dans les bouclettes de ces deux hautes-lisses ; la vingtieme faisant un laissé, je passe à côté de la bouclette ; la vingt-unieme faisant un pris, je passe la rame dans la bouclette de celle-ci ; la vingt-deuxieme & vingt-troisieme faisant deux laissés, la rame se passe à côté des boulettes de la vingt-deuxieme & vingt troisieme haute-lisses ; enfin là vingt-quatrieme qui fait un pris, je passerai la rame dans la bouclette de cette vingt-quatrieme, ce qui achevera le passage de cette rame, que vous passerez ensuite sur le premier rouleau & à-travers la premiere grille du porte-rame de devant, vous attacherez une pierre à cette rame, qui y restera jusqu’à ce que toutes les rames du patron soient ainsi passées & arrangées sur les différens rouleaux, & à-travers les différentes grilles de ce porte-rames, en attachant toutes ces rames à la pierre, pour les tenir ensemble assujetties par le poids de cette pierre, & les empêcher par ce moyen de se dépasser : ce qui vient d’être dit pour cette rame, doit s’entendre de toutes les autres dont on ne parlera plus, pour éviter les répétitions. Après avoir passé cette premiere rame, on passe la seconde rame suivant l’ordre indiqué par le patron, & de la même maniere que la premiere, cette seconde rame se porte sur le second rouleau, mais dans la même grille que la premiere : de même la troisieme, & ainsi de suite jusqu’à la sixieme inclusivement ; on passe ensuite les trois rames de glacis de la même façon que les six autres : ces trois rames se postent sur les trois derniers rouleaux, & toujours dans la même grille. Elles doivent être attachées à une pierre séparée, où l’on attachera de même toutes les rames de glacis qui seront toujours sur les trois derniers rouleaux ; c’est-à-dire, les plus proches du battant, & cette opération s’appelle course de rames ; ensuite on pousse une grille pour donner passage à neuf autres rames qui vont suivre ; ces neuf rames que l’on va passer, doivent être prises du second retour, puis les neuf autres d’un troisieme retour, & toujours de même tant qu’il y aura de retours, observant de pousser une nouvelle grille après le passage de neuf rames ; on voit qu’après ces différens passages qu’il n’y a encore que neuf rames du patron de passées ; savoir, six de figure, & trois de glacis, puisque l’une n’est que la répétition de l’autre. Rendons-nous plus clair : supposons un patron à six retours, il est certain que la premiere rame du second retour n’est supposée que la continuation de la premiere rame du premier retour ; la premiere du troisieme retour de même, & ainsi des autres, jusqu’à la premiere du sixieme retour ; cette continuation supposée de la premiere rame se prouve de ce que ce sera toujours la même marche & la même haute-lisse qui la feront lever ; conséquemment ayant passé trente-six rames de figure, & dix-huit de glacis qui font cinquante-quatre ; il est aisé de voir que, puisqu’il y a six retours, & divisant trente-six rames par six retours, il vient six rames de figures ; de même divisant les dix-huit rames de glacis par les six retours, il vient trois rames de glacis, qui font en tout neuf rames de passées ; ces neuf rames étant ainsi passées, on en prend neuf autres du premier retour ; on fait de même qu’aux neuf premieres, on continue jusqu’au bout, observant que toujours après les six premieres rames passées, d’en prendre trois de glacis lorsque l’ouvrage en porte : lorsqu’il n’y a point de glacis ; les neufs rames sont par conséquent toutes de figure, & se passent, comme il vient d’être dit, il faut observer que l’on doit passer les rames de glacis lorsqu’elles ne travaillent point en glacis, comme les rames de figures avec lesquelles elles doivent être, c’est-à-dire, que lorsqu’une rame de glacis ne fait point glacis, elle doit être passée tout de même que la rame de figure, afin que la levée qu’elle devroit faire si elle travailloit, se confonde avec la figure ; mais lorsqu’elle travaille elle-même en glacis, il faut la passer suivant son propre patronnage : il faut encore observer que la premiere rame des six de figure, doit porter avec elle la premiere des trois rames de glacis ; la seconde de figure se passe seule ; la troisieme porte la seconde de glacis ; la quatrieme se passe seule ; la cinquieme porte la troisieme de glacis, & la sixieme se passe seule, & ainsi de toutes les autres.

Passage, terme de Fauconnerie ; on dit faucon de passage, c’en est une espece ; on appelle oiseau de passage tous ceux qui ne viennent dans le pays que dans certain tems de l’année.